Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 45 à 87
doi: en cours

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La réception des écritures inspirées

Tome 92 2004/1

2004 Recherches de science religieuse La réception des écritures inspirées

Le problème de l’extension du Canon des Écritures

Alain Le Boulluec École Pratique des Hautes Études
L’examen du « canon des Écritures », après la consécration de l’expression par Athanase au ive siècle, révèle d’abord une époque où une certaine fluidité caractérisait la réflexion sur l’extension des Écritures et sur leurs limites. À partir du ive siècle, une mutation décisive se produit, à laquelle il faut adjoindre une autre évolution sémantique préparée de longue date à travers l’emploi de diatèkè, traduit en latin par testamentum. Ainsi apparaissent deux temps forts dans l’histoire des Écritures aux premiers siècles du christianisme. Le premier (fin du iie siècle, début du iiie) est celui de l’extension du concept de livre saint à d’autres textes que les écrits hérités du judaïsme ; le second, dans la seconde moitié du ive siècle, est celui des efforts de délimitation de l’Ancien et du Nouveau Testament, des décisions prises pour trancher les débats, commencés deux siècles plus tôt. L’examen de quelques-uns des problèmes que pose l’extension du canon et qui s’offrent ici à l’historien confirme qu’ils ne sont pas résolus définitivement par les Églises. An examination of the "canon of the Scriptures," after the consecration of Athanasius’ expression in the 4th century, first of all reveals a period when a certain fluidity characterized reflection on the extension of the Scriptures and their limits. From the 4th century a decisive change came about, to which must be added another semantic evolution, which was prepared for a long time through the use of diatéké, translated in Latin by testamentum. Thus, two important periods in the history of the Scriptures appear in the first centuries of Christianity. In the first (end of the 2nd century, beginning of the 3rd) there was an extension of the concept of the sacred book to texts other than the inherited writings of Judaism. The second period, in the second half of the 4th century, concerns efforts to demarcate the Old and New Testaments, and decisions taken to settle the debates begun two centuries earlier. The examination of some of these problems about the extension of the canon is offered here to the historian and confirms that they are not definitively resolved by the Churches.
Quand on examine comment s’est constitué le Canon au cours des premiers siècles de l’histoire du christianisme, ou comment la nécessité de le définir est devenue progressivement manifeste, il faut tout d’abord se rappeler que le terme « canon » pour désigner un ensemble clos de documents perçu comme Écriture sainte apparaît pour la première fois dans les textes chez Athanase [1], qui est aussi le premier témoin de l’emploi au participe parfait passif du verbe κανονίζειν appliqué aux « livres » « inclus dans le canon » de l’Écriture [2]. Cette innovation coïncide avec l’établissement, au ive siècle, de listes officielles cataloguant les livres que les autorités ecclésiastiques considèrent comme Écriture, listes dont la plus fameuse est précisément celle de la Lettre festale 39 d’Athanase, datant de 367. À l’époque antérieure κανών, utilisé en lien avec l’Écriture, conserve le sens de « règle » de foi. Ainsi Clément d’Alexandrie parle-t-il de « la règle ecclésiastique » comme de « l’accord à l’unisson de la loi et des prophètes avec l’alliance transmise lors de la venue du Seigneur » [3]. Il s’agit de « l’explication des Écritures » [4], et non d’une liste close de livres. Et même lorsqu’Eusèbe de Césarée rapporte le jugement d’Origène sur les évangiles en écrivant : « dans le premier des tomes Sur l’Évangile selon Matthieu, il maintient le canon ecclésiastique, et témoigne qu’il ne connaît que quatre évangiles » [5], en qualifiant la « règle (canon) » d’« ecclésiastique », il ne désigne pas encore strictement avec ce terme le nombre, limité à quatre, des Évangiles, mais il renvoie à la tradition reçue dans l’Église, comme le précise le fragment d’Origène cité ensuite, concernant l’ordre de rédaction des seuls évangiles « incontestés (άνατίρρητα) », Mt, Mc, Lc et Jn. C’est l’expression « catalogue des Écritures sacrées de l’Ancien Testament » qu’il emploie pour introduire la liste donnée par Origène « selon la tradition des Hébreux », des vingt-deux livres « testamentaires (ένδιάθηκοι) » [6]. Le changement qui survient dans la seconde moitié du ive siècle se marque ainsi dans le vocabulaire, qui étend la valeur normative de κανών, tant en matière de foi que de discipline, au dénombrement ordonné des livres scripturaires. Une mutation décisive se produit alors, qui met fin à une époque où une certaine fluidité caractérisait la réflexion sur l’extension des Écritures et sur leurs limites, et qui ouvre les temps où la codification s’affirme et se fait autoritaire, voire péremptoirement exclusive.
Une autre évolution sémantique est l’indice d’un moment important dans l’histoire de cet affermissement, qu’on peut dater du début du iiie siècle, et qui a été préparé dans les dernières décennies du iie. Il s’agit de l’emploi de διαθήκη, traduit en latin par testamentum, pour désigner les livres dont est composée l’Écriture. Pour « l’Ancien Testament », l’usage est attesté dès Méliton de Sardes [7]. Pour le couple παλαιά διαθήκη/καινή διαθήκη il en va différemment. Pendant longtemps les deux valeurs du mot διαθήκη, « alliance » et « testament », système religieux fondé sur la notion d’élection divine et corpus textuel portant la révélation de l’alliance et les termes du contrat, sont restées indissociables, même dans des passages où la référence aux Écritures est patente. Irénée est un bon témoin de cette ambivalence [8]. Elle s’atténue chez Clément d’Alexandrie, qui entend, certes, par « Testament transmis lors de la venue du Seigneur » l’ « alliance » de Dieu avec l’humanité manifestée par le message du Christ, mais aussi la forme concrète des écrits matérialisant ce message, et qui, surtout, emploie plusieurs fois παλαιά διαθήκη et νέα διαθήκη au sens devenu courant par la suite d’ « Ancien Testament » et de « Nouveau Testament » [9]. Cet usage quasiment technique est fermement établi au temps d’Origène. Il marque la fin d’un long développement qui a donné à la Bible chrétienne l’un de ses traits principaux, voire son principal caractère, le fait qu’elle est composée de deux Testaments.
Les simples données lexicales qui viennent d’être évoquées indiquent déjà deux temps forts dans l’histoire des Écritures aux premiers siècles du christianisme. Le premier (fin du iie siècle, début du iiie) est celui de l’extension du concept de livre saint à d’autres textes que les écrits hérités du judaïsme. Il suppose une période antérieure, celle de l’appropriation chrétienne de cet héritage. Le second, dans la seconde moitié du ive siècle, est celui des efforts de délimitation de l’Ancien et du Nouveau Testament, des décisions prises pour trancher les débats, commencés deux siècles plus tôt, concernant l’authenticité scripturaire de tel ou tel écrit et le contenu des deux ensembles qui ont fini par constituer la Bible chrétienne. Les difficultés ne disparaissent pas pour autant, car des divergences subsistent sur l’ordre des livres et la façon de les dénombrer, qui peuvent impliquer des désaccords sur le degré de sainteté des textes retenus, et qui attestent des différences entre l’Occident et l’Orient. Les problèmes que pose l’extension du canon ne font que changer au cours des trois périodes envisagées, jusqu’aux années 150, pendant les deux siècles suivants, et à partir des années 350 ; ils ne sont pas résolus définitivement par les Églises et les questions que doit affronter l’historien sont innombrables. Nous ne pouvons traiter ici que de quelques-unes d’entre elles.
 
Indétermination relative
 
 
Pour aborder un tel sujet, il faut se défaire d’illusions et de préjugés engendrés par l’application rétrospective à la réalité antique de distinctions formalisées ultérieurement, et faire l’effort de retrouver des manières diverses de reconnaître l’autorité d’écrits qui ont subi plus tard les effets du partage instauré par la canonisation.
Prenons le cas des textes qualifiés d’ « apocryphes » par la tradition patristique, pour lesquels la science moderne a forgé le terme « intertestamentaires », appellation impropre et trompeuse, et que l’auteur de l’ouvrage de référence le plus récent propose de considérer, faute de mieux, comme appartenant à « la littérature religieuse judéohellénistique » [10]. Quelques exemples suffiront pour rappeler la variété de la réception chrétienne d’écrits dont la totalité a été transmise par des copistes et des traducteurs chrétiens (mis à part les textes présents aussi dans les manuscrits de la Mer Morte).
Hénoch est cité explicitement par l’Épître de Jude, prise ici non comme écrit admis dans le Nouveau Testament, mais comme l’un des plus anciens textes chrétiens, au tournant du ier au iie siècle. 1 Hénoch 1, 9 est invoqué comme parole de prophète en Jude 14-15 [11]. L’Épître de Barnabé, 4, 3, se réfère à une parole attribuée à Hénoch pour dire qu’il est question dans l’Écriture de la proximité du scandale ultime. Si aucun passage du corpus conservé des textes mis sous le patronage d’Hénoch ne correspond exactement à cette parole, il est plausible de la faire remonter à un écrit apocalyptique perdu rapportant une tradition hénochéenne [12]. On sait par ailleurs quelle fortune a eue chez les Pères le midrash sur Gn 6, 1-4 concernant le péché des anges en 1 Hénoch 6-8 [13] et, en général, de quelle faveur a joui dans l’Antiquité chrétienne et au Moyen Âge l’angélologie de 1 Hénoch. On a pu repérer aussi chez Irénée son influence à propos du problème de l’origine du mal [14]. Les longues citations du premier livre de 1 Hénoch que fait Georges le Syncelle sont empruntées vraisemblablement au moine chronographe Panodore d’Alexandrie, actif entre 395 et 468 [15]. Un livret de papyrus du IVe siècle, reprenant un texte probablement du iiie siècle, associe des fragments de la dernière partie de 1 Hénoch à des extraits provenant sans doute d’un écrit attribué à Ézéchiel, précédés d’une homélie de Méliton sur la Passion [16]. Une anthologie, à l’époque même, le iiie siècle, où les autorités de l’Église commençaient à imposer la séparation entre un Ancien Testament inspiré et des écrits contestés ou rejetés, faisait donc coexister deux de ces documents et l’homélie d’un Père ancien et vénéré. Ainsi quelques-uns des traits de la réception chrétienne de 1 Hénoch illustrent-ils la valeur accordée à cette littérature : aux temps les plus anciens, elle peut être citée comme Écriture ; elle continue ensuite d’être lue et elle nourrit la réflexion doctrinale ; au iiie siècle elle demeure offerte à la méditation des fidèles au même titre que la prédication d’un évêque du siècle précédent ; au début du ve siècle, alors que les listes officielles excluant les « apocryphes » se multiplient, elle reste pour les érudits une source digne d’être exploitée [17]. Ce dernier usage n’apprend rien cependant sur le degré d’autorité concédé au document en cause dans son ensemble, pas plus que le recours à tel ou tel passage d’apocryphe dans un genre tout différent, celui de l’hagiographie, moins soumis que la littérature théologique ou exégétique aux normes édictées par l’Église institutionnelle à partir du moment où celle-ci a défini le canon. Il reste que les autres témoignages révèlent une réalité mouvante.
Quelques exemples de plus, parmi d’autres, prouvent que les auteurs ecclésiastiques, à date ancienne, reconnaissaient comme faisant partie des Écritures des livres qui n’ont pas été reçus par la suite dans le Canon. Ainsi lit-on chez Hermas : « "Proche est le Seigneur de ceux qui se convertissent", comme il est écrit dans Eldad et Modad, qui ont prophétisé au peuple dans le désert (cf. Nb 11, 26-29) » [18]. C’est l’unique vestige, en grec, du Livre d’Eldad et Modad, dont l’existence est assurée par plusieurs catalogues anciens [19]. Certains repèrent dans l’Épître de Barnabé, 11, 9 et 16, 6, deux allusions à l’Apocalypse syriaque de Baruch [20], l’une introduite par la mention « Et un autre prophète dit encore », l’autre par les mots : « Car il est écrit ». Ces références sont controversées [21]. Quoi qu’il en soit, Barn. accorde bien le statut d’Écriture prophétique à des textes absents des livres canoniques. Une partie de la tradition manuscrite des Testimonia ad Quirinum de Cyprien introduit par les termes : « Item in Baruch », une citation qui ressemble à un autre passage de la même Apocalypse (48, 33-36) [22]. Clément d’Alexandrie cite des paroles du « Prophète Sophonie » enlevé par l’Esprit au cinquième ciel et contemplant les anges voués à la glorification du Très Haut [23]. Elles viennent assurément d’une Apocalypse de Sophonie, peut-être identique à celle qui est conservée partiellement dans un papyrus copte [24]. Clément de Rome associe à des propos d’Ézéchiel et d’Isaïe sur le repentir, qu’il attribue au « Maître de l’univers lui-même », des paroles qu’un fragment présent chez Clément d’Alexandrie permet de faire remonter à un Apocryphe d’Ézéchiel [25]. L’Alexandrin introduit, avec la formule « le Prophète Esdras dit », la citation exacte de 4 Esdras 5, 35, mise sur le même plan que Jr 20, 14 et 18 [26]. Il accorde dans sa doctrine de la compréhension des Écritures une grande importance à une tradition relative à deux visions différentes reçues par Josué et Chaleb de Moïse « élevé ». On reconnaît là un emprunt à une Assomption de Moïse [27]. Certes, Clément ne le présente pas comme extrait des Écritures, mais comme ϊοτορία; cependant, la force probante qu’il lui donne atteste la haute autorité qu’il confère à ce récit.
Tous ces exemples montrent que, jusqu’au début du iiie siècle, les auteurs ecclésiastiques ne perçoivent pas tous de différence fondamentale à l’intérieur des écrits reçus des Juifs et se rapportant aux figures des patriarches, de Moïse et des Prophètes, entre des textes inspirés, constituant un ensemble clos, et d’autres qui seraient suspects ou à rejeter. Il arrive même que soient citées comme « Écriture » des paroles absentes des livres qui par la suite appartiendront au canon exclusif et provenant soit de ceux qui seront abandonnés comme « apocryphes », soit de textes perdus, dont la disparition a eu précisément pour cause principale la condamnation prononcée plus tard.
Cette indétermination du concept d’« Écriture », qui apparaît si l’on compare les pratiques les plus anciennes à la doctrine qui se formalise à partir de la seconde moitié du ive siècle, change de nature selon les périodes considérées au cours des quatre premiers siècles. Le recours que l’on constate jusqu’au temps de Clément d’Alexandrie à des documents exclus plus tard comme « apocryphes » ne se fait plus aussi librement à la génération suivante. Ainsi la critique et la différenciation s’exprimentelles clairement chez Origène. L’évolution est gouvernée par les rapports entre le christianisme et le judaïsme. À l’âge dit « apostolique », non seulement les liens ne sont pas rompus, mais la religion nouvelle acquiert peu à peu son identité à l’intérieur du judaïsme, comme l’un de ses courants, lui-même multiple. L’extension de l’« Écriture » reflète directement le modèle hérité. Pour chacun des textes primitifs, qu’il s’agisse d’écrits entrés plus tard dans le « Nouveau Testament » ou d’évangiles, de récits et d’épîtres soit relégués par la suite dans la catégorie des livres suspects, voire condamnés (sous l’étiquette « hérétiques »), soit distingués, tout en restant vénérés, de l’ensemble scripturaire (Barnabé, 1 Clément, la Didachè, le Pasteur), des analyses très fines doivent être menées, tenant compte des formes du judaïsme dont ils portent l’influence. Les situations sont très différentes selon que le partenaire initial représente la mouvance apocalyptique, les traditions esséniennes ou le courant pharisien. Une fois la rupture consommée et l’expansion parmi les « Nations » définitivement engagée, deux données nouvelles ont des effets convergents : la controverse a pour objet l’appropriation chrétienne de l’Écriture juive et l’un des éléments majeurs de la reconstruction du judaïsme après la ruine du Temple est la clôture de la Bible sainte. La discussion aligne ce qui devient pour les chrétiens l’ « Ancien Testament » sur la Bible ainsi définie. C’est chez les auteurs et dans les lieux où cette confrontation est moins vive que l’indétermination est plus grande : un Clément d’Alexandrie, de culture grecque, accueille volontiers les traditions non canoniques, en un temps où le désastre subi par le judaïsme hellénisé en Egypte dans les années 115-118 a des conséquences irrémédiables [28], ce judaïsme dont il a précisément accaparé la production littéraire [29].
Avant de rappeler quelques-unes des questions soulevées par la délimitation antique de l’« Ancien Testament », il est nécessaire d’évoquer le phénomène le plus important dans l’extension du canon chrétien, c’est-à-dire l’addition à l’« Écriture » reçue du judaïsme d’une « Écriture » nouvelle, entraînant la constitution du « Nouveau Testament ».
 
