Reflets et perspectives de la vie économique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804139212
126 pages

p. 27 à 39
doi: en cours

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Tome XLI 2002/2

2002 Reflets et perspectives de la vie économique

Globalisation, performances commerciales et développement

Lionel Fontagné  [*] Mondher Mimouni  [*]
 
INTRODUCTION
 
 
Toute contribution au débat sur la relation entre ouverture et croissance sacrifie au rappel de quelques faits stylisés : de la sortie de la seconde guerre mondiale au tournant du siècle, les droits de douane ont été divisés par dix, le commerce mondial a été multiplié par dix-sept, le revenu mondial a quadruplé, le revenu par tête a doublé. Dans une perspective historique encore plus longue, les périodes de prospérité ont toujours été des périodes d’ouverture; inversement, fermeture et stagnation ont généralement été de pair. Pourtant, la réduction des inégalités mondiales n’a pas été au rendez-vous et, si la majeure partie des pays en développement ont aujourd’hui rejoint l’OMC, les différences de performances restent patentes. Dani Rodrik tire un enseignement de bon sens de ce puzzle : l’intégration à l’économie mondiale ne saurait se substituer à une stratégie de développement [1]. Ajoutons que la stratégie de développement passe toutefois généralement par une intégration à l’économie internationale.
On a souvent parlé, à propos du prochain round de négociations commerciales multilatérales, de « round du développement ». Un meilleur accès aux marchés du Nord, un réexamen des clauses relatives à la propriété intellectuelle, un éventuel raccourcissement du calendrier de l’Accord sur les Textiles et les Vêtements, enfin la sortie du système des subventions aux exportations agricoles, seraient de nature à soutenir la croissance dans ces pays.
La Banque Mondiale, dans son rapport annuel 2002 sur les « Global Economic Prospects », souligne que les pays les plus pauvres, en raison de la nature de leur spécialisation, font face aux obstacles aux échanges les plus élevés : protection de l’agriculture dans de nombreux pays industrialisés, re-tarification des barrières non tarifaires dans le secteur des vêtements, quotas tarifaires, pics tarifaires, procédures antidumping, normes, standards. Ce constat contraste avec l’idée d’un traitement privilégié accordé aux pays en développement par le système de préférences généralisées ou du fait de l’existence de multiples accords préférentiels à caractère régional ou bilatéral. L’initiative « everything but arms » lancée par l’Union européenne, visant à assurer un accès libre à l’ensemble des produits des pays les moins avancés (PMA) à l’exception des armes, du sucre, des bananes et du riz [2], est le modèle de libéralisation unilatérale de la part du Nord dont la Banque Mondiale souhaiterait la généralisation. La conclusion d’un cycle de négociations autorisant un accès libre des pays du Sud aux marchés du Nord aurait des effets décisifs sur la croissance et la réduction de la pauvreté dans ces pays, selon les estimations réalisées par la Banque.
Cette vision d’un enchaînement vertueux entre ouverture des marchés, performances commerciales et performances économiques résiste-t-elle à l’analyse ?
Aujourd’hui, les économistes partagent à la fois quelques principes essentiels, principes caractérisant précisément l’approche économique de la question, et un doute méthodologique. Ce balancement peut se résumer comme suit :
  • l’ouverture est un jeu à somme positive, et non un jeu à somme nulle dans lequel il y aurait une simple redistribution des parts de marché;
  • les expériences de fermeture se sont toutes soldées par des désastres;
  • les pays de petite taille économique, et donc la plupart des pays en développement, ont encore plus intérêt que les autres à avoir accès à un vaste réservoir de connaissances, de diversité des biens et services, de technologies;
  • on peut toutefois imaginer des jeux d’hypothèses particuliers, fondés sur l’imperfection de la concurrence, ou encore la dynamique des avantages comparatifs, dans lesquels la théorie économique associe des pertes à l’ouverture [3];
  • les pays en développement ayant fait le choix d’une plus grande ouverture ont d’ailleurs obtenu des performances inégales [4], faisant que leurs performances globales s’avèrent finalement assez peu différenciées de celles des pays en développement moins ouverts [5];
  • il semble enfin que les conditions internes, gouvernance, institutions, éducation, santé, justice, fassent la différence.
Au total, même si les bénéfices de l’ouverture dépendent pour partie de la qualité de la spécialisation des pays s’ouvrant, et donc de leurs performances commerciales, et pour partie de conditions internes au bénéfice desquelles d’autres « outils » que le commerce doivent être mobilisés (aid, not trade !), la première tâche de l’économiste devrait être de mesurer précisément ces performances commerciales. Or, ceci n’est généralement pas fait. Par voie de conséquence, audelà des mentions répétées de « concurrence sauvage » ou de « dumping » justifiant la mise en place de mesures protectionnistes retardant les nécessaires ajustements dans les économies industrialisées concurrencées par les exportateurs des pays en développement, le niveau de performance réel de ces pays reste en grande partie une inconnue [6].
