Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 525 à 553
doi: en cours

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Dossier : Bible et littérature

Tome 90 2002/4

2002 Recherches de science religieuse Dossier : Bible et littérature

Le livre des Chroniques comme œuvre litteraire

Philippe Abadie Faculté de théologie, Lyon
Il est encore paradoxal de reconnaître aux livres des Chroniques le statut d’Å“uvre littéraire. Longtemps considéré comme de « piètre fiabilité » par rapport au récit parallèle des livres de Samuel et des Rois, ces livres apparaissent aussi sans originalité littéraire par rapport notamment à l’art consommé des récits des livres de Samuel. Dans le sillage de L’Art du récit biblique de Robert Alter, Ph. Abadie tente de faire ressortir la richesse et la variété des procédés d’écriture qui font du livre des Chroniques une Å“uvre littéraire véritable. Celle-ci tient fondamentalement à un projet global que révèlent et confirment des « unités kérygmatiques » structurantes et l’ordonnancement de grands ensembles selon divers procédés : technique de répétition et système de périodisation chronologique notamment. It is still paradoxical to recognize the statute of literary work for the books of Chronicles. Long time considered as of « poor reliability » in comparison with the parallel history of the books of Samuel and Kings, these books also seem to be without literary originality in comparison with, notably, the consummate art of the narratives in the books of Samuel. In the wake of « The Art of Biblical Narrative » by Robert Alter, Ph. Abadie tries to bring out the richness and the variety of the writing procedures that make the book of Chronicles a truly literary work. It fundamentally holds to a global project that reveals and confirms some « kerygmatic unities, » structuring and ordering great ensembles according to diverse procedures : especially a technique of repetition and System of chronological periodisation.
Longtemps considéré sous le seul angle historique [1], le livre des Chroniques apparaissait comme de piètre fiabilité par rapport au récit parallèle des livres de Samuel et Rois, tenu en plus haute estime [2]. Depuis, le regard porté a grandement évolué, et, loin de tout débat stérile, le livre a retrouvé sa consistance propre comme Å“uvre littéraire et théologique, témoin essentiel du Judaïsme postexilique [3] et des évolutions liturgiques du Second Temple [4]. Deux facteurs principaux ont contribué à cette réévaluation du livre lui-même, une meilleure compréhension des règles propres à toute historiographie antique [5], et un regard plus attentif porté sur l’art d’écrire en général [6], ou sur des procédures propres au livre des Chroniques [7]. À n’en pas douter non plus, ce nouvel intérêt va de pair avec la redécouverte récente de l’importance de l’époque perse dans l’émergence de l’écriture biblique. Josette Elayi et Jean Sapin viennent d’en dresser un premier bilan exhaustif [8].
De manière plus modeste, dans le sillage de « l’art du récit biblique » de Robert Alter, nous aimerions à notre tour faire ressortir la richesse et la variété des precédés d’écriture qui font du livre des Chroniques une Å“uvre littéraire véritable. De fait, une récente expérience de traducteur nous a convaincu, si besoin était, de la beauté d’un livre trop souvent méconnu.
Dans un premier temps, nous tenterons de montrer à partir d’un récit comment le travail de réécriture s’inscrit dans un projet global (1), puis nous relèverons la récurrence de certains termes qui déterminent des « unités kérygmatiques » structurantes (2), avant de mettre en lumière l’ordonnancement de quelques grands ensembles selon des precédés divers : technique de répétition, système de périodisation chronologique (3) [9]. Voilà qui déterminera les trois parties de cet article.
 
1. Un travail de réécriture : l’exemple de 1 Ch 10 [10]
 
 
Le récit de la mort de Saül est fortement structuré :

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À côté d’une grande fidélité à sa source (1 S 31) [11], l’auteur fait preuve de grande liberté littéraire et théologique. Ainsi, la défaite de Gelboé marque-t-elle la ruine définitive de la maison de Saül :

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En ce verset, le verbe « mourir » (môt) constitue une inclusion qui fait ressortir la place centrale de l’expression « toute sa maison » (kol-bêtô). L’effet est d’autant plus fort que le Chroniste ne reprend pas dans la suite de son récit les épisodes concernant Ishbaal, fils rescapé de Saül (2 S 2,8ss) et Meribaal, fils de Jonathan (2 S 9). Le caractère achevé de cette extinction éclaire aussi l’omission du motif de la stérilité de Mikal, fille de Saül [12], lors du récit du transfert de l’arche à Jérusalem. À l’inverse, l’encadrement narratif de la descendance de David, en 1 Ch 14,3-6 et 1 Ch 17,11, forme une antithèse qui oppose les deux maisons royales et prend valeur de jugement théologique, négatif dans un cas, et positif dans l’autre. Ajoutons à cela l’ambiguïté du verset 7 où le sujet non exprimé : « Tous les hommes d’Israël, qui étaient dans la vallée, virent qu’ils avaient fui » (kî nâsû), renvoie implicitement à Saül et à ses fils, faisant reposer sur eux le poids de la déroute et minimisant ainsi la défaite d’Israël.
L’effet de relecture est tout aussi présent dans les versets 8 à 12, notamment dans le sort dévolu à la dépouille mortelle de Saül. En arrière-fond l’auteur fait un discret écho au récit de la « captivité de l’arche » dans le pays philistin [13] :

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qu’on doit rapprocher de 1 S 5,2 : « Les Philistins prirent l’arche de Dieu, l’introduisirent dans la Maison de Dagôn et l’installèrent à côté de Dagôn ». L’humiliation imposée à la dépouille de Saül prend à nouveau valeur de jugement, tout en anticipant sur le reproche qui sera fait au roi déchu qui, de son vivant, avait constamment négligé l’arche (1 Ch 13,3b). Par contraste, David aura grand soin de l’arche (1 Ch 13,3a) et remportera une double victoire sur les Philistins (1 Ch 14). De narrative, l’antithèse sert le propos théologique de l’auteur comme l’a montré avec pertinence R. Mosis [14]. Un bref tableau permet d’éclairer le propos :

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Au-delà du simple comparatisme, ce qui était signe d’infamie pour Saül se retourne ainsi en bénédiction pour David. On retiendra surtout la place centrale dévolue à l’arche d’alliance (et à la réalité cultuelle qu’elle induit) dans un tel retournement. Le projet narratif est bien mis au service d’une théologie qui s’exprime au mieux dans le jugement porté aux versets 13-14. Raison est donnée de la déréliction qui frappe Saül (et sa maison avec lui) [15] :

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Propre au Chroniste, cette donnée allusive renvoie au jugement porté sur Saül dans le livre de Samuel [16], mais plus encore met en place le vocabulaire clé de la théologie rétributive qui donne au livre son unité [17]. Formulée de manière complète en 2 Ch 7,11-22 [18], cette théologie oppose fondamentalement deux attitudes : « chercher » (darash ; biqqesh) [19]et « abandonner » (‘azab) [20] le Seigneur. D’autres termes expriment aussi la fidélité, comme « s’humilier » (kana’) [21], « revenir » (shoub) [22] ou « guérir » (rapha) [23]. À quoi s’oppose « être infidèle » (ma‘al) [24].
L’agir de Saül (« avoir interrogé la nécromancienne ») renvoie bien à une attitude impie, puisqu’à l’inverse, le croyant « cherche Yhwh ». L’élection de David se comprend dès lors sur cet horizon :
1 Ch 10,14 « et il détourna (sbb) la royauté à David, fils de Jessé ».
Divers traits, propres à l’auteur, renforcent le caractère irrévocable d’un tel jugement, comme l’emploi de la racine ma‘al liée dans le livre à la thématique de l’exil [25], ou celui de samar « observer » qui forme écho avec la non écoute de la parole dénoncée en 2 Ch 34, 21 : « grande est la fureur du Seigneur qui s’est déversée sur nous, car nos pères n’ont pas observé (smr) la parole du Seigneur Yhwh ».
Autant de traits qui permettent de rapprocher (avec R. Mosis), la figure de Saül et la réalité vécue de l’exil, tandis que celle de David signifie aux yeux de l’auteur la restauration judéenne, et d’abord celle du Temple. Le jeu de mot opéré entre le nom du roi Sa’ûl et l’infinitif construit se’ôl « pour avoir interrogé (la nécromancienne) » renforce à n’en pas douter le jugement négatif porté, tandis que le verbe sabab « détourner » renvoie le lecteur attentif à 2 Ch 10,15 :