L’apparition d’un « Nouveau Testament »
 
 
Avant le milieu du IIe siècle, quelle que soit la diversité des communautés chrétiennes, l’un de leurs traits communs est de reconnaître pour « Écriture » principalement les livres saints du judaïsme, un corpus de textes qui n’est pas absolument le même partout, comme nous l’avons rappelé, mais dont les contours se sont dessinés beaucoup plus tôt [30], sans s’imposer comme normatifs [31].
Dans des écrits comme 1 Clément ou Barnabé, l’un reprenant les méthodes de l’homilétique juive, l’autre christianisant le midrash, la référence aux « Écritures », « vraies », « données par l’Esprit Saint », « paroles de Dieu » [32], se conjugue avec la mention de Moïse et des « autres prophètes » [33], sans ignorer « la suréminente Sagesse », qui parle dans les Proverbes [34], et elle peut introduire des paroles qui ne sont pas des citations littérales des textes bibliques, mais des montages d’un style qui devait être courant dans les usages de la synagogue [35]. Barnabé caractérise aussi par les formules « L’Écriture dit », ou « Il est écrit », des paroles très proches de passages de 1 Hénoch [36]. La citation, avec les mots « comme il est écrit », d’une parole qui se trouve aussi en Mt 22, 14 : « Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus », en Barnabé 4, 14, n’est peut-être pas vraiment une exception, en ce qu’elle ne désignerait pas comme Écriture précisément l’Évangile selon Matthieu. L’unicité de l’exemple fait penser plutôt à une collection de logia [37]. Il faut beaucoup d’ingéniosité pour aboutir à un jugement différent, dans un cas où l’analyse littéraire dispose de trop peu d’éléments. Il faut pouvoir en l’occurrence prouver que le contexte doctrinal et polémique plus large de l’Épître de Barnabé est en accord avec la péricope de l’Évangile selon Matthieu où apparaît le dit [38]. Il reste qu’une parole de Jésus est citée comme Écriture. C’est l’un des premiers témoignages sur l’extension possible de la catégorie livre saint, faisant autorité, à des écrits relatifs à Jésus.
Quant à la Didachè, elle est l’objet de débats qui remettent en cause la thèse communément reçue selon laquelle elle ne connaîtrait pas encore les textes canoniques du Nouveau Testament, tout en pouvant apporter quelque lumière sur les origines de la tradition synoptique [39]. On a récemment voulu démontrer par exemple qu’on ne pouvait comprendre la fin de la Didachè (16) sur l’attente eschatologique sans y voir une adaptation de l’apocalypse synoptique telle qu’elle est composée dans Mt 24-25 [40]. Il faut noter cependant que même le concept « Écriture » est absent dans la Didachè ; les allusions aux textes législatifs de la Torah se font par la médiation de l’enseignement d’origine rabbinique [41]. Il serait donc vain, à plus forte raison, de chercher dans ce document une forme de canonisation. Il ne donne accès qu’à une pratique, dont on peut chercher à inférer à quels textes il accordait autorité. Cette enquête est elle-même très délicate. C’est l’occasion de faire une remarque générale sur les travaux concernant les relations éventuelles entre les écrits des Pères dits « apostoliques », et même des apologistes, et les évangiles devenus plus tard canoniques. La tendance est forte de supposer des contacts avec des sources ou des traditions parallèles, ou encore des rédactions partielles de ces évangiles, plutôt qu’avec les textes définitifs. La critique a des raffinements tellement subtils qu’on a parfois du mal à percevoir la nécessité du recours à de telles hypothèses, quand l’analyse conduit à repérer des similitudes si patentes avec Mt, Mc ou Lc, et des différences si ténues [42].
Les Lettres d’Ignace appartiennent à un monde tout différent, caractérisé par des dissensions qui opposent le courant dont l’auteur est le porte-parole et le maître à des groupes gnosticisants. Un passage fameux peut résumer le témoignage d’Ignace. Il invite en ces termes les Philadelphiens à fuir les divisions : « Je vous exhorte à ne rien faire par esprit de rivalité, mais selon l’enseignement du Christ. Car j’en ai entendu qui disaient : "Si je ne le trouve pas dans les archives, je ne le crois pas dans l’évangile". Et quand je leur disais : "C’est écrit", ils me répondaient : "C’est là la question". Pour moi, mes archives, c’est Jésus Christ; mes archives sacrées, c’est sa croix, et sa mort, et sa résurrection, et la foi qui vient par lui ; c’est en cela que je désire, par vos prières, être justifié » [43]. Les archeia, « archives », désignent l’Ancien Testament, et evangelion n’indique pas au premier chef un évangile écrit, mais le message du Christ et la foi en lui, annoncés par l’Église [44]. Ce que les adversaires d’Ignace refusent, c’est l’interprétation des « archives » en vue d’y découvrir l’annonce d’un Christ incarné et souffrant. Tel est le sens de la réplique : « C’est là la question ». Ils ne trouvent pas dans l’Ancien Testament un enseignement sur la réalité de l’Incarnation, de la Passion et de la Résurrection. Ignace leur reproche en somme d’alléguer la lettre de ces Écritures pour soutenir que ces événements se sont produits en apparence [45]. Son interprétation va dans l’autre sens, en accord avec la tradition orale de 1’ « Évangile » [46]. Au demeurant, il n’emploie la formule « il est écrit » que pour des passages des Proverbes [47], tout en citant ailleurs des versets des Psaumes et d’Isaïe.
Parmi les textes anciens, il faut retenir aussi la Deuxième Épître à Timothée (3, 15-16). Son auteur félicite le destinataire de connaître « depuis sa tendre enfance les Saintes Écritures » ; il s’agit manifestement de la Loi et des Prophètes, et d’autres écrits, de sagesse. Il ajoute, selon une visée tout opposée à celle des adversaires d’Ignace, mais plus explicite que chez l’évêque d’Antioche : « elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse qui conduit au salut par la foi qui est dans le Christ Jésus ». Là se trouve en germe l’interprétation patristique de l’Ancien Testament, mais — l’absence est de taille ! — sans la référence à un autre corpus d’écrits, à un Nouveau Testament. L’argument implicite est que la prédication orale de Jésus et sur Jésus suffit [48]. C’est alors qu’apparaît la formule emblématique : « Toute Écriture est inspirée de Dieu (θεόπνυεστος) ». En l’occurrence elle s’applique à ce qui est en train de devenir pour les chrétiens « l’Ancien Testament ». La Deuxième Épître de Pierre, plus tardive, en tire une conséquence qui introduit dans la compréhension de l’Écriture la norme de la compétence spirituelle et de l’autorité des maîtres de la communauté, norme qui a joué un grand rôle aussi dans la définition du Canon : « Tout d’abord, sachez-le bien : aucune prophétie de l’Écriture n’est affaire d’interprétation privée ; en effet, ce n’est pas la volonté humaine qui a jamais produit une prophétie, mais c’est portés par l’esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » [49]. Cette mise en garde retentit jusqu’à la fin de l’Épître, cette fois à propos des lettres de Paul : « Et dites-vous bien que la longue patience du Seigneur, c’est votre salut ! C’est dans ce sens que Paul, notre frère et ami, vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est aussi ce qu’il dit dans toutes les lettres où il traite de ces sujets : il s’y trouve des passages difficiles dont les gens ignares et sans formation tordent le sens, comme ils le font aussi des autres Écritures pour leur perdition » (2 P 3, 15-16). Preuve qu’une collection de lettres de Paul, douée d’autorité, existe alors, mise au même niveau que « les Écritures ». Alors même que le terme « Écriture », au singulier ou au pluriel, désigne exclusivement la « prophétie », donc l’Ancien Testament, un grand pas est franchi vers l’élévation d’autres textes, en l’occurrence des lettres de Paul, au statut scripturaire [50]. Des signes pointant dans la même direction apparaissent dans l’Épître aux Philippiens de Polycarpe de Smyrne. Il n’est pas exclu qu’il range les épîtres pauliniennes parmi les « Lettres sacrées » [51], comme le peut laisser entendre ce passage : « Je suis assuré que vous êtes très versés dans les Lettres sacrées et que rien ne vous en est ignoré : moi je n’ai pas ce don. Seulement, comme il est dit par ces Écritures : "Mettez-vous en colère et ne péchez pas" (Ps 4, 5) et "Que le soleil ne se couche pas sur votre colère" (Eph 4, 26). Heureux qui s’en souvient ; je crois qu’il en est ainsi pour vous » [52]. Eph 4, 26 cite l’exhortation de Ps 4, 5, mais la phrase suivante ne se trouve que dans l’épître paulinienne. Il est en outre probable que Polycarpe connaît toutes les lettres attribuées à Paul, à l’exception de Col, 1 Th, Phm et Tt, ainsi que les évangiles. Il cite également 1 P et 1-2 Jn [53]. Il appartient à un temps de la pratique épistolaire chrétienne où le recours à des recueils d’écrits faisant autorité se substitue à la mémoire de la première rencontre de l’apôtre avec ses communautés, sous la forme de la prédication orale et de la parole divine. Cette modification profonde de la pratique épistolaire du premier christianisme change à la fois le rôle de l’écrit, œuvre de compilateurs et de commentateurs, et la référence à l’Écriture, qui se met à englober les textes où l’on va chercher l’enseignement des modèles fondateurs [54], par un élargissement qui ébauche un Nouveau Testament, sans qu’il soit légitime de parler déjà d’un canon néotestamentaire [55].
Ce qui va accélérer le développement d’un Nouveau Testament venant compléter et parachever dans le christianisme la Bible reçue du judaïsme, c’est la crise profonde provoquée par l’intervention de Marcion ainsi que par la controverse avec ceux qu’il est convenu d’appeler « gnostiques ».
Il importe, pour mesurer cette accélération, d’examiner le témoignage de l’un des premiers acteurs de ces conflits, l’auteur ecclésiastique des plus anciennes répliques à des adversaires contre lesquels il a forgé le concept d’ « hérésie » [56], et de constater la mutation qui se produit entre lui et Irénée.
Les œuvres conservées de Justin, dans les années 150 [57], manifestent l’autorité dont jouissent déjà les évangiles synoptiques. Certes, la critique n’a pas cessé de le contester depuis le xviiie siècle, et des thèses contradictoires s’affrontent encore aujourd’hui, les uns considérant que Justin (ou son « école ») a voulu composer un évangile harmonisant destiné à supplanter Mt et Lc, et peut-être Mc [58], d’autres étant plus frappés par les mentions des Mémoires des Apôtres chez Justin et par l’importance qu’il accorde aux traditions écrites des paroles de Jésus [59]. L’examen attentif des propos de l’apologiste permet cependant de percevoir la haute estime qu’il a pour cette forme de transmission et sa connaissance des évangiles devenus plus tard canoniques.
Au début de la Première Apologie, Justin insiste sur l’enseignement reçu du Christ, le Fils venu d’auprès du Père pour donner cet enseignement, lequel continue d’être dispensé par les chrétiens (4, 7 ; 6, 2 ; 8, 3). Au point culminant de sa défense et illustration du christianisme, l’exposé sur les prières de la communauté qui suivent l’admission du nouveau baptisé et sur l’ « eucharistie », à laquelle seuls peuvent participer ceux qui vivent « comme le Christ l’a transmis (ώζ ό Χριστόζ παρέδωκεν) » (66, 1), révèle que « l’enseignement », les traditions reçues incluent les Mémoires écrits des Apôtres. « La nourriture eucharistiée par la parole de prière venue de lui », les chrétiens ont appris [60] « qu’elle est la chair et le sang de ce Jésus qui s’est fait chair » (66, 2). « Les Apôtres en effet, dans les Mémoires composés par eux, qui sont appelés "Évangiles", ont transmis ainsi qu’il leur a été ordonné (οΰτωζ παρέδεκαν έντετάλθαιαύτοίζ) Jésus prit du pain, et après avoir rendu grâces dit : "Faites ceci en mémoire de moi…" … » (66, 3). Le passage confirme que l’enseignement soigneusement transmis par ces écrits des Apôtres et appliqué par les disciples de Jésus a pour source le Christ lui-même, le Fils venu d’auprès du Père (6, 2). Il ne fait pas de doute que ces traditions sont douées de la plus haute autorité, même si elles ne sont pas désignées comme « Écriture ».
Un autre développement important corrobore ce résultat : l’introduction des vingt-six paroles de Jésus, réparties en dix groupes, choisies pour présenter « quelques-uns des enseignements du Christ lui-même » (14, 4), les qualifie de « brèves et concises », et ajoute : « car ce n’était pas un sophiste, mais sa parole était la puissance de Dieu » (14, 5) [61].
Commentant dans le Dialogue avec Tryphon sa conversion, Justin souhaite que personne ne s’écarte des paroles du Sauveur (μή άφίστασθαι τών τού σωτήροζ λόγων), car elles possèdent « une majesté redoutable qui les rendent propres à effrayer ceux qui se détournent du droit chemin ; elles procurent par contre le plus doux repos à ceux qui s’y attachent » (8, 2). Il fait dire à Tryphon : « Vous avez… dans ce qu’on appelle l’Évangile des préceptes si grands et admirables, que personne, je soupçonne, ne peut les suivre : j’ai pris soin de les lire » (10, 2 ; cf. 18, 1). Évoquant le baptême de Jésus, il précise : « et pendant qu’il remontait de l’eau, l’Esprit Saint comme une colombe voltigea sur lui ; ce sont les Apôtres de ce Christ lui-même qui l’ont écrit » (88, 3). Les « Apôtres » sont certainement « ces hommes amis du Christ » pour lesquels, comme pour les Prophètes, il dit avoir été pris d’amour (8, 1). L’expression « les Mémoires des Apôtres » est employée douze fois dans le développement où abondent les citations où l’on reconnaît des références à Mt, Mc et Lc (101-107). Le récit de Josué 5, 2-3 annonce la seconde circoncision faite par Jésus le Christ, avec les couteaux de pierre que sont ses paroles, paroles prêchées par les Apôtres de « la pierre angulaire » (113, 6-7 ; 114, 4). Compte tenu de l’exposé précédent, il s’agit manifestement de traditions écrites. Leur autorité ne pourrait être soulignée plus fortement [62]. Plusieurs passages de la Première Apologie et du Dialogue montrent d’autre part que Justin veut accorder aux paroles de Jésus le même statut qu’aux paroles des Prophètes [63]. Le fait qu’il ne les introduit pas par la formule « il est écrit » ne signifie pas qu’il les juge inférieures à l’Écriture [64]. Il dit clairement le contraire à propos de la vocation d’Abraham, étendue au peuple nouveau : « Car de même qu’il a eu foi en la voix de Dieu, et que cette foi lui a été imputée à justice (cf. Gn 15, 6), de même nous, nous avons eu foi en la voix de Dieu qui nous a parlé à nouveau par les Apôtres du Christ, et que les Prophètes nous avaient annoncée » (119, 6) [65]. L’inspiration des Apôtres est l’égale de celle des Prophètes.
Quant aux Mémoires des Apôtres, Justin précise qu’ils sont appelés « Évangiles » [66]. C’est le premier emploi du terme au pluriel dans la littérature chrétienne ancienne. D’autres passages confirment que Justin entend par Mémoires des Apôtres plus d’un Évangile [67]. Le recours fréquent à Mt et Lc, plus limité à Mc, est assuré. On a fait valoir de bons arguments en faveur de Jn, Mais la question reste débattue [68], et il n’est pas certain qu’on puisse compter Jn au nombre des Mémoires des Apôtres. Certes, Justin a connu des paroles de Jésus ou des traditions sur Jésus sous d’autres formes orales ou écrites [69], mais quand il se réfère à ces Mémoires, il utilise l’un des évangiles devenus ensuite canoniques. Son respect religieux pour l’inspiration d’évangiles écrits s’exprime aussi de façon érudite par le choix de l’appellation άπομνημονεύματα : le terme ne renvoie pas chez lui à des « notes », mais il inscrit les évangiles dans une tradition littéraire remontant aux Mémorables de Xénophon concernant Socrate [70]. Il faut enfin rappeler que Justin est le premier témoin de l’usage liturgique des évangiles, qu’il appelle Mémoires des Apôtres : ils sont lus, dit-il, lors des assemblées du dimanche, puis « le président prend la parole pour adresser des avertissements et exhorter à imiter ces beaux exemples » [71].
Nous pouvons retenir que la façon dont Justin parle des évangiles et son témoignage sur leur place dans le culte enseignent que les synoptiques, et peut-être l’Évangile de Jean, ont gagné à Rome dans les années 150 une autorité qui ne le cède en rien à celle des Prophètes. L’usage liturgique, en outre, n’est pas présenté comme une innovation, mais comme bien établi, donc antérieur, et il n’est pas limité à Rome [72], puisque Justin l’introduit ainsi : « Au jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, qu’ils demeurent dans les villes ou dans les campagnes, se réunissent en un même lieu, et on lit les Mémoires des Apôtres ou bien les écrits des Prophètes, pendant le temps disponible » [73].
