Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 383 à 427
doi: en cours

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Théologie en modernité et postmodernité

Tome 92 2004/3

2004 Recherches de science religieuse Théologie en modernité et postmodernité

L’analogie et l’image

De leur bon usage en théologie

Gérard Rémy Université de Metz
Cet essai se situe sur le terrain de la théologie pour relever l’usage qu’elle en fait comme clef du langage sur Dieu. À ce titre, l’analogie déborde et dépasse le domaine de la logique et de l’épistémologie pour servir une pensée non seulement spéculative, mais encore spirituelle et mystique. Son emploi en théologie traduit l’aspect intellectuel d’une attitude d’abord existentielle et croyante où l’homme se reconnaît comme créature distante de son Créateur, mais surtout en tant que nature raisonnable, comme fait à l’image de Dieu et appelé à la dignité de fils du Dieu Père. La réflexion sur l’analogie nous introduit ainsi inévitablement dans le domaine de l’image dont l’homme ne porte la marque qu’en raison de sa participation à l’image parfaite de Dieu qu’est son Verbe. Si l’analogie suggère la distance entre les termes transcendant et immanent qu’elle relie, ne reviendrait-il pas à l’image d’effectuer leur rapprochement? S’appuyant sur la théologie de S. Thomas, l’enquête de G. Rémy traite de l’analogie comme outil conceptuel indispensable au discours sur Dieu et le mystère trinitaire ; le relais sera pris par la notion d’image appliquée à l’homme mais dont l’archétype est le Christ. This essay is situated in the area of theology to note how analogy is used as a key to language about God. As such, analogy goes beyond and transcends the domain of logic and epistemology to serve not only speculative but even spiritual and mystical reflection. Its use in theology translates the intellectual aspect of an attitude at first existential and believing, in which man recognizes himself as a creature distant from his Creator, but, above all, as a reasonable nature made in the image of God and called to dignity as the son of God the Father. This reflection on analogy inevitably leads us into the domain of the image, of which man carries only the mark by reason of his participation to the perfect image of God who is his Word. If analogy suggests the distance between the transcendent and immanent terms that it connects, is it not the role of the image to bring them close to each other ? Relying on the theology of St. Thomas, the inquiry of G. Remy treats analogy as a conceptual tool that is indispensable to the discourse on God and the Trinitarian mystery. It is relayed by the notion of image applied to man, of which the archetype is Christ.
On n’aborde pas la question de l’analogie sans prendre des risques. Son développement dans l’histoire de la pensée présente une complexité qui est à la mesure de son importance dans des domaines aussi variés que la sémantique, la philosophie ou la théologie. En outre, en tant que forme et outil du langage, elle n’est isolable ni des notions qui lui sont corrélatives, mais dont elle se différencie, comme l’univocité ou l’équivocité, ni, de manière plus large, de la métaphore ou du symbole, qui sont par excellence les instruments du langage poétique.
Nous n’avons ni la naïveté ni la prétention de faire Å“uvre originale dans un domaine où d’autres se sont déjà aventurés avant nous [1]. Notre intention n’est pas de reprendre une enquête souvent minutieuse sur les emplois et l’évolution de l’analogie, dont nous tirons parti. Notre essai se situe de manière plus empirique sur le terrain de la théologie pour relever l’usage qu’elle en fait comme clef du langage sur Dieu. A ce titre l’analogie déborde et dépasse le domaine de la logique et de l’épistémologie pour servir une pensée non seulement spéculative mais encore spirituelle et mystique. Son emploi en théologie traduit l’aspect intellectuel d’une attitude d’abord existentielle et croyante où l’homme se reconnaît comme créature distante de son Créateur, mais surtout, en tant que nature raisonnable, comme fait à l’image de Dieu et appelé à la dignité de fils du Dieu Père. La réflexion sur l’analogie nous introduit ainsi inévitablement dans le domaine de l’image dont l’homme ne porte la marque qu’en raison de sa participation à l’image parfaite de Dieu qu’est son Verbe.
Les domaines de l’analogie et de l’image sont ainsi esquissés. Ils se distinguent de ceux de la nature et de la grâce, dans la mesure où l’homme, selon Augustin, est déjà par création image de Dieu, mais corrompue par son péché et appelée à retrouver et à parfaire sa dignité d’image avec la grâce du Christ. Comme on ne distingue que pour unir, on se demandera si l’analogie et l’image n’entretiendraient pas entre elles des rapports étroits qui iraient jusqu’à l’intériorité mutuelle, motivée par l’identité du Dieu un en trois personnes et par l’insécabilité de la création et de l’économie du salut. Si l’analogie suggère la distance entre les termes transcendant et immanent qu’elle relie, ne reviendrait-il pas à l’image d’effectuer leur rapprochement ? S’appuyant sur la théologie de S. Thomas, notre enquête traitera de l’analogie comme outil conceptuel indispensable au discours sur Dieu et le mystère trinitaire ; le relais sera pris par la notion d’image appliquée à l’homme mais dont l’archétype est le Christ.
 
I. Analogie et théologie
 
 
La tradition chrétienne puise son langage sur Dieu dans l’expérience religieuse biblique. Tout en se formulant dans des genres littéraires variés, cette expérience use de moyens d’expression qui relèvent plus de l’image et des figures de style que du concept. Mais l’ouverture de la tradition chrétienne aux courants de la pensée philosophique du monde grec lui a permis d’enrichir le substrat biblique, qui reste sa norme, par l’assimilation de l’apport intellectuel dont elle avait besoin pour s’approfondir et s’organiser en théologie. Le langage sur Dieu a incontestablement bénéficié de cette fécondation mutuelle entre deux mondes culturels aussi différents que celui du judéo-christianisme et de l’hellénisme. Inutile de se livrer ici à un tri détaillé entre les éléments hérités de ces deux sources. Les concepts de base qui motivent cette recherche suffiront, à commencer par celui de l’analogie, d’origine non scripturaire [2] mais philosophique, puisqu’il remonte à l’âge d’or de la philosophie. Platon y trouvait un outil indispensable pour penser la complexité du réel, qui forme un tout diversifié, affichant des ressemblances et des différences [3].
En parallèle, il faut signaler l’importance de notions voisines et complémentaires, d’origine scripturaire, comme l’image et la ressemblance ; d’un usage plus courant et commun dans le langage chrétien, elles constituent un thème foisonnant dans la tradition théologique [4]. Malgré leur voisinage de sens, ces deux groupes de notions ne sont pas interchangeables. Tributaire de son emploi dans l’Écriture, l’image définit non seulement la condition de l’homme mais encore celle du Christ. En tant qu’élément de la Révélation, elle figure dans des énoncés de la foi et, à ce titre, sera plutôt objet qu’instrument d’interprétation. L’origine savante de l’analogie la prédestine au contraire à un emploi plus spéculatif et à un rôle instrumental dans l’interprétation du donné révélé. Son statut découle de celui de la philosophie par rapport à la foi [5].
A. Moyens et limites du langage sur Dieu
Le travail de discernement et d’interprétation de la terminologie concrète et imagée sur Dieu, héritée de l’Écriture, au moyen de concepts empruntés à la philosophie n’est pas à comprendre comme une mainmise de la raison sur le donné scripturaire, qui demeure normatif, mais comme un service destiné à dégager l’intentionnalité profonde de la Parole divine à l’aide de concepts plus affinés et intellectuellement plus adéquats. Dans ce domaine complexe S. Thomas [6] nous servira de référence pour préciser quelques niveaux de signification auxquels il convient de situer critiquement les divers noms qui sont appliqués à Dieu ou les propriétés qui lui sont reconnues. Un concept ne peut être traité comme une image ni une qualité propre aux créatures comme un prédicat de signification transcendante. Cette diversité, souvent tâtonnante, du vocabulaire est liée à la difficulté fondamentale qui est de dire Dieu. Ou bien si on préfère laisser Dieu se dire, on ne peut oublier que sa révélation passe par la médiation du langage humain, dont il lui faut assumer les limites. En tout état de cause notre intelligence est, réduite à le penser avec les ressources que lui offre le monde créé, dont elle-même fait partie [7]. Même l’Écriture ne dispose pas d’autre moyen.
1. Sens propre et métaphorique
La palette des noms divins dans la Bible est d’une riche variété ; elle comprend des anthropomorphismes qui prêtent à Dieu des membres ou des organes du corps, des sentiments humains, des vertus morales qui diffèrent par leur perfection des nôtres, la fidélité de Dieu contrastant avec nos infidélités, par exemple, enfin des propriétés métaphysiques comme l’éternité, qui défie la brièveté de notre vie. Cette hiérarchie entre des attributs qui s’élèvent des réalités concrètes vers les hauteurs spirituelles et inaccessibles de Dieu requiert, de toute évidence, du discernement qui, sans récuser les formes d’expression les plus humbles, sache en dégager le sens symbolique et poétique qui les hausse à un niveau de signification immatérielle et transcendante. La nécessité de dépasser la désignation de propriétés physiques découle de leur attribution et de leur négation à Dieu dans la Bible qui tantôt lui prête des yeux (Am. 9,4) tantôt les lui dénie (Job 10,4).
Le langage scripturaire n’est pas homogène, car il utilise toute une gamme d’images, de comparaisons ou de symboles qui sont en soi inégalement aptes à désigner Dieu avec exactitude, même selon le mode de la ressemblance [8]. Les termes empruntés aux créatures lui seront attribués dans un sens métaphorique, comme la pierre qui, malgré ses limites, exprime cependant quelque chose de Dieu dans l’ordre de l’être ou du bien, selon S. Thomas, ou le lion, qui sera compris comme symbole de force divine, ou le ciel comme signe d’ubiquité et de transcendance [9].
Ce langage métaphorique n’est pas à dédaigner, car il est conforme à la loi de la connaissance dans la nature humaine, qui doit remonter du sensible vers l’intelligible. Il est donc normal que, dans l’Écriture, le sens spirituel repose sur un support corporel, autrement dit qu’il s’exprime par le moyen de métaphores, dont l’éloignement par rapport à Dieu donnera une idée plus juste de sa transcendance par rapport à notre langage [10]. Il est aussi des perfections communes à Dieu et aux créatures ; portées à un degré suréminent, elles ne seront vraies que de Dieu. Il appartient ainsi aujugement théologique d’apprécier le degré d’adéquation du langage avec la nature divine en fonction de son sens premier, qui peut viser une réalité matérielle aussi bien que spirituelle.
La pratique de cette évaluation suppose une idée ou un sens de Dieu qui lui serve de norme. Celle-ci est la simplicité qui rend Dieu identique à son essence, à son être et à toutes ses perfections dont il est la plénitude ; portées à leur degré absolu, elles sont acte pur, excluant toute potentialité et donc toute composition et toute imperfection [11]. C’est en vertu de cette simplicité que Dieu est Trinité et non pas triade, la distinction des personnes ne pouvant déroger à l’unité divine [12].
Cette haute idée de Dieu s’avère difficilement compatible avec les passions que lui attribue l’Écriture ; aussi ce genre d’appropriation poset-il un problème herméneutique. En effet, comprises comme « actes de l’appétit sensitif, en tant que liés à une altération corporelle » [13], les passions, qui sont dépendantes de la connaissance sensible et s’accompagnent d’une réaction physique, sont en contradiction avec la simplicité, la perfection et l’immutabilité de Dieu. Voilà pourquoi S. Thomas est en droit de tirer cette conclusion :
Ainsi donc toute passion, de par sa définition même, est à exclure de Dieu [14].
S’il est des passions qui ne sont pas incompadbles avec la nature de Dieu, elles perdent alors leur caractère de passion, dont l’appellation n’est plus qu’un revêtement verbal. Ainsi en est-il de l’amour compris comme mouvement de la volonté vers le bien. La présence incontestée de la volonté en Dieu [15], inclut donc celle de l’amour [16]. Il en est de même de la joie et de la délectation, parce qu’elles peuvent se rattacher à l’appétit intellectuel, autrement dit la volonté, et consistent dans « une sorte de repos de la volonté dans son objet » ; Dieu, étant le premier objet de sa volonté, « se repose souverainement en lui-même » [17]. Il est d’abord amour et don de soi dans l’Esprit.
Une distinction très nette est donc à faire entre l’amour et la joie, qui sont respectivement le principe moteur et le but de toutes les autres affections attribuées à Dieu et qui seront réductibles à ces deux dispositions fondamentales. Ainsi la miséricorde est un acte de sa bienveillance, la tristesse l’expression de sa réprobation, la repentance un décret de sa providence éternelle. Quant à la colère, elle devrait se comprendre par mode de transfert de la cause aux effets en vertu de leur ressemblance du côté de Dieu et de celui de l’homme ; en Dieu elle devient l’expression métonymique de la sanction, effet de sa justice punitive [18]. La similitude se vérifie au plan des effets, la dissimilitude, voire la rupture, à celui de la cause. A l’encontre d’une lecture fondamentaliste de l’Écriture [19], l’attribution de passions à Dieu requiert une attitude critique, capable de distinguer un sens propre et un sens métaphorique.
D’autres noms de Dieu nécessiteraient le même transfert de sens, s’ils ne désignaient que la cause de la réalité créée dont ils sont tirés. Or des qualités comme la bonté ou la sagesse ne renvoient pas seulement à leur cause mais elles désignent aussi l’essence de Dieu en laquelle elles préexistent de manière suréminente [20]. Selon leur usage courant, ces noms s’appliquent d’abord aux créatures dans une mesure limitée ; du point de vue de leur signification ultime, n’étant pas de soi prisonniers d’une limitation qualitative, ils sont aptes à désigner Dieu par priorité et donc à s’élever au rang de noms proprement divins.
Ainsi le langage sur Dieu se partage en deux modes : propre ou figuré ; l’un se signale par l’adverbe proprie, employé seul ou avec un synonyme : simpliciter et proprie [21] ; stricte et proprie non metaphorice [22], traduisibles par : « en toute rigueur de terme », ou encore : « propriété exclusive de Dieu », telles son ubiquité ou son éternité, par opposition à une propriété commune à lui et aux créatures ; l’autre mode est rendu par des locutions comme : figurativum [23],per similitudinem [24], secundum metaphoram, metaphorice [25]. Ce langage est également apte à exprimer un nom propre et personnel comme celui de Verbe ou de Don pour l’Esprit, dont il sera question plus loin.
En résumé, les notions de « propriété » et de « métaphore » forment un couple apparemment antithétique. Le langage métaphorique remonte des créatures, élevées au rang de symbole, à Dieu par transfert de sens [26]. Le sens propre désigne directement la manière dont une propriété se réalise éminemment en Dieu. Que le langage emprunte un tour médiat, tel le symbole du lion, ou immédiat, comme l’attribut de force, le signifié qu’il vise excède, en tout état de cause, les capacités d’une intelligence qui doit s’imposer une transmutation mentale en s’arrachant du plan empirique, qui lui est connaturel, pour entrevoir l’archétype divin, en lui-même inconcevable et ineffable. Que la terminologie soit abstraite ou symbolique, elle est tendue entre deux niveaux de pensée radicalement distincts, puisqu’elle se sert d’une réalité ou d’une qualité empiriques pour penser le trans-empirique. La question est alors de savoir quel type de relation peut réunir ces deux niveaux, ou comment penser la transcendance à partir de l’immanence, familière à l’esprit humain. L’analogie tente d’occuper cet espace mental et ontologique [27].
2. L’analogie comme outil théologique
L’analogie rejoint deux figures de sens, puisqu’il lui revient de coordonner la similitude et la dissimilitude entre le plan immanent du langage et celui, transcendant, du divin. Elle dégage une ressemblance entre ces deux niveaux de réalités, malgré l’irréductible différence de leur statut ontologique respectif [28]. Elle est, à ce titre, un outil précieux et indispensable du langage métaphysique et théologique. Elle se rapproche du symbole, qui remplit sa fonction signifiante non plus par le langage mais par des signes qui renvoient à un signifié qui les dépasse. Alors que des rapports de similitude se vérifient à l’intérieur d’un ordre ou d’une nature donnés entre des êtres singuliers sans les confondre, l’analogie suppose le franchissement d’une nature vers une autre qui lui est supérieure. L’analogie et le symbole ont pour cadre commun la hiérarchie des êtres.
