Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 223 à 258
doi: en cours

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Langage et sacrement

Tome 91 2003/2

2003 Recherches de science religieuse Langage et sacrement

Théologie sacramentaire

Bilan d’une double décennie

Alexandre Ganoczy
Le but de la présente étude est d’établir un bilan aussi complet que possible des grandes lignes de la recherche des vingt dernières années en théologie sacramentaire. Pour cela, l’auteur commence par une analyse sélective des communications données au Colloque des RSR qui s’est tenu à Chantilly du 28 au 30 juin 1986 afin de déceler les courants majeurs qui se retrouvent par la suite dans les travaux de recherche théologique postérieurs à cette époque. Dans une deuxième partie, il retrace le fruit des travaux recensés entre 1987 et 2001 dans les bulletins critiques des RSR, ce qui, soit dit en passant, justifie que l’ensemble de ce dossier soit dédié à la mémoire de Henri Bourgeois, décédé prématurément en 2001. Un tel itinéraire permet de se faire une idée de tout ce qui a été élaboré sur le sujet par des auteurs, surtout franco-, anglo-, germano- et italophones. En dernier lieu, sont données quelques propositions du point de vue d’un théologien systématique, dogmaticien, engagé lui-même comme acteur dans cette recherche. The purpose of the present study is to assess as completely as possible the principal areas of research during the past 20 years of sacramental theology. To that end, the author begins with a selective analysis of papers given at the Colloquium of RSR, which was held at Chantilly from the 28th to the 30th of June 1986. His goal was to identify major contributions that influenced theological research during the pernod that followed. The second part retraces the fruit of the works reviewed between 1987 and 2001 in the critical bulletins of the RSR, which vue can say in passing, justified the dedication of the whole dossier to the memory of Henri Bourgeois, who died prematurely in 2001. Such an approach provides a broad perspective of the contributions made on the subject by authors, especially French-, English-, German-, and Italian-speaking. Finally, some proposais represent the view of a systematic, dogmatic theologian who was himself engaged as a participant in this research.
Le but de la présente étude est d’établir un bilan aussi complet que possible des grandes lignes de la recherche des vingt dernières années en théologie sacramentaire. Pour atteindre ce but, il convient de commencer par une analyse sélective des communications données au Colloque des RSR tenu à Chantilly entre le 28 et le 30 juin 1986, afin d’y déceler les courants majeurs qui se retrouvent par la suite dans les travaux de recherche théologique postérieurs à cette époque. Dans une deuxième partie, j’essaierai de retracer le fruit des travaux recensés entre 1987 et 2001 dans les bulletins critiques des RSR une tâche ardue certes, mais qui seule permet de se faire une idée de tout ce qui a été élaboré sur le sujet par des auteurs, surtout franco-, anglo-, germano- et italophones. Troisièmement, je ferai en guise de conclusion quelques propositions du point de vue d’un théologien systématique, dogmaticien, engagé lui-même comme acteur dans cette recherche. La présente étude aura donc, malgré mon option pour un maximum d’objectivité, un caractère non seulement partiel, mais aussi partial.
 
I. Le Colloque de 1986
 
 
1. Ce Colloque avait pour thème « Les sacrements de Dieu ». Joseph Moingt, alors directeur de notre revue, l’a expliqué en commentant une formule identique de Tertullien, initiateur de l’usage théologique de « sacramentum ». Le pluriel de la formule renvoie sans doute aux deux rites « fondateurs » du culte chrétien, le baptême et le repas du Seigneur, mais aussi à « tout ce par quoi Dieu se révèle créateur du monde et maître de l’histoire, choses et événements servant de signes, signes notifiant et exécutant des ordres souverains, desseins voilés à beaucoup et progressivement dévoilés » [1]. L’optique de ces propos est clairement théocentrique : les rites et les événements en question sont porteurs de dons du Dieu tri-un. Mais dans la mesure où ces dons adviennent dans et par l’histoire, notamment celle du « Fils incarné », ils demandent des médiations cosmo- et anthropologiques variées et en perpétuelle évolution vers un avenir eschatologique.
Ainsi compris, les sacrements du culte chrétien se présentent comme véhicules matériels et corporels de dons de grâce, dont le sens s’annonce en paroles et en gestes, en actes verbaux et non verbaux de communication, lesquels relèvent de toute évidence du milieu culturel et des données anthropologiques. Le fait que les sacrements incarnent la grâce invisible du Donateur sollicite tout spécialement la discipline dogmatique. Les conditions dans lesquelles ils se médiatisent demandent une étude de théologie fondamentale faisant appel aujourd’hui, entre autres, à des sciences humaines.
Les communications du Colloque épousent cette double orientation. D’une part, c’est la doctrine et la tradition des sept sacrements, centrés sur les deux sacramenta maiora qui se trouvent évoquées (P. De Clerck, J. Doré), mais aussi une théorie du « récit fondateur du rite » étayée par un examen du Baptême et de la Cène (J. Moingt). D’autre part, la majeure partie des communications est consacrée au thème générique et fondamental du « sacramentel » (H. Bourgeois, M. Quesnel, E. Marty, L.-M. Chauvet, J.-N. Aletti, P. Gisel). L’approche sociologique (J. Joncheray) et les implications éthiques (G. Vahanian) des rites chrétiens complètent ce tableau interdisciplinaire qu’on peut qualifier de théologie fondamentale.
Vu le caractère nécessairement limité et schématique de cet article, il me semble légitime d’expliciter la teneur de deux études qui me paraissent particulièrement significatives pour la double approche, dogmatique et fondamentale, du sujet, celle de L.-M. Chauvet et celle de J. Moingt.
2. La contribution de Chauvet au colloque est représentative pour une approche anthropologique de ce qu’elle nomme « le sacramentel » plus que de la théologie des sacrements. Ceux-ci n’apparaissent pas au premier plan quand il s’agit de définir le « sacramentel » comme « l’une des dimensions constitutives de la foi et de l’exister chrétien » [2]. Plus exactement les sacrements ne semblent conçus que comme les lieux où « se manifeste et se cristallise » cette dimension d’existence, ce « milieu », cette « matrice » ou cette « médiation » globalement expressive du don de Dieu [3]. La référence à ce que la dogmatique appelle, au moins depuis les sources néotestamentaires, la grâce de Dieu, réduit le risque d’un anthropocentrisme massif. L’auteur maintient fermement le moment « théologal » de la structure en question, même s’il considère qu’il n’a lieu que dans le moment « anthropologal » [4].
Ainsi, le Dieu qui donne garde son altérité, son « hétéronomie », sa liberté et — pour employer un synonyme traditionnel — sa transcendance au sein même de la médiation ; une médiation que l’on se gardera désormais de penser en termes de causalité instrumentale ou dans le sens d’une « immédiateté » rituellement produite entre le croyant et la « présence pleine de Dieu ». Le sacrement ne confère pas la « chose » divine mais maintient une « tension évangélique » féconde entre ce qu’annonce la parole et ce que symbolise le rite. Voilà pourquoi l’exister chrétien n’est jamais achevé, doit toujours être renouvelé [5].
Ceci dit, le sacramentel en tant que médiation d’ordre symbolique sollicite essentiellement le sujet. C’est dans ce « milieu » que « le sujet se construit comme croyant en construisant son rapport au Dieu vivant » [6] et qu’il est appelé à faire sa vérité et, en faisant sa vérité, à correspondre à la vérité qui le sollicite [7]. Ces propos, de facture heideggérienne, ne veulent cependant pas donner dans le subjectivisme. Car le sujet croyant est présenté comme conditionné non seulement par sa corporéité, mais aussi par d’autres « corps » : culturel, social, ancestral, cosmique [8]. Il se trouve notamment sollicité par des grandeurs pour ainsi dire objectives : l’Écriture Sainte, l’Église, le monde des frères destinataires de son agapê.
Ce discours de théologie fondamentale se fait ensuite interdisciplinaire. Il introduit des considérations inspirées par la psychanalyse avant tout lacanienne, puis par une certaine sociologie « postmoderne ». Beaucoup de lecteurs respecteront l’option de l’auteur, sans être convaincus de sa nécessité pour une théorie théologique du « sacramentel ». Certains estimeront même comme recevable l’énoncé que la psychanalyse peut aider le croyant à « affronter le réel sans le masquer par le recours constant à la tradition, aux ancêtres ou aux dieux », ainsi qu’à supporter « le monde comme ‘faille’et la vérité comme partielle » [9]. Cela peut correspondre, analogiquement, au caractère eschatologique, itinérant de l’existence chrétienne.
En revanche, le fait que l’auteur associe, sans beaucoup de nuances, dans les manifestations rituelles du sacrement, l’institutionnel et le traditionnel à la « régression névrotique » [10] du sujet religieux ne peut pas ne pas susciter de débat. Il devrait en être de même des quelques phrases consacrées à une critique postmoderne qui ne reconnaît au fait religieux qu’une « fonction sociale » [11]. Dans la mesure où l’on identifie l’« âge actuel » à la postmodernité et où l’on fait de celle-ci tantôt une provocatrice incontournable, tantôt une partenaire utile de la théologie, une définition approfondie et capable de consensus de ce terme se révélerait indispensable. Quant au discours sur la « détraditionalisation » de notre époque, où le sacré est nécessairement soupçonné et les retours à un passé « idéalisé » globalement désapprouvés, il faudrait peut-être le reconsidérer à la lumière du « retour aux sources » recherché par Vatican II dans sa réforme ecclésiologique et liturgique. Sur ces deux points, l’« a-venir du sacramentel » apportera sans doute des précisions.
Ce qui est dit sur un « nouveau penser de Dieu » se montre plus proche de la théologie la plus traditionnelle. Dans ce discours, le néologisme : « mé-ontologie divine » [12], malgré son appui sémantique sur le mé-on grec, c’est-à-dire sur une sorte de « néant », me semble s’inscrire dans la « théologie négative » des Pères et des mystiques, notamment de Maître Eckhart. Dans ce contexte, l’approche de la réalité divine par ce qu’elle n’est pas, avant toute tentative de dire ce qu’elle est, trouve une nouvelle forme dans le propos de l’article : Dieu se donne à connaître et à saisir en « partialité » eschatologique, en passant surtout par la corporéité humaine, laquelle est évidemment ambivalente. S’y ajoute la médiation kénotique de la croix du Christ, qui se révèle un Dieu « barré » et « effacé » au sein même de la résurrection du Crucifié par l’Esprit Saint [13]. Réminiscence de la theologia crucis véhiculée par la tradition représentée par Luther, mais reprise aussi aujourd’hui par Jüngel, Moltmann et Sölle, cette conception s’applique bien au drame actuel du « sacramentel ».
L’idée que celui-ci est encore loin de se réaliser dans un acte sacramentel efficace « ex opere operato », mais qu’il exige une « vérification » dans le comportement éthique du sujet, en somme que la grâce ne veut pas être sans l’agapê, correspond également à ce qu’enseigne une dogmatique éclairée. Que le sujet croyant ne s’arrête donc ni au sacrifice offert ni à l’effet salutaire du sacrement reçu, mais qu’il soit toujours prêt à convertir la « verticalité » sacrale et sacrificielle en « horizontalité » éthique culminant dans l’amour désintéressé du prochain.
Une telle conversion doit s’accomplir, jusqu’au niveau des rites célébrés, où un ritualisme triomphaliste est aussi bien à écarter qu’un « didactisme verbeux » [14]. La ritualité est appelée à se conformer à un sacramentel qui exprime « la biffure, symbolique et historique, de Dieu dans et par l’humanité » [15]. À ce niveau, le sujet est appelé à une tâche proprement surhumaine : il est « requis de donner à Dieu le corps d’humanité que Paul appelle ‘le Corps du Christ’ » [16] et de « donner au Ressuscité le corps du monde sans lequel il ne serait pas en vérité » [17]. Serait-ce des propos pélagiens ? Exige-t-on que l’homme donne à Dieu ce que Dieu ne saurait avoir sans lui ? Et cela à un Dieu sans la grâce duquel, par ailleurs, les sacrements n’auraient aucun pouvoir ? S’agit-il d’une « horizontalité » éthique qui prétendrait égaler les promesses de la « verticalité » théologale ? Ce qui a été relevé au début de ce résumé sur le sacramentel comme « médiation expressive du don de Dieu », c’est-à-dire de la grâce qui est « communication de Dieu », permet de penser qu’on n’a pas l’intention d’insinuer une synergie symétrique entre ce que l’homme donne à Dieu et ce que Dieu donne à l’homme. Il n’en reste pas moins l’impression que l’accent est fortement volontariste, puisque « le sacramentel » vise, dans et en dehors des sacrements, à « se construire comme croyant en construisant son rapport au Dieu vivant », et à créer « la matrice » dans laquelle « s’effectue l’accès à la subjectivité humaine » [18].