Justin est cependant très loin de ce que l’on entend communément par Canon scripturaire, c’est-à-dire une liste strictement établie des livres inspirés, faisant autorité, qui constituent l’ensemble reconnu et reçu de l’Écriture sainte, norme de foi d’un groupe religieux majoritaire ; liste qui est le résultat de décisions d’inclusion et d’exclusion prises après sérieuse délibération et large accord de la communauté [74]. Si l’appropriation de la Bible juive de son temps, la Septante, dans l’environnement culturel qui est celui de Justin, implique une notion de l’Écriture comportant un bon nombre de ces caractères, avec des exceptions sur lesquelles il faudra revenir, il n’en va pas du tout ainsi pour les Mémoires des Apôtres. Ils sont considérés comme livres inspirés, faisant autorité ; ils contribuent à fournir des règles à la foi, à la conduite et au culte ; la manière de se réclamer d’eux les apparente à ceux qui sont explicitement qualifiés d’ « Écriture » ; mais ils ne sont pas encore formellement intégrés au corpus scripturaire ; ils coexistent avec d’autres collections, orales ou écrites ; ils ne sont pas pourvus de titres identifiant chacun d’eux ; il n’y a pas de liste exclusive, ni d’ordre de succession des livres dans un catalogue ; et, bien entendu, le choix n’a pas fait l’objet de délibérations publiquement organisées, aboutissant à des décisions ayant force de loi. On ne peut plus dire, sans nuancer la formulation, que Justin « est un dernier représentant de cette période des origines de l’histoire du canon où l’on ne pouvait s’appuyer, pour prêcher le Christ, sur aucune autre "Écriture", que sur l’Ancien Testament dont on avait hérité » [75], car le statut des Mémoires des Apôtres est de même rang, pour l’inspiration et l’autorité, que les écrits des Prophètes, mais il n’y a pas chez lui de « Nouveau Testament » à côté de l’« Ancien Testament ». Or, à peine plus de trois décennies plus tard, l’œuvre principale d’Irénée, qui a lu et utilisé Justin, atteste un changement profond ; l’un des traits les plus saillants est le modèle de l’Évangile unique à quatre formes [76], pas une de plus, pas une de moins [77], chacun des textes correspondants étant précisément nommé, et appartenant à l’« Écriture divine ». Plusieurs causes peuvent expliquer cette différence : l’affermissement des structures ecclésiastiques, la prise de conscience de la diversité des pratiques liturgiques et disciplinaires, dont témoigne la correspondance d’Irénée lui-même, et les efforts faits pour la réduire, l’émergence d’une orthodoxie, la diffusion des livres réunissant les quatre évangiles. Mais la raison principale est sans doute l’effet de la lutte contre Marcion et contre les gnostiques qui, de manières différentes, amoindrissent l’autorité de la Bible et mettent l’accent sur la révélation du Sauveur. La querelle à propos de l’Écriture ne porte pas sur sa délimitation, mais sur son inspiration et sur la façon de l’interpréter. Il n’y a pas de divergence entre Marcion et ses adversaires sur les contours de l’Ancien Testament ; pas davantage pour les gnostiques ; c’est la validité de la Loi et des Prophètes pour les chrétiens qui est mise en cause.
Rappelons sommairement les positions de Marcion, arrivé à Rome vers 139 et fondant sa propre Église après 144, pour prendre la mesure du défi qu’elles constituent en un temps où l’Écriture pour les chrétiens est fondamentalement la Bible héritée des Juifs [78]. Marcion affirme la nouveauté absolue de l’Évangile. Le Christ fait connaître un Dieu bon, patient et miséricordieux, différent du Dieu de la Bible, perçu comme vindicatif et jaloux, sévère dans sa justice, terrible dans ses châtiments. Marcion retient du message de Paul, en le durcissant, le contraste entre la Grâce et la Loi. Il reproche à l’Église d’avoir altéré l’authenticité de l’Évangile en reconnaissant les Écritures des Juifs, et d’avoir dénaturé la révélation du Christ en la rattachant au judaïsme. Prétendant que les judaïsants ont falsifié les écrits de Paul après sa mort, il veut les purger de toute interpolation. Pour lui, l’Apôtre a été élu par Dieu à cause du complot qui aurait abusé les Douze après l’Ascension. Une fois restaurées dans ce qu’il considère être leur intégrité première, les lettres pauliniennes lui servent de modèle pour reconstituer l’Évangile « véritable », avec une préférence marquée pour l’Évangile de Luc. Sélection et suppressions caractérisent donc sa critique néotestamentaire (si l’on peut employer cette expression anachronique) et sont les instruments de sa doctrine scripturaire. Marcion se donne ainsi les moyens d’étayer les distinctions entre le Dieu de la Loi et le Dieu bon, seul vrai Dieu, d’après Lc 18, 19 ; entre le Créateur du monde et le Dieu « étranger », tout autre ; entre le Dieu des Juifs et le Dieu révélé par le Christ ; entre le Messie humain promis à Israël et le Sauveur venu d’un au-delà transcendant qui, sans s’incarner réellement, mais en prenant l’apparence d’un corps charnel, vient, par un acte d’une totale gratuité et de pur amour, libérer des âmes qui ne lui appartiennent pas de la servitude du monde, pour une béatitude éternelle. Marcion opère une rupture brutale dans le christianisme. Non seulement il rejette toute allégorie, mais il adopte une lecture strictement littérale, en proscrivant toute interprétation qui voit dans la Bible des prophéties de la venue du Christ, ou des figures annonçant son œuvre. Il ruine l’autorité de l’Écriture et détruit les liens établis par des méthodes exégétiques appropriées, mises au point dès la première évangélisation et les plus anciens écrits qui en témoignent, entre la Bible reçue du judaïsme et le message de Jésus et de ses disciples, Juifs eux-mêmes et se référant à cette Bible. Parmi les effets de la commotion provoquée par cette offensive, le moindre n’est pas l’émergence accélérée d’un Nouveau Testament, qui agrandit l’Écriture [79].
Les gnostiques [80] ont en commun avec Marcion la distinction entre le Dieu bon et le Dieu juste, entre le Dieu transcendant et le Démiurge, la dépréciation de la Loi et l’hostilité envers le monde et la matière. De grandes différences les séparent de lui cependant : pour eux l’humanité, par sa partie spirituelle, est consubstantielle au Sauveur divin, qui se sauve lui-même en sauvant l’homme ; ils font figure de rivaux de l’Église institutionnelle non parce qu’ils veulent fonder à part des communautés fermement structurées, mais parce qu’ils dénoncent la prétention abusive d’une hiérarchie mondaine à détenir l’autorité ; leur interprétation de l’Écriture a recours abondamment à l’allégorie ; ils revendiquent des traditions secrètes et reconnaissent nombre d’évangiles et d’apocalypses qui n’ont pas cours chez Marcion [81]. Le début de la Genèse, allégorisé, est l’un de leurs principaux textes de référence pour la théologie, la cosmologie et l’anthropologie. Il est constamment repris, réécrit dans les textes de Nag Hammadi. L’absence de formes fixes dans ces paraphrases interprétatives empêche de les considérer comme produites avec l’intention de créer un substitut gnostique à la Bible [82]. Ils trouvent aussi chez les Prophètes des révélations fondamentales [83], et même les limites de la connaissance prophétique servent à étayer leur système [84]. La différence faite entre le Dieu Père, bon, et le Démiurge, entraîne aussi une distinction entre deux sources de l’inspiration. Cette doctrine introduit une partition ontologique dans les livres des Prophètes entre les divers niveaux de sens, et cette séparation est renforcée par la supériorité donnée à la révélation de l’Évangile. Elle s’oppose ainsi à la tradition en vigueur jusqu’à Justin. Le privilège accordé au message du Christ est illustré en outre par le fait que les gnostiques sont les premiers parmi les chrétiens à avoir consacré des commentaires aux évangiles. Basilide a composé des Exegetica qui faisaient une grande place à l’explication de versets évangéliques [85]. Le disciple de Valentin Héracléon est le premier auteur d’un commentaire de l’Évangile de Jean [86].
Justin a affronté lui-même les défis de Marcion et des gnostiques, dans son Traité contre toutes les hérésies qui se sont produites, antérieur aux Apologies, œuvre perdue, mais connue d’Irénée [87]. Or, la doctrine scripturaire de Justin ne permettait pas de répliquer efficacement à ces défis. Sa visée antimarcionite et antignostique est perceptible dans le Dialogue avec Tryphon, en particulier dans l’infléchissement donné à l’interprétation polémique des préceptes légaux et des règles cultuelles, qui deviennent des moyens temporaires de détourner Israël des égarements du paganisme et de l’idolâtrie. L’argumentation change de nature quand elle ne vise plus seulement les Juifs, mais les hérétiques antinomistes. On a pu écrire avec justesse : « Il s’agit alors de sauvegarder l’unité de la révélation, donc de montrer que les rites juifs avaient dans le passé le caractère de moyens indispensables de sanctification et de salut pour Israël » [88]. L’intention est de défendre l’intégralité et l’unité de l’Écriture. Justin est amené ainsi à distinguer trois grandes périodes : l’une, antérieure à Moïse, précède la Loi ; la vraie volonté de Dieu, spirituelle, morale, universelle, s’y manifeste [89] ; puis vient l’époque de la Loi, rendue provisoirement nécessaire par le caractère rétif du peuple [90] ; à ce temps succède, avec la Prophétie et les Psaumes, une période qui ne serait plus dominée par la Loi, mais par la révélation de la volonté éternelle de Dieu, accomplie dans le Christ ; dès la seconde époque, cependant, certains préceptes et rites ont été institués comme mystères du Christ, et d’autres pour la piété envers Dieu et la pratique de la justice, conformément au plan supérieur de Dieu. Contre Marcion, une telle histoire du salut n’a pas d’efficacité, ni la découverte des « mystères du Christ », qui passe par l’interprétation figurée. Elle a d’autant moins de puissance qu’elle laisse de côté la question de l’Évangile, en tant que texte, doué d’autorité. Contre les gnostiques, elle ne comporte pas d’argument décisif, en raison même des distinctions qu’elle maintient. Un document d’origine gnostique, qui use d’un langage propre à établir le dialogue avec les autres chrétiens, tout en s’opposant à Marcion, la Lettre à Flora de Ptolémée, montre même qu’une réponse comme celle de Justin pouvait être assimilée et détournée [91]. La tripartition de la Loi divine elle-même proposée par le disciple de Valentin a en effet des ressemblances avec celle de Justin : il y a des éléments qui ont été « accomplis » par Jésus, qui constituent la « législation pure » ; une partie mêlée de mal et d’injustice que le Sauveur a abolie parce qu’elle ne s’accordait pas avec sa nature ; enfin une partie typique et symbolique, destinée à représenter le spirituel et le transcendant, les prescriptions cultuelles et cérémonielles [92]. Une différence essentielle est que la tripartition de la Loi ainsi postulée est indissociable de la distinction entre trois principes, le Dieu suprême, le Diable, et l’ « Intermédiaire » [93]. Une autre est que Ptolémée prend explicitement comme critères pour juger la Loi des déclarations du « Sauveur », en citant Mt 19, 6-9 et Mt 15, 4-5 [94], et qu’il se réfère aussi à « l’Apôtre Paul » [95] et à un autre « Apôtre », Jean en l’occurrence [96]. Il se réclame même de « la tradition apostolique » : « nous l’avons reçue nous aussi, dit-il, par voie de succession, en soumettant aussi toutes nos paroles à la règle de l’enseignement de notre Sauveur (μετά καί τού κανονίσαι ζ τούζ λόγουζ τή τού σωτήροζ ήμών διδασκαλία) ». On ne peut affirmer plus clairement la valeur normative, pour toute compréhension de la Loi, des textes de l’Évangile et de l’Apôtre. La controverse ne peut plus éluder la question du « Nouveau Testament », ni celle de la relation entre l’inspiration de l’Écriture et la révélation de l’Évangile, pour effacer les différences d’ordre ontologique entre les sources de l’une et de l’autre. On voit que cette extension du canon scripturaire a des causes indissociablement herméneutiques [97] et théologiques.
C’est Irénée qui atteste que le pas décisif a été fait dans la génération qui le sépare de Justin, et il donne cohérence aux réflexions antérieures, en leur imprimant sa marque [98]. La doctrine qu’il élabore a été fort étudiée et il serait vain, dans les limites de cette étude, d’en reprendre l’examen [99]. Retenons seulement qu’il a fourni le modèle d’une Bible chrétienne à deux Testaments, le second contrôlant la compréhension du premier. Il n’a pas mis encore au point une liste formelle d’écrits canoniques. Son intérêt n’est pas historique, mais théologique, gouverné par le souci de l’unité : le Dieu un, le Christ un, le salut unique [100]. Un trait important du processus ultérieur de canonisation est cependant déjà présent : l’exclusion des textes considérés par Irénée comme étrangers à la tradition authentique. Il prétend que les gnostiques ont forgé des paroles de Jésus et des écrits apostoliques pour donner un semblant d’assise chrétienne à leurs mythes : « Tel est leur récit de base, que les Prophètes n’ont pas proclamé, que le Seigneur n’a pas enseigné, que les Apôtres n’ont pas transmis, mais qu’ils se flattent, eux, de connaître, comme un privilège extraordinaire, mieux que les autres ; tout en alléguant des textes non scripturaires et, d’après le dicton, en s’appliquant à tresser des cordes avec du sable, ils tâchent d’adapter de façon persuasive à leurs propos soit des paraboles du Seigneur, soit les paroles des Prophètes, soit les discours des Apôtres, afin que leur fiction ne passe pas pour privée de témoins » [101]. À ce passage fait écho un développement où apparaît la règle « Ni ajouter ni retrancher », qui a joué un si grand rôle dans l’histoire du Canon [102] : « La "gnose vraie" consiste en « une conservation non feinte des Écritures, un compte intégral de celles-ci, sans addition ni soustraction [103], une lecture exempte de fraude et, en pleine conformité avec ces Écritures, une explication correcte, harmonieuse, exempte de péril et de blasphème » [104].
On s’est demandé d’autre part si le montanisme avait joué un rôle dans la formation du Canon. La « nouvelle prophétie », en fait, ne s’oppose pas aux textes de la tradition chrétienne primitive et se situe même dans leur continuité historique. Le conflit n’a pas porté sur la valeur normative de cette tradition. La confrontation a contribué seulement à restreindre la révélation à un passé révolu, à renforcer le facteur d’apostolicité. L’influence indirecte du montanisme a porté sur l’aspect limitatif du Canon [105].
La controverse interne avec Marcion et avec les gnostiques a donc abouti, dès le temps d’Irénée, à la doctrine d’une Bible unique rassemblant deux corps d’écrits faisant autorité, dont les contours se précisent. Expansion, par accès au statut scripturaire de la prédication évangélique ; limitation, par le rejet de certains écrits hors du « Nouveau Testament » authentique. Origène peut célébrer l’unité de l’ensemble, assurée par le Christ, faisant ainsi de l’évangile le Canon dans le Canon :
… ce n’est pas en un seul livre, à notre avis, que l’Écriture a parlé du Christ — je prends le mot livre au sens usuel — : car l’Écriture a parlé de lui dans le Pentateuque, mais il a été question de lui également dans chacun des prophètes, et dans les Psaumes et d’une façon générale, dans toutes les Écritures auxquelles il nous renvoie en disant : "Vous scrutez les Écritures parce que vous croyez trouver en elles la vie éternelle. Et celles-ci rendent témoignage pour moi" (Jn 5, 39). Si donc il nous renvoie aux Écritures en nous disant qu’elles témoignent pour lui, ce n’est pas à celle-ci ou à celle-là qu’il nous renvoie mais à toutes celles qui font des annonces à son sujet, celles qu’il appelle « rouleau du livre » lorsqu’il dit dans les Psaumes : "dans le rouleau du livre il a été écrit à mon sujet" (Ps 39, 8). Si l’on veut rapporter l’expression "dans le rouleau du livre" simplement à l’un quelconque des livres qui le concernent, il faudra expliquer pour quelle raison on pense à tel livre plutôt qu’à tel autre. Car si l’on suppose que cette parole renvoie au livre même des Psaumes, nous répondrons qu’il aurait fallu dire : En ce livre-ci il a été écrit à mon sujet. En fait, il nomme tous les Écrits un seul rouleau parce que la Parole qui nous est venue à son sujet est récapitulée en un seul tout. Et que signifie le fait que Jean a vu un livre écrit « par-devant et par-derrière », un livre scellé que nul ne pouvait lire, dont nul ne pouvait briser les sceaux (cf. Apoc. 5, 1-3) si ce n’est le lion issu de la tribu de Juda, la racine de David (Apoc. 5, 5), celui qui a la clé de David qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul n’ouvrira (Apoc. 3, 7) ? Toute l’Écriture est signifiée par ce livre, elle est écrite "par-devant" selon la première lecture qu’on en fait, "par-derrière" selon la lecture secrète et spirituelle. [106].
 