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Un tel jeu d’écho verbal établit une liaison entre le rejet de Saül et la division du royaume au temps de Roboam, faisant ressortir ainsi la séquence centrale des règnes de David et Salomon (1 Ch 11 à 2 Ch 9) dans son unité historique et théologique : des préparatifs à la construction du Temple.
Au terme de cette lecture, le lecteur perçoit mieux comment, par le jeu subtil de l’écriture, l’auteur oppose les deux figures de Saül et de David comme représentatives de deux temps de l’histoire judéenne, l’exil et la restauration [26]. Ce procédé n’est pas unique dans le récit, puisqu’à nouveau utilisé dans l’antithèse entre les rois Achaz (2 Ch 28) et Ezéchias (2 Ch 29-32).
« Non comme avait fait son ancêtre David », lit-on en 2 Ch 28,1. D’entrée de jeu, le règne d’Achaz est connoté de manière négative et renvoie à la figure de Saül. L’infidélité totale qui fut la sienne (v.2-4) anticipe l’exil à venir : « Le Seigneur, son Dieu, le livra aux mains du roi des Araméens, qui le battirent et lui firent un grand nombre de prisonniers, qu’ils emmenèrent à Damas » (v.5). Au-delà de la correction imposée, le récit met en lumière une nouvelle impiété d’Achaz qui demande de l’aide (verbe ‘azar) à un souverain étranger plutôt qu’au Seigneur (v.16), ce qui se retournera contre lui (v.20-21) et l’éloigne définitivement de son ancêtre David [27]. Une dernière impiété d’Achaz le fait tomber dans le piège mortel des dieux de Damas (v.22-23), tandis que la désacralisation des objets cultuels jérusalémites et la fermeture des portes du temple au profit d’autels idolâtres dans tout le pays (v.24) en font l’exacte antithèse du roi davidique, sur le modèle de David et Salomon. Voilà qui donne tout son poids au jugement théologique du v.2 : « Il suivit les chemins des rois d’Israël » (entendu au sens strict du discours d’Abiyya en 2 Ch 13) et explique pourquoi Achaz n’aura nulle place dans les sépultures royales davidiques (v.27). On ne peut expliquer un tel regard que par une exégèse maximaliste par l’auteur du récit parallèle de 2 R 16,10-18 : le renouvellement par Achaz du mobilier cultuel du temple, inspiré par des modèles araméens, est interprété comme une véritable rupture cultuelle comparable en impiété au « péché de Jéroboam » (pour reprendre la terminologie deutéronomiste).
En contre-point du règne précédent, celui d’Ézéchias est d’emblée placé sous le signe de la fidélité liée à l’ancêtre David (2 Ch 29,2). Symboliquement le premier acte du roi est de rouvrir le temple (v.3) et de restaurer en ses fonctions le personnel lévitique (v.4-11) ; ce qui contribue à faire de lui un second Salomon [28], voire pour certains un autre David [29]. Sans entrer dans les détails, il est intéressant de montrer comment est construite la longue séquence du règne d’Ezéchias :

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Seule la dernière section reprend le texte source des Rois, l’ensemble des chapitres 29 à 31 étant un développement cultuel propre à l’auteur qui emprunte ses éléments à deux grandes scènes du livre : le rassemblement de tout Israël, sous la conduite des Lévites, lors du transfert de l’arche à Jérusalem par David (1 Ch 15-16) et la dédicace du Temple jérusalémite par Salomon (2 Ch 5-6). La référence à l’organisation lévitique « suivant l’ordre de David » (29,25) [30] y est d’ailleurs explicite. Ainsi, la restauration du culte après l’apostasie d’Achaz constitue-t-elle un étroit parallèle au transfert de l’arche après un temps d’abandon sous Saül (voir 1 Ch 13,3). En ce contexte, si le règne d’Achaz faisait écho à la déportation (28,5), les allusions au retour d’exil lié à la fidélité retrouvée sont nombreuses dans l’exhortation d’Ezéchias en 2 Ch 30,6-9 [31] où s’actualisent les thèmes de la prière de Salomon pour son peuple (2 Ch 5,21-39). Au-delà du contexte historique supposé (préexilique), ces versets découlent d’un schéma de prédication lévitique nettement postexilique et font appel à l’intelligence du lecteur pour lier ensemble les moments clés du livre.
Un second effet est produit par la réécriture chronistique, du fait même de l’agencement des scènes : en faisant coïncider la mort tragique de Saül (et de toute sa maison) et l’onction de David à Hébron par tout Israël (1 Ch 11,1-3), l’auteur opère un grand raccourci historique en omettant les sept années de règne de ce dernier sur Juda [32] tandis qu’Ishbaal régnait sur Israël ! Une fois encore la réécriture sert le dessein de l’auteur en créant une double légitimité pour David. Dès les commencements, il régna sur « tout Israël » et le verdict positif du v. 3b :
« ils oignirent David roi sur Israël selon la parole du Seigneur transmise par Samuel »
inverse le rapport négatif à la parole dénoncé en 1 Ch 10,13 :
« à cause de l’infidélité qu’il avait commise envers le Seigneur en n’observant pas la parole du Seigneur ».
Tout aussi important, est le silence opéré sur Ishbaal, fils et héritier de Saül (2 S 2,8-4,12). Comme l’écrit S. Japhet : « Juxtaposing David’s anointment with Saul’s death creates a line of continuity, if not of succession, and that is why the chapter has been included » [33]. Renforçant cette image, l’auteur reprend alors à sa source (2 S 23,8-39) les listes de Braves venus soutenir David. Incluses entre la conquête de Jérusalem (11,4-9) et la première tentative du transfert de l’arche (13,1-14), ces listes construisent une forteresse unitaire autour de David, de par l’importance de leur schème essentiellement géographique [34] :

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Cette savante construction littéraire fait d’autant mieux ressortir l’élément central de 12,19 : « À toi, David, et avec toi, fils d’Isai ! Paix, paix à toi, et paix à celui qui t’aide, car ton aide c’est ton Dieu »
Selon une logique déjà notée à propos de l’emploi par l’auteur de la racine sbb [35], cette construction s’inverse dans le récit du schisme au temps de Roboam (2 Ch 10), et la mise en valeur de l’élément central 12,19 trouve son contre-point exact dans l’unité rompue :

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Voilà qui s’apparente au jeu de la répétition, comme nous le verrons plus loin. Pour l’heure, venons-en à notre deuxième point, l’usage de termes récurrents.
 