Et l’Église ? Est-elle aussi une matrice pour une telle auto-réalisation croyante ? Oui, dans la mesure où elle sait se convertir en communauté, en « église locale ». Dans ce cas, elle s’avère le « premier ‘sacramentum’, la première expression symbolique de cette médiateté du rapport à Dieu » [19]. La communauté « particulière », loin d’être une simple composante de l’Église universelle constitue le « Grundsakrament » (K. Rahner) et réalise la dimension communionnelle du « sacramentel » [20]. L’auteur propose de fait cette interprétation de Lumen Gentium 26. Grâce à la communauté ecclésiale, le sujet évite l’idolâtrie qui consiste à rechercher un « branchement direct et individuel sur Dieu » et accède, au milieu de ses frères et de ses sÅ“urs, au pouvoir de « donner à la paternité de Dieu en Christ une effectivité dans l’histoire » [21].
Voilà un résumé court et un commentaire spontané de la conférence que L.-M. Chauvet a faite en 1986. Cette présentation ne peut être que partielle, puisque ni ses livres ni l’évolution ultérieure de sa pensée n’ont été pris en compte. Le but en était de donner un exemple particulièrement significatif pour cette théologie fondamentale d’orientation fortement anthropologique et réceptive aux sciences humaines qui s’est développée depuis une vingtaine d’années autour du thème : « le sacramentel ».
3. La conférence de Joseph Moingt sur « Le récit fondateur du rite » représente un bon exemple d’une approche plutôt dogmatique du sujet « les sacrements de Dieu ». Elle thématise moins l’avenir du « sacramentel » que ce « passé » qui doit rester « l’instrument critique de toute actualité » [22]. Il s’agit d’un véritable retour aux sources, notamment aux origines des sacrements, mettant en Å“uvre une méthode historique, base indispensable pour parvenir à des conclusions de théologie systématique. Le choix de l’auteur est clair : partir du Baptême et de la Cène du Seigneur qui avaient été pour la première fois désignés comme « sacrements ». Ces deux rites n’ont pas été institués comme tels. Ils ont vu le jour en partie par un « réemploi de rites anciens » [23]. Ils ne sont devenus les deux piliers du culte spécifiquement chrétien qu’en vertu de certains événements relatés par des récits qui, répétés, donnaient naissance à des institutions rituelles. Le Repas du Seigneur, par exemple, « n’avait pas à être institué, puisqu’il existait déjà dans le rituel juif » dont les paroles de Jésus ont « changé le sens » [24]. Quant au Baptême, il s’appuyait aussi sur ce qui, au témoignage d’Ac 10, 37s, « s’était passé » après le baptême prêché par Jean, quand « Dieu a oint Jésus d’Esprit et de puissance ». De tels récits, remémorés, ont acquis une efficacité d’institution. La référence à Jésus, d’abord à ses actes et à ses paroles, puis à sa volonté, décelée dans ses attitudes en face de situations humaines particulièrement significatives, ont conduit à la compréhension d’un ensemble rituel, systématisé au cours d’un développement complexe vers ce que la dogmatique a été amenée à appeler « les sept sacrements ». Pour faire une herméneutique correcte de ces sacrements, le retour critique au « récit fondateur » fournit la critériologie incontournable, puisque ce récit « autorise autant qu’il interdit ». Il interdit par exemple une théorie chosifiante et instrumentalisante, concernant la médiation du don de Dieu, plus encore la déviation du faire rituel vers la magie ou la réduction anthropocentrique du dire théologique sur le sujet.
Dans ce contexte critique, ce qu’on nomme « efficacité » sacramentelle ne relève ni de quelque causalité métaphysique ni « de la simple performabilité » du symbolisme mis en Å“uvre. Elle se comprend, suivant la norme biblique que toute dogmatique doit respecter, comme portée par la promesse d’une parole « qui lie le croyant au pacte fondateur et qui réactualise et lui approprie, à son crédit comme à son débit, l’alliance » que Dieu propose à l’homme. C’est par une telle parole que « Dieu donne au croyant le gage de sa promesse » qui est, elle seule, de puissance salvifique.
Cette insistance sur le « verbum sacramenti », un point fort de la sacramentaire qui se réclame des origines du Baptême et du Repas du Seigneur, a de quoi rapprocher la dogmatique catholique de la Réforme et de ses théologiens majeurs qui avaient insisté et insistent encore sur la complémentarité constitutive de « Parole et Sacrement ». Elle permet en même temps d’éviter toute réduction anthropologique qui occulterait l’initiative souveraine du « ministre principal » : « Dieu est fidèle à ses sacrements, mais il ne s’estime pas lié par eux » [25].
Dans la logique d’un ressourcement scripturaire sans concession, l’auteur rattache aussi les impératifs éthiques des sacrements à la tradition initiée par Jésus lui-même. Par exemple à sa préférence pour la miséricorde par rapport au sacrifice rituel et pour l’amour du prochain par rapport au culte officiel [26]. En ce qui concerne la Cène, J. Moingt fait retour à 1 Co 11, 20-22 : l’attitude égocentrique des participants fait mentir la symbolique cultuelle, car le manque de « koinonia » fraternelle est incompatible avec la célébration du Repas du Seigneur. Quant au Baptême, tant comme rite d’initiation originel que comme « sacramentum » selon Tertullien, ses exigences éthiques résultent directement de la « metanoia » et de la confession de foi qu’il symbolise.
Cette dimension éthique se trouve ensuite rattachée à une identification de la divinité de Dieu qui donne ses sacrements. Ce n’est nullement une puissance surnaturelle à la disposition de nos projets et de nos désirs. Dieu est réfractaire à une « mainmise idolâtrique », « dérive ritualiste » que Luther crut déceler derrière l’ex opere operato de certains scolastiques et qui provoqua sa critique impitoyable de la « captivité babylonienne » des sept sacrements [27]. Dieu, qui avait suscité les dispositions de Jésus qui ont abouti à la formation des sacrements, oppose sa liberté absolue à de telles tentatives. Cette conviction s’exprime dans le discours de l’auteur sur l’« absence » de ce Dieu qui se présente (cela rejoint un thème cher à Chauvet) et peut prendre son appui sur les paroles du Jésus johannique : « Dieu, nul ne l’a jamais vu » (Jn 1, 18) ; « l’Esprit, nul ne sait d’où il vient ni où il va » (3, 8) ; « quant à moi, il vous est bon que je m’en aille » (16, 7). L’exégète fera peut-être des réserves sur le regroupement et l’utilisation de ces citations ; en tous cas, son intention est claire : le culte doit respecter l’absence du Tout Autre au sein même de sa présence réelle. Il y a un écart qui appelle des médiations, une « tension évangélique » qui fait que la « présence de Dieu advient réellement à travers son absence » [28], une absence qui n’est pas vide, puisqu’elle veut se remplir par les prochains à rencontrer.
Mais convient-il d’interpréter ainsi nos sacrements à une époque où « la plupart ne parviennent pas à reconnaître leur existence impliquée dans les symbolismes sacramentels » [29], ou même à se sentir concernés par une théorie du sacramentel comme dimension essentielle de l’existence chrétienne ? J. Moingt considère que « la solution de cette crise ne viendra pas d’un recours à la génialité du rite, mais à celle du récit, et elle consistera à laisser toute sa place, dans l’opus operatum de la célébration sacramentelle, à la relation éthique à laquelle le récit évangélique avait su initier les premières communautés chrétiennes » [30].
En évoquant la célébration, qui doit être marquée d’« inventivité liturgique » et de « communication » entre les concélébrants, y compris les fidèles, la dogmatique demande ici implicitement de collaborer avec les sciences liturgiques en même temps qu’avec les théologies fondamentale et pratique, qui cherchent à recevoir nombre d’acquis des sciences humaines.
 
II. Recherches au cours d’une double décennie
 
 
Après avoir essayé de caractériser l’orientation du Colloque de 1986 par le résumé d’une approche « fondamentale » et d’une étude plutôt « dogmatique », il convient de continuer les investigations en examinant les ouvrages publiés depuis, dans les bulletins critiques de théologie sacramentaire dans notre Revue rédigés par le regretté H. Bourgeois. Là encore, là surtout, il me faudra passer par la sélection, avec tout le risque de partialité que cela comporte.
Le plan de cette démarche sera le suivant : commencer par les travaux — traités, monographies et introductions — qui thématisent et systématisent l’ensemble de la théologie sacramentaire, qu’ils s’inscrivent ou non dans la ligne des deux conférences présentées ci-dessus. L’ordre sera chronologique ; ce qui n’exclut pas de procéder à des regroupements d’auteurs « apparentés ». Le commentaire sera intégré à l’exposé. Dans une seconde partie, des études particulièrement originales concernant chaque sacrement du septénaire catholique seront passées en revue, en prêtant une attention toute particulière aux « sacramenta maiora ». Les ouvrages qui représentent un intérêt Å“cuménique majeur recevront la considération qu’ils méritent, déjà du simple fait que la contestation la plus radicale du système cultuel catholique est due aux Réformateurs, dont les héritiers sont aujourd’hui nos partenaires privilégiés dans la recherche d’une sacramentaire à la fois évangélique et répondant aux attentes de nos contemporains.
1. Recherches en théologie dogmatique
Il convient d’aborder notre panorama avec l’héritage de K. Rahner. Son ouvrage sur Les sacrements de l’Église, paru en 1985, témoigne bien de l’ecclésiocentrisme de sa systématique : l’Église est la visibilité de la grâce salutaire, elle représente le Christ sous sa « forme sociale », constituant ainsi le « Grundsakrament », le sacrement fondamental du Verbe Incarné, qui est lui-même le « Ursakrament », le sacrement originel de Dieu. Ainsi conçue, l’Église effectue son auto-réalisation dans les sept « symboles réels » du culte catholique. Cette thèse, formulée déjà en 1960 dans un livre de 102 pages, Kirche und Sakramente [31], avait exercé une influence considérable, voire dominante, sur la recherche ultérieure. Se structurant elle-même comme une synthèse de théologie « fondamentale » et de théologie « dogmatique », elle inspira longtemps des travaux dans les deux disciplines. Réussissant le tour de force impressionnant de reformuler l’enseignement tridentin dans des catégories d’ontologie transcendantale et de phénoménologie heideggérienne, Rahner inaugura une méthodologie qui s’appliquait en premier lieu au « sacramentel » en général, avant d’aborder les sacrements en particulier. En outre, par leur cadre ecclésiocentrique, ses énoncés furent bienvenus à l’époque préconciliaire fortement marquée par la volonté de l’Église de se renouveler et de se réformer. Dans ce contexte, la réception, ne serait-ce qu’occasionnelle, de la « sacramentalité de l’Église » ne pouvait que favoriser l’omniprésence chez les chercheurs de ce qu’on pourrait appeler la « nouvelle scolastique rahnérienne ». Tel fut le cas de théologiens aussi différents que N. A. van Roo [32] qui réunit dans son enseignement des catégories causales et symboliques, J. Ratzinger qui introduisit le pluriel : « sacrements fondamentaux » [33], enfin des auteurs de manuels tels que Th. Schneider, H. Vorgrimmler [34] et K. B. Osborne [35]. Détail frappant : la critique de cet héritage omniprésent est venu, avec une force toute particulière, d’Italie. Notons E. Ruffini et E. Lodi [36] stigmatisant, sur la base de leurs recherches patristiques, une « dilatation exubérante » de la notion de sacrement, G. Colombo [37] qui trouve l’expression « Église-sacrement » vague et justifiée à tort par LG 1 et 48, puisque ces textes ne l’emploient qu’analogiquement (« veluti » et « ut » !). Colombo la juge également difficile à déduire d’une lecture approfondie du Nouveau Testament. Notons enfin la prise de position d’A. Bozzolo qui fait valoir les inconvénients d’une « réception générale » des idées maîtresses du grand Rahner, surtout si l’on emploie le terme « sacrement » sans souligner suffisamment son caractère d’analogie lointaine dans son application à l’Église. Parmi les chercheurs germanophones, on signalera : W. Kasper qui reproche à Rahner d’avoir présenté l’Église plus comme une grandeur mythique, idéalisée, se réalisant par le moyen des sacrements, que comme une communauté locale concrète — cette conception s’accorde mal avec l’ecclésiologie conciliaire [38] —, A. Ganoczy qui propose une alternative en partant des récits et des rites fondateurs du Baptême et du Repas du Seigneur, y décelant ce qui correspond le mieux à une théorie moderne de la communication [39], enfin O. Meuffels [40] qui, représentant le même courant, s’oppose à ce qu’on mette en symétrie ces deux propositions : « l’Église fait les sacrements » et « les sacrements font l’Église », pour souligner l’opération ecclésiogène des actes de culte verbaux et non verbaux communiquant la grâce libre de Dieu-Trinité.