L’analogie ne vise pas un type de connaissance dans son mécanisme psychologique mais dans son conditionnement philosophique et théologique, vu du côté du sujet et surtout de l’objet. Son usage s’impose en raison de la disproportion entre notre faculté de connaître, d’abord adaptée au sensible, puis à l’intelligible par abstraction [29], et le transcendant, que le chemin emprunté soit celui de la raison ou de la révélation. Cet usage n’est donc pas seulement dicté par des motifs méthodologiques, mais il répond à une condition a priori posée du côté de la réalité à connaître et à désigner, et du côté du sujet, contraint à reconnaître non seulement l’infirmité mais encore la totale dépendance de son intelligence à l’égard de cette réalité transcendante. La validité du langage théologique dépend essentiellement de la ressemblance qu’une cause laisse dans son effet, qui participe à sa forme mais de manière équivoque, quand il s’agit de Dieu [30] ; c’est la raison des limites et de l’ambiguïté d’un tel langage. Ainsi l’affirmation de la ressemblance de l’homme avec Dieu, dans l’Écriture, est contrebalancée par cette demande : « Dieu, qui te ressemblera ? » [31]. Voilà pourquoi « Ce qui est attribué à Dieu et aux autres êtres…l’est par référence à quelque chose d’unique » [32]. Le défi de l’analogie est, en somme, de viser le transcendant, alors que le langage n’a de prise réelle que sur le catégoriel.
Notre condition de « viator » ne nous permettant de connaître Dieu que par son reflet dans les créatures, il est exclu qu’il soit accessible par la vision. Celle d’une chose présuppose non seulement la faculté de voir mais aussi la présence de la chose vue dans le sujet qui voit. Or, une telle union, physiquement impossible, doit passer par la médiation de l’image mentale de cet objet [33]. Dans le cas de la vision de Dieu, cette médiation est irréalisable, parce qu’en lui l’identité de l’existence et de l’essence, la nature illimitée de sa suréminence excluent toute possibilité de ressemblance avec une forme créée, seule assimilable par la pensée [34]. La faculté de voir l’essence de Dieu en cette vie se trouve donc irrémédiablement exclue [35] et reportée à l’état eschatologique par le don du « lumen gloriae ».
En attendant, la connaissance de l’existence et de la nature de Dieu est soumise à la nécessité de remonter des effets créés à leur cause première incréée [36]. Cette connaissance naturelle requiert des images issues du monde sensible [37] ainsi que la lumière naturelle de l’intelligence qui est « une certaine similitude pardcipée à la lumière incréée » [38] pour les transformer en idées. Elle peut aussi bénéficier de l’aide de la révélation qui la conforte, tandis que les images intérieures sont rendues plus expressives des choses divines grâce à des visions ou à des manifestations comme celle de la colombe, figure de l’Esprit. Certes, en cette vie, le mystère de Dieu demeure entier ; cependant la connaissance que nous avons de lui progresse dans la mesure où la richesse de la révélation l’emporte sur les possibilités de la raison, notamment en nous dévoilant sa nature trinitaire [39].
Ainsi l’intelligence est appelée à dépasser les images sensibles et à les convertir en concepts, tandis que la révélation s’effectue par l’amplification des manifestations sensibles qui se laissent ressaisir par la lumière intelligible de l’homme. Notre connaissance rationnelle et le don de la révélation, si distincts qu’ils soient par leur source et leur contenu, ne se juxtaposent pas, mais s’articulent par mode de dépassement. En effet, tandis que la lumière naturelle dérive de Dieu, Dieu agit sur l’imagination pour se révéler, enrichissant ainsi la matière mise à la disposition de l’intelligence humaine.
B. Le champ d’application de l’analogie
Avant de s’interroger sur l’application de l’analogie, on notera son utilisation parcimonieuse dans les deux Sommes [40]. La Somme de Théologie ne l’emploie guère que dans la Ia [41]. Cette approche statistique serait toutefois trompeuse si l’on omettait la notion équivalente de « proportion » qui, compte tenu de ses différentes modalités morphologiques, dépasse très largement l’emploi de son synonyme [42]. Rappelons que la première mention de l’analogie dans cette Somme se rattache à la foi, c’est-à-dire aux sens de l’Écriture. Selon Augustin, auquel se réfère S. Thomas [43], elle exprime la compadbilité entre les deux Testaments. Elle sera ensuite utilisée dans des contextes qui concernent le rapport des créatures avec Dieu, dont elle traduit la modalité. En tant qu’expression de ce rapport, elle réunit les idées d’exemplarité et de causalité. Quant aux termes de ce rapport, ils se présentent avec une richesse de contenu variable : le terme transcendant, Dieu, peut être vu dans l’unité de sa nature ou dans la trinité des personnes. Le terme immanent sera considéré, à son niveau supérieur de créature raisonnable, comme image, et à son niveau inférieur, comme vestige de Dieu. Ces quelques repères délimitent le cadre de pensée où se meut le concept d’analogie et où il se définit par rapport à des notions voisines.
1. L’analogie et Dieu créateur
La connaissance du Créateur n’est pas propre à la révélation car, selon S. Thomas, elle est également accessible à la raison dans les limites de ses compétences. Aussi la théologie, qui se fonde sur la révélation, peut-elle s’approprier l’argument de raison. La démonstration de l’existence de Dieu, en remontant des effets à leur cause (I a, q2), suit la question sur la « sacra doctrina » et sur la nécessité de la révélation pour pallier les difficultés et l’incertitude de la voie rationnelle [44]. De plus, la révélation du Dieu créateur inclut celle de son dessein sur l’histoire, qui devient histoire de salut. Dès lors, le Dieu créateur n’est plus isolable du Dieu sauveur. La raison est dépassée ou plutôt comprise dans un horizon plus vaste qui englobe le devenir du monde jusqu’à son achèvement. Cette révélation historique de Dieu contient déjà en germe celle de son mystère trinitaire. Il ne saurait donc y avoir solution de continuité entre la connaissance du Créateur et celle de sa vie propre.
a. La perfection divine et l’analogie
Le premier développement significatif s’inscrit dans la Ia, q 4, sur la perfection de Dieu. Si, selon l’a 2, Dieu atteint la perfection absolue, celle-ci n’est pensable que par rapport aux créatures qui lui doivent leurs diverses perfections relatives. L’efficience de Dieu sur elles pour leur communiquer leurs perfections dépasse les modalités communes, qui ressortissent de l’univocité ou de l’équivocité, car il agit « secundum eminentiorem modum », c’est-à-dire d’une manière incomparable à tous les autres modes d’efficience. Cette causalité coïncide avec la perfection de Dieu en son être, exempt de toute défectuosité. Cette mise au point est indispensable pour saisir la notion d’analogie, qu’introduit, dans l’article suivant, celle de ressemblance, en référence à Gen. 1, 26.
C’est la ressemblance possible d’une créature à Dieu qui légitime l’analogie de l’être [45]. Thomas était conscient des diverses modalités de la ressemblance, qu’il distingue et classe selon un ordre dégressif. Trois cas sont envisagés qui la fondent dans le partage d’une même forme mais selon des degrés différents, qui vont de la ressemblance parfaite dans l’égalité à l’imparfaite dans le partage variable d’une propriété commune, par ex. une couleur. Le troisième cas a pour particularité de faire intervenir la causalité, subordonnant la ressemblance à l’efficience. Ce cas sert de transition à celui, atypique, où l’agent n’appartient plus au même genre que son effet :
Les effets ne participent plus de la forme de l’agent selon la même définition de l’espèce et du genre mais selon une certaine analogie, comme l’être lui-même est commun à toutes choses. C’est de cette manière que les réalités qui ont leur origine en Dieu lui sont assimilées, dans la mesure où elles sont des étants, comme au principe premier et universel de tout être [46]
La nature de l’analogie gagne encore en précision plus loin : elle résulte de la disparité essentielle entre les deux termes qu’elle relie, car Dieu est un étant par essence et tout le reste par participation. [47]
Le présupposé de l’analogie s’identifie ainsi avec la différence ontologique entre Dieu, Acte pur, en qui l’essence s’identifie à l’exister, et les créatures, qui n’existent que par mode de participation à Dieu, immanent à la totalité de son Å“uvre [48]. L’analogie s’allie naturellement à l’idée de causalité qui, en Dieu, se caractérise par sa « suréminence ».
b. Les noms de Dieu : propriété et analogie
Le développement le plus systématique sur ce concept est occasionné par la question des « noms divins » [49]. S. Thomas admet le principe de noms qui conviennent de manière plus propre à Dieu qu’aux créatures, car ils s’appliquent à lui par priorité. Ce sont les noms de perfections qui échappent de soi à leurs limitations dans le monde créé, à savoir : l’être, le bien, la vie… Mais il assortit immédiatement cette aptitude d’une réserve. Si elle relève de la valeur signifiante intrinsèque de ces noms, leur manière de signifier demeure soumise aux limites des créatures [50]. Les noms de sens métaphorique désignent d’abord une réalité corporelle, dont les noms propres ne parviennent pas à se détacher par leur mode de signification. Autrement dit, si ces noms visent de soi des qualités absolues [51], l’intelligence humaine est incapable de se les représenter telles quelles.
Dans la ligne de l’être, le nom, dont Dieu détient le monopole, est « qui est ». C’est, en effet, par lui que Dieu se nomme à Moïse en Ex 3,14 : « qui est misit me ad vos ». Cette troisième personne glisse aisément vers un infinitif substandvé : « ipsum esse », dont l’équivalent est « ipsa eius essentia », que Dieu seul peut revendiquer en propre ; voilà pourquoi l’appellation « qui est » est qualifiée de « maxime proprium nomen Dei » sans porter préjudice au nom même de « Dieu » [52]. Étranger à la métaphore, ce genre de vocabulaire est de nature à signifier directement ce que Dieu est en lui-même. En justifiant la propriété de ce nom « qui est » par son universalité, Thomas est naturellement amené à rappeler l’impossibilité de connaître Dieu dans son essence, car notre intelligence ne peut en embrasser le contenu illimité, le « pelagus substantiae infinitum et indetermi natum », dont le mode de signification se heurte aux limites des créatures.
c. L’analogie : une voie moyenne
L’interprétation des noms métaphoriques doit être cherchée dans un équilibre entre les extrêmes que sont l’univocité et la pure équivocité, consécutive à l’introduction fortuite de termes homonymiques dans la langue. Le rejet de l’un est motivé par l’insurmontable distance entre la simplicité divine, acte pur de toutes les perfections, et les êtres créés où elles sont en devenir et à l’état de dispersion. Le rejet de l’autre est requis par la nécessité de se ménager une possibilité de connaître Dieu, sous peine de le rendre inaccessible à la raison et de vider la révélation de son sens. L’issue est offerte par l’analogie ou par la proportion entre la créature et le Créateur. Dans ce domaine, l’analogie est inséparable de la causalité divine qui ne se rend accessible qu’à travers ses effets, qui donnent aussi d’elle un reflet. Son effet sur les choses est ambivalent, car leur condition créée éloigne de la hauteur du Créateur, tout en portant son empreinte qui joue à sens unique : de Dieu dans la créature, jamais en sens contraire [53]. Voilà pourquoi l’analogie est une dérogation à l’équivocité et non à l’univocité.
Prise entre la distance et la proximité simultanées de termes extrêmes, l’analogie se présente au moins sous deux formes entre lesquelles S. Thomas a hésité [54] ; en effet, l’analogie d’attribution intrinsèque qui rapporte une réalité à une autre à titre de cause et de participation tend à l’univocité. A l’inverse, l’analogie de proportionnalité qui s’établit entre deux rapports préserve les perfections divines mais tend à l’équivocité [55]. Le De veritate opte pour cette figure car l’analogie d’attribution supposerait « quelque chose d’antérieur à Dieu » [56]. Le point d’insistance de la Somme de théologieporte sur la causalité divine qui, inséparable de l’exemplarité, devient fondatrice d’une analogie susceptible d’exprimer Dieu, quoiqu’en termes déficients [57].
Certes, depuis ses premières Å“uvres, la pensée de S. Thomas a conjugué les notions de causalité et d’exemplarité, qui dans les débuts fut prédominante ; dans les Å“uvres de la maturité, elle cède sa primauté à l’efficience, référée à celle d’acte, qui s’identifie à l’exister divin. Nécessairement déficiente, la ressemblance maintient la distance radicale entre l’archétype et ses imitations, tandis que la cause pénètre son effet au plus intime. La tension à laquelle l’analogie est soumise provient de l’opposition insurmontable de ces deux points de vue [58].
La différence entre la perfection divine et les diverses formes qui en dérivent par création est la mesure de l’écart qui se creuse à l’intérieur du langage selon qu’il s’applique à Dieu ou au reste des choses, radicalement tributaires de leurs limites, de leur spécification et de leur devenir, alors que les perfections de Dieu se confondent avec son être. Il en résulte une similitude fort imparfaite, qui n’en est pas moins la condition du langage théologique aussi bien que celle du rapport religieux de l’homme avec Dieu ; aussi ce langage doit-il se préserver de la pure équivocité sous peine d’insignifiance, afin d’ouvrir la voie à une connaissance au moins négative de Dieu. L’analogie sera toujours en tension entre une altérité ou une dissemblance radicales et une proximité fondatrice, sans laquelle la création s’évanouirait dans la pure potentialité.
Si les noms propres et les noms métaphoriques ont statut différent, on se demandera s’ils tombent les uns et les autres sous le commun régime de l’analogie. Alors que ceux-ci s’élèvent des créatures à Dieu, il a été dit des seconds qu’ils obligent à distinguer leur signification profonde qui vise l’essence divine et leur « imposition » qui va d’abord aux créatures. Ces noms devraient-ils faire exception à la règle de l’analogie ? L’attache qu’ils gardent avec les créatures et qui nous empêche de les penser à l’état pur les maintient sous l’analogie, même s’il faut lui reconnaître « une espèce bien spéciale » [59].
Ainsi la catégorie d’être est exposée à l’ambiguïté, car on ne saurait la comprendre comme une sorte d’étoffe commune entre Dieu et les natures finies, pour la simple raison que l’être de Dieu ne connaît aucune des déterminations du créé. Elle ne donne donc pas accès à la connaissance de Dieu comme à celle des réalités empiriques, tout en demeurant la première voie de communication entre Dieu et l’intelligence créée. Elle sera donc également affectée par la tension inhérente à l’analogie. La compréhension des autres noms propres ne pourra déroger à celle de cette nomination première.
L’appellation de Dieu comme être, dans un sens absolument unique, s’expose-t-elle à un caractère trop notionnel ? L’« analogia entis» est appelée à s’achever et à se parfaire dans l’« analogia fidei » qui ne vient pas se greffer simplement sur elle, mais l’« informe » de l’intérieur en l’élevant à une signification expressément personnelle, entendons trinitaire. L’unicité divine constitue certes, dans l’économie de la Somme, la première étape d’une théologie qui, en traitant de l’être du Dieu unique, n’entend pas le séparer de son essence trinitaire. Comment S. Thomas a-t-il appliqué la règle de l’analogie à cette note biblique, personnelle, dont les termes caractéristiques appartiennent au langage de la révélation [60] ?
