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S'inscrire Alertes e-mail - Recherches économiques de Louvain Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezSalaire minimum, allocations chômage et efficacité du marché du travail
Septembre 2004 – Version finale décembre 2006AuteursFrédéric Gavrel[*] [*] CERENE, Université du Havre, Faculté des Affaires Internationales,...
suitedu même auteur
Isabelle Lebon[**] [**] Les auteurs remercient Antoine d’Autume, Pieter Gautier,...
suitedu même auteur
1 - Introduction
Notre article s’intéresse aux effets du salaire minimum sur l’efficacité du marché du travail. Le rôle de la législation sur les salaires est envisagé ici sous l’angle de son impact sur l’adéquation entre salariés et emplois qui détermine à son tour la productivité moyenne du travail dans l’économie.
2 Ce travail s’inscrit donc dans la lignée d’une littérature qui s’est développée depuis la seconde moitié des années quatre-vingt-dix et qui procède au réexamen des implications du salaire minimum. Pendant longtemps, l’inefficience de cette contrainte sur la formation des salaires a été considérée comme une évidence. Cependant, plusieurs travaux empiriques récents ont contribué à remettre en cause cette vision. Parmi ces travaux, les articles de Card et Krueger (Card et Krueger (1994) et (1995)) ont joué un rôle crucial. Ces auteurs ont en effet montré que les augmentations du salaire minimum qui sont intervenues en 1991 (au Texas) et en 1992 (dans le New Jersey), n’ont pas conduit à une baisse mais à une hausse de l’emploi dans un secteur où les employés reçoivent ce minimum, le secteur de la restauration rapide.
3 Formellement, les nouvelles analyses théoriques sont très proches de l’article précurseur de Stigler (1946) qui montrait que l’impact négatif usuellement attendu de la législation des salaires n’existe plus lorsque les employeurs ont un quelconque pouvoir de marché. Dans certains modèles récents d’équilibre de sous-emploi, les entreprises font également face à une relation croissante entre le salaire et l’emploi. Cependant, cette relation ne provient pas du comportement d’offre de travail (comme dans Stigler) mais d’une contrainte d’incitation (Rebitzer et Taylor (1995), Card et Krueger (1995)).
4 Dans notre article, les implications du salaire minimum sont envisagées dans une perspective assez différente. En utilisant un modèle d’appariement dans lequel les qualifications des travailleurs sont différenciées horizontalement, nous nous concentrons sur la question de la productivité du travail. Nous montrons ainsi que l’introduction puis l’augmentation du salaire minimum améliorent la qualité de l’affectation des emplois aux travailleurs. Pour être viables, les associations entre emplois et travailleurs doivent en effet avoir un rendement supérieur à ce salaire minimum. En rendant les “mauvaises” associations impossibles, le salaire minimum augmente donc nécessairement la productivité moyenne du travail. En d’autres termes, le salaire minimum rend les agents plus exigeants, conduisant ainsi au rejet d’une plus grande partie des appariements. Des simulations numériques permettent de montrer que l’effet de productivité du salaire minimum peut faire augmenter le surplus collectif de l’économie.
5 La théorie microéconomique récente du chômage a déjà fait apparaître un lien positif entre la productivité (du travail) et les allocations chômage[1] [1] Pissarides (1984) est un article fondateur sur cette question. ...
suite. En effet, une hausse des allocations chômage améliore les opportunités extérieures des chômeurs, les rendant plus sélectifs (Marimon et Zilibotti (1999), Amine, Gavrel et Lebon (2007)). En outre, l’assurance chômage rend les travailleurs susceptibles d’accepter plus facilement un emploi comportant un fort risque de destruction. En supposant que les emplois les plus risqués sont aussi les plus productifs, Acemoglu et Shimer (2000) obtiennent que les allocations améliorent l’affectation des emplois aux travailleurs. Malgré la diminution du nombre des emplois, l’augmentation des allocations peut ainsi accroître l’efficacité du marché du travail.