Le débat sur la contribution de Rahner au renouveau de la théologie sacramentaire n’est pas clos. Pour le poursuivre avec le maximum d’objectivité, il faut rappeler le puissant courant de théologie fondamentale qu’il a, directement ou indirectement, inspiré. Mais il serait également nécessaire d’examiner la recherche qui se rattache aux travaux d’E. Schillebeeckx [41] qui choisit une approche plus christologique et met en Å“uvre la catégorie anthropologique de « rencontre ». Cette dernière a été reprise notamment par le jésuite L. Lies dans son Sakramententheologie où l’univers sacramentaire est abordé par une réflexion sur les sacrements particuliers centrés sur l’Eucharistie [42]. Déjà avant cet ouvrage de Lies, A. Ganoczy avait présenté en 1984 [43], une introduction concise qui reprend la méthode classique procédant par les étapes suivantes : témoignages bibliques, tradition patristique, déclarations magistérielles, réflexion contemporaine, avant d’arriver à une systématique suivant le principe herméneutique de « communication ». (Cette démarche s’apparente, me semble-t-il, à celle de J. Moingt).
Dans sa recension de cet ouvrage, H. Bourgeois [44] a relevé les points suivants : l’auteur privilégie l’examen de chaque sacrement dans son origine et dans son évolution, relevant les variantes historiquement conditionnées dans sa structure, sa pratique et son interprétation, afin de découvrir dans ce processus même la compréhension spécifiquement chrétienne du « sacramentel ». Il met en exergue l’apport de Tertullien, l’inventeur de l’usage théologique du concept profane de « sacramentum », puis la doctrine d’Augustin, avec sa théorie des signes, ensuite l’enseignement de Thomas, dont l’aristotélisme lui vaudra un jour le qualificatif d’« onto-théologien », enfin les théories d’O. Casel, de K. Rahner et d’E Schillebeeckx. Avant toute systématisation, les critères en sont relevés par l’auteur dans les textes majeurs de Vatican II. C’est à partir de là que l’idée de « communication » cherche à s’autoriser comme principe herméneutique non seulement de la sacramentaire, mais aussi de son fondement ultime : la structure de la Trinité. Cependant les considérations de Ganoczy ne tombent guère dans l’idéalisme, puisqu’elles mettent aussi en évidence les déviations théoriques et pratiques signalées entre autres par les Réformateurs ainsi que les moments perturbateurs dans toute célébration des rites sacrés. H. Bourgeois trouve cet essai original, mais en déplore aussi le caractère trop schématique, notamment son manque de dialogue avec J. Habermas et H. Arendt pour aiguiser la réflexion. A. Bozzolo regrette à son tour l’absence de P. RicÅ“ur et le fait que l’auteur n’ait pas voulu dépasser le stade d’une « hypothèse de travail » [45]. O. Meuffels a assurément comblé les lacunes de son directeur de dièse, mais aussi celles d’un autre représentant du même courant, P. Hünermann [46] (dont le livre SakramentFigur des Lebens n’a pas été recensé dans RSR). Meuffels, aujourd’hui professeur de dogmatique à l’Université de Würzburg, est peu connu en France. Pourtant, sa monographie Kommunikative Sakramentenlehre mérite d’être remarquée, car il introduit une réflexion interdisciplinaire dans les parages mêmes de la dogmatique. Il est attentif notamment à l’anthropologie philosophique de H. Rombach (dont l’Å“uvre post-heideggérienne est, à ma connaissance, inaccessible en français) ainsi qu’à la phénoménologie et à l’herméneutique de P. RicÅ“ur. Il faut aussi nommer J. Habermas et H. Peukert, théoriciens importants de l’« action communicative ». Les acquis de cette réflexion à multiples facettes, qui cependant n’accorde guère d’attention à la psychanalyse et à la sociologie, se trouvent mis au service d’une théologie des sacrements axée, dans le sillage de la « Christian Liturgy »de E. J. Kilmartin (1988), sur le mystère trinitaire. Tout cela me semble jeter un pont entre la dogmatique et une théologie fondamentale en dialogue avec les sciences humaines.
Notre panorama serait toutefois incomplet, si l’on n’évoquait pas l’Histoire des dogmes publiée sous la direction de B. Sesboüé dont le volume 3, intitulé « Les signes du salut », contient des études de H. Bourgeois, B. Sesboüé et P. Tihon [47]. La méthode adoptée dans tous les volumes de cette Å“uvre importante rappelle opportunément que la théologie ne peut pas se passer d’une relecture patiente des documents, si elle ne veut pas laisser mettre en question son caractère scientifique. Pour l’histoire de la sacramentaire, les auteurs se limitent à montrer quels théologiens avaient contribué à « formaliser en un ensemble à portée dogmatique » les éléments de tradition venus de l’Église ancienne, processus qui parvint à un tournant au XIIe siècle, sans lequel les déclarations de Latran TV, de Lyon II, de Florence et de Trente ne sauraient être comprises en profondeur. Étudier ces Conciles avec les outils des sciences historiques révèle, entre autres, des variantes importantes dans le rapport entre la lex orandi et la lex credendi, la première ne déterminant pas toujours la seconde ; dans la formulation conciliaire c’est plutôt la seconde qui, comme le note H. Bourgeois, « surveille avec minutie » la première. Une telle démarche se montrait particulièrement nécessaire quand il s’agissait de donner des réponses fondées aux questionnements de la Réforme.
Ces considérations nous amènent à rendre compte d’ouvrages protestants, luthériens et réformés, qui ont apporté, ces dernières années, une contribution incontournable à une théologie Å“cuménique en devenir. A. Birmelé a consacré une partie de son livre Le salut en Jésus Christ dans le dialogue oecuménique (1986) à la question des sacrements, non sans souligner l’« ambiguité d’une sacramentalité de l’Église » [48]. Dans le tome II/2 de sa monumentale Dogmatique pour la catholicité évangélique, G. Siegwalt a longuement traité des « moyens de grâce » (cf. les « media salutis » de Calvin !), parmi lesquels l’Eucharistie occupe une position centrale. Il s’intéresse donc, avant toute qualification générale de l’Église, à son culte concret sous la forme de la Cène [49].
Constatation étonnante : le document de convergences interconfessionnelles publié en Allemagne en 1986 sous le titre « Lehrverurteilungen kirchentrennend ? », traduit en français en 1989 sous le titre : « Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels ? », texte qui, à mon avis, apporte une avancée décisive dans le dialogue, est à peine mentionné dans nos recensions [50]. Tout le contentieux concernant la sacramentaire s’y trouve pourtant traité à partir des condamnations prononcées par le Concile de Trente, le Confession d’Augsbourg et les écrits confessionnels réformés. Quand on considère qu’une quarantaine de théologiens allemands hautement qualifiés, luthériens, réformés, catholiques, y ont travaillé en commissions pendant quatre ans, et que ce travail devait être, en partie, couronné en 1999 à Augsburg par la Déclaration commune luthéro-catholique sur la doctrine de la justification, ce silence surprend beaucoup. Le document a le grand avantage d’intégrer la sacramentaire dans une sotériologie christocentrique, d’avancer des arguments fondés permettant de relativiser la portée des anathèmes prononcés, de prendre le Baptême comme le paradigme qui permet l’intelligence de nos systèmes sacramentaires, de développer un traité des sacrements en général recevable par les deux parties, de traiter ensuite, dans un esprit consensuel mais sans harmonisations hâtives, de l’Eucharistie, de la Confirmation, de l’Onction des malades et du Mariage, pour terminer sur un bilan de divergences persistantes concernant les ministères ordonnés. Étude rigoureuse faite par des universitaires à la demande et sous la responsabilité des évêques et des institutions ecclésiales des deux côtés, publiée par Karl Lehmann et Wolfhard Pannenberg, ce document représente un progrès capital dans la recherche dogmatique de portée Å“cuménique.
Le livre de H. Mottu, professeur à Lausanne, intitulé Le geste prophétique. Pour une pratique protestante des sacrements, (1997) revêt dans ce contexte une grande importance. L’auteur veut d’emblée indiquer une complémentarité possible entre la tradition de la Réforme et la doctrine catholique à travers le refus de cette alternative : « Ou bien tout est sacrement, mais alors on va beaucoup trop loin dans l’extension du champ sacramentel et l’on ne différencie pas clairement les actes ecclésiaux de la volonté du Christ seul /…/. Ou bien rien n’est sacrement mais alors ce que fait l’Église demeure impensé et celle-ci ne risque-t-elle pas de devenir une Église sécularisée ? » [51]. L’intention manifestée est de revaloriser le « geste prophétique » analogue au geste sacramentel. Il s’agit d’un « agir communicationnel » verbal et non-verbal qui ne se laisse pas enfermer dans un rituel figé, mais se conforme à la Parole vive de Dieu, annoncée de façon compréhensible à chacun. Dans ce contexte le rite doit garder son « aspect cognitif », et le « faire » n’est pas autorisé à se substituer au « dire ». L’éthique motivée par la célébration l’est également par l’annonce compréhensible du message. Le nom de sacrement ne revient qu’aux rites qui se rattachent à une intention identifiable de Jésus Christ, qui seul peut être nommé analogiquement, avec la tradition augustinienne, « le sacrement de Dieu ». Enfin, l’opération de l’Esprit Saint est comprise, avec Calvin, comme une condition sine qua non de la présence sacramentelle de Dieu. Mentionnons en dernier lieu le livre d’une théologienne américaine, M. S. Hilkert, Naming gracePreaching and the Sacramental Imagination [52]. C’est un bon essai de démontrer la corrélation entre parole et sacrement, touchant aussi à la question des ministères, notamment celui des femmes. L’étude témoigne bien de la vitalité actuelle de la réflexion théologique aux États-Unis sur tout ce qui touche aux sacrements. C’est donc à juste titre que nos recensions présentent également les ouvrages de K. B. Osborne, de E. J. Kilmartin et de M. G. Lawler [53].
2. Sacramentaire fondamentale
On donne aujourd’hui le nom de sacramentaire fondamentale aux travaux qui tentent d’élucider les tenants et les aboutissants théoriques et pratiques des conditions anthropologiques et sociologiques, dans lesquelles on voit insérés les différents rites du culte chrétien, y compris les sacrements. Cette recherche veut être fondamentale, en ce sens qu’elle réexamine tout ce qui contribue à déterminer l’identité de l’homme contemporain, ce qui l’amène à une démarche proprement interdisciplinaire. Notons dans ce contexte les ouvrages collectifs dont la plupart publie des communications données dans des colloques réunissant des historiens des religions, des ethnologues, des psychologues, des sociologues, des philosophes, des exégètes et des théologiens. En 1995, les Facultés universitaires Saint-Louis font paraître un recueil sous le titre : « Le rite, source et ressources » [54]. R. Devisch y analyse les rites bantous d’initiation et de guérison. Ch. Perrot traite des « paroles et gestes rituels dans le Nouveau Testament », L. Voye des rites, qui « tiennent bon » comme expressions de notre culture séculière, enfin L.-M. Chauvet du rapport entre le rite et l’éthique en contexte chrétien. Relevons encore dans cette catégorie les études du Centre d’histoire des religions de Strasbourg sur « Le comparatisme en histoire des religions » (colloque de 1996) [55]. J. M. Husser définit la méthode comparatiste : « une démarche à la fois heuristique et herméneutique permettant de rendre compte de faits particuliers par confrontation ou comparaison avec des faits semblables ». En même temps il invite les chercheurs à s’abstenir d’appréciations hâtives, ce qui les « ferait lorgner — ainsi résume H. Bourgeois — du côté de la théologie » [56]. Ceci révèle une tendance qui caractérise plusieurs de ces colloques interdisciplinaires : inviter les théologiens à une grande abstinence pour laisser une liberté d’expression maximale aux représentants des sciences humaines.
Un colloque analogue fut tenu en 1996 à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de Paris sur l’« Approche scientifique des faits religieux » [57]. Chauvet y évoque la tentation du théologien « de ne pas décoller suffisamment de sa foi et de ses intérêts, objectifs ou subjectifs, de croyant chrétien ». C. Geffré fait remarquer en revanche que « le théologien des religions a absolument besoin de l’objectivité de l’histoire des religions ». Une telle attitude garantit le caractère scientifique de sa démarche, l’empêche de s’ériger en juge de l’univers non chrétien, tout en lui laissant le droit et le devoir d’exposer clairement la spécificité de sa propre tradition et de la comparer avec les autres typologies. Dans une optique similaire, J.-Y. Hameline déclare que la théologie ne peut jamais se réduire « à un discours sur la méthode et qu’il lui faut oser dire le sens des rites, des croyances et des institutions du christianisme » [58].
