Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 493 à 494
doi: en cours

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Tome 91 2003/4

2003 Recherches de science religieuse

Autour de Michel de Certeau « Le marcheur blessé »

Pierre Gibert
Dans son dernier ouvrage, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, (Le Seuil, Paris, 2003), François Hartog, qui n’a jamais caché sa dette envers Michel de Certeau, a une expression caractéristique pour relever une intuition à laquelle il se réfère explicitement au seuil de cet ouvrage : « … Michel de Certeau avait rappelé d’une phrase, comme en passant, que ‘sans doute l’objectivation du passé, depuis trois siècles, avait fait du temps l’impensé d’une discipline qui ne cessait de l’utiliser comme un instrument taxinomique’. La remarque invitait à la réflexion. Ces pages sont une manière de m’y essayer… » (p. 12 ; c’est nous qui soulignons). Et d’ajouter un peu plus loin : « Historien de l’histoire, entendue comme une forme d’histoire intellectuelle, j’ai peu à peu fait mien le constat de Michel de Certeau. Le temps est devenu à ce point l’ordinaire de l’historien qu’il l’a naturalisé ou instrumentalisé. » (p. 18). Gageons que Michel de Certeau eût été heureux de ce rappel, même s’il eût souri d’être ainsi pris pour un maître, et en quoi que ce soit.
De l’hommage qui lui est ainsi rendu plus de quinze ans après sa mort, par quelqu’un qui se définit heureusement et justement « historien de l’histoire », retenons cette « phrase, comme en passant ». Ce « comme en passant » dit beaucoup de ce qui fut l’art et la manière de Michel de Certeau, éveilleur d’idées sans doute, mais doté d’un sens particulier pour débusquer le non dit, « l’impensé », pour casser apparences et évidences afin de laisser passer non tant la vérité qui aurait été plus ou moins volontairement, plus ou moins hypocritement celée, que celui qui la cherche. « Marcheur blessé » ainsi que le désigne le titre de la biographie que lui a consacrée François Dosse, dont rend compte P. Vallin, tel il fut, même s’il ne le parut pas immédiatement à beaucoup d’entre nous à travers sa disponibilité et la chaleur de son accueil.
Grâce notamment à la biographie de Fr. Dosse, l’article d’un jeune théologien lyonnais, Patrick Royannais, nous permet d’ouvrir un « Autour de Michel de Certeau » qui n’a nullement la prétention de refaire ni même de compléter le travail magistral de la revue dans le numéro double qu’elle lui consacra deux ans après sa mort sous le titre « Le voyage mystique » (RSR 1988 76/2-3). Il s’agit tout au plus de saisir l’occasion de quelques publications en français comme en allemand pour rappeler ce que nous devons aujourd’hui encore à une pensée et une Å“uvre qui ne restent pas seulement témoin d’un enthousiasme ; c’est aussi et surtout une Å“uvre de passion, dans tous les sens du terme. Que P. Rayonnais revienne sur une dimension de cette pensée et de cette Å“uvre, facilement négligée ou occultée, la dimension théologienne, ne peut que confirmer un peu plus ce « passant » que fut parmi nous Michel de Certeau dans ses lumières autant que dans ses questionnements.
En 2002, s’est tenu à Berlin un colloque à la mémoire de M. de Certeau. C’est ce qui nous vaut de pouvoir publier l’originale étude que le Professeur Le Brun y a donnée sur son Å“uvre d’historien de la spiritualité. Si Michel de Certeau ne peut être enfermé dans une spécialité, l’histoire de la spiritualité, la manière unique dont il la pratiqua, reste en quelque sorte le fondement d’une recherche qu’il poursuivit jusqu’à la fin et dont témoigne notamment La Fable mystique.
Enfin, à l’occasion d’un débat autour de l’ouvrage de François Dosse, Joseph Moingt, qui fut le compagnon et l’ami de Michel de Certeau, a laissé un témoignage d’intelligence et de délicatesse qui clôturera heureusement, à notre sens, ce modeste hommage que les RSR rendent par reconnaissance à l’un de leurs plus prestigieux collaborateurs.
L’article de Jean Greisch, « Les multiples sens et l’idée de vérité », est une sorte d’écho prolongé au thème du colloque de 2000 des RSR. Qu’en est-il, depuis Héraclite, du « philosopher » ? La chose pourrait sembler oiseuse dans le cadre de notre revue si, après Nietzsche, et dans un langage tout autre, un William James ne nous avait posé, en philosophie de la religion, la question des « variétés de l’expérience religieuse ». Par là même, comme dans les contributions « autour de Michel de Certeau », les RSR restent dans la droite ligne de leur projet fondamental.
Avec ce dernier numéro de l’année 2003 qui coïncide avec le renouvellement des abonnements, nos lecteurs les plus fidèles découvriront une augmentation des tarifs. Celle-ci était inévitable étant donné l’augmentation du coût de la vie. Nous comptons sur la compréhension de tous pour accepter cette indispensable mesure à un moment où les coûts d’élaboration et de fabrication sont de plus en plus élevés. Qu’il nous soit permis de dire que nous travaillons sur un fragile équilibre, même si cet équilibre est notamment assuré par une aide du Centre national du Livre.
Que ce soit aussi l’occasion d’assurer tous nos lecteurs de notre désir de répondre au mieux de leur attente ainsi que nous y encouragent et nous le confirment nombre de ceux qui nous en remercient au moment du renouvellement des abonnements.
P.G.
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