La composition de l’Ancien Testament
 
 
Cette unité de deux Testaments dominée par la lecture christologique a mis du temps à s’imposer. Nous avons rappelé que chez Justin encore, même si l’accent est mis sur les formes écrites de l’évangile, l’« Écriture » désigne essentiellement ce qui va devenir l’Ancien Testament. Certaines pratiques littéraires des chrétiens le confirment. Par exemple, le meilleur moyen d’asseoir ses droits et sa légitimité peut être de produire des écrits mis sous le patronage des Prophètes, et non pas d’abord de composer des révélations rapportées à Jésus lui-même ou accordées à ses disciples. Le cas de l’Ascension d’Isaïe est particulièrement éclairant. Un groupe prophétique chrétien, sans doute à Antioche en Syrie, au début du iie siècle, à l’époque d’Ignace, choisit, pour diffuser sa christologie et sa sotériologie, de composer une vision d’Isaïe qui explicite selon sa doctrine propre le sens décelé par la tradition chrétienne dans le livre du Prophète. Après le rejet de cette vision par le parti adverse [107], il développe le motif de la persécution et du martyre du Prophète, en l’attribuant à la colère de Béliar provoquée par la « Vision d’Isaïe », les « faux prophètes » qui l’ont repoussée représentant les autorités ecclésiastiques, comme l’indique l’évocation de la crise que connaîtra l’Église vers la fin du monde, lorsque « des presbytres iniques… opprimeront leurs ouailles » : « Et ils négligeront la prophétie des prophètes qui m’ont précédé, et mes visions aussi ils les abrogeront pour proférer les éructations de leurs cœurs » [108]. Un autre exemple, dans une autre région, de l’Occident latin cette fois, et quelques décennies plus tard, est fourni par 5 Esdras ; il s’inscrit, lui, dans les débats entre Juifs et chrétiens et transforme Esdras, le prêtre et scribe de l’écrit biblique, et la figure emblématique da la canonisation des Écritures juives, en prophète annonçant le rejet d’Isarël au profit d’un peuple issu des nations [109]. Justin avait affirmé, lui, que les Juifs avaient supprimé le passage suivant (en Esdras 6, 19-22) : « Et Esdras dit au peuple : cette Pâque est notre sauveur et notre refuge…Et si nous croyons en lui, ce temple ne sera plus détruit… Si vous ne croyez pas en lui, ni n’écoutez sa prédication, vous serez raillerie pour les gentils » [110].
Les interpolations chrétiennes dans les apocryphes juifs, qui peuvent être plus tardives, sont un phénomène différent. Elles témoignent en faveur de l’autorité attribuée à ces écrits, mais, bien entendu, elles sont étrangères, voire contraires au processus de canonisation [111].
Aux ive et ve siècles, un retour partiel à l’autonomie des Écritures juives apparaît en Orient, chez les Pères qu’on a coutume de présenter comme appartenant à l’école d’Antioche, qui limitent la signification christologique de l’Ancien Testament, en revalorisant le sens historique. Mais cette divergence ne rencontre pas la question du Canon scripturaire.
Quant à la perception herméneutique de l’unité de la Bible chrétienne, exprimée par Origène et par beaucoup d’autres, elle n’efface pas la pluralité des « livres » qui la constituent. Pour l’Ancien Testament, le soin d’en dresser la liste exacte se manifeste très tôt.
Méliton, sous le règne de Marc Aurèle, dans le prologue de ses Eklogès, rapporte qu’il a composé ces « extraits de la Loi et des Prophètes » à la demande d’Onésime, au sujet du Sauveur et de toute la foi chrétienne ; ce « frère » a voulu aussi « connaître avec précision le nombre des anciens livres et l’ordre (τάξιζ) dans lequel ils sont placés » ; aussi Méliton est-il allé jusqu’en Judée-Palestine se renseigner, et il envoie la liste ainsi établie : les cinq livres « de Moïse », puis Jésus Navé, Juges, Ruth, quatre livres des Règnes, deux des Paralipomènes, les Psaumes de David, les Proverbes (ou la Sagesse) de Salomon, Ecclésiaste, Cantique des cantiques, Job ; les livres des Prophètes, Isaïe, Jérémie, les Douze en un seul livre, Daniel, Ézéchiel, Esdras [112]. Les traits caractéristiques d’un Canon scripturaire sont présents : exactitude, ordre et nombre des livres. La liste, même si Méliton s’est informé auprès de Judéens chrétiens et non directement auprès de rabbins, est le décalque d’un Canon juif. Ce n’est pas le lieu de rendre compte des particularités de ce catalogue. La question générale qu’il incite à poser est celle de la répartition des livres en grands ensembles. Les seuls termes génériques qu’il emploie sont « la Loi » et « les Prophètes », expression très fréquente chez les Pères, dans les développements où ne sont pas dressées des listes précises, pour désigner tout l’Ancien Testament. Sans doute ne faut-il pas trop tirer du témoignage de Méliton en faveur d’une bipartition du Canon juif à son époque. Il reste que le souci de ces chrétiens est de confronter leur Écriture sainte, celle où ils lisent des enseignements sur leur « Sauveur » et sur leur « foi », à sa forme historique exacte. La controverse persistante aux premiers siècles, la conscience de l’héritage commun et la perpétuation de pratiques de lecture, d’usages des textes ont fait évoluer le Canon chrétien sous l’influence du Canon juif [113], sans jamais effacer les différences qui tiennent, en milieu grec, à la forme et au contenu de la Bible selon la Septante, lesquelles sont quelque peu atténuées en Occident à partir de l’intervention de Jérôme et de son retour à la veritas Hebraica. Les historiens rencontrent là de grandes difficultés, d’autant que les textes qui constituent la Septante sont eux-mêmes authentiquement juifs à l’origine. Il est impossible ici de traiter de ces difficultés. Il faut se borner à en signaler quelques-unes et à indiquer dans quelles directions les recherches s’orientent.
Origène a consacré une situation ancienne, le fait que l’Église usait du texte de la Septante et d’une collection plus large que celle de la Bible juive, en déclarant que la Providence avait doté les chrétiens de cet Ancien Testament grec et qu’il fallait respecter l’interdit : « Tu ne déplaceras pas les bornes éternelles que tes prédécesseurs ont établies » [114]. C’est ce texte-là qui est inspiré dans ses moindres détails [115]. Il évite cependant d’invoquer des livres qui sont absents du Canon hébraïque, quand il envisage de discuter avec les Juifs sur l’Écriture [116]. Il n’a manifestement pas commenté les écrits dits plus tard deutérocanoniques, qui ne devaient pas être lus lors des assemblées liturgiques, selon une règle dérivée peut-être de la pratique synagogale [117]. Une catégorie de textes est ainsi mise à part ; le processus de canonisation qui se formalise plus strictement au ive siècle les distingue nettement des livres canoniques, comme en témoigne la Lettre festale 39 d’Athanase : « Mais pour plus d’exactitude je suis obligé d’ajouter ceci aussi à ma lettre, qu’il y a d’autres livres en dehors de ceux-là, qui ne sont pas canonisés, mais que l’usage reçu des Pères a prescrit de lire aux débutants qui veulent recevoir l’enseignement catéchétique de la vraie religion : la Sagesse de Salomon et la Sagesse de Sirach et Esther et Judith et Tobit… ». Épiphane les qualifie d’ « utiles » et de « profitables » [118]. Certains livres, qui ne font pas partie du Canon hébreu, ni du Canon chrétien, sont recommandés pour l’apprentissage des débutants ou pour l’enseignement moral.
Les recherches sur la répartition des livres en divers ensembles se sont nécessairement tournées vers la comparaison avec l’histoire du Canon hébreu, en conférant un rôle déterminant à la reconstruction pharisienne opérée par l’académie rabbinique de Jamnia/Yabneh au tournant des ier-iie siècles. Pour expliquer la présence dans la Bible chrétienne de livres ou de portions de livres absents du Canon rabbinique, on considère généralement que cette Bible venait des milieux qui lisaient des collections larges sur lesquelles l’influence des Pharisiens n’avait pu encore s’exercer d’une manière suffisante pour en éliminer les livres qu’ils n’admettaient pas, leur liste s’étant imposée seulement à l’occasion de la grande restauration accomplie par ces Pharisiens. On note aussi que la liste chrétienne s’est un peu plus développée dans les directions mêmes où la collection la plus restreinte avait commencé à s’étendre : la Bible grecque ajoute un pseudépigraphe salomonien, Sagesse, plus récent que l’Ecclésiaste et le Cantique ; elle a deux ajouts, Baruch et la Lettre de Jérémie, à l’addition pharisienne à Jérémie, les Lamentations ; elle ajoute les livres des Maccabées aux livres historiques plus récents, admis par les Pharisiens, les Chroniques et Esdras-Néhémie ; elle ajoute aux histoires romancées accueillies par la Bible pharisienne, Ruth, Jonas, Esther, deux autres : Tobit, Judith ; dans le cas du Siracide, il s’agit plutôt de nonélimination que d’admission [119]. Une telle présentation des faits, sans être fausse, doit être nuancée, depuis les interrogations nouvelles sur les étapes de l’histoire qui a conduit à la constitution du Canon massorétique, sur la nature ou la date des décisions attribuées à l’académie de Yabneh, en raison aussi de la grande diversité des usages attestés par les listes chrétiennes elles-mêmes. Les débats portent même sur la date de la tripartition Loi, Prophètes, Écrits ; les uns donnent un grand poids au témoignage du petit-fils de Jesus ben Sira, dans son prologue à la traduction grecque du Siracide (« Mon grand-père, qui se donna à fond à la lecture de la Loi, des prophètes et des autres livres de nos pères, et acquit une compétence remarquable en ces matières, fut conduit lui aussi à écrire un de ces textes dont l’objet est l’instruction et la sagesse » [120]), et considèrent comme certain que dès la deuxième moitié du iie siècle avant notre ère une troisième catégorie de livres, à côté de la Loi et des Prophètes, jouissait d’une très haute autorité, sans que la liste en fût close [121]. Les autres, contestant le sens donné à l’expression « les autres livres de nos pères », ainsi que le recours à 2 Maccabées 2, 13-15, à un texte de Qumrân, 4QMMT [122], à Philon (Vie contemplative 25) et à Lc 24, 44, estiment que les discussions rabbiniques concernant certains des Écrits prouvent qu’un Canon tripartite n’est pas encore élaboré et datent celui-ci de l’époque de Jamnia, ou même plus tard [123]. Les témoignages des Pères de l’Église peuvent être exploités pour progresser vers une solution. C’est la méthode qu’illustre une étude toute récente [124], qui, tout en apportant des arguments nouveaux en faveur d’une datation tardive du Canon rabbinique tripartite, formule des propositions très précieuses sur l’histoire du Canon chrétien de l’Ancien Testament. Elle fait apparaître en particulier la diversité et la variabilité des modèles qui ont eu cours aux premiers siècles, qu’il s’agisse du groupement des textes en plusieurs ensembles, du nombre des livres ou de leur ordre dans les listes.
La bipartition elle-même est changeante, de Méliton à Rufin, et entre Rufin et Augustin [125]. Des différences existent entre deux types de tripartition : l’un distingue livres historiques, poétiques et prophétiques (avec des variations importantes dans l’ordre des ensembles et dans les appellations) ; l’autre est celui de Jérôme, dans son prologue galeatus aux livres de Samuel et des Rois, qui dit décrire le Canon hébraïque de son temps : « Torath, c’est-à-dire Loi », ordo des Prophètes, ordo des hagiographes, tripartition qui se présente elle-même sous une double forme, « ce qui montre la fluidité relative de la Bible tripartite » à l’époque de Jérôme [126]. Quant aux genres différents de quadripartition, les quatre pentateuques d’Épiphane par exemple, ou la classification d’origine rhétorique de Junilius Africanus au vie siècle, ce sont des innovations, qui pourraient s’expliquer par une volonté de « christianiser » l’Ancien Testament [127].
Les Pères affirment souvent que le nombre des livres est de 22 chez les Hébreux et ils le mettent en rapport avec leurs 22 consonnes. Des décomptes très divers produisent ce total, qui inclut parfois des livres absents du Canon hébraïque, alors même que celui-ci est censé servir de référence [128]. Jérôme est le témoin patristique le plus sûr en faveur du nombre 24, attesté par une partie des sources juives anciennes, tandis que Flavius Josèphe parle des 22 livres de la Bible [129]. D’autres chiffres sont avancés aussi par les Pères. Certains sont manifestement porteurs d’un symbolisme chrétien ; ainsi le nombre de 27 livres, chez Epiphane [130], justifié par le fait que cinq des 22 lettres hébraïques ont deux formes, associe en un diptyque harmonieux l’Ancien Testament et les 27 écrits du Nouveau Testament [131]. D’une autre façon Cassiodore insiste sur cette harmonie, en rapprochant de l’unité de poids et de compte, la libra, comprenant 72 solidi, du total des 44 livres de l’AT (décompte d’Augustin) et des 27 du NT, augmenté du chiffre 1 de la Trinité [132].
Le statut, canonique ou non, du livre d’Esther ne fait pas l’unanimité des Pères. Les hésitations, voire les contradictions dont ils témoignent, renvoient au débat sur la clôture des Écrits et sont difficilement conciliables avec l’hypothèse plaçant cette clôture à l’époque hasmonéenne. Elles doivent être elles-mêmes le reflet d’incertitudes qui ne peuvent être antérieures à l’époque de Yabneh [133]. Dans le cas des livres appelés beaucoup plus tard deutérocanoniques, un flottement, voire un brouillage sont à noter chez les Pères. Quelques-unes des listes anciennes les citent sur le même plan que les livres canoniques ; quand elles les traitent à part, le plus souvent, les énumérations sont fort différentes, allant de 1 chez Origène décrivant le Canon des Hébreux [134] à 13 chez le Pseudo-Athanase. D’autre part, si les Pères les qualifient d’utiles et de profitables, ils se séparent sur la définition des bénéficiaires de leur lecture, tantôt les catéchumènes, tantôt les jeunes, sans plus de précision, ou encore « le peuple », pour son édification, mais « non pour confirmer l’autorité des doctrines ecclésiastiques » [135]. Le même auteur, en outre, peut placer tel ou tel de ces textes dans le groupe des « autres livres » et avoir recours à cet écrit, dans ses ouvrages, en lui donnant la même autorité qu’aux livres canoniques, ainsi Athanase pour Sagesse et pour Siracide [136]. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour expliquer ces fluctuations, au cas par cas, en tenant compte des milieux particuliers, des époques et de la visée des auteurs [137].
La grande diversité des manières de compter les livres, de les classer selon un ordre précis, de quantifier aussi la part des « autres livres », qui ne sont ni canoniques, ni « apocryphes », amène à s’interroger sur la valeur normative des listes anciennes, d’autant que synodes et conciles n’ont guère légiféré dans l’Antiquité sur ces points. On peut tout au plus citer, pour l’Orient, le canon 59 du Concile de Laodicée [138] et, pour l’Occident, le canon 36 du Concile de Carthage de 397 [139]. Les divergences entre cette dernière liste et le Canon des Écritures que donne Augustin dans le De Doctrina Christiana II, 8, en 396, alors qu’il siégeait au Concile de Carthage d’août 397 au moment du vote sur le Canon scripturaire, ont conduit les chercheurs à reconstituer l’histoire complexe de la rédaction de celui-ci, comme exemple de la difficile formation du Canon des Écritures en Occident [140]. Et le caractère temporaire de l’autorité d’une telle liste conciliaire est illustrée par la façon dont le même Augustin, entre 396 et 430, a pu changer d’opinion sur certains points au sujet du Canon biblique [141]. Beaucoup d’obscurités subsistent, à propos d’autres Pères et d’autres milieux, qui réclament des investigations.
Les recherches de codicologie, en lien avec l’activité des scriptoria et l’analyse des documents sur les pratiques commerciales des libraires peuvent apporter des lumières sur l’ordre des livres tant dans les manuscrits que dans les listes anciennes. Des travaux novateurs, en montrant par exemple le rôle pivot du Canon athanasien dans l’histoire de la production du Vaticanus, ou bien en scrutant la stichométrie des livres bibliques et des œuvres de Cyprien donnée par un indiculum d’origine latine et presque certainement africaine, vers 350, illustrent la puissance heuristique des études sur « la physique du Canon » [142]. Les conclusions obtenues confirment, s’il en était besoin, le constat qu’impose la diversité des listes ecclésiastiques : la fixation d’un Canon scripturaire intangible est fort loin d’être assurée à la fin du ive siècle, si tant est qu’elle l’ait été un jour. L’examen d’exemples concrets fait apparaître l’interaction de multiples facteurs : le support (rouleau ou codex), les listes et les titres, les scriptoria, et les autorités ecclésiastiques [143].
Si la délimitation des écrits dits plus tard deutérocanoniques et leurs relations avec les textes définis comme canoniques restent particulièrement floues, la sélection qui exclut les « apocryphes » est plus nette, même si des zones d’indécision demeurent. L’évolution qui fait passer certains d’entre eux d’un prestige relatif au rejet est en effet assez claire, du moins chez les témoins et acteurs des pratiques normatives. Origène est déjà plus strict qu’un Clément d’Alexandrie. Tertullien revendique le droit d’utiliser Hénoch, bien que cet ouvrage ne se trouve pas dans la Bible juive, tout en se montrant embarrassé par le fait que certains chrétiens le rejettent précisément pour cette raison [144]. Origène connaît le concept d’« apocryphes » et il ne donne jamais ce titre à des livres deutérocanoniques, mais, pour s’en tenir à ses œuvres transmises en grec, à la Prière de Joseph, à l’Histoire de Joseph et Aseneth, au Martyre d’Isaïe et à un apocryphe de Zacharie [145]. Il emprunte sûrement le terme aux Juifs alexandrins, de même que l’adjectif testamentaire (ένδιάθηκοζ), qui lui est opposé [146]. Il ne semble pas l’employer généralement dans un sens péjoratif : les apocryphes sont des écrits dignes d’intérêt, mais officiellement considérés comme non-scripturaires. Un seul passage pourrait comporter une autre inflexion. Ayant à commenter la parole de Jésus aux Sadducéens : « Vous êtes dans l’erreur, parce que vous ne connaissez pas les Écritures » (Mt 22, 29), Origène rejette trois interprétations, dont l’une consisterait à voir dans cette parole une allusion aux « discours secrets (τούζ άποκρύφουζλόγουζ), là où il semble qu’il soit écrit plus clairement au sujet de la vie bienheureuse » [147]. Le passage n’est pas dénué d’ironie ; il proscrit les apocryphes qui prétendent décrire, montrer la vie des justes dans l’au-delà [148]. On a constaté au demeurant qu’Origène, s’il a pu reconnaître que certains de ces écrits pouvaient aider l’interprète à découvrir le sens voilé du texte biblique, sans être en eux-mêmes sources des vérités les plus hautes, a exprimé une méfiance grandissante pour les apocryphes [149].
Au temps d’Athanase, la condamnation des apocryphes est prononcée : sa Lettre festale 39 est une exhortation à abandonner l’usage des apocryphes, étroitement liée à l’interdiction de communier avec les ariens et les mélitiens ; aux manœuvres des hérétiques est opposé le respect de l’unique canon authentique des Écritures, censé dépendre de la tradition et contenir les vraies doctrines [150]. En l’occurrence, l’accusation lancée par Athanase contre ses adversaires est sans fondement. Il reste que le recours à des apocryphes chez des « hérétiques » a contribué fortement au rejet ecclésiastique de ces ouvrages. Le cas de Mani, reprenant dans son livre des Géants un récit emprunté à la littérature hénochique, est un exemple particulièrement frappant [151].
La condamnation officielle, répétée sous diverses formes à partir du IVe siècle, n’a cependant pas empêché les apocryphes d’être lus, recopiés, retravaillés, réécrits, et n’a pas entravé la production de nouveaux textes mis sous le patronage de personnages bibliques. Le rejet a eu pour effet la disparition des textes complets, en grec, des apocryphes composés originellement ou traduits dans cette langue, et leur absence des manuscrits de la Septante, mais on sait comment la Vulgate a assuré une large diffusion des livres qu’on appelle 4, 5 et 6 Esdras [152]. Dans ces derniers cas on se trouve, à l’intérieur de la littérature chrétienne, à la limite indécise entre les apocryphes référés à l’Ancien Testament et les écrits qui ont subi le tri imposé par la définition d’un Canon du Nouveau Testament.
 