Pour compléter ce tableau, mentionnons encore le numéro spécial de Concilium (1995, n° 259) sur « Le corps et la sensibilité dans la liturgie », publié sous la direction de L.-M. Chauvet, où se font entendre la philosophie phénoménologique, l’analyse symbolique et linguistique, l’éthologie, mais aussi la théologie féministe. H. Bourgeois note que ce recours intensif à ce qu’on appelle « sciences humaines » ne devrait pas aller sans la préoccupation de « ne pas négliger la dimension théologique » [59]. Cette remarque renvoie à un réel problème. Le recours en question risque de devenir inflationniste et de conduire, à la limite, à l’aliénation du « specificium christianum ». Lorsque les théologiens deviennent par exemple des spécialistes de ritologie et d’ethnologie jusqu’à s’abstenir de faire valoir leur propre discipline, ils s’écartent du but à poursuivre par une saine interdisciplinarité.
Une tendance problématique inverse est signalée par G. Lukken, professeur de sacramentaire à Tilburg, dans son ouvrage Per Visibilia ad Invisibilia, paru en l994 [60]. Elle se manifeste lorsque le théologien se montre tellement préoccupé d’argumentations doctrinales qu’il perçoit la pratique liturgique trop peu comme un lieu théologique. Cela nous conduit au dernier point de notre enquête : les sciences liturgiques.
3. Recherches en sciences liturgiques
Une proposition de P.-M. Gy, dans son recueil d’articles publié en 1990, intitulé « La liturgie dans l’histoire », me semble éclairante dans sa simplicité : le liturgiste réfléchit à partir de la célébration, le théologien réfléchit sur l’ensemble de la doctrine [61]. Elle semble viser plutôt deux dimensions complémentaires d’une démarche unique que la répartition du travail sur deux spécialités séparées. Car le liturgiste et le théologien doivent, en principe, se retrouver dans la même personne. Ce qui importe, c’est la rencontre et la synergie de deux traditions vivantes, par conséquent se modifiant selon les époques, celle de la « lex orandi » et celle de la « lex credendi ». Ensemble, elles sont constamment sollicitées à lire les « signes des temps », paradigme cher à Vatican II. La contribution de P.-M. Gy à la réforme conciliaire et postconciliaire du culte catholique est indiscutable. Elle se révèle étroitement liée aux travaux de l’Institut supérieur de liturgie parisien, dont les objectifs se reflètent bien dans le petit livre de son directeur, P. De Clerck sur « L’intelligence de la liturgie » [62]. Il s’agit d’une « intelligence intuitive », mais qui, en tant que « source donneuse de sens », donne aussi à comprendre, à réfléchir sur la signification de la foi chrétienne. Le « saisissement que l’on peut éprouver en chantant, en écoutant un texte, en prononçant une parole de foi », n’exclut nullement la démarche concomitante proprement théologique. Cela nous rappelle la conviction calvinienne que toute célébration doit se faire comme annonce de la Parole, annonce intelligible au commun des mortels, mais aussi la conviction catholique que la liturgie véhicule une tradition de foi vivante, se disant dans un langage correspondant à l’environnement culturel. P. De Clerck ne tait pas non plus les aspects problématiques de la liturgie, même renouvelée par le Concile : la « perte de l’univers symbolique » dans nos sociétés sécularisées aussi bien que l’ennui créé par une répétition sans imagination des rites. Plus sévère encore est la critique d’A. Nocent dans son ouvrage, Le renouveau liturgique (1993) [63]. Il fait état d’insuffisances du rituel romain actuel et propose une véritable réforme des réformes. J. Ratzinger abonde dans le même sens, au fil de son livre, Un chant nouveau pour le Seigneur. La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui (1995) [64]. Il plaide pour plus de christocentrisme dans la réflexion et prend position contre les célébrations dominicales sans prêtre, l’absolution collective, un certain pragmatisme pastoral et une tendance des communautés à l’« autocélébration ». Le Cardinal se prononce, dans sa contribution au petit recueil d’interviews de caractère traditionaliste, publié par C. Barthe en 1997 [65], pour un « nouveau mouvement liturgique, qui redonne vie au vrai héritage du Concile Vatican II ». En cela, il prend ses distances vis-à-vis des coauteurs, parmi lesquels on trouve J.-R. Armogathe, R. Girard et R. Spaemann, qui n’hésitent pas à prôner, pêle-mêle, des retours aux pratiques « tridentines » : retourner l’autel, réintroduire le latin, mettre en avant le caractère propitiatoire du sacrifice de la messe… Dans le présent bilan de recherches, de telles publications ne devraient pas avoir leur place, en raison de leur manque d’argumentation théologique approfondie et de leur caractère peu constructif, si elles n’étaient pas révélatrices d’un certain malaise dans la quête actuelle d’une « liturgia semper reformanda ».
En attendant des progrès réels dans ce domaine qui ne peuvent se faire que dans un esprit de pluralité convergente, le nombre et le sérieux des études historiques peuvent dégager des traditions inventoriées des modèles pour le présent et le futur. Signalons seulement : P. Grelot et alii, La liturgie dans le Nouveau Testament (1991) [66], et surtout les volumes richement documentés de la collection de Ratisbonne Gottesdienst in der Kirche [67], sans oublier les monographies venues des États-Unis, comme La liturgie chrétienne en ses origines de P. Bradshaw [68] et le recueil d’études édité par B. J. Lee sous le titre Alternative Futures for Workship [69] ainsi que l’ouvrage du jésuite américain R. F. Taft, qui met en valeur des trésors de la liturgie byzantine susceptibles d’inspirer le renouveau du culte occidental [70]. Le livre de L.-M. Renier, Pour une liturgie créative (1966) mérite une mention spéciale [71]. Il se situe d’emblée par rapport à la question de savoir comment nos liturgies peuvent et doivent créer une réelle complémentarité entre tradition et invention, ou encore comment nos réalisations présentes, attentives aux sollicitations « postmodernes » ont à s’imprégner de « la sagesse » des anciennes. D’où la question : est-il possible d’être fidèle en même temps qu’innovateur ? La réponse ne peut venir que d’une herméneutique théologique approfondie s’appliquant à la fois à nos formes de culte anciennes et nouvelles.
Au terme de ce bilan sur les trois domaines principaux de la recherche, il convient d’évoquer encore une fois La teologia sacramentaria dopo Rahner d’A. Bozzolo [72]. Ce commentateur attentif de la scène distingue entre deux groupes importants de chercheurs apportant réellement du nouveau : le groupe germanophone et le groupe francophone. Il relègue à l’arrière-plan les auteurs italiens, espagnols et nord-américains. Avec des exemples bien choisis, il montre que la force du premier groupe consiste dans son recours constant aux sources scripturaires et patristiques, à l’exception de Rahner, avant de passer à la systématisation dogmatique tenant compte des résultats de certaines « sciences de l’esprit » modernes. Le groupe francophone s’illustre en revanche par son orientation de théologie fondamentale et contextuelle, qui lui permet notamment de faire du « sacramentel » le paradigme de l’existence chrétienne, tout en intégrant volontiers certains acquis philosophiques et surtout des analyses psycho-sociologiques des rites sacrés. À supposer que cette classification soit juste, l’observateur impartial conclura-t-il à une complémentarité des deux camps, sachant que leurs représentants s’ignorent parfois royalement ?
4. Recherches sur les sacrements en particulier
Les recensions des travaux consacrés aux sept sacrements révèlent une statistique intéressante. Les études les plus nombreuses ont pour objet les ministères et le mariage ; viennent ensuite, en ordre légèrement décroissant, le baptême (avec ou sans la confirmation), l’Eucharistie et la pénitence. L’onction des malades manque à l’appel.
4.1. Les ministères
On est quelque peu surpris d’une relative persistance du vocabulaire sacerdotal pour désigner la structure essentielle du ministère ordonné. G. Martelet, par exemple, l’emploie comme allant de soi dans ses deux volumes consacrés à la « Théologie du sacerdoce » parus en 1984 et 1990 [73]. H. Bourgeois ne manque pas de signaler comme problématique l’application de ce terme « sans autre précision » au ministère presbytéral [74] ; et cela ajuste titre, quand on connaît les raisons qu’avaient les communautés néotestamentaires de ne pas adopter le nom hierateuma pour désigner les ministres élus au service de la Parole et du Repas du Seigneur. Ces ministres ne devaient pas être confondus avec le personnel juif ou païen du culte sacrificiel des religions établies, un fait historique largement mis en évidence, par exemple, par les travaux de J. Moingt, E. Schillebeeck et H. Küng. On s’étonne également de la présence de la thèse avancée dans le même contexte : le choix des Douze par Jésus constitue « le signe d’un ministère voulu par lui et structurant pour l’Église » [75]. S’appuyant sur une investigation exégétique plus à jour, H. Merklein s’inscrit en faux contre cette opinion. Il estime que c’est une interprétation arbitraire des textes synoptiques et johanniques qui, nulle part, ne présentent l’institution des Douze comme une consécration à quelque ministère que ce soit, mais plutôt comme un geste de signification eschatologique. C’est également une supposition non fondée que les Douze auraient, à leur tour, institué des presbytres revêtus d’un sacerdoce sacrificiel à l’instar des hiereis non chrétiens [76]. Merklein développe ces pensées dans sa prise de position critique sur le document romain « Inter insigniores » (1976) dont il considère l’argumentation carrément anhistorique.
Signalons encore la contribution d’A. Dulles qui maintient, en s’appuyant sur un certain vocabulaire du Concile, le discours sur un « sacerdoce ministériel » et un « ministère sacerdotal », tout en signalant que « la théologie catholique depuis Vatican II a eu tendance à réduire l’accent sur l’aspect hiératique ou sacerdotal du ministère presbytéral » [77]. Dans son ouvrage The priestly Office (1997), il fait valoir aussi la fameuse formule des tria munera, sacerdotal, prophétique et royal, qu’il rattache à des autorités comme Rahner, Balthasar et Ratzinger, voire Vatican II. Quand on sait que ce schéma est dû en grande partie à Jean Calvin, plus à sa christologie qu’à son ecclésiologie, et qu’il a peu d’assise dans la tradition, surtout néotestamentaire, on se pose à juste titre la question de sa valeur dogmatique à côté de celle de son opportunité dans un discours moderne (ou « postmoderne ») sur les ministères. Notons que les « trois offices » reviennent fort souvent dans les ouvrages recensés par H. Bourgeois [78].
À côté du thème du ministère presbytéral, qualifié ou non de « sacerdotal », un nombre d’études relativement important est consacré à l’épiscopat. Dans le petit livre dû à la collaboration de H. Bourgeois, H. Denis et M. Jourjon, Les évêques et l’Église : un problème (1989), on lit ces propos significatifs : « On a cru que Vatican II avait bien parlé du ministère épiscopal en le redisant apostolique et collégial et en le disant sacramentel. Et si pourtant il y avait, sur de telles bases, inflation de ce ministère et, paradoxalement en même temps, effacement de cette responsabilité ? » [79]. Par la suite, il est aussi question d’une uniformisation de ce ministère et de sa trop forte dépendance de Rome [80]. Le lecteur retrouve une critique similaire dans un recueil de communications données à un colloque de Salamanque en 1988, publié la même année par H. Legrand, J. Manzanares et A. García y García : Les conférences épiscopales. Théologie, statut canonique, avenir [81]. Il y est dit que « certains évêques entendent ne pas dépendre d’une collégialité à laquelle ils adhèrent en principe, mais qu’ils ne veulent pas voir empiéter sur /…/ leurs décisions dans leur diocèse ». Par ailleurs, la question est soulevée : « Va-t-on vers un dialogue direct entre Rome et chaque évêque /…/ ? » [82]. Le lecteur peut déceler ici des signes d’une pratique s’écartant de l’idéal dogmatiquement établi de la collégialité, en même temps que du principe de « subsidiarité ». Mais si tel est le cas, ne pourrait-on pas conclure dans ce bilan à un véritable recul de la recherche concernant les ministères ?
Parmi les sujets devenus classiques depuis le Concile sont encore traités : la référence de l’ordination à la communauté concrète (P. Grelot 1983), les laïcs aux origines de l’Église (A. Faivre 1987), le « caractère » sacramentel de l’ordre comme charisme permanent (J. Lécuyer 1983) [83], le diaconat comme ministère social chez Calvin (E. A. McKee 1984 [84] ; cf. G. Hammann 1994 [85]), le conditionnement de tout ministère par l’Esprit Saint et ses charismes d’après les jansénistes (G. Perego 1997) [86].
La recherche concernant les convergences Å“cuméniques, au sein même des divergences persistantes, devrait figurer en bonne place dans nos comptes-rendus. Or, le document allemand déjà évoqué sur les « anathèmes du XVIe siècle », qui présente des propositions d’accord sur des questions aussi épineuses que l’institution des ministères, les effets de l’ordination, la structure ternaire « diaconat-presbytérat-épiscopat », la succession apostolique, le ministère pétrinien du pape, le tout sur la base de textes de Luther, de Calvin, de Trente et des études Å“cuméniques modernes, ne se trouve mentionné qu’en passant et comme appendice de l’ouvrage de la théologienne norvégienne E. B. Nilsen Le ministère ordonné dans la tradition catholique et luthérienne [87].
