Recherches de Science Religieuse
Centre Sèvres

I.S.B.N.
164 pages

p. 215 à 245
doi: en cours

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Tome 93 2005/2

2005 Recherches de science religieuse

Vatican II, l’événement des historiens

À partir de l’Histoire du Concile Vatican II, 1959-1965, réalisée sous la direction de Giuseppe Alberigo

Pierre Vallin Faculté de théologie du Centre Sèvres
À propos de l’Histoire du Concile Vatican II, 1959-1965, réalisée sous la direction de Giuseppe Alberigo, P. Vallin apprécie les enjeux de ce Concile tels que le recul du temps et donc la distanciation historienne permettent d’en parler. Mais son analyse de l’Å“uvre va plus loin dans la mesure où il tente d’apprécier l’action historienne dans le travail même des historiens. En dehors du fait qu’ils ont le recul du temps, ils disposent d’un ensemble de documents et surtout d’archives plus ou moins personnelles d’acteurs et de témoins qui posent la question de la « relecture » de l’événement. À quoi s’ajoute la « construction du récit ». « Problème complexe, sur lequel tous les collaborateurs des entreprises d’histoire sociale, culturelle, voire politique, ne donnent pas les mêmes réponses ». Les auteurs de cette Å“uvre monumentale et tout à fait remarquable, n’échappent pas à cette question et à la multiplicité des réponses. Concerning the Histoire de Concile Vatican II, 1959-1965, written under the direction of Giuseppe Alberigo, P. Vallin evaluates the issues of this Council in so far as the intervening years, and therefore the historian’s perspective, allow one to speak of them. But his analysis of the work goes further, in so far as he attempts to evaluate the influence of the historian in the very work of historians. Aside from the fact that they have the benefit of distance in time, they have at their disposal a group of documents, especially the more or less personal archives of the participants and witnesses, which pose the question of a “re-reading” of the event. To this is added the “construction of the historical account.” “A complex problem to which all the collaborators of the undertaking of social, cultural, even political history, do not give the same answers.” The authors of this monumental and quite remarkable work do not skirt this question or the many possible answers.
Ce n’est pas sans témérité que nous proposons cette lecture des démarches dont témoigne la rédaction de ces cinq volumes, menée à partir du Centre de recherche constitué par l’Institut pour les sciences religieuses (Bologne), qui organisa dans ce but une large collaboration internationale. Ces ouvrages ont paru depuis 1995, en italien d’abord, les versions internationales ayant été produites en coordination avec les éditions Peeters, Leuven—Louvain (cf. en annexe les indications bibliographiques utilisées ici).
Il ne s’agit pas ici de fournir un condensé des résultats fournis par cette grande publication quant à l’histoire du Concile et à celle des textes produits par celui-ci. Assurément, les travaux menés fournissent des résultats importants, qu’ils soient directement mis en Å“uvre dans les cinq tomes, ou qu’ils aient été publiés ailleurs, en particulier par des auteurs qui ont collaboré à l’équipe animée par Giuseppe Alberigo. Appartiennent à cet ensemble de contributions et s’inspirent de ce programme de recherche deux exposés qui donnent une esquisse brève et suggestive de l’histoire du Concile et de ses textes, nous y renvoyons ici : l’un est la contribution de Roger Aubert et Claude Soetens, dans le tome 13 de l’Histoire du christianisme [1] ; l’autre, la présentation du déroulement du Concile et de ses textes par Christoph Theobald, dans l’introduction à la nouvelle édition complète bilingue des Actes du Concile [2].
Notre proposition est différente : tenter une approche qui prenne le risque de déceler dans cette Å“uvre des options qui en font une création originale, engagée, et, d’autre part, tenter des hypothèses concernant le rôle de la production historique dans la réception d’un Concile, quant à l’impact doctrinal, quant à l’écho culturel dans la société en général. Je prendrai pour principe de rapprocher les uns des autres des exposés ou jugements issus d’auteurs différents selon les volumes ou époques et thèmes, alors que chaque collaborateur était le responsable final de la réalisation de ses contributions. Occasionnellement, nous ferons part d’une différence de point de vue ou de méthodologie, mais sans prétendre faire vraiment justice aux caractéristiques individuelles. Anticipant, pour ainsi dire, ce qui se produira vraisemblablement chez le lecteur à venir, nous prenons donc les cinq volumes comme une Å“uvre.
 