2. Analogie et mystère trinitaire
Du nom de Dieu révélé à Moïse la formule que retient S. Thomas est « Qui est ». Mais il ne faudrait pas oublier la variante : « sum qui sum ». Dans leur littéralité, ces expressions sont peut-être équivalentes, car la première personne se renvoie en quelque sorte à elle-même. Il n’empêche que ce « je » s’adresse à Moïse, et s’ouvre ainsi sur un « tu », faisant d’une personne humaine son partenaire. Dès lors Dieu ne se révèle plus seulement comme un être subsistant par lui-même mais encore comme le sujet créateur d’une relation qui se poursuivra et s’amplifiera à travers l’histoire du salut, ce qui ne s’explique pas sans les relations immanentes à Dieu, un effet dans le domaine créé dépendant d’une cause transcendante. Ainsi pour les susciter à l’extérieur de lui-même, Dieu doit vivre de toute éternité des relations, qui s’identifient à son essence et à son existence trinitaires. Les conditions semblent ainsi réunies pour maintenir l’usage de l’analogie.
Quand la Ia q 27 passe de l’essence divine à la distinction des personnes, le langage de l’analogie ou de la proportion cesse, comme s’il perdait sa raison d’être. Certes, les mises au point au sujet de l’essence divine gardent toute leur valeur, mais dans quelle mesure la théologie trinitaire leur offre-t-elle un nouveau champ d’application ? La question est d’autant plus pressante que l’on a affaire à des noms de sens métaphorique mais qui s’appliquent à Dieu dans un sens tout aussi propre que le « qui est » biblique, si Dieu est par essence Trinité. Bien que l’analogie ne soit plus nommée, elle se vérifie dans les faits. Elle est même envisageable dans un sens ascendant ou anagogique, à partir du créé, ou descendant, à partir de la Trinité se reflétant dans la création.
a. L’interprétation analogique du nom de personne
L’absence de mention explicite de l’analogie à propos du mystère trinitaire peut s’expliquer par le fait que la causalité créatrice ressortit de la nature commune aux trois personnes et non de leurs relations. La théologie trinitaire peut-elle toutefois se passer de l’analogie quand elle aborde la question de la nomination des personnes divines, difficilement séparable de celle des noms divins, et quand elle discerne soit le vestige ou l’image de la Trinité dans l’Å“uvre créée, indissociable de la causalité divine ?
Augustin a méthodiquement tenté une interprétation analogique (imago) du mystère trinitaire, en rapprochant les trois personnes de nos trois facultés mentales : mémoire, intelligence, volonté. Il a soumis cette tentative à la loi de la prudence et à un sens scrupuleux de la mesure, car il faut se résigner à « une similitude incomparablement inadéquate et pourtant dans une certaine mesure réelle » [61]. Aussi notre connaissance de la Trinité demeure présentement spéculaire [62], car elle est tributaire de notre nature dont l’infirmité et l’iniquité requièrent une guérison. L’intelligence de la Trinité ne se définit pas en catégories psychologiques ni même métaphysiques, car elle dépend de l’économie du salut qui, par le médiateur, purifiera notre intelligence pour l’ouvrir dans la vision à la jouissance de la vérité.
Quittant les questions reladves à l’unité de l’essence divine, S. Thomas n’aborde pas la doctrine trinitaire à partir du nom des personnes, selon l’Écriture, mais par une question qu’il estime prioritaire, à savoir leur procession. En effet, la distinction des personnes se réglant sur leurs relations d’origine, c’est par l’étude de leur origine ou de leur procession qu’il convient de commencer. C’est à partir de ces prémisses qu’il abordera l’étude des personnes [63] pour les considérer dans leur singularité et leur appellation propre. Ce terme de personne, d’origine extra-biblique, ne fut reçu qu’avec hésitation [64]. Il réussit cependant à s’imposer au point de faire corps avec la doctrine trinitaire, de sorte que son analyse dans la Somme précède celle des appellations particulières [65].
Pour juger de la convenance de cette notion avec Dieu, S. Thomas reprend la définition de Boèce : une substance singulière d’une nature raisonnable. Ces deux propriétés fondent la haute dignité de la personne dans l’ordre naturel, puisqu’elle subsiste en elle-même et se trouve douée de raison [66]. Ce genre d’excellence est parfaitement transposable en Dieu, source de toute perfection. Aussi est-il « juste de donner à Dieu le nom de personne, non pas avec le même sens qu’aux créatures mais en un sens éminent » [67]. Pareille procédure est valable pour tous les noms divins, à condition de tenir compte de deux points de vue [68]. Envisagées en elles-mêmes, ces perfections appartiennent d’abord à Dieu et aux créatures par mode de dérivation. Du point de vue de leur valeur signifiante, affectée par les limites de l’intelligence qui les désigne, elles s’appliquent à Dieu improprement. Sans qu’elle soit nommée, l’analogie est mise en application à travers la mention de la suréminente réalisation de la personne en Dieu, et celle de l’inadéquation du terme avec son objet divin.
b. Le sens de Père, Fils et Esprit
Les noms propres qui, dans l’Écriture, désignent les personnes divines sont de connotation fortement anthropologique. Le nom d’Esprit posera des questions plus délicates en raison de son sens simultanément générique (Dieu est Esprit) et personnel. Que l’on use d’une terminologie commune aux trois personnes ou particulière à chacune, son application au mystère de Dieu ne peut faire l’économie de l’analogie. Là intervient une interprétation de nature plus conceptuelle pour préciser la signification théologique d’un vocabulaire qui n’y est pas naturellement apte.
Ainsi après Augustin, Thomas identifie le Père au principe ou à l’origine [69] d’une altérité, en prenant les précautions nécessaires pour prévenir toute idée subordinatienne. Le nom de Père doit-il être pris au sens propre ? S’il a pour but de distinguer le Père des autres personnes, il convient de l’entendre ainsi et non dans un sens métaphorique [70]. En effet, selon son acception courante, cette appellation signifie une relation et non une personne, mais en Dieu, elle vise une personne subsistante et implique l’unité numérique entre l’engendrant et l’engendré. En outre, la paternité en tant que signifié se rapporte originellement à Dieu mais non du point de vue de son mode de signification. Elle doit se dire par priorité de Dieu, en qui elle est éternelle, et non des créatures soumises à la loi du temps [71]. L’argumentation reprend exactement celle qui s’appliquait à la notion de personne, conformément au principe de distinction entre le rapport du nom à Dieu et son application aux créatures déjà énoncé à la q 13 a 6. L’interprétation du titre de Père n’échappe pas à l’analogie, en dépit de l’absence de ce terme.
Alors que le nom du Père est le seul qui désigne la première personne en Dieu, le Fils est appelé Verbe et Image [72]. On notera une insistance particulière sur le sens propre et non métaphorique de ces titres [73]. En effet, le Fils seul est appelé en toute rigueur de terme Verbe [74], en tant qu’il procède du Père selon un mode intellectuel. L’intelligence par laquelle il se définit doit être entendue dans un sens digne de Dieu, c’est-à-dire identique à son existence [75], contrairement à celle d’une créature raisonnable. Selon un raccourci et un jeu de mots difficilement traduisibles : le Fils est intelligent non parce qu’il émettrait une parole, mais en tant que Verbe procédant [76]. Cette mise au point équivaut encore à une mise en pratique de l’analogie.
L’image sera comprise dans un sens tout aussi personnel et relatif en raison de son origine, comme image parfaite du Père, contrairement à l’homme créé seulement « à l’image » de Dieu [77]. Ce prédicat est appliqué au Fils éternellement engendré par le Père en Col 1, 15 ; il est alors à comprendre non seulement comme une similitude dont la forme la plus expressive est la figure [78] mais encore comme requérant une origine. Aussi, le Fils détient-il le privilège d’occuper le rang qui est le sien par nature [79]. Les deux Sommes refusent expressément une image défectueuse au profit d’une image parfaitement ressemblante à son modèle, en interprétant ce nom en Col 1, 15 à l’aide de Hébr 1, 3, afin de préserver le Fils d’une chute dans le rang inférieur des créatures en tant qu’image [80].
Dans un développement de la Somme contre les Gentils [81],qui est un modèle d’exposition et de progression pour justifier le statut particulier de la génération du Fils, selon une émanation intellectuelle, S. Thomas gravit la hiérarchie des êtres depuis les corps inanimés, en passant par l’intelligence humaine puis angélique pour faire le saut vers « le plus haut degré de perfection en Dieu ». A ce sommet, le Verbe divin procède de « Dieu connaissant », dont il se distingue non pas essentiellement, puisqu’en Dieu l’intelligence, la réalité connue et le Verbe sont identiques, mais seulement par mode de relation. Cette unité et cette distinction trouveraient leur appui dans les deux assertions de Jean : « le Verbe était Dieu » et « il est avec Dieu ».
Ainsi l’image ne renvoie pas originellement à l’empreinte que Dieu laisserait de lui dans sa créature raisonnable, mais elle est le Fils qui partage toute la divinité du Père. Cette totalité unique que constituent le Père et le Fils affranchit l’image d’une forme sensible, pour lui conférer un sens intérieur et spirituel, excluant toute interposition entre un sujet connaissant et l’objet perçu. La notion d’image ainsi purifiée se prêterait à une interprétation commandée par l’analogie de proportionnalité : l’image que nous percevons de nous, le Fils l’est pleinement par rapport au Père. La distiction entre un « je » et un « moi », qui permet notre dialogue intérieur dans l’unité de notre conscience, nous donne une certaine idée, toute proportion gardée, du rapport entre le Père et le Fils au sein de leur nature possédée en indivision.
Quant à l’Esprit, la règle d’interprétation de ses deux noms, à savoir Amour et Don, est identique. Ils ont une signification personnelle et propre, l’Esprit procédant selon la volonté qui est l’expression de l’amour [82], seul motif du don gratuit.
Le rappel de ces propriétés, bien connues, des personnes divines voudrait souligner leur sens propre et non métaphorique, selon S. Thomas, entendons propre à Dieu, mais déficient du côté des créatures [83]. La sémantique se subordonne ainsi à la règle de foi. La raison d’être de ces titres est première par rapport à l’ordre de la connaissance [84]. La question soulevée par le nom des personnes est identique à celle des noms propres de Dieu. Aussi le principe de solution proposé est-il le même : il repose sur la distinction entre la réalité signifiée et le mode de signification. On relèvera toutefois une différence formelle : alors que les noms propres de Dieu sont de forme abstraite, ceux des personnes sont de forme métaphorique mais de sens propre. Pour s’affranchir de cette ambiguïté, il faut procéder à une traduction de la métaphore en concepts abstraits : ainsi le nom de Père sera retraduit en termes de paternité, principe ou origine première d’abord du Fils puis des autres créatures par ressemblance avec lui [85]. Fondée sur la révélation, cette connaissance discerne inséparablement le reflet du Dieu un et trine dans la création dont elle tire aussi son expression.
3. Le reflet de la Trinité dans la création
En tant qu’artisan de la création qui porte sa trace, le Verbe fait figure de moyen terme entre le Père et le monde. Aussi son Å“uvre est-elle le reflet des autres personnes divines.
a. La position médiane du Verbe
La question du rapport des personnes divines avec les créatures est posée par le nom de Verbe, par qui « tout a été fait », selon Jn 1, 2. Le
Verbe se caractérise dès lors par une double relation : vers le Père dont il procède et vers les créatures dont il est l’artisan. Il occupe à ce titre une position médiane :
Parce que Dieu s’aime lui et toutes choses dans un seul acte, son Verbe unique n’est pas seulement l’expression du Père mais encore des créatures [86].
Mais alors que le Verbe est seulement l’expression du Père, il est à la fois l’expression et la cause efficiente des créatures [87]. Engendré du Père, il est l’artisan de la création. Puisqu’il est l’intelligence du Père, c’est par lui que Dieu se comprend ainsi que son Å“uvre. A la suite de S. Thomas, E. Stein fait justement remarquer : « Le Logos occupe une position curieuse de milieu ; il a pour ainsi dire une face double, dont l’une réfléchit l’être divin un et simple et l’autre la multiplicité de l’étant fini. Il est l’essence divine en tant qu’elle est connue et il est aussi la multiplicité intelligible du créé, englobé par l’esprit divin et réfléchissant l’essence divine » [88]. Cette ambivalence du Verbe, image et archétype, qui le situe dans un rapport d’altérité avec le Père, est le fondement de l’altérité de la création par rapport à Dieu. Aussi la diversité et l’altérité du créé, inexplicables dans les autres religions, à moins d’être pensées comme une déchéance par rapport à l’Un suprême [89], trouveraient leur raison d’être dans le rapport archétypique d’identité et d’altérité en Dieu. De plus, pour exempter Dieu de toute indigence et de toute nécessité susceptibles de motiver son acte créateur, le monde ne peut avoir d’autre origine que la pure libéralité de son auteur [90].
Cette particularité du Verbe était déjà rendue par le thème augustinien des Idées en Dieu ; celles-ci participent de tous ses attributs en tant qu’archétypes du monde créé, matériel et spirituel [91], comme l’âme humaine, invitée à se laisser pénétrer par leur lumière afin de les contempler dans une vision béatifiante [92]. En outre, pour éclairer le rôle du Verbe divin, Augustin recourt à la comparaison, que reprendra S. Thomas, du verbe mental. Chez un artisan, ce verbe est soit le modèle de l’objet à fabriquer soit la représentation intérieure d’une chose perçue par les sens ; dans un cas, il agit à titre de cause exemplaire sur la matière à façonner, dans l’autre, il se laisse modeler par la réalité perçue dont il est l’image. De façon analogue et selon les exigences de sa nature, le Verbe divin occupe une position ambivalente, dont l’exacte saisie présuppose l’exclusion de tout passage de la puissance à l’acte et de tout accident, ainsi que l’identité parfaite en Dieu entre l’intelligible et l’intellect, et l’acte d’intellection dont le Verbe est l’expression. Envisagé par rapport au principe divin dont il émane, le Verbe est « image » (Col 1, 15) ; mais par rapport aux choses que Dieu connaît en lui et crée par lui, il joue le rôle de modèle. Ces deux qualités qui lui sont immanentes, l’établissent dans une position médiane entre le principe dont il procède en tant que personne, et les créatures dont il est la cause exemplaire, selon cette formulation condensée de S. Thomas :
Par rapport aux autres choses connues de Dieu, le Verbe de Dieu doit donc être regardé comme l’Exemplaire ; par rapport à Dieu lui-même dont il est le Verbe, il doit être regardé comme son Image, [93].
La production multiple et diversifiée de l’image du Verbe dans le genre humain reflète les ressources infinies de son exemplarité qui réunit la plénitude de l’être dans toute la diversité de ses formes réalisées ou virtuelles. Ainsi le Verbe précontient une totalité qui s’extériorise par rapport à son être éternel en se réalisant dans le devenir du temps. Cette différence est celle de l’éternel engendrement de la Parole et de la création des êtres qui prolonge et extériorise cet engendrement par dérivation dans le temps.
La dimension temporelle de la création est le signe du non-être qui l’affecte, selon Augustin, [94] et qui la voue à sa disparition, mais elle est aussi le signe créé de l’éternité divine. Selon Col 1, 16-17, « tout est maintenu en lui » et « tout est créé par lui et vers lui ». Le Verbe est donc la cause non seulement efficiente mais encore finale, tout comme le principe de cohérence, reliant les éléments d’une multiplicité en un tout intelligible mais aussi orienté vers une fin qui n’est autre que le Verbe, cause efficiente. A travers la créature raisonnable, le mouvement des choses devient temps et histoire, c’est-à-dire temps orienté vers le Verbe. Ainsi réapparaît le schème de l’« exitus » et du « reditus » ou, plus conformément au vocabulaire de la Somme, de « processio » et de « finis » [95] ; le présupposé d’une origine divine des choses leur interdit de prétendre à l’autonomie par rapport à leur principe, qui sera aussi pour elles pôle d’attraction, la Terre promise à des créatures exilées.
b. L’empreinte des personnes divines
La position médiane du Fils assure la relation de toute la Trinité avec son Å“uvre. En effet, du point de vue notionnel, le Père et le Fils s’aiment « dans l’Esprit et dans la procession de leur amour eux et nous » [96] :
De même que le Père se dit et toute créature dans le Verbe qu’il engendre… ainsi il s’aime aussi bien que toute créature par l’Esprit Saint pour autant que l’Esprit Saint procède comme amour de la bonté première. [97]
Si le Père se réfère à la création par le Verbe et l’Esprit, il n’est pas étonnant qu’elle porte les traces de Dieu considéré non seulement dans l’unité de sa nature efficiente, mais encore dans la Trinité des personnes, ce que traduit le thème des « vestigia Trinitatis ». Thomas l’hérite d’Augustin qui s’était borné à relever la structure ternaire des choses, comprenant unité forme et ordre, correspondant à la triade : « numerus, pondus et mensura » de Sag 11, 21, sans référer nommément ces termes à une personne divine distincte. En procédant à une analyse du phénomène de la perception extérieure, de structure également ternaire, le De Trinitate se situe dans une perspective pédagogique pour conduire l’esprit vers la véritable image de Dieu imprimée dans l’âme [98].
