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Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie

2016/1 (n° 51)

  • Pages : 298
  • Affiliation : Revue affiliée à Revues.org

    Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

  • ISBN : 9782954387116
  • Éditeur : Société Diderot

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Résumé

Français

Le « raisonneur violent », personnage conceptuel imaginé par Diderot dans l’article DROIT NATUREL, est une arme rhétorique à double détente : visiblement conçu avec l’intention de récuser le contractualisme volontariste de Hobbes, l’argumentaire du raisonneur violent est de surcroît une manière oblique d’entrer en confrontation avec la pensée politique de Rousseau. Indirectement visé par Diderot, Rousseau, de son côté, à la même époque, reprend, dans le Manuscrit de Genève, le personnage du « raisonneur violent » dans le but évident d’invalider l’argumentation de Diderot et les résultats auxquels ce dernier parvient en matière de droit politique. Voulant faire valoir sa propre solution contractualiste comme la seule issue envisageable au problème politique, Rousseau, par le truchement de son « homme éclairé et indépendant » prend le risque de donner au point de vue pré-sadien de La Mettrie la puissance spéculative maximale. Héritier de cette double conception critique de la théorie du droit naturel, Sade peut alors être lu comme un auteur qui utilise Rousseau contre Diderot avant de se débarrasser de son involontaire complice. De « l’homme éclairé et indépendant » de Rousseau au « libertin scélérat » de Sade, la confrontation des avatars du « raisonneur violent » de Diderot permet ainsi une approche comparative des théories politiques de ces trois auteurs et, de surcroît, constitue une manière de rendre apparente l’une des stratégies d’écriture favorites du marquis : le détournement philosophique et la subversion logique des penseurs qu’il admire.

English

Would Diderot have smothered Sade? (Part 2) The ‘violent reasoner’ imagined by Diderot in the Encyclopédie article DROIT NATUREL is a dual-purpose rhetorical weapon. The violent reasoner’s argument, intended to counter Hobbes’s voluntarist contractualism, is also an oblique way of criticizing Rousseau’s political philosophy. Rousseau, indirectly targeted by Diderot, adopts the same character at the same time, in the Geneva manuscript, with the clear aim of invalidating Diderot’s arguments and conclusions concerning political law. Rousseau’s aim is to show that his own contractualist proposal is the only possible solution to the political problem, but his ‘independent enlightened man’ runs the risk of giving La Mettrie’s ‘pre-Sadian’ point of view its maximum speculative power. Sade, who inherits this dual critical conception of natural law theory, can hence be read as an author who uses Rousseau against Diderot before ditching his unwitting accomplice. A comparison of the different incarnations of Diderot’s ‘violent reasoner’ - from Rousseau’s ‘independent enlightened man’ to Sade’s ‘libertine villain’ - allows us to compare the three authors’ political theories and also reveals one of the Marquis’s favourite literary strategies, namely the philosophical and logical subversion of the thinkers he admired.

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