6 Cependant, l’existence d’un salaire minimum doit être pris en compte dans le réexamen de l’effet des allocations chômage. Nous envisageons ce réexamen selon deux axes de raisonnement.
7 Premièrement, nous établissons qu’aussi longtemps que le salaire minimum est assez élevé pour contraindre la formation des salaires (lorsque certains travailleurs touchent effectivement ce minimum légal), l’assurance chômage perd son effet positif sur la productivité. Une augmentation des allocations chômage est alors toujours inefficace, si l’on exclut les situations de sur-emploi. Avec un salaire minimum contraignant, on retrouve les effets conventionnels négatifs de l’assurance chômage.
8 Ensuite, nous considérons un état du marché du travail dans lequel l’ensemble des salaires se négocient librement. La législation salariale n’est donc pas contraignante et tous les salaires (y compris le plus faible) sont endogènes. Nous utilisons ce point de départ pour comparer les effets respectifs de deux mesures de politique économique sur l’efficacité du fonctionnement du marché du travail : d’un côté, un accroissement des allocations chômage sans modification du salaire minimum, de l’autre côté, un accroissement du salaire minimum rendant celui-ci contraignant sans changement des allocations chômage. Cette comparaison est réalisée à l’aide de simulations numériques. Dans les deux cas, en dépit de la baisse de l’emploi, l’accroissement de la productivité permet l’augmentation du surplus social. Cependant, la hausse de ce surplus est plus importante avec le salaire minimum, car la perte d’emplois qui en résulte, est plus faible.
9 Le modèle analytique, un modèle d’appariement avec des fondements microéconomiques, est présenté dans la deuxième section. Les principaux résultats de statique comparative sont ensuite établis dans la section 3 et les simulations numériques proposées dans la section 4.
2 - Cadre analytique
10 L’économie se compose de deux ensembles d’agents très nombreux et neutres face au risque : les travailleurs et les entreprises. Les travailleurs sont hétérogènes, les emplois offerts par les entreprises le sont également.
11 Les travailleurs ont une durée de vie infinie. Les entreprises qui produisent toutes le même bien, peuvent en revanche disparaître à la suite d’un choc économique. Leur risque de destruction, dont la probabilité est notée s, est le même à toutes les périodes. Ainsi, les entreprises sont-elles éternellement jeunes comme les ménages de Blanchard et Fisher (1989). En vertu de la loi des grands nombres, une proportion s des entreprises disparaissent à chaque période. Cependant, la règle de libre-entrée de nouvelles entreprises sur le marché stabilise leur nombre à l’état stationnaire. Tous les agents ont le même taux d’actualisation, r, et on note R la somme (1 + r).
2.1 - Différenciation des qualifications et processus d’embauche
12 Pour décrire la différenciation des travailleurs et des emplois, nous nous inspirons du modèle de Salop (1979) à l’instar de Marimon et Zilibotti (1999) et Gavrel (2001).
2.1.1 - Le cercle des qualifications
13 Nous supposons ainsi que l’ensemble des travailleurs sont uniformément répartis sur un cercle dont la circonférence est égale à deux (voir Graphique 1). Cette distribution est supposée exogène. La position d’un travailleur sur le cercle ne représente pas sa localisation spatiale ou le niveau de sa productivité mais le “type” de sa qualification. La distribution des entreprises autour du cercle est également uniforme. La position d’une entreprise représente son “type”, autrement dit la qualification qui correspond parfaitement à ses besoins.
