2003
Recherches de science religieuse
Présence de Saint Thomas d’Aquin
Situation actuelle des études thomistes
Jean-Pierre Torrell
Université de Fribourg (Suisse)
L’observation de la littérature théologique de notre époque permet de constater une floraison assez dense de titres sur saint Thomas. La chose est d’autant plus étonnante qu’aux lendemains immédiats de Vatican II, Karl Rahner s’inquiétait de « l’étrange silence » des théologiens au sujet du Maître d’Aquin. Comme il se doit dans un article de bilan, J.-P. Torrell commence par dresser un tableau des éditions, biographies et traductions dont S. Thomas a bénéficié depuis 1974, année de célébration du septième centenaire de sa mort. Après quoi, dans une seconde partie, il donne les « Orientations » dans lesquelles s’engagent aujourd’hui les études thomistes, insistant davantage sur la production théologique plutôt que sur la production philosophique, étant donné l’abondance et la complexité de cette dernière, tenant compte pour cela des productions américaines (États-Unis) et allemandes autant que des productions francophones.
A look at present day theological literature shows a fairly dense flowering of works on Saint Thomas. This is all the more astonishing as, just after Vatican II, Karl Rahner was uneasy about "the strange silence" of theologians concerning Master Aquinas. As expected in an overview, J.-P. Torrell begins by giving a list of publications, biographies, and translations on St. Thomas since 1974, the year of the celebration of the seventh centenary of his death. In the second part, he presents the "Orientations" of Thomistic studies today, insisting more on the theological production rather than the philosophical. Given the abundance and complexity of the latter, he takes into account American and German works, as well as French.
L’observation de la littérature théologique de notre époque permet de constater une floraison éditoriale assez dense de titres sur saint Thomas. La chose est d’autant plus étonnante qu’aux lendemains immédiats de Vatican II, Karl Rahner s’inquiétait de « l’étrange silence » des théologiens au sujet du Maître d’Aquin
[1] Or les titres d’aujourd’hui ne sont pas seulement nombreux ; certains sont dignes de remarque et touchent à des domaines jusqu’ici peu exploités, modifiant parfois sensiblement l’approche de la pensée et l’image même de Thomas. En certains lieux le thomisme est de nouveau enseigné et réussit à rassembler des personnes convaincues qu’il a encore quelque chose à dire à notre temps. Un signe parmi d’autres en est donné par deux des centres thomistes européens les plus actifs aujourd’hui qui viennent de publier presque simultanément deux livres au titre évocateur qui témoignent chacun à leur façon de cette vitalité retrouvée : l’un, sur l’autorité et la réception de l’Aquinate en théologie, émane du
Thomas Instituut d’Utrecht, qui se signale depuis quelque quinze ans par une série d’ouvrages de qualité ; l’autre, intitulé simplement « Thomistes », proposé par l’équipe de la
Revue thomiste, rajeunie depuis 1990, expose à l’intention d’un assez large public les grandes options de la théologie thomiste et la manière dont on peut être à la fois disciple de Thomas et attentif à la réalité du monde contemporain
[2].
Sans trop nous préoccuper d’une difficile exhaustivité dans l’inventaire de ces publications, nous aimerions attirer l’attention sur celles qui nous paraissent plus importantes et sur l’approche renouvelée qu’elles révèlent
[3]. Pour ne pas remonter trop loin dans le temps on prendra comme point de départ l’année 1974, année de célébration du septième centenaire de la mort du saint, marquée par de nombreux Congrès qui témoignaient déjà d’une reprise inattendue. Ce changement n’était pas sans raisons : depuis quelque vingt-cinq ans déjà l’édition scientifique des textes de Thomas d’Aquin avait repris à un rythme soutenu, et il y a sans aucun doute une relation de cause à effet entre ces recherches savantes et l’apparition de nouveaux travaux dans les divers domaines des études thomasiennes. Au risque d’anticiper quelque peu sur la date proposée, il est donc indispensable de rappeler d’abord cet arrière-fond ; il ne sera pas moins instructif de voir ensuite que ces éditions ont entraîné de nombreuses traductions et une nouvelle façon d’appréhender la vie, l’
Å“uvre et la personne même du saint. Nous serons alors mieux à même de tenter de cerner les caractéristiques du thomisme tel qu’il se manifeste aujourd’hui.
Éditions, biographies, traductions
L’édition léonine
Organisme peu connu du grand public, mais hautement apprécié des médiévistes, la Commission léonine — ainsi nommée d’après le pape Léon XIII, qui fut à l’origine de sa fondation à la fin du
xixe siècle — a été conçue en vue de procurer une édition des
Å“uvres de saint Thomas comparable aux travaux qui voyaient alors le jour en France sous l’impulsion de l’École des Chartes, ou en Allemagne avec les
Monumenta Germaniae historica. Confiée aux dominicains, cette entreprise avait son parallèle chez les franciscains, chargés de leur côté de publier selon les mêmes critères les
Å“uvres de saint Bonaventure. Tributaires de servitudes qu’il n’y a pas à mentionner ici, les premiers travaux n’ont pas atteint d’emblée la qualité qu’ils acquirent par la suite, mais les huit volumes de la
Somme de théologie et les trois volumes de la
Somme contre les Gentils, publiés entre 1888 et 1930 restent les meilleures éditions accessibles. Après une période d’apparent sommeil, mais de fécondes recherches silencieuses, l’activité de la Commission se manifeste à nouveau à partir de 1952, sous l’impulsion du Chapitre général de l’ordre dominicain (Washington, 1949) et du Maître de l’ordre, Emmanuel Suarez. Sous la présidence successive d’Antoine Dondaine (1952) et de Pierre-Marie de Contenson (1964), la Commission léonine prit alors un nouvel essor qui se traduisit par la publication à intervalles rapprochés de plus de vingt volumes in-folio
[4].
Parmi les premiers parus, il faut mentionner les Commentaires bibliques Sur Job (en 1965 ; A. Dondaine a seul signé comme maître d’Å“uvre, mais au nom de toute une équipe de travailleurs), et Sur Isaïe (H.-F. Dondaine et L. Reid, en 1974). Hautement significatif, ce choix mettait en exergue la qualité de Magister in sacra pagina de Thomas d’Aquin qui, durant toute sa vie d’enseignant, a commenté la Bible (outre Job et Isaïe, Jérémie, les Lamentations et les Psaumes pour l’Ancien Testament, et, pour le Nouveau, Matthieu et Jean, tout saint Paul et, d’une autre manière, les quatre évangiles sous la forme d’une énorme compilation de citations patristiques). Semblablement, les trois volumes des Questions disputées De veritate (parus entre 1970 et 1976, sous la direction d’A. Dondaine) rappellent l’autre grande forme de l’enseignement des maîtres en théologie qui, chaque jour scolaire, pratiquaient avec leurs élèves une recherche par mode de pédagogie active, dont témoignent encore les Questions disputées De malo (publiées en 1982, par P.-M. Gils), De anima (1996, C. Bazán), De spiritualibus creaturis (2000, J. Cos) et De potentia (édition encore à venir). À la différence de ces Questions ordinaires disputées en privé par le Maître avec son bachelier et ses disciples, les Questions quodlibétales donnaient lieu à un exercice public deux fois par an (Avent et Carême), devant toute l’université réunie pour l’occasion (les deux volumes des Quodlibets ont été publiés en 1996, par R.-A. Gauthier).
Une trentaine de plus petits ouvrages, connus sous le nom d’Opuscula, ont été publiés en quatre volumes, entre 1967 et 1979, par les soins de H.-F. Dondaine. Certains sont de taille respectable comme le Compendium theologiae ; d’autres, plus modestes, n’en sont pas moins célèbres et importants, comme le De unitate intellectus, le De aeternitate mundi ou le Contra errores graecorum. Reflet de questions débattues à l’époque, ils sont précieux pour découvrir l’insertion de Thomas dans l’actualité philosophique et théologique de son temps. Nous en avons un autre témoignage sous la forme des Commentaires des Å“uvres d’Aristote, qui faisait alors son entrée définitive en Occident. La plupart de ces éditions sont dues à l’inlassable activité de R.-A. Gauthier : la Sententia libri Ethicorum (2 vol., en 1969), la Tabula libri Ethicorum (1971), la Sententia libri De anima, librorumque de sensu et De memoria (2 vol., en 1984), l’Expositio libri Peryermenias et l’Expositio libri Posteriorum [Analyticorum] (2 vol., en 1989) ; mais la Sentencia libri Politicorum a été publiée par H.-F. Dondaine et L.-J. Bataillon (1971). Quant aux Commentaires de Boèce, l’édition léonine a publié en 1992 le Super Boetium De Trinitale (P.-M. Gils) et l’Expositio libri De Ebdomadibus (L.-J. Bataillon et C. Grassi).
Malgré leur nombre ces éditions ne couvrent pas l’ensemble des titres du Maître d’Aquin. Des ouvrages aussi importants que le
Scriptum sur les quatre Livres des
Sentences de Pierre Lombard, les commentaires de la
Physique, de la
Métaphysique et de bien d’autres
Å“uvres d’Aristote, les Commentaires
Sur S. Jean, Sur S. Matthieu, Sur S. Paul, sur
Les Noms divins du Pseudo-Denys, la
Catena aurea, restent encore en chantier et le seront sans doute encore longtemps
[5]. On ne saurait trop le regretter car ces volumes sont d’un intérêt exceptionnel. Face aux éditions imprimées ordinaires souvent très déficientes, ils offrent d’abord la garantie d’accéder au vrai texte de Thomas. On aura une idée de ce que cela signifie si l’on sait par exemple qu’avant l’arrivée du
De veritate de l’édition léonine, le texte des éditions courantes ne véhiculait pas moins de dix mille variantes plus ou moins gravement fautives par rapport à l’original. Négliger cela ne revient pas seulement à se méprendre sur le véritable texte ; c’est ignorer l’intention et la pensée même de l’auteur.
Un second intérêt offert par ces volumes réside dans la Préface (plus ou moins longue selon leur importance) qui précède chacun des textes publiés, où les chercheurs ont expliqué et justifié leur travail de restitution du texte original. Dans ces introductions ils donnent aussi une multitude d’indications de critique textuelle (montrant la manière dont Thomas travaillait), de renseignements historiques sur la situation de ces textes dans l’
Å“uvre même de leur auteur (dates et lieux de rédaction) ainsi que dans l’histoire de la pensée en général : l’influence reçue des contemporains (Alexandre de Halès, Bonaventure, Albert le Grand…) ; les sources plus lointaines, arabes, grecques et latines, patristiques ou simplement philosophiques, qu’il a utilisées et la manière dont il les a adaptées pour les intégrer à sa synthèse. On peut ainsi découvrir un auteur en progression constante, toujours soucieux d’accroître une documentation pourtant considérable, n’hésitant pas à se corriger lui-même et à changer ses opinions antérieures. Éventuellement complétées par des études plus spécialisées — comme celle de P.-M. Gils sur « S. Thomas écrivain » qui, par l’étude des autographes du saint, jette une lumière inédite sur sa personne même —, ces Préfaces sont de véritables monuments d’érudition et ont considérablement renouvelé la connaissance que l’on avait de Thomas d’Aquin et de son
œuvre
[6].
