Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 169 à 170
doi: en cours

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Tome 89 2001/2

2001 Recherches de science religieuse

Avant-propos

Pierre Gibert
Que l’Å“cuménisme traverse une zone de turbulences, pour employer une comparaison banale, nos lecteurs le savent qui se trouveront pour ainsi dire confirmés dans leur expérience par l’ensemble des articles qui constitue le dossier de ce numéro des RSR. Et il n’y a peut-être pas à s’étonner outre mesure de ce genre de passage alors que dès les origines, protestantes ou catholiques, du mouvement, il fallait se placer sous le signe du réalisme autant que sous celui de l’espérance.
Mais il y a peut-être plus aujourd’hui dans une crise qui n’est sûrement ni la première ni la dernière de celles que l’Å“cuménisme a connues au cours d’une histoire qui n’est, somme toute, pas très longue. Or précisément, il s’agit bien d’histoire, d’un de ces moments qui peuvent laisser incertains ou au bord du renoncement les plus fidèles partisans du mouvement.
Dans son principe, l’Å“cuménisme entend en quelque sorte abolir l’histoire ou plus exactement les siècles d’une division qui fut tout autant marquée par une incompréhension réciproque foncière qu’à certains moments par des violences physiques ou verbales dont le Christianisme a payé le prix en matière de crédibilité. Le « Voyez, comme ils se haïssent » a trop souvent dénié l’espérance même du Christ « Qu’ils soient un ».
Faut-il dire que l’histoire le rattrape dans cette part d’impossible compréhension qui semblerait l’emporter sur toutes les autres parts d’efforts de foi, d’espérance et de dialogues ?
Ce serait naturellement se méprendre sur ce qu’est l’Å“cuménisme et sur l’histoire dans laquelle il ne peut que s’inscrire. Et si crise il y a aujourd’hui, si des durcissements se font jour allant jusqu’à la régression et l’exclusion renvoyant à des temps et à des propos qu’on croyait révolus, c’est qu’il y a précisément une autre voie à trouver au cÅ“ur même de cette histoire, à la fois comme lecture du passé et gestion d’un présent qui fera avenir.
Au moment où un schisme se consomme et le fait en des circonstances et des termes tels que seule l’exclusion d’abord, puis l’oubli réciproques paraissent devoir l’emporter en établissant chacun dans un état de fait qui paraîtra immuable, on peut dire qu’une violence s’instaure plus ou moins régie par des choix personnels. Mais que passent les siècles, que les générations succèdent aux générations, chacune se définissant dans la « séparation » qui finira par identifier individus, groupes et nations, une histoire se fait dans la durée qui la caractérise, forgeant les doctrines et, plus peut-être, façonnant les sensibilités. Qu’à cela s’ajoutent les tragédies nationales et internationales, des isolements et des déperditions qui appauvrissent des communautés dans leur identité comme dans la référence à des modèles qui les faisaient vivre, comment se sentir assez fort et assez lucide pour regarder l’autre dans sa différence comme dans sa ressemblance sans le percevoir à nouveau comme un étranger et bientôt un agresseur ?
L’Å“cuménisme ne peut qu’être une épreuve de vérité, de chaque Église d’abord, de son passé, du point où elle en est. En même temps, il devrait être une porte d’espérance, même s’il ne peut apporter à chacune de ces Églises « séparées » ce qu’elles ne pourront d’abord trouver qu’en elles-mêmes. Par contre, il peut être ce moyen nécessaire qui empêchera de revenir au temps de la crise fondatrice, celle qui a fait violence et engendré l’oubli. Sans prétendre donner de leçons à quiconque, les contributions de ce dossier ont d’abord cette visée. En rappelant ce qui fait aujourd’hui difficulté à l’intérieur des grandes communautés chrétiennes, il voudrait apporter des éléments d’espérance nouvelle certes, mais plus encore rappeler qu’aucune d’elles n’a le choix, que ce soit à moyen ou à long terme : dans le respect de chacun, dans la prise en compte de ces histoires trop longtemps séparées, jalouses ou ignorantes les unes des autres, il s’agit bien de se souvenir, et de cela seul, que c’est du même Christ et du même salut en Christ que nous vivons tous.
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