14 Considérons deux points A et B du cercle. Soit l la longueur du plus court des deux arcs de cercle séparant A et B (0 ≤ l ≤ 1). Cette distance mesure la différence entre le “type” du travailleur situé au point A (respectivement de l’entreprise) et le “type” de l’entreprise située au point B (respectivement du travailleur). Ainsi, l’adéquation entre le travailleur et l’entreprise est parfaite lorsque la distance l est égale à zéro, alors que l’inadéquation est maximale lorsque l atteint un.
Le cercle des qualifications
15 Dans ce modèle, la productivité d’un travailleur est décroissante en fonction de la distance l qui sépare sa qualification des besoins de l’entreprise qui l’emploie. Soit y(l) cette productivité. Selon une hypothèse standard en économie industrielle, on retient une “fonction d’adéquation” y(l) concave (y’(l) < 0, y’’(l) ≤ 0).
16 Chaque entreprise emploie un travailleur unique. La productivité de ce travailleur détermine donc la production de l’entreprise.
2.1.2 - Le processus d’embauche
17 Pour pouvoir être considérée comme viable, l’association entre un emploi et un travailleur ne peut pas être “trop mauvaise”. En d’autres termes, la distance l entre leurs types respectifs doit être inférieure à la désadéquation limite que nous notons λ. A ce stade de l’analyse, la désadaquation limite est considérée comme donnée, nous l’endogénéiserons ultérieurement en étudiant le processus de formation des salaires.
18 Contrairement à Marimon et Zilibotti (1999) dont la fonction d’embauche est ad hoc, nous déduisons la notre d’une extension du modèle “urnes-boules” (“urn-ball model”) (Hall (1977), Pissarides (1979), Petrongolo et Pissarides (2001)). Notons que, comme Marimon et Zilibotti (1999), nous excluons le on-the-job-search, i.e. que les travailleurs déjà dotés d’un emploi puissent continuer à en chercher un meilleur.
19 Conformément à la théorie de la recherche d’emploi (voir par exemple Mc Kenna (1985)) et dans une optique de simplification, nous supposons que les chômeurs n’émettent qu’une seule candidature par période[2] [2] Voir Albrecht, Gautier et Vroman (2003) pour une extension...
suite. Cependant, les chômeurs ont une certaine information a priori sur les emplois offerts. Plus précisément, nous supposons que l’emploi vacant auquel un chômeur candidate est choisi au hasard parmi ceux qui sont situés à une distance inférieure à x par rapport à son propre type. La variable x (0 ≤ x ≤ 1) est une exogène qui représente la transparence du marché du travail ou l’information sur le marché du travail. Plus la valeur de x est faible et plus le marché du travail est transparent. Lorsque x est égal à zéro, la recherche est parfaitement orientée, et il n’y a aucune désadéquation entre les besoins des entreprises et les caractéristiques de leur salarié.
20 Soit U le nombre de chômeurs et V le nombre d’emplois vacants. La tension sur le marché du travail s’écrit alors
. On peut ainsi montrer (voir annexe A) que la probabilité de pourvoir un emploi vacant, notée q, est déterminée par la relation suivante :
21 
22 En effet, pour pourvoir un emploi vacant, une entreprise n’a besoin de rencontrer qu’un seul travailleur employable, i.e. un travailleur dont le type n’est pas situé à une distance supérieure à λ de celui de l’entreprise. Concernant le comportement de recrutement des entreprises, la fonction d’appariement retenue revient à supposer qu’elles procèdent à un tirage aléatoire (sans remise) dans l’ensemble de leurs candidats jusqu’à trouver un travailleur employable (si tant est qu’un tel candidat existe) ; ce travailleur est alors embauché[3] [3] Gavrel et Lebon (2004) traitent le cas où les entreprises...
suite. Cette hypothèse est conforme à celle faite implicitement par Marimon et Zilibotti (1999).
23 L’équation (1) montre qu’une plus grande exigence de la part des entreprises, (i.e. une baisse de λ) réduit la probabilité de pourvoir un emploi vacant de la même façon qu’une hausse du nombre d’emplois vacants ou une baisse du chômage (i.e. une hausse de la tension sur le marché du travail θ).