2. Des unités kérygmatiques
 
 
Dans une étude fort stimulante, L. C. Allen a montré comment certaines séquences du livre sont construites autour de termes récurrents, qui en font de véritables « unités kérygmatiques » [36]. S’appuyant sur des auteurs récents attentifs aux structures littéraires dans les Chroniques [37], notamment P. R. Ackroyd pour qui « Chronicles as marked by a homelitic concern » [38], Allen repère « key terms do appear to be used as rhetorical unit markers. Their role falls into three categories, inclusio, recurring motifs and contrasted motifs » [39].
Sans reprendre l’ensemble de son analyse, nous donnerons quelques exemples fort significatifs de la méthode de l’auteur en chacune de ces trois catégories.
La liaison déjà notée entre 1 Ch 10,14 (sbb) et 2 Ch 10,15 (nsbh) ressortit à l’inclusio, cet effet de répétition démarquant clairement les règnes de David et Salomon de ceux qui les précèdent (Saül) et leur succèdent (Roboam). Dès lors, le livre construit des modèles et des contre-modèles en lesquels Israël (et tout lecteur) est convié à lire sa propre fidélité (figure de la restauration) et infidélité (figure de l’exil).
Tout aussi marquante est la double inclusion qui structure l’ensemble des chapitres 1 Ch 18-20 :
18,1 « […] de la main (myd) des Philistins »
20,8 « par la main (byd) de David et par la main (byd) de ses serviteurs ».
18,1 « David battit les Philistins et il les abaissa » (kn‘)
20,4 « [les Philistins] furent abaissés » (ht‘)
À y regarder de près, l’auteur combine des matériaux divers, pris à 2 S 8,1 (= 1 Ch 18,1) et 2 S 21,22 (= 1 Ch 20,8), mais l’intérêt réside dans la construction nouvelle qui en résulte. Les épisodes guerriers du roi, notamment ses victoires sur les Philistins et les Ammonites, reçoivent un éclairage tout autre que dans la source : le contexte n’est plus la naissance d’un empire, fut-ce au prix de l’adultère et du meurtre [40], mais selon 1 Ch 18,8 la construction à venir du Temple :
« De Tibnat et de Koun, villes de Hadadèzer, David prit du bronze en très grande quantité, dont Salomon fit la Mer de bronze, les colonnes et les objets de bronze ».
De fait, loin de distendre l’économie générale du récit centré sur le Temple, ces épisodes sont préparés de façon anticipative. Ainsi, toute mention du « repos » (nuah) sur les ennemis d’alentour (voir 2 S 7,1) est évacuée de la relecture de l’oracle de Nathan en 1 Ch 17,1 et les guerres de David s’inscrivent dans l’opposition structurante entre David « homme de guerre » (’is milhamôt, 1 Ch 28,3) et Salomon « homme de repos » (’is menuhah, 1 Ch 22,9) [41]. S’explique encore la modification apportée à 2 S 7,11 en 1 Ch 17,10 :

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Si elle s’inscrit dans l’opposition déjà relevée qui fait du seul temps salomonien un temps de repos [42], la modification tend à faire aussi de la victoire remportée sur les Philistins un accomplissement de la promesse formulée ici, comme le montre la reprise inclusive du verbe kn‘ en 1 Ch 18,1 et 20,4. On perçoit alors avec quelle subtilité l’auteur use de ses sources au service d’une construction littéraire propre à son dessein théologique. Si David n’est pas le constructeur du Temple, il n’en reste pas moins sous l’effet de la bénédiction [43].
Le deuxième procédé littéraire mis en avant par Allen est celui des motifs répétés. Deux exemples suffiront à faire percevoir de quoi il s’agit en fait.
Nous avons vu comment, par leur structure, les chapitres 1 Ch 11-12 construisent une forteresse autour de David, faisant le lui une figure de l’unité d’Israël (à la différence des « diviseurs » que sont Saül et Roboam). Au centre de la structure, 1 Ch 12,19 contient un terme clé qui donne à l’ensemble une teneur proprement théologique :

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Dès lors, les deux chapitres déclinent à l’envi la racine hébraïque ‘ezer « aide », jusque dans le nom des Braves qui entourent David [44], à quoi s’ajoutent en finale d’autres expressions de ce même soutien [45] :

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À n’en pas douter, une telle récurrence du motif n’est pas due au hasard et l’on peut suivre Allen pour qui l’ensemble 1 Ch 11-12 constitue un sermon sur le secours, humain et divin, dont dispose tout serviteur de Dieu. En l’occurrence, David fonctionne à la manière d’une figure paradigmatique, offerte à tout lecteur du livre. Par sa soumission à la parole de Dieu (voir 1 Ch 11,3) et son respect des réalités cultuelles (voir 1 Ch 13,3), il modélise le croyant à qui ne peut manquer le secours [46].
Le second exemple est tout aussi intéressant car l’auteur unifie des récits qui, dans sa source (2 S 5-6), ne sont pas reliés et semblent plutôt juxtaposés. Dans chacun des quatre épisodes, la racine prç « faire une brèche » ressort comme terme clé [47] [48] :

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Cette combinaison littéraire complexe projette une tout autre lumière sur l’échec apparent de l’entreprise (2). La décision prise par David et l’assemblée de transférer l’arche à Jérusalem (1) reçoit, de fait, l’assentiment divin comme le manifeste la double victoire du roi sur les Philistins (3), réponse claire à sa question angoissée (13,12). Seule manquait à l’accomplissement du projet la présence des Lévites, porteurs de l’arche (4). Ce faisant, l’auteur sert son propos polémique qui est de donner aux Lévites un statut juridique, face aux prétentions du clergé sadocite [49]
Achevons ce repérage de quelques procédés d’écriture de l’auteur par un dernier exemple, pris dans les motifs opposés (selon la terminologie de Allen). Nous introduirons ainsi notre troisième partie, consacrée à l’agencement littéraire des grandes unités. Dans le livre, l’histoire de Josaphat (2 Ch 17,1-21,1) est savamment construite. Dans un premier regard, elle joue sur le registre de la répétition en empruntant son modèle narratif à celle d’Asa (2 Ch 14-16) comme le montre le tableau suivant [50] :

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Un regard plus attentif fait ressortir une construction plus élaborée encore, de type paratactique, par juxtaposition de « phase positive » et de « phase négative » [51] :

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Allen propose une structuration légèrement différente, mais qui se recoupe pour l’essentiel : « The three positive parallels [17,1-19 ; 19,4-11 ; 20,1-30] are effectively interspersed with the two negative ones [18,1-19,3 ; 20,35-37], in an ABAAB pattern [52].
Le tableau proposé montre ce que le récit produit doit à l’auteur qui, intégrant avec art sa source (1 R 22), n’en construit pas moins une Å“uvre originale. Tout se joue dans les effets de contrastes qui opposent deux attitudes du roi Josaphat, être fidèle à Dieu ou s’allier avec les rois d’Israël [53]. La première attitude se traduit par la bénédiction divine et la prospérité humaine (17,1-18a), le bon gouvernement (19,1-11) et le salut face à l’adversaire (20,1-30). À l’inverse, la seconde attitude conduit au désastre, qu’il soit militaire (18, 1b-34) ou commercial (20,35-37). Mais au-delà du cas singulier de Josaphat, tout lecteur du livre est invité à choisir avec discernement.
 
3. La construction de grands ensembles littéraires. L’exemple de 2 Ch 1 à 9
 
 
Notre analyse a déjà mis en lumière dans le livre l’élaboration de grands ensembles littéraires, structurés selon des modes fort variés : récurrence de motifs dans une construction chiasmique (1 Ch 11-12), inclusion (1 Ch 18-20), mise en séquence chronologique (2 Ch 14-16), effets juxtaposés de contrastes (2 Ch 17-20), etc. Tout cela montre un art d’écrire élaboré, qu’une lecture d’un livre à première vue aride laisse peu présager. L’intérêt était de montrer que ces procédures rhétoriques ne sont pas réduites à de courts récits, mais embrassent de plus vastes ensembles, introduisant véritablement dans le temps des scribes [54].
Pour finir ce qui n’est qu’exercice de lecture, nous aimerions développer un dernier exemple qui met en Å“uvre la technique de répétition [55] au service de la narration. Il s’agit du règne de Salomon en 1 Ch 1 à 9.
Tout autant que celle de son père David, la figure de Salomon a fait l’objet de maintes relectures bibliques [56]. Pour donner quelque relief à la réécriture chronistique, il convient d’exposer rapidement la structuration du texte source de 1 R1-11, sans nous attarder sur le délicat problème du rapport entre texte et histoire. Selon K Ian Parker [57], l’ensemble fonctionne sur la quadruple répétition aux moments clés du récit d’un même motif (la parole de Dieu adressée au roi) déployé selon un mode judiciaire décroissant :
  • en 1 R 3,5-15, lors du « rêve » à Gabaôn, la parole est entièrement positive ;
  • en 1 R 6,11-13, quand Dieu insère sa parole dans le récit de la construction du temple, celle-ci est conditionnellement positive ;
  • en 1 R 9,2-9, lors du « rêve » de Salomon à Jérusalem [58], la parole divine est conditionnellement négative ;
  • enfin, en 1 R 11-13, cette parole prend la forme d’une sanction entièrement négative.
Joint à d’autres effets de répétitions à l’intérieur de cet ensemble, cela donne la structuration suivante :