Alors que la Somme contre les Gentils demeure discrète sur ce sujet, la Somme de Théologie lui consacre un article [99]. Ce thème appelle un registre linguistique caractérisé par la fréquence du terme « re-presentatio ». Absente des objections, puisqu’elle en fournit le principe de solution, cette notion est employée treize fois dans le corps de l’article et la réponse aux objections. Elle s’accompagne de notions proches comme « forma, de-monstrare, similitudo ». Ce vocabulaire sert à différencier le vestige de l’image, selon que la forme d’une cause efficiente n’est pas ou est reproduite dans son effet. S. Thomas va plus loin qu’Augustin en discernant expressément dans l’être substantiel des choses le Père, principe de toutes les créatures, dans leur forme spécifique le signe du Verbe, leur artisan, dans leur inclination vers une fin ou leur ordre, le signe de l’Esprit d’Amour.
Le niveau auquel se situe cette empreinte de Dieu est celui de la création. Mais puisque celle-ci est indissociable du dessein salvifique qui la porte à sa guérison et à son achèvement, c’est une autre norme ou un autre modèle qui jouera un rôle déterminant : celui du Christ, image incarnée de Dieu.
 
II. Image et christologie
 
 
L’indice d’une modification dans l’usage des catégories théologiques est repérable avec le passage de la Ia à la IIIa pars. La disparition du terme d’analogie se poursuit et se confirme [100]. Celui de proportion avec ses dérivés est bien représenté mais retrouve son sens traditionnel d’accord et d’harmonie, par exemple entre la cause et ses effets [101], les moyens et la fin [102], le corps et l’âme, comme la matière avec sa forme propre [103], les espèces intelligibles et l’esprit humain dans le cas de la connaissance infuse du Christ [104], ou encore un espace d’incorruptibilité comme le ciel et la condition du ressuscité [105]. En revanche, le thème de la similitude et de l’image est bien attesté, comme s’il devait remplacer celui de l’analogie dans le contexte christologique. Cette substitution pourrait fournir la clé de l’abandon de l’analogie.
L’origine biblique et l’héritage patristique du thème de l’image chargent cette notion d’un contenu qui en fixe le sens originel, laissant à la théologie le soin de la clarification et de l’exposition. L’Écriture applique ce titre à des réalités restreintes : dans un sens propre à l’homme et au Christ ; dans un sens figuré à la sagesse et au culte, par exemple (Sag 7, 26 ; Hébr 8, 5) ; enfin dans un sens péjoratif à l’idole (Dt 4,16. 23 ; 7, 5). Ce sont les deux premiers cas qui intéressent notre propos. Le sens fondamental de l’image se déduit de son emploi scripturaire et de sa compréhension par une riche tradition dont S. Thomas est l’héritier. Appliquée à l’homme, elle garde son sens commun et imparfait ; dans le cas du Christ, elle se réalise en plénitude. Nous examinerons d’abord le premier sens, sans nier la part d’arbitraire dans cette priorité.
A. L’homme : image de Dieu
De ce thème classique, aux dimensions considérables, ne seront retenus que les traits significatifs pour notre étude. Il importera de tenir compte des deux éléments du binôme biblique : image et ressemblance, d’autant que ce dernier terme entre dans la définition de l’analogie et pourrait assurer la continuité et l’affinité entre cette notion et celle d’image.
1. L’image : ses éléments constitutifs
L’image n’est pas une notion uniforme chez S. Thomas. Elle oscille, en effet, entre un sens strict et un sens large qui la rapproche de celle de vestige ; elle est également susceptible de se réaliser suivant des degrés d’intensité variables, selon qu’elle concerne l’homme ou l’ange, en qui l’image se réalise plus intensément en raison de sa nature intellectuelle ; d’un autre point de vue, son mode de réalisation tourne aussi à l’avantage de l’homme, en raison d’une analogie de proportionnalité : le rapport d’immanence de l’âme au corps étant à l’image de celui de Dieu avec le monde [106]. Elle est parfaite dans le Verbe [107] ou dans le Christ et imparfaite en l’homme qui, par sa double appartenance charnelle et spirituelle, réalise la synthèse du vestige et de l’image à laquelle la station droite de son corps le dispose comme figure de cette image [108].
L’assimilation à Dieu suit une hiérarchie de degrés qui va de l’être commun à toutes les créatures à l’être animé et culmine avec l’être doué d’intelligence qui seul mérite, en toute rigueur de terme, la qualité d’image de Dieu [109], dans un sens plénier pour le Verbe, avantageux pour l’ange et relatif pour l’homme [110].
C’est en traitant de l’homme fait à l’image de Dieu, que Thomas apporte les indications décisives sur sa compréhension de ce thème [111]. La première condition est la similitude ; mais si toute image en est une, l’inverse n’est pas vrai, car à l’image s’ajoute l’expression, le reflet d’un autre (un modèle) dont elle dérive [112]. Cette similitude est elle-même soumise à une condition : la conformité à l’espèce ou du moins à quelqu’une de ses qualités, en particulier la figure. L’égalité n’entre pas nécessairement dans cette définition, mis à part le cas de l’image parfaite.
L’analyse du sens de l’image ne s’arrête pas à la détermination de ces éléments constitutifs, qui en définissent la réalité ontologique. Elle doit inclure une dimension complémentaire, essentielle à sa réalisation. En effet, selon l’héritage patristique de ce thème, notamment augustinien, l’image appartient aussi au registre de l’agir ; elle est une qualité nécessairement active, tout comme la raison qui la définit. Cette activité se traduit par le verbe qui correspond exactement au statut de l’image : à savoir l’imitation, qui connote l’indispensable référence à un modèle, en l’occurrence, le modèle divin [113]. Si Dieu est connaissance et amour, l’image ne sera plus seulement d’ordre intellectuel mais encore volitif. Comme toute faculté, elle est à sa racine une aptitude, spécifique de la nature humaine, à connaître et à aimer. Mais elle ne se réalisera pleinement dans son idéal d’image qu’en s’élevant le plus haut possible dans l’imitation de son archétype par la grâce et les vertus théologales, appelées à culminer dans l’état de gloire. L’image de Dieu se réalise ainsi à trois niveaux distincts, ceux de la nature, de la grâce et de la gloire, selon son degré de proximité avec Dieu. De générique qu’elle est dans son être, elle prend un tour personnel dans son agir.
Cette image n’est pas séparable de la trinité des personnes [114]. La créature raisonnable représente, en effet, la Trinité incréée de manière spécifique, puisqu’en elle la parole procède selon l’intelligence et l’amour selon la volonté. Le débat peut s’ouvrir sur les conditions d’une réalisation effective de l’image de la Trinité en l’âme : est-elle liée à l’acte de connaissance et d’amour ? L’excellence de cette modalité n’exclut pas la présence latente de cette image en l’âme en tant que puissance et surtout habitus [115]. Ce qui dans les catégories augustiniennes s’appellerait la mémoire qui contient (ou dont procèdent) les actes de connaissance et de volonté.
2. L’image et la ressemblance
Le débat sur la valeur éventuellement propre à ces deux notions parvient à S. Thomas à travers une tradition théologique luxuriante, qui les a diversement interprétées, les confondant ou les distinguant, même au prix de la contradiction.
La clarification que tente S. Thomas [116] procède par mode de comparaison entre la similitude et l’image, les transcendantaux et les réalités particulières, en partant d’une précision d’ordre notionnel, empruntée à Aristote : l’unité réalise une certaine similitude [117]. Or, l’unité, le vrai et le bien sont des transcendantaux qui conviennent à tous les êtres particuliers et peuvent avoir avec eux un rapport d’antériorité ou de conséquence. L’antériorité se justifie par l’impossibilité pour toute chose d’exister sans une certaine unité, qui en est le présupposé. La conséquence s’explique par le perfectionnement de ces qualités dans une réalité déjà existante. Ainsi l’homme réalise une certaine bonté qui lui préexiste, comme il peut également en produire par sa vertu.
Ainsi en est-il analogiquement du rapport entre image et ressemblance. Celle-ci peut se voir attribuer la priorité, si elle est vue comme une qualité plus commune que l’image ; entendue comme subséquente, elle signifiera un perfectionnement de l’image. La première interprétation peut se réclamer du patronage d’Augustin. L’attribution d’une extension universelle à la ressemblance l’abaisse à un niveau inférieur, tandis que l’image se voit octroyer une dignité propre, fondée sur sa capacité d’atteindre la vérité par la contemplation sans l’entremise d’aucune créature, conformément à l’anagogie augustinienne. Selon l’interprétation de Jean de Damas, l’image est perçue comme une perfection ontologique et originelle, qui consiste dans la possession de facultés spirituelles : l’intelligence et le libre arbitre, tandis que la ressemblance se définit par la vertu, qui est facteur de progrès en vue de l’épanouissement de l’image par l’amour de la vertu. Appartenant à l’ordre de l’agir, la ressemblance a pour fonction de parfaire l’image.
Cette réversibilité de sens entre image et ressemblance n’est qu’une indication sommaire de tendances dans un incroyable foisonnement de significations repérables durant la période antérieure à S. Thomas. R. Javelet en a fait l’inventaire avec une patience méritoire [118]. Une fois la distinction entre ces deux notions admise, l’image serait unitaire et la ressemblance trinitaire ou triadique, dans la ligne augustinienne ; ou bien, indépendamment de la Trinité, la rationalité serait dans l’image, la volonté dans la ressemblance ; ou bien l’image signifierait la capacité du bien dont la possession conduit à la ressemblance ; ou encore le binôme image - ressemblance correspondrait à celui de nature et grâce. Ramené à ces quelques traits majeurs, un tel maquis d’opinions justifie cette conclusion : « Il est certes difficile de mettre de l’ordre dans du désordre. Mais ce désordre correspond non seulement à la rage d’empiler les richesses des autorités, mais à la volonté d’exprimer l’idée du moment. Cette volonté peut retourner un texte comme un gant, même si elle l’a déjà utilisé elle-même dans un autre sens, selon une autre optique » [119]. Quoi qu’il en soit de l’interprétation très plastique de ces notions qui convergent dans leur application à l’homme, l’image culmine avec le Christ.
B. Le Fils : image de Dieu
Le statut du Fils image parfaite du Père et cause exemplaire de la création se répète dans son état d’incarnation. Sa nature humaine est associée à sa relation singulière avec le Père ainsi qu’à son efficience sur l’humanité appelée à lui être configurée dans son état de gloire.
1. Son ambivalence
L’emploi qui vient d’être dégagé de l’analogie s’inscrivait dans le cadre des relations de Dieu avec la création, que Dieu soit envisagé dans l’unité de sa nature ou dans la trinité des personnes, qu’il soit connu par le cheminement de la raison ou par sa révélation dans les Écritures. La Trinité n’est certes connaissable que par le Christ ; mais alors que la théologie trinitaire fait abstraction de son humanité, la christologie se la donne comme objet, l’envisageant dans sa relation à la divinité et dans l’unité de la personne du Verbe. Alors que l’analogie préservait la distance entre la transcendance et l’immanence tout en les reliant, l’incarnation maintient leur distinction mais au sein de l’unité indivisible de la Parole divine faite parole humaine. Ce mystère n’inviterait-il pas à repenser l’analogie selon la forme d’une médiation vivante empruntée par le Verbe pour se dire en tant que cause exemplaire de la création et de la vocation du genre humain ? Autrement dit, le Christ serait la figure concrète de l’analogie qui règle notre connaissance de Dieu. Une telle orientation n’est pas neuve, car l’essai a déjà été tenté par E. Jüngel [120], pour qui la révélation de Dieu sur lui-même dans l’Évangile entraînerait une nouvelle compréhension de l’analogie dans le sens d’une ressemblance toujours plus grande au sein de la dissemblance, inversant ainsi l’adage du concile de Latran IV [121]. Au lieu d’une définition des rapports entre Dieu et son Å“uvre, qui ferait abstraction de l’incarnation et surtout de la croix, il faudrait dire que l’homme rejoint Dieu qui vient dans le monde et lui adresse la parole par le crucifié au point d’occulter « la distinction entre Dieu et le monde, entre la Trinité et l’histoire », libérant la théologie du recours à l’analogie [122]. Le passage du plan trinitaire transcendant à celui de la christologie s’effectue nécessairement par le Fils, puisque parmi les personnes divines il est le seul à occuper et à réunir ces deux plans. L’examen de la christologie de S. Thomas peut-elle jeter quelque lumière sur cette question ?
a. L’incarnation du modèle en son image
L’interprétation trinitaire que S. Thomas tire de Col 1, 15 vaut au Fils éternel le double titre d’image du Père et de cause exemplaire du monde créé. Cette exemplarité se reflète notamment dans la dignité reconnue aux hommes d’être image du Christ, selon 1 Cor 11, 7 et 15, 49 [123]. Ce rapport privilégié avec la nature humaine fournit le motif de la convenance de l’incarnation du Fils plutôt que d’une autre personne divine et du choix de la nature humaine plutôt que d’une autre nature.
Bien qu’au titre de la puissance divine l’incarnation du Père ou de l’Esprit soit également concevable [124], les deux Sommes s’accordent à souligner la haute convenance de l’incarnation du Fils [125]. Étant l’artisan de la création, il en est le modèle, la « simililudo exemplaris ». A cette raison générale, s’ajoute l’affinité particulière du Verbe avec la nature humaine qui, douée de raison, y était prédisposée. Ainsi se réalise l’union harmonieuse du modèle avec son image, dans la personne du Fils. Le but est certes la rédemption mais aussi la perfection de l’homme grâce à sa participation à la sagesse du Verbe et à la réalisation de sa prédestination à devenir fils adoptif selon le modèle de la filiation naturelle du Verbe [126]. La Somme contre les Gentils donne une formulation claire de cette aptitude propre au Verbe :
C’est en tant qu’il est raisonnable que l’homme forme une espèce propre. Or il y a affinité entre le Verbe et la raison ; le logos des Grecs ne signifie-t-il pas verbe et raison ? Il est donc de la plus haute convenance que le Verbe s’unisse à la nature raisonnable : en raison même de l’affinité qu’on a soulignée, la Sainte Écriture attribue en effet le nom d’image au Verbe et à l’homme [127].
Pourquoi l’incarnation s’est-elle effectuée dans la nature humaine plutôt que dans une autre ? La réponse à cette question présente une symétrie avec la précédente. Au titre de sa puissance, le Verbe aurait pu s’incarner en n’importe quelle nature, mais au titre de la convenance, c’est la nature humaine qui lui était adaptée, parce qu’il a assumé notre chair par la médiation d’une âme apte à s’unir à lui en sa qualité d’image de Dieu [128]. Étant douée de raison, notre nature était disposée non seulement à le recevoir passivement mais à l’atteindre activement par un acte de connaissance et d’amour [129]. Grâce à l’incarnation la nature humaine est portée à son plus haut degré de perfection, encore que l’achèvement dans la gloire soit différé à la fin des temps [130]. Cette capacité de Dieu [131] est la marque de son image en l’homme ; ce dont la créature privée de raison ne peut se prévaloir, c’est pourquoi elle ne porte qu’un vestige de la Trinité. Cette inégalité fondamentale entre la créature raisonnable et la créature animale ou bien inanimée fait toute la différence entre l’image et le vestige de la Trinité dans son Å“uvre.