Biographies
L’énorme travail des éditeurs est longtemps resté sans influence notable sur les théologiens spéculatifs qui, aujourd’hui encore, ne sont pas toujours suffisamment attentifs à la qualité des textes qu’ils utilisent. Ces recherches ont d’abord porté leur fruit dans le domaine historique et ont permis de tenter d’écrire enfin la biographie qui nous manquait et de combler ainsi une lacune déplorée depuis longtemps
[7]. C’est à James A. Weisheipl que revient l’honneur d’avoir publié en anglais dès 1974 une biographie selon les critères scientifiques qu’on attend désormais de ce genre d’ouvrages. Médiéviste de renom, enseignant à Toronto, ancien membre de la Commission léonine, l’auteur était bien placé pour connaître et utiliser l’apport des travaux que nous venons d’évoquer. Spécialiste lui-même de l’histoire des sciences, il a été particulièrement attentif à l’aspect universitaire de la carrière de Thomas, et il livre sur les universités de l’époque de nombreux et intéressants éléments ; il a aussi muni son livre d’un précieux Catalogue des
Å“uvres authentiques qui rassemble commodément ce que l’on savait à l’époque concernant leur date et leur lieu de rédaction
[8]. Peu après Weisheipl, Simon Tugwell, spécialiste des sources dominicaines, offrait à son tour un recueil de textes choisis de saint Albert et de saint Thomas, précédés d’imposantes introductions et accompagné de nombreuses notes érudites. Plus succinct que celui de Weisheipl, cet ouvrage remarquable par sa pénétration et son information corrige sur plus d’un point les inexactitudes de ce dernier
[9].
En français, j’ai publié moi-même dans le
Dictionnaire de Spiritualité une première synthèse en deux parties
[10]. La première propose une esquisse de la vie de saint Thomas et situe ses
Å“uvres en intégrant autant que possible la totalité des découvertes obtenues dans le cadre des recherches effectuées par la Commission léonine. Conformément à l’exigence même du Dictionnaire, la seconde partie tente d’offrir une brève synthèse de la doctrine spirituelle, éminemment trinitaire, du Maître d’Aquin. Comprimées à l’excès pour des raisons éditoriales impératives, les deux parties de cet article du
Dictionnaire de spiritualité ont été reprises et amplement développées en deux livres publiés dans les années suivantes et dont les titres disent assez le propos :
Initiation à saint Thomas d’Aquin. Sa personne et son Å“uvre (1993) ;
Saint Thomas d’Aquin, maître spirituel (1996)
[11]. Pour le premier, nous avons pu tirer profit de la nouvelle édition critique faite entre-temps de la plus importante
Vita ancienne du saint, qui permet d’assurer que la rédaction de l’
Ystoria de Guillaume de Tocco s’est poursuivie jusqu’en 1323, date de la canonisation de Thomas
[12].
On ne peut résumer ici, même très brièvement, les résultats qui se dégagent actuellement des travaux les plus sérieux, et qui modifient sensiblement le cadre historique qu’on trouvait encore chez A. Walz ou M.-D. Chenu. Nous ne pouvons que renvoyer à notre « Nouvelle chronologie sommaire » en finale de la nouvelle édition de notre premier volume
[13]. S’il m’est permis d’exprimer l’intention qui a guidé cette biographie, c’est certainement la volonté de faire connaître non seulement le cadre historique et les
Å“uvres de saint Thomas, mais aussi sa personne même, comme homme et comme spirituel. Contrairement à ce qu’on disait couramment jadis, il est possible d’accéder au moins partiellement à sa personnalité au-delà de ses
Å“uvres et, pour autant qu’on puisse être juge et partie, c’est là ce qui distingue ma tentative de celle de bien d’autres auteurs antérieurs. J’ai voulu montrer que ce saint n’est pas un inconnu inatteignable derrière son
Å“uvre, mais un homme concret dont on peut percevoir les traits de caractère, et même certains défauts, mais surtout le cheminement spirituel, et qu’il n’est pas possible de séparer le saint du philosophe ou du théologien. En soi ce propos n’a rien de très neuf, mais si on l’applique au cas précis de Thomas, sa personne prend un relief insoupçonné et l’on comprend que sa réflexion croyante ait été son chemin de sainteté
[14]. On regarde alors sa théologie avec d’autres yeux et on est soi-même invité à la pratiquer dans un autre esprit.
Traductions
Outre le secteur des éditions et celui de la biographie, le chantier des traductions représente le troisième lieu où le renouvellement des recherches thomistes est le plus nettement perceptible. On pourrait interpréter cela comme étant dû au recul de la connaissance de la langue latine, mais il resterait à expliquer pourquoi cet engouement se porte précisément sur Thomas d’Aquin. S’il s’agit parfois de simples traductions, il arrive aussi, et c’est heureusement le cas le plus fréquent, qu’elles soient accompagnées d’introductions et de notes circonstanciées qui sont le signe d’un réel intérêt pour la doctrine
[15].
Pour commencer par les Å“uvres plus importantes, rappelons que les éditions du Cerf, après avoir publié, de 1984 à 1986, une traduction de la Somme de théologie en quatre volumes, due au P. Roguet, ont entrepris en 1997 une nouvelle édition de la Revue des Jeunes. Une dizaine de volumes, estimés toujours actuels en raison de leur qualité intrinsèque, ont été purement et simplement réimprimés : la qualité de leur traduction et de leurs annotations les rend toujours précieux, mais on aurait pu souhaiter une bibliographie mise à jour. Encore peu nombreux à la fin de 2002, d’autres volumes ont par contre fait l’objet d’une véritable nouvelle édition : La Béatitude (Ia IIae q. 1-5 : S. Pinckaers, 2001) ; Le Verbe incarné (IIIa q. 1-26, 3 vol. : J.-P. Torrell, 2002) sont dans ce cas. La traduction a été entièrement refaite sur la base de critères plus exigeants que ceux de bien des volumes antérieurs et l’annotation répercute largement les acquisitions historiques et les progrès de la recherche théologique.
Autre grande
Å“uvre de Maître Thomas, la
Somme contre les Gentils a fait elle aussi l’objet d’une nouvelle traduction en quatre volumes ; parue dans une collection littéraire très répandue, elle a même été saluée par la grande presse, signe de l’intérêt qu’elle a soulevé
[16]. Chaque volume est muni d’une ample introduction et de nombreuses notes, mais le premier comporte en outre une présentation générale de l’ouvrage et un vade-mecum qui donne les éléments de philosophie aristotélicienne nécessaires à lecture d’une
Å“uvre de ce type ; quant au dernier volume, il offre en plus des index des citations et des noms de l’ensemble des quatre tomes, une précieuse table des thèmes traités. Au-delà de déficiences mineures signalées par l’un ou l’autre recenseur, ces mérites incontestables font de cette publication un bon instrument de travail et un des éléments marquants de l’actualité renouvelée de saint Thomas. J’ai pour ma part un petit regret — sans doute partagé par les auteurs eux-mêmes : le P. R.-A. Gauthier qui avait vivement encouragé et soutenu cette entreprise avait rédigé pour cette nouvelle édition une longue introduction, mais les aléas qui ont affecté le monde de l’édition ont conduit à la publier séparément plusieurs années auparavant chez un autre éditeur. Il est important de connaître ce texte et de s’y référer, car il donne les bases scientifiques de cette traduction
[17].
Parmi les autres traductions une place à part revient aux Commentaires de l’Écriture. Parue dès 1982, celle du
Commentaire sur Job mériterait bien d’être refaite et accompagnée de notes selon les critères qui se sont imposés depuis. Plus proche de ce qu’on attend aujourd’hui, la traduction du
Commentaire sur S.Jean sous la direction de M.-D. Philippe, se signale par sa qualité et le soin apporté à l’identification des sources et aux index, mais elle s’arrête à la fin du onzième chapitre de l’Évangile ; on pourra mieux juger de ses mérites une fois qu’elle sera terminée. Le
Commentaire sur les Psaumes a l’avantage d’offrir en notre langue un texte peu connu, mais de l’avis des spécialistes, il s’agit d’une entreprise prématurée car, en l’absence d’une édition critique, on ne peut guère se fier au texte latin des éditions courantes grevé de trop d’incertitudes. Les index et la Table analytique de la traduction offrent cependant une utile clé de lecture. La même remarque sur l’absence de texte critique vaut en partie pour la traduction du
Commentaire de l’épître aux Romains, mais le traducteur a donné quelques avertissements destinés à mettre en garde le lecteur à ce sujet. Outre l’index et la table analytique, on y trouvera une abondante bibliographie qui aidera à lire avec profit cette
Å“uvre de la maturité du Maître d’Aquin. Dernière parue, la traduction du
Commentaire sur la première èpître aux Corinthiens cumule tous ces avantages et profite de l’expérience acquise par le même traducteur entre-temps. Elle bénéficie en outre d’une excellente introduction due à Gilbert Dahan, qui explique en spécialiste averti les particularités de l’exégèse médiévale. On ne saurait trop recommander la lecture de cette introduction, car l’expérience apprend que la difficulté d’accès aux commentaires médiévaux de l’Écriture n’est pas simplement due au latin ; elle tient davantage au style propre de ces cours dont les procédés d’analyse et d’interprétation représentent parfois un obstacle autrement redoutable. Un autre problème vient du fait que ces textes, établis d’après les notes de cours des auditeurs
(reportationes), ne rendent souvent que de façon très imparfaite la pensée du maître. Il est bien vrai que leur extrême intérêt est de nous permettre de saisir Thomas en acte d’enseignement, mais on aurait tort de croire que la simple traduction suffit à les rendre accessibles ; introductions et notes circonstanciées ne sont pas moins nécessaires ici qu’ailleurs
[18].