De la contestation à l’exclusion ou à la reconnaissance : l’instauration d’un Canon néotestamentaire
 
 
Les recherches de la dernière décennie sur l’histoire du livre ont insisté sur la prédilection chrétienne, très ancienne, pour le codex, et rendu plus que vraisemblable la réunion en un seul codex un peu avant 150 des quatre évangiles devenus plus tard canoniques [153]. L’existence d’une telle collection, produite par la sélection, pour les besoins de l’instruction et de la liturgie, de ces évangiles-là, n’a pas peu fait à son tour, pour renforcer leur autorité dans la conscience des lecteurs. Quant au corpus paulinien, on admet maintenant qu’il a existé sous la forme d’une édition des lettres aux sept églises antérieure à 140, c’est-à-dire à l’intervention de Marcion [154]. L’autorité des Actes des Apôtres est affirmée et fermement revendiquée par Irénée [155]. Parmi les épîtres qualifiées ultérieurement de « catholiques », certaines, comme 1 Jn et 1 P, sont très tôt objet de grand respect. Une zone indécise commence à ce niveau ; c’est alors qu’il convient d’employer le terme de canonisation dans un sens strict, en distinguant le statut scripturaire accordé à un écrit, et le statut canonique, attribuable seulement à partir du moment où l’existence d’une collection définie et close est attestée, ce qui renvoie à la deuxième moitié du ive siècle ; on ne peut parler auparavant que de formation progressive, faite d’expansions et de resserrements, selon un mouvement complexe qui fait coexister croissance et restriction, aux trois étapes les plus anciennes (émergence des quatre évangiles et des lettres de Paul, fin ier-iie siècle, apparition d’autres documents « néotestamentaires », de la fin du iie siècle au début du ive, effort pour fixer des limites, ive siècle) [156]. La première liste close, limitée à 27 écrits, est donnée par la Lettre festale 39 d’Athanase, qui met parmi « les autres livres » la « Doctrine des apôtres et le Pasteur », au même rang que les deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Ces « autres livres », qui sont encore au temps d’Eusèbe source d’hésitation, conservent une grande dignité, aux marges du canon, comme le montre la présence de Barnabé et du Pasteur dans le codex Sinaiticus et de 1 et 2 Clément dans l’Alexandrinus, après l’Apocalypse de Jean. La double dynamique d’expansion et de limitation affecte les écrits dits « contestés » (άμφιβαλλόμενα) au moins depuis Origène, écrits dont le nombre et la nature restent fluctuants. Une autre distinction se dessine entre les livres « contestés » et ceux qui finissent par être complètement rejetés.
La polémique ecclésiastique contre les gnostiques a entraîné, nous l’avons rappelé, le rejet d’évangiles, ou de textes rapportés aux disciples de Jésus, qui avaient cours chez eux. Il en est allé de même pour les écrits qui étaient l’expression des courants judéo-chrétiens, au sens strict du terme. Dorénavant l’association à un groupe dont la doctrine et/ou la pratique étaient suspectes devenait un motif suffisant de rejet. Un exemple clair est fourni par le sort de l’Évangile de Pierre : Sérapion d’Antioche ne voit rien à lui reprocher tant qu’on ne l’a pas convaincu qu’il est lu à Rhossos par des gens soupçonnés d’hérésie et tant qu’il n’a pas constaté qu’à Antioche même il est entre les mains de personnes coupables de docétisme. Encore se contente-t-il de dire, sur le fond, qu’il y a trouvé, « pour la majeure partie la doctrine droite du Sauveur, avec quelques additions différentes ». Le fait de pouvoir être rangé parmi « les pseudépigraphes mis sous le nom » de Pierre et des autres apôtres ne devient un défaut qu’en raison du premier soupçon [157]. Clément, dans des cas semblables, use d’une autre tactique : tout en signalant que telle parole invoquée par les adversaires ne se trouve pas « dans les quatre évangiles qui nous ont été transmis, mais dans l’Évangile des Egyptiens », il s’ingénie à lui donner un sens conforme à la doctrine qu’il juge droite ; ce travail d’assimilation orthodoxe de tout propos prêté à Jésus ou à ses disciples et apôtres obéit à une stratégie constante chez lui [158]. Mais il fait exception. La coutume qui s’établit est d’exclure. La sélection qui en résulte, avec la canonisation d’écrits néotestamentaires, n’est pas unanime, et une grande diversité se manifeste selon les textes et à des époques et dans des milieux différents. Le cas de l’Apocalypse de Jean est à cet égard exemplaire. Entrée dans la liste des écrits reconnus assez tôt en Occident, malgré des signes d’hostilité à Rome au début du iiie siècle [159], elle reste longtemps contestée en Orient, après les critiques de Denys d’Alexandrie, suscitées par la force du courant millénariste en Egypte. Amphiloque d’Iconium, à l’extrême fin du ive siècle, peut encore écrire : « Quant à l’Apocalypse de Jean encore, les uns l’approuvent, mais le plus grand nombre, certes, l’appelle fausse » [160].
Le statut relativement incertain encore au iiie siècle d’écrits rejetés plus tard comme apocryphes peut être illustré par la façon dont un Origène, qui cite couramment les Actes des Apôtres et les attribue à Luc, utilise, sans les nommer, d’autres Actes, qu’il mentionne ailleurs avec prudence, pour étayer la tradition relative aux régions évangélisées par les Apôtres [161].
Il est impossible ici de dresser ne serait-ce qu’une liste des éléments à prendre en compte pour présenter un état de la question du Canon néotestamentaire [162]. Nous nous bornerons à citer, et à commenter brièvement, un texte charnière, qui témoigne des hésitations persistantes aux premières décennies du ive siècle et qui indique les critères de sélection en vigueur, l’exposé d’Eusèbe de Césarée en HE III, 25 [163] :
1. Arrivés à ce point, il nous paraît opportun de donner une liste récapitulative des écrits du Nouveau Testament, que nous avons signalés. Il faut assurément placer au premier rang la sainte tétrade des Évangiles, que suit l’écrit des Actes des Apôtres ; 2. après celui-ci, il faut compter les Épîtres de Paul, à la suite desquelles il faut ratifier l’appartenance de la Première Épître attribuée à Jean et semblablement de la Première de Pierre ; en plus de ces textes il faut y ranger, si on le juge bon, l’Apocalypse de Jean ; nous exposerons au moment convenable les opinions à son sujet.
3. Tels sont les textes à mettre dans les livres reçus.
Parmi les écrits contestés, mais connus du plus grand nombre, il y a l’Épître dite de Jacques et celle de Jude, ainsi que la Deuxième de Pierre et les Épîtres nommées Deuxième et Troisième de Jean, qu’elles soient de l’évangéliste ou d’un autre portant le même nom. 4. Parmi les inauthentiques sont à ranger aussi l’écrit des Actes de Paul, l’ouvrage dit Le Pasteur, l’Apocalypse de Pierre ; en outre l’Épître attribuée à Barnabé et ce que l’on appelle les Enseignements des Apôtres et encore, comme je l’ai dit, l’Apocalypse de Jean, si on le juge bon ; certains, commeje l’ai dit, la suppriment, alors que d’autres la font entrer dans les livres reçus. 5. Certains ont aussi compté dans le même ensemble l’Évangile selon les Hébreux, qui plaît surtout à ceux des Hébreux qui ont accepté le Christ.
Tous ces livres pourraient bien être au nombre des écrits contestés ;
6. nous avons trouvé nécessaire pourtant d’en dresser le catalogue, en distinguant les écrits qui, selon la tradition ecclésiastique, sont vrais, non pas fabriqués, dûment reconnus, et ceux qui en diffèrent : écrits non testamentaires, mais contestés, qui pourtant sont connus de la plupart de ceux qui appartiennent à l’Église ; ainsi pourrons-nous savoir ce que sont ces écrits et les autres, présentés par les hérétiques sous le nom des apôtres, qu’ils contiennent des Évangiles censés être de Pierre, de Thomas, de Matthias, ou d’autres encore, ou des Actes censés être d’André, de Jean et des autres apôtres ; ces écrits-là, jamais personne parmi les gens de l’Église régis par les successions (légitimes) n’a jugé digne d’en rappeler en aucune façon le souvenir dans un ouvrage ; 7. au demeurant, le caractère de l’expression y est fort éloigné du style apostolique, la pensée et l’intention de ce qui s’y trouve sont en complet désaccord avec l’orthodoxie véridique ; autant de preuves manifestes qu’il s’agit de fabrications de faussaires hérétiques ; c’est pourquoi il ne faut pas même les ranger parmi les écrits inauthentiques, mais on doit les proscrire comme tout à fait absurdes et impies.
Ce chapitre récapitule les observations faites par Eusèbe à partir de la documentation qu’il a recueillie chez ses prédécesseurs, et s’efforce de présenter de façon synthétique les jugements portant sur les textes qui ont pu à un moment ou à un autre, à tel ou tel endroit, prétendre au statut d’Écriture néotestamentaire. Il veut aussi établir ce qu’on peut appeler, de façon encore anachronique, un Canon du Nouveau Testament. Le regard rétrospectif qu’Eusèbejette sur l’histoire antérieure, afin de tenter de fixer des normes pour le présent, suscite chez lui l’embarras. Cet embarras ne s’exprime pas seulement devant la place incertaine de l’Apocalypse de Jean, que l’historien est contraint de mentionner à la fois parmi les livres reçus et parmi les inauthentiques, mais encore à travers l’ambiguïté de la catégorie des écrits « contestés », qualifiés aussi d’ « inauthentiques », alors que certains d’entre eux sont doués de l’autorité relative que leur confère le fait d’être « connus » des gens de l’Église ; une ambiguïté dont Eusèbe cherche à se libérer en introduisant finalement une distinction plus tranchée entre les livres seulement « contestés » et « les fabrications de faussaires hérétiques ». Cet embarras est instructif, en ce qu’il rappelle combien le sens critique doit rester éveillé encore aujourd’hui quand on examine le processus de canonisation. L’exposé d’Eusèbe a en outre le mérite, parce qu’il est en même temps celui d’un érudit et celui d’un homme d’Église, de faire apparaître l’interaction complexe de la critique savante d’authenticité, héritée de la philologie hellénistique, et du souci pastoral d’édicter des normes. Celles-ci sont l’orthodoxie [164] et la reconnaissance par la majorité des églises. Cet exposé récapitulatif et les autres développements d’Eusèbe sur le sujet montrent que la norme d’apostolicité ne va pas jusqu’à exiger la certitude absolue sur l’identité de l’auteur. Science critique et enseignement dogmatique font ici alliance. Quant à la gêne qui se manifeste dans la terminologie et les distinctions proposées, elle est comme la trace de la résistance des faits au geste voulant arrêter un instant les flux multiples qui alternativement étendent ou rétrécissent les rives mouvantes de la terre ferme, elle-même entamée parfois par une lame de fond. Dans la zone incertaine des courants contraires, la règle de l’accord majoritaire ne cesse de se heurter à une autre légitimité, celle des usages locaux. Les mouvements qui agitent la périphérie ne sont pas sans effet sur le centre, sur le Canon lui-même.
La floraison de recherches nouvelles sur les littératures dites « apocryphes » au cours des dernières décennies a attiré l’attention sur l’importance de cette périphérie, qu’il s’agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament. La relation qu’il convient de maintenir entre l’histoire de la formation du Canon et l’histoire de l’interprétation est revenue aussi au cœur de l’investigation. L’usage social des textes, dans les diverses communautés, a permis de mieux cerner les raisons de l’extension du corpus scripturaire et de l’émergence des « autres écrits », comme dit Athanase. Les travaux de codicologie et de critique textuelle sont exploités par les historiens de la canonisation. La « physique » du Canon a en outre des conséquences psychologiques : il est certain que les progrès de la technique du livre au ive siècle, à partir du moment où il fut possible de réunir en un seul livre l’ensemble de la Bible chrétienne, Ancien et Nouveau Testament, donnèrent au concept de Canon une forme concrète, rendant irréversible le processus qui conduisait à sa définition [165]. ■
 