Cette aptitude du Verbe à assumer une nature raisonnable ne se limite cependant pas à cet ordre intellectuel ; la raison n’est pas séparable d’autres facultés comme la volonté libre que S. Thomas a reconnue au Christ, à la suite des décisions conciliaires [132] sur une question fort controversée, ou l’affectivité qu’il ne pouvait pas lui dénier, quitte à l’assortir de certaines réserves. Ainsi lui sont attribuées la passibilité, une vraie tristesse, la crainte, l’admiration, la colère, si elle est motivée par le zèle et conforme à la justice [133].
b. La causalité exemplaire du Christ
La finalité salvifique de l’incarnation est conditionnée par son efficience sur notre nature raisonnable, qui se traduit par la conformation de l’image à son modèle. Comme cet objectif n’est pleinement atteint que par la glorification du Christ, nous rappellerons certains effets en nous de cette figure de gloire.
Même si S. Thomas se réfère plus volontiers à la structure divinohumaine de l’incarnation et aux « acta et passa » du Christ, il ne méconnaît pas l’exemplarité de sa condition glorieuse ; celle-ci ne peut toutefois s’exercer efficacement sur notre nature qu’en raison de sa dignité d’image de Dieu qui la dispose à partager la vision bienheureuse du Christ [134]. Une harmonieuse relation est donc présupposée entre l’agent et le sujet récepteur, les qualités promises à ce dernier s’anticipant à un degré éminent dans le Christ qui en est le modèle parfait et efficient. L’économie du salut en est le terrain de vérification.
Ainsi la qualité d’image de Dieu fonde l’aptitude des hommes à l’adoption filiale qui les habilite à jouir de la béatitude divine et à entrer dans l’héritage de Dieu par pure grâce. Encore que, selon S. Thomas, cette adoption ait pour auteur toute la Trinité [135], il admet qu’elle puisse être appropriée « au Père comme à son auteur, au Fils comme à son modèle, à l’Esprit Saint comme à celui qui imprime en nous la ressemblance avec le modèle » [136]. Quoi qu’il en soit, notre filiation adoptive est expressément dite à la ressemblance de la filiation naturelle du Christ [137]. La prédestination de l’humanité du Christ à être celle du Fils de Dieu est, selon la thèse augustinienne, le modèle de la nôtre à devenir fils adoptifs. Dieu est la cause commune de l’une et de l’autre ; mais considérée par rapport à son terme final, le salut, la nôtre ne peut s’accomplir que par le Christ [138]. Par ailleurs S. Thomas justifie l’anticipation de la vision de Dieu chez le Christ dès sa vie terrestre, à la cime de son âme, réunissant la double condition de viator et comprehensor, par sa mission d’y conduire les hommes, son espérance portant sur la glorification de son corps [139].
Le rapport du Christ, en qui se condense la plénitude de la grâce en raison de son union au Verbe [140], avec l’Église, Corps dont il est Tête et qu’il anime de son influx vital, relève du langage imagé. Cette grâce, qui sanctifie l’âme et le corps du Christ est supérieure à celle de tous les « comprehensores » [141] car elle est le principe universel de la glorification du genre humain [142]. Inutile de s’étendre davantage sur cet aspect bien connu de la doctrine thomasienne.
La catégorie de causalité exemplaire ou de modèle efficient trouve un emploi particulièrement significatif dans la détermination du rôle qu’exerce le ressuscité sur notre résurrection. Ce rôle découle de la perfection de la résurrection du Christ, « prémices de ceux qui se sont endormis » (I Co 15, 20). Le Christ exerce cette causalité par son humanité, instrument de sa divinité, à laquelle revient le rôle de cause première. Son efficience opère la résurrection de notre corps et, dans un sens figuré, celle de notre âme, autrement dit notre justification [143]. Si l’âme fait vivre le corps, elle vit par la grâce en mourant au péché et en vivant avec le Christ, son modèle. Alors que l’efficience est universelle en ce sens qu’elle s’exerce sur tout l’homme, corps et âme, et sur tous les hommes, les justes aussi bien que les réprouvés, lors de la résurrection générale, l’exemplarité sera réservée aux seuls justes, car eux seuls seront « conformes à son corps de gloire ». (Phi 3, 21).
Puisque, selon l’enseignement de Paul (Rom 8, 29 ; Phi 3, 21), nous sommes appelés à la conformation ou à la configuration avec le Christ, le délai qui sépare sa résurrection « le troisième jour » de la nôtre, renvoyée à la fin des temps, est source de difficulté théologique, qu’évoque la Somme au moins à deux reprises. Cette diachronie pourrait, en effet, avoir une incidence négative sur notre configuration avec le Christ Tête. Ainsi selon la q 53 a 2 ob. 1, sa résurrection devrait être renvoyée à la fin des temps pour assurer la simultanéité nécessaire à l’exercice de la cause sur son effet. Selon la q 56 a 1 ob. 1, cette même nécessité causale peut aussi conduire à une inversion de la perspective qui postulerait la résurrection anticipée des morts. Le motif ainsi que la conséquence hypothétique de ces deux objections sont les mêmes et se traduisent soit par le report de la résurrection du Christ à la fin des temps ou par l’anticipation de la nôtre afin qu’elle coïncide avec la sienne.
À ce genre d’objection, dictée par la loi physique, Thomas répond, dans le premier cas, par un argument théologique de convenance : la conformité ressortit de l’ordre de la nature, entendue comme participation à la perfection du Christ en gloire, et non de celui de la puissance dont la supériorité, propre à la Tête, s’atteste par la résurrection anticipée du troisième jour. Dans le deuxième cas, la réponse ajoute à la puissance du Verbe le renvoi de l’effet à la libre disposition de sa volonté. Le retard qui en résulte permet l’extension de notre configuration au Christ dans l’intégrité de son mystère pascal, y compris sa passion et sa mort comme préalable à notre glorification.
c. Un motif de débat théologique ?
S’il va de soi que la cause première jouit d’une capacité d’intervention à la mesure de sa puissance qui transcende toutes les conditions spatiotemporelles, les interprètes de S. Thomas se divisent sur la manière dont il convient de comprendre la causalité instrumentale de la résurrection du Christ. Désignerait-elle un « fait historique passé » (in fieri) ou l’événement accompli de l’humanité glorieuse du Christ, autrement dit le Christ ressuscitant ou déjà ressuscité ? Ce débat nous suggère l’une ou l’autre remarque visant à dépasser cette problématique. La q 56 a 2 ad 3um a au moins le mérite d’aller droit à l’essentiel : la résurrection du Christ étant portée à un degré de perfection exemplaire ne saurait être renvoyé à aucun autre modèle, tandis que la nôtre qui est une reproduction ou une imitation requiert une cause exemplaire.
Il est certes légitime de vérifier, dans un souci d’exactitude, la pensée précise de S. Thomas. S’il emploie couramment le participe « resurgens », il ne se prive pas non plus d’utiliser le substantif « resurrectio ». Faudrait-il y voir l’acte de résurrection distinct de l’état glorieux du ressuscité ? On peut s’interroger sur l’intérêt et les risques d’un tel débat. On serait tout aussi fondé de distinguer la création « in fieri » et « in actu esse ». Mais ne risquerait-on pas de l’affranchir du Créateur et, analogiquement, le ressuscité du Père le ressuscitant ou le Fils, une fois engendré, du Père l’engendrant ? Des expressions comme « événement passé » ou « mystère historique » sont-elles adaptées à la réalité concernée ? La réflexion théologique actuelle invite à plus de prudence et de sens critique. D’autres catégories de pensée telles que réalité ou événement mériteraient d’être prises en compte. Deux points de vue sont à conjuguer : celui du ressuscité et celui de l’expérience pascale des disciples. Vue du côté de ses témoins, la résurrection s’inscrit dans le temps, du côté de celui qui apparaît, elle transcende le temps, car elle est de nature eschatologique. Jésus n’a pas été arraché au temps comme les vivants dont se saisirait la Parousie. Par sa mort il a déjà quitté la temporalité ; et c’est du séjour des morts ou du tombeau qu’il est ressuscité. À moins d’être traité comme événement historique aux dépens de sa singularité eschatologique, l’acte de résurrection inaugure la condition glorieuse du Christ, sans l’exiler du temps dont il est devenu le maître ; aussi une fois affranchi des contraintes du temps et de l’espace [144], est-il l’instrument parfaitement approprié de la « virtus divina » dans l’histoire.
Du sommet qu’il occupe, le ressuscité domine l’histoire, le passé et le futur. Voilà pourquoi son humanité est le point de convergence de la foi des anciens justes aussi bien que de la nôtre, selon Augustin [145] et S. Thomas. Elle est pour tous l’indispensable cause d’un même salut [146]. Est également digne d’intérêt l’idée que le Christ ressuscité garderait mémoire du passé de son humanité. Elle enrichit sa causalité exemplaire sur notre résurrection qui, pour préserver notre personnalité, doit être une consécration et non une abolition des traits qui façonnent historiquement notre personne dans son être singulier et dans le tissu de ses relations. Ainsi la configuration au ressuscité porte notre condition d’image à son sommet. Le Christ n’est plus seulement notre modèle dans son être mais encore et surtout dans tout son devenir salvifique en vue de notre ressemblance achevée avec lui dans l’état de gloire.
2. Analogie, image et figure
Avant de tenter une confrontation entre les notions d’image et d’analogie, l’examen de la notion de figure apparemment proche de l’image, complètera ce tableau en permettant une prise en compte des différents plans de pensée où se meut S. Thomas.
a. Le sens de la figure
Le terme de figure ainsi que ses dérivés connaissent une fréquence considérable dans l’Å“uvre de S. Thomas. Son sens oscille entre les termes extrêmes que sont la fiction et la réalité. Il est employé avec des valeurs différentes et comprend divers niveaux de signification. Dans le domaine naturel, il peut désigner une forme géométrique parfaite [147] ou une réalité physique, comme la forme d’un corps ou d’une maison [148], les visages multiples et variés à l’intérieur d’une espèce [149]. La figure prend également un sens de représentation : ainsi d’une figure en cuivre on dira qu’elle est un homme en raison d’une certaine similitude avec l’objet représenté [150]. Selon Aristote, elle exprimerait une qualité sous l’angle de la quantité [151]. Son sens peut également s’affaiblir en désignant l’apparence, à laquelle, par exemple, la scission entre le corps et l’âme du Christ réduirait son humanité [152].
Ce terme prend surtout une valeur stylistique proche de la métaphore, par opposition au sens propre [153]. En tant que moyen littéraire pour renvoyer à une autre réalité, la figure est un outil essentiel dans l’interprétation scripturaire. Indiqué par Paul [154], cet usage, copieux chez les Pères, est repris par S. Thomas. Son sens est alors appelé typologique. Les exemples de rapprochement entre les réalités de l’ancienne Loi tendues vers les nouvelles qui leur confèrent leur signification plénière abondent. Ainsi le sacerdoce ancien est la figure de celui du Christ [155] ; les sacrifices offerts à Jérusalem préfigurent sa passion, la circoncision le baptême [156] ; les préceptes rituels préfigurent le Christ et les sacrements de la Loi nouvelle [157]. Inutile d’insister sur ce lieu commun de la théologie. La figure n’assure pas seulement la transition entre les deux Alliances ; elle joue également son rôle à l’intérieur du Nouveau Testament, en particulier dans le domaine sacramentel où elle devient synonyme de signe : ainsi pain et huile sont respectivement figure du Christ et de la grâce du Christ ; l’eucharistie est figure de l’unité du Christ et de l’Église [158].
Image et figure ont en commun d’être des notions essentiellement relatives, qui présentent une similitude avec la réalité à laquelle elles se réfèrent, qui les dépasse et leur donne sens. La question est de savoir à quel genre de terme elles sont respectivement corrélées. Alors que l’image se rapporte à un modèle efficient dont elle est l’effet et le reflet, la figure s’oppose à la vérité dont elle est l’esquisse ou la préfiguration. Ainsi l’image se définit par un lien de dépendance fondamentale dans son essence et sa forme avec son modèle, tandis que le rapport de la figure avec la vérité est de nature non pas ontologique mais économique et prophétique ; son rôle est d’annoncer et d’ébaucher la vérité attendue, qui lui correspond tout en la dépassant [159]. Si la figure peut relever de l’imagination, elle n’est pas pour autant mensongère ni pure fiction dans la mesure où elle est porteuse de signification et se rapporte à une vérité qui lui confère sa légitimité [160]. Ce rapport est défini par S. Thomas avec précision : la figure doit être réunie à la vérité pour que la vérité ratifie la figure [161].
Tout en connaissant une certaine diversité, cette notion est essentiellement liée à une fonction herméneutique. Elle s’inscrit dans le temps, prenant le sens d’un signe anticipatif de la vérité d’ordre eschatologique qui lui est corrélative. Par sa fonction typologique, elle appartient à l’économie du salut et non à celle de la création ; elle est tendue en avant, vers son accomplissement dans le Christ. L’image est d’un emploi plus large et s’accorde à des registres de signification hiérarchisés, allant de la transcendance divine à l’immanence des créatures, puisqu’elle convient au Fils en sa nature divine et en sa condition humaine ainsi qu’à l’ange et à l’homme en tant que créatures raisonnables.
b. L’analogie et l’image
Nous avons déjà relevé que, dans la Somme de théologie, le passage à la christologie se soldait par la disparition du vocabulaire de l’analogie et la consécration du thème de l’image dans la personne du Christ, en vertu de l’affinité particulière du Verbe avec la nature humaine qui, faite à l’image de Dieu, est naturellement ajustée à l’empreinte de la parfaite image du Père dans le Fils incarné. Le rapport de l’homme avec le Christ peut alors se définir comme l’image de l’image.
Peut-on préciser davantage ? Ce rapport ne saurait être celui de l’hétérogénéité sans tomber dans la contradiction. Représenterait-il un cas particulier de l’analogie ? On pourrait le penser en raison de l’efficience qui fait l’image, puisque le Christ, dont la vision s’anticipe dès son existence terrestre, exerce une causalité exemplaire sur notre accession à la condition glorieuse. Mais si l’analogie est une exception à l’équivocité et connote la différence ontologique radicale entre l’être qui existe par soi et ceux qui n’existent que par mode de création, cette définition est-elle compatible avec la doctrine de la grâce salvifique ? En effet, si le Christ la possède en plénitude, ce n’est pas pour la monopoliser, puisque sa grâce personnelle s’identifie à la grâce capitale, qui passe de la Tête vers les membres, établissant ainsi un lien de continuité entre ces deux termes [162]. En outre, la gradualité qui découle de l’emploi répété du comparatif « perfectius » [163] et qui distingue la vision béatifique du Christ de la nôtre, future, glisse d’une dénivellation de sens ontologique à un accroissement ou une décroissance de sens qualitatif. S. Thomas s’est bien gardé de qualifier le rapport de Dieu avec ses créatures au moyen d’une telle forme grammaticale, comme s’ils partageaient à des degrés divers un être et des attributs substantiellement identiques.
Cette différence s’explique aisément. En effet, le rapport entre le Christ et ses membres ne peut reproduire celui de Dieu avec les créatures, puisque par son humanité le Christ se situe de leur côté. A ce titre, il est totalement dépendant de la libéralité divine dans le don de la divinité, de la grâce ou de la béatitude [164], tout comme il est solidaire des autres hommes du point de vue du mérite ou de sa glorification corporelle. Il ne peut donc les dépasser qu’en qualité, ce que souligne S. Thomas en haussant les dons du Christ à un degré d’excellence originelle et en lui accordant la plénitude de la grâce, supérieure à celle de tous les « comprehensores » aussi bien que l’usage du libre arbitre dès le premier instant de sa conception [165]. Pour prévenir toute équivoque, la différence entre la Tête et les membres ne se traduit pas en termes de plus ou de moins dans le partage d’une qualité commune mais de la plénitude et de la participation dans un ordre surnaturel identique. En effet,
« Selon sa nature humaine, le Christ possède une perfection qui le rend homogène aux autres [166].