Le propos de cet article est d’offrir une première tentative de quantification systématique des performances commerciales de l’ensemble des pays du monde et de positionner les pays en voie de développement sur une échelle normative. Le point important est que la norme que nous fixons ne reprend pas l’idée de « bonnes » et de « mauvaises » spécialisations : nous pensons au contraire qu’il existe différentes spécialisations correspondant à différents niveaux de développement et différentes dotations en ressources. Les spécialisations évoluent le long des « sentiers de développement » [7].
La construction d’un indice de performance commerciale
Comment quantifier les performances commerciales des pays en développement, compte tenu de leur nature multidimensionnelle ? Comment chacun de ces pays se positionne-t-il par rapport aux autres ?
Comment les variations de parts de marché de chacun de ces pays peuvent-elles s’expliquer sur la période récente ? Les pays industrialisés enregistrent-ils systématiquement de meilleures performances, en raison de leur capacité d’offre, de leurs performances technologiques, ou sont-ils d’ores et déjà surpassés dans certains secteurs par des pays émergents ? La relation attendue entre niveau de développement et performances commerciales est-elle contrariée, pour les pays les plus pauvres, par l’enfermement dans une trappe de sous-développement et une spécialisation défavorable ?
Pour répondre à ces questions, nous mobilisons dans cet article une nouvelle méthode d’évaluation des performances des pays, basée sur les seules données de commerce international. Une telle approche se différencie donc, en la complétant, de celle développée par exemple par le World Economic Forum et s’appuyant sur des indicateurs multicritères.
La question posée ici est la suivante : « quelle information peut-on tirer d’une analyse systématique des données de commerce international les plus désagrégées pour l’ensemble des pays ?». Une telle approche a un avantage et pose une difficulté. L’avantage est celui de la disponibilité des données à un niveau fin : aucune autre base de données que celle du commerce international ne permet d’avoir des informations sur quelque 5000 produits et l’ensemble des pays. Or, les données de commerce international, dans une économie ouverte, renvoient une bonne « image » des conditions internes de compétitivité, de diversification de l’économie, de dynamisme enfin, dès lors qu’une dimension temporelle est disponible.
En contrepartie, la difficulté est évidente : une telle approche est réductrice, puisqu’elle ne s’intéresse pas aux activités non exposées à la concurrence internationale, et ne prend pas en compte la production sur place des firmes étrangères et la production à l’étranger des firmes d’origine nationale.
L’indice de performance utilisé ici est le TPI (Trade Performance Index), développé au CCI (CNUCED-OMC). Cet indice constitue un outil d’évaluation et de contrôle des performances à l’exportation et de la compétitivité des pays et de leurs principaux secteurs exportateurs. Il couvre 184 pays et 72 secteurs et permet de déterminer le degré de compétitivité et de diversification d’un secteur exportateur par rapport à ceux d’autres pays. Le TPI mesure les performances, calcule les gains et pertes de parts de marché sur le marché mondial et identifie les facteurs responsables de ces changements. Il permet également de mesurer le degré de diversification des produits et des marchés à l’exportation. Bien qu’il n’offre qu’une approche quantitative, cet indicateur est une synthèse utile des différentes dimensions des performances à l’exportation au niveau sectoriel.
Le TPI est fondé sur la plus vaste base de données d’échange, COMTRADE, de la Division des Statistiques des Nations Unies. COMTRADE couvre 90% du commerce international et permet ainsi de calculer le TPI des pays qui publient leurs statistiques nationales de commerce, mais aussi celui des pays qui n’en publient pas [8]. Pour chaque pays et chaque secteur, le TPI fournit des indicateurs globaux, des indicateurs de position et des indicateurs d’évolution des performances à l’exportation sur les cinq dernières années. Le TPI comprend au total vingt-quatre indicateurs de performance quantitatifs. Sur la base de ces indicateurs, deux classements combinés sont calculés : le premier (Indice courant) permet de déterminer la position actuelle du pays et du secteur en question par rapport aux 183 autres pays alors que le second (Indice d’évolution) classe le pays selon l’évolution de ses performances commerciales récentes.
Chacun de ces deux indices se fonde sur cinq indicateurs. Le TPI permet donc de positionner les secteurs exportateurs de 184 pays sur une échelle de compétitivité, et ce, d’un point de vue à la fois statique et dynamique (en fait sur les cinq dernières années).