Parmi de nombreuses autres traductions retenons seulement les plus significatives. D’abord celle en deux imposants volumes des Questions disputées
De malo, qui offre aussi au lecteur le texte latin de la Commission léonine ; on peut donc aisément constater que la traduction mérite toute confiance. Cela est d’autant plus précieux que les sujets traités (le mal, le péché et ses causes, le péché originel et sa peine, la liberté humaine…) constituent un ensemble précieux pour le théologien moraliste
[19]. L’autre grande série de Questions disputées — le monumental
De veritate — n’est pas encore intégralement traduite, mais plusieurs de ces Questions ont fait l’objet de publications séparées. Faute de pouvoir les apprécier en détail, disons au moins qu’il s’agit d’éditions bilingues, précédées d’introductions et accompagnées de notes
[20]. Ce n’est pas le cas de la Question 2
(La science en Dieu), traduite par S.-Th. Bonino qui, pour éviter d’avoir un trop gros volume, a dû omettre le latin, mais qu’on peut recommander en toute sécurité, car il s’agit d’une traduction sans défaut. Dans le lot de ces Questions
De veritate mises en français, il n’y a aucun doute qu’elle occupe une place singulière et qu’il faut la recommander. La dimension et l’érudition de son introduction et de ses notes en font un instrument de travail dont je ne connais guère d’équivalent pour qui s’intéresse à saint Thomas. Plus encore, la manière dont il replace notre auteur dans l’histoire de la pensée, fait de ce livre un lieu de culture médiévale dans lequel même des non thomistes peuvent se retrouver et apprendre beaucoup
[21]. De dimensions moindres, mais lui aussi de qualité exceptionnelle, un livre de G. Emery propose une traduction de deux opuscules peu connus :
De rationibus fidei et
De articulis fidei et de sacramentis ecclesiae
[22]. Outre la fidélité de la traduction (ici accompagnée du texte latin), cet ouvrage se recommande par ses introductions, amples et précises, et par ses notes détaillées ; il ne veille pas seulement à ne laisser inexpliquée aucune difficulté du texte, il fournit encore toutes les clés de lecture nécessaires tant au point de vue historique que doctrinal. C’est une réalisation exemplaire en son genre et je ne peux que la recommander comme modèle à quiconque souhaite se consacrer à quelque traduction que ce soit
[23].
Les textes philosophiques font eux aussi l’objet d’un intense intérêt de la part des traducteurs. Dans ces dix dernières années on ne compte pas moins de cinq traductions de textes importants. L’un d’eux, le
De ente et essentia, est un classique souvent traduit, mais il en est d’autres qui, à notre connaissance, ne l’avaient jamais été en français, ou ne l’avaient pas été depuis le milieu du
xixe siècle
[24]. Dans la première catégorie, on trouve un important commentaire d’Aristote et la série des Questions disputées
De l’âme
[25] ; dans la seconde, il faut mentionner le
De unitate inlellectus et le Commentaire des Questions V et VI du
De Trinitate de Boèce
[26]. Quelles que soient les qualités de ces derniers ouvrages, il faut accorder une mention spéciale à la présentation de
L’unité de l’intellect contre les averroïstes par Alain de Libera. La traduction est bien sûr irréprochable, mais l’auteur a aussi traduit à la suite (sans le latin toutefois) les textes antérieurs dans lesquels Thomas avait déjà pris position contre la thèse averroïste. On dispose ainsi d’un dossier plus étoffé qu’on peut lire selon l’ordre chronologique des textes. C’est là bien sûr l’intérêt premier de cette publication, mais l’introduction et les notes leur offrent un commentaire de choix et l’éclairent d’une façon rare. Sans vouloir diminuer le mérite de tant d’autres qui ont eu le courage de s’attaquer à des textes aussi difficiles que ceux de Thomas (malgré l’apparente limpidité de sa prose), on saisit ici sur le vif la plus-value apportée par un maître et cela montre éloquemment que même une tâche aussi humble gagne à ne pas être abandonnée aux débutants.
Aussi lacuneux soit-il l’inventaire qui précède était nécessaire, mais il faut maintenant être plus sélectif. On ne saurait dégager les lignes générales de l’actualité thomiste sans sérier quelque peu les domaines. À regret nous devrons délaisser à peu près complètement la production philosophique : en partie parce qu’elle est très abondante et d’une complexité certaine à laquelle on ne saurait rendre justice en quelques mots ; en partie pour des raisons méthodologiques qu’on achèvera de comprendre plus loin ; mais surtout parce qu’il n’est pas sûr qu’il soit légitime d’enrôler tous ces auteurs sous la bannière thomiste
[27]. En Amérique du Nord ou en Europe, bien des universitaires, médiévistes ou non, peuvent s’intéresser à la place de Thomas dans l’histoire intellectuelle, voire s’inspirer de lui sur certains points, sans songer pour autant à se réclamer de lui comme maître à penser au même titre qu’un théologien.
Il nous faut aussi laisser de côté ce qu’on appelait la théologie « morale » ; mais pour des raisons légèrement différentes. D’abord, puisque Thomas ne faisait pas lui-même la distinction entre « morale » et « dogmatique », il n’est pas toujours possible de préciser ce qui relève de l’une ou de l’autre. Mais il y a une autre difficulté : après le manuel de Servais Pinckaers qui a assuré la transmission du meilleur de l’héritage thomiste précédent
[28] — et qui connaît un énorme succès en diverses traductions —, il n’y a pas en notre langue, du moins à notre connaissance, de travail d’ensemble témoignant d’un renouvellement aussi décisif que celui qu’on peut remarquer en d’autres domaines. La même chose serait à déplorer aux États-Unis si une initiative récente n’avait tenté d’y remédier sous la forme d’un ouvrage collectif qui rassemble quelque trente collaborateurs pour traiter des différents aspects de la
Secunda Pars
[29]. En langue allemande au contraire, on peut dénombrer quelques bons travaux qui, sans présenter l’ensemble de la morale thomasienne, ont bien remis en avant ses grandes options : la poursuite de la béatitude et la morale des vertus qu’elle entraîne, à l’opposé des morales de l’obligation et du devoir
[30]. En outre, l’effort de ressourcement par inspiration thomasienne est très net en de nombreux domaines, mais il y a une telle abondance de publications qu’il est difficile de la maîtriser
[31]. Puisque nous ne pouvons songer à traiter de tout cela, on s’en tiendra donc aux secteurs qui nous sont plus connus et qui nous paraissent plus significatifs en raison des orientations nouvelles qui s’y manifestent, dans le domaine de la théologie dite « dogmatique » — que nous concevons toutefois de manière plus large qu’on ne le faisait jadis
[32].
Perspectives nouvelles
On l’aura compris, le renouveau actuel des études thomistes passe en très large partie par la renaissance des études médiévales en Europe depuis le début du
xxe siècle et surtout par les travaux de l’édition léonine. Il en résulte quelques orientations très affirmées qui
volens nolens — et en tout cas sans que la théorie en soit vraiment faite —, apparaissent souvent comme prenant le contre-pied d’autant de thèses du néothomisme
[33]. La première bat en brèche l’assertion jadis répétée à satiété du caractère intemporel de la doctrine thomiste. On a au contraire aujourd’hui une conscience aiguë du fait que Thomas d’Aquin est nettement situé dans son temps et dans l’histoire de la pensée, qu’il a des prédécesseurs et des contemporains, qu’il a lui-même évolué dans sa recherche, et qu’il est donc possible de l’étudier de façon historique. Sans être inconnue auparavant, cette approche s’est imposée à notre époque avec une force irrésistible et il n’est guère plus possible d’envisager l’étude d’un thème même purement doctrinal sans s’interroger sur les sources de Thomas, ce qu’il doit à tel philosophe ou à tel Père de l’Église, ou encore à tel de ses contemporains, et bien sûr aussi sur son évolution interne ; le plus souvent, bien que parfois imparfaitement, les deux aspects (sources et évolution) sont pris en considération, et cela entraîne un enrichissement et un renouvellement même de thèmes qu’on aurait pu croire épuisés par la recherche précédente
[34].
La seconde orientation, elle aussi très nette, consiste à voir en Thomas avant tout un théologien ; ce qui veut dire au moins trois choses. D’abord, puisque le théologien reçoit son donné de la révélation, sa réflexion porte sur une matière qui n’a aucune espèce d’évidence aux yeux de la raison naturelle ; il travaille donc à la lumière de la foi surnaturelle, et c’est pourquoi, nous le verrons bientôt, sa théologie est de plein droit doctrine spirituelle. Cela veut dire ensuite qu’il trouve l’essentiel de son donné dans l’Écriture sainte et c’est la raison pour laquelle Thomas a été sa vie durant un commentateur de la Bible. La volonté de considérer son
Å“uvre de manière historique a donc conduit les chercheurs à accorder à cette partie de son
Å“uvre plus d’importance qu’on ne l’avait jamais fait jusqu’à présent ; nous allons y venir. Cela signifie enfin — qu’on nous pardonne le pléonasme — que Thomas n’est pas d’abord un philosophe, mais un théologien, et plus encore, comme nous le dirons bientôt, un « maître spirituel », ou un « maître en sagesse chrétienne ». Ceci appelle toutefois quelque clarification. Cela ne signifie aucunement qu’on renoncerait à voir en lui un philosophe — pareille contre-vérité ne saurait tenir contre l’évidence —, mais bien que sa philosophie ne prend tout son sens qu’à la lumière de sa théologie. Bien qu’il soit possible (et nécessaire !) de respecter l’autonomie épistémologique, et même de proposer de remarquables synthèses de cette philosophie
[35], elle reste pour Thomas un instrument au service d’une fin qui la dépasse. Pour cette raison, les théologiens qui veulent incarner aujourd’hui l’esprit de saint Thomas fréquentent les universitaires médiévistes, historiens et philosophes, reçoivent leurs découvertes, s’inspirent de la rigueur de leurs analyses et sont attentifs à leurs questions, mais ils tiennent aussi à leur rappeler — au moins par leurs propres travaux — que leur intérêt pour saint Thomas court le risque de manquer la véritable signification de sa philosophie si elle est isolée de son milieu vital. Mais les clercs théologiens savent aussi (ou devraient savoir) qu’il serait gravement équivoque de vouloir sans autre annexer leurs collègues laïcs à la gloire du thomisme
[36].
Puisqu’il est acquis que Thomas s’explique désormais beaucoup mieux par ce qui le précède que par ce qui le suit, il en résulte un recentrage de la recherche sur Thomas seul —
sine glosa oserait-on dire, à l’exclusion de fait de l’école thomiste. À l’inverse de ce qui se produisait au temps du néothomisme, où la lecture de Cajetan et de Jean de Saint-Thomas accompagnait obligatoirement celle de leur maître et projetait sur son texte l’ombre de leur interprétation à laquelle on accordait une autorité particulière, les grands commentateurs sont presque totalement absents des recherches contemporaines, qu’on appelle par contrecoup plus volontiers « thomasiennes » que « thomistes ». Ce choix ne s’effectue pas nécessairement « contre » les commentateurs, mais ceux-ci sont désormais étudiés pour eux-mêmes à part entière (les études sur la scolastique tardive — ou « moderne » — sont d’ailleurs, elles aussi, florissantes). Et s’il arrive qu’un thème thomasien soit étudié jusque dans le destin qu’il a connu chez les thomistes, il l’est d’abord chez Thomas lui-même, avant de l’être dans sa postérité. L’héritage n’est donc reçu que sous bénéfice d’inventaire et dans le souci de bien distinguer les positions personnelles des commentateurs et leurs erreurs éventuelles d’interprétation
[37].