24 Le nombre total des embauchés, noté H, se déduit de q :
25 
26 La fonction d’embauche, ainsi obtenue, est à rendements d’échelle constants, ce qui est compatible avec les résultats des études empiriques (Blanchard et Diamond (1989)).
27 La probabilité d’embauche des travailleurs, p, est obtenue en divisant le nombre des travailleurs embauchés, H, par le niveau du chômage, U :
28 
29 La probabilité p est une fonction croissante de la désadéquation limite, λ, et une fonction décroissante de la distance, x. Dans, l’annexe B, nous établissons que p est également en relation croissante avec la tension sur le marché du travail, θ.
30 Ainsi, une augmentation de la désadéquation limite, λ, (i.e. une moindre sélectivité) augmente à la fois p et q. Cependant, cette augmentation qui diminue la production moyenne par entreprise,
, peut s’avérer socialement indésirable. Par ailleurs, un accroissement de la distance x (i.e. une moindre transparence du marché du travail) réduit ces deux probabilités de transition.
2.2 - Utilités et profits intertemporels
2.2.1 - Les travailleurs
31 Les travailleurs employés par une entreprise ont une productivité qui dépend de la distance l séparant les caractéristiques de leur emploi de leurs propres caractéristiques ; leur salaire w(l) dépend alors lui aussi de cette distance. Il en est donc de même de leur espérance d’utilité intertemporelle
32 L’espérance d’utilité intertemporelle des chômeurs,
et
représentent respectivement la production moyenne et le salaire moyen :
48 
49 Etant données les équations (7), (8) et (9), la condition de libre-entrée (10) implique :
50 
51 et
52 
2.3 - La négociation salariale et la désadéquation limite
53 Conformément aux modèles d’appariement usuels, nous supposons que le résultat de la négociation salariale est obtenu à partir de la maximisation de l’objectif de Nash généralisé sous contrainte que le salaire obtenu ne soit pas inférieur au salaire minimum de l’économie, noté m. Soit β le pouvoir de négociation des travailleurs. Le programme d’optimisation s’écrit de la façon suivante :
54 
55 Ce problème va donc admettre deux types de solution en fonction des niveaux relatifs du revenu des chômeurs (ζ) et du minimum légal (m).
56 Lorsque le salaire minimum légal est faible relativement au revenu des chômeurs, la contrainte n’est jamais saturée. Dans ce premier cas, le surplus total est simplement réparti selon la règle de Nash :
57 
58 à condition que l’association entre l’employeur et l’employé soit viable, ce qui est le cas si (et seulement si) elle crée un surplus total positif :
59 
60 La formation des salaires est alors non contrainte, et la désadéquation limite λ est déterminée par l’annulation du surplus total.
61 A l’opposé, si le minimum légal est élevé relativement au revenu des chômeurs, cette contrainte légale va effectivement peser sur la formation des salaires et le fonctionnement de l’économie, rendant les “mauvaises” associations (i.e. les valeurs importantes de l) impossibles.
62 Dans ce second cas, nous devons distinguer deux régimes en fonction de la désadéquation, l, entre les types de l’employeur et de l’employé. Soit
le niveau de désadéquation pour lequel le salaire qui résulte de la règle de Nash (équation (15)), est égal au salaire minimum légal, m :
- Lorsque la désadéquation l est inférieure à la valeur
qui marque le passage entre les deux régimes, sera ainsi désignée par le terme de désadéquation de transition.
63 Dans le second régime
et puisque
. Ainsi, la désadéquation de transition,
, apparaît-elle comme une fonction implicite de p et
. Un plus grand nombre de travailleurs reçoivent donc un salaire supérieur au minimum légal m.83 L’intégration de l’équation (21) sur
. Cela résulte de la concavité de y(l). L’équation (26) fait donc apparaître le salaire moyen
.91 La substitution de l’expression (26) dans l’équation (23) nous permet finalement d’obtenir une première relation liant les variables endogènes
et θ :92