NOTES
 
[1]Decr. 18 (p. 15, 20 ; PG 25, 448 A). Bruce M. Metzger consacre un appendice très précis et complet à l’histoire du mot κανών (The Canon of the New Testament. Its Origin, Development, and Significance, Oxford, 1987, p. 289-293).
[2]Lettre festale 39 (PG 26, 1436 B et 1437 C), transmise partiellement en grec par plusieurs manuscrits (édition la plus récente : St. Sakkos, dans Tomos Heortios khiliostes hexakosiostes epeteiou Megalou Athanasiou, ed. I. Mantzarides, Tessaloniki, 1974, p. 129-196). La version copte de cette Lettre est plus complète (voir Atanasio Alessandria. Lettere festali, introduzione, traduzione et note di A. Camplani, Milano, 2003, p. 188 ; 498-518 ; 601). En 363, déjà, le concile de Laodicée en Phrygie déclare que seuls τά κανονικά, opposés aux άκανόνιστα, doivent être lus dans l’Église (Canon 59).
[3]Stromates, VI, 15, 125, 3 (traduction de P. Descourtieux, SC 446 [1999], p. 309).
[4]Strom, VI, 15, 125, 2.
[5]Histoire Ecclésiastique, VI, 25, 3 (traduction de G. Bardy, SC 41 [1955], p. 126).
[6]HE VI, 25, 1.
[7]Fragment des Eklogés cité par Eusèbe DE CÉSARÉE, HE IV, 26, 14 : « les livres de l’Ancien Testament (τά τήζ παλαιάζ διαθήκηζ βιβλία) ». Et déjà 2 Co 3,14.
[8]Y.- M. Blanchard, Aux sources du canon. Le témoignage d’Irénée, Paris, 1993, II, IV, a montré que le terme désignait chez Irénée, en même temps que les deux parties des Écritures chrétiennes, une « réalité théologique plus englobante ».
[9]Strom. III, 6, 54, 4 ; 11, 71, 3 ; IV, 21, 134, 2-4 ; cf. I, 8, 44, 3 ; V, 1, 3, 3 ; 13, 85, 1 ; VII, 16, 100, 5 ; voir A. le Boulluec, « De l’usage de titres « néotestamentaires » chez Clément d’Alexandrie », dans M. Tardieu (éd.), La formation des canons scripturaires, Paris, 1993, p. 191-202 (191-193).
[10]A.-M. Denis (et collaborateurs), Introduction à la littérature religieuse judéo-hellénistique, Turnhout, 2000, pp. XI-XIV.
[11]La citation est conforme au texte grec transmis par le livret sur parchemin de Gizeh, coté pap. (sic) Cair. 10759 ; voir A.-M. Denis, o. c, pp. 106-107 et 112.
[12]Voir la discussion de P. Prigent dans SC 172 [1971], p. 93-95, et l’état de la question dans A.-M. Denis, o. c, p. 114.
[13]Un dossier partiel sur ce sujet est présenté par A.-M. Denis, o. c, pp. 114-119 et 122.
[14]D. R. Schultz, « The Origin of Sin in Irenaeus and Jewish Pseudepigraphical Literature », dans Vigiliae Christianae 32, 1978, pp. 161-190 (174; 178-180) ; cf. A.-M. Denis, o. c, p. 114.
[15]Voir A.-M. Denis, o. c, p. 105.
[16]Pour la bibliographie sur ce livret et sur son contenu, partagé entre la collection A. Chester Beatty et l’Université de Michigan, voir A.-M. Denis, o. c, pp. 109-11 et 786.
[17]Nous laissons de côté ici un fait capital dans l’extension du canon, l’honneur réservé à nombre de livres qualifiés d’apocryphes, à proscrire, par l’Église grecque et l’Église latine, dans les Églises orientales, notamment l’Église d’Éthiopie (voir R. Beylot, dans M. Albert et al., Christianismes orientaux. Introduction à l’étude des langues et des littératures, Paris, 1993, p. 235, et P. Piovanelli, « Les aventures des apocryphes en Éthiopie », Apocrypha 4, 1993, p. 197-224). On sait l’abondance des traductions d’apocryphes en copte, syriaque, arménien, géorgien, éthiopien, arabe.
[18]Hermas, Le Pasteur, Vision 2, 3, 4.
[19]Voir A.-M. Denis, o. c, p. 478.
[20]Ainsi nommée parce que le texte complet n’existe plus que dans cette version ; on l’appelle aussi 2 Baruch.
[21]Voir A.-M. Denis, o. c, p. 728.
[22]C’est peut-être une interpolation, faite au plus tard au Ve siècle en Afrique, d’une traduction latine d’un apocryphe très proche de 2 Baruch, dépendant de lui (voir P. BOGAERT, Apocalypse syriaque de Baruch, vol. 1, SC 144 [1969], p. 259-269).
[23]Strom. V, 11, 77, 2.
[24]Voir A.-M. Denis, o. c, p. 795-799.
[25]Clément de Rome, Épître aux Corinthiens, 8, 3 (voir l’édition annotée de A. Jaubert, SC 167 [1971], p. 113) ; cf. Clément d’Alexandrie, Pédagogue I, 10, 91, 2. Il n’est pas certain que les cinq textes différents cités par les Pères (les deux auteurs précédents et Tertullien, Epiphane, avec des échos chez d’autres), que les témoignages de ceux-ci autorisent à faire venir d’écrits mis sous le nom d’Ézéchiel et absents du livre canonique du prophète, soient tous extraits du même apocryphe, mentionné par la Synopse du Pseudo-Athanase et par la Suchométrie de Nicéphore (voir A.-M. Denis, o. c, p. 777-787).
[26]Strom. III, 16, 100, 3.
[27]Strom. VI, 15, 132, 2-3 ; Clément tient sûrement du même écrit la connaissance qu’ont les « mystes » du troisième nom de Moïse, « Melchi », après son « assumption » (άνάληψιζ, terme auquel fait écho άνάλαμβανόμενοζ, « élevé », en Strom. VI, 15, 132, 2). La seule citation grecque correspondant au texte latin nommé depuis l’editio princeps de A. M. Ceriani (1861) Assomption ou Testament de Moïse est faite par Gélase de Cyzique, Histoire ecclésiastique II, 17, 17 ; la relation entre cet écrit conservé en latin et celui auquel renvoient d’autres références grecques, comme celles de Clément, reste débattue (voir J. Tromp, The Assumption of Moses. A critical edition with commentary, Leiden, 1993, p. 87-128 : histoire de la recherche, et A.-M. Denis, o. c., p. 451-455).
[28]Voir J. Mélèze Modrzejewski, Les Juifs d’Égypte de Ramsès II à Hadrien, Paris, 1997, p. 255-283.
[29]On dit trop souvent cependant que les Juifs n’ont pas d’existence concrète dans la visée de Clément. En réalité, dès le prologue du Stromate I, il les choisit comme interlocuteurs, avec les Grecs (voir A. Le Boulluec, « Pour qui, pourquoi, comment ? Les « Stromates » de Clément d’Alexandrie », dans J.-D. Dubois et B. Roussel (éd.), Entrer en matière. Les prologues, Paris, 1998, p. 23-36 [31-32]). Son dessein est même de les convertir (voir Strom. II, 1, 2, 1).
[30]D. Barthélemy, « L’état de la Bible juive depuis le début de notre ère jusqu’à la deuxième révolte contre Rome (131-135) », dans J.-D. Kaestli et O. Wermelinger (éd.), Le Canon de l’Ancien Testament, Genève, 1984, p. 9-45 (p. 24-25) situe la canonisation des livres saints accomplie par les Pharisiens dans le prolongement de l’intervention des « transmetteurs très conservateurs du texte prémassorétique » qui déjà avant la période maccabéenne admettaient le principe que l’interruption de la chaîne des Prophètes à l’époque perse avait clos la liste des livres saints, et qui n’accueillaient en complément de la Torah et des Prophètes que ceux des livres considérés comme ayant été écrits par des inspirés avant cette époque.
[31]Ainsi E. Ulrich peut-il conclure que la bibliothèque de Qumrân ne donne pas de l’« Écriture » une image différente de celle du judaïsme palestinien en général à la fin de la période du second Temple : la loi et les prophètes sont tenus pour parole de Dieu, sans que les frontières de la collection prophétique (incluant les Psaumes et Daniel) soient parfaitement claires ; il semble que Job et les Proverbes aient le statut scripturaire, mais que 1 Hénoch et les Jubilés aient plus de titres à ce rang ; le reste des Écrits est connu, mais n’a pas de position éminente ; il n’y a pas encore de Canon à proprement parler (« Qumran and the Canon of the Old Testament », dans J.-M. Auwers et H.J. de Jonge (éd.), The Biblical Canons, Leuven, 2003, pp. 57-80 (pp. 76-78).
[32]Clement, Épître aux Corinthiens 45, 2 ; 53, 1. Nous renvoyons à l’exposé très complet de Y.-M. Blanchard, o. c. ci-dessus n. 8, pp. 33-36.
[33]Clement, Cor. 43, 1 (« les autres prophètes ont suivi » Moïse, « en appuyant de leurs témoignages les lois qu’il avait instituées »). Barn, cite comme « Écriture » Is 5, 21 ; cf. 11, 2-4 ; 14, 6-9.
[34]Clement, Cor. 57, 3-7, citant Prov 1, 23-33.
[35]Barn. 4, 7-8 ; cf. Clement, Cor. 53 ; voir le commentaire de P. Prigent, SC 172, pp. 98-100, et Y.-M. Blanchard, o. c., p. 47.
[36]Voir Barn. 16, 5b et 6b (cf. 1 Hénoch 89, 56-74 et 91, 13). Nous ne traitons pas ici de la façon particulière dont Barn. prétend citer l’Écriture, dans des passages où il dépend de documents antérieurs résultant de la réécriture de textes bibliques (voir par exemple Barn. 15, 1-2 et le commentaire de P. Prigent, ad loc.).
[37]Nous suivons ici Y.-M. Blanchard, o. c., p. 54.
[38]Telle est la démonstration que propose P. F. Beatrice, en découvrant dans les deux écrits la même intention polémique contre des courants ou tendances antinomistiques et enthousiastes conduisant à un comportement encratite : « Une citation de l’Évangile de Matthieu dans l’Épître de Barnabé », dans J.-M. Sevrin (éd.), The New Testament in Early Christianity. La réception des écrits néotestamentaires dans le christianisme primitif, Leuven, 1989, pp. 231-245.
[39]Voir, dans l’Introduction à la Didachè, SC 248 [1978], l’exposé fortement argumenté sur ce point de W. Rordorf, pp. 83-91.
[40]C.M Tuckett, « Synoptic Tradition in the Didachè », dans J.-M. Sevrin (éd.), o. c. ci-dessus n. 38, p. 197-230 (p. 208), et surtout A. Lindemann, « Die Endzeitrede in Didachè 16 und die Jesus-Apokalypse in Matthäus 24-25 », dans W. L. Petersen, J. S. Vos, H. J. de Jonge (éd.), Sayings of Jesus : Canonical and Non Canonical. Essays in Honour of Tjitze Baarda, Leiden, 1997, p. 155-174. P. Prigent avait déjà émis une telle opinion (L’Épître de Barnabé I-XVI et ses sources, Paris, 1961, p. 154).
[41]Nous renvoyons à la présentation synthétique de Y.-M. Blanchard, o. c. ci-dessus n. 8, p. 47. On a noté aussi que ce logion de forme proverbiale a été ajouté dans de nombreux manuscrits en Mt 20, 16 (B. M. Metzger, o. c. ci-dessus n. 1, p. 57).
[42]Il est réconfortant de trouver la question posée par un bon connaisseur, B. Dehandschutter : pourquoi Mt n’aurait-il pas exercé une influence avant d’accéder au statut d’écrit canonique ? (« Polycarp’s Epistle to the Philippians. An Early Example of "Reception" », dans J.-M. Sevrin (éd.), o. c. ci-dessus n. 38, p. 290, n. 63). Il ne faudrait pas pour autant nier la légitimité et la justesse des études qui repèrent dans les citations patristiques la persistance de formes de « dits » de Jésus qui remontent à d’autres documents que les évangiles canoniques. M.-É. Boismard, par exemple, a pu conclure que les Pères, à commencer par Justin, pour aller jusqu’à Cyrille d’Alexandrie, quand ils citent Mt 5, 16 et 37, utilisent soit le texte de Mt, soit le plus souvent (et Justin exclusivement) un énoncé plus archaïque, conservé dans un catéchisme en vue du baptême, comportant surtout des « paroles » de Jésus à portée moralisante (« Une tradition para-synoptique attestée par les Pères anciens », dans J.-M. Sevrin (éd.), o. c., pp. 177-195.
[43]Phld 8, 2, selon la traduction généralement reçue de ce passage, depuis W. Bauer, en dépit de nombreuses controverses ; elle est admise par P. Th. Camelot, E. Molland, H. F. von Campenhausen, J. A. Fischer. À la nouvelle mise en cause de l’authenticité des Lettres d’Ignace et de leur datation haute, des objections fortes ont été opposées (voir les répliques à l’article de R. Hübner paru dans Zeitschrift für antikes Christentum 1, 1997, pp. 44-72, de A. Lindemann, "Antwort auf die « Thesen zur Echtheit und Datierung der sieben Briefen des Ignatius von Antiochien", Zeitschrift für antikes Christentum 1, 1997, pp. 185-194, M.J. Edwards, « Ignatius and the Second Century : An Answer to R. Hübner », ibid. 2, 1998, pp. 214-226 et H. Vogt, « Bemerkungen zur Echtheit der Ignatiusbriefen », ibid. 3, 1999, pp. 50-63).
[44]Cela n’exclut pas la référence, sous-jacente, à un document écrit ; le concept d’« évangile » a en effet dans le contexte de Phld 8, 2 un sens plus précis et plus restreint que « bonne nouvelle » du Christ : il renvoie à « la venue du Sauveur », à la « Passion » et à la « Résurrection » ; cela atteste au moins l’affermissement de la transmission littéraire (voir H. Paulsen, Studien zur Theologie des Ignatius von Antiochien, Göttingen, 1978, pp. 37-39 ; 43 ; 56-59) ; B. Dehandschutter, art. cit. ci-dessus n. 42, p. 290, va jusqu’à reconnaître en Smyrn. 1, 1 ; 6, 1 ; Pol. 2, 2 la dette d’Ignace non pas à un matériau oral, de type matthéen, mais à Mt même.
[45]Voir Trall. 10, 1 ; Smyrn. 2, 1 ; 4, 2.
[46]Y.-M. Blanchard, o. c. ci-dessus n. 8, pp. 22-31, insiste à juste titre sur le primat de la transmission orale pour Ignace.
[47]Pr 3, 34 en Éph. 5, 2 et Pr 18, 17 en Magn. 12.
[48]1 Tm 5, 18, où est citée comme « Écriture », après Dt 25, 4, la parole : « L’ouvrier mérite son salaire » qui a des parallèles en Mt 10, 10 et Lc 10, 7, ne contredit pas cette assertion. La tradition manuscrite des trois passages atteste des essais d’harmonisation ; l’autorité scripturaire accordée à une parole de Jésus ne vise pas forcément l’un des évangiles appartenant à la collection destinée à devenir le Nouveau Testament.
[49]2 P 1, 20, selon la Tob.
[50]Cf. H. Paulsen, Der Zweite Petrusbrief und der Judasbrief, Göttingen, 1992, p. 175 ; A. Lindemann, « Die Sammlung der Paulusbriefe im 1. und 2. Jahrhundert », dans J.-M. Auwers et H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 321-351 (pp. 341-342).
[51]C’est la conclusion de A. Lindemann, art. cit. ci-dessus n. 50, p. 341. K. Berding, Polycarp and Paul, Leiden, 2002, donne une analyse très fine des références pauliniennes de Polycarpe.
[52]Polycarpe, Phil. 12, 1, traduction de P. Th. Camelot, SC 10 [1951], p. 221, modifiée.
[53]R. Burnet, Épîtres et lettres. ier-iie siècle. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne, Paris, 2003, p. 374, se fondant sur les travaux de B. Dehandschutter (art. cit. ci-dessus n. 42, et de P. Hartog, Polycarp and the New Testament, Tübingen, 2002).
[54]R. Burnet, o. c., p. 370-375, étudie excellemment les causes et les effets de cette mutation.
[55]A. Lindemann, art. cit. ci-dessus n. 50, p. 324, reprend avec raison la distinction faite entre « Canon » et « Écriture » par A. C. Sundberg, Art. « Canon of the New Testament », dans Interpreter’s Dictionary of the Bible, Suppl. 1988 (8e édition), p. 137.
[56]Comme nous avons tenté de le montrer dans La notion d’hérésie dans la littérature grecque. iie-iiie siècles, Paris, 1985, pp. 39-91.
[57]Que l’on admette une seule Apologie, ou deux Apologies réunies en une, les années 153-155 sont à retenir (voir A. Wartelle, Saint Justin. Apologies, Paris, 1987, pp. 28-35) ; le Dialogue avec Tryphon est de peu postérieur.
[58]H. Koester, « The Text of the Synoptic Gospels »,dans W. L. Petersen (éd.), Gospels Traditions in the Second Century, Notre Dame, 1989, pp. 28-33 ; cf. A.J. Bellinzoni, « The Gospel of Matthew in the Second Century », The Second Century, 1992, pp. 197-258 (p. 239-242) ; C. D. Allert, Revelation, Truth, Canon and Interpretation. Studies in Justin Martyr’s Dialogue with Trypho, Leiden, 2002, penche aussi pour le recours à une harmonie, « post-synoptique » (pp. 196-202, 217-219).
[59]L’une des études les plus probantes en ce sens est celle de G. N. Stanton, « Jesus Traditions and Gospels in Justin Martyr and Irenaeus », dans J.-M. Auwers et H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 353-370 (pp. 354-366), que nous suivons ici.
[60]C’est le verbe διδάσκειν, au passif, qui est employé.
[61]G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 356, met en lumière la portée de cette introduction. A. J. Bellinzoni, The Sayings of Jesus in the Writings of Justin Martyr, Leiden, 1967, pp. 49-100, a étudié la forme textuelle des paroles de Jésus retenues en 1 Apol. 15-17 et traité de leurs sources.
[62]G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 358.
[63]Voir 1 Apol. 61, 3.4-8 ; 63, 3-5 ; Dial. 17, et la démonstration de G. N. Stanton, art. cit., p. 359.
[64]Les trois emplois de γέγραπται accompagnant des citations de Mt dans le Dialogue (49, 5 ; 100, 1 ; 105, 6) n’ont pas en effet pour fonction de donner valeur normative à ces textes.
[65]Voir G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 359-360.
[66]1 Apol. 66, 3, où il est difficile de voir une glose postérieure ; cf. L. Abramowski, « Die "Erinnerungen der Apostel" bei Justin », dans P. Stuhlmacher (éd.), Das Evangelium und die Evangelien, Tübingen, 1983, pp. 341-354, citée par G. N. Stanton, p. 360.
[67]Voir Dial. 88, 3 ; 103, 8 ; en 106, 3, la mention des Mémoires de « Pierre », à propos du changement de nom de l’Apôtre, vise très vraisemblablement l’Évangile de Marc, l’allusion suivante aux deux fils de Zébédée, surnommés « fils du tonnerre », ne pouvant renvoyer qu’à Mc 3, 17, comme le souligne G. N. Stanton, art. cit., p. 362, en accord avec T. Zahn, A. Harnack et L. Abramowski.
[68]Voir J. W. Pryor, « Justin Martyr and the Fourth Gospel », The Second Century 9, 1992, pp. 153-169.
[69]On trouve notamment chez lui des agrapha (en Dial. 35, 3 et 47, 5). La preuve n’a pas été donnée, par ailleurs, qu’il ait utilisé un évangile apocryphe (E. F. Osborn, Justin Martyr, Tübingen, 1973, p. 129-130). La mention de la naissance de Jésus dans une grotte (Dial. 78, 5) n’est pas suffisante pour impliquer une dépendance envers le Protévangile de Jacques, dont la forme la plus ancienne, au demeurant, doit dater de la même époque. Quant à l’allusion au feu s’allumant dans le Jourdain lorsque Jésus y descend (Dial. 88, 3), elle est à distinguer de la tradition présente dans l’Évangile des Ébionites sur « la grande lumière » apparue après la vision de la colombe et la voix venue du ciel (fragment cité par Épiphane, Panarion, XXX, 13, 7-8).
[70]G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 365, se fondant sur M. Dibelius, From Tradition to Gospels, London, 1934, p. 40, N. Hyldahl, « Hegesipps Hypomnemata », Studia Theologica 14, 1960, pp. 70-113 et L. Abramowski, art. cit. ci-dessus n. 66.
[71]1 Apol. 67, 3-4 ; la lecture est faite de ces Mémoires « ou bien des écrits des Prophètes » : la possibilité d’un tel choix est un signe de plus de la haute valeur des Mémoires des Apôtres (voir G. N. Stanton, art. cit., p. 361).
[72]Une trace ténue d’une lecture de l’évangile à l’assemblée liturgique se trouve peut-être dans l’Apologie d’Aristide d’Athènes, datée de 124-125 d’après Eusèbe (voir l’introduction de B. Pouderon dans SC 470 [2003], pp. 32-46), selon la version syriaque, un meilleur témoin du texte originel que la forme grecque (voir B. Pouderon, SC 470, p. 144sq.) : « Que le Fils de Dieu demeura dans une fille d’homme, c’est ce qui est enseigné dans l’Évangile énoncé chez eux il y a quelque temps pour être prêché — et dont vous-même saisiriez le sens si vous le lisiez » (II, 4, traduction de M.-J. Pierre, qui a édité la version syriaque, SC 470, p. 188sq.) ; c’est ce que suggère K. Schneider, « Die Apologet Aristides als Zeuge der neutestamentlichen Schriftwerdung », dans Hairesis. Festschrift für Karl Hoheisel, Münster 2002, pp. 226-231 (229 et 231).