Les indicateurs relatifs à l’Indice courant sont la valeur des exportations nettes (éliminant les réexportations et tenant compte de la division internationale des procédés de production), les exportations per capita (orientation des ressources nationales vers le marché mondial), la part de marché mondial (rapport entre la somme des exportations du pays et le total des importations mondiales), la diversification des produits (mesurée par le nombre de produits d’importance égale qui assurerait un degré de concentration des exportations identiques à celui observé, d’une part, et la dispersion des exportations, d’autre part), la diversification des marchés (mesurée de façon similaire, nombre équivalent et dispersion). Outre les indicateurs classiques de performance, le TPI prend donc en compte le degré de spécialisation géographique ou par marché. La vision classique des conséquences de l’ouverture souligne que la spécialisation des pays permet l’allocation des ressources dans les emplois les plus efficaces, en vertu du principe « d’avantage comparé ». Pour autant, une extrême spécialisation présente de nombreux risques; retournement de la demande mondiale, apparition d’un nouveau concurrent, épuisement des ressources, croissance appauvrissante (dégradation des termes de l’échange) si le pays a une part de marché importante. Risques dont les pays en développement mono-exportateurs sont fréquemment victimes. A contrario, une économie orientant ses exportations de façon équivalente sur un grand nombre de produits ou de marchés bénéficiera d’un effet de diversification de son portefeuille [9]. Au sein des secteurs, la diversification des produits reflète une performance globale et les effets d’entraînement positifs d’une production vers l’autre au sein d’activités proches. La diversification des marchés pour un secteur donné reflète quant à elle la capacité à vendre à de nombreux clients différents, et donc à ne pas tirer uniquement parti de relations historiques et/ou préférentielles.
Concernant l’Indice d’évolution des performances à l’exportation, on prend tout d’abord en compte la variation de la diversification des produits et des marchés définie comme précédemment. On cherche ainsi à voir si la spécialisation du pays s’est accrue ou non, en termes de produits comme en termes de marchés.
Répétons-le, une spécialisation accrue au sein des secteurs, tant en termes de produits que de secteurs, n’est pas considérée ici comme une amélioration des performances. Bien au contraire, une augmentation de la diversification des exportations traduit la capacité à pénétrer de nouveaux marchés.
Ensuite, on s’intéresse à la variation de la part de marché mondial. Le point de départ est que la part de marché détenue par un pays peut aussi s’écrire comme la résultante de deux éléments : d’une part, les parts de marché détenues par ce pays sur chacun des pays partenaires, d’autre part, le poids de chacun de ses partenaires dans le commerce mondial. Cette identité permet, en variation, de répartir la part de marché en trois termes, correspondant à un effet de pure compétitivité, un effet d’entraînement (le bénéfice tiré de positions initiales fortes sur les marchés dynamiques), enfin un effet d’adaptation (la capacité à s’orienter vers les marchés dynamiques et à se désengager des marchés récessifs). L’effet d’entraînement ou de spécialisation initiale peut lui-même se décomposer en un effet de spécialisation géographique initiale et un effet de spécialisation sectorielle initiale.
Ainsi, l’effet de spécialisation géographique est positif si le pays considéré détient initialement de meilleures positions sur les zones importatrices les plus dynamiques, tandis que l’effet de spécialisation sectorielle est d’autant plus grand que le pays détient de meilleures positions sur les produits les plus porteurs. La spécialisation, ainsi mesurée par l’adéquation à la demande internationale, est favorable si le pays exportateur détient initialement des positions sur des marchés porteurs, c’est-à-dire sur des zones géographiques ou des produits dont le poids dans la demande internationale augmente [10]. De même, la spécialisation sera favorable si le pays est initialement peu spécialisé sur les produits déclinants ou les marchés dont l’importance décroît. L’effet d’adaptation des exportations aux variations de la demande sur les cinq dernières années est positif si le pays réalise ses meilleures performances en cours de période sur des marchés dynamiques. Ceci témoigne de la capacité ou de l’incapacité du pays considéré à profiter des modifications des tendances de la demande étrangère.
On considère enfin la tendance du taux de couverture des exportations par les importations et l’adéquation au dynamisme du marché mondial. Ce dernier indicateur est une simple corrélation de rang entre le classement des parts de marché d’un pays donné et le classement des tendances relatives aux taux de croissance mondiale des différents produits exportés sur le marché international. Un indice de 1/(-1) signifie que la classification des parts de marchés des produits exportés par le pays en question est en concordance/ (discordance) totale avec la classification du taux de croissance des exportations de ces mêmes produits sur le marché international.
 