Une meilleure fortune échoit à la difficile question de l’ordination des femmes au diaconat et au presbytérat. On reconnaît l’importance de la monographie publiée par la théologienne orthodoxe E. Behr-Sigl sur « Le ministère de la femme dans l’Église » (1987) [88]. L’originalité de ses questionnements se trouve bien relevée : que signifie, par exemple, le « symbolisme iconique » du masculin dans la compréhension du presbytérat ? Est-il ontologiquement ou culturellement conditionné ? Les charismes de l’Esprit sont-ils accordés de préférence à l’un des deux sexes ? Le Christ ressuscité, qui se donne dans l’Eucharistie, n’incarne-t-il pas une sphère où le masculin et le féminin sont transcendés ? La conclusion, vu l’état de la recherche ecclésiale, est audacieuse : théologiquement on ne voit pas ce qui pourrait rendre impossible l’ordination des femmes.
La poursuite de la recherche dans ce domaine est bien illustrée par le remarquable ouvrage collectif édité par la Faculté de théologie de l’Université de Bonn : Projekttag Frauenordination (1997) [89]. L’analyse, rigoureusement scientifique, dépourvue de tout parti-pris, à laquelle sont soumis les documents « Inter Insigniores » (1976), « Ordinatio sacerdotalis » (1994) et« Responsio » (aux objections avancées) (1995), est menée sous le principe herméneutique de la « réception ecclésiale » auquel sont soumis, en vertu d’une longue tradition catholique, mise en valeur par Y. Congar, les prises de position occasionnelles du magistère. Il est démontré que cette « réception » ne peut pas faire abstraction de la valeur des arguments avancés. Ceux qui sont contenus dans les documents mentionnés sont par conséquent soigneusement examinés selon les critères des sciences théologiques. Ainsi l’exégète H. Mecklein met en doute, par exemple, l’argumentation avec le sexe masculin de Jésus et des Douze, qui ne se révèle pas théologiquement moins relatif que leur judaïté. L’historien et patrologue E. Dassmann conclut à son tour son enquête en précisant que le fait de l’absence de presbytres féminins dans l’Église ancienne n’exclut pas qu’il ne puisse pas y en avoir aujourd’hui.
Il est rare qu’une étude de sacramentaire dépasse d’emblée ses limites thématiques et prenne un principe herméneutique permettant une interprétation englobante de son sujet. C’est pourtant la caractéristique du livre du nord-américain P. Dilling, Trinity and Ministry (1991) [90]. Selon lui, le mystère du Dieu tri-un doit fournir l’analogie d’attribution susceptible de régir l’exercice et l’identité de nos ministères par ses trois traits constitutifs : égalité entre les personnes, différence entre elles, réciprocité de leur relation. L’auteur fait certes un usage extensif de la notion de ministère, mais, ce faisant, il ne fait que suivre le Concile qui parle la plupart du temps de « ministeria » au pluriel et introduit pour les laïcs le terme de « ministrationes ».
4.2. Le mariage
Le souci de rattacher le sacrement que les époux chrétiens se donnent l’un à l’autre à une intention manifeste ou implicite de Jésus inspire l’article important de F.X. Durwell sur « L’indissoluble et destructible mariage », paru en 1986 dans la Revue de droit canonique, de Strasbourg [91]. Son argumentation exégétique le conduit à deux conclusions : (a) Jésus veut que le mariage soit « un appel à une inviolable fidélité », (b) il laisse entendre, selon Mt 5, 32 et 19, 9 (cf. 1 Co 7, 10-17), qu’un couple peut fort bien se dissoudre par le défaut d’un des deux conjoints et que, dans ce cas, l’exigence d’indissolubilité n’a guère de fondement, « le couple n’existant plus ». L’union conjugale est en effet vulnérable, « exposée au danger de mort » [92]. Il convient donc de distinguer entre son indissolubilité « absolue » et sa destructibilité qui tient à la fragilité humaine.
L’histoire de l’Église ancienne témoigne du fait que le mariage entre deux baptisés n’était pas compris comme sacrement au sens postmédiéval du terme, et cependant il avait toute sa valeur chrétienne en vertu de la législation profane régie par le droit romain. Sur ce fond historique, plusieurs études reposent la question : tout mariage entre baptisés est-il nécessairement sacramentel ? Tel est l’objet de la thèse volumineuse de J. Sequeira (1984). L’auteur répond par la négative, en mettant l’accent sur le rôle de la foi vive se traduisant en une volonté explicite de s’engager pour la vie. Par exemple, le simple fait d’avoir reçu le baptême, la plupart du temps comme enfant inconscient — tel est le cas majoritaire de nos jours —, ne suffit pas pour sacramentaliser un « oui » souvent conformiste prononcé devant le prêtre. Sequeira ne semble pas se contenter non plus d’une vague religiosité, serait-elle par ailleurs sincère, pour considérer comme sacrement toute union scellée à l’Église. Le raisonnement de D. Baudot et de F. Alarcón Alarcón va plutôt dans le sens opposé. Le premier, auteur de la thèse « L’inséparabilité entre le contrat et le sacrement de mariage » (1987) [93], se conforme à l’exhortation apostolique Familiaris consortio (1981) pour conclure que tout contrat de mariage entre deux baptisés crée ipso facto un lien sacramentel indissoluble, même s’ils ne sont pas croyants. Le second va, dans sa thèse, « El matrimonio celebrado sin fe » (1988) jusqu’à avancer que la foi n’est pas strictement constitutive dans la célébration sacramentelle et introduit en même temps la distinction classique entre réception valide et réception fructueuse du sacrement [94]. Tout acte sacramentel, ne génère pas nécessairement de grâce. En revanche, il impose toutes les exigences canoniques du contrat. H. Bourgeois, dans la recension de ces deux thèses, sort de sa réserve habituelle et déclare que l’autorité romaine et les travaux qui la font valoir, avec force raisonnements, ne suffisent pas pour que le débat théologique soit clos. En ce qui concerne la « quaestio disputata » elle-même, il convient de partir des dispositions personnelles des sujets, et non des réglementations canoniques, forcément générales. Car le mariage est un sacrement qui n’existe qu’en vertu de l’engagement mutuel de ses « célébrants », une femme et un homme. Or, cet engagement est essentiellement conditionné par leur foi personnelle, actuelle, et non par leur état objectif de baptisés ou de non baptisés. Il en résulte une pluralité de typologies, impossible de réduire à quelques dispositions légales simples. Dans le cas du mariage, plus encore qu’ailleurs, il faut se garder d’une pensée objectiviste. Celle, par exemple, qui accorde à l’ex opere operato le rôle décisif, par rapport à l’ex opere operantis. Moins encore qu’en d’autres cas, « la grâce du sacrement » n’est chosifiable. Par ailleurs, qui est à même, hormis Dieu, de mesurer l’« état » croyant, peu croyant ou incroyant de ces femmes et de ces hommes qui demandent à l’Église de bénir leur mariage ? N’est-ce pas une situation où la sagesse pastorale est fortement sollicitée ?
Pour sortir de ce qui ressemble à une impasse, deux auteurs tentent encore de proposer des solutions théoriques et pratiques. Ainsi, G. Mathon dans ses deux volumes intitulés Le mariage des chrétiens (1994) [95], fait une relecture pointue de l’histoire, avant et après le Concile de Trente, et, déjà avant lui, H. Denis dans l’ouvrage collectif publié sous sa direction, Le mariage, un sacrement pour les croyants ? (1990) [96]. Des différentes contributions à ce livre se dégage un schéma intéressant qui s’établit sur une distinction de plusieurs niveaux de sacramentalité : un niveau anthropologico-social, un niveau « global » tendant vers le sacrement, et un niveau proprement sacramentel déterminé par la foi explicite au Christ. Si une telle classification représente un progrès ou non, c’est au chercheur de l’apprécier.
Nos recensions font encore état de plusieurs travaux sur la conception d’une réalisation progressive du sacrement. Inspiré par ses expériences africaines, R. Béraudy présente en 1985 Sacrement de mariage et culture contemporaine [97] où il développe cette pensée : si le mariage est perçu comme sacrement, il doit sans cesse « se réélaborer », se réaliser comme « procès constant de conjugalité ». Il s’agit en effet de la conjonction de deux, puis, quand les enfants arrivent, de plusieurs histoires personnelles toujours ouvertes vers un futur impossible à prédire. Le mariage est un lieu de l’historicité de l’existence chrétienne. Mais alors, où situera-t-on la « conclusion » de l’union ? Celle-ci ne se fera-t-elle, elle aussi, que progressivement ? Ph. Antoine dans sa thèse intitulée Le mariage. Droit canonique et coutumes africaines (1992) [98], n’accepte pas la notion d’un sacrement par étapes, il ne considère pas le mariage coutumier africain comme une forme de « cheminement » sacramentel. Au lieu de cela, il propose qu’on célèbre les fiançailles comme un « sacramental ». Une thèse différente est présentée par P.-O. Bressoud, dans son ouvrage au titre éloquent : « Église et couple à petits pas. Vers une réévaluation théologique des formes de cohabitation contemporaines ? » (1998) [99]. À la différence de « Familiaris consortio » qui réprouve sans discussion ce qu’elle appelle le « mariage à l’essai », et du « Catéchisme de l’Église catholique » pour lequel le concubinage « constitue toujours un péché grave », et exclut de la communion eucharistique, l’auteur fait valoir trois hypothèses de travail. D’après la première, on pourrait éventuellement recevoir la coutume africaine analysée, entre autres par H. Legrain, selon laquelle le mariage n’est « ratum et consummatum » qu’à la naissance du premier enfant. La deuxième, proposée par A. Guindon, apparaît plus proche du vécu européen ; elle part de la constatation que la sexualité est comme un langage qui ne s’acquiert qu’au cours d’un apprentissage ; il en va de même aussi de la connaissance mutuelle des conjoints. Dans cette perspective, une « approche développementale » du mariage sacramentel pourrait être envisagée. La troisième s’appuie sur l’analogie établie par K. Rahner entre le mariage et le baptême d’adultes qui est nécessairement précédé par un cheminement catéchuménal. On pourrait donc dire qu’il peuty avoir une initiation semblable aussi à la « foi conjugale ». Suivre l’une de ces voies tiendrait certes compte d’une situation de ces 90 % de couples français qui vivent ensemble sans être mariés religieusement, mais ce serait s’exposer au risque d’un relativisme éthique et d’une « décanonisation » des unions entre chrétiens.
La situation concrète d’un très grand nombre de couples oblige les chercheurs à s’occuper intensivement des divorcés remariés. Mentionnons l’étude de B. Frank, Famille, mariage, sexualité dans une perspective chrétienne (1980) qui se base sur les travaux du Synode des diocèses allemands tenu de 1971 à 1975, et le livre du nord-américain Th. Mackin Divorce and Remarriage (1984) [100]. Le petit livre de B. Häring mérite une considération toute spéciale, en raison de son autorité, Plaidoyer pour les divorcés remariés. Existe-t-il une porte de sortie ? (1995) [101]. Häring est persuadé que « l’Église catholique n’est pas liée à la pratique rigoriste en vigueur jusqu’à aujourd’hui ». Elle pourrait reprendre à son compte l’« oikonomia » qui règle la discipline matrimoniale chez les orthodoxes et les Églises de la Réforme, relativisant aussi le caractère unilatéralement juridique de son attitude actuelle. Selon l’éminent moraliste, notre Église n’a pas encore exploré toutes les possibilités de solution dans ce domaine. On pourrait en outre se demander si une théologie des sacrements s’orientant au paradigme de « communication » ne trouverait pas justement dans ce sacrement d’engagement mutuel un terrain privilégié, ce qui amènerait, à la longue, une meilleure intelligence de sa structure essentielle.