Cette communauté de partage différencié d’une même grâce est inséparable de la participation du Fils et de ses frères au même Esprit par la puissance duquel le Père engendre le Fils de toute éternité, dans le temps et dans l’eschatologie pascale et ses fils dans l’eau du baptême. Puisqu’il leur est commun, cet Esprit est le lien de communion entre la Tête et ses membres, surmontant ainsi la distance entre le Créateur et la créature, selon l’analogie de l’être.
La réflexion se trouve ainsi prise entre deux exigences contraires de distance et de proximité, représentées par l’analogie et par l’image. Cette « coincidentia oppositorum » se vérifie au cÅ“ur de la foi, dans l’être du Christ. Même si l’éloignement de Dieu, suprême « analogué », est corrigé par la causalité qu’il exerce au sein de son Å“uvre, cette immanence ontologique ne suffit pas à réduire la distance au plan cognitif. L’approche christologique de Dieu y parviendrait-elle ? En un sens non, car le mystère de l’incarnation n’abolit pas la distance entre le Créateur et la créature, la distinction des deux natures étant sauve, selon l’enseignement le plus explicite de Chalcédoine [167]. Aussi, malgré son visage d’incarnation, Jésus pouvait-il déclarer : « Personne n’a jamais vu Dieu » (Jn 1, 18). Voilà pourquoi, même pour Jésus, Dieu demeure le Tout Autre.
D’un autre côté, il faut bien consentir à un constat : la révélation de Dieu dans le Christ entraîne une discontinuité entre le pressentiment d’un Dieu dont le mystère se cache et se révèle à travers des signes qui n’en permettent qu’une perception spéculaire, selon l’expression paulinienne, et sa manifestation plénière à travers le visage humain du Christ, que légitime l’affirmation antithétique du même Jean : « Qui m’a vu a vu le Père » (14, 9). Par la médiation de son humanité, le Christ, image parfaite de Dieu, introduit les hommes dans sa ressemblance ; même si, en eux, l’image désigne une similitude imparfaite, elle exprime une proximité foncière avec le Christ, puisqu’il est principe de notre élévation à la dignité filiale. Le régime de l’image nous introduit dans ce que Maritain appelle la « suranalogie de la foi », qui loin de mépriser le recours aux métaphores est peut-être plus apte à évoquer la transcendance divine qu’une terminologie savante [168]. Aussi le Christ, image de Dieu, parle-t-il de Dieu en images, dont les paraboles sont une forme ouverte au décryptage de nos analyses. A cet égard, la position de Maritain rejoindrait la thèse de Jüngel.
3. Une réinterprétation chrétienne de l’analogie ?
Dès lors que l’on admet que le Christ est la révélation suprême et définitive de Dieu à travers son humanité qui est la face immanente et temporelle de son être transcendant et éternel, ces deux niveaux se réunissant dans la personne du Logos, la question de l’analogie conduit à l’alternative suivante : faut-il penser la christologie en fonction des normes générales de l’analogie, établies par la réflexion philosophique, ou bien faut-il redéfinir l’analogie selon le modèle christologique ? Urs von Balthasar a bien senti et formulé la question [169].
Si l’analogie s’applique à l’intérieur du Christ, étant donné la distinction des natures, l’être du Christ ne résulte pas de leur conjonction mais de leur union dans l’hypostase. Voilà pourquoi étant dans la chair assumée l’expression de la vérité divine, qui excède les capacités humaines, le Logos parle de Dieu en tant que Fils qui connaît le Père ; aussi sa parole est-elle exempte d’approximations, car c’est d’en haut qu’il parle, comme quelqu’un qui est « descendu du ciel » et « qui vient de Dieu » (Jn 3, 13 ; 6, 46) et qui, pour cette raison, est révélateur du mystère trinitaire. Par son exemplarité le Verbe fait chair remodèlerait alors l’analogie dont il serait le suprême « analogué », tout en s’incorporant les « étants individuels », cosmos et Église, bien que de manière différenciée.
Balthasar n’entend pas supprimer dans l’analogie christologique « la distance originaire et infinie entre Dieu et la créature ». Mais elle serait « transfigurée dans la distance infinie qui existe entre les Personnes divines à l’intérieur de la même et unique nature » [170]. Ainsi christologiquement redéfinie, l’analogie sera bien comprise comme une relation de proportionnalité, la différence entre Dieu, plus précisément le Logos et les créatures, dont il est le principe et la fin, étant proportionnelle à la relation intra-trinitaire entre les personnes divines.
Ainsi Balthasar retrouve sa thèse de la distance infinie qui sépare le Père du Fils au sein de leur communion la plus intime. Du point de vue d’une ontologie théologique, cette conclusion présente l’avantage de penser l’analogie en référence à la Trinité ; du point de vue épistémologique, la distance infinie qui le sépare du Père n’empêche pas le Fils de revendiquer la connaissance intime qu’il a de son Père et réciproquement en raison de leur proximité (Jn 10, 15). Si cette proximité s’étend à tous les êtres que le Christ Tête récapitule en lui, cette conviction de foi reste pour nos intelligences une obscurité en raison de la distance qui subsiste entre elles et le Logos. Bien que le Logos ait parlé de Dieu avec exactitude, ses paroles ne peuvent évoquer qu’analogiquement les réalités révélées. En ce sens, la Vérité par laquelle il se définit reste toujours un concept analogique [171].
Finalement l’analogie aussi bien que l’image inscrivent leur signification dans la catégorie de la relation puisqu’elles rapportent une copie à son modèle, l’analogie pour souligner la distance entre la cause et son effet, le vestige et l’image pour les rapprocher, en tant qu’effet ressemblant. Ces deux registres du langage signalent toute la difficulté du discours théologique, fait de négation et d’affirmation non comme deux forces qui se neutraliseraient mais qui appellent à un dépassement. Si l’analogie se réfère au mystère d’un Dieu insaisissable et l’image à celui d’un Dieu qui se donne à voir et à toucher, en somme au Dieu Trinité, elles nous introduisent dans une démarche paradoxale, dont la tradition théologique a depuis longtemps défini les étapes et que Balthasar a reconsidéré dans un sens qui prenne plus méthodiquement en compte l’économie de la révélation. Le paradoxe est une donnée structurelle dont l’objet qui réunit des propriétés contraires, irréductibles l’une à l’autre, demeure un perpétuel défi pour la raison. En Dieu, la distance appelle la proximité, l’absence la présence, l’identité l’altérité, l’unité la pluralité ou inversement. Ces oppositions sont la matière d’une quête possible et impossible de Dieu. Ce nouveau paradoxe servira de stimulant pour la recherche de Dieu ou de prétexte à la lassitude.
* * *
Au terme de ce parcours, nous pensons avoir réuni, dans une vision synthétique, les lois et les ressources essentielles qui façonnent le discours théologique sur Dieu. Cette vision intègre d’abord l’outil indispensable du discours spéculatif, à savoir l’analogie ; puis la notion d’image, centrée et fondée sur le Christ mais étendue à tout homme, assurant l’axe d’une théologie chrétienne.
Par ailleurs le rapprochement entre les dimensions trinitaire et christologique par la réunion de l’analogie et de l’image est une manière de rapprocher la Trinité de l’événement du Christ, autrement dit la « theologia » de l’« oiconomia » que l’évolution de la théologie eut tendance à distendre, même dans la forme de son discours, par l’emploi de catégories ontologiques trop isolées d’une vision historique du donné révélé.
Un domaine délicat est susceptible de ce genre de rapprochement : celui des affections et des passions que l’Écriture attribue à Dieu et que la théologie s’efforce de purifier pour les rendre compatibles avec ses propriétés métaphysiques. Ce faisant, elle recourt à l’analogie ou à la métaphore pour échapper aux anthropomorphismes. Mais lorsque ces affections liées à la nature humaine sont assumées par le Verbe, une théologie de l’image, c’est-à-dire de la figure concrète de Dieu dans l’histoire, se devra de les faire endosser au Verbe. Puisque l’Écriture les attribue au Christ, S. Thomas est bien obligé de les admettre. Mais en tant que théologien il soumet la passibilité du Christ à des conditions qui la prémunissent du soupçon de péché et la soumettent au contrôle de la raison [172], afin qu’elle soit le reflet le plus pur dans une âme humaine du sens qu’elle reçoit en Dieu. Quant à la souffrance du Christ, comment concevoir son retentissement en Dieu ? La lui refuser au nom de l’impassibilité divine ne cacherait-il pas une forme d’anthropomorphisme plus subtile [173] ? On atteint sans doute ici les limites du pensable qui tiennent à la nature du mystère que l’on voudrait exprimer en pleine harmonie avec la foi christologique. Celle-ci protège, en effet, les deux natures du Christ de toute altération monophysite et de toute séparation en les réunissant dans l’hypostase du Verbe. Alors que le langage de l’image rapproche l’inaccessible transcendance de la réalité humaine, celui de l’analogie garde cette transcendance de toute confusion avec le créé. Irréductibles l’un à l’autre, ces deux registres se complètent et se corrigent. Comme ils interfèrent également avec la méthode théologique des trois voies affirmative, négative et d’excellence, on est en droit de se demander si son champ d’application ne pourrait englober outre la « theologia » l’ « oiconomia ». Cette question se situerait dans le prolongement naturel de cette enquête. â– 
 
NOTES
 
[1]Dans une abondante bibliographie signalons comme ouvrages importants : H. Chavannes. L’analogie entre Dieu et le monde selon saint Thomas d’Aquin et selon Karl Barth, Cerf, Paris, 1969 ; B. Montagnes. La doctrine de l’analogie de l’être d’après Saint. Thomas d’Aquin, PU. Louvain, 1963 ; C. Fabro. Participation et causalité selon S. Thomas d’Aquin, Louvain, Paris Nauwelaerts, 1961 ; E. Przywara. Analogia entis, traduit de l’allemand par R. Secretan, PUF, Paris, 1990. Ph. Secretan L’analogie, PUF Que sais-je ?, n° 2165, Paris, 1984.
[2]Pour être plus précis, son emploi se rencontre une seule fois dans le texte grec en Rom 12,6 : κατα την αναλογιαν, que la Vulgate traduit : « secundum rationem fidei ». Si S. Thomas parle néanmoins d’analogie dans ce sens, c’est en référence à Augustin, De utilitate credendi. 3,5 ; cf. la q 1 a 10 ob. 2.
[3]Platon définit en termes précis, dans un contexte cosmologique, le rôle esthétique de l’analogie ou de la proportion comme moyen terme ; cf. Timée, 31b-32b.
[4]Pour en mesurer l’importance on pourra se rapporter à la thèse de R. Javelet, Image et ressemblance au douzième siècle, Université de Strasbourg, 1967.
[5]D’un simple point de vue sémantique, d’autres notions seraient à signaler. Ainsi la correspondance indique un rapport de complémentarité, de communication, d’harmonie, qui repose sur une égalité ou identité de nature entre les termes qu’elle relie. La transposition est un changement de place, de destination ou de registre musical, par exemple. La réalité demeure inchangée ; ce sont les modalités qui changent.
[6]Nous ne pouvons reprendre toute cette question chez S. Thomas d’autant qu’elle a déjà fait l’objet des études signalées à la n. 1. Ce sont des repères que nous emprunterons à ses grandes Å“uvres de la maturité que sont les deux Sommes. L’apport de S. Thomas bénéficie lui-même du riche patrimoine théologique et mystique que lui ont laissé Boèce, Augustin ou Denys l’Aréopagite. L’étude successive des « noms intelligibles » et des « métonymies du sensible au divin » devait occuper chez Denys les traités Des Noms divins et la Théologie symbolique ; cf. Œuvres complètes du Pseudo-Denys l’Aréopngite traduites par M. de Gandillac, Aubier. Paris, 1943 ; La théologie mystique, cp III, p. 181.
[7]Ia q 39 a 8 Resp.
[8]Somme contre les Gentils (SCG), I, 31.
[9]Ia q 13 a 6 Resp ; q 8, a 2.
[10]Cf. Ia q 1 a 9 et Ad 3um ; q 13 a 2 Ad 2um : on distinguera l’origine du nom signifiant et la signification pour laquelle il est employé.
[11]Cf. Ia q 3 et 4. L’attribution de perfections particulières à Dieu est l’inévitable conséquence de l’infirmité de notre intelligence, incapable de saisir Dieu dans son unité et qui, pour cette raison, doit surmonter la diversité des concepts pour retrouver la simplicité divine ; cf. Ia q 13 a 12. Voir T.-D. Humbrecht, « La théologie négative chez S. Thomas d’Aquin », in R. Th., 1994, n° 1, p. 76-77.
[12]Augustin avait déjà souligné cette norme de l’unité ou de la simplicité divine dans son enseignement trinitaire. Cf. De Trinitate VI, VI, 8.
[13]Ia q 20, a 1 Ad lum.
[14]SCG, I, 89,7.
[15]Au moins la « voluntas beneplaciti » ; cf. Ia, q 19,a 11 Resp.
[16]Ia q 20 a 1 Resp.
[17]SCG I, 90. Diverses sont les raisons qu’invoque S. Thomas pour affranchir Dieu des passions, telles que leur polarisation et leur spécification par un objet unique ; voir ibid. 1, 89.
[18]Ia q 3a2 Ad 2um ; q 19a 1 1 Resp. ; SCG. III, 96, 21. À titre indicatif, notons que la colère peut être envisagée comme jugement de Dieu, c’est-à-dire à partir de Dieu ; elle peut aussi l’être à partir de l’homme pécheur qui sent peser sur lui le jugement du Dieu saint et auquel il n’échappera que par conversion au Dieu d’amour.
[19]SCG I, 91,13. Ces réalités appelées aussi « perfections mixtes » sont à comprendre comme l’expression métaphorique d’une similitude de comportements.
[20]Ibid.
[21]Ia q 3 a 6 Resp.
[22]Ia q 12 a 7 Ad lum.
[23]Ia q 1 a 10 Ad 3um.
[24]Ia q 13, a 9 Resp.
[25]Ia q 19, 11 Resp. ; 19, 12 Ad 2um ; q 33, a 2, Ad 3um.
[26]Parmi les divers sens possibles du terme symbole, est retenu ici celui d’« analogie emblématique », dont la fonction est de traduire par une réalité sensible ce qui ne l’est pas. Comme pour tout symbole de ce genre, il fait partie d’un code qui n’est saisissable que par ceux qui en détiennent la clé, laquelle est subjectivement la foi, partagée à l’intérieur d’une communauté de foi. De ce sens on pourrait passer à celui de la vérification et de la reconnaissance : ainsi le Christ en tant que Fils est symbole, c’est-à-dire expression adéquate du Père. Cf. Urs von Balthasar, La Théologique II Vérité de Dieu, Culture et Vérité, Bruxelles, 1995, p. 297-333.
[27]L’analogie et la métaphore sont des notions connexes mais non pas équivalentes, car leur fonction est différente. Alors que la métaphore comporte un transfert de sens, l’analogie intervient au niveau du sens qui, instinctivement compris par rapport au monde créé dont nous faisons l’expérience, requiert une opération mentale pour le référer au transcendant qui nous échappe. Dans l’analogie de proportionnalité l’un des termes devra nécessairement sortir de la sphère de nos représentations natturelles. Dire de Dieu qu’il est juste (sens propre), ou « un sceptre d’équité » (Ps 45,6) (métaphore royale), ne change rien à la question du sens de la justice en Dieu qui ne pourra être entendue que de manière analogique.
[28]Cf. Denys, Les Noms divins IX, 7.
[29]Sur ce point S. Thomas suit Aristote ; voir Chavannes, op. cit., p. 35-36.