LES PERFORMANCES COMMERCIALES DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT
 
 
Nous calculons ici les performances commerciales pour l’année 2000, en combinant les critères venant d’être explicités, et identifions les pays dont le PIB par tête à parité de pouvoir d’achat est inférieur à 10 000 dollars à cette date. Nous donnons également le classement par rapport à l’ensemble des 184 pays classés [11].
Le Tableau 1 indique les dix pays en dessous de 10 000 dollars de revenu par tête PPA en 2000 enregistrant les meilleures performances globales. La Malaisie, la Chine et le Vietnam occupent les trois premières places parmi les pays n’atteignant pas le seuil retenu de richesse par habitant, suivies de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie et du Mexique. Ainsi, la Malaisie est-elle classée au cinquième rang mondial pour ses performances commerciales, derrière l’Irlande, la Corée, la Suède et la Finlande, et devant la France, le Danemark, les Pays-Bas ou l’Allemagne. La Chine et le Vietnam suivent immédiatement l’Allemagne dans ce classement. Trois pays en transition, l’Estonie, l’Ukraine et la République Tchèque suivent. À l’autre extrémité du spectre, la Gambie, les Comores et le Kyrgysztan sont les trois pays dont les performances commerciales sont les moins bonnes.

Tableau 1
Les dix meilleures performances commerciales globales pour
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Tableau 1 : Les dix meilleures performances commerciales globales pour les pays en développement ou transition, 2000 PIB PPP per capita Malaisie 9 352 Chine 4172 Vietnam 1 697 U. D. Afr. du Sud 6 691 Indonésie 3 093 Mexique 8 359 Estonie 7 830 Ukraine 2 636 Rep. Tchèque 9 033 Cambodge 1 069 Rang global 5 10 11 14 16 17 25 29 31 32 Rang Position 14 18 41 26 21 58 44 37 31 106 Rang Variation 32 28 3 15 37 4 17 33 50 2 Exportations Milliers USD 73 268 310 183 733 509 8 001 990 19 526 619 48 839 246 117 284 202 2 817 493 6 289 031 28 252 533 837 998 Source: CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes.
CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes

En termes de variation, et si l’on exclut la Yougoslavie, en raison de la période considérée, le Cambodge, le Vietnam, le Mexique, la Géorgie, le Salvador et le Liban sont les pays en développement dont les performances commerciales se sont le plus améliorées sur la période 1996-2000 (Tableau 2). La comparaison des expériences d’ouverture du Vietnam et du Mexique est intéressante : ouverture en cours en s’appuyant sur des coûts de main-d’œuvre très bas dans un cas, bénéfice du régionalisme et de l’ancrage à un grand marché dans l’autre.

