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Jacques Guillet sj. (3 avril 1910-28 septembre 2001)AuteurPierre Gibert sj. du même auteur
Il y a un an, dans le dernier n˚ de l’an 2000, la seconde partie du dossier sur « l’exégèse et la théologie devant Jésus le Christ », se concluait par un article intitulé « le Fils de l’homme, titre eschatologique ou mission prophétique ? » Quelques mois auparavant, J. Guillet me l’avait remis en m’assurant que c’était le dernier article qu’il écrivait. Il venait de passer 89 ans et avait conscience, dans cette lucidité et cette élégance qui furent toujours les siennes, qu’il avait achevé sa tâche. Ainsi, nous quittait-il à la fin du mois de septembre, s’estimant prêt pour le « passage », comme il le dit encore quelques jours auparavant.
2 Nos lecteurs ne peuvent oublier cet exégète qui fut plus qu’exégète, ce théologien qui fut plus que théologien, au cours d’une vie bien remplie et qui lui permit, pendant trois ans, entre 1966 et 1968, d’assurer une sorte d’intérim à la tête de notre revue. Directeur des RSR, il en fut auteur de plusieurs articles, et responsable, jusqu’à l’année dernière, du Bulletin des Synoptiques et des Actes. C’est dire tout ce que nous devons à ses compétences et à sa disponibilité, cette disponibilité qui ne devait pas lui manquer étant donné ce qu’il eût à assumer durant sa vie.
3 Entré à 17 ans dans la Compagnie de Jésus, destiné à enseigner l’exégèse biblique, il fut pourtant surpris par l’imprévisible en ce genre de programme, la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé, fait prisonnier, il s’évade une première fois. Repris, emmené sur les bords de la Baltique, il s’évade pour la seconde fois, réussissant une première, la fuite par le Danemark et la Suède en wagon plombé et bac de traversée. Décidant de reprendre le combat pour ce qu’il estimait être, au plus profond de lui-même et dès le début des hostilités, une question de salut d’humanité, il gagne l’Angleterre où il appartiendra aux services secrets de la France Libre. Débarqué sur la côte normande quelques jours après le 6 juin 1944, il achèvera ainsi la guerre dans cette fidélité à son engagement pour l’homme.
4 Puis ce furent à nouveau les études et bien vite l’enseignement de l’Écriture Sainte, entrecoupé de responsabilités qu’il dut prendre en charge dans les circonstances difficiles de la fin du pontificat de Pie XII.
5 Malgré cours et charges, il devait aussi mener une importante carrière d’auteur dans laquelle il révéla très vite sa mesure tant dans la qualité du style que dans une grande clarté de pensée, ne s’enfermant jamais dans l’érudition pure pas plus que dans la vulgarisation qu’il ne méprisait nullement.
6 Ainsi Jacques Guillet nous a-t-il quitté, sans jamais se départir de cette élégance et de cette simplicité qui faisaient son charme, en même temps que son intelligence biblique, sa curiosité intellectuelle, sa vigueur spirituelle lui assuraient un rayonnement dont nous avons largement profité. Qu’au nom de tous ceux qui l’ont connu, lu et apprécié, il soit ici vivement remercié.
POUR CITER CET ARTICLE
Pierre Gibert « In memoriam », Recherches de Science Religieuse 4/2001 (Tome 89), p. 483-484.
URL : www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2001-4-page-483.htm.