Il reste cependant qu’il ne suffit peut-être pas de rendre à César ce qui lui appartient. Les thomistes d’aujourd’hui ne sauraient oublier qu’ils doivent à leurs grands prédécesseurs de leur avoir transmis une pensée vivante, et qu’il reste hautement instructif de voir comment ils se sont référés à l’Å“uvre de leur Maître face aux problèmes de leur époque. Le temps du nécessaire « décapage » étant passé, et la redécouverte de Thomas lui-même par-delà les couches des divers thomismes étant en voie d’être acquise, le moment est peut-être revenu de considérer la tradition thomiste de manière plus positive, en lui appliquant justement la méthode historique et critique utilisée pour Thomas lui-même.
Exemples
À titre d’exemple on peut citer quelques livres nullement exclusifs de bien d’autres, mais qui paraissent assez représentatifs de la fécondité de cette nouvelle attitude. Quant aux Pères de l’Église, on s’accorde de plus en plus sur l’importance de saint Augustin comme source privilégiée de Thomas en bien des domaines
[38], et sur l’influence croissante qu’il a exercée sur sa manière de comprendre la grâce et le mérite
[39]. Toutefois on ne saurait parler de sa documentation patristique sans souligner le rôle majeur joué par la
Catena aurea dans le développement de sa pensée. Thomas a rassemblé dans cette
Å“uvre des milliers de citations des Pères de l’Église (grecs en majorité) pour commenter avec eux, verset par verset, le texte suivi de chacun des quatre évangiles. Composé à la demande du pape Urbain IV, cet ouvrage aurait pu rester sans lendemain ; au contraire, son auteur s’en est constamment servi par la suite pour écrire ses autres livres, et on peut observer de manière précise les progrès de sa documentation en passant des
Sentences à la
Somme
[40]. Cela vaut également de sa connaissance et de son utilisation des conciles christologiques, plus étendues et précises qu’on ne le croyait jadis
[41]. Il en ressort — et ce n’est pas la moindre surprise de ce renouvellement général — que, loin d’être seulement le théologien spéculatif que cultivait le néothomisme, Thomas était au contraire un théologien positif de grande classe, un connaisseur avisé des dossiers, anciens ou modernes, de toutes les questions qu’il traitait
[42].
Quant à l’insertion de Thomas en son temps, on connaît depuis longtemps son implication dans les débats sur l’averroïsme, l’unité de la forme substantielle ou l’éternité du monde
[43]. Mais on voit renaître un intérêt considérable pour la controverse entre mendiants et séculiers, et pour les opuscules sur la vie religieuse qui la reflètent
[44]. Après l’ouvrage fondamental de M.-M. Dufeil sur Guillaume de Saint-Amour
[45], le
Contra impugnantes, le
De perfectione et le
Contra retrahentes ont donné lieu à d’importants travaux sur la conception thomasienne de la pauvreté, sur la façon dont Thomas conçoit l’idéal dominicain, la charge épiscopale et ses rapports avec l’état religieux
[46]. Cette présence de Thomas à son époque ressort aussi avec force des nombreuses Lettres et Expertises rédigées en réponse à des questions posées par ses contemporains, qui ont suscité elles aussi un intérêt inédit
[47].
Sur un registre plus élevé, les relations intellectuelles de Thomas avec ses contemporains, Albert le Grand et Bonaventure, ont été remarquablement élucidées par Gilles Emery à propos du thème de la Trinité créatrice
[48]. Toutefois, loin d’être simplement une excellente analyse des sources qui traite avec exactitude et finesse de l’accueil fait par Thomas aux idées de ses prédécesseurs, ce travail réalise une avancée considérable par rapport à la théologie trinitaire du
xxe siècle. Il montre que la théologie d’inspiration rationaliste qui enseignait le traité de Dieu en deux cours nettement distincts : le
De Deo uno et le De Deo Trino, comme on disait alors, était non seulement inconnue des Pères de l’Église et des grands théologiens médiévaux, mais qu’elle leur était formellement contraire. Comme eux, Thomas pense la création dans son rapport à la Trinité et la situe, tout comme les missions divines dans l’histoire, dans le prolongement des processions éternelles des divines Personnes. Création et salut apparaissent chez lui comme deux réalités marquées de l’empreinte de chaque Personne de la Trinité, et reliées dans l’unité du plan divin. Imposant par son ampleur et original par son sujet, cet ouvrage est certainement l’un des les plus marquants de la littérature thomasienne depuis Vatican II. Son auteur l’a prolongé par de nombreux articles, tous profondément originaux, qui viennent d’être réunis dans un recueil dont il faut recommander la lecture à qui voudrait prendre la mesure de la manière nouvelle dont s’oriente la théologie dogmatique d’inspiration thomasienne en dialogue avec notre théologie contemporaine
[49]. Dans cette dernière ligne, il faut encore mentionner la recherche de Gilbert Narcisse qui a rappelé de façon convaincante la noblesse accordée par Thomas à l’argumentation par la convenance
[50].
Le traité de Dieu a donné lieu à bien d’autres remarquables études
[51], mais on ne sera pas étonné de voir l’anthropologie se joindre ici à la théologie. Alors que la chose était loin d’être évidente il y a cinquante ans, il est devenu courant aujourd’hui de souligner l’importance du thème de l’image de Dieu chez Thomas : pour comprendre l’homme lui-même certes, mais aussi pour saisir le rôle que joue ce thème dans la structure de la
Somme elle-même
[52]. Au point qu’on peut assurer que si aucune question de la
Somme n’est explicitement consacrée au thème de la divinisation, c’est pourtant le sujet réel de chacune de ses trois Parties
[53]. Dans cette perspective on aime souligner aussi le rôle joué par l’Esprit-Saint dans la déification
[54].
La christologie est un des domaines où le renouvellement est le plus nettement perceptible. On peut déjà s’en faire un idée avec nos trois volumes« Le Verbe incarné », où nous avons tenté de synthétiser à l’usage d’un assez large public l’essentiel de l’apport de ces vingt dernières années. Il s’agit moins de résultats nouveaux que de la mise en application conséquente de la méthode historique à ce champ de recherche où l’on a été particulièrement attentif à replacer Thomas par rapport à ses sources, soulignant notamment l’apport des grands Conciles christologiques et des Pères grecs, notamment de Maxime le Confesseur. La nouveauté est plus sensible pourtant dans les ouvrages de recherche qui, par définition, doivent sortir des sentiers battus : l’ouvrage de Paul Gondreau sur les passions du Christ se trouve dans ce cas
[55]. Les passions désignent chez Thomas les mouvements de la sensibilité ; elles commencent avec la plus légère impression et se vérifient en tout mouvement affectif, sentiment ou émotion. Parler des passions de l’âme du Christ, c’est donc en fait traiter de son affectivité humaine selon toute son ampleur. Trop d’obstacles liés à l’époque ont empêché Thomas d’aller jusqu’au bout de son propos et nous le trouvons aujourd’hui plutôt timide, mais l’investigation de ce sujet, assez généralement éludé par la plupart des auteurs jusqu’à maintenant, a eu pour résultat un travail vraiment neuf. À lire ce livre on s’aperçoit que Thomas se distingue parmi tous les médiévaux comme celui qui a été le plus attentif à donner sa pleine consistance à l’humanité du Christ.
La nouveauté dans la recherche christologique se manifeste encore dans l’attention accordée à la « vie de Jésus ». On sait que Thomas a réparti son propos christologique en deux grandes parties, dont la seconde (ST IIIa q. 27-59), plutôt négligée par les anciens commentateurs, était complètement absente de l’enseignement courant. Elle a pourtant cette originalité, qu’on n’attendrait pas d’un théologien spéculatif, de suivre pas à pas toute l’existence terrestre et postpascale de Jésus (Thomas dit : du Christ) de façon à ne laisser dans l’ombre aucun aspect de son
œuvre salvifique. Cette partie de la
Somme si négligée connaît depuis quelque vingt ans un regain d’intérêt sensible en plusieurs langues. Le plus ancien de ces travaux est une thèse doctorale de l’Université grégorienne sur la résurrection et l’exaltation du Christ
[56]. Peu après paraissaient en Allemagne deux autres publications : la première, tout en étudiant très soigneusement les mystères de la vie du Christ dans la
Somme, s’inspire plutôt de Karl Rahner pour ses références systématiques
[57] ; la seconde, sans renoncer à l’actualité du thème, est plus proche d’une recherche médiévale désintéressée, et s’emploie à situer la place de Thomas dans le développement historique de la doctrine des mystères de la vie du Christ
[58]. Plus ambitieuse, l’entreprise d’I. Biffi se propose de suivre le thème dans tous les écrits de Thomas selon leur ordre chronologique en commençant par la leçon inaugurale du nouveau maître. Outre divers opuscules, l’auteur a traité les
Sentences, la
Somme contre les Gentils et les Commentaires du Nouveau Testament, mais on attend encore la fin de son travail
[59]. Dernier en date, j’ai publié moi-même deux volumes sur le sujet : venant après tous les autres, j’ai pu dans une certaine mesure profiter de leurs travaux. Mon point de vue est à la fois analytique, puisqu’il suit la
Somme article après article, et synthétique comme la
Somme elle-même, qui ne perd jamais de vue le mystère du Christ dans sa totalité. Ce livre s’efforce bien sûr de faire une lecture critique aussi exacte que possible du texte, mais son propos n’a rien d’archéologique et il veut aussi mettre en valeur la portée pour la théologie actuelle des analyses du Maître d’Aquin. Sans pouvoir entrer dans les détails, on peut dire que Thomas est guidé par une méticuleuse attention aux exigences de l’incarnation du Verbe dans l’histoire et qu’il a su mieux que bien d’autres mettre en lumière le visage humain de Dieu
[60].
On l’a souvent déploré au cours du
xxe siècle, Thomas d’Aquin ne nous a pas laissé de traité de l’Église, mais si l’on suit les suggestions d’Yves Congar ou de Charles Journet, c’est surtout dans le prolongement de sa réflexion sur le Christ, sa grâce et sa doctrine des sacrements qu’on a quelque chance de pouvoir bâtir une ecclésiologie d’inspiration thoma-sienne. Nous avons nous-même rassemblé quelques éléments en ce sens dans un de nos commentaires à la
Tertia. Pars
[61], mais il faut surtout renvoyer aux publications de B.-D. de La Soujeole qui, après avoir procédé en un premier temps à une investigation des concepts de société et de communion
[62], a mené à bien une thèse d’ecclésiologie fondamentale dans laquelle l’appel à l’anthropologie thomiste permet enfin de retrouver une juste notion de la visibilité ecclésiale, et de redonner son sens plein à la sacramentalité de l’Église, dont l’ecclésiologie sociétaire précédente ne proposait plus qu’une notion affadie
[63].