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Même si l’on peut contester tel ou tel rapprochement, à n’en pas douter l’ensemble traduit l’ambiguïté de la figure salomonienne par le biais d’un encadrement narratif fort hostile, et par le retournement qui s’opère du « positif » au négatif. Contrairement au souvenir laissé par une lecture assez vague, le dernier mot est moins laissé à l’immense sagesse du roi qu’aux conséquences dramatiques de ses infidélités qui conduisent à l’éclatement du Royaume (voir le discours d’Ahiyya de Silo en 1 R 11,29-39).
Rien de tel dans le livre des Chroniques où la figure salomonienne est entièrement perçue de manière positive [59]. N’est-il pas le constructeur du Temple, « choisi » (bhr) par Dieu ? [60] En fonction de cet horizon thélogique, l’auteur reprend alors l’ensemble du récit en le centrant sur la dédicace du Temple et la réponse divine. Pour obtenir une telle construction en chiasme, l’auteur use à son tour de la technique de répétition et produit un nouveau récit qui ne doit rien à son modèle [61] :

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Fortement élaborée, une telle structuration du récit appelle quelques remarques que nous formulerons en suivant d’assez près l’étude de R. Dillard :
A/A’ : l’encadrement du récit met en avant la puissance (richesse et sagesse) de Salomon, d’une double manière. Son autorité sur Israël est affirmée :

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Elle est aussi reconnue par toutes les Nations :

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De manière narrative, ce lien thématique se trouve renforcé par la répétition presque verbale de l’énoncé concernant les villes de chars appartenant au roi et par la répétition de l’aphorisme comparant les cèdres aux sycomores et l’argent à la pierre :

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Il s’agit bien là d’un effet voulu puisque, sous cette forme complète, cette donnée n’est reprise qu’une seule fois dans le récit source (1 R 10,26-29 ; cf. 5,1.6). Par cette répétition, l’auteur entend bien donner un cadre entièrement positif à son récit, ce qui le conduit à opérer un certain nombre d’omissions comme les épisodes dramatiques rapportés en 1 R 1-2 [62] et 1 R 11. Toute ombre a disparu du tableau. Plus étrange pourrait paraître l’absence de 1 R 3,16-4,34 qui présente le visage sapientiel du roi. Certes, le trait n’est pas totalement absent du récit, puisque repris dans l’épisode du « songe de Gabaôn », mais certains estiment que l’auteur minimise pourtant cet attribut classique du roi Salomon [63]. L’absence de toute mention de la sagesse dans la conclusion du règne pourrait aller dans ce sens :

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Plus subtilement, on doit noter que la sagesse de Salomon n’est nullement absente du récit chroniste, mais habilement transposée de la sphère du « gouvernement juste » (livre des Rois) à celle de la construction du Temple. Il n’est qu’à comparer les propos du roi de Tyr dans l’un et l’autre récits :

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En forçant un peu le trait, on ne peut donc dire que le Chroniste occulte la thématique sapientielle dans son récit, mais qu’il l’ordonne à sa construction de la figure salomonienne. Il ne convient pas d’évoquer une désidéalisation de Salomon (comme le fait S. Japhet), mais de parler de réinterprétation de la thématique sapientielle en fonction de la symbolique du Temple posée dans le livre [64].
B/B’ : faisant suite à l’encadrement que nous venons de lire, deux récits rapportent les relations entre le roi Salomon et des souverains étrangers. A priori, rien dans le texte source des Rois ne permettait un quelconque rapprochement entre l’alliance avec Hiram de Tyr (appelé Houram en Chroniques) et la visite de la reine de Saba [65]. L’auteur s’emploie pourtant à créer ce lien entre les récits en incluant dans la correspondance du roi de Tyr un élément emprunté au récit de la reine de Saba : bien qu’étrangers à Israël, l’un et l’autre souverains célèbrent l’amour prévenant du Seigneur pour son peuple :

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Un tel effet de répétition est absent de la source où seule la reine de Saba tient pareil propos (1 R 10,9). Voici qui donne au récit une logique narrative propre.
Un second trait renforce encore le parallélisme des sections : de part et d’autre sont rappelées les relations commerciales entretenues entre Salomon et Houram :

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On notera surtout que, dans un cas comme dans l’autre, ces tractations commerciales sont mises au service de la construction du temple de Yhwh (voir 2,3ss et 9,11). Lues à la suite de 1 Ch 18,8 analysé plus haut, ces deux données contribuent à unifier autour d’une même thématique la figure salomonienne.
C/C’ : viennent ensuite deux sections apparentées par leur thématique, puisqu’il s’agit de construire
  • le temple (voir 3,1ss)
  • et des cités, en Israël et dans « l’empire » (8,2-6) [66].
Venant renforcer ce lien, une seconde thématique est reprise de part et d’autre, la corvée imposée par le roi aux étrangers pour mener à bien pareil labeur :

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Si cette dernière donnée reprend de manière presque identique 1 R 9,20-23, il n’en est rien pour 2 Ch 2,16-18. Selon le parallèle de 1 R 5,27, « le roi Salomon leva des hommes de corvée dans tout Israël ». Ce labeur imposé aux hommes libres d’Israël éclaire la finale du récit 1 R 11,28 selon laquelle Salomon établit l’éphraïmite Jéroboam comme « chef de la contribution », en quoi il faut entendre la corvée imposée à Israël. Faute de cela, ni la révolte de Jéroboam (sous-entendue par 1 R 11,40), ni la revendication des anciens d’Israël à Sichem (1 R 12,4) ne pourrait se comprendre.
La « correction » apportée par le Chroniste se comprend dès lors à un double niveau :
* au niveau formel de la construction narrative, la répétition crée un lien entre 2 Ch 2,16-5,1 et 2 Ch 8,1-16 ;
* au niveau thématique de la construction de la figure, Salomon sort grandi puisqu’il n’a pas commis de faute grave envers Israël, son peuple, et n’a fait que reprendre une tâche commencée par David, son père (1 Ch 22,2).
On notera, en outre, que le lien entre les sections est assuré de deux autres manières :
(1) bien que les constructions rapportées en 2 Ch 8,1-10 concernent des travaux purement profanes, la finale du récit sur « l’organisation du service du Temple » (8,12-15) renvoie de manière obvie à la thématique de 2 Ch.3-5,1 rapportant la « construction du Temple » ;
(2) la donnée finale de 2 Ch 5,1 :
« Ainsi fut terminé tout le travail que fit Salomon pour la Maison du Seigneur »
est reprise, voire totalement accomplie dans l’inclusion de 2 Ch 8,16 :
« Ainsi fut mené à bien tout le travail de Salomon, depuis le jour de la fondation de la Maison du Seigneur jusqu’à son achèvement : parfaite (salem) était la Maison du Seigneur ».
En dehors de la construction narrative complexe, voulue par l’auteur, la place de 8,16 ne peut se comprendre, puisque nous savons l’achèvement total de l’Å“uvre entreprise déjà dit en 5,1 ; dès lors, cet effet de répétition ne peut qu’être intentionnel et répondre, en écho, à la donnée contraire de 3,1 :
« Salomon commença à bâtir la Maison du Seigneur à Jérusalem, sur le mont Moriyya, où le Seigneur était apparu à David, son père, à l’endroit que David avait fixé sur l’aire d’Oman le Jébouséen ».
D/D’ : reste à analyser le centre du dispositif textuel, composé d’un double récit : la dédicace du temple par Salomon (5,2-7,10) et la réponse divine (7,11-22). Cette section centrale est plus complexe, mais sa structure n’en est pas moins fermement établie :
(1) deux récits mettent en scène la manifestation de la Gloire divine et ses effets sur le personnel cultuel (5,2-14 ; 7,1-10). Avec art, l’un et l’autre se correspondent de manière inversée, selon un schème a.b.c.d pour le premier, et d’.c’.b’.a’ pour le second.
Cette apparente dissymétrie met en relief les données propres du Chroniste, à savoir l’introduction des chantres lévitiques dans la liturgie (5,11b-13a ; 7,3) et la théophanie cultuelle de 7,1-3 qui reprend celle de 5,11-14 (= 1 R 8,10-11) tout en se référant à l’épisode de l’autel érigé par David en 1 Ch 21,26 [67].
(2) deux éléments discursifs mettent en parallèle la parole de Salomon (6,1-42) et la réponse divine (7,11-22). On notera là encore un certain effet de dissymétrie :