Tableau 2
Les dix pays en développement ou transition ayant le plus
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Tableau 2 : Les dix pays en développement ou transition ayant le plus amélioré leurs performances commerciales sur 1996-2000 Cambodge Vietnam Mexique Géorgie Salvador Liban Liberia Maldives Surinam Bangladesh PIB PPP per capita 1 069 1 697 8 359 1 696 3 310 6 067 497 2 344 5 787 1 207 Rang global 32 11 17 80 50 56 72 84 47 55 Rang Position 106 41 58 154 99 113 136 146 85 102 Rang Variation 2 3 4 5 7 9 10 11 12 13 Exportations Milliers USD 837 998 8 001 990 117 284 202 168 089 1 251 159 436 401 1 248 899 84 201 547 479 5 055 213 Source: CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes.
CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes

À l’opposé, les expériences n’ayant pas débouché sur des performances commerciales satisfaisantes confirment généralement ce que l’on sait des pays concernés. Le bas du classement, repris dans le Tableau 3, reflète bien souvent une situation alarmante, dont l’aspect commercial n’est qu’un des éléments. La situation économique de la Gambie, de l’Erythrée, du Burundi, de la Sierra Leone ou du Mali n’a pas besoin d’être décrite ici. On remarquera d’ailleurs que ces pays ont à la fois de très mauvais classements en niveau et en variation. Parmi les quinze pays enregistrant la pire variation de leurs performances commerciales, on trouverait en effet neuf des dix pays repris dans le Tableau 3, auxquels s’ajoutent deux pays très pauvres (le Mali et la République démocratique du Congo), mais aussi le Ghana et la Côte d’Ivoire, ou à des niveaux de richesse bien supérieurs la Libye et le Venezuela.

Tableau 3
Les dix moins bonnes performances commerciales globales
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Tableau 3 : Les dix moins bonnes performances commerciales globales pour les pays en développement ou transition, 2000 Gambie Comores Kyrgysztan Erythrée Bénin Burundi Sierra Leone Ste. Lucie Mali St. Vincent PIB PPP per capita 736 1 480 1 944 964 1 511 474 351 4 724 603 4 405 Rang global 183 182 181 180 179 178 177 176 175 174 Rang Position 170 182 168 183 176 179 165 167 155 152 Rang Variation 183 181 182 168 176 173 178 175 180 179 Exportations Milliers USD 138 576 11 617 262 131 22 202 221 067 70 628 115 830 51 717 217 657 48 001 Source: CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes.
CHELEM-CEPII, première colonne – COMTRADE, calcul des auteurs pour les colonnes suivantes

Ces premiers résultats rappellent que certains pays en développement/transition peuvent obtenir d’excellentes performances commerciales, alors que d’autres associent niveau de développement très bas et faibles performances commerciales, caractéristiques d’économies totalement déstructurées. Cette diversité des performances commerciales des pays étant établie, quel enseignement peut-on tirer, au niveau global, de la relation entre le développement économique et ces performances ?
 