I. Situer le projet historiographique
 
 
L’événement et les textes
Au début du chapitre dernier de cette Histoire [3], le responsable d’ensemble du travail, Giuseppe Alberigo, écrit :
La reconstruction de ce qui est arrivé entre le 25 janvier 1959 et le 8 décembre 1965, constitue un présupposé indispensable pour une réflexion qui ne soit pas arbitraire, mais elle n’implique pas des conclusions nécessaires.
Citons aussi ce que le même auteur écrit dans un article d’octobre 2001, présentant « les attentes d’une époque et le Concile Vatican II » [4]
Le soulignement fréquemment proposé de l’importance de Vatican II comme événement complexe/global (evento complessivo), et non pas seulement de l’importance de ses décisions en formes, pourrait susciter le soupçon d’une intention réductrice quant aux documents que le Concile a approuvés. Il est clair que Vatican II a confié à l’Église les textes qu’il approuvait, avec les diverses qualifications que l’assemblée elle-même leur avait données. Toutefois, c’est précisément la reconstruction de l’iterconciliaire qui a mis en évidence l’importance de l’expérience conciliaire pour la correcte et pleine évaluation des décisions elles-mêmes. De fait, c’est la connaissance de l’événement dans sa globalité qui offre des critères herméneutiques satisfaisants pour saisir pleinement la signification de Vatican II et de ses décisions.
La reconstruction globale serait possible, et permet d’éclairer les textes ou les décisions.
Donner une importance de premier rang à l’événement du Concile est un thème qui est apparu très rapidement dans les commentaires théologiques publiés à partir de la fin des sessions. Cette remarque a été faite par Peter Hünermann dans sa contribution à Volti di fine concilio: « Erste Versuche einer theologischen Aufarbeitung » [5]. Il ajoute que ces commentaires expliquent souvent que la portée de l’événement n’est pas adéquatement traduite dans les textes actuels ; il faut songer à une dynamique qui devrait se développer dans l’avenir.
L’essai de Peter Hünermann reprend de façon critique ces vues ; nous y viendrons. Remarquons maintenant que l’intérêt pour l’événement, et pour la reconstruction de cet « itinéraire » par la voie de la recherche historique, est maintes fois rappelé dans les divers tomes de l’Histoire. On peut en signaler une formulation plus développée par Alberigo luimême [6].
Est peut-être moins explicité au fil des études le projet de se saisir de l’histoire des débats pour éclairer le sens des textes et décisions. Certes, avec des nuances, ce point de vue n’est nullement étranger aux collaborateurs de G. Alberigo. Ainsi, le projet est clairement mis en avant par Giovanni Turbanti dans l’ouvrage qu’il a consacré à l’itinéraire conciliaire de Gaudium et Spes ; mais avec lui ce projet se trouve d’une certaine façon relativisé. En effet, c’est à un travail ultérieur que l’A. renvoie l’approche de « questions interprétatives plus larges » non affrontées pour l’instant, questions supposant « un approfondissement analytique » et « une synthèse complète, globale » [7].
Notons encore que l’Introduction de G. Turbanti présente le travail comme « limité et provisoire », comme une recherche d’histoire rédactionnelle, qui ne fournirait pas autre chose qu’une base documentaire solide en vue de développements à venir [8].
Dans la suite de cet essai nous devrons nous demander si les tomes de l’Histoiresont marqués par une semblable réserve, ou si le récit pris dans son ensemble—quoi qu’il en soit d’options non pleinement concordantes entre les divers auteurs—n’est pas au contraire une « construction » supposant le risque d’aller vers des « questions profondes d’interprétation ». Alberigo, dans un passage cité plus haut disait que la recherche ne conduit pas à des « conclusions nécessaires », ce qui peut être compris de ces « questions profondes », dont la position peut certes être dessinée de façon solide par la reconstruction des débats et effets rédactionnels, mais dont la mise en place—par rapport au projet plus vaste de manifester la portée des choix conciliaires quant à la pratique et à la doctrine — ne peut relever d’une nécessité contraignante.
Deux Papes, un événement?
Dans le chapitre 8 du tome 5, « Transition épocale? », après le passage cité plus haut, G. Alberigo évoque Jean XXIII, les orientations de celui-ci par rapport au Concile, les réalisations, les limites. Nous y reviendrons. Parlant ensuite de Paul VI, qui eut à reprendre l’Å“uvre, Alberigo relève que s’impose désormais la volonté de donner une priorité à l’approfondissement de la théologie sur l’Église (paragraphe « Physionomie de l’Église »). Les interventions successives du pape ont contribué à ce centrage quelque peu décalé par rapport aux orientations de Jean XXIII. Le comportement de Paul VI manifeste, certes et avant tout, le choix de continuer le Concile, mais aussi la volonté de conclure. Et le pape entend également concourir à donner aux textes la forme la plus complète possible, susceptible de recevoir le plus large accord. Résumant les analyses qui ont été faites de ses interventions, Alberigo insiste sur un aspect de la méthode utilisée par Paul VI quant à la formulation des textes conciliaires : introduire de façon ponctuelle des amendements, comparables à ceux qui pouvaient venir d’un Père du Concile. En réalité, cette interférence, parfois assez obscure, entre la participation aux débats et l’appel à une autorité supérieure, fut l’occasion de crises qui alourdirent le cours des échanges conciliaires. Parfois même, l’occasion fut donnée à des Pères de la minorité de faire valoir avec un poids disproportionné certains de leurs points de vue ou formules (paragraphe : « Parallélogramme des forces… »).
Ce fut surtout la dernière période qui vit se multiplier les interventions, et déjà dans l’intersession avec la publication « hors Concile » de l’encyclique sur l’Eucharistie. Vers la fin de la Session, on aura ainsi l’annonce [9](18 nov. 1965) de la construction, en guise de mémorial de l’événement conciliaire, d’une église romaine dédiée à « Marie Mère de l’Église ». De ce « mémorial » ambigu, la première pierre sera bénie par le Pape au cours de la séance de clôture. Au moins s’agissait-il d’interventions personnelles claires. D’interprétation plus difficile sont les interventions plus ou moins « anonymes » dans les travaux des commissions, telles celles que, toujours dans le tome 5, rapportent plusieurs des auteurs, Velati, Theobald, Hünermann à nouveau. Tout cela laissait une pénible impression de malaise, qui pèsera plus ou moins durablement par la suite sur la réception du Concile — l’affaire Humanae Vitae venant seulement faire éclater les tensions, diffuses déjà chez les théologiens et aussi chez les fidèles.
Il est certain, d’autre part, que Paul VI a voulu que le Concile soit effectivement célébré, et c’est dans une large mesure grâce à lui que, sur certains points, des décisions importantes ont été prises : les Auteurs de l’Histoire le disent à plusieurs reprises. Sous cet angle, on pourrait analyser l’itinéraire de la déclaration sur la liberté religieuse, peut-être la décision la plus importante du Concile par rapport à l’avenir.
De son côté, le Père Vilanova a pu écrire, à propos de la deuxième intersession, qu’il ne suffit pas d’évoquer « la participation personnelle de Paul VI au concile, qui se reflétera de façon concrète par des interventions ponctuelles » ; il faut aussi faire valoir « son obsession, soulignée avec patience et insistance…du ‘recentrement’ en Christ dont parle le Père de Lubac… » [10].
Contrebalançant les arguments qui feraient voir dans le Concile une dispersion mal maîtrisée, Alberigo écrit (à la fin du paragraphe cité plus haut, « Parallélogramme des forces ») que
la conscience unitaire de l’assemblée n’a jamais connu d’incertitudes ou d’hésitations. La reconstruction qui se conclut ici en a pris fidèlement acte, on n’a pas vu exister un concile de la majorité et un concile de la minorité, encore moins un concile des vainqueurs et un concile des vaincus.
Ces observations sont citées ici parce qu’elles indiquent des pistes pour la compréhension de plusieurs aspects du « concile comme événement ».
S’il y a, en effet, événement, cela tient en particulier au rôle du Pape, plus précisément il est vrai de deux Papes. Certes, cela découle de la nature du Concile selon les dispositions du droit de l’Église catholique romaine, mais correspond aussi à l’impact sur la vie du Concile de deux personnalités qui engagent, de façon différente, leur personne. Remarquons dès maintenant que si les auteurs ont pu connaître assez bien les dispositions intérieures de Jean XXIII, c’est plus limité dans le cas de Paul VI, qui a certes beaucoup écrit, mais dont les archives personnelles, notes, rapports, documents, ne sont pas accessibles, ce qui constitue un handicap certain pour la reconstruction d’un certain nombre d’épisodes [11]. Par contre, la place des initiatives papales extérieures à la vie du Concile comme telle devient très large avec le pontificat Montini. Le récit de l’itinéraire conciliaire devra souvent, au fil des tomes, faire intervenir des narrations touchant à l’action du Pape, sa vie et son action, et s’agissant surtout de Paul VI, faire une assez large part à des engagements extérieurs à la vie même de l’assemblée, voyages, pèlerinages. Or ces moments ont eu un fort retentissement dans le déroulement du Concile et pour l’image de celui-ci dans l’opinion. N’est-on pas alors plutôt devant une série d’événements, ou un réseau enchevêtré d’événements? ce qui par conséquent donnerait tout son sens à la formule d’Alberigo [12] : « un evento complesso ».
Un Concile, tout de même?
La réponse est donnée par le même Auteur dans le passage du tome 5 traduit plus haut : il y a un concile, reposant sur une substantielle unité des Pères, ce que la reconstruction proposée par les tomes de l’Histoire aurait montré de façon convaincante. Cette unité, dirons-nous, n’a pas à être postulée au nom de présupposés doctrinaux ou confessionnels ; elleressort de l’analyse même des documents.
Alberto Melloni, qui a eu avec Giuseppe Alberigo un rôle majeur dans l’avancement du projet de cette Histoire, écrit pour sa part, dans l’Introduction qu’il donne à Volti di fine concilio, qu’on ne retrouve pas, pour Vatican II, un trait qui peut être considéré comme caractéristique de la plupart des Grands Conciles depuis l’Antiquité chrétienne : l’existence d’un parti conciliaire, comme force dominante [13]. Sauf en quelques circonstances, estime-t-il, on ne peut parler pour Vatican II d’un parti qui aurait réussi à imposer une ligne bien définie. Cette circonstance pourrait être considérée comme ayant un rôle important quant aux processus de réception postérieure. Une explication de cette absence de concentration « partisane » doit être cherchée, selon Melloni, dans le refus par Jean XXIII d’envisager des condamnations, et dans la recherche par Paul VI de formules susceptibles de recueillir l’unanimité. D’autres aspects sont évoqués : ainsi l’absence de leaders nettement marqués, durablement décisifs.
Les travaux récents éclairent d’ailleurs les difficultés qui se sont progressivement introduites par rapport à la cohérence de la « majorité », du moins quant à ses théologiens les plus en vue. Karl Rahner et Giuseppe Dossetti ont été fort portés à critiquer, jusqu’aux derniers moments — voire au-delà — ce qui sera la constitution Gaudium et Spes [14]. D’autres prises de distance ont été plus globales, soit qu’elles portent sur les risques de mauvaise interprétation, avec Henri de Lubac [15], soit qu’il y ait eu un rejet croissant d’aspects significatifs du Concile lui-même, comme on peut le percevoir sans mauvaise foi chez Joseph Ratzinger [16].
Abordons maintenant la question de la marche du Concile, son fonctionnement. Sans entrer dans un luxe de références, c’est l’occasion de noter que les tomes de l’Histoire ont souvent l’occasion de montrer les incertitudes touchant à peu près constamment les modes de fonctionnement des organes de direction, soit au niveau de l’ensemble des Pères, soit dans la vie des commissions et sous-commissions, comme dans la modalité de leurs relations. Une sorte d’anarchie tempérée semble parfois régner. C’est également vrai pour les rédactions finales. Aux dernières heures, des incidents se sont encore produits, qui ne sont pas tous la conséquence de fautes involontaires d’impression (cette question est éclairée par des exemples dans le travail publié dans Volti par Silvia Scatena). Sans doute, cette relative anarchie a-t-elle été favorable à la richesse et à l’étendue des échanges et des débats. Si les Pères évêques étaient parfois un peu dépassés (mais en plusieurs occasions, les Auteurs de l’Histoire montrent que leurs réactions ont eu un rôle décisif et original par rapport aux experts divers), les observateurs non catholiques, les journalistes, les théologiens, ont pu influer sur l’assemblée, l’animer. D’autre part, les travaux utilisés dans l’Histoire ont mis en valeur le rôle de personnalités qui ont joué un rôle important dans le maintien d’une efficacité globale dans la rédaction des textes et leur approbation. Proche de la Curie, certes, mais d’une redoutable efficacité technique, la figure du Secrétaire du Concile, Pericle Felici, ressort comme celle d’un personnage clé. Le rôle de Gérard Philipps, avec ses proches du « Collège belge », a été très important, pour une utile capacité de synthèse doctrinale, et pour une belle maîtrise dans l’utilisation des procédures de travail en commission ou dans la compréhension des comportements en grande assemblée. On doit sans doute dire à ce propos—on en trouve des traces chez nos auteurs—que le rôle joué par Gérard Philipps a pu concourir à ce que les textes finaux comportent sur certains points des compromis qui seront à l’origine d’une réception hésitante des décisions conciliaires dans les temps qui suivront.