[30]Cette différence se vérifie même dans l’effet de la chaleur du soleil sur les créatures inférieures ; cf. SCG I ; XXIX.
[31](Ps 35, 10) Ainsi l’Écriture plaiderait dans sa pratique en faveur de l’analogie ; cf. ibid.
[32]SCG. I, XXXIV.
[33]Ia q 12 a 2.
[34]Ia q 12 a 11.
[35]Ia q 12 a 11. Cette question hérite du débat ancien sur les théophanies de Dieu aux patriarches. Elle est amplement débattue par Augustin au livre II du De Trinitate.
[36]Ia q 12 a 13.
[37]S. Thomas parle de « species », qui ne sont en rien des substituts de l’objet de connaissance, que l’on peut nommer « image », mais dépourvue de toute autonomie, de sorte que c’est « bien l’espèce sensible de la chose même, qui, rendue intelligible par l’intellect agent, se trouve être devenu la forme de notre intellect possible ». Voir E. GILSON, Le thomisme, 6e éd., Vrin, Paris, 1965, p. 285-286.
[38]Ia q 84 a 6 Resp. Contrairement à la théorie de la connaissance chez Platon, cette lumière intellectuelle ne suffit pas à la connaissance des réalités matérielles. Un travail d’abstraction des espèces intelligibles à partir du sensible s’avère indispensable.
[39]Ia q 12 a 13 Ad lum.
[40]On compte 12 occurrences dans la Somme de théologie et 3 seulement dans la Somme contre les Gentils.
[41]Nous avons pu relever 12 occurrences du substantif « analogia » dans la la, 1 dans la la 1 lac, 3 dans la SCG ; 11 de l’adjectif et adverbe « analogicus/ce » dans la Ia, 1 dans la IIIa, 5 dans la SCG. Le peu de place occupé par l’analogie chez S. Thomas a déjà été signalé par P. A. Patfoort, « La place de l’analogie dans la pensée de saint Thomas d’Aquin » in RSPT LXXVI, 1992, p. 235-254.
[42]Rien que dans la Ia on dénombre 94 occurrences et 123 dans la Somme contre les Gentils.
[43]Cf. note 2.
[44]la q 1 a 1 Resp. La q 1 a 8 Ad 2um définit avec clarté le statut de l’argumentation rationnelle par rapport à la vérité révélée. Si la raison humaine n’a pas compétence pour prouver la foi, elle peut se mettre à son service ; voilà pourquoi la « sacra doctrina » recourt à l’autorité des philosophes pour leur emprunter des arguments externes. Selon cette logique, les preuves rationnelles de l’existence de Dieu (cf. la q 2 a 2 et 3) ne sont pas un préalable à la foi en Dieu, mais elles la servent en établissant son caractère raisonnable.
[45]Ia q 4 a 3. Cette expression nous paraît convenir ici, bien qu’elle n’appartienne pas au langage scolastique. Le champ d’application de l’analogie ne se restreint pas au rapport de Dieu avec les créatures mais il qualifie aussi certains rapports des créatures entre elles, lorsque l’effet n’appartient ni à l’espèce ni au genre de la cause ; voir à propos de l’exemplarité que les créatures peuvent exercer les unes sur les autres, la q 44 a 3 Resp.
[46]Ibid.
[47]Ibid. Ad 3um.
[48]Ibid. Ad 2um. Selon la judicieuse remarque de J. Maritain, le mot « participation » exprime « dans l’ordre ontologique cela même qu’exprime dans l’ordre noétique le mot ’analogie’ », Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir, DDB, Paris, 1963, p. 456. Nous inspirant de l’analyse de B. Montagnes, nous dirons que la participation consiste à posséder en partie ce qu’un autre est sans restriction. En découle son lien avec l’analogie, puisqu’elle réunit à un premier être parfait tout en connotant la diversité par rapport à lui. Le rapport entre les deux n’est pas seulement de similitude mais aussi de causalité productrice qui subordonne l’exemplarité à l’efficience, surtout dans les Å“uvres de la maturité de S. Thomas ; op. cit., p. 42-60. Voir T.-D. Humbrecht : « (Dieu) est la cause première et c’est en tant que cause efficiente qu’il est principe de la participation des êtres, il est pour tout étant sa causa essendi » ; « La théologie négative chez S. Thomas d’Aquin » in R. Th, 1993, n° 4, p. 560 et 1994, n° 1, p. 80-81 : Dieu est connu comme distinct de tout, selon SCG I, 14
[49]Ia q 13 a 5. Voir B. Montagnes, op. cit., p. 69-70.
[50]Ia q 13 a 3 Resp.
[51]A la suite de Cajetan, A. Patfoort parle d’une connaissance de ces perfections par intuition directe, qui dispense de « passer par la bonté telle qu’elle est dans telle ou telle créature » ; art. cit. p. 244.
[52]Ia q 13 a 11 Resp. Elle a pour avantage de désigner l’« ipsum esse » de Dieu, d’avoir une valeur universelle et d’être indépendante du devenir temporel. Voir également SCG, I, 22,10. En confrontant le corps de cet article 1 1 avec l’Ad lum, Humbrecht dégage deux points de vue : « qui est » désigne la perfection surémi nente de Dieu, et « Dieu » la nature divine, nous dirons : son nom propre, en tant qu’il est incommunicable, en référence à l’obj. 1 et au Tétragramme (Ad lum), et done rigoureusement singulier et unique ; cf. art. cit., p. 93-94. La q. 13a 10 affirme son sens analogique.
[53]Ia q 4 a 3 Ad 4um. S. Thomas se réfère à Denys, Les Noms divins IX., 6 : « Quand il s’agit de la relation de cause à effet, nous ne pouvons admettre aucune réciprocité. »
[54]Cf. B. Montagnes, op. cit., p. 81 ss.
[55]De veritate q 2 a 11 II s’agit « d’une analogie réciproque de deux rapports », ainsi entre deux et un, six et trois (Voir Edith Stein L’être fini et l’être éternel, traduit par G. Casella et F.A. Viallet, Ed. Nauwelaerts, B. Beauvechain, 1998, p. 338). L’attribution intrinsèque est illustrée par le rapport entre la substance et l’accident qui se rapporte nécessairement à elle, à l’exclusion d’un troisième terme ; cf. SCG I, XXXIV, 1.
[56]SCG, I, XXXIV, 1. Cf. B. Montagnes, op. cit., p. 73 : l’être n’est pas un genre commun au Créateur et au créé.
[57]La causalité réhabilite l’idée de proportion qui passait pour impropre entre le fini et l’infini ; cf. B. Montagnes, op. cit., p. 88 s. Humbrecht a établi qu’à partir de la SCG la causalité exemplaire s’est enrichie des notions d’acte et de cause efficiente. Dès lors la communication de l’être sera celle d’un acte et non plus seulement d’une forme, l’être affectant les substances créées comme un certain acte qu’elles possèdent (SCG 11, 53) ; cf. art. cit., p. 560-561.
[58]Voir la conclusion des patientes analyses de B. Montagnes, op. cit., p. 58-60.
[59]A. Patfoort a bien dégagé celle différence de régime entre ces deux sortes de nom ; cf. art. cit. p. 244-245.
[60]Ainsi dans les chapitres de la SCG qui traitent cette question, le vocabulaire trinitaire n’apparaît pas.
[61]De Trinitate XV, XXIII, 43. Ce genre de formule est une esquisse de celle de Latran IV : « inter Creatorem et creaturam non potest tanta similitudo notare, qui inter eos maior sit dissimilitudo notanda » ; DB n° 432.
[62]Ibid. XV, XXIV.
[63]Les q 27ss traitent des processions, relations. La q 29 aborde la notion depersonne.
[64]Voir Augustin, De Trinitate, V, IX : « Tres personae, non ut illud diceretur, sed ne taceretur ». Il faut signaler en outre le choix différent des Grecs optant pour υποστασιζ ; cf. ibid., V, VIII, 10.
[65]Les personnes sont étudiées dans les q. 29 à 32 ; leurs appellations particulières dans les q 33 à 38.
[66]Voir Ia q 29 introd. L’étude des personnes débute à la q. 29. La définition de Boèce est défectueuse dans la mesure où elle tend à se confondre avec celle de l’individu et risque d’enfermer la personne dans une conception monadique. Si elle a pour avantage de prévenir le danger modaliste, elle ne connote pas sa dimension relationnelle néanmoins centrale chez S. Thomas puisque les personnes divines se distinguent par leurs relations d’origine et sont des relations subsistantes ; cf. Ia q 28.
[67]Ia q 29 a 3 Resp.
[68]Ia q 13 a 4.
[69]Ia q 33 a 1. Augustin définit le Père comme « principium totius trinitatis ».
[70]Ia q 33 a 2 Ad 3um.
[71]Ia q 33 a 3.
[72]Ces titres ne sont pas exclusifs. S. Thomas ajoute : splendeur (cf. Hebr 1,3). Ils ont chacun une valeur particulière. Fils évoque la connaturalité ; splendeur, la coéternité ; image, la parfaite ressemblance ; le Verbe, l’immatérialité. Cf. q 34 a 2 Ad 3um. Se référant à Hilaire (De Trinitate II, l), S. Thomas attribue par appropriation la beauté au Fils, amorçant ainsi une esthétique théologique, en raison de trois critères que sont la perfection, la proportion et la clarté. Le Fils réalise la première par sa parfaite possession de la nature du Père, la seconde, en tant qu’il est son image expressive, la troisième en tant que splendeur de son intelligence ; Ia q 39 a 8 Resp.
[73]La q 34 a 1 utilise 11 fois le terme « proprie » dans le corps de l’article et les solutions. Précisons bien que le sens de cet adverbe est théologique, car il n’a pas pour critère le créé mais Dieu en qui toutes les perfections se réalisent selon un mode insurpassable. Voilà pourquoi ces noms lui sont plus appropriés qu’aux créatures et lui reviennent par priorité. Cf. la q 13 a 4 Resp.
[74]Ia q 34 a 2.
[75]Ia q 34 a 2 Ad lum.
[76]Ibid. Ad 4um : « Est quidem intelligens, non ut producens Verbum, sed ut Verbum procedens ».
[77]Ia q 35 a 2 Ad 3um ; q 93 a 1 Resp. Cette perfection de l’image comporte également une dimension esthétique, en tant que possesseur de la « perfecta natura » et de la « claritas Dei » ; cf. Urs von Balthasar, La gloire et la Croix 4, Le domaine de la métaphysique, **Les constructions, Aubier, Paris, 1982, p. 75.
[78]la q 35 a 1 Resp. Cf. In ep. ad Col. Lectio IV : « Proprie loquendo dicimus Filium imaginem Patris ».
[79]Ia q 33 a 3 Ad 2um.
[80]SCG IV, 7,15 ; Ia q 35, a 2 Resp. Cf. In ep. ad Col. IV. On peut s’étonner de la place plutôt limitée que la Somme théologique accorde à la citation parallèle de Ph 2,6 « qui cum in forma Dei esset » (q 31 a 2 Ad 2um ; q 42 a 4 S. c). La SCG le cite plus fréquemment en particulier pour réfuter des erreurs doctrinales (IV, 4 ; 7 ; 8 ; 28 ; 29 ; 34 ; 35) ; une fois pour établir l’incarnation (IV, 27).
[81]SCG IV, 11.
[82]Ia q 37 a 1.
[83]Ia q 13 a 3 S. c.
[84]SCG I, XXXIV
[85]Ia q 33 a 3 Ad lum.
[86]Ia q 34 a 3 Resp.
[87]Ia q 34 a 3 et q 14 a 16.
[88]Edith Stein, op. cit. p. p. 123-124.
[89]Une autre hypothèse, avancée par Origène, serait de déduire l’égalité originelle des créatures spirituelles à partir de l’immutabilité et de la bonté divines ; cf. De Principiis, II, 9, 6.
[90]Voir U. von Balthasar La Théologique II Vérité de Dieu, p. 195-201, et sur la libéralité divine Ia q 32 a 1 Ad 3um.
[91]Augustin donne une version chrétienne des Idées platoniciennes qui sont éternelles et immuables dans le Verbe mais se réalisent temporellement ; voir par ex : Tractatus in Joh, I, 17.
[92]Cf. De 83 quaestionibus, q 46.
[93]SCG IV, 11,14. Pour la reprise du thème par S. Thomas, voir F. GUILLAUD, « Les idées de Dieu selon Saint Thomas d’Aquin » in R. Th. juillet-septembre 2003, t. CIII, n° III, p. 385-410.
[94]Cf. Confessions, XI, 13, 16.
[95]Voir O. H. Pesch, Thomas d’Aquin, Grandeur et limites de la. théologie médiévale, Cerf, Paris, 1994, p. 500-501.
[96]Ia q 37 a 2 Resp.
[97]Ibid. Ad 3um.
[98]Cf. De diversis quaestionibus 83, q 18 ; De Trinitate, VI, X ; XI, I-II,5. Sont à distinguer la chose vue, la vision de la chose et l’intention de l’âme qui opère la jonction entre l’objet et le sujet qui perçoit.
[99]Contra Gentiles, IV, 26 et Ia, q. 45, a. 7.
[100]À l’exception d’un cas : IIIa q 60 a 1 Ad 3um.
[101]IIIa q 5 a 1 Resp. ; q 79, a 2 Obj 1.
[102]Q 44 a 3 Resp. ; q 62 a 3 Resp.
[103]Q 5 a 4 Resp. ; q 13 a 3 Resp.
[104]Q 9 a 3 Resp.
[105]Q 57 a 1 Resp.
[106]Ia q 93 a 3 Resp.
[107]Ia q 88 a 3 Ad 3um ; q 93 a 2 ; 6. Cf. IIIa q 32 a 3 Resp.
[108]Ia q 93 a 6 Ad 3um. Empruntée à Augustin, l’idée est courante chez lui ; cf. De div. Quaest. 83, 52, 3 ; De Gen. c. Manicheos, I, XVII, 28 ; De Civ. Dei XXII, XXIV ; De Trinitate XII, I, 1 ; cette stature l’emporte sur les traits du visage selon le De Gen. ad lit. VI, XII, 22 ; Grégoire de Nysse, De hom. opif. 8 : elle est signe de « dignité royale ». Il s’agit d’un topos dans l’Antiquité, notamment chez les Stoïciens ; Philon ; Ovide, Métam. I, V, 84-86 : l’homme est fait pour regarder les cieux.
[109]Ia q 93 a 2 Resp.
[110]Ia q 93 a 3 Resp.
[111]Ia q 93.
[112]Ainsi S.Thomas répète qu’un oeuf n’est pas l’image d’un autre Å“uf, puisqu’il n’en dérive pas ; la q 35 a 1 Resp. ; q 93 a 1 Resp. Voir l’origine augustinienne de l’idée ; De diversis quaestionibus 83, 52, 4.
[113]Ia q 93 a 4 Resp.
[114]Ia q 93 a 5.
[115]Ia q 93 a 7 Resp. et Ad 2um et 3um.
[116]Ia q 93 a 9 Resp.
[117]On en retrouve l’écho chez Augustin pour quoi la ressemblance joue « le rôle d’intermédiaire entre l’unité absolue, qui est Dieu, et la multiplicité pure, qui se confondrait à la limite avec le néant » E. Gilson, Introduction à l’étude de Saint Augustin, Paris, Vrin, 1949, p. 278.
[118]Cf. op. cit. p. 212-224.
[119]Ibid., p. 221.
[120]E. Jüngel, Dieu Mystère du monde (traduit de l’allemand), Cerf, Paris, 1983.
[121]DB, n° 432. Cf. supra note 62.
[122]Voir les critiques de G. Lafont Dieu, Le temps et l’être, Cerf, Paris, 1986, p. 273-307 et nos propres remarques « L’analogie selon E. Jüngel. Remarques critiques. L’enjeu d’un débat » in RHPR, n° 2, 1986, p. 147-177.
[123]Ce verset qui emploie le terme « image » d’abord en référence au premier puis au deuxième Adam n’est cité par aucune des deux Sommes, ni dans le Supplément.
