Pourquoi Mussolini fit-il volte-face contre les Juifs ?
Franklin Hugh Adler
La volte-face abrupte de Mussolini en faveur du racisme, particulièrement la législation antisémite de 1938, est conventionnellement attribuée à des préoccupations de politique étrangère, notamment l’alliance stratégique de l’Italie fasciste avec l’Allemagne nazie. Ce type d’explication externe, toutefois, ne réussit pas à rendre compte du degré de ce retournement raciste qui était aussi une conséquence du développement fasciste italien lui-même, surtout pendant sa dernière phase radicale. Franklin Adler situe ce volte-face raciste dans le contexte des aspirations totalitaires de Mussolini élaborées pendant la deuxième moitié des années 1930. Parmi celles-ci se trouvait le projet d’une révolution anthropologique à travers laquelle une nouvelle société et un nouveau sujet historique (Le Nouvel Homme Fasciste) devaient être formés par l’État : obéissant, agressif et prolétarien. Les Juifs étaient des obstacles à ce projet dans la mesure où ils étaient considérés comme inexorablement « bourgeois » et liés historiquement à cet ordre libéral, très corrompu, décadent, que le fascisme avait pour but d’entièrement surpasser.
Mussolini’s abrupt turn towards racism, specifically the anti-Semitic legislation of 1938, is conventionally attributed to foreign policy concerns, notably Fascist Italy’s strategic alliance with Nazi Germany. Such an external explanation, however, fails to account for the degree to which the racist turn was as well a consequence of Italian fascist development itself, especially during its last radicalized phase. Franklin Adler situates the Italian turn towards racism within the context of Mussolini’s totalitarian aspirations elaborated, during the second half of the 1930s. Included in these was a projected anthropological revolution through which a new society and a new historical subject (New Fascist Man) would be formed by the State: obedient, aggressive and proletarian. Jews were obstacles to this project in so far as they were viewed as inexorably bourgeois and bound historically to that very corrupt, decadent liberal order which fascism aimed to totally supersede.
• La communauté italienne juive
• La crise de légitimation, svolta sociale et le Nouvel Homme Fasciste