4.3. Le Baptême et l’initiation chrétienne
Concernant l’initiation chrétienne, on trouve beaucoup d’éléments de recherche dans des études collectives pastorales et liturgiques. Maison-Dieu a consacré, dans la période qui nous occupe, plusieurs numéros spéciaux à ce sujet, les uns traitant plutôt de questions pastorales autour du baptême [102], les autres étant consacrés principalement aux problèmes de la confirmation. [103]. La compréhension doctrinale de ces deux rites appartenant au même processus d’initiation se présente également, avec toutes ses nuances, dans les textes élaborés par des conférences ou des commissions épiscopales [104]. On y retrouve toujours les mêmes sujets d’actualité : la relation exacte entre ces deux rites, la séquence « baptême-confirmation-eucharistie », ou « baptême-première communion-confirmation », l’âge optimal de l’administration de celle-ci, la grâce propre à chacun de ces sacrements, etc. Rien de très nouveau, en somme. Les responsables d’Église semblent un peu tourner en rond. Ce qui m’a personnellement frappé c’est la quasi absence de la constatation présente déjà chez Rahner et Schillebeeckx qu’il s’agit là de deux phases sacramentelles d’un processus unique, entièrement dominé par le sens du baptême, phases dont la dualité ne s’explique que par la pratique devenue commune du pédobaptisme. En réalité, c’est l’existence baptisée qui se trouve « confirmée » à un moment où le sujet est capable de ratifier personnellement son engagement de croyant au sein et en présence de la communauté qui l’accueille. Si les documents de caractère pastoral ne mettent pas en avant cet aspect de l’historicité de l’existence chrétienne, on le retrouve richement explicité dans les travaux historiques. Citons seulement les monographies suivantes : C. Nardi, Il Battesimo in Clemente Alessandrino (1984) où la responsabilité du fidèle qui « collabore » est bien mise en évidence ; W. Hassab Alla, Le Baptême des enfants dans la tradition de l’Église d’Alexandrie (1985) et surtout B. Kleinheier, Die Feiern der Eingliederung in die Kirche (1989), dans la collection renommée de Ratisbonne « Gottesdienst in der Kirche » [105]. Il faut ajouter le petit ouvrage de P. Gisel, Pourquoi baptiser. Mystère chrétien et rite de passage (1994) qui supplée à la lacune signalée en insistant sur le fait que la confirmation (même dans son interprétation protestante) est à situer dans « l’orbite baptismale » et que le baptême des petits enfants doit être vu dans le contexte d’une véritable théologie de la création. Un bel exemple de « sacramentaire » intégrée dans l’ensemble de la doctrine de la foi ! Rien n’est en effet plus stérilisant pour le progrès que l’enfermement de cette discipline dogmatique entre les limites qu’elle s’impose à elle-même !
Les travaux consacrés au catéchuménat sont légion. L’introduction progressive des candidats adultes dans la connaissance de la foi qu’ils demandent, accompagnée par une mystagogie concernant les rites qui la symbolisent, illustre bien que le cheminement baptismal n’est pas initiatique au même titre que dans la plupart des autres religions, notamment les religions dites « à mystères ». Telle est la position mise en valeur par la québécoise D. Lamarche, dans sa thèse « Le Baptême, une initiation ? » (1984) [106]. Elle est convaincue que le baptême dépasse structurellement sa réalité proprement rituelle et s’accomplit dans toute une histoire de vie sous le signe de l’avenir eschatologique : son caractère de cheminement n’est jamais rendu à terme. Cet aspect du « processus » se trouve aussi souligné par le théologien liturgiste de Toulouse, R. Cabré, dans son livre Les sacrements d’initiation chrétienne (1994) [107]. Signalons encore dans cette catégorie : Le catéchuménat des premiers chrétiens (1994) et Le baptême d’après les Pères de l’Église (1995) ; les deux études ont paru sous la direction d’A. Hamman [108]. Mentionnons aussi les deux volumes de G. Cavallotto : Catecumenato antico (1996) et Iniziazione cristiana et Catecumenato (1996) [109]. Dans une optique plus pastorale et spirituelle, nous pouvons compléter le tableau par les essais dus à la théologienne de Lyon, M.-L. Gondal : Initiation chrétienne (1989) et La voie du baptême. Des adultes entrent dans la foi (1990) [110]. H. Bourgeois résume comme suit une des conclusions de cette auteur originale : « Le processus initiatique ne se réduit pas à un apprentissage, à une éducation ou à une formation /…/. Être initié, c’est avoir pu réaliser en soi et avec les autres une cohérence qui inaugure l’avenir chrétien /…/. En d’autres termes, l’initiation est un “parcours guidé à travers lequel s’opère un passage qui réorganise un être et l’insère dans le groupe, le faisant participer à la vie du groupe et ayant sur lui un effet régénérateur“ » [111]. On ne saurait pas mieux exprimer le dépassement de tout individualisme baptismal. Enfin, une autre remarque de M.-L. Gondal mérite d’être retenue : pour les chrétiens qui, après avoir été dans leur jeunesse dûment catéchisés, ont tout abandonné, il serait sensé d’établir des structures variées de « réinitiation ».
Dans la littérature théologique protestante, on constate un retour aux sources intéressant. A. Gounelle, professeur de dogmatique réformée à Montpellier, a dégagé dans une étude peu volumineuse mais riche en informations, intitulée « Le baptême. Le débat entre les Églises » (1996), plusieurs conceptions du sacrement d’initiation chez Luther, Zwingli, Calvin, les anabaptistes et les théologiens de Trente, en les confrontant avec les textes de convergence Å“cuménique les plus récents [112]. P. Turner a étudié, à son tour, dans sa thèse « The Meaning and Practise of Confirmation. Perspectives from a sixteenth-Century Controversy » (1987), la controverse entre Calvin et Bellarmin au sujet du rite de « confession de foi » [113]. Examinant une longue tradition, remontant aux premiers siècles mais dans une optique contemporaine, celle du « baptême dans l’Esprit » pratiqué surtout chez les pentecôtistes, le bibliste K. McDonnel et le patrologue J. G. Montagne posent la question dans leur livre, Baptême dans l’Esprit et initiation chrétienne. Témoignage des huit premiers siècles (1993) : pourquoi les charismes ont-ils disparu au cours des siècles postérieurs de l’initiation baptismale ? Cette question mérite incontestablement un débat quand on songe à la problématique suscitée par la crise montaniste. Cependant, le dogmaticien pourrait objecter que les charismes, bien compris selon Paul comme dons libres et non liés à des rites du Pneuma divin, font éclater ce qui est institutionnel. Ce qu’on regrettera dès lors, c’est plutôt, par exemple, notre tendance générale à passer à côté des charismes qui nous sont proposés quotidiennement pendant toute notre vie, ou encore à privatiser ces dons de grâce dans les limites d’une piété individuelle ou vécue en petits cénacles.
4.4. Le repas du Seigneur
J’emploie à dessein le nom paulinien de l’Eucharistie. Car il caractérise bien le « sacrement de Dieu » par excellence et il est fermement établi dans le dialogue Å“cuménique, qui présente aujourd’hui les progrès les plus notables en dogmatique sacramentaire. Le meilleur exemple en est encore le document, Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels ? Son chapitre consacré à la « Cène du Seigneur » apporte véritablement du nouveau et je me demande pourquoi nos recensions n’en ont fait aucun état. Le travail que les auteurs de ce document y ont investi pendant plusieurs années a abouti à dégager des écrits de Luther, de Mélanchthon, de Calvin et des théologiens tridentins eux-mêmes, des points de convergence et d’accord, tout en relativisant leurs formules parfois fort polémiques, et cela dans l’optique de l’union Å“cuménique actuelle. Toutes les questions qui fâchent ont été soumises à un examen historique et linguistique rigoureux : celle du caractère sacrificiel de la messe par rapport au sacrifice unique du Christ ; celle de la présence réelle dont l’interprétation « réaliste » par Luther et « pneumatologique » par Calvin, dûment distinguée du symbolisme zwinglien, apparaissent recevables par la dogmatique catholique actuelle ; celle de la « transsubstantiation », notion scolastique perçue, comme il convient, dans sa relativité, notamment dans sa dépendance d’une ontologie des substances influencée par Aristote, laquelle ne saurait sûrement pas constituer la « philosophia perennis » de la doctrine catholique ; celle de la communion sous les deux espèces dans la perspective de l’intercommunion recherchée ; celle des eucharisties célébrées en intercession pour les vivants et les morts, geste de solidarité au sein de la « communion des saints ». Les propositions du document ont incontestablement la valeur d’une recherche de caractère scientifique. Elles permettent une avancée considérable dans l’intelligence dogmatique du Repas du Seigneur, et cela sans passer par les chemins parfois tortueux d’une théologie fondamentale « postmoderne ». Ce qui est dit dans ce document peut aider un grand nombre de croyants dans leur recherche personnelle. Le texte ne comporte que 34 pages, mais il me semble capable de dissiper des malentendus quatre fois séculaires et d’ouvrir des perspectives nouvelles à nos communautés en quête d’un avenir de l’Eucharistie.
Quant aux autres études sur le sujet, les deux dernières décennies ont connu une certaine prédominance des dimensions liturgique et historique. Notons parmi les ouvrages recensés : C. Giraudo, Eucaristia per la Chiesa. Prospettive teologiche sull’eucaristia a partire dalla lex orandi (1989) ; E. Mazza, Le odierne Preghiere Eucharistiche, en deux volumes (1984) ; F. C. Senn, New Eucharistic Prayers. An Ecumenical Study of their Development and Structure (1987) ; H. B. Meyer, Eucharistie Geschichte, Theologie, Pastoral dans la collection “Gottesdienst der Kirche“ (1989) [114]. La liturgie byzantine fait l’objet de l’ouvrage de H. Paprocki, Le mystère de l’eucharistie (1993) [115]. Quant aux travaux d’histoire des doctrines, deux auteurs sont à signaler : M. A. Navarro Giron, La carne de Cristo (1984), qui présente une relecture détaillée de la controverse entre Paschase Radbert et Ratramne [116] et Silvana Nitti dans son Lutero. Opere scelte, t. 7 : Messa, sacrificio e sacerdozio (1995) [117].
Sous le titre « La Eucaristia mistero de communion », M. Gesteira Garze a publié une véritable somme, comptant plus de 700 pages (1992) [118] reproduisant, selon toute apparence, ses cours donnés à l’Université de Comillas, au moins à partir des années 80. Un traité classique et une mine d’informations interprétées sous un angle christocentrique.
L’observateur de la période examinée tend à conclure que la recherche dogmatique n’a pas fait beaucoup de progrès pendant tout ce temps. On semble avoir vécu sur l’acquis. Les idées neuves avancées par le Concile n’ont pas réussi à susciter une reprise de la réflexion. Le fait d’avoir édité le beau livre de L. Bouyer, Eucharistie, paru en 1966, peut certes être un signe de reconnaissance de sa valeur permanente, mais aussi un témoignage d’une certaine absence de créativité dans ce domaine.
À côté de cela, on est frappé du nombre élevé d’études « collatérales », surtout ethnologiques et ritologiques. R. Jaouen soulève dans son livre, L’eucharistie du mil. Langages d’un peuple, expressions de la foi (1995) [119], la question de savoir si les missionnaires en terre africaine ne pourraient pas remplacer le pain par l’aliment de base des autochtones, ce qui entraînerait logiquement une modification des paroles consécratoires. Se plaçant dans une perspective d’inculturation semblable, un autre bon connaisseur des peuples d’Afrique, R. Béraudy, traite, à son tour, dans son livre, Sacrifice et eucharistie (1997) [120], du sacrifice de la messe, en essayant d’en faire l’herméneutique à la lumière des rites sacrificiels animistes et en recourant aux thèses de théoriciens du culte comme R. Girard et J. Lacan. H. Bourgeois regrette dans sa recension que cette étude fasse totalement abstraction de l’objection protestante concernant la notion même du sacrifice propitiatoire [121]. Par ailleurs, il accorde son attention à l’ouvrage d’Antoinette Molinie, Le corps de Dieu en Fêtes (1996) [122], consacré aux traditions populaires relatives à la fête-Dieu, en Espagne et en Amérique latine, et à celui de F. Lestringant, Une sainte horreur ou le voyage en Eucharistie, XVIe-XVIIIe siècle (1996) [123] qui part d’une certaine polémique protestante du temps de la Réforme, pour y relever une « herméneutique cannibale » du culte catholique [124]. Plus important pour une dogmatique à portée Å“cuménique me semble le livre d’A. Gounelle, La Cène, sacrement de la division (1996) [125]. Le parti pris de l’auteur, fondé sur une parfaite connaissance des traditions confessionnelles, notamment réformée, pour une revalorisation du Repas du Seigneur dans le culte des Églises de la Réforme rappelle l’esprit qui anime H. Mottu qui désire « réenraciner la théologie sacramentaire protestante dans le terrain biblique » [126]. La réflexion sur l’Eucharistie s’y prête bien.
4.5. Le sacrement de la pénitence
Sur ce sujet, la recherche semble s’être cantonnée dans les dimensions historique, liturgique et canonique. Un essai d’intégration de ce sacrement dans la doctrine de la justificaton, et ceci en rapport étroit avec le baptême comme rite de pardon par excellence, n’est à trouver que — une fois de plus — dans le document allemand interconfessionnel sur la portée relative des « Anathèmes ». Le texte consacre une dizaine de pages à ce que j’appellerais une réhabilitation Å“cuménique du quatrième sacrement.