Une autre action influente contribuant à une continuité dans l’itinéraire conciliaire a été celle du groupe dit de la « Domus Mariae », un réseau d’informations et d’échanges incluant bon nombre de Conférences épiscopales. Le futur cardinal Roger Etchegaray, venant du Secrétariat de l’épiscopat français, a eu pour cette concertation un rôle fécond et très apprécié ; les travaux récents le montrent. En complément par rapport à de nombreux passages de l’Histoire, on peut voir, dans Volti, une étude consacrée par Pierre C. Noël aux travaux que le groupe avait engagés à propos des dispositifs possibles pour la mise en application du Concile ; il est vrai que ces travaux ont souvent été contournés par les organismes restés liés à la Curie, et par des décisions du Pape.
Quel programme?
À propos de l’absence de « parti conciliaire », on doit réaliser, avec nos historiens, que le Concile ne s’est pas mis en route avec un programme précis. Ce point fait l’objet d’une large partie des réflexions de G. Alberigo dans la contribution qu’il a donnée pour Volti di fine concilio: « Vatican II, des attentes aux résultats : un tournant? » [17]. Il s’agit évidemment d’une reprise de ce que le tome 1 (avec le long chapitre 2, rédigé par Étienne Fouilloux, décrivant « La phase anté-préparatoire ») et le tome 2 de l’Histoire ont été amenés à exposer ; mais on en vient là à recentrer plus immédiatement l’attention sur le rôle joué de façon paradoxale par Jean XXIII. Celui-ci unissait à une certaine distanciation par rapport aux travaux spécifiques de préparation une réelle fermeté dans l’expression de ses convictions quant à l’orientation spirituelle et pastorale de l’itinéraire qu’il avait pris le risque d’ouvrir. On doit lire à ce sujet, dans le premier tome, les réflexions finales de Giuseppe Alberigo [18]. La référence à Jean XXIII ne résout évidemment pas tout. Alberigo écrit par exemple :
malgré les recherches approfondies qui ont préparé et accompagné la rédaction de ce volume, il n’est pas encore possible d’effacer toute incertitude à propos du poids qu’a pesé dans l’intention initiale du pape Jean l’anxiété de recomposer l’unité des chrétiens [19].
La notation implique sans doute que la visée oecuménique est devenue, par la suite, clairement une option, ce que l’Histoiresoulignera abondamment, sous diverses formes, mentionnant par exemple le rôle du cardinal Bea et de « son » secrétariat, la fonction et les réactions des observateurs, les discussions enfin, et les événements extérieurs au Concile même, dont des éléments d’histoire du mouvement Å“cuménique. Notre réflexion s’attachera assez peu ici à cet abondant matériau. Cela peut relever seulement du hasard dans le déroulement de notre travail, à moins d’avoir éventuellement reflété le sentiment que ces domaines ont été suffisamment balisés à propos du Concile et de son histoire.
Dans le rôle de Jean XXIII pour déterminer l’avenir du Concile, le discours d’ouverture — le 11 octobre 1962 — occupe à coup sûr une place toute particulière, analysée par Andrea Riccardi [20]. Vint ensuite, également de première importance, la décision de renvoyer en révision—malgré les résultats du vote en assemblée—le document préparé pour la question de la Révélation.
Pour saisir la portée de cette dernière décision du Pape Roncalli quant à sa répercussion sur la suite du Concile, on se reportera à l’essai de Giuseppe Ruggieri, dans le tome 2 de l’Histoire, qui décrit et élabore ce qu’il appelle la « pastoralité » du Concile comme choix d’une orientation, d’une spécificité, qui allait toucher en principe le traitement de toutes les questions [21]. Il est vrai que nous pourrions sans doute parler, à propos de cette contribution, d’une interprétation, une herméneutique, dégageant comme un « fil rouge » (l’expression est utilisée par G. Alberigo dans un passage que je citerai plus loin), correspondant à un engagement de l’historien théologien. Celui-ci aurait distingué, dans cette mise en évidence de ce qu’il appelle « pastoralité », entre ce qui était posé alors, selon l’historien, comme dynamique de fond, et les réalisations postérieures, qui n’épuiseront pas les possibilités de ce germe, au jugement peut-être plus direct alors d’un théologien travaillant après le Concile lui-même.
Des éléments d’information analogues et des réflexions comparables quant au rôle de Jean XXIII sont développés sur une large échelle dans la thèse de Giovanni Turbanti sur l’élaboration du texte de Gaudium et Spes. Une première partie de l’ouvrage [22], tout en étant évidemment orientée sur la question des rapports de l’Église catholique et du monde moderne, met progressivement en lumière l’orientation qui se dégage, difficilement, sous l’impulsion sans doute de plusieurs des évêques ou des théologiens, mais avant tout, de façon décisive, du fait des options de Jean XXIII. On peut dès maintenant faire remarquer à ce propos que l’ensemble de l’Histoire est marqué par la « dévotion », au sens fort du terme, développée à Bologna vis-à-vis du Pape Roncalli, autour du cardinal Lercaro, et grâce à l’impulsion doctrinale de Giuseppe Dossetti [23].
Autour de Paul VI, on ne trouvera pas les mêmes dispositions. L’importance donnée à la figure de Jean XXIII dans le lancement et l’orientation du Concile, ressort évidemment des faits mêmes, mais on ne peut nier, je pense, qu’elle soit aussi quelque peu redevable à cette prédisposition en quelque sorte « subjective » du groupe de Bologne. En même temps, ou corrélativement, se trouve mis en lumière le fait que le Concile se met en route avec des orientations qui ont une réelle fermeté, mais au niveau d’un petit nombre d’options que l’on pourrait dire également « subjectives », internes à la vie spirituelle du Pape. Ces orientations ont une importance décisive pour la suite, mais ne constituent pas un programmeproprement dit, un « agenda ».
Il est encore possible de relever, avec nos Auteurs, que la suite des débats a laissé s’accumuler les propositions de textes ou déclarations, ce qui a d’ailleurs soulevé des interrogations, des hésitations, celles de Paul VI, voire des propositions et efforts de réduction, comme ce que l’on a appelé le « plan Döpfner » [24].
Le Tome 4 est ensuite assez largement occupé [25] par l’étude des pressions exercées sur les commissions et les Pères pour faire envisager une clôture du Concile qui aurait évité une quatrième session. Inversement d’ailleurs, à partir d’un certain moment, c’est l’inscription manifeste du « Schéma 13 » au programme de travail des Pères, tel que l’opinion publique l’envisageait pour ceux-ci, qui a été un facteur de décision en faveur de l’achèvement d’un texte, dans des conditions précaires, avant la fin de la quatrième session, au lieu de le renvoyer à une rédaction postérieure de documents correspondant au Schéma, éventuellement dans un autre genre littéraire.
Ceci montre qu’une absence initiale de programmation s’est progressivement muée en une obligation de remplir un contrat devenu fort nourri. Ainsi, par exemple, on s’est obligé à parler un peu longuement des « simples prêtres », et les religieux ou religieuses ont imposé une attention à leur égard assez éloignée de ce qui était envisagé lors de la première préparation, dans un décret sec et sans portée, attention qui s’est d’ailleurs également éloignée de ce que des évêques diocésains influents auraient été portés à suggérer pour les structures de la vie religieuse.
On peut donc dire, pour rester au stade de ce qui est présentement l’objet de ces réflexions, que l’unicité de l’événement du Concile ne peut être déterminée de façon simple, à partir d’un leader ou d’un parti, ni non plus en fonction d’un programme. Mais l’élaboration laborieuse de ce qui est apparu au total comme un « agenda » contraignant pourra être comprise comme une démonstration de l’existence d’une cohésion, complexe certes, mais en même temps globale.
Le Concile, un événement? Oui, et dont il faut s’occuper, mais pas n’importe comment ! selon ce qu’illustre un épisode curieux. Vers la fin du Concile, les Pères ayant quelques journées vides pendant que travaillaient des commissions, on leur chercha des occupations. Pour cela, leur fut proposée la discussion d’un texte préparé à la Curie sur les Indulgences, opération qui a été appelée, non sans ironie cruelle, le « pré-synode » [26]. Mais il y eut une réaction, du moins du côté des évêques allemands. Hünermann parle du texte proposé comme « une relique pré-conciliaire » [27]. Certes, dira-t-on, des reliques de ce genre, la Curie ne cessera jusqu’à nos jours d’en mettre sur le marché, mais on aura tout de même un critère : il y a du « pré-conciliaire » qui le restera, le Concile ayant tout de même eu lieu.
La réplique qu’avaient rédigée sur ce thème des Indulgences Karl Rahner et ses proches est significative, malheureusement, il est vrai, à un autre point de vue. Faisant allusion à la repentance toujours nécessaire, elle garde sur la question des crimes nazis le silence dont Dossetti devait faire un reproche durable à Gaudium et Spes, voire au Concile [28].
Une cohérence des méthodes de réflexion?
L’unité de l’événement doit-elle être prise aussi du point de vue des démarches ou des méthodes impliquées par les exposés et leurs préparations? Dans une contribution au tome 5, Alberigo parle du passage qui se serait généralement fait durant le Concile d’une méthode déductive à une méthode inductive, même s’il ne trouve pas dans les textes conciliaires une formulation explicite de ce déplacement [29]. Une présentation plus précise du même thème par le même Alberigo se trouve au début du chapitre 7 de ce même tome de l’Histoire [30]. L’A. pense qu’on a appris à « affronter les problèmes en ne partant pas des principes éternels, mais de la conscience que l’humanité contemporaine avait de ces problèmes », démarche dont des exemples auraient d’ailleurs déjà été donnés par les encycliques Mater et Magistra et surtout Pacem in terris. Mais beaucoup de Pères, continue Alberigo, avaient eu culturellement beaucoup de peine à s’éloigner de « la démarche déductive habituelle de la scolastique », alors que « l’utilisation de la méthode inductive était une nouveauté d’une portée exceptionnelle pour le catholicisme ».
Notons ici, sortant pour un instant du cercle des collaborateurs de Bologna, que Philippe Delhaye, dans sa présentation de l’histoire du texte de Gaudium et Spes [31], parle de la méthode inductive adoptée à partir du colloque de Zurich pour les rédactions du Schéma 13. L’évêque panaméen, Marcos Gregorio McGrath, dans son Introduction aux Commentaires dirigés par le Père Yves Congar pour la même Constitution pastorale parle, lui aussi, du moins à propos de ce document du Concile, de la mise en Å“uvre d’une méthode neuve, partant de la façon dont les problèmes sont présents dans la conscience moderne. Mais il n’avance pas le vocabulaire de l’induction [32].
D’ailleurs, dans la suite de ce paragraphe « Una svolta » du chapitre 7 du tome 5 de l’Histoire, l’attention de Giuseppe Alberigo se porte longuement sur le rôle de la référence aux évolutions historiques de plus lointaine origine, rôle qui est sans doute plus marquant, pour l’ensemble des discussions et des textes promulgués, que celui de l’enracinement dans les expériences ecclésiales présentes, bien que ce rôle de la référence historique en profondeur ne semble pas faire l’objet, dans le cours des rédactions conciliaires, d’une réflexion spécifique.
En partant de la notion des « principes éternels » dont il est fait usage dans le texte d’Alberigo, notion mise en rapport seulement avec la tradition scolastique, on peut ici avancer une question, qui devra sans doute être reprise : quel usage est fait, au Concile, de la référence à ces « principes » que représentent, pour la doctrine et la théologie, les textes bibliques? En ce domaine, le Concile ne manquait pas de bons experts, avec notamment le groupe du « Collège belge », Lucien Cerfaux par exemple ou Dom Jacques Dupont. Certes, des interventions mettant en avant un rappel à l’exégèse précise, sont souvent mentionnées dans les cinq tomes. De même, de façon plus intermittente, on trouve des expressions d’un regret ou remords : à prendre l’ensemble des documents, le recours à l’Écriture serait finalement assez peu fertile, ou ne relèverait pas d’une démarche fondatrice ; c’est une des remarques critiques souvent opposées à la rédaction de GS, à sa deuxième partie surtout. La question ne peut évidemment pas être discutée pour elle-même. Mentionnons une remarque annexe, probablement contestable : parmi les théologiens de la majorité, lorsqu’une divergence s’est clairement produite, vers la fin du Concile et dans les années qui ont suivi, ne peut-on déceler, comme pierre de touche pour ainsi dire, une divergence dans l’attitude pratiquée à l’égard de l’interprétation du Nouveau Testament, spécialement quant à la façon de percevoir l’unité et la diversité des christologies primitives? Il est vrai que cette question n’avait en somme guère été affrontée dans les discussions conciliaires elles-mêmes. Sur ce point, les tomes de l’Histoire, sauf distraction de ma part, n’apportent pratiquement aucun élément notable d’information.
 