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Bien des liens thématiques et verbaux unissent les différents éléments de ces discours. Pour n’en prendre que quelques exemples,
(1) entre les éléments a et a’
* la référence à l’Exode
6.5 « depuis le jour où j’ai fait sortir mon peuple du pays d’Egypte »
7,22 « le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir d’Egypte »
* le choix de Jérusalem et de son temple
6.6 « mais j’ai choisi Jérusalem pour que mon Nom y soit »
7,20 « cette Maison que j’ai consacrée à mon Nom… »
21 « cette Maison qui avait été élevée si haut… »
(2) entre les éléments b et b’
* les promesses faites à David (sous forme conditionnelle)

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* la signification salvifique du temple

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L’importance donnée dans la structure centrale du récit à la signification salvifique du temple mérite d’autant plus d’être soulignée qu’elle s’inscrit dans un dispositif textuel propre au Chroniste, puisque l’élément discursif 7,13-15 (parallèle à 6,18-42) n’a pas de parallèle dans le texte-source de 1 R 9,1-9. Il s’agit donc d’une construction consciemment voulue par l’auteur. Voilà qui donne aux versets 7,13-15 une importance extrême, d’autant qu’on y trouve formulée de manière achevée la théologie de la Rétribution déjà évoquée plus haut :
« si mon peuple, qui est appelé de mon Nom, s’humilie et prie, s’il cherche ma Face et revient de ses voies mauvaises, moi, j’écouterai des cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays » (v.14).
*
* *
L’histoire de Salomon est bien un microcosme du livre, une mise en abîme de l’Å“uvre, qui accomplit bien des données de l’histoire de David et sert de mesure aux histoires royales à venir (jusqu’à se reproduire dans celle d’Ezéchias comme nous l’avons vu).
Parvenu au terme du parcours que nous nous étions fixé, nous espérons avoir convaincu le lecteur par ces quelques exercices de l’intérêt du livre des Chroniques comme Å“uvre littéraire, ayant ses règles et méthodes. Qu’il apparaisse comme un double des livres de Samuel et Rois ne retire rien à sa valeur dès lors qu’on n’enferme pas le récit dans un rapport étroit à l’historicité. Au contraire, cet effet de « deutérose » (pour reprendre un terme cher à Paul Beauchamp) permet d’utiles comparaisons qui mettent en lumière le travail de réécriture d’un scribe de l’époque perse, sans doute issu des milieux lévitiques du Temple. Comme l’est le Deutéronome pour les livres de l’Exode et des Nombres, le livre des Chroniques traduit un même processus vivant de l’écriture dans ses exégèses savamment construites sur des textes antérieurs. Mais il n’est pas simplement compilatoire ou anthologique, il s’inscrit dans un réel processus de création littéraire, inaugurant les temps nouveaux du midrash juif. D’où sa place symboliquement ouverte dans le canon hébraïque, à la clôture du Livre. Par lui, la Bible demeure ouverte à toute lecture, à l’image de sa finale inachevée :
« Quiconque parmi vous est de tout son peuple, que le Seigneur soit avec lui et qu’il monte !… » (2 Ch 36, 22).
 