Depuis les travaux d’Henri Denifle, à la fin du
xixe siècle, relayés vers le milieu du
xxe siècle par ceux de C. Spicq et de M.-D. Chenu, de B. Smalley et de H. de Lubac (qui étend sa recherche très au-delà du seul Thomas), aucun thomiste ne pouvait ignorer que le maître dont il se réclamait avait été un grand commentateur de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le néothomisme avait pourtant totalement négligé cela et avait largement répandu le mythe d’un auteur d’abord philosophe, dont on aurait pu croire qu’il était étranger à la Bible. C’est l’honneur des exégètes catholiques de ne l’avoir jamais oublié, et nombre d’entre eux (C. Spicq, P. Synave, P. Benoit, St. Lyonnet,) ont scruté avec perspicacité les divers sens de l’Écriture chez Thomas
[64]. Curieusement toutefois le passage de l’étude de sa théorie à celle de sa pratique scripturaire a été plus long à s’effectuer et il commence à peine à se manifester. D. Char-donnens en a donné un exemple en étudiant le thème de la Providence dans le
Commentaire sur Job, mais il est loin d’être isolé
[65]. Une thèse du
Thomas Istituut d’Utrecht, récemment republiée, illustre superbement la place et la fonction de l’Écriture sainte chez Thomas dans sa théologie de la résurrection du Christ
[66]. W. Valkenberg y montre que dans les exposés des
Sentences et de la
Somme sur le sujet, l’Écriture n’est pas une simple autorité parmi d’autres, citée plus souvent, mais qu’elle est au contraire la source et le cadre du texte théologique lui-même. L’extension de l’étude à d’autres textes de Thomas permet en outre de vérifier que plus le sujet est proche de l’histoire du salut et des libres choix divins, plus la place de l’Écriture est prépondérante ; entre autres choses, Valkenberg soulignait encore la pertinence de cette option méthodologique pour la pratique contemporaine de la théologie. Cette conviction reparaît chez C. Baglow qui la fonde sur son analyse d’un texte directement scripturaire, le Commentaire de l’épître aux Éphésiens
[67]. Selon cet auteur, on n’y trouve pas seulement l’exploration la plus profonde et la plus systématique de la nature de l’Église jamais offerte par Thomas, mais aussi la mise en
Å“uvre d’une exégèse théologique que certains exégètes d’aujourd’hui (Markus Barth, qui cite lui-même abondamment Thomas) jugent parfaitement adaptée puisqu’il s’agit d’un texte éminemment théologique
[68].
Le fait que Thomas soit de nouveau perçu comme un théologien n’a pas seulement provoqué la mise en évidence de la prévalence dans sa pensée de la théologie sur la philosophie. Cela a aussi entraîné l’attention des chercheurs sur la notion de théologie et sur la méthode qu’il a mise en
Å“uvre (les études sur ce thème sont presque innombrables
[69]), et surtout sur la manière dont il a pratiqué son savoir. La rédaction de l’article du
Dictionnaire de Spiritualité m’a moi-même amené à constater que ses écrits sont prégnants de spiritualité et que cela résulte de la fin ultime que Thomas assigne à ce savoir : la contemplation de la Vérité première dans la vision bienheureuse. Toute sa synthèse est commandée par cette option, et cela demande donc que la pratique théologique s’enracine dans un climat théologal et spirituel qui en favorise le progrès. La prière se joignant à l’étude, l’exercice de la théologie dans la foi se révèle comme une école de vie chrétienne et de contemplation. Ce sont les idées que nous avons essayé de développer en divers livres ou articles, et nous avons pu constater que nous n’étions pas seul à partager cette vue des choses
[70]. On peut même dire que les titres mentionnant l’attention à la spiritualité de Thomas ou traitant de thèmes spirituels se sont multipliés ces dernières années. Parmi eux je dois mentionner le très beau livre, à la fois rigoureux et sensible, de Lydia Maidl sur la prière chez Thomas
[71]. Plus profondément, nous semble-t-il, c’est la manière de percevoir sa théologie qui se modifie dans le sens dont nous parlions ci-dessus, et qui donne même à des publications dont le sujet n’est pas explicitement de théologie spirituelle une épaisseur qui les rend plus savoureuses que l’exposé détaché de vérités abstraites, et qui sont bien faites pour attirer le lecteur et cultiver en lui la foi et l’amour en ces réalités invisibles dont parle le théologien
[72].
Le dernier trait qu’on aimerait souligner n’est peut-être pas le moindre. Pour ceux qui acceptent de la mettre en pratique, l’approche historique de la pensée de S. Thomas apprend progressivement à la considérer d’une manière « critique ». Contrairement à une approche assez couramment répandue dans la première moitié du xxe siècle, on a cessé de considérer Thomas comme s’il avait enseigné rigoureusement les mêmes positions d’un bout à l’autre de sa carrière. C’était une méprise manifeste ; très tôt ses disciples ont su qu’en de nombreux endroits, le Maître était « meilleur dans la Somme que dans les Sentences », et il existe plusieurs recueils de ses changements d’opinion, sans compter les passages où Thomas lui-même attire l’attention sur ses évolutions doctrinales. Ceci n’a donc jamais été complètement perdu de vue, mais on avait plutôt tendance à « raboter » ces différences en vue de présenter une Å“uvre aussi harmonieuse que possible. Cette tendance apologétique n’a pas complètement disparu aujourd’hui, mais il est devenu plus courant et finalement plus constructif d’aborder Thomas comme un penseur « en mouvement ». Toujours à la recherche d’une nouvelle documentation, mais aussi sans cesse en progrès sur lui-même.
Interrogations
Si l’idée d’une évolution interne de Thomas est relativement bien entrée dans certains esprits, et s’il est devenu plus courant de le considérer de manière plus objective, la vérité oblige à dire que cette attitude n’est pas aussi universellement répandue qu’on le souhaiterait. D’estimables études d’inspiration spéculative continuent de paraître qui ne semblent guère avoir profité de la nouvelle approche qu’on vient d’esquisser. La persistance d’un thomisme « fondamentaliste », défensif, voire polémique, est aussi une réalité. Sans vouloir noircir l’horizon, il n’est pas toujours facile non plus de faire admettre que l’existence même d’une évolution du Maître puisse suggérer comme corollaire que cette évolution n’était peut-être pas terminée au moment de sa mort. Et qu’il serait éventuellement possible de poursuivre aujourd’hui la recherche, ou même de la reprendre sur d’autres bases fournies par les progrès de la science exégétique et patristique — sans pour autant renoncer à se réclamer de Thomas qui a toute sa vie été en quête d’amélioration. Or le simple fait d’envisager cette perspective soulève encore aujourd’hui bien des difficultés. La chose est d’autant plus regrettable qu’après avoir fait d’aussi grands progrès, le thomisme risquerait de s’enfermer à nouveau dans la répétitivité qu’on lui a tellement reproché au siècle passé.
À la vérité, la difficulté n’est pas mince. Malgré l’importance et la qualité exceptionnelles de certaines des publications spécialisées signalées à l’instant, elles ne suffiront pas à maintenir vivante la pensée de Thomas d’Aquin si n’existent pas aussi des lieux où cette pensée sera enseignée, commentée, interprétée. La place prépondérante des études historiques dans la recherche actuelle pourrait même avoir un effet pervers dans la mesure où elle pourrait conduire à considérer la pensée thomasienne comme un moment certes brillant de l’histoire de la pensée, mais tout aussi définitivement dépassé que bien d’autres. Dans le processus d’actualisation d’une doctrine comme celle de Thomas, rien ne remplacera son maintien dans l’enseignement ordinaire par des maîtres, certes moins géniaux, mais qui sauront transmettre les bases essentielles de cette pensée (ce n’est pas le lieu de les énumérer ici). Par ailleurs, l’histoire — celle du thomisme en particulier — nous apprend aussi que l’existence d’écoles ne va pas sans quelque lourdeur ou rigidité, ni parfois même sans renoncements inavoués, voire sans trahisons. Il faut donc tenir les deux bouts de la chaîne. L’apport irremplaçable des études spécialisées est comparable à celui de la recherche fondamentale en tous les domaines du savoir ; faute de cette instance désintéressée il n’y a pas de progrès possible, et la répétition reste la règle. Mais si elle n’est pas répercutée par la recherche appliquée, la recherche fondamentale demeure stérile. Les acquis considérables effectués dans notre connaissance de saint Thomas et de sa pensée ne se traduiront effectivement en un gain pour la pensée théologique contemporaine que dans la mesure où ils deviendront progressivement le bien de nouvelles générations grâce à des passeurs modestes peut-être, mais compétents et convaincus.
* * *
La conclusion de cette esquisse se gardera donc de céder à un optimisme démesuré. Le renouveau des études thomistes est réel, mais il est loin d’être universel. Il n’est guère perceptible dans la littérature théologique non spécifique, où Thomas reste quasiment inconnu. Le thomisme demeure pratiquement absent de pays entiers où il était autrefois florissant, et, dans les lieux où il se manifeste, il arrive parfois qu’il soit réduit à l’une ou l’autre personnalité. À vrai dire, il n’y a là rien de très étonnant. Quiconque a étudié tant soit peu l’histoire sait fort bien que le thomisme n’ajamais été majoritaire parmi les théologiens catholiques et qu’il a dû traverser bien des péripéties. Dans l’élan donné par Léon XIII et
Aeterni Palris, le mouvement était plus prononcé qu’il ne l’est de nos jours, mais on sait mieux maintenant de quelles ambiguïtés il était porteur. Ceux qui reprennent le flambeau au début du
xxie siècle ne peuvent guère l’ignorer. D’autant plus que si certaines Revues fondées alors demeurent bien vivaces et ont su se renouveler, notre époque a vu disparaître — avec la mort de Clemens Vansteenkiste, son rédacteur qui l’avait portée à bout de bras pendant de longues années — la
Rassegna di letteratura tomistica (successeur du vénérable
Bulletin thomiste, du Saulchoir), la seule revue bibliographique spécialisée qui, malgré ses faiblesses et ses partis pris, avait le mérite de fournir une information à peu près exhaustive. Ce manque se fait cruellement sentir
[73].
L’absence d’un manuel d’introduction à l’ensemble de la théologie de saint Thomas est un autre point noir qui obscurcit encore l’avenir des études thomistes. Ni Le Thomisme de Gilson, strictement philosophique, ni l’Introduction de Chenu, qui reste utile malgré son âge, ni non plus nos deux volumes d’Initiation, pensés dans une autre perspective, ne peuvent rendre tout à fait ce service. À moins d’une surprise toujours possible, on peut craindre que cette introduction générale ne se fasse attendre encore longtemps. La raison en est facile à saisir ; outre le souffle intellectuel et une parfaite maîtrise de la matière il faut une certaine dose de « naïveté », au meilleur sens du terme, pour oser se lancer dans pareille entreprise. Or nous sommes devenus plus conscients qu’on ne l’était jadis des difficultés de l’entreprise. La qualité même des monographies évoquées dans cette étude a justement permis de découvrir tout ce qu’il y avait d’approximatif et de trop hâtif, et parfois d’un peu triomphaliste chez tant de nos prédécesseurs. Nous ne sommes pas meilleurs que nos pères, et il ne s’agit pas de les accabler, mais il est vrai qu’une nouvelle sensibilité scientifique met en garde contre la tentation de vouloir proposer dès aujourd’hui pareille construction. Sans perdre de vue l’horizon de l’ensemble à rebâtir, la tâche d’une reprise de possession plus raisonnée de la théologie de Thomas en ses différents secteurs apparaît plus urgente. Le thomisme ressemble aujourd’hui à un chantier où s’accumulent des pierres d’excellente qualité en vue de la construction future, et qui seront à disposition de l’architecte à venir. Le temps de la synthèse viendra car elle est trop intimement liée à l’esprit même de Thomas, et il faudra ressaisir les fragments dans le tout, mais il faut encore un peu de temps pour cela. â–
[1]
« Bekenntnis zu Thomas von Aquin », dans K.