II. Quelle unité de l’événement conciliaire?
 
 
Ce que l’Histoire du Concile n’est pas
Commençons par une brève observation négative. La rédaction de cette synthèse en cinq volumes a été relativement peu attentive, à propos d’une telle assemblée complexe, l’evento complessivo selon Alberigo, faisant le bilan de la deuxième session [33], à ce que pourrait être soit une étude de type sociologique, selon la « démographie » des participants, (3 058 évêques à la fin du Concile), soit un diagnostic sociopsychologique : quelle dynamique y avait-il dans cette entreprise, quel était son mode de fonctionnement? Alberigo remarque qu’il n’existe pas d’étude précise sur les absences de Rome des Pères, ou encore de la participation aux assemblées [34]. Évidemment sont apportés des éléments pour ces orientations d’herméneutique conciliaire, sous diverses formes, en particulier à travers les informations ou réflexions venant des observateurs non catholiques (je ne peux donner une place étendue à cet aspect de la documentation mise en Å“uvre dans l’Histoire). Les journalistes également offrent des échos particuliers significatifs, ou encore des vues synthétiques dont l’apport a d’ailleurs été précieux pour les historiens, au moins dans certains chapitres. On peut penser surtout aux grands recueils originaux dus à Caprile, Fesquet, Rouquette, Wenger…, et aux chroniques publiées par le rédemptoriste nord-américain, Francis X. Murphy, sous le pseudonyme de Xavier Rynne, Letters from the Vatican City [35]. Sur ce point, comme pour d’autres aspects des modes et instruments de la vie conciliaire, une vue d’ensemble est tracée par Alberto Melloni dans la présentation de la session de septembre 1963 [36], qui vaut analogiquement pour les autres périodes.
La psychologie des acteurs est connue et prise en compte dans l’Histoire, évidemment par rapport à Paul VI, mais aussi de façon diffuse à propos de tel ou tel incident. Les Journaux privés des divers participants, progressivement connus, sont à cet égard une source de première importance.
Un domaine est privilégié pour l’instant quant à des analyses portant sur le dynamisme des groupes à l’intérieur du Concile, la description du travail des commissions. Ainsi, dans le tome 5 de l’Histoire, Peter Hünermann [37] s’attache à décrire le fonctionnement des commissions et à montrer l’importance du rôle qu’elles ont été amenées à jouer. Bien d’autres parties de l’Histoiredécrivent la vie dans les commissions et sous-commissions. De nombreuses autres études ont été publiées ailleurs sur ce type de travail conciliaire, dont celui de Giovanni Turbanti pour le « Schéma XIII », auquel je me réfère souvent ici.
De façon plus intermittente, on recueille dans l’Histoire des mentions du rôle joué par les évêques, bien au-delà des seules interventions publiques : à tel ou tel moment par des évêques qui ne sont pas seulement les ténors ; interventions individuelles, mais aussi influences exercées par des groupes ou courants qui ont un rôle diffus, peu apparent, mais en réalité nullement marginal, pour appuyer telle ou telle orientation. Ce dynamisme passe moins par les assemblées — ni éventuellement par les commissions — que par les échanges quotidiens dans les couloirs, les déplacements, les lieux de vie. Giuseppe Alberigo, arrivant au bilan final de l’entreprise qu’il avait lancée, parle d’un concile « segreto », « nascoto » [38]. Ces remarques sont importantes, parce que l’on pourrait être tenté — même à la lecture de cette Histoire — de ne voir l’événement qu’au niveau des deux Papes et à celui des théologiens influents. Non, les évêques de type courant pouvaient avoir une présence discrète non dépourvue de compétence, ni au total de signification pour la marche du groupe. Christoph Theobald [39] cite volontiers les Carnets conciliaires de Mgr A. Jauffrès, évêque de Moutiers [40]. L’édition discrète de ces pages a le mérite de donner à voir assez bien ce que pouvait être la partie à jouer pour un évêque restant en modeste position mais attentif aux arguments et orientations des groupes, et jugeant avec lucidité.
La documentation fait parfois percevoir des initiatives épiscopales qui n’ont pas eu de suite, mais demeurent significatives. Mauro Velati, dans sa contribution au tome 5 [41], fait observer une proposition collective de l’épiscopat indonésien demandant que le Concile relativise le soutien donné à la formation en « séminaires » — en tant que pensionnats fermés, si je comprends bien —, coupés de la vie universitaire et de la culture locale aussi bien que des responsabilités quotidiennes des groupes sociaux et des familles. Le texte conciliaire retient au contraire, sans explication pédagogique pertinente, l’obligation des séminaires [42]. La résistance des évêques indonésiens aux traditions figées n’a pas alors retenu l’attention de sorte qu’il n’y eut pas vraiment d’ouverture en ce sens dans les textes publiés, qui se contentent de mentionner des stages en dehors de l’internat diocésain. Sans penser à un rapport d’influence, on peut remarquer que la ligne d’évolution de la formation sacerdotale introduite à Paris sous le cardinal Lustiger rejoint assez bien ce qu’avait été ce lointain projet épiscopal [43].
Nous pourrions donc relever beaucoup d’éléments, au cours des volumes, correspondant à l’analyse des concertations, aux apports des divers types de travail collectif. Il reste que ces volumes ne peuvent être pris pour l’équivalent d’une synthèse qui réussirait la réinterprétation de la dynamique conciliaire en termes de fonctionnement socio-psychologique, selon le projet qu’avait autrefois évoqué le titre d’un livre de Philippe Levillain.
De façon quelque peu analogue, je crois qu’on peut dire que, dans la rédaction elle-même des cinq tomes — à la différence des travaux parallèles des mêmes auteurs —, le contexte social et politique est assez peu pris en compte. Des questions locales (l’Italie connaît alors une vie agitée), ou européennes, ou plus largement internationales, peuvent certes être présentes de façon insistante à telle ou telle étape de la vie conciliaire : pensons, par ex., au rôle de Jean XXIII par rapport à l’URSS et aux USA, lors de la crise de Cuba. Giuseppe Alberigo, à l’occasion du tome 3, résume le rôle des grands événements extérieurs : « les travaux ne se sont pas déroulés dans un isolement artificiel » [44]. Cependant, il semble qu’au total la « contextualisation » n’est pas systématiquement invoquée comme un axe d’interprétation [45].
Avec les remarques précédentes, nous avons en somme évoqué ce qui caractérise cette Å“uvre par rapport à ce que l’on peut considérer comme la physionomie habituelle des Å“uvres historiennes modernes d’une large ampleur. Ce décalage n’empêche pas que cette production puisse occuper une place significative sur les horizons actuels du métier d’historien, et ce, à un niveau universel, du fait de l’originalité de l’événement en cause.
Mais ayant écrit « au plan universel », reconnaissons que l’universalité géographique est tout de même relative. Karl Rahner a vu après coup dans le Concile un tournant exceptionnel dans l’histoire du christianisme, comparable seulement à la distinction originairement opérée entre les groupes chrétiens et le peuple des Juifs. Le Concile lui-même et son Histoire ne réalisent pas encore un tel saut qualitatif. Certes, les auteurs sollicités l’ont été en diverses régions du monde, en Europe, en Amérique du Nord, et au-delà : le Brésil, avec J.O. Beozzo, un des principaux collaborateurs, les Philippines, avec Luis Antonio G. Tagle, auteur dans le tome 4, du chapitre 6, intitulé la « Semaine noire » de Vatican II » [46]. La culture dominante, selon l’Histoire du concile, reste pourtant, assez classiquement, celle des Universités nées en Occident, celle des Facultés d’histoire ou de théologie. On peut prendre comme symbolique à ce sujet l’importance de Bologna dans cette Å“uvre, et faire remarquer aussi que ce rôle manifeste la maîtrise dont les auteurs italiens font incontestablement preuve dans le domaine de l’histoire religieuse de niveau universitaire. C’est dans ce cadre — celui de ma propre compétence — que nous avons à situer l’originalité historiographique de l’Histoire, que soit possible ou non dans l’avenir un type de récit qui enracinerait la mémoire du Concile dans une autre culture et tradition théologique !
Un événement et sa mémoire
L’intérêt exceptionnel que peut prendre l’Å“uvre aux yeux de l’historien vient de la concentration d’une discussion sur des enjeux culturellement et socialement importants, dans un groupe étendu de personnes (bien plus important que le seul total des évêques), et cela dans un temps relativement bref, ce qui fait que la mémoire du groupe pouvait en principe être forte et vive. Alberigo le fait remarquer à la fin du tome 2 [47] :
Au cours des trois ans durant lesquels le concile Vatican II s’est tenu, la rotation des Pères conciliaires devait être insignifiante, aussi leur mémoire des diverses phases fut-elle particulièrement continue et vive.
Sur cette mémoire d’ailleurs, les Auteurs, nos historiens, peuvent s’articuler de façon souvent assez directe, plusieurs ayant été eux-mêmes sinon des partenaires, du moins des témoins assez proches : Alberigo lui-même bien sûr, ou Jan Grootaers, l’un des informateurs religieux les plus percutants à l’époque du Concile, qui donne ici, dans le tome 2, un chapitre évoquant la vie et le retentissement des institutions conciliaires entre la première et la deuxième session.
On est donc dans de bonnes conditions pour un travail qui pourrait en un sens servir d’exemple—il vaut mieux ne pas parler de paradigme en dehors des sciences dures [48]. Pour cette évaluation, relevons d’abord quelques difficultés appelées pour les historiens par ce type d’événements discursifs, et voyons certaines des solutions élaborées sous des modes divers par les auteurs.
Une difficulté matérielle vient de la masse des documents désormais disponibles. C’est évidemment un atout, comme pour tout travail d’histoire. Mais ici la difficulté ne va-t-elle pas venir de ce que l’historien d’aujourd’hui, disposant de multiples sources, dans des conditions de travail souvent favorables sinon confortables, pourra sur bien des points mieux connaître la vie du Concile que les acteurs eux-mêmes? À propos de l’orientation connue comme le « plan Döpfner », visant à une réduction de l’étendue et du nombre des schémas, l’historien de cet aspect de l’intersession 1963-l964, le bénédictin Evangelista Vilanova, écrit par exemple :
Pour mieux connaître le travail dans son ensemble, il faut approfondir l’histoire agitée de chacun des projets. La documentation est suffisante pour se rendre compte de la dynamique de fond [49].
Mais qui donc avait alors une documentation suffisante pour lever vraiment les yeux au-delà de son travail immédiat?
Dans le chapitre précédent du même troisième tome, Claude Soetens avait à présenter la décision de Paul VI au sujet de son voyage en Terre sainte. Comment a-t-on compris cette annonce par rapport au point où l’on en était? Un élément au moins manquait alors aux acteurs conciliaires, que nous pouvons connaître : la décision de ce pèlerinage était bien antérieure, et n’avait donc pas originellement un lien intrinsèque avec le déroulement des débats [50].
Gilles Routhier, dans l’exposé qu’il donne des discussions de septembre 1965 [51], remarque comment des interventions intéressantes (connues maintenant par l’édition des Acta, éventuellement par d’autres sources non officielles), sont tout d’abord passées inaperçues, mal situées par exemple dans l’horaire. Les interventions, sauf exceptions, étaient prévues à l’avance et ne pouvaient entrer en débat que de façon incidente, et souvent hors liaison normale, avec ce qui venait d’être dit. Ou encore, plusieurs interventions pouvaient revenir sur les mêmes arguments de façon simpliste — rarement des accords ayant pu être prévus pour que divers intervenants, d’accord sur le fond, se répartissent les arguments à faire valoir, au lieu de répéter les mêmes choses. Or, ces défauts peuvent être plus ou moins gommés, lissés, dans l’exposé que reconstitue aujourd’hui l’historien.
On pourrait multiplier les exemples et les expressions par l’historien de ce décalage entre le relatif « chaos » des relations internes au temps du concile, et la clarté, parfois voilée il est vrai, que l’on peut en donner aujourd’hui à partir de telle ou telle preuve documentaire. La situation est, certes, habituelle en histoire. Ajoutons que les historiens connaissent le décalage qui existe entre les Mémoires rédigés par un acteur de premier plan, un responsable même bien fourni en documentation originale, et les analyses qui viendront plus tard : celles-ci seront plus « exactes » sans doute, mais pourront aussi manquer de chaleur, de vivacité, et être accusées finalement de moindre qualité historique. Je crois me souvenir que Hegel prônait sans restriction la lecture des Mémoires d’un ancien responsable ou acteur significatif. Devons-nous rêver à ce que serait une Histoire du Concile Vatican II rédigée comme les Mémoires d’un grand responsable, s’engageant avec l’intelligence et le talent littéraire de quelque Grand de ce monde mué en écrivain, comme cela s’est produit? Laissons le rêve, et voyons ce qui nous est offert.