93 Puisque la probabilité d’embauche p est une fonction (croissante) de la tension θ, l’équation (27) détermine la désadéquation de transition
comme une fonction implicite de la tension sur le marché du travail :94

95 La dérivée de WS(.) par rapport à θ est positive. Dans l’espace (θ,
), cette relation est donc décrite par une courbe croissante WS (Graphique 2).96 A productivité donnée, les salaires négociés augmentent avec la tension sur le marché du travail ; cela repousse la désadéquation de transition à des distances plus élevées et donc à des niveaux de productivité plus faibles pour un même salaire minimum.
2.5.2 - Création d’emplois vacants et équilibre
97 Afin d’obtenir une deuxième relation entre les variables
et θ, nous nous intéressons maintenant au processus de création des emplois vacants. Ce processus est retracé par les équations (13) et (14). Leur combinaison nous donne :98

99 En substituant
comme une fonction implicite de la tension sur le marché du travail :102

103 On peut vérifier que la dérivée de la fonction VC(.). par rapport à θ est négative. Dans l’espace (θ,
), cette relation est donc décrite par une courbe décroissante (VC) (Graphique 2).104 En effet, le salaire moyen
. Par contre, l’effet sur la tension sur le marché du travail reste indéterminé.3.2 - Taux de destruction des emplois
108 Le progrès technique peut accélérer le processus de création-destruction des entreprises (voir par exemple Aghion et Howitt (1992)), une hausse du taux de destruction s peut ainsi être interprétée comme résultant d’une telle accélération.
109 Comme dans l’analyse précédente des effets de la transparence du marché du travail, le taux de destruction ne peut pas affecter la désadéquation limite λ, et donc la productivité moyenne, qui sont exclusivement liées à la valeur du salaire minimum. La réduction de la durée de survie moyenne d’une entreprise productive entraîne une réduction de la création de nouvelles entreprises, d’où une baisse de la tension sur le marché du travail. Cette diminution de θ engendre une hausse de q et la baisse de p à λ donné. La baisse de p et l’augmentation de s se conjuguent pour provoquer une hausse du taux de chômage.
3.3 - Les allocations chômage
110 Quand tous les salaires sont négociés librement, le changement des coûts de recherche modifie l’affectation des travailleurs aux emplois (Gavrel (2001), Marimon et Zilibotti (1999)). En particulier, une augmentation des allocations chômage (i.e. une baisse des coûts de recherche des chômeurs) améliore cette affectation en rendant les travailleurs plus exigeants dans leur choix. En conséquence, en dépit de la baisse du nombre d’emplois qu’elles provoquent, les allocations chômage peuvent être efficaces.
111 Dans ce modèle, la désadéquation limite est déterminée par le salaire minimum ; les coûts de recherche perdent alors leur effet de productivité. La hausse de l’ensemble des salaires négociés n’étant compensée par aucune hausse de la productivité, il en résulte une diminution de la profitabilité des entreprises productives qui engendre une diminution des créations d’emplois. Ce comportement conduit à une diminution de la tension sur le marché du travail qui provoque une hausse du taux de chômage.
112 Les effets positifs d’une hausse des allocations chômage sur le fonctionnement du marché du travail sont donc étroitement liés à l’absence de salaire minimum contraignant la formation des salaires[4] [4] Cette conclusion suppose cependant que l’économie se...
suite. Ce constat limite nettement la portée pratique de ce résultat, car la législation du travail de la majorité des pays de l’OCDE comporte un salaire minimum qui est effectivement appliqué à une partie des salariés.3.4 - Le salaire minimum
113 Une augmentation du salaire minimum entraîne un accroissement direct de la productivité minimale possible pour les couples employeur/employé. La hausse de m provoque donc une diminution de la désadéquation limite, λ, et une augmentation de la productivité moyenne des entreprises,
. En effet, des salariés à productivité plus forte, dont les salaires étaient précédemment librement négociés, sont “rattrapés” par le salaire minimum.115 Les autres effets du salaire minimum sont indéterminés. Afin de pouvoir apprécier l’effet de son introduction sur l’efficacité du marché du travail, nous allons recourir à une analyse quantitative.
4 - Simulations numériques
116 Notre analyse quantitative poursuit un double objectif :
117 Il s’agit tout d’abord de préciser les effets du salaire minimum légal sur l’ensemble des variables endogènes de l’économie lorsque ceux-ci ne peuvent être établis analytiquement. Ces simulations numériques ne constituent donc pas une calibration mais un exemple qui permet d’approfondir l’analyse.
118 Comme nous l’avons souligné précédemment, une amélioration de la productivité peut résulter d’une hausse des allocations chômage (en l’absence de salaire minimum contraignant). Cependant, nous venons de montrer qu’une hausse du salaire minimum (lorsque celui-ci est contraignant) est susceptible de jouer ce même rôle d’accroissement de la productivité. Ce constat suscite une interrogation à laquelle nous allons essayer de répondre dans la seconde partie de ces simulations: A hausse de la productivité moyenne équivalente, un accroissement des allocations chômage ou, alternativement, une hausse du salaire minimum ont-ils des effets différents sur l’économie, notamment sur le taux de chômage, la distribution des salaires et l’efficacité du marché du travail?
119 Le surplus collectif permet de comparer l’efficacité de ces mesures sur le fonctionnement du marché du travail. Le critère, sc, calculé ici représente le surplus collectif par tête :
120

