Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.9782724631210
182 pages

p. 131 à 147
doi: en cours

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Varia

n° 30 2008/2

Démocratie délibérative vs. démocratie agonistique ?

Le statut du conflit dans les théories et les pratiques de participation contemporaines

Loïc Blondiaux
• Une démocratie orientée vers le consensus ?Nous avons fait le choix ici d'analyser la place du conflit à la fois dans la théorie et dans la pratique des procédures participatives, en considérant que les théories de la démocratie délibérative donnaient à voir la forme la plus achevée de justification et de conceptualisation des dispositifs participatifs et délibératifs contemporains. Ces théories nous semblent avoir, jusqu'à présent, peu ou mal pensé la question du conflit.
— Une critique théorique des fondements de la démocratie délibérativeCe qui est en jeu, au plan normatif, dans les critiques adressées à la démocratie délibérative par Chantal Mouffe, Melissa Williams, Nancy Fraser et Iris Marion Young peut se résumer en quelques points.
— Une critique sociologique des dispositifs de participation contemporainsParallèlement à ces critiques théoriques, il est possible de pointer l'ambiguïté fondamentale de la plupart des dispositifs de participation contemporains dont la finalité semble autant l'expression que la canalisation de la parole citoyenne et du conflit.
• Les ambivalences du processus d'institutionnalisation de la participationNous voudrions montrer dans cette seconde partie que les critiques qui précèdent, en dépit de leur justesse et de leur force, ne portent cependant que sur certaines versions de la théorie délibérative et ne sauraient conduire à invalider tous les dispositifs et situations que l'on range habituellement sous la notion de « démocratie participative ».
— La possibilité de concevoir une approche non rationaliste de la délibérationIl est d'abord intéressant de souligner que certaines des critiques les plus fortes adressées aux approches habermassienne et rawlsienne de la délibération viennent des rangs de théoriciennes réputées favorables à cette notion. Iris Marion Young ou Jane Mansbridge, par exemple, n'ont jamais cessé de promouvoir dans leurs écrits une définition de l'idéal délibératif plus ouverte au conflit des intérêts et des identités. Tout en reprochant aux autres théoriciens de la délibération de n'avoir pas suffisamment été attentifs à la manière dont les normes de la discussion contribuaient à marginaliser les individus et les groupes les plus faibles de la société, Iris Young propose de promouvoir, au sein de ces espaces de délibération, des formes de communication autres que la seule argumentation rationnelle, à l'instar du témoignage. Jane Mansbridge en appelle à une redéfinition des critères d'évaluation de la bonne délibération. Elle plaide pour une discussion qui tolère les formes d'expression les plus conflictuelles et les « moins civiles » en soulignant que « parfois seule l'intensité de l'opposition peut abattre les barrières du statu quo » et forcer les groupes dominants à écouter.
— Les usages agonistiques de la participationDans la pratique ordinaire des dispositifs participatifs, il est clair par ailleurs que l'instrumentalisation de la participation par les organisateurs de la discussion n'est pas toujours possible. Elle est même moins répandue qu'on ne le croit généralement. Il faut à cet égard rappeler plusieurs évidences issues de l'observation sociologique de ces dispositifs.
— L'institutionnalisation de la participation : un risque nécessaire ?Ce dernier exemple démontre que l'institutionnalisation de la participation constitue parfois une condition autant qu'une limite à la participation véritable des citoyens les plus éloignés de la sphère publique. Une limite au sens où elle s'inscrit dans un cadre de règles préalablement défini, possède un objet limité et suppose des intervenants extérieurs. Mais une condition dans la mesure où, sans ce dispositif et du fait de l'affaiblissement généralisé des organisations représentant ces groupes, le point de vue de ces publics aurait peu de chances d'être représentés dans l'espace public.


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