[124]IIIa q 3 a 5.
[125]Il s’agit seulement de raisons de convenance et non de nécessité. S. Thomas fait remarquer avec raison que ce n’est pas la filiation temporelle qui est constitutive de la personne ; aussi ne pourrait-elle avoir d’incidence, en amont, sur la distinction des personnes divines. Voilà pourquoi notre filiation adoptive pourrait dériver d’une incarnation du Père, principe de toute filiation, ou de l’Esprit, lien entre le Père et le Fils. Cf. Q 3 a 5 Ad 2um et 3um. Cette argumentation se fonde sur la cause et non sur le signe ; aussi se trouverait-elle contredite par le principe de la stricte corrélation entre la Trinité immanente et la Trinité économique de K. Rahner.
[126]IIIa q 3 a 8 Resp. Selon cet article, le motif de l’incarnation ne serait pas seulement dicté par le remède au péché, comme l’indique la q 1 a 3 Resp. De même il était nécessaire que le Verbe s’unit à l’âme « ad perficiendam humanam mentem » IIIa q 6 a 4 Ad 1 um.
[127]Ibid. IV, 42.
[128]IIIa q 6 a 2 Resp. Le principe de continuité que pose Thomas entre le niveau le plus élevé d’un ordre inférieur et le plus bas d’un ordre supérieur se vérifie dans le rapport du corps avec l’âme. Ce principe est un héritage d’Augustin qui a déjà défini leur type de rapport ainsi que celui du Verbe et de l’âme par laquelle il communique sa vie et sa sagesse dans les corps vivants ; l’âme est principe d’harmonie, brisée par le péché, source de servitude et de mort ; cf. Gen. ad lit. VII, XIV-XIX ; De Civ. Dei XIII, II ; XIV, XV. Augustin se garde bien de croire l’âme divine. Aussi le principe de continuité doit-il être équilibré et corrigé par celui de la discontinuité entre le Créateur et la créature même spirituelle.
[129]IIIa q 4 a 1. Cette argumentation privilégie en l’homme la faculté intellectuelle. Si l’on retenait la volonté, c’est la convenance de l’incarnation de l’Esprit qu’il faudrait plaider.
[130]III, q I a 6 Resp.
[131]Ibid. Ad 2um : « Capax Dei » ; l’expression est d’origine augustinienne ; cf. De Trinitate, XIV, XII, 15.
[132]Concile de Latran de 649 et Constantinople III de 676.
[133]IIIa q 15 ; q 18.
[134]IIIa q 9 a 2 Resp. ; q 23 a 1 Resp.
[135]IIIa q 23 a 2 Resp.
[136]Ibid. Ad 3um.
[137]IIIa q 39 a 3 Ad 3um.
[138]IIIa q 24 a 4 Resp.
[139]IIIa q 7 a 4 ; q 54 a 2.
[140]IIIa q S a 1.
[141]IIIa q 34 a 1 Resp.
[142]IIIa q 7 1 ; 9; 10; 11. En un sens la grâce du Christ est limitée, comme son âme est, en un autre, illimitée, car elle lui est donnée sans mesure.
[143]IIIa q 56 a 1 et 2. S. Thomas reprend ici la réflexion avec les objections et les réponses qu’il a déjà développés dans l’Écrit sur le sentences III, d 21 q 2 a 2. Voir J. Schontz, La Résurrection du Christ dons l’Écrit sur les Sentences de Thomas d’Aquin, (thèse dactylographiée), Strasbourg, 1987, p. 1 13-173.
[144]Voir J.-P. Torrel, Saint Thomas d’Aquin, maître spirituel, Initiation 2 Édition. Universitaire. Fribourg, 1996, p. 173-186. Signalons en particulier l’article de F. HOLTZ, « La valeur sotériologique de la résurrection du Christ selon saint Thomas », in ETL 29 (1953), p. 609-645. Tout en essayant de retrouver la pensée authentique de S. Thomas et de l’éclairer par ses sources, cette étude a le mérite de s’achever sur des remarques et sur une perspective inspirée par une christologie de la résurrection qui, en se référant à la théologie des corps glorieux de l’Aquinate, développe une réflexion éclairante sur la réunion de l’âme au corps sous l’emprise totale du Verbe dans l’état de gloire.
[145]Voir par ex. De natura et gratia, XLIV, 51 ; De peccato originali XXIV, 28; XXVI, 31.
[146]J.-P. Torrel, Le Christ en ses mystères la vie et l’Å“uvre de Jésus selon saint Thomas d’Aquin ; t. II Desclée, Paris, 1999, p. 637-643. L’auteur, qui ne semble plus attacher la même importance au débat qui partage les interprètes de la résurrection chez S. Thomas, distingue à juste titre une causalité de type physique, soumise à coïncidence avec son effet, de celle de la résurrection qui, étant instrument de Dieu, échappe comme lui à la loi du temps. Cet incontestable principe est toutefois suivi d’une restriction dans son application au temps. Les anciens justes « étaient sauvés par leur foi au Christ à venir et non par l’efficience instrumentale des mystères de la passion-résurrection. » (p. 642) L’ambiguïté de cette affirmation demande à être levée à la lumière de la q 62 a 6, qui traite de l’efficience des sacrements de la Loi ancienne et de celle de la foi des anciens justes. Si Thomas dénie aux premiers une efficience salvifique venant de la passion du Christ, il affirme clairement : « Et tamen per fidem passionis Christi justificabantur antiqui Patres, sictit et nos. Sacramenta autem veteris legis erant quaedam illius fidei protestationes, inquantam significabant passionem Christi et effectus eius ». Selon la doctrine déjà fermement établie par Augustin, les anciens justes sont sauvés par leur foi au Christ à venir, et donc par sa passion et sa résurrection, objet et source de leur foi justifiante. Voir De pec. orig., XXIV, 28.
[147]Ia IIae q 3 a 7 Ob 2 ; q 72, a 4 Ad 2um
[148]Ia IIae q 18 a 3 Resp. ; q 95 a 2 Resp. La figure est la forme achevée d’un corps ; cf. I IIae q 54 a 1 Ad 3um.
[149]Ia q 35 a 1 Resp.
[150]IIIa q 16 a 1 Resp.
[151]Ia q 3 a 1 Obj 3 ; Ia IIae q 49 a 2 Resp.
[152]IIIa q 16 a 1 Resp.
[153]Ia q 1 a 9 Ad 2um : « figurative » ou « improprie » s’oppose à « proprie » ; cf. Ia q 34 a 1 Resp ; a 2 Ad 5um. Dans le langage parabolique le sens littéral n’est pas la figure mais ce qui est figuré ; ainsi le bras de Dieu est une figure dont le sens littéral n’est pas un membre mais le force ; cf. Ia q 1 a 10 Ad 3um.
[154]Cf. I Co 10, 5. 11.
[155]IIIa q 22 a 6 Resp. ; q 31 a 8 Ad 4um.
[156]IIIa q 46 a 10 Ad lum ; q 70 a 1 Resp.
[157]Ia IIae q 101 a 2 ; q 102 a 2.
[158]Ibid, q 102, a 3 Ad 12um. IIIa q 65 a 3 Resp.
[159]IIIa q 46 a 10 Ad 2um ; q 48 a 3 Ad lum.
[160]IIIa q 55 a 6 Ad 3um
[161]IIIa q 37 a Ad 3um.
[162]Cf. IIIa q 7 a 9 et 10.
[163]En raison de sa plus grande proximité avec Dieu résultant de l’union hyposlatique ; cf. III, q 10 a 4.
[164]III q 19a 3.
[165]III q 34 a 2 et 4.
[166]Sent. III, d 13, q 2, a 1, sol.
[167]Balthasar a formulé le problème théologique que pose le mystère de l’union des natures avec une grande rigueur. Leurs propriétés sont irréductibles à un concept générique ; la personne du Logos ne peut non plus fonctionner comme l’unité des deux natures, puisqu’elle se range du côté de Dieu. L’éloignement entre deux ordres de réalités sans commune proportion ne rend que plus aiguë cette question : comment la conscience d’une personne divine peut-elle se maintenir dans une nature assumée sous le mode de l’éloignement de Dieu ? L’auteur oriente sa réflexion vers l’identification de la conscience de Jésus avec sa mission ; ce que l’homme Jésus accomplit librement s’identifie à ce qu’il veut faire comme Logos : c’est au Père qu’il obéit dans l’Esprit. Cf. La Dramatique divine. Il, 2, p. 1 76-182. La distance qui résulte de la disparité des natures serait-elle surmontée par l’égalité des personnes ? Ce qu’une théologie classique serait disposée à admettre ne va nullement de soi chez Balthasar pour qui la kénose n’est le fait du Fils incarné qu’en étant déjà celle du Fils préexistant, selon Phi 2, 6-1 I.
[168]Op. rit., p. 478-484.
[169]Urs von Balthasar, La Théologique II Vérité de Dieu, p. 346-351.
[170]Ibid., p. 351.
[171]Le rapport entre l’exactitude des énoncés du Christ et leur sens analogique reproduit le rapport entre la certitude de l’existence de Dieu et la connaissance analogique de sa nature.
[172]Cf. IIIa q 15 a 4 et 9 Resp.
[173]Cf. Fr. Varillon, La souffrance de Dieu, Le Centurion, Paris, 1975, p. 53 et passim.
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Dans une abondante bibliographie signalons comme ouvrages i...
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Pour être plus précis, son emploi se rencontre une seule fo...
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Platon définit en termes précis, dans un contexte cosmologi...
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Pour en mesurer l’importance on pourra se rapporter à la th...
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[5]
D’un simple point de vue sémantique, d’autres notions serai...
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[6]
Nous ne pouvons reprendre toute cette question chez S. Thom...
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[7]
Ia q 39 a 8 Resp. Suite de la note...
[8]
Somme contre les Gentils (SCG), I, 31. Suite de la note...
[9]
Ia q 13 a 6 Resp ; q 8, a 2. Suite de la note...
[10]
Cf. Ia q 1 a 9 et Ad 3um ; q 13 a 2 Ad 2um : on distinguera...
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[11]
Cf. Ia q 3 et 4. L’attribution de perfections particulières...
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[12]
Augustin avait déjà souligné cette norme de l’unité ou de l...
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[13]
Ia q 20, a 1 Ad lum. Suite de la note...
[14]
SCG, I, 89,7. Suite de la note...
[15]
Au moins la « voluntas beneplaciti » ; cf. Ia, q 19,a 11 Re...
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[16]
Ia q 20 a 1 Resp. Suite de la note...
[17]
SCG I, 90. Diverses sont les raisons qu’invoque S. Thomas p...
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Ia q 3a2 Ad 2um ; q 19a 1 1 Resp. ; SCG. III, 96, 21. À tit...
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SCG I, 91,13. Ces réalités appelées aussi « perfections mix...
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[20]
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[21]
Ia q 3 a 6 Resp. Suite de la note...
[22]
Ia q 12 a 7 Ad lum. Suite de la note...
[23]
Ia q 1 a 10 Ad 3um. Suite de la note...
[24]
Ia q 13, a 9 Resp. Suite de la note...
[25]
Ia q 19, 11 Resp. ; 19, 12 Ad 2um ; q 33, a 2, Ad 3um. Suite de la note...
[26]
Parmi les divers sens possibles du terme symbole, est reten...
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L’analogie et la métaphore sont des notions connexes mais n...
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[28]
Cf. Denys, Les Noms divins IX, 7. Suite de la note...
[29]
Sur ce point S. Thomas suit Aristote ; voir Chavannes, op. ...
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Cette différence se vérifie même dans l’effet de la chaleur...
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(Ps 35, 10) Ainsi l’Écriture plaiderait dans sa pratique en...
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SCG. I, XXXIV. Suite de la note...
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S. Thomas parle de « species », qui ne sont en rien des sub...
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Ibid. Ad 2um. Selon la judicieuse remarque de J. Maritain, ...
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De Trinitate XV, XXIII, 43. Ce genre de formule est une esq...
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Voir Augustin, De Trinitate, V, IX : « Tres personae, non u...
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Les personnes sont étudiées dans les q. 29 à 32 ; leurs app...
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Voir Ia q 29 introd. L’étude des personnes débute à la q. 2...
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Ia q 29 a 3 Resp. Suite de la note...
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[70]
Ia q 33 a 2 Ad 3um. Suite de la note...
[71]
Ia q 33 a 3. Suite de la note...
[72]
Ces titres ne sont pas exclusifs. S. Thomas ajoute : splend...
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[73]
La q 34 a 1 utilise 11 fois le terme « proprie » dans le co...
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Ibid. Ad 4um : « Est quidem intelligens, non ut producens V...
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Ia q 33 a 3 Ad lum. Suite de la note...
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Ia q 34 a 3 et q 14 a 16. Suite de la note...
[88]
Edith Stein, op. cit. p. p. 123-124. Suite de la note...
[89]
Une autre hypothèse, avancée par Origène, serait de déduire...
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[90]
Voir U. von Balthasar La Théologique II Vérité de Dieu, p. ...
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[91]
Augustin donne une version chrétienne des Idées platonicien...
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Cf. De 83 quaestionibus, q 46. Suite de la note...
[93]
SCG IV, 11,14. Pour la reprise du thème par S. Thomas, voir...
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[94]
Cf. Confessions, XI, 13, 16. Suite de la note...
[95]
Voir O. H. Pesch, Thomas d’Aquin, Grandeur et limites de la...
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[97]
Ibid. Ad 3um. Suite de la note...
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Cf. De diversis quaestionibus 83, q 18 ; De Trinitate, VI, ...
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Contra Gentiles, IV, 26 et Ia, q. 45, a. 7. Suite de la note...
[100]
À l’exception d’un cas : IIIa q 60 a 1 Ad 3um. Suite de la note...
[101]
IIIa q 5 a 1 Resp. ; q 79, a 2 Obj 1. Suite de la note...
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Q 44 a 3 Resp. ; q 62 a 3 Resp. Suite de la note...
[103]
Q 5 a 4 Resp. ; q 13 a 3 Resp. Suite de la note...
[104]
Q 9 a 3 Resp. Suite de la note...
[105]
Q 57 a 1 Resp. Suite de la note...
[106]
Ia q 93 a 3 Resp. Suite de la note...
[107]
Ia q 88 a 3 Ad 3um ; q 93 a 2 ; 6. Cf. IIIa q 32 a 3 Resp. Suite de la note...
[108]
Ia q 93 a 6 Ad 3um. Empruntée à Augustin, l’idée est couran...
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[109]
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Ia q 93 a 3 Resp. Suite de la note...
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Ia q 93. Suite de la note...
[112]
Ainsi S.Thomas répète qu’un oeuf n’est pas l’image d’un aut...
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[113]
Ia q 93 a 4 Resp. Suite de la note...
[114]
Ia q 93 a 5. Suite de la note...
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Ia q 93 a 7 Resp. et Ad 2um et 3um. Suite de la note...
[116]
Ia q 93 a 9 Resp. Suite de la note...
[117]
On en retrouve l’écho chez Augustin pour quoi la ressemblan...
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[118]
Cf. op. cit. p. 212-224. Suite de la note...
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Ibid., p. 221. Suite de la note...
[120]
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DB, n° 432. Cf. supra note 62. Suite de la note...
[122]
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[123]
Ce verset qui emploie le terme « image » d’abord en référen...
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Il s’agit seulement de raisons de convenance et non de néce...
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IIIa q 4 a 1. Cette argumentation privilégie en l’homme la ...
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Ia IIae q 101 a 2 ; q 102 a 2. Suite de la note...
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Ibid, q 102, a 3 Ad 12um. IIIa q 65 a 3 Resp. Suite de la note...
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IIIa q 46 a 10 Ad 2um ; q 48 a 3 Ad lum. Suite de la note...
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IIIa q 55 a 6 Ad 3um Suite de la note...
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Balthasar a formulé le problème théologique que pose le mys...
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