Parmi les études historiques signalons : K. S. Osborne, Reconciliation and justification (1990) [127] qui étaie bien l’argumentation du document que je viens d’évoquer ; G. Maiolo, Il quarto sacramento (1996) [128] avec son exégèse pertinente de la « metanoia » néotestamentaire ; Ph. Rouillard, Histoire de la pénitence des origines à nos jours (1996) [129].
Du point de vue interdisciplinaire, l’étude du juriste R. Merle, La pénitence et la peine. Théologie, droit canonique, droit pénal (1995) [130] mérite d’être signalée, déjà par sa méthode d’analogie, mais aussi par l’accent qu’elle met sur le caractère médicinal ou « thérapeutique » ou « curatif » de toute peine imposée à bon escient.
Le travail de B. Rey, Pour des célébrations pénitentielles dans l’esprit de Vatican II (1995) [131] présente une analyse détaillée des textes conciliaires de l’Ordo de 1973, des rituels francophones de 1978 et de 1991, du Code de 1983, de l’exhortation papale « Réconciliation et pénitence » de 1984, ainsi que du Catéchisme de l’Église catholique publié en 1992. L’auteur n’hésite pas à montrer l’écart entre les promesses du Concile et les dispositions romaines post-conciliaires qui tiennent très fort à l’aveu individuel et maintiennent strictement les affirmations tridentines, n’admettant qu’exceptionnellement ce qu’on appelle « absolution collective ».
L’ouvrage interdisciplinaire publié sous la direction de L.-M. Chauvet et P. De Clerck, Le sacrement du pardon entre hier et demain (1993) [132]présente des analyses de la crise actuelle, tout en proposant comme remède une meilleure formation des consciences, l’insistance sur les dimensions socio-politiques du mal moral et de la réconciliation, une meilleure articulation entre les moments subjectifs et ecclésiaux de la célébration, mais avant tout une théologie plus crédible du pardon divin.
Cela nous conduit au livre de la théologienne réformée Lytta Basset, intitulé « Le pardon originel. De l’abîme du mal au pouvoir de pardonner ». Il a connu rapidement trois éditions, en 1994, 1995 et 1997, signe qu’il s’agit là d’une théologie spirituelle crédible, formulée dans un langage accessible à un large public. Sans même toucher à la question de la pénitence rituelle, Lytta Basset fait redécouvrir l’essentiel du message biblique sur le « mal subi » ainsi que sur son dépassement par un Dieu Sauveur. Le mal, en tant qu’offense faite à Dieu, pèse simultanément sur l’offensé et sur l’offenseur. Aussi convient-il que Dieu en décharge les deux, donnant ainsi le modèle pour tous les hommes prêts à se réconcilier. Ce pardon, don de Dieu, ou cette grâce, se transmettant par la médiation de pardons interpersonnels, est à considérer comme le donné originel de l’histoire humaine plus encore que le péché. Car lui seul est préexistant à tous les temps. Voilà une perspective théologique et théocentrique, tout en étant profondément humaine, qui convient à un discours sur la « pénitence » comme « sacrement de Dieu ». Par là, le rite sort de son isolement, pour ainsi dire « régional », afin de s’intégrer dans une vue d’ensemble.
 
III. Quelques propositions en guise de conclusion
 
 
1. La notion antique de « sacramentum » a généré dans les dernières décennies deux discours théologiques fort différents : l’un, de caractère dogmatique, traite des sacrements du culte chrétien pris dans leur singularité historiquement conditionnée, l’autre, de caractère « fondamental », réfléchit, en première instance, sur le « sacramentel » considéré comme une dimension de l’existence chrétienne.
Chacun de ces discours a sa propre méthode. Le premier suit la voie classique menant des sources scripturaires, en passant par leurs interprétations patristiques, magistérielles et théologiques, à une systématisation herméneutique qui réponde simultanément à la doctrine de foi traditionnelle et aux questions des temps modernes. Tandis que cette méthode s’est formée, tout en évoluant au cours de longs siècles, celle du second, qui veut être de « théologie fondamentale », me semble se chercher encore et présente presque autant de variantes que d’auteurs. L’approche de L.-M. Chauvet, connue surtout en France, en Italie et dans certains pays anglophones, peut être caractérisée à partir de ses thèses et propositions relevées de façon fragmentaire dans ce bilan comme suit : « Le sacramentel » peut et doit être considéré comme une dimension de l’exister chrétien, et donc aussi de l’Église, en tant qu’il met en Å“uvre les médiations symboliques, rituelles et éthiques entre l’humain et le divin, médiations rendues particulièrement nécessaires à l’époque dite « postmoderne » où nos contemporains ressentent un écart ou même une rupture entre une autonomie humaine devenue fragile et l’altérité d’un Dieu apparemment absent. C’est seulement à l’intérieur de cette vision d’ensemble, acquise en grande partie par un recours systématique aux sciences humaines (anthropologie philosophique, linguistique, psychanalyse, ethnologie, ritologie), que les sacrements de l’Église révèlent leur sens, qu’ils acquièrent une intelligibilité aux yeux de nos contemporains.
Je n’ai pas caché, au fil de mon exposé, que je fais certaines réserves sur cette grandiose entreprise et que je ne suis pas seul à les faire : définition insuffisante de la notion de « postmodernité », emploi très élargi et inflationniste du concept « sacrement » (voir K. Rahner) et aussi du terme « corps », tendance à l’anthropocentrisme et au volontarisme, insuffisance christologique malgré l’importance accordée au discours sur une « christologie trinitaire » (voir E. Jüngel), manque de réflexion approfondie sur la création et la grâce, privilège accordé à la philosophie de l’existence heideggérienne et à la psychanalyse lacanienne. Mais je trouve l’intuition de cette pensée parfaitement juste : l’exploitation maximale de la grande richesse théologique véhiculée par des emplois analogiques et métaphoriques de la notion chrétienne de sacrement. La critique de la théologie sacramentaire traditionnelle, notamment de facture scolastique, que cette entreprise entraîne nécessairement, me paraît justifiée, lorsqu’elle vise une conception substantialiste, causale et instrumentale, des « signes sacrés » ou une compréhension a-biblique et chosiste des « grâces sacramentelles ». Dans ce contexte, je serais cependant moins sévère pour Thomas d’Aquin que je considère comme un précurseur de l’ontologie relationnelle moderne. Avec Thomas, je plaiderais même pour un meilleur équilibre entre théologie négative et théologie positive, ainsi que pour une intégration de la perspective mystique. Quant à l’ontologie de l’adesse, sur laquelle j’ai attiré l’attention de mes étudiants lorsque j’enseignais encore à l’Institut catholique de Paris, on peut la découvrir, à mon avis, bien avant Heidegger, non seulement chez Thomas mais aussi dans le décret tridentin sur l’eucharistie (cf. DH 1636-1644). Pour toutes ces raisons, je pense que cette théologie du « sacramentel » contribue utilement à la recherche, vivifie le débat et peut être complémentaire par rapport au discours proprement dogmatique.
2. Ma deuxième proposition est un plaidoyer pour l’intégration de la « théologie sacramentaire » dans l’ensemble du dogme chrétien. Ce traité ne doit pas s’isoler et encore moins devenir le centre de la théologie. Il faut que ses présupposés dans les traités sur la Trinité, le Christ, l’Esprit Saint, la création, la grâce salvifique et l’Église soient plus systématiquement présentés que ce n’est le cas aujourd’hui où fleurissent encore des « théologies régionales ».
3. Quant à la synergie entre les chercheurs orthodoxes, luthériens, réformés et catholiques, elle gagnerait à être intensifiée, tout spécialement en matière sacramentaire. N’est-ce pas en effet la Réforme qui a révélé certaines errances graves de la tradition scolastique tout en allant trop loin dans la réaction ? Ne sont-ce pas des héritiers de Basile de Césarée, de Luther et de Calvin qui contribuent aujourd’hui avec le plus de créativité à une « réforme des réformes » dans ce domaine ?
4. Le débat sur « l’onto-théologie » et sur une ontologie relationnelle (cf. adesse) ont révélé que le travail interdisciplinaire entre les théologiens (pas seulement les théologiens « fondamentaux ») et les philosophes continue à être d’actualité (133). Une expérience bimillénaire montre en effet qu’aucune théorie du Baptême, du Repas du Seigneur et des autres rites du culte greffés sur eux n’a pu se passer d’une philosophie de l’Être et de l’étant. Il y eut l’ontologie des substances puis celle des systèmes et nous assistons aujourd’hui à l’éclosion de l’ontologie des structures, enracinée dans la pensée moderne de l’existence. C’est elle qui présente, à mon avis, les meilleures chances de devenir la partenaire privilégiée de nos recherches (cf. H. Rombach, P. RicÅ“ur). Dans le domaine qui nous occupe, le maintien de la référence à la seule philosophie transcendantale de Maréchal et de Rahner risque de devenir anachronique.
5. Pour finir, un mot sur la nécessité permanente du ressourcement biblique. La part énorme que la théologie sacramentaire classique avait accordée au cours des siècles à la « norma normata » de la Tradition et du Magistère doit être contrebalancée salutairement par un recours toujours nouveau à la « norma normans ». Les Réformateurs le savaient. Nous disposons aujourd’hui de sciences bibliques dont ils n’avaient que les rudiments. Il faut que la dogmatique en profite au maximum, pour ne pas perdre le cap du « specificium christianum » dans le dédale des sciences humaines et les comparatismes réducteurs auxquels elles donnent parfois l’occasion.
 
NOTES
 
[1]RSR [1987] Tome 75/2, p. 170.
[2]Ibid., p. 241.
[3]Ibid.
[4]Cf. Ibid., p. 245.
[5]Cf. Ibid., p. 244ss.
[6]Ibid., p. 241.
[7]Ibid., p. 245.
[8]Cf. Ibid., p. 247.
[9]Ibid., p. 250.
[10]Ibid., p. 251 et 254.
[11]Ibid., p. 251.
[12]Ibid., p. 256.
[13]Ibid., p. 257.
[14]Ibid., p. 260.
[15]Ibid.
[16]Ibid., p. 257.
[17]Ibid., p. 260.
[18]Ibid., p. 241.
[19]Ibid., p. 261.
[20]Cf. Ibid., p. 263.
[21]Ibid.
[22]RSR [1987] Tome 75/3, p. 337.
[23]Ibid.
[24]Ibid., p. 339.
[25]Ibid., p. 344.
[26]Cf. Ibid., p. 345.
[27]Cf Ibid., p. 351s.
[28]Ibid., p. 352.
[29]Ibid., p. 349.
[30]Ibid.
[31]Coll. « Quaestiones disputatae » 10, Freiburg.
[32]Cf. RSR [1994] Tome 82/1, p. 106.
[33]Cf. A.Bozzolo, La teologia sacramentaria dopo Rahner, Rome 1999, 90-93 ; RSR [2001] Tome 89/4, p. 615.
[34]Cf. Ibid., p. 616.
[35]Cf. RSR, [1990] Tome 78/4, p. 544.
[36]Cf. Ibid., p. 597.
[37]Cf. RSR, [2001] Tome 89/4, p. 603s.
[38]Bozzolo, p. 35.
[39]Voir : La doctrine des sacrements ; version allemande, Darmstadt 1984, version française, Paris 1988.
[40]Cf. RSR [2001] Tome 89/4, p. 594-598.
[41]Voir surtout : Le Christ, sacrement de la rencontre de Dieu, Paris, 1960.
[42]Cf. RSR [1990], Tome 78/4, p. 601.
[43]Einführung in die katholische Sakramentenlehre, Darmstadt 31991.
[44]Cf. Ibid., p. 599-601.
[45]RSR [2001] Tome 89/4, p. 617.
[46]Voir le chapitre de Bozzolo sur la « prospettiva communicativa », présentant Ganoczy, Hünermann et Lies op. cil. p. 56-66.
[47]Paru en 1995, recensé dans RSR [1996] Tome 83/1, p. 123.
[48]RSR [1990], Tome 78/4, p. 604.
[49]Cf. RSR [1994] Tome 82/1, p. 105.
[50]RSR [1990] Tome 78/4, p. 606.
[51]P. 161s de l’ouvrage recensé en RSR [2001] Tome 89/4, p. 598-601.
[52]Ibid., p. 606s.
[53]RSR [1990], Tome 78/4, p. 594-597.
[54]RSR [1998] Tome 86/2, 283s.
[55]Ibid., p. 285s.
[56]Ibid., p. 286.
[57]Ibid., p. 287s.
[58]Formulation de H. Bourgeois, ibid. p 288.
[59]RSR [1996] Tome 84/1, p. 117.
[60]Ibid., p. 118s.
[61]RSR [1994] Tome 82/1, p. 114.
[62]RSR [1996] Tome 84/1, p. 113s.