Contre le reproche qu’on pourrait faire, par ailleurs, à notre présente Histoire, de reconstruire des enchaînements qui ne se font connaître que rétrospectivement et avec une part d’arbitraire, une précaution méthodologique est sans doute prise du fait de la présence relativement conséquente de notes qui, sans doute, servent à donner des preuves, mais qui avouent, par leurs contenus, que preuve doit être donnée, et qui suggèrent que la situation n’est pas aussi claire que le texte principal pourrait le laisser penser. Par leur formulation même, les notes indiquent que la documentation concernant une affaire du Concile n’a jamais été exposée aux yeux et aux esprits dans une clarté évidente : aujourd’hui encore il faut la reconstituer à partir d’archives dispersées.
À ce prix, l’Histoire va donc se présenter comme un récit. L’événement se construit selon une cohérence narrative, évitant d’ailleurs le risque qui aurait pu être constitué par un cadre chronologique trop précis. Le cadre général est bien chronologique, mais dans le détail il y a des recouvrements, des changements de point de vue. La cohérence globale est certes assurée, malgré la diversité des auteurs, si l’on entend par là, en premier lieu, la cohérence matérielle ou factuelle : sont évitées les répétitions voyantes, de même que les lacunes un peu trop élargies.
La continuité de la narration est obtenue tout spécialement, à un niveau à la fois plus fondamental et rédactionnel, par l’option d’éviter assez généralement les citations longues de documents, qu’il s’agisse des projets ou rédactions définitives des textes conciliaires, ou des sources telles que les interventions publiques en assemblée. Au sujet de l’un des débats, Claude Soetens écrit qu’« il n’est pas possible ici de le reproduire en détail » [52], ce que tous les autres auteurs pourraient dire ; mais à la difficulté matérielle de tout citer, on peut penser que se joint chez les auteurs le souci d’un effet global de style, de lisibilité.
Sont mises en jeu aussi par des résumés les publications, les lettres personnelles, les notes en forme de journaux personnels. Naturellement, il y a des citations, mais dans la grande majorité des cas elles sont courtes, insérées dans une présentation générale ayant la forme d’un enchaînement narratif de propos que l’on transcrit en les résumant. D’ailleurs, sans m’en faire une idée numérique, je pense pouvoir dire que, dans l’ensemble de la narration, les récits de faits, rencontres, votations, cérémonies… occupent une place limitée, seconde, par rapport aux résumés, aussi abrégés soient-ils, des textes et documents divers.
Ce genre littéraire est-il spécifique? Sans doute pas, et une observation quelque peu analogue peut, me semble-t-il, être faite à propos du Vatican I de Klaus Schatz, pour une dynamique conciliaire évidemment bien plus simple. En tout cas, dans l’Histoire un résultat littéraire assez cohérent, a été obtenu, les styles des différents auteurs ne s’affrontent pas—il est vrai que les effets de traduction entre les contributions originales et les diverses versions publiées ont pu jouer en ce sens.
L’ensemble est plutôt austère, avec cependant quelques touches légères sinon de fantaisie du moins d’une calme envie d’avancer — ou d’un ferme propos de ne pas lézarder.
Ces remarques de forme me semblent importantes. En effet, pour celui qui — comme je viens de le faire en 2004 — lit ou relit l’ensemble de l’Histoire, il y a bien l’image d’un événement, complexe certes, mais qui se développe à travers le temps avec des enchaînements que je ne dirais pas machinaux (malgré le terme utilisé par Alberigo dans un passage cité cidessus), mais plutôt organiques, jusque dans l’évocation de ce qui était en réalité—et est dit au passage, honnêtement—assez anarchique, voire chaotique.
L’école de Bologna, avec Giuseppe Dossetti, avait la préoccupation de proposer une meilleure coordination des travaux conciliaires [53]. La mémoire forgée désormais par le récit historique, sous les héritiers de cette école, aurait enfin recréé un ordre satisfaisant pour l’esprit !
Mais, du même coup, le récit ne serait-il pas venu refondre les textes et les décisions, les réduisant à des feuilles ou des fleurs du grand arbre offert aux regards?
Une dynamique en retard, ou à retardement?
Plusieurs fois, dans l’Histoire, on trouve un jeu d’images dont Alberigo lui-même donne un développement plus caractéristique à l’occasion de la fin de la deuxième session (décembre 1964, la Constitution sur la Liturgie venait d’être votée) :
La satisfaction d’être finalement arrivés, après presque cinq ans… aux premières conclusions ne masquait pas, en tout cas pour les plus avertis, que l’élaboration des textes… n’épuisait pas toutes les impulsions et tous les ferments du concile et probablement pas non plus sa dimension la plus profonde [54].
Dans le même tome, la contribution de Rainer Kaczynski (Munich) [55] offre un développement sur « La signification de la constitution liturgique », qui correspond en partie à la perspective ouverte par Alberigo. L’A. va ainsi décrire les « principes théologiques sur lesquels est fondée une nouvelle conception du culte » [56]. Mais cela le conduit à avancer que « la description conciliaire de la nature de la liturgie compte… un point faible… l’oubli de l’Esprit saint… » [57].
Sur la question des responsabilités de l’Église locale, l’A. écrit que « malheureusement, même la constitution liturgique ne prit pas de décision claire », « les Pères n’étaient pas encore prêts » [58]. À partir de ces réflexions, on peut distinguer deux aspects sur lesquels nous nous attarderons quelque peu. D’une part, l’Histoire, au moins dans plusieurs de ses parties, entre dans une interprétation du texte, tenant compte sans doute de l’histoire de la rédaction, mais appréciant aussi le document par rapport aux traditions chrétiennes, à une estimation des besoins pastoraux actuels, ou à une réflexion théologique raisonnablement possible. D’autre part, sur l’interprétation du texte, se greffe une suggestion concernant ce qu’aurait pu être le texte, dans le prolongement d’une dynamique esquissée, alors que sa rédaction a été laissée en deçà de ce qui aurait sans doute été possible. Il est vrai que dans ces réflexions concernant la liturgie, nous ne relevons pas exactement ce jugement précis, qui se trouve exprimé ailleurs sous une forme générale : au Concile, sur telle question, pour telle option, il y avait une dynamique en marche, mais elle n’a pas trouvé une explicitation suffisante. Comme l’écrivait Alberigo à la fin du deuxième tome :
Bénéficiant du recul de la perspective historique… on est tenté de ne pas se contenter d’informer sur les laborieuses démarches quotidiennes, mais de mettre en lumière les « fils rouges » par lesquels il est possible aujourd’hui de repérer la trame des travaux conciliaires [59].
Alberigo, responsable de l’ensemble, ne cessait évidemment pas d’insister sur la « fidélité au déroulement quotidien des travaux » en vue de parvenir à « une connaissance qui tienne compte des multiples niveaux de l’événement » [60], en réagissant à la tentation de ramener Vatican II à un corpus de textes ou de décisions [61].
Un peu tout au long des tomes (du moins à partir du deuxième), le problème du rapport inéluctable entre le constat descriptif et l’évaluation engagée, n’a cessé de demeurer présent à l’esprit des rédacteurs. Ainsi encore, dans le Tome 5, à propos du document sur l’apostolat des laïcs, Mauro Velati conclut :
Déjà dans les années qui ont suivi immédiatement… viendront à la lumière les limites du texte…en même temps que ses grandes potentialités. Si après peu d’années… on a pu parler d’un document déjà vieux, c’est précisément parce que le dynamisme suscité a mis en lumière les apports (pregi, les « prix ») mais aussi les limites d’un schéma qui ouvrait de larges espaces… [62].
Dans quelle mesure la fidélité au quotidien, pour reprendre l’expression d’Alberigo qui vient d’être citée, permettrait-elle de dégager aussi et tout de même des « fils rouges »? Pas seulement des continuités thématiques traversant les textes, mais des engagements potentiels de longue portée, ouvrant sur des avenirs meilleurs?
Retourner au corpus des textes?
Avec cette question, on revient certes à l’étude des textes, éclairés par l’histoire de leur rédaction, mais appartenant désormais au devenir historique en tant que textes livrés à l’interprétation. Il faut dire que cette question a reçu des réponses diverses selon les auteurs. Nous avons donné plus haut l’exemple de la présentation de la Constitution sur la liturgie, au troisième tome de l’Histoire. Le deuxième tome propose une démarche assez comparable, encore qu’il ne s’agit pas alors de partir d’un texte considéré comme approuvé et promulgué. Je pense à l’étude réalisée par Giuseppe Ruggieri [63] sur les débats autour de ce qui deviendra la Constitution dogmatique sur l’Église. Déjà à ce stade des discussions, l’A. tient à présenter assez longuement les textes en projet et les discute comme des textes théologiques classiques, pourrait-on dire, du point de vue de la tradition chrétienne et de la recherche théologique contemporaine.
Lors des discussions finales sur Lumen Gentium, les exposés donnés dans l’Histoireseront dans l’ensemble plus proches des moments et événements touchant à la rédaction, à l’intervention des divers acteurs. La part de l’interprétation systématique sera relativement limitée, sans doute aussi en considération des nombreux essais qui ont touché, depuis la fin du Concile, à l’interprétation de la Constitution dogmatique sur l’Église. Le dernier tome, cependant, revient à une évaluation accentuée, je le noterai un peu plus loin.
Avec ces mentions de la Constitution dogmatique sur l’Église, nous touchons à une question d’interprétation du Concile, qui devrait être poursuivie. On peut sans doute faire remonter à Paul VI plutôt qu’à Jean XXIII l’option de centrer un programme du Concile sur le thème de l’Église. Un peu dans cette ligne, un projet « cracovien » pour le Schéma XIII (il a été transmis par le futur pape polonais, voir l’ouvrage de Giovanni Turbanti) proposait une rédaction où un point de départ ecclésiologique aurait eu la préférence sur l’entrée « anthropologique », qui caractérisait les projets, et qui fut finalement retenue. Il reste de toute façon que le centrage sur le thème de l’Église a souvent dominé l’histoire de la réception, avec tout spécialement la question du rapport entre les Églises locales ou particulières, et la primauté romaine.
Plus généralement, les commentateurs ont souvent construit une image de l’apport du Concile comme une rupture avec l’image classique, du Concile de Trente à Pie XII, de l’Église comme « societas perfecta ». Ce point a été relevé par Peter Hünermann dans sa contribution à l’occasion du Colloque de Strasbourg, publiée dans Volti di fine concilio. Sa position, assez complexe, revient à reconnaître en divers documents de Vatican II les éléments impliquant un véritable déplacement dans la constellation des problématiques ecclésiologiques, mais aussi l’incapacité—soit dès ce moment-là, soit dans les interprétations postérieures — à pleinement expliciter la vue nouvelle, exigée par le moment historique, concernant la théologie de l’Église. Disons pour faire bref que le théologien de Tübingen ne voit pas qu’on ait pris en compte au Concile, et par la suite, la place de la foi qui fait Église (à distinguer d’une foi qui dit ce qu’est ou devrait être l’Église, avec la fonction des évêques, etc.).
Nous venons de faire une brève digression sur un point que je souhaite, pour ma part et selon mes forces, prolonger dans une recherche d’ecclésiologie systématique. Mais revenons à notre propos.
La question de la place des textes et de leur interprétation ne peut, en effet, être réglée par une répartition des tâches selon laquelle l’Histoire aurait pu trouver son contentement dans une élucidation des enchaînements, les textes étant intégrés seulement par des résumés de type « doxographique », avec le report d’une opinion à côté d’autres. Par là, on ne serait plus alors dans un récit historique, plutôt dans une chronique, utile peutêtre, mais appartenant à un tout autre monde intellectuel ou simplement culturel qu’à l’événement du Concile. Comment, en effet, faire une histoire de débats théologiques sans pratiquer un engagement sur le sens des textes par rapport à la « raison », à la rationalité spécifique du domaine évoqué? Il y a sans doute ici une question de proportions, voire d’esthétique. Celui qui raconte a un devoir d’engagement raisonnable à propos du sens de ce qu’il dit ; mais cela doit également être mis en balance avec la capacité de construire un récit qui « se tienne », qui passe pour ainsi dire, auprès d’un lecteur non spécialiste. Cela exige un profil littéraire perceptible, narratif, relativement simple, ce qui n’est pas toujours aisément compatible avec le souci de rationalité. Problème complexe, sur lequel sans doute tous les collaborateurs des entreprises collectives d’histoire sociale, culturelle, voire politique, ne donnent pas les mêmes réponses. Et, de fait, dans le cas présent de l’Histoire du concile telle qu’elle est, on pourrait montrer que les collaborateurs n’ont pas donné les mêmes réponses, conscientes ou implicites.