Rahner,
Schriften zur Theologie, vol. 10, Zürich, Benziger, 1972, p. 11 ; cité par O. H.
Pesch, « Thomas Aquinas and Contemporary Theology », dans
Aquinas as Autorithy (voir note suivante), 123-163 (p. 123), nous renvoyons volontiers à cette étude de Pesch : étendue à tout le
xxe siècle et plus systématique dans sa volonté de couvrir tout le champ de la théologie, elle est aussi plus ample que la nôtre et en est complémentaire, notamment par sa plus grande attention à la littérature de langue allemande.
[2]
P.
van Geest, H.
Goris, C.
Leget, éd.,
Aquinas as Autorithy, A Collection of studies presented at the second conference of the
Thomas Instituut te Utrecht, December 14-16, 2000, Peeters, Leuven, 2002 ; S.-Th.
Bonino, éd.,
Thomistes, « Sagesse et Culture », Parole et Silence, Saint-Maur, 2003 ; les deux volumes comptent chacun dix-sept communications.
[3]
Quelques chiffres diront une fois pour toutes les limites de notre tentative : une récente bibliographie compte 3 500 entrées pour une période de quatorze ans (cf. R.
Ingardia,
Thomas Aquinas. International Bibliography, 1977-1990, Bowling Green, Ohio, 1993) ; un choix nettement plus sélectif auquel j’ai procédé pour les besoins de la réédition des deux volumes de mon
Initiation à saint Thomas, m’a permis d’ajouter à leur bibliographie quelque 150 titres (livres ou articles) parus entre 1993 et 2002.
[4]
Pour plus de détails, cf. P.-M.
de Contenson, « Documents sur les origines et les premières années de la Commission léonine », dans A.
Maurer et al., éd.,
St. Thomas Aquinas, 1274-1974 : Commemorative Studies, t. 2, Toronto, PIMS, 1974, p. 331-388 ; [L.J.
Bataillon], « La Commission léonine pour l’édition des
Å“uvres de S.Thomas d’Aquin »,
Analecta S.O.P. 47 (1983) 71-83; l’édition léonine est actuellement distribuée par les éditions du Cerf.
[5]
Signalons toutefois la thèse de A.
Oliva,
Le Prologue du Commentaire de Thomas d’Aquin au Livre des Sentences
de Pierre Lombard, Édition critique du texte et commentaire partiel, « Bibliothèque thomiste », Vrin, Paris 2003 (à paraître). Ce travail, qui permet d’espérer une édition complète d’ici à quelques années, occupe une place à part dans la recherche actuelle : on y trouvera notamment les principes d’édition de la Commission léonine codifiés pour la première fois, et une contribution historique de premier plan concernant l’enseignement du
Livre des Sentences.
[6]
À titre complémentaire, il faut signaler
l’Index thomisticus élaboré en lien avec la Commission léonine par le P. Roberto
Busa ; depuis qu’il est disponible en cédérom, cet instrument a considérablement facilité l’étude historique de l’
Å“uvre thomasienne (même s’il y a maintenant des outils de consultation plus performants).
[7]
Cf. M.-D.
Chenu,
Introduction à l’étude de saint Thomas d’Aquin, Vrin, Paris 1950, p. 65 ; à l’époque, Chenu ne connaissait que le travail d’A.
Walz,
San Tommaso d’Aquino, Roma, 1945, traduit par P.
Novarina,
Saint Thomas d’Aquin, Nauwelaerts, Louvain-Paris, 1962.
[8]
J.A.
Weisheipl,
Friar Thomas d’Aquino. His Life, Thought, and Works, C.U.A. Press, Washington, 1974,
21983 (trad. :
Frère Thomas d’Aquin, Cerf, Paris, 1993).
[9]
S.
Tugwell,
Albert and Thomas. Selected Writings, Paulist Press, New York, 1988.
[10]
J.-P.
Torrell, art. « Thomas d’Aquin (saint) »,
DS 15 (1991) 718-773 ; on trouvera une autre présentation d’ensemble dans O.H.
Pesch, « Thomas von Aquino ( 1224-1274)/Thomismus/Neuthomismus »,
Theologische Realenzyklopädie 33 (2002) 433-474 ; la partie biographique de cet article est plutôt réduite, mais plus de la moitié est bien consacrée aux grandes positions philosophiques et théologiques de Thomas.
[11]
Maintenant traduits en plusieurs langues, ces deux livres ont été récemment réédités en français ; ni la forme ni le fond n’en ont été modifiés, mais ils sont désormais munis l’un et l’autre d’importants ajouts dont on nous permettra de recommander la lecture à qui souhaite se tenir au courant des derniers résultats de la recherche :
Initiation à saint Thomas d’Aquin. Sa personne et son Å“uvre, 2
e éd. revue et augmentée d’une Mise à jour critique et bibliographique ;
Saint Thomas d’Aquin, maître spirituel, 2
e éd. revue et augmentée d’une Postface, Cerf-Éditions universitaires, Paris-Fribourg, 2002.
[12]
C.
le Brun-Gouanvic,
Ystoria sancti Thome de Aquino de Guillaume de Tocco (1323), édition critique, introduction et notes, PIMS, Toronto, 1996.
[13]
On pourra comparer avec la Chronologie proposée par R.-A. Gauthier dans son édition des Quodlibets (Léonine, t. 25/2, 1996, p. 479-500), qui se rattache le plus souvent à la nôtre ; à très peu de choses près, c’est aussi celle proposée par B. C. Bazán dans son édition des
Quaestiones De anima (Léonine, t. 24/1, 1996, p. 211-222).
[14]
Pour en terminer avec ce chapitre, signalons encore l’ouvrage de Thomas F.
O’Meara,
Thomas Aquinas Theologian, UND Press, Notre Dame and London, 1997 ; la biographie n’est pas son propos premier, mais sa présentation tient compte des recherches de Torrell et Weisheipl ; il est surtout un des nombreux témoins du regain d’intérêt qui fleurit aux États-Unis pour Thomas d’Aquin et sa théologie. C’est aussi à ce titre qu’il faut rappeler l’ouvrage d’O.H.
Pesch,
Thomas d’Aquin. Grandeur et limites de la théologie médiévale, Cerf, Paris, 1994 (paru en allemand dès 1988, il a connu sa troisième édition en 1995) ; moins préoccupé de biographie que de dialogue avec la théologie luthérienne, ce livre inclassable est bien à sa manière un témoin de la vitalité de la pensée thomiste.
[15]
Pour des raisons évidentes, nous nous en tenons ici à la production française, mais il faut savoir qu’il s’agit d’un phénomène commun aux principales langues occidentales. Traductions nouvelles ou réimpressions sont particulièrement nombreuses en anglais (américain), en italien et en espagnol ; en allemand, la traduction du
Contra Gentiles a été achevée il y a peu, et la
Deutsche Thomas Ausgabe vient de reprendre après de longues années d’interruption. Signalons comme particulièrement digne de remarque la traduction inédite et intégrale en italien du
Commentaire des Sentences en dix volumes (Edizioni Studio Domenicano, Bologna, 1999-2002, texte bilingue). Le
Commentaire sur S. Jean a été traduit en polonais en 2002.
[16]
Somme contre les Gentils, traduction inédite, présentations et notes, par C.
Michon, V.
Aubin, D.
Moreau, « GF Flammarion 1045-1048 », 4 vol., Paris, 1999 (voir la recension de S.-Th.
Bonino,
RT 99, 1999, p. 596-600).
[17]
Cf. R.-A.
Gauthier, « Introduction » à
Saint Thomas d’Aquin,
Somme contre les Gentils, Éditions universitaires, Paris, 1993 (ce livre est maintenant diffusé par Vrin).
[18]
Job. Un homme pour notre temps, trad. de J.
Kreit, Téqui, Paris, 1982 ;
Commentaire sur l’Évangile de S. Jean, t. I, Préface par M.-D.
Philippe, Cerf, Paris, 1998 ;
Commentaire sur les Psaumes, introduction, trad. et notes par J.-É.
Stroobant de Saint-Éloy, Préface de M.D.
Jordan, Cerf, Paris, 1996 (cf. M.
Morard, « À propos du Commentaire des Psaumes de saint Thomas d’Aquin »,
RT 96, 1996, p. 653-670) ;
Commentaire de l’èpître aux Romains, suivi de la Lettre à Bernard Ayglier, abbé du Mont-Cassin, trad. et tables par J.-É.
Stroobant de Saint-Éloy, annotation par J.
Borella et J.-É.
Stroobant de Saint-Éloy, Avant-Propos par G.
Berceville, Cerf, Paris, 1999 ;
Commentaire de la première èpître aux Corinthiens, Introduction par G.
Dahan, trad. et tables par J.-É.
Stroobant de Saint-Éloy, annotation par J.
Borella et J.-É.
Stroobant de Saint-Éloy, Cerf, Paris, 2002.
[19]
Questions disputées sur le mal (De malo), traduction par les moines de Fontgombault, Introduction par L.
Elders, 2 vol., Nouvelles éditions latines, Paris, 1992.
[20]
Tous ces titres sont parus aux éditions Vrin :
La vérité (q. 1 : Ch.
Brouwer et M.
Peeters, 2002) ;
Le verbe (q. 4 : B.
Jolles, 1992) ;
L’esprit (q. 10 : K.S.
Ong-Van-Cung, 1998)
; Le maître (q. 11 : B.
Jolles, 1983) ;
Raison supérieure et raison inférieure, De la syndérèse, De la conscience (q. 15, 16, 17 : J.
Tonneau, 1991).
[21]
Thomas d’Aquin,
De la vérité. Question 2 (La science en Dieu), introduction, trad. et commentaire de S.-Th.
Bonino, Cerf — Éditions universitaires, Paris-Fribourg (Suisse),1996.
[22]
S.
Thomas d’Aquin,
Traités. Les raisons de la foi. Les articles de foi et les sacrements de l’Église, Introd., trad. et annotation par G.
Emery, Cerf, Paris, 1999.
[23]
Je range volontiers dans cette catégorie d’excellence la
Question disputée : L’union du Verbe incarné, In trod., trad. et notes par M.-H.
Deloffre, Vrin, Paris, 2000, qui mérite tous les éloges.
[24]
Ces traductions anciennes avaient déjà fait l’objet d’une réimpression :
Opuscules de saint Thomas d’Aquin, « Vrin-Reprise », 6 vol., Vrin, Paris, 1984 ; on y trouve notamment le
Compendium theologiae et beaucoup de petits traités, mais le texte latin n’est pas critique et le français lui-même a considérablement vieilli.