121 où ζ représente la production domestique. En notant b les allocations chômage, nous pouvons décomposer ainsi la variable ζ : ζ=ζ + b
122 Suivant Marimon et Zilibotti (1999), nous supposons que la fonction d’adéquation prend une forme linéaire:
123

124 Nous retenons les valeurs suivantes des paramètres de la fonction d’appariement: y(0)=100 et α=100. Ainsi une désadéquation maximale se traduit-elle par une valeur nulle de la productivité du couple employeur/employé. Il est cependant important de souligner que ce chiffrage est sans influence sur le sens des résultats présentés ci-dessous, seules les valeurs numériques des variables en dépendent.
125 Suivant Hosios (1990), nous posons comme hypothèse simplificatrice que le taux d’actualisation est égal à zéro (r=0). Cette hypothèse permet de comparer le surplus collectif obtenu dans les différents états stationnaires.
126 Les autres paramètres prennent les valeurs suivantes : β=0.5 (ce qui revient à supposer que la négociation de Nash est symétrique), x=0.75, s=0.04, c=150, ζ=10[5] [5] Les résultats des simulations numériques sont robustes...
suite.4.1 - Les effets d’un accroissement du salaire minimum
127 Dans cette première partie des simulations numériques, nous nous bornerons à indiquer le sens de variation des endogènes à la suite d’une augmentation du salaire minimum légal m lorsque celui contraint effectivement la formation des salaires (tableau 2)[6] [6] Les simulations des effets d’une hausse du salaire minimum...
suite :Accroissement du salaire minimum Tableau 2 -
128 La hausse du salaire minimum entraîne un accroissement du salaire moyen de l’économie. Cependant, cette hausse reste modérée par rapport à celle de la productivité moyenne, il en résulte un accroissement du profit moyen
), on obtient le couple (λ*, θ*) qui définit l’équilibre. Les autres variables de l’économie s’en déduisent. C’est à partir de ces relations qu’est construit le programme de simulations “sans salaire minimum contraignant la formation des salaires”[9] [9] Les programmes de simulations (réalisées sous MATLAB)...
suite.Bibliographie
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[ *] CERENE, Université du Havre, Faculté des Affaires Internationales, 25 rue Philippe Lebon, BP 420, 76057 Le Havre Cedex, France, frederic.gavrel@univ-lehavre.fr, isabelle.lebon@univ-lehavre.fr.