Je reconnais d’ailleurs que moi-même ici m’exprime en ayant plus ou moins conscience que tous les auteurs de l’Histoire ne sont pas portés aux opinions ou attitudes vers lesquelles je penche pour ma part. Qu’il me soit permis d’indiquer l’intérêt que j’ai trouvé, pour des problèmes comparables d’histoire contemporaine, à deux articles de François Bédarida dans la Revue Historique et reproduits maintenant dans le recueil posthume Histoire, critique et responsabilité [64] : « Une invitation à penser l’histoire, Paul RicÅ“ur… » (2001), et « L’historien régisseur du temps, Savoir et responsabilité » (1988). Sous une autre forme, je reconnais là les orientations que je tends à invoquer sous les termes d’engagement, de rationalité, d’esthétique [65].
Dans le monde de ce temps : Croire
La composition chronologique de l’Histoiredu Concile conduisait à faire de la Constitution pastorale Gaudium et Spes un sujet dominant dans le tome 5 et dernier, ce qui conduisait aussi, plus ou moins automatiquement, à ce que la place des textes, résumés, interprétés, soit assez grande. Même si la rédaction fut agitée, passant par des itinéraires complexes, comme le montrait vers la même époque la thèse, devenue un livre, de Giovanni Turbanti.
Les textes appelaient en tout cas discussion, soit quant aux nuances finalement retenues dans l’exposé des questions de société traitées dans la seconde partie de la Constitution, soit évidemment aussi dans le cadre des orientations plus systématiques de la première partie. On trouvera une présentation de ces options, avec leur enjeu théologique durable, dans le long paragraphe « Le Schéma XIII » appartenant au deuxième chapitre de ce cinquième tome, par Gilles Routhier, le chapitre Terminer l’Å“uvre commencée. Le cinquième chapitre, Les dernières semaines du Concile, rédigé par Peter Hünermann, reprend aussi cette question d’une évaluation des travaux ayant abouti à Gaudium et Spes [66].
Du point de vue de la forme d’appréciation qui est directement visée par nous ici, celle du « genre littéraire » de l’Å“uvre, on peut retenir que les responsables de la « reconstruction » de l’événement conciliaire ont confié ces deux chapitres à des historiens qui sont connus aussi — voire d’abord dans le second cas —, comme des théologiens systématiques, qui ont écrit ailleurs sur l’interprétation théologique à long terme des textes conciliaires et de leur réception (c’est aussi le cas pour Christoph Theobald dont je vais parler pour sa présentation de Dei Verbum). Le rôle des textes et de leur interprétation, dans le cadre d’un récit comme celui de l’Histoire, apparaît ainsi plus en évidence au terme de l’itinéraire (dans la ligne de réflexion que j’ai esquissée plus haut).
Il est aussi conforme à la suite chronologique que ce cinquième tome envisage l’interprétation de la rédaction finale du texte sur la liberté religieuse, Dignitatis humanae [67]. Nous rencontrons donc, en parvenant au terme, une mise en situation de textes correspondant pour une bonne part à l’ensemble que Christoph Theobald, dans son Introduction à la réédition récente des Actes du Concile [68], a caractérisé comme « l’axe théologal ou vertical du corpus ». Alors même, par exemple, que le commentaire de Gaudium et Spes se devait d’aborder les thèmes de la seconde partie concernant des problèmes de société dans le monde d’aujourd’hui, l’interprétation atteignait vite des questions centrales concernant le statut du croire en contexte actuel de pensée et spiritualité.
Sur le thème de la guerre et de la paix — dont la formulation retenue fut ce qu’elle put, c’est-à-dire assez terne —, surgit la question que Giuseppe Dossetti posait avec angoisse : avec tous nos prudents compromis, que faisons-nous du témoignage de l’Evangile [69]? Était en tout cas posée la question du rapport à la « Parole de Dieu ». Ce sera d’ailleurs finalement sur une question étroitement liée à cette question de la paix que Lercaro, toujours conseillé par Dossetti, sera brutalement désavoué à la fin de sa vie par le Saint-Siège [70].
Certes, et l’on pourrait faire valoir dans le même sens sur cette problématique les questions posées au sujet du mariage, la réflexion théologique doit compter aussi sur les traditions gardées empiriquement par les Églises, auxquelles la Parole de Dieu apporte certes contestation. Mais l’affrontement n’est pas chose simple, ou la « svolta » pour reprendre le terme que nous a offert, en un domaine connexe de méthodologie, une citation de Giuseppe Alberigo. À coup sûr apparaît alors un problème majeur, que résume Gilles Routhier à la fin du chapitre que j’ai mentionné un peu plus haut : « Suffisait-il de reprendre de façon plus ample et plus solennelle ce que les pontifes romains avaient dit? ». Autrement dit, faire à nouveau des résumés à présenter à l’examen des Pères?
Il y avait évidemment des résistances à une telle tendance, à une telle conception de la traditio interpretativa, mais la tentation restait proche.
De façon analogue, mais présentement plus fondamentale ou urgente, discutant une proposition de modification du texte sur la Révélation, le Père Umberto Betti, soulevait dans ses notes personnelles, aux 23-25 septembre 1965, une question qui demeurera ouverte. Il écrivait [71] : cette modification est apparemment mineure mais elle pourrait faire dire au texte qui deviendra Dei Verbum
que toute vérité peut être démontrée à travers l’Écriture, indirectement, par le seul fait qu’étaient attestées l’existence d’un magistère infaillible et l’indéfectibilité de l’Église, de sorte que le magistère pouvait définir une vérité sans aucune référence à l’Écriture, et que cette vérité serait de toute façon divinement révélée, simplement parce que l’Écriture enseigne l’infaillibilité du magistère.
Certes, le texte de Dei Verbum évite l’impasse, mais la disposition mentale visée par ces remarques est demeurée opérante, voire s’est affirmée récemment à Rome de façon somme toute plus éclatante qu’elle ne l’était avant le Concile, qu’elle ne l’était du moins pour les théologiens auxquels on voudrait bien maintenant la faire admettre !
Cela dépasserait le propos du présent essai que de reprendre — résumer — les ouvertures théologiques exposées par les auteurs de ce dernier tome, soit dans le texte même, soit par le biais de leurs renvois à leurs autres productions théologiques. Je voudrais seulement indiquer comment l’ouvrage, selon la perception que je m’en suis formée, tend d’une certaine façon à se couronner, sinon par une interprétation systématique du corpus des textes, du moins par une liaison organique esquissée avec l’évaluation du message des textes, comme question ou tâche, selon les démarches d’une réflexion raisonnable, ou selon les critères qui vaudraient pour l’engagement du philosophe et du théologien. Ce disant, j’entends bien ne pas minimiser la valeur plus immédiatement universitaire de l’entreprise quant à l’établissement de la base documentaire solide et à l’exploitation méthodique des liaisons internes que la documentation peut manifester. Mais il m’a semblé qu’on était fondé à penser que la reconstruction narrative de l’unité de l’événement conciliaire ne pouvait faire l’économie, dans les limites également de ce que j’ai appelé plus haut l’exigence esthétique « que cela se tienne », d’une explication interrogative portant sur les textes, leur organisation, leurs inachèvements et leurs performances en réflexion doctrinale et décisions pastorales.
Conclusion
Me revient maintenant le devoir de résumer l’appréciation d’un lecteur qui s’est voulu attentif à l’entreprise, à sa solidité interne et sa cohérence, comme aussi à sa correspondance pertinente aux images que l’on peut avoir des itinéraires conciliaires.
Plaisir et devoir de saluer une réussite !
Reprenons les grandes lignes de réflexion qui ont précédé. Nous pouvons dire que l’Histoire engage à juste titre le présupposé que le Concile constitue avant tout un événement. Il s’agit en premier lieu — ou en superficie—d’une constatation pouvant s’aligner sur ce qu’ont été ou sont les représentations du Concile dans l’opinion publique et les médias. À partir de là cependant, l’Histoire se propose de passer à une reconstruction du déroulement de l’événement, des liens qui relient les épisodes les uns aux autres et permettent de mieux appréhender le corpus des textes qui avaient donné pour la postérité l’image autorisée de l’événement. Par rapport à ce projet de reconstruction, naissent des interrogations portant sur les limites qui peuvent affecter l’image de telles liaisons, et posent la question de la possibilité de passer du postulat de cohérence à une manifestation raisonnable de la complexité des accords et des décalages touchant aux divers itinéraires des groupes conciliaires (évêques et autres personnels) et des textes, projets et rédactions finales. Globalement, c’est réussi.
Cependant, et c’est sur ce point que nous nous sommes arrêté le plus longtemps, l’image finale est apportée sur le mode d’une narration, nourrie de résumés et citations brèves, et articulée aussi sur des interprétations touchant au sens des textes par rapport à leurs intentions de vérité et de pastoralité dans l’Église du monde moderne. Cela est fait de façon souple, respectant des apports variés, et admettant des enjambements par rapport à ce qui reste une structure dominante des volumes, l’organisation chronologique. Une narration de type spécifique a donc été le genre littéraire dominant, grâce à quoi l’événement accède à une cohérence bien lisible, perceptible éventuellement aussi par des lecteurs qui n’auraient pas le loisir de s’affronter à l’ensemble des volumes.
Dans cette reconstruction narrative, le présupposé initial de l’unité de l’événement prend dès lors le statut d’une image crédible, tracée par les récits, mais rapportée à l’ensemble des documents et à celui des signes qu’ils offrent d’une liaison pré-narrative, factuelle, susceptible d’être argumentée. Plaisir donc de saluer une réussite !
Je me devais aussi d’avoir au terme un programme plus risqué : si l’événement a été tel, si le récit qui en est donné est pertinent, qu’y a-t-il dans cette ligne au devant de nous?
La narration a souvent rapporté—même si je n’ai pas cité les passages correspondants—que le Concile devait avoir une suite, des applications, des mesures d’application, voire aussi des compléments sur des points d’enseignement ou de réflexion. Avec plus d’insistance, j’ai recueilli la conviction des auteurs que les textes promulgués n’ont pas épuisé les ouvertures dynamiques ayant appartenu à l’événement. L’événement serait donc lourd d’un avenir postulé par la nature même des documents mis en ordre, du fait en tout cas de leur organisation linguistique dans le cadre global de la narration historienne.
Pouvons-nous dès lors concevoir la tâche des croyants dans l’Église comme celle par ex. de porter à leur terme les amorces présentes dans l’événement?
On pourrait formuler l’idée ou l’hypothèse de donner au récit de l’événement un miroir ou une analogie dans l’avenir, sous la forme d’un « événement conciliaire » nouveau, un Vatican Troisième, comme cela a parfois été suggéré. Par rapport à l’essai tenté ici dans la compréhension de l’Histoire, il me vient tout au moins un doute : peut-on considérer comme probable qu’une autre occasion soit donnée de réaliser de façon analogue le passage d’une grande diversité d’approches, de tâtonnements, à une cohérence susceptible d’être lue historiquement comme celle d’un événement, à la fois daté et ouvert sur un avenir?
Pour le dire sous une autre forme, je suis tenté de penser qu’une répétition améliorée de l’événement, comme on le souhaite, ne me semble pas appartenir au domaine des imaginables. Je penserais plutôt à un mouvement se développant dans des directions diverses, avec des étapes plus ou moins longues ou ramassées et synthétiques, sans qu’une moisson de type global, en miroir ou en analogie par rapport aux Actes de Vatican II, soit envisageable. Serait plutôt vraisemblable la formation d’un réseau complexe d’événements synodaux à dimensions variables, un mouvement conciliaire, plutôt qu’un événement tel que la présente Histoire a su nous le manifester, ou du moins nous le faire percevoir de façon neuve. Certes, l’étonnement que produisit le fait que le Concile Vatican II ait lieu, malgré toutes les objections qui contestaient la pertinence d’une manifestation ecclésiale de ce type au XXe siècle, nous invite à la prudence dans le pronostic. On pourrait être à nouveau surpris !
*
* *
 