[25]
Commentaire du traité « De l’âme » d’Aristote, introd., trad. et notes par J.-M.
Vernier, Vrin, Paris, 1999 ;
Questions disputées De l’âme, introd., trad. et notes par J.-M.
Vernier, L’Harmattan, Paris, 2001 ; pour des raisons aisément compréhensibles, aucun de ces deux livres ne donne l’original latin, mais dans les deux cas le texte est celui de l’édition léonine ; les introductions sont sommaires mais précises, les sources soigneusement identifiées et accompagnées d’une bibliographie.
[26]
Thomas d’Aquin,
L’unité de l’intellect contre les averroïstes suivi des Textes contre Averroès antérieurs à 1270, par A.
de Libera, « GF Flammarion 713 », Paris, 1994 ;
L’être et l’essence. Le vocabulaire médiéval de l’ontologie, Deux traités
De ente et essentia de Thomas d’Aquin et Dietrich de Freiberg, présentés et traduits par A.
de Libera et C.
Michon, Seuil, Paris, 1996 (le
De ente et essentia de Thomas avait déjà été traduit par C. Capelle, chez Vrin, depuis longtemps déjà [9
e éd. en 1991], mais l’intérêt de celle-ci réside dans le dialogue posthume avec un de ses adversaires les plus décidés) ;
Division et méthodes de la science spéculative : physique, mathématique et métaphysique, introd., trad. et notes de l’
Expositio super Librum Boethii De Trinitate Q. V et VI, par B.
Souchard, L’Harmattan, Paris, 2002.
[27]
Il suffit de penser au mouvement « Radical orthodoxy » pour comprendre notre embarras ; cf. O.-T.
Venard, « Radical Orthodoxy. Une première impression »,
RT 101 (2001) 409-444.
[28]
S.
Pinckaers,
Les sources de la morale chrétienne. Sa méthode, son contenu, son histoire, « Études d’éthique chrétienne 14 », Cerf, Paris, Éditions universitaires, Fribourg, 1985,
31993.
[29]
Cf. S. J.
Pope, éd.,
The Ethics of Aquinas, Georgetown University Press, Washington, 2002 ; on trouvera un écho complémentaire chez J.
Bowlin, « Contemporary Protestant Thomism », dans
Aquinas as Authority (ci-dessus note 2), p. 235-251.
[30]
Cf. E.
Schockenhoff,
Bonum hominis. Die anthropologische und theologische Grundlagen der Tugendethik des Thomas von Aquin, « Tübinger theologische Studien 28 », Mainz, Grünewald, 1987 (cf. S. Pinckaers,
RT 1989, p. 118-125) ; malgré ses qualités certaines, le travail de B.
Bujo,
Moral autonomie und Normenfindung bei Thomas von Aquin unter Einbeziehungen der neutestamentliche Kommentare, Schöningh, Paderborn, 1979, tend à interpréter S. Thomas dans un sens qui n’est pas le sien ; ID.,
Die Begründung des Sittlichen. Zur Frage des Eudämonismus bei Thomas von Aquin, Schöningh, Paderborn, 1984 (cf. S. Pinckaers,
RT 1986, p. 133-137).
[31]
Cf. les nombreux titres cités par O.H. Pesch (ci-dessus note 1, p. 138-139, notes 45-50), pour illustrer ce qu’il perçoit comme une influence thomasienne : l’éthique philosophique, la morale de l’autonomie, la doctrine de la vertu, et la théologie de la loi ; Pesch est aussi particulièrement attentif à la présence de Thomas dans la théologie protestante (cf. p. 152-154).
[32]
Pour compléter ce que ces vues ont de trop partiel, on nous permettra de renvoyer aux Chroniques régulièrement publiées dans la
Revue thomiste, par Serge-Thomas Bonino, sous le titre « Thomistica » (depuis 1991, sept livraisons ont recensé de façon détaillée l’essentiel des nouvelles parutions) ; outre O.H. Pesch (ci-dessus, note 1), on verra aussi J.
Wawrykow, « New Directions in Research on Thomas Aquinas »,
Religious Studies Review 27/1 (January 2001) 32-38 ; M.
Bieler, « Gott und sein Ebenbild. Zur neueren Thomasforschung »,
Theologische Literaturzeitung 127 (2002) 1003-1024. On aura un aperçu plus large avec les contributions de la 25
e Session des médiévistes, de Cologne :
Thomas von Aquin. Werk und Wirkung im Licht der neuerer Forschungen, A.
Zimmermann, hrsg., « Miscellanea Mediaevalia 19 », Berlin, Walter de Gruyter, 1988. Il faut y joindre les Colloques organisés à Toulouse par l’Institut Saint Thomas d’Aquin (dir. S.-Th.
Bonino) :
Saint Thomas au xive siècle (1996, publié dans
RT 1997), dont les résultats modifient singulièrement l’historiographie de cette période ;
Saint Thomas d’Aquin et le sacerdoce (1998 ; publié en RT 1999), qui apporte un renouvellement certain en montrant notamment que la doctrine des
tria munera Ecclesiae remise en valeur par Vatican II, était déjà au
xiiie siècle un bien traditionnel ;
Surnaturel. Une controverse au cÅ“ur du thomisme au xxe siècle (2000 ; publié en
RT 2001) ; à l’occasion du cinquantenaire de la parution du livre du même nom du P. H. de Lubac, on peut observer le changement de climat intervenu entre-temps (voir la rec. de B.
Sesboüé,
RSR 90, 2002, p. 179-186).
[33]
On pourra voir une appréciation complémentaire de la nôtre chez S.-Th.
Bonino,
El Tomismo hoy. Perspectivas caballeras, « Subsidia », Facultad de Teología San Dámaso, Madrid, 2002.
[34]
Ainsi par exemple pour le thème de l’habitation de Dieu dans l’âme des justes, cf. J.
Prades,
« Deus specialiter est in Sanctis per gratiam ». El misterio de la inhabitación de la Trinidad en los escritos de santo Tomás, « Analecta Gregoriana 261 », Roma, 1993 (comme le montre G.
Emery [
RT 1994, p. 719-722], il ne s’ensuit pas que ces nouveaux travaux, malgré leur qualité certaine, soient toujours irréprochables).
[35]
À titre d’exemple récent on peut évoquer J. F.
Wippel,
The Metaphysical Thought of Thomas Aquinas. From Finite Being to Uncreated Being, C.U.A. Press, Washington, 2000 (cf. S.-Th.
Bonino,
RT 2002, p. 312-316).
[36]
Nous avons tenté ailleurs d’éclairer quelque peu cette grave question : J.-P.
Torrell, « Philosophie et théologie d’après le prologue de Thomas d’Aquin au
Super Boetium de Trinitate. Essai d’une lecture théologique »,
Documenti e Studi 10 (1999) 299-353 ; on trouvera aussi dans les
Thomistica de S.-Th. Bonino des réflexions tout à fait pertinentes sur la place respective de la philosophie et de la théologie dans les études actuelles, ainsi que sur le rapport du thomisme d’aujourd’hui à celui du passé (cf. notamment
RT 1997, p. 563-565, et 1999, p. 595) ; le même auteur est revenu de manière plus développée sur ce dernier sujet : « La tradition thomiste », dans
Thomistes (ci-dessus, note 2), p. 241-253.
[37]
Ainsi que l’a fait L.-Th.
Somme,
Fils adoptifs de Dieu par Jésus Christ. La filiation divine par adoption dans la théologie de saint Thomas d’Aquin, « Bibliothèque thomiste 49 », Vrin, Paris, 1997.
[38]
Ainsi dans son commentaire sur S. Jean, comme l’a montré P.-Y.
Maillard,
La vision de Dieu chez Thomas d’Aquin. Une lecture de l’
In Ioannem à la lumière de ses sources augustiniennes, « Bibliothèque thomiste 53 », Vrin, Paris, 2001.
[39]
Ce thème a été récemment repris par J.P.
Wawrykow,
God’s Grace and Human Action. « Merit » in the Theology of Thomas Aquinas, UND Press, Notre Dame and London, 1995, mais H.
Bouillard,
Conversion et grâce chez S. Thomas d’Aquin, « Théologie 1 », Aubier, Paris, 1944, avait joué ici un rôle de pionnier. Ceci a encore été repris et précisé par M.
Paluch,
La profondeur de l’amour divin. Évolution de la doctrine de la prédestination dans l’
Å“uvre de Thomas d’Aquin, « Bibliothèque thomiste », Vrin, Paris, 2003 (à paraître).
[40]
Cf. L.J.
Bataillon, « S. Thomas et les Pères : de la
Catena à la
Tertia Pars », dans C.J.
Pinto de Oliveira, éd.,
Ordo sapientiae et amoris, Image et message de saint Thomas d’Aquin…, Hommage au Prof. J.-P. Torrell, Éditions universitaires, Fribourg, 1993, p. 15-36.
[41]
Cf. M.
Morard, « Une source de saint Thomas d’Aquin : le deuxième concile de Constantinople (553) »,
RSPT 81 (1997) 21-56; pour Constantinople III, on verra J.-P
Torrell, « S. Thomas et le monothélisme », dans S.
Thomas d’Aquin,
Le Verbe incarné, t. III, Cerf, Paris, 2002, p. 402-432.
[42]
Cf. G.
Emery, « Le photinisme et ses précurseurs chez saint Thomas. Cérin-the, les Ébionites, Paul de Samosate et Photin »,
RT 95 (1995) 371-398, qui observe une étonnante connaissance par Thomas du dossier patristique.
[43]
Cf. J.-P.
Torrell,
Initiation, p. 268-286 ; pour Averroès, ajouter A. de Libera ci-dessus (note 26).
[44]
Cf. J.-P.
Torrell,
Initiation, p. 109-139, pour plus de détails et pour la bibliographie plus ancienne.
[45]
M.-M.
Dufeil,
Guillaume de Saint-Amour et la polémique universitaire parisienne, 1250-1259, Paris, 1972.
[46]
J.G.J.
Van den Eijnden,
Poverty on the Way to God. Thomas Aquinas on Evangelical Poverty, Peeters, Leuven, 1994 ; U.
Horst, « Mendikant und Theologe. Thomas v. Aquin in den Armutsbewegungen seiner Zeit (Zu
Contra Retrahentes c. 15) »,
Münchener theologische Zeitschrift 47 (1996) 13-31 ; ID., « Thomas von Aquin und der Predigerorden »,
Rottenburger Jahrbuch für Kirchengeschichte 17 (1998) 35-52 ; ID., « Christ,
Exemplar Ordinis Fratrum Praedicantium, According to Saint Thomas Aquinas », dans K.
Emery, Jr., and J.P.