[ **] Les auteurs remercient Antoine d’Autume, Pieter Gautier, André Zylberberg et le rapporteur anonyme pour leurs remarques et suggestions, mais restent seuls responsables des éventuelles erreurs et insuffisances.

[ 1] Pissarides (1984) est un article fondateur sur cette question.

[ 2] Voir Albrecht, Gautier et Vroman (2003) pour une extension du “urn-ball model” dans laquelle les travailleurs qui sont homogènes, contactent plusieurs employeurs à chaque période.

[ 3] Gavrel et Lebon (2004) traitent le cas où les entreprises examinent toutes les candidatures afin de choisir le “meilleur” des candidats acceptables.

[ 4] Cette conclusion suppose cependant que l’économie se trouve dans une situation de sous-emploi. En cas de sur-emploi, les allocations chômage sont à l’inverse susceptibles d’être combinées de façon efficace avec le salaire minimum, jusqu’à permettre à l’économie d’atteindre une situation d’optimum de premier rang.

[ 5] Les résultats des simulations numériques sont robustes et donc préservés pour d’autres valeurs des paramètres.

[ 6] Les simulations des effets d’une hausse du salaire minimum présentées dans le paragraphe suivant sont une des illustrations possibles de ces variations.

[ 7] Dans un autre article, nous avons montré que la fameuse condition “η=β” (Hosios (1990)) n’est plus suffisante pour assurer l’efficience de l’équilibre décentralisé (Gavrel, Lages dos Santos et Lebon (2002)) lorsque l’appariement sur le marché du travail dépend à la fois de λ et de θ.

[ 8] Pour déterminer la situation de référence et l’effet des allocations chômage, nous proposons dans l’annexe C les principales équations de la version “sans salaire minimum” de notre modèle.

[ 9] Les programmes de simulations (réalisées sous MATLAB) sont à la disposition des lecteurs intéressés

Résumé
En utilisant un modèle d’appariement avec différenciation des qualifications, nous étudions l’effet du salaire minimum sur le fonctionnement du marché du travail. L’introduction d’un salaire minimum semble améliorer l’adéquation des travailleurs aux emplois en rendant les “mauvaises” associations impossibles. Trois résultats principaux sont ainsi établis. Premièrement, le salaire minimum peut augmenter l’efficacité du marché du travail. Ensuite, dès que le salaire minimum est suffisamment élevé pour contraindre effectivement la formation des salaires, les allocations chômage perdent tout effet positif sur la productivité et deviennent invariablement inefficientes (en excluant les situations de sur-emploi). Finalement, des simulations numériques montrent que l’introduction d’un salaire minimum peut être un meilleur instrument de régulation du marché du travail que l’augmentation des allocations chômage.
Classification JEL : J64, J65.Mots-clés
salaire minimum, allocations chômage, productivité, appariement, emploi, différenciation des qualifications
Using a simple matching model with differentiated skills, we study the effect of a minimum wage on mismatch. Introducing a minimum wage appears to improve the assignment of jobs to workers by making “bad” matches impossible. Three main results are established. First, a minimum wage increase may improve the efficiency of the labour market. Next, as soon as the minimum wage is binding (some workers do earn this minimum), unemployment benefits loose their effect on productivity, becoming invariably inefficient then. In the end, numerical simulations show that introducing a minimum wage might be more efficient than increasing unemployment benefits.
JEL Classification: J64, J65.Keywords
minimum wage, unemployment benefits, productivity, matching, employment, differentiation of skillsPLAN DE L'ARTICLE
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Frédéric Gavrel et Isabelle Lebon « Salaire minimum, allocations chômage et efficacité du marché du travail », Recherches économiques de Louvain 1/2008 (Vol. 74), p. 53-75.
URL : www.cairn.info/revue-recherches-economiques-de-louvain-2008-1-page-53.htm.
DOI : 10.3917/rel.741.0053.