NOTES
 
[1]Soit qu’on cherche à le réhabiliter, ainsi H.N. Richardson, « The historical reliability of Chronicles », The Journal of Bible and Religion 26, 1958, p. 9-12 ; soit qu’on fasse ressortir son rapport difficile à l’histoire, ainsi S. Japhet, « The historical reliability of Chronicles », Journal for the Studies of Old Testament 33, 1985, p. 83-107. Pour un état complet de la question, Kai Peltonen, History Debated. The historical reliability of Chronicles in pre-citical and critical research, (Publications of the Finnish Exegetical Society 64), deux volumes, Göttingen, 1996.
[2]Voir le jugement de R. H. Pfeiffer dans son Introduction to the Old Testament, New York, 1941, p. 805ss ou l’analyse fort précise de R. North, « Does archaelogy prove Chronicles’s sources ? », dans Festschrift J. M. Myers, Philadelphia, 1974, p. 375-401.
[3]D’abord parue en hébreu (1977), puis traduite en anglais (1989), la thèse de S. Japhet, The Ideology of the Book of Chronicles and its place in biblical thought, Frankfurt am Main-Bern-New York-Paris, 1989, marque assurement un tournant dans une étude jusqu’alors dominée par les Überlieferungsgeschichtliche Studien de M. Noth (Halle, 1943), surtout la seconde partie consacrée a l’Å“uvre du Chroniste. Dans 1’introduction à la traduction anglaise de celle-ci (M. Noth, The Chronicler’s History, JSOTS 50, Sheffield, 1987), H.G.M. Williamson (p.11-26) souligne l’apport du grand maître allemand et le chemin parcouru depuis. Voir aussi R. L. Braun, « Martin Noth and the Chronicler’s History », dans The History of Israel’s Traditions. The heritage of Martin Noth, edited by Steven L. McKenzie and M. Patrick Graham, JSOTS 182, Sheffield, 1994, p. 63-80.
[4]R. Tournay, Voir et entendre Dieu avec les Psaumes ou la liturgie prophétique du Second temple à Jérusalem, (Cahiers de la Revue Biblique 24), Paris, 1988. Telle est la thèse que nous soutenons nous-même dans « La figure de David dans le livre des Chroniques », dans Association Catholique Française pour l’Étude de la Bible, Figures de David à travers la Bible (Lectio Divina 177) Le Cerf, Paris, 1999, p. 157-186.
[5]Il faudrait citer ici bien des travaux de Moses I. Finley, A. Momigliano, P. Vidal-Naquet ou P. Gibert. Pour nous en tenir au seul objet de notre article, voir les études réunies dans The Chronicler as Historian, edited by M. Patrick Graham, Kenneth G. Hoglund & : Steven L. McKenzie, JSOTS 238, Sheffield, 1997. Pour mieux évaluer le chemin parcouru, on comparera le jugement de Pfeiffer (voir note 2) : « It is futile to inquire seriously into the reality of any story or incident not taken bodily from Samuel or King », à celui de I. Kalimi, en page 89 de l’ouvrage cite : « The literary nature of Chronicles is historiography, and Chr is not simply a “copyist“ but a creative artist, a historian who selected his material from earlier books, reorganizing and editing it in the order, context, and form he found appropriate ». Comme le montre Kenneth G. Hoglund, le parallèle s’impose avec l’historiographie grecque, et le Chroniste apparaît comme « an accomplished historiographer, writing in accord with the accepted practices of his time » (p. 29).
[6]Avec son livre (1981) récemment traduit en français aux éditions Lessius (L’art du récit biblique, Bruxelles, 1999), R. Alter fait figure de pionnier en la matière. Malheureusement, son regard se cantonne le plus souvent aux seuls livres de la Genèse et de Samuel-Rois (voir l’index des références bibliques). Pour combler cette lacune, nous renvoyons aux études réunies dans The Chronicler as Author. Studies in Text and Texture, edited by M. Patrick Graham & Steven M. McKenzie, JSOTS 263, Sheffield, 1999.
[7]Plus qu’au commentaire de Simon J. De Vries, 1 and 2 Chronicles (Grand Rapids, Michigan, 1989) qui, dans l’esprit de la collection The forms of the Old Testament Literature, s’attache à dégager la structure de chaque récit du livre, nous pensons aux travaux de Th. Willi, Die Chronik als Auslegung. Untersuchungen zur literarischen Gestaltung der historischen Überlieferung Israels, Göttingen 1972, qui envisage les rapports littéraires entre Chroniques et Samuel-Rois dans un regard neuf (midrashique). Surun autre registre, I. Kalimi, Zur Geschitsschreibung des Chronisten : Literarisch-historiographische Abweichungen der Chronik von ihren Paralleltexten in den Samuel und Köningsbüchern, BZAW 226, Berlin-New York, 1995, répertorie les différentes procedures d’écriture mises en Å“uvre dans le livre et conclut à la grande créativité littéraire de son auteur, au service d’un projet historiographique propre.
[8]J. Elayi et J. Sapin, Quinze ans de recherche (1985-2000) sur la Transeuphratène à l’époque perse. Supplément n°8 à Transeuphratène, Paris, 2000. Après l’introduction (p. 7-15), une première partie avec index (p. 17-277) propose diverses synthèses (archéologie, épigraphie, numismatique, Ancien Testament, etc.) sur la période, tandis que la seconde (p. 279-726) cite en annexe l’ensemble des bulletins bibliographiques, constituant un apport très riche à la recherche.
[9]D’autres structures narratives importantes (comme la place des discours/prières et des « sermons » lévitiques) ont été finement analysées par M. A. Throntveit, When Kings Speak — Royal Speech and Royal Prayer in Chronicles, Atlanta, 1987 ; et R. Mason, Preaching the Tradition. Homily and hermeneutics after the exile, Cambridge, 1990. Nous y renvoyons le lecteur.
[10]P. R. Ackroyd, « The Chronicler as exegete », JSOT 2, 1977, p. 2-32 ; S. Za Lewski, « The purpose of the Story of the death of Saul in 1 Chronicles X », VT 39, 1989, p. 449-467 ; W. Riley, King and Cultus in Chronicles. Worship and the Reinterpretation of History, JSOTS 160, Sheffield, 1993, p. 39-53 : « Saul, the Non-Cultic King ».
[11]Nous ne partageons pas le point de vue soutenu par A. Graeme Auld, Kings without privilege. David and Moses in the Story of the Bible’s Kings, Edinburgh, 1994, pour qui Samuel-Rois et Chroniques dépendent d’une même source prééxilique qu’ils réinterprètent chacun à leur manière.
[12]2 S 6,23 (non repris en 1 Ch 16).
[13]H. G. M. Williamson, 1 and 2 Chronicles (NCBC), Londres, 1982, p. 94 ; J. Becker, 1 Chronik (NEB), Wurtzbourg, 1986, p. 52 ; W. Riley, King and Cultus in Chronicles, p. 45.
[14]R. Mosis, Untersuchungen zur Theologie des chronislichen Geschichtswerkes, Freiburg, 1973.
[15]Les derniers mots du verset 13 : « […] et l’avoir consultée (drs) » semblent une erreur due à la répétition des premiers mots du verset 14 : « il n’avait pas cherché (drs) le Seigneur qui le fit mourir […] ».
[16]Voir 1 S 13,14 « ta royauté ne tiendra pas : le Seigneur s’est cherché un homme selon son cÅ“ur, et le Seigneur l’a institué chef sur son peuple […] » ; 1 S 28,17 « Le Seigneur a déchiré de ta main la royauté pour la donner à ton prochain, à David ».
[17]R. Dillard, « Reward and Punishment in Chronicles : The theology of Immediate Retribution », WTJ 46,1984, p. 164-172 ; S. Romerowski, « La théologie de la rétribution dans les Chroniques », Hokhma 35, 1987, p. 1-34 ; B. E. Kelly, Retribution and Eschatology in Chronicles, JSOTS 211, Sheffield, 1996.
[18]Voir aussi 1 Ch 22,13 ; 28,9 ; 2 Ch 12,5 ; 15,2 et 20,20.
[19]1 Ch 10,13-14 ; 22,19 ; 28,9 ; 2 Ch 11,16 ; 12,14 ; 14,3.6 ; 15,2.4.12.13.15 ; 16,12 ; 17,4 ; 18,4 ; 19,3 ; 20,4 ; 22,9 ; 25,20 ; 26,5 ; 30,19 ; 31,21 ; 34,3.
[20]1 Ch 28,9.20 ; 2 Ch 7,19.22 ; 12,1.5 ; 13,10-11 ; 15,2 ; 21,10 ; 24,18.20.24 ; 28,6 ; 29,6 ; 34,25.
[21]2 Ch 12,6.7.12 ; 28,19 ; 30,11 ; 33,12.19.23 ; 34,27 ; 36,12.
[22]2Ch 15,4 ; 30,6.9 ; 36,13.
[23]2 Ch 30,20 ; 36,16.
[24]1 Ch 2,7 ; 5,25 ; 9,1 ; 10,13 ; 2 Ch 12,2 ; 26,16.18 ; 28,19.22 ; 29,6 ; 30,7 ; 36,14.
[25]W. Johnstone, « Guilt and Atonement : The theme of 1 and 2 Chronicles », dans A Word in Season. FS W. McKane, James D. Martin et Ph. R. Davies (ed.), JSOTS 42, Sheffield, 1986, p. 113-138. Ceci est particulièrement clair en 1 Ch 9,1 ; 2 Ch 28,19 ; et 36,14.
[26]Selon R. Mosis (op.cit. n° 14), Salomon représenterait l’avenir eschatologique, ce qui nous semble difficile, vu l’étroite connexion dans le livre entre les figures de David et Salomon : s’il y a rapport dialectique entre elles, ce dernier s’inscrit sur un registre d’annonce (verbe kûn « préparer » pour David) et d’accomplissement (verbe banah « construire » pour Salomon). De plus, le livre ne présente pas de réelle ouverture eschatologique, comme l’ont montré S. Japhet, Ideology, p. 493-504 et H. G. M. Williamson, « Eschatology in Chronicles », Tyndale Bulletin 28, 1977, p. 115-154.
[27]Voir la lecture proposée ci-dessus de l’ensemble 1 Ch 11-12.