[63]RSR [1994] Tome 82/1, p. 112.
[64]RSR [1996] Tome 84/1, p. 115s.
[65]RSR [2001] Tome 89/4, p. 614.
[66]RSR [1996] Tome 84/1, p. 114.
[67]Voir par ex. RSR [1990] Tome 78/4, p. 608 et [1996] Tome 84/1, p. 121.
[68]RSR [1996] Tome 84/1, p. 114.
[69]RSR [1990] Tome 78/4, p. 610.
[70]RSR [1998] Tome 86/2, p. 279s.
[71]Ibid., p. 281s.
[72]RSR [2001] Tome 89/4, p. 615-618.
[73]RSR [1987] Tome 75/3, p. 399s et [1991] Tome 79/1, 148ss.
[74]RSR [1987] Tome 75/3, p. 400.
[75]Ibid.
[76]Voir RSR [2001] Tome 89/4, p. 612.
[77]RSR [1998] Tome 86/2, p. 276.
[78]Cf. RSR [1987] Tome 75/3, 401 ; [1994] Tome 82/1, 129 ; [1998] Tome 86/2, 275s.
[79]RSR [1991] Tome 76/1, p. 153.
[80]Ibid.
[81]Ibid., p. 154s.
[82]Ibid.
[83]Pour ces trois auteurs, voir RSR [1987] Tome 75/3, p. 396-399.
[84]RSR [1991] Tome 79/1, p. 150.
[85]RSR [1996] Tome 84/1, p. 139s.
[86]RSR [2001] Tome 89/4, p. 608s.
[87]RSR [1991] Tome 79/1, p. 150.
[88]RSR [1998] Tome 86/2, p. 278s.
[89]RSR [2001] Tome 89/4, p. 611s.
[90]RSR [1994] Tome 82/1, p. 129s.
[91]RSR [1987] Tome 75/3, p. 388s.
[92]Ibid., p. 388.
[93]RSR [1991] Tome 79/1, p. 142s.
[94]Ibid., p. 143.
[95]RSR [1996] Tome 84/1, p. 133-136.
[96]RSR [1991] Tome 79/1, p. 144-146.
[97]RSR [1987] Tome 75/3, p. 384-385.
[98]RSR [1994] Tome 82/1, p. 126s.
[99]RSR [2001] Tome 89/4, p. 612s.
[100]Pour les deux ouvrages, voir RSR [1987] Tome 75/3, p. 381s et 395s.
[101]RSR [1996] Tome 84/1, 138s.
[102]Cf. RSR [1998] Tome 86/2, p. 256s.
[103]Cf. Ibid., p. 260s et RSR [1987] Tome 75/3, p. 411-414.
[104]Cf. RSR [1998] Tome 86/2, p. 253 et 258.
[105]Voir pour ces trois ouvrages RSR [1990] Tome 78/4, p. 616s, 620s.
[106]RSR [1987] Tome 75/3, p. 410.
[107]RSR [1996] Tome 84/1, p. 124ss.
[108]Ibid., p. 126s.
[109]RSR [1998] Tome 86/2, p. 251-253.
[110]RSR [1990] Tome 78/4, p. 617s.
[111]Ibid., p. 617.
[112]RSR [1998] Tome 86/2, p. 254ss.
[113]RSR [1990] Tome 78/4, p. 623s.
[114]Pour les quatre auteurs, voir RSR [1991] Tome 79/1, p. 134-137.
[115]RSR [1994] Tome 82/1, p. 120s.
[116]Ibid., p. 118s.
[117]RSR [1996] Tome 84/1, p. 129s.
[118]RSR [1994] Tome 82/1, p. 119s.
[119]RSR [1996] Tome 84/1, p. 128s.
[120]RSR [1998] Tome 86/2, p. 369s.
[121]Ibid., p. 270.
[122]Ibid., p. 266s.
[123]Ibid., p. 264s.
[124]Ibid., p. 265.
[125]Ibid., p. 267-269.
[126]RSR [2001] Tome 89/4, p. 598.
[127]RSR [1994] Tome 82/1, p. 126.
[128]RSR [1998] Tome 86/2, p. 271.
[129]Ibid., p. 271s.
[130]RSR [1991] Tome 79/1, p. 141.
[131]RSR [1996] Tome 84/1, p. 132s.
[132]Ibid., p. 130-132.
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[1]
RSR [1987] Tome 75/2, p. 170. Suite de la note...
[2]
Ibid., p. 241. Suite de la note...
[3]
Ibid. Suite de la note...
[4]
Cf. Ibid., p. 245. Suite de la note...
[5]
Cf. Ibid., p. 244ss. Suite de la note...
[6]
Ibid., p. 241. Suite de la note...
[7]
Ibid., p. 245. Suite de la note...
[8]
Cf. Ibid., p. 247. Suite de la note...
[9]
Ibid., p. 250. Suite de la note...
[10]
Ibid., p. 251 et 254. Suite de la note...
[11]
Ibid., p. 251. Suite de la note...
[12]
Ibid., p. 256. Suite de la note...
[13]
Ibid., p. 257. Suite de la note...
[14]
Ibid., p. 260. Suite de la note...
[15]
Ibid. Suite de la note...
[16]
Ibid., p. 257. Suite de la note...
[17]
Ibid., p. 260. Suite de la note...
[18]
Ibid., p. 241. Suite de la note...
[19]
Ibid., p. 261. Suite de la note...
[20]
Cf. Ibid., p. 263. Suite de la note...
[21]
Ibid. Suite de la note...
[22]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 337. Suite de la note...
[23]
Ibid. Suite de la note...
[24]
Ibid., p. 339. Suite de la note...
[25]
Ibid., p. 344. Suite de la note...
[26]
Cf. Ibid., p. 345. Suite de la note...
[27]
Cf Ibid., p. 351s. Suite de la note...
[28]
Ibid., p. 352. Suite de la note...
[29]
Ibid., p. 349. Suite de la note...
[30]
Ibid. Suite de la note...
[31]
Coll. « Quaestiones disputatae » 10, Freiburg. Suite de la note...
[32]
Cf. RSR [1994] Tome 82/1, p. 106. Suite de la note...
[33]
Cf. A.Bozzolo, La teologia sacramentaria dopo Rahner, Rome ...
[suite] Suite de la note...
[34]
Cf. Ibid., p. 616. Suite de la note...
[35]
Cf. RSR, [1990] Tome 78/4, p. 544. Suite de la note...
[36]
Cf. Ibid., p. 597. Suite de la note...
[37]
Cf. RSR, [2001] Tome 89/4, p. 603s. Suite de la note...
[38]
Bozzolo, p. 35. Suite de la note...
[39]
Voir : La doctrine des sacrements ; version allemande, Darm...
[suite] Suite de la note...
[40]
Cf. RSR [2001] Tome 89/4, p. 594-598. Suite de la note...
[41]
Voir surtout : Le Christ, sacrement de la rencontre de Dieu...
[suite] Suite de la note...
[42]
Cf. RSR [1990], Tome 78/4, p. 601. Suite de la note...
[43]
Einführung in die katholische Sakramentenlehre, Darmstadt 3...
[suite] Suite de la note...
[44]
Cf. Ibid., p. 599-601. Suite de la note...
[45]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 617. Suite de la note...
[46]
Voir le chapitre de Bozzolo sur la « prospettiva communicat...
[suite] Suite de la note...
[47]
Paru en 1995, recensé dans RSR [1996] Tome 83/1, p. 123. Suite de la note...
[48]
RSR [1990], Tome 78/4, p. 604. Suite de la note...
[49]
Cf. RSR [1994] Tome 82/1, p. 105. Suite de la note...
[50]
RSR [1990] Tome 78/4, p. 606. Suite de la note...
[51]
P. 161s de l’ouvrage recensé en RSR [2001] Tome 89/4, p. 59...
[suite] Suite de la note...
[52]
Ibid., p. 606s. Suite de la note...
[53]
RSR [1990], Tome 78/4, p. 594-597. Suite de la note...
[54]
RSR [1998] Tome 86/2, 283s. Suite de la note...
[55]
Ibid., p. 285s. Suite de la note...
[56]
Ibid., p. 286. Suite de la note...
[57]
Ibid., p. 287s. Suite de la note...
[58]
Formulation de H. Bourgeois, ibid. p 288. Suite de la note...
[59]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 117. Suite de la note...
[60]
Ibid., p. 118s. Suite de la note...
[61]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 114. Suite de la note...
[62]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 113s. Suite de la note...
[63]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 112. Suite de la note...
[64]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 115s. Suite de la note...
[65]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 614. Suite de la note...
[66]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 114. Suite de la note...
[67]
Voir par ex. RSR [1990] Tome 78/4, p. 608 et [1996] Tome 84...
[suite] Suite de la note...
[68]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 114. Suite de la note...
[69]
RSR [1990] Tome 78/4, p. 610. Suite de la note...
[70]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 279s. Suite de la note...
[71]
Ibid., p. 281s. Suite de la note...
[72]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 615-618. Suite de la note...
[73]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 399s et [1991] Tome 79/1, 148ss. Suite de la note...
[74]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 400. Suite de la note...
[75]
Ibid. Suite de la note...
[76]
Voir RSR [2001] Tome 89/4, p. 612. Suite de la note...
[77]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 276. Suite de la note...
[78]
Cf. RSR [1987] Tome 75/3, 401 ; [1994] Tome 82/1, 129 ; [19...
[suite] Suite de la note...
[79]
RSR [1991] Tome 76/1, p. 153. Suite de la note...
[80]
Ibid. Suite de la note...
[81]
Ibid., p. 154s. Suite de la note...
[82]
Ibid. Suite de la note...
[83]
Pour ces trois auteurs, voir RSR [1987] Tome 75/3, p. 396-3...
[suite] Suite de la note...
[84]
RSR [1991] Tome 79/1, p. 150. Suite de la note...
[85]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 139s. Suite de la note...
[86]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 608s. Suite de la note...
[87]
RSR [1991] Tome 79/1, p. 150. Suite de la note...
[88]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 278s. Suite de la note...
[89]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 611s. Suite de la note...
[90]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 129s. Suite de la note...
[91]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 388s. Suite de la note...
[92]
Ibid., p. 388. Suite de la note...
[93]
RSR [1991] Tome 79/1, p. 142s. Suite de la note...
[94]
Ibid., p. 143. Suite de la note...
[95]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 133-136. Suite de la note...
[96]
RSR [1991] Tome 79/1, p. 144-146. Suite de la note...
[97]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 384-385. Suite de la note...
[98]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 126s. Suite de la note...
[99]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 612s. Suite de la note...
[100]
Pour les deux ouvrages, voir RSR [1987] Tome 75/3, p. 381s ...
[suite] Suite de la note...
[101]
RSR [1996] Tome 84/1, 138s. Suite de la note...
[102]
Cf. RSR [1998] Tome 86/2, p. 256s. Suite de la note...
[103]
Cf. Ibid., p. 260s et RSR [1987] Tome 75/3, p. 411-414. Suite de la note...
[104]
Cf. RSR [1998] Tome 86/2, p. 253 et 258. Suite de la note...
[105]
Voir pour ces trois ouvrages RSR [1990] Tome 78/4, p. 616s,...
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[106]
RSR [1987] Tome 75/3, p. 410. Suite de la note...
[107]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 124ss. Suite de la note...
[108]
Ibid., p. 126s. Suite de la note...
[109]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 251-253. Suite de la note...
[110]
RSR [1990] Tome 78/4, p. 617s. Suite de la note...
[111]
Ibid., p. 617. Suite de la note...
[112]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 254ss. Suite de la note...
[113]
RSR [1990] Tome 78/4, p. 623s. Suite de la note...
[114]
Pour les quatre auteurs, voir RSR [1991] Tome 79/1, p. 134-...
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[115]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 120s. Suite de la note...
[116]
Ibid., p. 118s. Suite de la note...
[117]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 129s. Suite de la note...
[118]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 119s. Suite de la note...
[119]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 128s. Suite de la note...
[120]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 369s. Suite de la note...
[121]
Ibid., p. 270. Suite de la note...
[122]
Ibid., p. 266s. Suite de la note...
[123]
Ibid., p. 264s. Suite de la note...
[124]
Ibid., p. 265. Suite de la note...
[125]
Ibid., p. 267-269. Suite de la note...
[126]
RSR [2001] Tome 89/4, p. 598. Suite de la note...
[127]
RSR [1994] Tome 82/1, p. 126. Suite de la note...
[128]
RSR [1998] Tome 86/2, p. 271. Suite de la note...
[129]
Ibid., p. 271s. Suite de la note...
[130]
RSR [1991] Tome 79/1, p. 141. Suite de la note...
[131]
RSR [1996] Tome 84/1, p. 132s. Suite de la note...
[132]
Ibid., p. 130-132. Suite de la note...