[73]Notons, avec G. N. Stanton, ibid., que cette dernière précision montre qu’il n’y a pas encore de lectionnaire.
[74]Telle est la définition que tire E. Ulrich, art. cit. ci-dessus n. 31, p. 58, des articles consacrés à ce sujet dans les dictionnaires théologiques ; cf. Id., « The Notion and Definition of Canon », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders, The Canon Debate : On the Origin and Formation of the Bible, Peabody, 2002, pp. 21-35.
[75]H. F. von Campenhausen, La formation de la Bible chrétienne (traduction française de D. Appia et M. Dominicé), Genève, 1971, p. 89.
[76]Contre les hérésies, III, 11, 8.
[77]Contre les hérésies, III, 11, 8 ; cf. III, 9, 1, 12.
[78]Voir A. von Harnack, Marcion, l’évangile du Dieu étranger, traduit par B. Lauret et suivi de contributions de B. Lauret, G. Monnot et É. Poulat, avec un essai de M. Tardieu, Cerf, Paris, 2003.
[79]Quant à la thèse, qui a longtemps prévalu, en raison notamment de l’autorité scientifique de H. F. von Campenhausen et de son ouvrage Die Entstehung der christlichen Bibel, Tübingen, 1968 (cf. ci-dessus n. 74), reprenant les jugements de A. von Harnack et de J.J. Knox, selon laquelle Marcion aurait été le créateur d’un corpus « canonique » au sens précis, d’un « Nouveau Testament » en deux parties, l’Apôtre (Paul) et l’Évangile, elle est aujourd’hui nuancée, voire contestée, par la critique, qui développe les arguments déjà avancés par W. G. Kümmel (voir son Einleitung in das Neue Testament, 14e édition, Heidelberg, 1965, traduction anglaise, Londres, 1965, p. 342-343 ; voir aussi A. Lindemann, Paulus im ällesten Christentum, Tübingen, 1979).
[80]Terme commode, mais, on le sait, inexact, puisque c’est d’abord une désignation hérésiologique et que très peu d’entre les chrétiens mis sous cette étiquette se sont appelés eux-mêmes ainsi. Les « gnostiques », d’autre part, sont loin de constituer un ensemble homogène. En matière de doctrine scripturaire, notamment, il y a des divergences entre eux (voir par exemple B. Pearson, « Use, Authority and Exegesis of Mikra in Gnostic Literature »,dans M.J. Mulder, H. Sysling (éd.), Mikra. Text, Translation, Reading and Interpretation of the Hebrew Bible in Ancient Judaism and Early Christianity, Assen, Philadelphia, 1988, pp. 635-652).
[81]Rappelons simplement que beaucoup de traités de la bibliothèque copte de Nag Hammadi se présentent comme des révélations faites à des proches de Jésus, Jacques, Pierre, Jean fils de Zébédée, Thomas, ou aussi à Paul, ou bien sont placés sous leur patronage. Certains portent le mot « évangile » dans leur titre.
[82]Pheme Perkins, « Gnosticism and the Christian Bible », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders (éd.), o. c. ci-dessus n. 74, pp. 355-371 (p. 363). Les tableaux qu’elle compose des citations de la Bible chrétienne dans les textes de Nag Hammadi confirment cette conclusion (pp. 366-369). Elle semble minimiser cependant la production d’écrits appelés « évangiles » ou mis sous le patronage de disciples de Jésus : ils manifestent, sinon le désir de remplacer par d’autres les textes communément reçus comme tels, du moins de faire de ce recours au modèle évangélique le moyen de prédilection pour donner autorité au message.
[83]Il suffit ici de mentionner les attaques répétées d’Irénée contre leur exégèse de passages d’Isaïe (par exemple Contre les hérêsies II, 22, 1 ; I, 5, 4 ; cf. I, 29, 4 ; 30, 6 ; II, 9, 2 ; en I, 19, 1, Irénée rapporte que Is 1, 3, Os 4, 1, Ps 13, 2-3 sont invoqués pour prouver que le Père transcendant était inconnu de tous avant la venue du Christ). Irénée atteste en I, 30, 10-11 que selon les gnostiques les Prophètes ont fait des révélations « sur le Premier Homme, sur l’Éon incorruptible et sur le Christ d’en haut ».
[84]La vision de Dieu ne peut concerner pour eux que l’auteur du monde et les Prophètes ne connaissent pas le Dieu invisible (voir Irénée, Contre les hérésies IV, 20, 5, et R. Polanco Fermandois, El concepto de profecía en la teología de San Ireneo, Madrid, 1999, pp. 7-9).
[85]Ils commentaient aussi des λόγοι άπόκρυφοι mis sous le nom d’apôtres comme Glaukias, « interprète de Pierre », et Matthias (voir M. Tardieu, « Basilide », dans R. Goulet (dir.), Dictionnaire des Philosophes Antiques, II, Paris, 1994, p. 87).
[86]Jean est en général une autorité essentielle pour les gnostiques (voir A. Orbe, Estudios Valentinianos I, II, III, IV, Rome, 1955, 1958, 1961, 1968). Les recherches sur les textes gnostiques relatifs à Jean ont montré la haute antiquité de la tradition johannique ésotérique, qui pourrait remonter à la période de rédaction du quatrième évangile (J.-D. Dubois, « L’exégèse des gnostiques et l’histoire du Canon des Écritures », dans M. Tardieu, éd., Les règles de l’interprétation, Paris, 1987, p. 94). Paul est lui-même l’un de leurs auteurs de prédilection (voir E. H. Pagels, The Gnostic Paul. Gnostic Exegesis of the Pauline Letters, Philadelphia, 1975).
[87]Justin y renvoie en 1 Apol. 26, 8 ; c’est probablement le même ouvrage que le Contre Marcion signalé par Eusèbe d’après Irénée (H. E. IV, 11, 8).
[88]M. Simon, Verus Israel, Paris, 1964, p. 196, n. 1 ; cf. H. F. von Campenhausen, o. c. ci-dessus n. 75, p. 84-85, se fondant sur Dial. 23, 1 ; 27, 2-4 ; 30, 1 ; sur les traces possibles de polémique contre Marcion et contre les gnostiques dans le Dialogue, voir A. Le Boulluec, o. c. ci-dessus n. 56, pp. 200-202.
[89]Dial. 11, 2 ; 93, 1.
[90]Dial. 18, 2 ; 19, 5-6 ; 20, 4 ; 21, 1 ; 22 ; 46, 5.
[91]Pour une analyse plus complète, je me permets de renvoyer à mon ouvrage cité ci-dessus n. 56, pp. 203-209.
[92]Lettre à Flora, 5, 1-6, 6 (texte, traduction et introduction de G. Quispel, SC 24, 1949).
[93]Lettre à Flora, 7, 3-4. Ch. Markschies a mis en lumière les particularités, que je ne prends pas ici en considération, de la théologie de Ptolémée d’après la Lettre à Flora : « New Research on Ptolemaeus Gnosticus », Zeitschrift für Antikes Christentum 4, 2000, pp. 225-254. L’un des traits originaux de cette théologie, par rapport à d’autres systèmes valentiniens, est que le « Sauveur » paraît être un mode d’existence du Démiurge, le Dieu de la Loi, lui-même dans une relation subordonnée et inférieure d’« image » avec le Dieu « parfait », suprême (Lettre à Flora, 3, 6.7 ; 7, 7). La partie « symbolique » (Lettre, 5, 8-9) implique l’existence du Dieu transcendant, bon en soi, d’une autre essence que le Démiurge, Dieu de la Loi (cf. Lettre, 7, 5. 6).
[94]Lettre à Flora, 4, 4 et 4, 11-12, pour faire le tri entre ce qui dans la Loi est composé des préceptes de Moïse, des préceptes des Anciens du peuple et des préceptes de Dieu lui-même (qui sont à leur tour divisés en trois parties) ; Mt 5, 39 en 6, 3, pour l’abolition de la partie mauvaise dans la Loi.
[95]1 Co 5, 7, Lettre à Flora 5, 15 ; Eph 2, 15 et Rm 7, 12, Lettre à Flora 6, 6.
[96]Jn 1, 3 en 3, 6.
[97]Cf. J.-D. Dubois, art. cit. ci-dessus n. 86, pp. 89-97.
[98]Il se flatte lui-même d’avoir réussi là où ses prédécesseurs, « pourtant bien supérieurs », ont échoué (Contre les hérésies, IV, Préface, 2).
[99]L’éclairage donné par H. F. von Campenhausen est particulièrement important (o. c. ci-dessus n. 75, pp. 143-174). Il convient maintenant de lire Y.-M. Blanchard, o. c. ci-dessus n. 8, qui récapitule les résultats des travaux antérieurs et pose des questions nouvelles, par exemple celles que soulève l’hésitation apparente d’Irénée entre une structure binaire (les « deux Testaments ») et la tripartition Prophètes, Seigneur, Apôtres (p. 137 sq.). Fondamental est aussi l’ouvrage de R. Polanco Fermandois, cité ci-dessus n. 84.
[100]Voir la présentation synthétique de E. Osborn, Irenaeus of Lyons, Cambridge, 2001, p. 180-182. Que l’enjeu principal pour les gnostiques aussi ait été herméneutique, Ph. Perkins le souligne à juste titre, art. cit. ci-dessus n. 82, p. 371.
[101]Contre les hérésies, I, 8, 1.
[102]Voir W. C. van Unnik, « De la règle Μητέ προσθείναι μητέ άφελείν dans l’histoire du Canon », Vigiliae Christianae 3, 1949, pp. 1-36, et Ch. Schàublin, « Μητέ προσθείναι μητέ άφελείν », Museum Helveticum 31, 1974, pp. 144-149.
[103]Dans la traduction latine : neque additamentum neque ablationem recipiens.
[104]Contre les hérésies, IV, 33, 8.
[105]Ces conclusions sont obtenues par H. Paulsen, qui critique la majoration du rôle accordé au montanisme dans la formation du Canon par Harnack et par Zahn, au terme d’une argumentation très solide, fondée sur l’analyse des témoignages anciens, « Die Bedeutung des Montanismus für die Herausbildung des Kanons », Vigiliae Christianae 32, 1978, pp. 19-52.
[106]Com Jn, V, Prologue, 5 (traduction de M. Harl, Philocalie 1-20. Sur les Écritures, SC 302, p. 293). Dans le même contexte, Origène condamne aussi la sélection opérée par Marcion et ses disciples : « Ils ne comprennent pas que, de même qu’est Unique celui que plusieurs annoncent, de même, par sa puissance, est unique l’Évangile écrit par plusieurs, celui qui, à travers quatre évangiles, est réellement un Évangile unique » (ibid., 6, p. 297).
[107]L’idée que l’ouvrage reflète deux phases dans la vie d’un groupe prophétique chrétien, proposée par E. Norelli, explique le mieux la structure de l’écrit et sa portée : voir son introduction à l’Ascension d’Isaïe dans F. Bovon, P. Geoltrain (dir.), Écrits apocryphes chrétiens, Paris, 1997, pp. 503-505, et son commentaire dans Ascensio Isaiae (éditée par P. Bettiolo, A. Kossova Giambelluca, C. Leonardi, E. Norelli, L. Perrone, 1. Textus, 2. Commentarius, CCSA 7-8, Turnhout, 1995).
[108]Ascension d’Isaïe, 3, 31, traduction de Enrico Norelli, dans F. Bovon, P. Geoltrain (dir.), o. c., p. 518.
[109]Voir l’introduction de P. Geoltrain dans F. Bovon, P. Geoltrain (dir.), o. c., pp. 635-637.
[110]Dialogue avec Tryphon, 72, 1 ; voir A.-M. DENIS, o. c. ci-dessus n. 10, p. 1267 (haggada probable de la communauté de Jérusalem, greffée sur 1 Co 5, 7).
[111]Il convient de noter cependant que ce processus ne porte pas sur la forme, les variantes textuelles de tel ou tel écrit, mais sur le document lui-même, tel que la tradition le désigne (voir E. Ulrich, art. cit. ci-dessus n. 31, p. 59).
[112]D’après la citation d’Eusèbe, HE, IV, 26, 14.
[113]Voir la conclusion, en forme d’hypothèse, concernant la distinction qui s’est fait jour dans le christianisme entre «apocryphes», livres tenus pour saints, et « autres livres », de É. Junod, « La formation et la composition de l’Ancien Testament dans l’Église grecque des quatre premiers siècles », dans J.-D. Kaestli et O. Wermelinger (éd.), o. c. ci-dessus n. 30, pp. 105-151 (p. 133), qui fournit en annexe la traduction des principales sources grecques pour cette période.
[114]Voir Lettre à Africanus 8 (avec le commentaire de N. de Lange ad loc, SC 302, p. 533 sur cette règle, associant Prov 22, 28 ; 23, 10 ; Dt 19, 14) et É. Junod, art. cit., p. 116sq.
[115]Voir, entre autres passages, Traité des principes IV, 1, 6; Com Ps 1 (Philocalie 1, 28).
[116]Voir E. Norelli, « Canone », dans A. Monaci Castagno (dir.), Origene. Dizionario, Rome, 2000, p. 55, sur Tobit, les parties grecques de Daniel, Sagesse.
[117]É. Junod, art. cit. ci-dessus n. 112, p. 120.
[118]Sur les poids et mesures, 4, où il ne mentionne que Sagesse et Siracide (de même en Panarion 1, 8, 6, 1-4).
[119]D. Barthélemy, art. cit. ci-dessus n. 30, p. 42, qui, dans ce tableau d’ensemble, ne traite pas de toutes les questions qui se posent.
[120]Traduction de G. Dorival, dans M. Harl, G. Dorival, O. Munnich, La Bible grecque des Septante, Paris, 1988, p. 87.
[121]A. van der Kooij fait remonter l’importance accordée à ces « livres des pères » à la politique religieuse des dirigeants maccabées, « Canonization of Ancient Hebrew Books and Hasmonaean Politics », dans J.-M. Auwers, H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 27-38.
[122]En fait 4Q397, comme le note G. Dorival, « L’apport des Pères de l’Église à la question de la clôture du Canon de l’Ancien Testament », o. c. ci-dessus n. 31, p. 90, fragments 14-21, lignes 10-11 : « Nous vous avons (écrit) pour que vous puissiez étudier le livre de Moïse et les livres des Prophètes et celui/ceux (?) de David ».
[123]L. M. McDonald, The Formation of the Christian Biblical Canon, Peabody, 1995 ; voir G. Dorival, art. cit. ci-dessus n. 121, p. 87. Voir aussi J. C. Trebolle Barrera, « Origins of a Tripartite Old Testament Canon », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders (éd.), o. c. ci-dessus n. 74, pp. 128-145, et J. P. Lewis, « Jamnia Revisited », ibid., p. 146-162.
[124]G. Dorival, art. cit., pp. 81-110, qui étudie dans ce sens les listes fournies par les principales sources patristiques, grecques et latines. Les informations et les hypothèses ainsi fournies sortent du cadre du présent article. Un examen complémentaire est fourni par Z. Zevit, « The Second-Third Century Canonization of the Hebrew Bible and Its Influence on Christian Canonizing », dans A. van der Kooij, K. van der Torn (éd.), Canonization and Decanonization, Leiden, 1998, p. 139sq.
[125]Voir G. Dorival, art. cit., p. 85-86.
[126]G. Dorival, art. cit., p. 90.
[127]Id., p. 91.
[128]G. Dorival, art. cit., pp. 93-95, décrit ces « manipulations ».
[129]Contre Apion I 38-41 ; G. Dorival, p. 97-98 met en lumière l’importance de l’une des deux tripartitions mentionnées par Jérôme, celle qui fait passer Ruth et Lamentations de l’ordre des Prophètes (où Rt était compté avec Juges et Lm avec Jérémie) à celui des hagiographes, où ils deviennent deux écrits autonomes : elle est à rapporter à des innovations de la liturgie juive et à la constitution en cours des cinq rouleaux. G. Dorival (pp. 98-101) montre aussi l’utilité des sources patristiques pour éclairer la question difficile du « déclassement » de certains livres, passés, semble-t-il, des Prophètes aux Écrits (Daniel, Esdras, peut-être les Psaumes, voire Job)
[130]Sur les poids et mesures 3-4, repris par Jean Damascène, Sur la foi orthodoxe IV 17.
[131]G. Dorival, art. cit., p. 95.
[132]Id., p. 96.
[133]D’autres indices incitent G. Dorival, p. 103-104, à proposer une date plus tardive (entre 250 et 350).
[134]Le livre des « Maccabaïques », sans doute 1 M (voir G. Dorival, art. cit., p. 105).
[135]Jérôme, Prologue aux livres de Salomon ; voir G. Dorival, art. cit., p. 106-107.
[136]Voir J. Leemans, « Athanasius and the Book of Wisdom », Ephemerides Theologicae Lovanienses 73, 1997, pp. 349-369 ; « Canon and Quotation. Athanasius’Use of Jesus Sirach », dans J.-M. Auwers, H.J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 265-277.
[137]G. Dorival, art. cit., p. 107-108, indique des pistes nouvelles, du côté des sources rabbiniques, pour trouver l’origine de la désignation « autres livres », ou livres qui sont « en dehors » des livres canoniques, et qui sont en même temps seulement « lus » (selon Origène, Athanase, Rufin, Jérôme), et non pas objets d’étude.
[138]Date incertaine, vers 400 (P.-M. Bogaert, « Aux origines de la fixation du canon : Scriptoria, listes et titres. Le Vaticanus et la stichométrie de Mommsen », dans J.-M. Auwers, H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, p. 159) ; voir la traduction de R-P. Joannou dans Fonti, fasc. IX, Discipline générale antique (IVe-IXe siècles), t. I, 2, Grottaferrata, 1963, p. = 154-155 (cf. É. Junod, art. cit. ci-dessus n. 112, p. 144-145).
[139]Ainsi que le canon 24 in causa Apierii et le canon 47 du Concile de Carthage de 435.
[140]Voir l’étude approfondie de A.-M. la Bonnardière, « Le canon des divines Écritures », dans Ead. (dir.), Saint Augustin et la Bible, collection « Bible de tous les temps » 3, Paris, 1986, pp. 287-301 (pp. 291-294).
[141]A.-M. la Bonnardière, art. cit., pp. 296-301.
[142]L’expression est de P.-M. Bogaert, acteur éminent dans ces enquêtes (voir tout spécialement son article cité ci-dessus n. 137).
[143]P.-M. Bogaert, art. cit., p. 155.
[144]De cultu feminarum (I, 3, 1-3) ; voir E. Junod, art. cit. ci-dessus n. 113, p. 113.
[145]É. Junod, art. cit., p. 121, évite prudemment de faire une entière confiance aux traducteurs latins d’Origène, qui ont pu introduire des préoccupations et des distinctions qui leur étaient propres.
[146]É. Junod, art. cit., p. 122. ; cf. W. Alder, « The Pseudepigrapha in the Early Church », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders (éd.), o. c. ci-dessus n. 74, p. 222 ; voir aussi les observations pénétrantes de F. Schmidt, « L’Écriture falsifiée. Face à l’inerrance biblique : l’apocryphe et la faute », Le Temps de la réflexion 5, 1984, p. 147-165.
[147]ComMt XVII, 35. Un peu plus loin le recours aux « discours secrets » est assimilé à « une chose qui n’a pas l’assentiment des croyants ».
[148]On pourrait voir ici une transformation chrétienne du motif qui avait conduit les rabbins à exclure la littérature apocalyptique, parce que ces écrits de visions avaient pu inspirer des révoltes contre Rome aux conséquences désastreuses (cf. G. DORIVAL, art. cit. ci-dessus n. 121, p. 100).
[149]Voir É. Junod, art. cit. ci-dessus n. 113, pp. 120-121, et W. ALDER, art. cit. ci-dessus n. 146, pp. 218-221.
[150]Voir A. Camplani, Atanasio di Alessandria, Lettere festali, Milan, 2003, p. 83 et 500.
[151]Voir M. Tardieu, Le manichéisme, Paris, 1981, pp. 59-62. On suppose même que l’entrée de ce livre dans le canon manichéen a entraîné chez les chrétiens qui utilisaient le corpus hénochique l’exclusion de l’écrit qui avait servi de source à Mani (et dont J. T. Milik a repéré des fragments à Qumrân), et son remplacement par le Livre des paraboles (voir A.-M. Denis, o. c. ci-dessus n. 10, p. 97). Notons aussi qu’Athanase attaque nommément les « manichéens » dans la Lettre festale 39, d’après le nouveau fragment copte récemment identifié (§ 25, A. Camplani, o. c., p. 514, et E. Lucchesi, « Un nouveau complément aux Lettes festales d’Athanase », Analecta Bollandiana 119, 2001, pp. 255-260).
[152]Voir P. Geoltrain, dans F. Bovon, P. Geoltrain (dir.), Écrits apocryphes chrétiens, Paris, 1997, p. 637.
