Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724630491
212 pages

p. 125 à 141
doi: en cours

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no 24 2006/4

Antisémitisme, hiérarchies nationales et de genre : reproduction et réinterprétation des rapports de pouvoir

Marina Allal
Dans l’antisémitisme, la focalisation sur un Autre absolu, le juif, tend à voiler le lien aux autres rapports de pouvoir, notamment de genre. Notre contribution se propose de mettre en évidence ce lien dans le discours antisémite de la fin du 19e siècle, en France et en Allemagne. L’analyse des stéréotypes antisémites dominants du juif et de la juive montre que ces constructions répondent moins à une logique raciale qu’elles ne reproduisent une dichotomie sexuelle pré-existante. Par ce biais toute remise en question d’un ordre sexuel déclaré comme naturel trouve un écho dans l’antisémitisme, qui intègre les topos dominants de l’antiféminisme fin de siècle. Pour autant, les rapports de pouvoir sexuels ou sociaux ne furent pas simplement inclus ni reproduits dans l’antisémitisme, dans la mesure où la nouvelle hiérarchie nationale et implicitement raciale établie par l’antisémitisme finit par l’emporter sur les autres rapports de pouvoir, voire permettait de les réinterpréter. Cette adaptabilité peut être considérée comme l’une des forces de l’antisémitisme et expliquer son pouvoir d’attraction sur de nombreuses personnes, hommes ou femmes, contredisant la thèse d’une exclusivité masculine des acteurs de l’antisémitisme défendue par la psychanalyste allemande Margarete Mitscherlich. In anti-Semitism, the focus on an absolute Other, the Jew, tends to obscure the link to other power relations, particularly that of gender. This project seeks to shed some light on this link in late 19th-century anti-Semitic discourse in France and Germany. An analysis of the dominant anti-Semitic stereotypes of the Jew and Jewess shows that these constructs did not so much stem from a racial logic as they reproduced a preexistent sexual dichotomy. From this angle, every questioning of gender order that was declared to be natural was echoed in anti-Semitism, which incorporated the prevailing anti-feminist topoi at the fin de siècle. However, the sexual and social power relations were not simply included or reproduced in anti-Semitism, inasmuch as the new national – and implicitly racial – hierarchy established by anti-Semitism ended up winning out over other power relations or made it possible to reinterpret them. This adaptability may be considered one of the assets of anti-Semitism and helps explain its powerful appeal for many people, men and women alike, contrary to German psychoanalyst Margarete Mitscherlich’s assertion that the proponents of anti-Semitism were exclusively male.
• Antisémitisme et antiféminisme – une implication réciproque ?
• Implications genrées de l’antisémitisme
• Réinterprétation des rapports de domination ?
• Conclusion


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