Une anthropologie politiste ?
Yves Schemeil
Entre anthropologie politique et anthropologie politiste la filiation est évidente, les nuances aussi. L’article passe en revue l’héritage incontournable de la première, et les usages parfois réducteurs, parfois novateurs, qu’en fait la seconde. Trop peu familière des mécanismes de parenté ou de l’analyse symbolique, la science politique a surtout bénéficié de l’ethnologie dans deux directions : la quête d’une ontologie politique (mettant en évidence l’universalité des préoccupations humaines dans le domaine de la coordination, de la coopération, de l’évitement de la violence) ; et l’étude de formes de sociabilité apparemment très éloignées de l’autorité et du pouvoir propres à la sphère politique mais en réalité très imbriquées dans son fonctionnement (comme la cuisine, la musique, la fête, les rituels). Dans leur recours à l’anthropologie politique, ethnologues et politistes croisent ainsi leur regard : les uns vont du particulier vers le général et du privé vers le public ; les autres font l’inverse, consolidant de plus en plus par le bas le socle de de pratiques culturelles sur lesquelles repose tout en haut de la société l’analyse des régimes, des idées, et des faits politiques.
The relationship between political and politist anthropology is obvious, as are the nuances of difference between the two. The foregoing article rehearses the formidable legacy of the former, and the uses thereof – sometimes reductionist, sometimes innovative – by the latter. Little versed in the mechanisms of kinship and the analysis of symbolism, political science has chiefly benefited from ethnology in two directions: the search for a political ontology (bringing out the universality of human preoccupations in the domains of coordination, cooperation and the avoidance of violence); and the study of forms of sociability apparently very remote from the authority and power specific to the political sphere but actually closely linked to its functioning (such as cooking, music, celebrations, rituals). Thus, in their recourse to political anthropology, ethnologists and politists cross paths: the former move from the particular to the general and from the private to the public; the latter move in the opposite direction, consolidating more and more from the bottom the fundaments of cultural practices upon which rests, at the summit of society, the analysis of regimes, ideas and political acts.
• L’apport de l’anthropologie politique à la science du même nom
— Un pouvoir limité ou décentré
— Un pouvoir dangereux et contrôlé
— Un monde divisé et recomposé
• Enjeux et limites d’une anthropologie politiste en devenir
— L’anthropologie politique est-elle aussi politiste qu’ethnologique ?
— Pourquoi l’anthropologie des politistes est-elle une ethnologie appauvrie ?
— Qu’espérer de l’anthropologie politique aujourd’hui ?
• Conclusion