La « Somme théologique » de Thomas d’Aquin aux xvie-xviiie siècles
Philippe Lécrivain
On discerne habituellement trois grands moments dans l’histoire du thomisme : les cent cinquante années qui suivirent la mort de Thomas d’Aquin (1274), les efflorescences des xvie-xviiie siècles, et le temps qui suivit l’encyclique Aeterna Patris de Léon XIII. A quoi s’ajoute un quatrième moment, celui des dernières décennies, dont rend compte dans ce dossier J.-P. Torrell. La contribution de Ph. Lécrivain s’en tient à ce moment où, poussés par l’humanisme et l’« évangélisme », les théologiens souhaitent une authentique rénovation de leur discipline. Pour cela, ils abandonnent les jeux subtils de la dialectique décadente pour en revenir aux sources, la Bible et les Pères. Le parcours historique se fait ici en trois parties : l’avènement de la « Somme théologique » comme texte classique chez les Dominicains aux prises avec la Renaissance et la Réforme ; les grandes heures des écoles salamantines et leur enfermement ; enfin, la désagrégation de la théologie sous les assauts d’une nouvelle rationalité.
The history of Thomism is usually divided into three great periods : the hundred and fifty years that followed the death of Thomas of Aquinas (1274), the blooming of Thomism in the 16th-18th centuries, and the period following the encyclical Aeterna Patris of Leo XIII. A fourth period may be added to this — the last few decades — which J.-P. Torrell reviews in this report. Ph. Lécrivain’s contribution centers on this period when, spurred by humanism and "evangelism ", theologians wanted to achieve a genuine renovation of their discipline. To do so, they abandoned the subtle games of decadent dialectic to come back to the sources : the Bible and the Fathers. This historical journey takes place here in three parts : the arrival of the "Summa Theologica" as a classical text for the Dominicans who were at grips with the Renaissance and the Reformation ; the heyday of the Salamanca schools and their subsequent closing ; and finally, the break up of theology under the attack of a new rationality.
• L’entrée de la Somme dans l’enseignement
— Une lente opération dans l’ordre des Prêcheurs
— Cajétan, maître général et cardinal
• Thomas d’Aquin dans les efflorescences espagnoles
— Les écoles salmantines
— Une querelle qui ne s’est point finie
• Désagrégation de la théologie ou spécialisations ?
— Jean de Saint-Thomas, l’ultime « commentateur »
— Les chemins nouveaux de la théologie positive