Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 341 à 342
doi: en cours

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Tome 92 2004/3

2004 Recherches de science religieuse

Théologie en modernité et postmodernité

Pierre Gibert
Sans préjuger de sommaires ultérieurs ni marquer la moindre réserve par rapport à la formule des Dossiers, c’est un numéro particulièrement riche dans sa diversité que nous proposons avec celui-ci, ce que ne peut que confirmer la thématique des articles.
La théologie, sa nature, ses enjeux, ses implications dans la culture contemporaine, justifie le regroupement des trois premiers articles puisque A. Ganoczy la confronte aux problèmes soulevés par les neurosciences, que G. Rémy traite du « bon usage » de l’analogie et de l’image qu’on peut pratiquer avec elle, et que J. -M. Aveline, à partir de la confrontation de Tillich à la pensée de Schelling, et en posant la question de la philosophie de la religion, s’interroge sur le rapport de la théologie à la culture et plus particulièrement à la culture de sécularisation. À quoi s’ajoute l’article de J-M. Sauvage sur « la Judéïté de Jabès ». Ce « juif athée » qu ’était Jabès pour qui le mot « Dieu » est une métaphore, « la métaphore du vide », pose la double question de l’apport du Judaïsme à l’humanité, et du Judaïsme « après Dieu ». Comment ignorer un tel questionnement dans cette sécularisation qui n’est pas qu’un « après Auschwitz », et ne pas voir de liens tant avec les questions d’analogie et d’image posées par G. Rémy qu’avec celles posées par Tillich et Schelling ?
Si n’étaient les spécificités respectives de ces articles, nous aurions pu les placer sous la rubrique « Enjeux contemporains de théologie », voire sous le titre « La théologie en questions », et ce dernier, en écho d’un colloque qui s’est tenu au Centre Pensée chrétienne de l’Université de Metz, les 4 et 5 juin derniers. S’il s’agissait là plus précisément du « Discours théologique dans la culture postmoderne », beaucoup de communications rejoignaient en principe de contemporanéité les questions, problèmes, préoccupations de ces articles qui ne peuvent que rendre plus souhaitable la publication des Actes de ce Colloque.
Plus circonstanciel pourra apparaître l’article de J. G. Mueller sur « l’application du canon 812 aux États-Unis ». Pourtant, là aussi, les enjeux théologiques ne sont pas secondaires.
Cette « lettre d’Amérique », sur un canon du Code de Droit canon de 1983 régissant l’enseignement des disciplines théologiques dans une Université catholique et exigeant un « mandatum » de l’autorité ecclésiastique compétente, dit un autre enjeu de l’exigence théologique et théologienne : celui de son champ propre sans doute, mais surtout celui du rapport de l’autorité et de la liberté. Et la particularité américaine, ou plus exactement « étatsunienne », des réactions à ce « mandatum », dit plus que cette particularité en dépassant le seul caractère informatif.
Ainsi va la question théologique dans le contexte de ce début de xxie siècle que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « postmoderne ». Encore faut-il savoir ce qu’on place sous ce terme pour le moins ambigu et surtout fragile dans la mesure où il induit seulement un « après » non spécifiquement désignable comme on peut désigner « la modernité ». Une telle désignation risque d’apparaître d’abord comme une appropriation indue, par les contemporains du phénomène, du rôle de l’historien qui seul peut délimiter une ère ou une époque parce qu’il a les éléments suffisants pour la caractériser et donc l’enclore et la clore. Il est possible que depuis quelques années ou quelques décennies nous soyons effectivement entrés dans une époque nouvelle, chronologiquement « postmoderne ». Mais quelle est celle époque ? à partir de quoi la définir, la caractériser ou la qualifier ? Même si les tentatives de repérages d’éléments nouveaux et originaux sont légitimes, dans quelle mesure n’y entrent pas les tendances idéologiques, c’est-à-dire militantes ou agressives, c’est-à-dire dangereuses pour peu que de telles tendances contribuent à occulter des mémoires aux souvenirs douloureux ? El en celle occurrence, les qualifications négatives sont sûrement les plus redoutables.
La théologie continue, dans la question qui la caractérise essentiellement et rappelée à plusieurs reprises lors du Colloque de Metz, dans sa dimension critique aussi. La plupart des contributions de ce numéro le rappellent pour le meilleur.
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