Est-il permis, du point de vue éthique, de limiter la migration économique ?
Geert Demuijnck
La question que cet article examine est de savoir s'il est moralement légitime de limiter le droit d'une personne de quitter son pays et de s'installer dans un autre dans la perspective d'améliorer sa situation économique. La thèse défendue est qu'il n'y a pas de raison éthique fondamentale de limiter ces migrations. Les seules raisons susceptibles de justifier une limitation dans le contexte actuel dépendent de l'existence de profondes inégalités économiques au niveau mondial. Dans l'hypothèse d'un monde juste, ces raisons perdent leur pertinence. Cet article critique ensuite les arguments contre l'ouverture des frontières qui ne font pas appel à l'idée de justice distributive. De nature communautarienne, ceux-ci reposent souvent sur des analogies équivoques entre les Etats et d'autres institutions comme les familles ou les clubs.
This paper examines whether it is morally legitimate to limit economic immigration, i.e. the right to leave one's country and immigrate to another in order to improve one's economic situation. We argue that there are no fundamental moral grounds upon which to restrict such immigration. As matters stand, the only possible justifications for such restrictions are based on current economic inequalities and injustice around the world. But if we posit global distributive justice, these justifications cease to be relevant. The same goes for arguments against open borders that do not allow for distributive justice. These communitarian arguments, often based on ambiguous comparisons between the State and other institutions such as clubs or families, are weighed and found wanting.
• 1.Introduction
• 2.La migration économique
• 3.Justice distributive mondiale et immigration dans une théorie (non-) idéale
• 4.Familles, clubs et nations
• 5.Limiter l'entrée, de quel droit ?