[153]Voir T. C. Sketat, « The Origins of the Christian Codex », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 102, 1994, pp. 263-268 ; « The Oldest Manuscript of the Four Gospels », New Testament Studies 43, 1997, pp. 1-34 ; cf. G. N. Stanton, « The Fourfold Gospel », Ibid., pp. 317-346 ; « The Early Reception of Matthew’s Gospel. New Evidence from Papyri », dans D. E. Aune (éd.), The Gospel of Matthew in Current Studies, Grand Rapids, 2001, pp. 42-61 ; P. Balla, « Evidence for an Early Christian Canon (Second and Third Century) », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders, o. c. ci-dessus n. 74, pp. 372-385 ; voir aussi D. D. Schmidt, « The Greek New Testament as a Codex », et E.J. Epp, « Issues in the Interrelation of New Testament Textual Criticism and Canon », ibid., pp. 469-484 et 485-515.
[154]Cf. H. Y. Gamble, « The New Testament Canon : Recent Research and the Status Quaestionis », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders, o. c., pp. 267-294 (p. 283).
[155]Par exemple, Contre les hérésies, III, 12 ; sur le processus de canonisation des Actes et sur leur place à l’intérieur du Nouveau Testament, voir J. Schroter, « Die Apostelgeschichte und die Entstehung des Neutestamentlichen Kanons », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders, o. c., pp. 395-429.
[156]La distinction faite par A. C. Sundberg entre « Écritures » et « Canon » a inspiré une grande partie des travaux récents sur la formation du Canon : voir l’article de H. Y. Gamble cité ci-dessus n. 153. Un élément nouveau est aussi la remise en cause de la datation du « Canon de Muratori », reportée par A. C. Sundberg au ive siècle : « Canon Muratori : A Fourth Century List », Harvard Theological Review 66, 1973, pp. 1-41 ; la date traditionnelle, fin du iie siècle, garde cependant de forts soutiens : voir J. Verheyden, « The Canon Muratori : A Matter of Dispute », dans J.-M. Auwers, H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 487-556.
[157]Eusèbe cite l’extrait du traité de Sérapion Sur l’Évangile dit de Pierre en HE VI, 12, 3-6 : pour l’interprétation, voir É. Junod, « Comment l’Évangile de Pierre s’est trouvé écarté des lectures de l’Église dans les années 200 », dans J.-D. Kaestli, D. Marguerat (dir.), Le mystère apocryphe. Introduction à une littérature méconnue, Genève, 1995, pp. 43-46.
[158]Voir A. le Boulluec, art. cit. ci-dessus n. 9, et Clément, Strom. III, 13, 93.
[159]Un certain Gaius attribuait même l’écrit à l’hérétique Cérinthe (sur cette tradition, et sur celle des « aloges »,voir M. Dulaey, Victorin de Poetovio, premier exégète latin, Paris, 1993, t. 1, pp. 137-138).
[160]ïambes à Séleucos, 316-318. P.-M. Bogaert, art. cit. ci-dessus n. 138, p. 169, note que « Ap 4, 4-5 pourrait bien avoir été le lieu biblique auquel les chrétiens latins ont accroché leur première réflexion sur une fixation du canon ».
[161]Voir É. Junod, « Origène, Eusèbe et la tradition sur la répartition des champs de mission des apôtres (HE III, 1, 1-3) », dans F. Bovon, et alii, Les actes apocryphes des apôtres. Christianisme et monde païen, Genève, 1981, pp. 233-246.
[162]Voir H. Y. Gamble, art. cit. ci-dessus n. 153 ; E. Ferguson, « Factors Leading to the Selection and Closure of the New Testament Canon : A Survey of Some Recent Studies », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders (éd.), o. c. ci-dessus n. 74, pp. 295-320.
[163]Voir A. le Boulluec, « Écrits « contestés », « inauthentiques » ou « impies » ? », dans S. Mimouni, éd., Apocryphité. Histoire d’un concept transversal aux religions du Livre, Turnhout, 2002, pp. 153-165. Le même texte a fait indépendamment l’objet de l’étude de E. R. Kalin, « The New Testament Canon of Eusebius », dans L. M. McDonald, J. A. Sanders, o. c. ci-dessus n. 74, pp. 386-404.
[164]H. J. de Jonce a récemment étudié la persistance de cette norme dans les listes anciennes définissant le Canon et dans les travaux modernes et contemporains sur le sujet : « The New Testament Canon », dans J.-M. Auwers, H. J. de Jonge (éd.), o. c. ci-dessus n. 31, pp. 309-319.
[165]Voir R. A. Kraft, « The Codex and Canon Consciousness », dans L. M. McDonald,J. A. Sanders, o. c. ci-dessus n. 74, pp. 229-233.
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Decr. 18 (p. 15, 20 ; PG 25, 448 A). Bruce M. Metzger consa...
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Lettre festale 39 (PG 26, 1436 B et 1437 C), transmise part...
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Stromates, VI, 15, 125, 3 (traduction de P. Descourtieux, S...
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Strom, VI, 15, 125, 2. Suite de la note...
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Histoire Ecclésiastique, VI, 25, 3 (traduction de G. Bardy,...
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Fragment des Eklogés cité par Eusèbe DE CÉSARÉE, HE IV, 26,...
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[8]
Y.- M. Blanchard, Aux sources du canon. Le témoignage d’Iré...
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Strom. III, 6, 54, 4 ; 11, 71, 3 ; IV, 21, 134, 2-4 ; cf. I...
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A.-M. Denis (et collaborateurs), Introduction à la littérat...
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[11]
La citation est conforme au texte grec transmis par le livr...
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[12]
Voir la discussion de P. Prigent dans SC 172 [1971], p. 93-...
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D. R. Schultz, « The Origin of Sin in Irenaeus and Jewish P...
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Pour la bibliographie sur ce livret et sur son contenu, par...
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Strom. V, 11, 77, 2. Suite de la note...
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[53]
R. Burnet, Épîtres et lettres. ier-iie siècle. De Paul de T...
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[54]
R. Burnet, o. c., p. 370-375, étudie excellemment les cause...
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[55]
A. Lindemann, art. cit. ci-dessus n. 50, p. 324, reprend av...
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[56]
Comme nous avons tenté de le montrer dans La notion d’hérés...
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[57]
Que l’on admette une seule Apologie, ou deux Apologies réun...
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[58]
H. Koester, « The Text of the Synoptic Gospels »,dans W. L....
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[59]
L’une des études les plus probantes en ce sens est celle de...
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[60]
C’est le verbe διδάσκειν, au passif, qui est employé. Suite de la note...
[61]
G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 356, met en lu...
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[62]
G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 358. Suite de la note...
[63]
Voir 1 Apol. 61, 3.4-8 ; 63, 3-5 ; Dial. 17, et la démonstr...
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[64]
Les trois emplois de γέγραπται accompagnant des citations d...
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[65]
Voir G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 359-360. Suite de la note...
[66]
1 Apol. 66, 3, où il est difficile de voir une glose postér...
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[67]
Voir Dial. 88, 3 ; 103, 8 ; en 106, 3, la mention des Mémoi...
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[68]
Voir J. W. Pryor, « Justin Martyr and the Fourth Gospel », ...
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[69]
On trouve notamment chez lui des agrapha (en Dial. 35, 3 et...
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[70]
G. N. Stanton, art. cit. ci-dessus n. 59, p. 365, se fondan...
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[71]
1 Apol. 67, 3-4 ; la lecture est faite de ces Mémoires « ou...
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[72]
Une trace ténue d’une lecture de l’évangile à l’assemblée l...
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[73]
Notons, avec G. N. Stanton, ibid., que cette dernière préci...
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[74]
Telle est la définition que tire E. Ulrich, art. cit. ci-de...
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[75]
H. F. von Campenhausen, La formation de la Bible chrétienne...
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[76]
Contre les hérésies, III, 11, 8. Suite de la note...
[77]
Contre les hérésies, III, 11, 8 ; cf. III, 9, 1, 12. Suite de la note...
[78]
Voir A. von Harnack, Marcion, l’évangile du Dieu étranger, ...
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[79]
Quant à la thèse, qui a longtemps prévalu, en raison notamm...
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[80]
Terme commode, mais, on le sait, inexact, puisque c’est d’a...
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[81]
Rappelons simplement que beaucoup de traités de la biblioth...
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[82]
Pheme Perkins, « Gnosticism and the Christian Bible », dans...
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[83]
Il suffit ici de mentionner les attaques répétées d’Irénée ...
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[84]
La vision de Dieu ne peut concerner pour eux que l’auteur d...
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[85]
Ils commentaient aussi des λόγοι άπόκρυφοι mis sous le nom ...
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[86]
Jean est en général une autorité essentielle pour les gnost...
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[87]
Justin y renvoie en 1 Apol. 26, 8 ; c’est probablement le m...
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[88]
M. Simon, Verus Israel, Paris, 1964, p. 196, n. 1 ; cf. H. ...
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[89]
Dial. 11, 2 ; 93, 1. Suite de la note...
[90]
Dial. 18, 2 ; 19, 5-6 ; 20, 4 ; 21, 1 ; 22 ; 46, 5. Suite de la note...
[91]
Pour une analyse plus complète, je me permets de renvoyer à...
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[92]
Lettre à Flora, 5, 1-6, 6 (texte, traduction et introductio...
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[93]
Lettre à Flora, 7, 3-4. Ch. Markschies a mis en lumière les...
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[94]
Lettre à Flora, 4, 4 et 4, 11-12, pour faire le tri entre c...
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[95]
1 Co 5, 7, Lettre à Flora 5, 15 ; Eph 2, 15 et Rm 7, 12, Le...
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[96]
Jn 1, 3 en 3, 6. Suite de la note...
[97]
Cf. J.-D. Dubois, art. cit. ci-dessus n. 86, pp. 89-97. Suite de la note...
[98]
Il se flatte lui-même d’avoir réussi là où ses prédécesseur...
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[99]
L’éclairage donné par H. F. von Campenhausen est particuliè...
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[100]
Voir la présentation synthétique de E. Osborn, Irenaeus of ...
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[101]
Contre les hérésies, I, 8, 1. Suite de la note...
[102]
Voir W. C. van Unnik, « De la règle Μητέ προσθείναι μητέ άφ...
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[103]
Dans la traduction latine : neque additamentum neque ablati...
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[104]
Contre les hérésies, IV, 33, 8. Suite de la note...
[105]
Ces conclusions sont obtenues par H. Paulsen, qui critique ...
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[106]
Com Jn, V, Prologue, 5 (traduction de M. Harl, Philocalie 1...
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[107]
L’idée que l’ouvrage reflète deux phases dans la vie d’un g...
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[108]
Ascension d’Isaïe, 3, 31, traduction de Enrico Norelli, dan...
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[109]
Voir l’introduction de P. Geoltrain dans F. Bovon, P. Geolt...
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[110]
Dialogue avec Tryphon, 72, 1 ; voir A.-M. DENIS, o. c. ci-d...
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[111]
Il convient de noter cependant que ce processus ne porte pa...
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[112]
D’après la citation d’Eusèbe, HE, IV, 26, 14. Suite de la note...
[113]
Voir la conclusion, en forme d’hypothèse, concernant la dis...
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[114]
Voir Lettre à Africanus 8 (avec le commentaire de N. de Lan...
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[115]
Voir, entre autres passages, Traité des principes IV, 1, 6;...
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[116]
Voir E. Norelli, « Canone », dans A. Monaci Castagno (dir.)...
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[117]
É. Junod, art. cit. ci-dessus n. 112, p. 120. Suite de la note...
[118]
Sur les poids et mesures, 4, où il ne mentionne que Sagesse...
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[119]
D. Barthélemy, art. cit. ci-dessus n. 30, p. 42, qui, dans ...
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[120]
Traduction de G. Dorival, dans M. Harl, G. Dorival, O. Munn...
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[121]
A. van der Kooij fait remonter l’importance accordée à ces ...
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[122]
En fait 4Q397, comme le note G. Dorival, « L’apport des Pèr...
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[123]
L. M. McDonald, The Formation of the Christian Biblical Can...
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[124]
G. Dorival, art. cit., pp. 81-110, qui étudie dans ce sens ...
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[125]
Voir G. Dorival, art. cit., p. 85-86. Suite de la note...
[126]
G. Dorival, art. cit., p. 90. Suite de la note...
[127]
Id., p. 91. Suite de la note...
[128]
G. Dorival, art. cit., pp. 93-95, décrit ces « manipulation...
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[129]
Contre Apion I 38-41 ; G. Dorival, p. 97-98 met en lumière ...
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[130]
Sur les poids et mesures 3-4, repris par Jean Damascène, Su...
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[131]
G. Dorival, art. cit., p. 95. Suite de la note...
[132]
Id., p. 96. Suite de la note...
[133]
D’autres indices incitent G. Dorival, p. 103-104, à propose...
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[134]
Le livre des « Maccabaïques », sans doute 1 M (voir G. Dori...
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[135]
Jérôme, Prologue aux livres de Salomon ; voir G. Dorival, a...
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[136]
Voir J. Leemans, « Athanasius and the Book of Wisdom », Eph...
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[137]
G. Dorival, art. cit., p. 107-108, indique des pistes nouve...
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[138]
Date incertaine, vers 400 (P.-M. Bogaert, « Aux origines de...
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[139]
Ainsi que le canon 24 in causa Apierii et le canon 47 du Co...
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[140]
Voir l’étude approfondie de A.-M. la Bonnardière, « Le cano...
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[141]
A.-M. la Bonnardière, art. cit., pp. 296-301. Suite de la note...
[142]
L’expression est de P.-M. Bogaert, acteur éminent dans ces ...
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[143]
P.-M. Bogaert, art. cit., p. 155. Suite de la note...
[144]
De cultu feminarum (I, 3, 1-3) ; voir E. Junod, art. cit. c...
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[145]
É. Junod, art. cit., p. 121, évite prudemment de faire une ...
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[146]
É. Junod, art. cit., p. 122. ; cf. W. Alder, « The Pseudepi...
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[147]
ComMt XVII, 35. Un peu plus loin le recours aux « discours ...
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[148]
On pourrait voir ici une transformation chrétienne du motif...
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[149]
Voir É. Junod, art. cit. ci-dessus n. 113, pp. 120-121, et ...
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[150]
Voir A. Camplani, Atanasio di Alessandria, Lettere festali,...
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[151]
Voir M. Tardieu, Le manichéisme, Paris, 1981, pp. 59-62. On...
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[152]
Voir P. Geoltrain, dans F. Bovon, P. Geoltrain (dir.), Écri...
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[153]
Voir T. C. Sketat, « The Origins of the Christian Codex », ...
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[154]
Cf. H. Y. Gamble, « The New Testament Canon : Recent Resear...
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[155]
Par exemple, Contre les hérésies, III, 12 ; sur le processu...
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[156]
La distinction faite par A. C. Sundberg entre « Écritures »...
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[157]
Eusèbe cite l’extrait du traité de Sérapion Sur l’Évangile ...
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[158]
Voir A. le Boulluec, art. cit. ci-dessus n. 9, et Clément, ...
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[159]
Un certain Gaius attribuait même l’écrit à l’hérétique Céri...
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[160]
ïambes à Séleucos, 316-318. P.-M. Bogaert, art. cit. ci-des...
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[161]
Voir É. Junod, « Origène, Eusèbe et la tradition sur la rép...
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[162]
Voir H. Y. Gamble, art. cit. ci-dessus n. 153 ; E. Ferguson...
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[163]
Voir A. le Boulluec, « Écrits « contestés », « inauthentiqu...
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[164]
H. J. de Jonce a récemment étudié la persistance de cette n...
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[165]
Voir R. A. Kraft, « The Codex and Canon Consciousness », da...
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