[28]Telle est la thèse soutendue dans H. G. M. Williamson, Israel in the Books of Chronicles, Cambridge, 1977, p. 119-125. L’opposition structurante Achaz/Ezéchias explique le moindre intérêt porté à la figure de Josias dans le livre des Chroniques (2 Ch 34-35), en quoi il diffère du récit de 2 R 22-23.
[29]Ainsi R. Mosis (op. cit. n° 14), p. 186-192. Mais les deux points de vue ne s’opposent pas comme l’a montré M. Throntveit, « Hezekiah in the Books of Chronicles », Seminar Papers (Society of Biblical Literature), Atlanta, 1988, p. 302-311.
[30]Voir encore 29,27 « avec accompagnement des instruments de David, roi d’Israël » ; 29,30 « par les paroles de David et d’Asaph le voyant ». De la même façon, la réorganisation du personnel cultuel au chapitre 31 s’appuie sur 1 Ch 23-26. Aussi Ezéchias est-il loué pour ses « Å“uvres pies » (32,32), ce qui renvoie de nouveau à David (2 Ch 6,42) et anticipe sur Josias (2 Ch 35,26).
[31]Avec de multiples nuances, la racine shoûb « retourner, revenir » commande l’ensemble du v. 9, mettant en parallèle le retour vers le Seigneur et le retour dans la terre.
[32]La séquence de 1 Ch 11 reprend étroitement la source (2 S 5,1-10), en occultant les versets 4-5.
[33]Ideology, p. 407. À l’inverse, la fondation du Royaume du Nord est perçue « as a sinful and rebellious act, and even after the schism, Davidic monarchs are considered the nominal rulers of the entire people » (p. 411). Voir le discours d’Abiyya en 2 Ch 13,4ss.
[34]H. G. M. Williamson, « We are yours, O David : The Setting and Purpose of 1 Chronicles XII, 1-23 » OudT Studien, Leiden, 1981, p. 164-76. L’auteur modifie légèrement la structuration de ces chapitres dans son commentaire, 1 and 2 Chronicles (NCBC), p. 105.
[35]1 Ch 10,14 repris en 2 Ch 10,15.
[36]« Kerygmatic units in 1 and 2 Chronicles », JSOT 41, 1988, p. 21-36.
[37]Outre l’étude de M. Thronveit (op.cit. n° 9), signalons les commentaires de H. G. M. Williamson, 1 and 2 Chronicles (NewCentury Bible Commentary), Londres, 1982 et de R. L. Braun, 1 Chronicles (Word Biblical Commentary), Waco, 1986, auxquels nous ajoutons S. Japhet, 1 & 2 Chronicles (Old Testament Library), Londres, 1993.
[38]P. 23. La plupart des études de P. R. Ackroyd sont rassemblées dans The Chronicler in his Age, JSOTS 101, Sheffield, 1991. Rappelons aussi l’ouvrage de R. Mason (op.cit. n° 9).
[39]Ibid.
[40]Rappelons qu’en 2 S 11 la seconde campagne contre les Ammonites sert de cadre à l’adultère de David.
[41]Ph. Abadie, « La figure de David dans le livre des Chroniques » (art. cit. n° 4), p. 176-182.
[42]1 Ch 22,9. Par opposition, 1 Ch 22,8 et 28,3 (temps davidique).
[43]On pourrait prendre un second exemple de ce travail subtil de recomposition à partir d’éléments disparates en lisant le psaume anthologique de 1 Ch 16,8-36. Voir A. E. Hill, « Patchtwork poetry or reasoned verse ? Connective structure in 1 Chronicles XVI », VT 33, 1983, p. 97-101, pour qui « the composer thoughtfully organized the three Psalms into a single poem by using the poetic devie of lexical echo ».
[44]Pour le lecteur non hébraÄ«sant, nous proposons une traduction très littérale des termes relevant de la racine ‘ezer en ces chapitres.
[45]Plus littéralement encore, « non d’un cÅ“ur et d’un cÅ“ur ».
[46]Dans sa lecture de 1 Ch 21, G. Knoppers, « Images of David in Early Judaism : David as Repentant Sinner in Chronicles », Biblica 76, 1995, p. 449-470 montre un semblable fonctionnement paradigmatique de la figure davidique. Le lecteur pourra se reporter aussi à notre propre analyse du récit : « David, innocent ou coupable ? Nouveau regard sur 1 Chroniques 21 », Foi et Vie — Cahier biblique 36, 1997, p. 73-83. Contrairement aux rois impies sans repentance, comme Saül (1 Ch 10,13-14) ou Achaz (2 Ch 28), David devient l’image idéale du croyant qui confesse avec humilité son péché.
[47]R. Mosis, Untersuchungen, p. 60-61 ; H. G. M. Williamson, 1 and 2 Chronicles, p. 114 ; S. Japhet, 1 & 2 Chronicles, p.275 qui conclut : « The transfert of the ark and the wars with the Philistines are thus fused together into one literary complex, in which Israel is understood in its broadest sensé ».
[48]Il s’agit des Lévites, porteurs de l’arche.
[49]Philippe Abadie, « Le fonctionnement symbolique de la figure de David dans l’Å“uvre du Chroniste », Transeuphratène 7, 1994, p. 143-151 ; P. Hanson, « 1 Chronicles 15-16 and the Chronicler’s views on the Levites », Sha’rai Talmon, Eisenbrauns, 1992, p. 69-77.
[50]R. Dillard, « The Chronicler’s Jehoshaphat », Trinity Journal 17, 1986, p. 17-22, en partie repris dans son commentaire : 2 Chronicles (Word Biblical Commentary 15), Waco, 1987, p. 129ss.
[51]G. Knoppers, « Reform and Regression : The Chronicler’s Présentation of Jehoshaphat », Biblica 72, 1991, p. 500-524.
[52]« Kerygmatic Units », p. 30. L’auteur appuie cette construction en repérant la répétition de la préposition m « avec » en des lieux clés du récit : (A) 17,3 « Le Seigneur fut avec Josaphat » ; (B) 18,3 « Achab, roi d’Israël, dit à Josaphat, roi de Juda : « Viendras-tu avec moi […] ? « Nous serons avec toi au combat » ; (A) 19,6 « (Josaphat) dit aux Juges : « … (Le Seigneur) est avec vous quand vous prononcez la sentence » ; (A) 20,17 « […] Le Seigneur sera avec vous » ; (B) 20,35 « Après cela, Josaphat, roi de Juda, s’associa avec Ochozias, roi d’Israël ».
[53]On notera que ce même schéma s’applique à l’ensemble 2 Ch 14-16, construit aussi sur l’opposition entre l’alliance (positive) contractée avec Dieu (voir 2 Ch 15,12) et l’alliance (négative) contractée avec Ben-Hadad de Damas (voir 2 Ch 16,3). R. Dillard, « The Reign of Asa (2 Chronicles 14-16) : an example of the Chronicler’s theological method », JETS 23, 1980, p. 203-218, a montré le caractère paradigmatique de cet ensemble dans l’écriture chronistique. Avec lui, soulignons combien la chronologie structure théologiquement le récit en deux phases, la première marquée par la fidélité, la prospérité et la paix (13,23 « Le pays fut tranquille pendant dix ans » ; 15,10 « Ils se rassemblèrent à Jérusalem le troisième mois de la quinzième année du règne d’Asa » ; 15,19 « Il n’y eut pas de guerre jusqu’à la trente-cinquième année du règne d’Asa »), la seconde, par l’infidélité, la guerre et la maladie (16,1 « Dans la trente-sixième année du règne d’Asa, Baacha, roi d’Israël, monta contre Juda » ; 16,12 « Dans la trente-neuvième année de son règne, Asa eut les pieds malades » ; 16,13 « Asa se coucha avec ses pères et mourut dans la quarante et unième année de son règne »).
[54]Voir Priests, Prophète and Scribes. Essays on the Formation and Heritage of Second Temple Judaism in Honour of Joseph Blenkinsopp, edited by E. Ulrich (et alii), JSOTS 149, Sheffield, 1992 (notamment les études de la première partie, p. 20 à 99).
[55]Dans son maître ouvrage (op.cit. n° 6), R. Alter expose avec clarté ces « techniques de répétition » (p. 123-155), qu’on réduit trop souvent à de simples doublets.
[56]VI. Peterca, L’imagine di re Salomone netta Bibbia ebraica e greca, Rome, 1981 ; article « Salomon » dans le DBS 11, 1991, col. 431-486.
[57]K. Ian Parker, « Répétition as a Structuring Dévies in 1 Kings 1-11 », JSOT 42, 1988, p. 19-27.
[58]Même si le texte évoque une apparition, le renvoi explicite au songe de Gabaôn permet de parler en terme plus onirique.
[59]Outre les études citées en n° 56, R. Braun, « Solomonic apologetic in Chronicles », JBL 92, 1973, p. 503-516. Reprenant une thématique littéraire bien attestée dans la Bible (D. J. Mcarthy, « An Installation Genre ? », JBL 90, 1971, p. 31-41), le Chroniste établit un étroit parallèle entre la succession Moïse/Josué et la succession David/Salomon (voir H. G. M. Williamson, « The accession of Solomon in the Books of Chronicles », VT 26,1976, p. 351-361). Ce parti pris évident fait dire à A. Caquot, « Peut-on parler de messianisme dans l’Å“uvre du Chroniste ? », RThPh 16, 1966, p. 110-120, que le livre est moins davidique que salomonien.
[60]1 Ch 22,7-10 ; 28,5-7 ; 29,1 ; repris lors de la prière de Dédicace du Temple en 2 Ch 6,9. R. Braun, « Solomon, the chosen Temple builder : The signification of 1 Ch. 22, 28 and 29 for the theology of Chronicles », JBL 95, 1976, p. 581-590 ; VI. Peterca, « Die Verwendung des Verbs BHR fur Salomo in den Büchern der Chronik », BZ, 1985, p. 94-96.
[61]Notre analyse s’appuie en grande partie sur deux études de R. Dillard, « The Chronicler’s Solomon », WTJ 43, 1980, p. 289-300 et « The Literary Structure of the Chronicler’s Solomon narrative », JSOT 30, 1984, p. 85-93. De manière moins pertinente, S. DE Vries (1 and 2 Chronicles, p. 233) propose une autre construction en chiasme qui, elle aussi, met en lumière la centralité du Temple : a. 1,2-6 ; b. 1,7-13 ; c. 1,14-17 ; d. 1,18-8,16 ; c’. 8,17 et 9,13-21 ; b’. 9,1-12 ; a’. 9,22-28, avec ce commentaire : « Piety, wisdom, and riches were required for Solomon to become the builder of this one great unifying edifice, the temple ».