Note bibliographique
 
 
Je donne ici en la référence des ouvrages utilisés, le détail de l’Histoire elle-même d’abord, puis quelques travaux complémentaires.
Tome 1, Le Catholicisme vers une nouvelle époque. L’annonce et la préparation, (Janvier 1959-octobre 1962), version française sous la direction de Étienne Fouilloux, Tr. Jacques Mignon, Éditions du Cerf, Paris, 1997.
Tome 2, La Formation de la conscience conciliaire. La première session et la première intersession (Octobre 1962-septembre 1963), version française sous la direction de Étienne Fouilloux, Tr. Jacques Mignon, Éditions du Cerf, Paris, 1998, 733 pages.
Tome 3, Le Concile adulte. La deuxième session et la deuxième intersession (Septembre 1963-septembre 1964), version française sous la direction de Étienne Fouilloux, Tr. Jacques Mignon et Véronique Liard-Brandver, Éditions du Cerf, Paris, 2000, 607 pages.
Tome 4, L’Église en tant que communion. La troisième session et la troisième intersession (Septembre 1964-septembre 1965), version française sous la direction de Étienne Fouilloux, Tr. Jacques Mignon, Éditions du Cerf, Paris, 2003, 827 pages.
Tome 5, version française en préparation. Nous utiliserons pour ce tome, le dernier, la version italienne, Concilio di transizione, settembre-dicembre 1965, Il Mulino, Bologna, 2001, 792 pages.
— Pour les tomes l-4, nous donnons pour les références : le numéro du tome(T. 1…), le numéro du chapitre (ch. 1…), le nom de l’auteur et la page.
- Pour le tome 5, les références sont données par : T. 5, le numéro du chapitre, une traduction française du titre italien du chapitre, le nom de l’auteur, et enfin le titre, en tr. fr., du paragraphe ou subdivision du chapitre.
Des indications complémentaires, concernant principalement le tome 5, sont empruntées à deux publications dues à la même « équipe » de Bologna :
— Giovanni Turbanti, Un concilio per il mondo moderno. La redazione della costituzione pastorale « Gaudium et Spes » del Vaticano II, Il Mulino, Bologna, 2000, 830 pages (sera cité : Un concilio).
Volti di fine concilio. Studi di storia e teologia sulla conclusione del Vaticano II, sous la direction de Joseph Doré et Alberto Melloni, Il Mulino, Bologna, 2001, 446 pages. Ouvrage issu d’un colloque tenu à Klingenthal, près de Strasbourg, en 1999 (sera cité : Volti). Le titre principal italien peut évoquer : « des visages, pour un concile qui finit ».
 