Wawrykow, éd.,
Christ Among the Medieval Dominicans, U.N.D. Press, Notre-Dame, 1998, p. 256-270 ; ID.,
Bischöfe und Ordensleute. Cura principalis animarum und
via perfectionis in der Ekklesiologie des hl. Thomas von Aquin, Akademie Verlag, Berlin, 1999.
[47]
Cf. U.
Horst, « Thomas von Aquin Professor und Consultor »,
MThZ 48 (1997) 205-218 ; on en trouvera d’autres échos (à propos des Quodlibets et de la Duchesse de Brabant) chez L.E.
Boyle,
Facing History : A Different Thomas Aquinas, Louvain-la-Neuve, 2000.
[48]
G.
Emery,
La Trinité créatrice. Trinité et création dans les commentaires aux Sentences de Thomas d’Aquin et de ses précurseurs Albert le Grand et Bonaventure, « Bibliothèque thomiste 47 », Vrin, Paris, 1995.
[49]
G.
Emery,
Trinity in Aquinas, MI, Sapientia Press, Ypsilanti, 2003.
[50]
G.
Narcisse,
Les raisons de Dieu. Argument de convenance et esthétique théologique selon saint Thomas d’Aquin et Hans Urs von Balthasar, « Studia friburgensia 83 », Éd. universitaires, Fribourg, 1997.
[51]
Parmi elles il faut mentionner V.
Boland,
Ideas in God According to Saint Thomas Aquinas. Sources and Synthesis, « Studies in the History of Christian Thought 69 », Brill, Leiden, 1996.
[52]
Cf. J.
Merriell,
To the Image of the Trinity. A Study in the Development of Aquinas’ Teaching, « Studies and texts 96 », P.I.M.S., Toronto, 1990 ; K.
Kramer,
Imago Trinitatis. Die Gottesebenbildlichkeit des Menschen in der Theologie des Thomas von Aquin, Freiburg im Breisgau, Herder, 2000.
[53]
Cf. A.N.
Williams, « Deification in the
Summa Theologiae: A Structural Interpretation of the
Prima Pars », The Thomist 61 (1997) 219-255 ; on verra aussi le beau recueil de textes commentés par L.-Th.
Somme,
Thomas d’Aquin, La divinisation dans le Christ, Ad Solem, Genève, 1998.
[54]
Cf. U.
Horst,
Die Gaben des Heiligen Geistes nach Thomas von Aquin, « Veröffentlichungen des Grabmann-Institutes 46 », Berlin, 2001 ; C.
Gonzalez Ayesta,
El don de sabiduría según santo Tomás, EUNSA, Pamplona, 1998.
[55]
P.
Gondreau,
The Passions of Christ’s Soul in the Theology of St. Thomas Aquinas, « BGPTM, N. F. 61 », Aschendorff, Munster, 2002.
[56]
R.
Lafontaine,
La Résurrection et l’exaltation du Christ chez Thomas d’Aquin. Analyse comparative de S. Th. IIIaq. 53 à 59, Diss. P.U.G., Roma, 1983, 2 vol. (c’est une version partielle qui a été publiée sous le même titre aux mêmes éditions).
[57]
G.
Lohaus,
Die Geheimnisse des Lebens Jesu in der Summa theologiae des heiligen Thomas von Aquin, Herder, Freiburg-Basel-Wien, 1985.
[58]
L.
Scheffczyk, « Die Stellung des Thomas von Aquin in der Entwicklung der Lehre von den Mysteria Vitae Christi », dans
Renovatio et Reformatio, Festschrift für Ludwig Hödl, éd. M.
Gerwing und G.
Ruppert, Aschendorff, Münster, 1985, p. 44-70 ; l’auteur a complété cette première étude par une seconde sur la portée spirituelle du thème : « Die Bedeutung der Mysterien des Lebens Jesu für Glauben und Leben des Christen », dans L.
Scheffczyk, éd.,
Die Mysterien des Lebens Jesu und die christliche Existenz, Aschaffenburg, 1984, p. 17-34.
[59]
I.
Biffi,
I Misteri di Cristo in Tommaso d’Aquino, Milano, 1994.
[60]
J.-P.
Torrell,
Le Christ en ses mystères. La vie et l’Å“uvre de Jésus selon saint Thomas d’Aquin, « Jésus et Jésus-Christ 78-79 », 2 vol., Desclée, Paris, 1999 (cf. les recensions de S.-Th.
Bonino, « Thomistica V et VII »,
RT 99 (1999) 617-621 et 102 (2002) 335-338, et M.
Fedou, « Bulletin de christologie »,
RSR 89 (2001) 297-300, qui ont souligné l’actualité du propos de Thomas).
[61]
Cf. nos annotations à la IIIa q. 8, dans
Thomas d’Aquin,
Le Verbe incarné, « Revue des jeunes », t. II, Cerf, Paris, 2002.
[62]
B.-D. de
la Soujeole, « ’Société’ et ’Communion’ chez saint Thomas d’Aquin. Étude d’ecclésiologie »,
RT 90 (1990) 587-622.
[63]
ID.,
Le Sacrement de la communion. Essai d’ecclésiologie fondamentale, « Théologies », Éditions universitaires-Cerf, Fribourg-Paris, 1998 (cf. la rec. de J.-P.
Torrell,
RT 99, 1999, p. 445-451).
[64]
Cf. notre
Initiation, p. 80-86 ; on trouvera un état de la question dans M.F.
Johnson, « Another Look at the Plurality of Literal Sense »,
Medieval Philosophy and Theology 2 (1992) 117-141 ; cf. M.
Aillet,
Lire la Bible avec S. Thomas. Le passage de la littera à la res dans la Somme théologique, Éditions universitaires, Fribourg, 1993 ; quant à la situation de Thomas dans son époque, il faut renvoyer au superbe travail de G.
Dahan,
L’exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval xiie-xive siècle, Cerf, Paris, 1999.
[65]
D.
Chardonnens,
L’homme sous le regard de la Providence. Providence de Dieu et condition humaine selon l’
Exposition littérale sur le Livre de Job de Thomas d’Aquin, « Bibliothèque thomiste 50 », Vrin, Paris, 1997 ; cf. aussi J.-P.
Torrell et D.
Bouthillier, « Quand saint Thomas méditait sur le prophète Isaïe »,« RT90 (1990) 5-47.
[66]
W.G.B.M.
Valkenberg,
Words of the Living God. Place and Function of Holy Scripture in the Theology of St. Thomas Aquinas, Peeters, Leuven, 2000 (rec. de S.-Th. Bonino,
RT 1992, p. 899-901, faite sur l’édition limitée parue en 1990).
[67]
C.T.
Baglow,
« Modus et Forma ». A New Approach to the Exegesis of Saint Thomas Aquinas with an Application to the Lectura super Epistolam ad Ephesios, Istituto Biblico, Roma, 2002 (présentation plus détaillée chez F.
Kerr, « Recent Thomistica I »,
News Blackfriars 83, May 2002, p. 249-251).
[68]
La constatation du caractère théologique de cette exégèse n’est certes pas une découverte, mais elle ressort avec force dès qu’une grille de lecture adaptée est mise en
Å“uvre avec suffisamment de rigueur, ainsi que l’ont fait deux études récentes : G.
Emery, « Biblical Exegesis and the Speculative Doctrine of the Trinity in St. Thomas Aquinas’ Commentary on St. John », dans
Trinity in Aquinas (cidessus note 49), Étude VII ; S.-Th.
Bonino, « Le rôle des apôtres dans la communication de la Révélation selon la
Lectura super Ioannem de saint Thomas d’Aquin »,
BLE 103 (2002) 317-350. Il est impossible de tout dire, mais il faut au moins rappeler les nombreux travaux de G.
Ferraro, « Lo Spirito Santo nel commento di San Tommaso ai capitoli XIV-XVI del quarto Vangelo », dans
Tommaso d’Aquino nel suo Settimo Centenario, Atti del Congresso internationale, t. IV, Naples, 1977, p. 79-91 ; ID., « Il tema dello Spirito Santo nel Commento di San Tommaso d’Aquino all’ Epistola agli Ebrei (Annotazioni di dottrina e di esegesi tomista) »,
Studi Tomistici 13 (1981) 172-188; ID., « Aspetti di pneumatologia nell’esegesi di S. Tommaso d’Aquino dell’ Epistola ai Romani »,
Euntes Docete 36 (1983) 51-78 ; ID., « La pneumatologia di San Tommaso d’Aquino nel suo commento al quarto Vangelo »,
Angelicum 66 (1989) 193-263 ; ID., « Interpretazione dei testi pneumatologici biblici nel trattato trinitario della ’Summa theologiae’ di san Tommaso d’Aquino
(la qq.27-43) », Studi Tomistici 45 (1992) 53-65.
[69]
Cf. notamment H.
Donneaud, « Insaisissable sacra doctrina ? »,
RT98 (1998) 179-224 ; J.-P.
Torrell, « Le savoir théologique chez saint Thomas », dans
Recherches thomasiennes (voir note suivante), p. 121-157.
[70]
Cf. O.H.
Pesch, « Saint Thomas d’Aquin : une théologie scientifique et confessante », dans F.
Bousquet et al., éd.,
La responsabilité des théologiens. Mélanges offerts à Joseph Doré, Desclée, Paris, 2002, p. 633-645 ; bibliographie extensive dans
Maître spirituel (ci-dessus note 11) ; voir aussi nos études sur l’imitation de Dieu, l’image de Jean-Baptiste ou du Christ comme prêcheur, l’
Adoro Te, dans
Recherches thomasiennes, « Bibliothèque thomiste 52 », Vrin, Paris, 2000, p. 315-375. On verra également le n° spécial de
La Vie spirituelle n° 707, nov.-déc. 1993.
[71]
L.
Maidl,
Desiderii interpres. Genese und Grundstruktur der Gebetstheologie des Thomas von Aquin, Schöningh, Paderborn, 1994 ; cf. L.
Maidl, O.H.
Pesch,
Thomas von Aquin. Gestalt — Begegnung — Gebet, Herder, Freiburg i. Br., 1994.
[72]
Outre les ouvrages de Van den Eijnden et de Valkenberg (cf. ci-dessus note 46 et 63), citons sans exclusive plusieurs des ouvrages publiés par l’Institut d’Utrecht : H.J.M.
Schoot, éd.,
Tibi soli peccavi. Thomas Aquinas on Guilt and Forgiveness, Peeters, Leuven, 1996 ; C.
Leget,
Living with God. Thomas Aquinas on the Relation between Life on Earth and ’Life’ after Death, Peeters, Leuven, 1997.
[73]
Ce regret peut maintenant être atténué ; grâce au labeur du Prof. Enrique Alarcón, de l’Université de Navarre, et d’autres chercheurs, un site gratuit très complet sur S.Thomas est offert sur Internet (
www. unav. es/ filosofia/ alarcon/ amicis/ ctcorpus. html). Outre les
Opera omnia de consultation aisée, et divers instruments de travail, on y trouvera une imposante bibliographie régulièrement mise à jour par D.B. Twetten, de Marquette University, et D. Berger, de Köln.