[62]Le thème de l’accession au trône de Salomon n’est pas absent du livre, mais transposé dans un contexte fort idyllique : selon 1 Ch 29,21-25, après des sacrifices offerts par tout le peuple devant le Seigneur « en grande liesse […], on proclama roi Salomon, fils de David, et on l’oignit pour le Seigneur comme chef, ainsi que Sadoq comme prêtre. Salomon s’assit sur le trône du Seigneur comme roi, à la place de David, son père. Il réussit et tout Israël lui obéit. Tous les chefs et tous les Braves et même tous les fils du roi David se soumirent au roi Salomon. Le Seigneur porta à un haut degré la grandeur de Salomon aux yeux de tout Israël […] ». À noter la formulation théocratique de ces versets qui reprend la relecture chronistique de l’oracle de Nathan en 1 Ch 17,14.
[63]Ainsi, S. Japhet, Ideology, p. 482-485.
[64]Ph. ABADIE, « La symbolique du Temple » dans l’Å“uvre du chroniste (Transeuphratène, 21, 2001, pp. 13-29).
[65]La figure féminine de la reine de Saba en contexte sapientiel renvoie plutôt à l’épisode des deux femmes requérant le jugement sage du roi (voir ci-dessus).
[66]La mention de « Tadmor au désert » (= Palmyre) — alors que la donnée parallèle de 1 R 9,18 ne parle que de « Tamar au désert, dans le pays », une cité judéenne —, procède d’une vue magnifiée du passé sans correspondre à une donnée réelle.
[67]La mention de ce même épisode en 2 Ch 3,1 renforce l’unité voulue entre l’Å“uvre préparatrice davidique et son accomplissement salomonien. On retiendra aussi la liaison entre cette « maison des sacrifices » (2 Ch 7,12, expression unique dans la Bible pour désigner le Temple) et « le mont Moriyya » (2 Ch 3,1, renvoi au sacrifice d’Abraham en Gn 22,1-19). I. Kalimi, « The Land of Moriah, Mount Moriah and the site of Solomon’s Temple in Biblical Historiography », HTR 83, 1990, p. 345-362.
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Soit qu’on cherche à le réhabiliter, ainsi H.N. Richardson,...
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Voir le jugement de R. H. Pfeiffer dans son Introduction to...
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[3]
D’abord parue en hébreu (1977), puis traduite en anglais (1...
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[4]
R. Tournay, Voir et entendre Dieu avec les Psaumes ou la li...
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[5]
Il faudrait citer ici bien des travaux de Moses I. Finley, ...
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[6]
Avec son livre (1981) récemment traduit en français aux édi...
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[7]
Plus qu’au commentaire de Simon J. De Vries, 1 and 2 Chroni...
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[8]
J. Elayi et J. Sapin, Quinze ans de recherche (1985-2000) s...
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[9]
D’autres structures narratives importantes (comme la place ...
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[10]
P. R. Ackroyd, « The Chronicler as exegete », JSOT 2, 1977,...
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[11]
Nous ne partageons pas le point de vue soutenu par A. Graem...
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[12]
2 S 6,23 (non repris en 1 Ch 16). Suite de la note...
[13]
H. G. M. Williamson, 1 and 2 Chronicles (NCBC), Londres, 19...
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[14]
R. Mosis, Untersuchungen zur Theologie des chronislichen Ge...
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[15]
Les derniers mots du verset 13 : « […] et l’avoir consultée...
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Voir 1 S 13,14 « ta royauté ne tiendra pas : le Seigneur s’...
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[17]
R. Dillard, « Reward and Punishment in Chronicles : The the...
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[18]
Voir aussi 1 Ch 22,13 ; 28,9 ; 2 Ch 12,5 ; 15,2 et 20,20. Suite de la note...
[19]
1 Ch 10,13-14 ; 22,19 ; 28,9 ; 2 Ch 11,16 ; 12,14 ; 14,3.6 ...
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[20]
1 Ch 28,9.20 ; 2 Ch 7,19.22 ; 12,1.5 ; 13,10-11 ; 15,2 ; 21...
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[21]
2 Ch 12,6.7.12 ; 28,19 ; 30,11 ; 33,12.19.23 ; 34,27 ; 36,1...
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[22]
2Ch 15,4 ; 30,6.9 ; 36,13. Suite de la note...
[23]
2 Ch 30,20 ; 36,16. Suite de la note...
[24]
1 Ch 2,7 ; 5,25 ; 9,1 ; 10,13 ; 2 Ch 12,2 ; 26,16.18 ; 28,1...
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[25]
W. Johnstone, « Guilt and Atonement : The theme of 1 and 2 ...
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[26]
Selon R. Mosis (op.cit. n° 14), Salomon représenterait l’av...
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[27]
Voir la lecture proposée ci-dessus de l’ensemble 1 Ch 11-12...
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[28]
Telle est la thèse soutendue dans H. G. M. Williamson, Isra...
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[29]
Ainsi R. Mosis (op. cit. n° 14), p. 186-192. Mais les deux ...
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Voir encore 29,27 « avec accompagnement des instruments de ...
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Avec de multiples nuances, la racine shoûb « retourner, rev...
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La séquence de 1 Ch 11 reprend étroitement la source (2 S 5...
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Ideology, p. 407. À l’inverse, la fondation du Royaume du N...
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H. G. M. Williamson, « We are yours, O David : The Setting ...
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1 Ch 10,14 repris en 2 Ch 10,15. Suite de la note...
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« Kerygmatic units in 1 and 2 Chronicles », JSOT 41, 1988, ...
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[37]
Outre l’étude de M. Thronveit (op.cit. n° 9), signalons les...
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P. 23. La plupart des études de P. R. Ackroyd sont rassembl...
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Rappelons qu’en 2 S 11 la seconde campagne contre les Ammon...
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Ph. Abadie, « La figure de David dans le livre des Chroniqu...
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1 Ch 22,9. Par opposition, 1 Ch 22,8 et 28,3 (temps davidiq...
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Plus littéralement encore, « non d’un cÅ“ur et d’un cÅ“ur ». Suite de la note...
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Dans sa lecture de 1 Ch 21, G. Knoppers, « Images of David ...
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R. Mosis, Untersuchungen, p. 60-61 ; H. G. M. Williamson, 1...
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Il s’agit des Lévites, porteurs de l’arche. Suite de la note...
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Philippe Abadie, « Le fonctionnement symbolique de la figur...
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[50]
R. Dillard, « The Chronicler’s Jehoshaphat », Trinity Journ...
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G. Knoppers, « Reform and Regression : The Chronicler’s Pré...
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[52]
« Kerygmatic Units », p. 30. L’auteur appuie cette construc...
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[53]
On notera que ce même schéma s’applique à l’ensemble 2 Ch 1...
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[54]
Voir Priests, Prophète and Scribes. Essays on the Formation...
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[55]
Dans son maître ouvrage (op.cit. n° 6), R. Alter expose ave...
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VI. Peterca, L’imagine di re Salomone netta Bibbia ebraica ...
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K. Ian Parker, « Répétition as a Structuring Dévies in 1 Ki...
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Même si le texte évoque une apparition, le renvoi explicite...
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Outre les études citées en n° 56, R. Braun, « Solomonic apo...
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1 Ch 22,7-10 ; 28,5-7 ; 29,1 ; repris lors de la prière de ...
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