NOTES
 
[1]Desclée, Paris, 2000.
[2]Bayard, Paris, 2002.
[3]T. 5, ch. 8, « Transition épocale », paragraphe « Trop tôt ou trop tard ».
[4]Cristianesimo nella Storia, tome 22, p. 794 ; ou encore, p. 244, dans Le Chiese nel Novecento, sous la direction de Giuseppe Ruggieri, ouvrage qui lui-même reproduit le numéro d’octobre 2001 de la revue.
[5]« Premières recherches d’une élaboration théologique », p. 155-192 de Volti, sur ce point p. 158-159.
[6]Fin du tome 1, ch. 19, Apprendre par soi-même, le paragraphe « Huit semaines inutiles? », p. 697-699.
[7]Un Concilio…, p. 789.
[8]Id., p. 14.
[9]Présentation par Hünermann, T. 5, chapitre 5, Les dernières semaines.
[10]T. 3, chapitre 5, L’intersession 1963-1964, « Introduction », p. 387.
[11]Les références données dans l’Histoire en diverses occasions mentionnent un Fondo Paolo VI, Fonds Paul VI, il s’agit d’un recueil de documents formé auprès de l’Institut de Bologne, non d’archives personnelles du Pape.
[12]Ci-dessus, note 4.
[13]Volti…, p. 22-24.
[14]Turbanti, Un Concilio.., passim. Dans le recueil Volti…, voir les contributions de J.A. Komonchak et de G. Ruggieri, ce dernier relevant que, dans le cas des deux experts mentionnés dans le texte, l’engagement à travailler dans le prolongement de la dynamique conciliaire resta ferme.
[15]La contribution de Ruggieri a pu utiliser des notes inédites du théologien jésuite.
[16]La contribution de Komonchak relève qu’un certain type de référence à saint Augustin chez Ratzinger contraste avec la référence plus nette à saint Thomas chez les experts restés attachés à la vitalité conciliaire.
[17]Volti, p. 395-416. Dans le titre italien de cette contribution, je traduis par « tournant » « una svolta », à quoi correspondrait peut-être mieux le français « retournement ».
[18]T. 1, ch. 6, Une préparation, pour quel Concile?, p. 547-556.
[19]Id., p. 548.
[20]T. 2, ch. 1, La tumultueuse ouverture, paragraphe « Gaudet Mater Ecclesia », p. 27-35.
[21]T. 2, ch. 5, Le premier conflit doctrinal. Je pense surtout à la fin de ce chapitre, p. 305-320, aux discussions touchant la question de la Révélation.
[22]Un Concilio…, je pense en particulier aux deux premiers chapitres, p. 23 à 180.
[23]Ancien homme politique de la reconstruction post-fasciste, devenu prêtre et théologien. Beaucoup de références à ses prises de position conciliaires renvoient, dans l’Histoire, à un Fondo Nicora, le terme désigne les archives personnelles de Angelina Alberigo Nicora.
[24]T. 3, ch. 5, L’intersession, 1963-1964, par Evangelista Vilanova. Il s’agit principalement du paragraphe « Deuxième phase, le plan… », p. 456 sq.
[25]C’est vrai aussi assez largement pour l’ouvrage de Turbanti sur l’élaboration de Gaudium et Spes.
[26]Dans Volti..., indications de Pierre C. Noël, pages 295, 306.
[27]Tome 5, ch. 5, Les dernières semaines du concile, paragraphe : « La discussion sur les indulgences ».
[28]Voir Piero Stefani, « Le Chiese… e il popolo ebraico… », Cristianesimo nella Storia, octobre 2001, p. 718s pour les références à Dossetti.
[29]T. 5, ch. 8, Transition épocale, paragraphe « Un retournement, svolta ».
[30]T. 5, ch. 7, Conclusion et première expérience de réception, paragraphe « La physionomie de l’Assemblée ».
[31]Coll. Unam Sanctam 69a, 1967, p. 258.
[32]Unam Sanctam 69b, 1967, p. 28s.
[33]T. 3, p. 560.
[34]T. 5, ch. 8.
[35]Une synthèse vient d’en être tirée et publiée, Vatican Council II, Orbis Book, New York, 1999.
[36]T. 3, ch. 1, Le début de la deuxième session, p. 27-42.
[37]T. 5, ch. 5, Les dernières semaines du concile, premier paragraphe.
[38]T. 5, ch. 8, Transition épocale, le dixième paragraphe, qui porte ce titre : « Un concile secret ou caché ».
[39]T. 5, ch. 4, « Le Concile sous la parole de Dieu ».
[40]Aubenas sur Ardèche, 1992. Jauffrès savait qu’il était le dernier évêque du diocèse de Tarentaise, dont la réunion à celui de Chambéry était décidée.
[41]T. 5, ch. 3, Compléter l’agenda conciliaire, « … La formation des prêtres ».
[42]Optatam totius, numéros 4sq
[43]À l’occasion de problèmes analogues touchant à la formation des scolastiques jésuites, j’ai eu l’occasion de trouver dans le Père Paolo Dezza, un conseiller très actif de la Congrégation pour l’enseignement catholique, ouvert à une évolution allant dans le sens de la proposition indonésienne.
[44]T. 3, ch. 6, Une nouvelle physionomie du Concile, p. 555s.
[45]Voir à ce propos le contraste que marquerait l’article d’Étienne Fouilloux, « L’Église catholique en ’guerre froide’ (1945-1958) », Cristianesimo nella Storia, tome 22, octobre 2001, p. 687-707.
[46]T. 4, ch. 6, p. 476-553. Un résumé synthétique de cet exposé « la semaine noire — 14-21 novembre 1964 » est donné par Roger Aubert, dans son compterendu de l’original italien de ce volume, Revue d’Histoire Ecclésiastique, tome 97, 2002, p. 1056-1058 sur ce point.
[47]T. 2, p. 698.
[48]Je suis d’accord avec ce qu’écrit Hünermann sur l’usage de cette notion, Volti di fine concilio, p. 167s. Les travaux anthropologiques qui font intervenir des délibérations du type de celles d’un concile ne peuvent pas être éclairés par l’usage de ce vocabulaire emprunté. En tout cas, je ne l’ai pas introduit dans mon présent essai, intentionnellement.
[49]T. 3, ch. 5, p. 385.
[50]T. 3, ch. 4, L’engagement oecuménique, paragraphe « Le voyage en Terre Sainte », p. 374, avec la note. Voir dans le même sens les « impressions d’ensemble » p. 369 sq.
[51]T. 5, ch. 2, Terminer l’Å“uvre commencée.
[52]T. 3, p. 314.
[53]Claude Soetens, T. 3, ch. 4, L’engagement oecuménique, paragraphe « Un problème préoccupant : qui dirige le concile? » p. 332-334 principalement.
[54]T. 3, ch. 6, La nouvelle physionomie du concile, paragraphe « Le concile commence à conclure », p. 554.
[55]T. 3, ch. 4, Vers la Réforme liturgique, p. 246-260 sur ce point.
[56]Id., p. 250.
[57]Id., p. 256.
[58]Id., p. 260 et 261.
[59]T. 2, ch. 10, Apprendre par soi-même, paragraphe « Vers quel avenir? », p. 683.
[60]T. 2, p. 7, puis p. 8.
[61]T. 2, par Alberigo aussi, le paragraphe final, « Huit semaines inutiles », p. 697.
[62]T. 5, ch. 3, Compléter l’agenda, paragraphe « Les laïcs, protagonistes de l’Église », à la dernière page du chapitre.
[63]T. 2, ch. 7, « Le difficile abandon de l’ecclésiologie controversiste », p. 337-420.
[64]Éditions Complexe, Bruxelles, 2003.
[65]Pour une vue plus générale des questions soulevées, je me permets de renvoyer à mon article des RSR de décembre 2004, « Des théologies pour l’historien des Églises » Tome 92/4, pp. 637 ss.
[66]Troisième partie de ce chapitre 5, « Le début d’un dialogue avec le monde moderne. Le travail final sur la Constitution pastorale ».
[67]Hünermann également, dans la cinquième partie du chapitre 5 de ce tome ultime.
[68]Bayard, 2002, p. V-VI, et XXII-XXIII.
[69]Pour les textes en ce sens du théologien du cardinal Lercaro — textes qui gardent eux-mêmes il est vrai une allure que l’on pourrait qualifier de simplificatrice — voir la contribution de Joseph A. Komonchak, à Volti di fine concilio, p. 136-144 sur ce point.
[70]Voir l’important recueil de textes et de références dirigé par Nicla Buonasorte, Araldo del Vangelo, Studi sull’Episcopato e sull’Archivio de Giacomo Lercaro a Bologna, 1952-1968, Il Mulino, Bologna, 2004, en particulier la contribution d’Alberto Melloni et celle de Giuseppe Battelli.
[71]Je donne ma version du texte italien, tel que celui-ci est reproduit par Christoph Theobald, au tome 5, quatrième chapitre, « L’Église sous la Parole de Dieu », première partie de ce chapitre, « Un conflit doctrinal irréductible ».
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Fin du tome 1, ch. 19, Apprendre par soi-même, le paragraph...
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Présentation par Hünermann, T. 5, chapitre 5, Les dernières...
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