PERFORMANCES COMMERCIALES ET DÉVELOPPEMENT
 
 
On peut tout d’abord raisonner en termes de rang mondial : les 184 pays (en développement ou non, donc) peuvent être classés alternativement selon leur revenu par tête à parité de pouvoir d’achat, et selon leur indice de position commerciale, telle que définie par notre indicateur composite, pour l’année 2000. Le Graphique 1 reprend cette comparaison, en classement inversé : les pays à droite du graphique sont les plus riches et/ou ceux ayant les meilleures positions commerciales : États-Unis versus Allemagne, France ou Suède. Proches de l’origine, se concentrent les pays les plus pauvres ayant les plus faibles positions commerciales, déjà évoqués.
On observe à la fois une relation nettement positive et une forte dispersion des résultats. Ceci signifie qu’en moyenne les pays les plus avancés sont aussi ceux ayant les meilleures performances commerciales (sans que le sens de la causalité soit établi) et que de nombreuses exceptions à cette règle existent. Concernant la relation entre classement en termes de revenu et de performances commerciales, le coefficient de détermination est de 54% et quatre places gagnées en termes de performances commerciales sont en moyenne associées à trois places gagnées en termes de richesse par habitant. Concernant la forte dispersion autour de cette relation moyenne, une interprétation pessimiste est que l’ouverture, même en cas de bonnes performances commerciales, peut être associée à des niveaux de développement très différents. Le Mexique et l’Inde ont un niveau de performances commerciales similaires mais le second pays a un revenu par tête cinq fois inférieur au premier. L’interprétation optimiste est que même des pays pauvres peuvent obtenir de bonnes performances commerciales : en pleine ouverture, la Chine réussit déjà aussi bien que le Canada en termes commerciaux.
Graphique 1
Relation entre le classement des pays en termes de
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CHELEM-CEPII et COMTRADE, calcul des auteurs
Un second type de relation simple peut être recherché entre la richesse par habitant et les positions commerciales dont rend compte notre indicateur composite. La relation reproduite dans le graphique 2 est non linéaire [12] et passe par un point bas autour de la 140ème place mondiale en termes de position commerciale (c’est-à-dire la position du Togo ou de l’Albanie). En deçà de la performance commerciale de ces deux pays, la relation entre revenu par tête et performances commerciales s’inverse. L’augmentation de la richesse par habitant s’accompagne d’une dégradation des performances commerciales, ou inversement. Ce phénomène, souvent repris sous le terme de trappe à pauvreté, ou trappe de sous-développement, ne doit toutefois pas être interprété comme un impact négatif de l’ouverture pour les plus pauvres : l’analyse se faisant ici en coupe, on compare des pays ayant des revenus et des performances différents, non le même pays à différentes dates, revenus ou performances commerciales. Et de plus, la dispersion est très forte pour ces pays, comme nous allons le voir maintenant.
Graphique 2
Relation entre le revenu par tête PPA (US$) et le classement
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CHELEM-CEPII et COMTRADE, calcul des auteurs
Si l’on s’intéresse en effet plus spécifiquement aux pays dont les performances commerciales sont les moins bonnes, ou qui sont les plus pauvres, la relation entre ces deux dimensions disparaît, comme le prouve le graphique 3. Les pays les plus pauvres comme la Guinée Bissau, le Burundi, la Somalie et la Sierra Leone n’ont certainement ni les infrastructures, ni les ressources suffisantes pour affronter le marché mondial. Ce sont sans surprise les pays situés près de l’origine de ce graphique. Quelques pays comme l’Erythrée, les Comores, Djibouti, Haïti, le Sénégal, le Honduras, Cuba, l’Albanie, Myanmar ou l’Equateur suivent la relation générale trouvée plus haut entre les deux classements. Mais la plupart des pays les moins bien placés ont des classements assez divergents selon les deux critères. L’Arménie, Tonga ou St Vincent ont des niveaux de richesse par habitant sans commune mesure avec ce que leurs performances commerciales « autoriseraient », tandis que le Ghana, le Nigeria, le Soudan, la Zambie et la Tanzanie, à des niveaux de richesse supérieurs, ont des performances commerciales inattendues compte tenu de leur niveau de développement.
Graphique 3
Relation entre le classement des pays en termes de
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CHELEM-CEPII et COMTRADE, calcul des auteurs
 
CONCLUSION
 
 
Cet article avait pour objectif de dresser un classement normatif et exhaustif des performances commerciales des pays en développement sur la base d’un indicateur synthétique utilisant des données fines de commerce international (5000 produits) et d’examiner la relation entre ce classement et le niveau de richesse par habitant. Nous mettons en évidence de grands succès mais aussi des processus d’ouverture ne s’étant pas accompagnés des résultats escomptés. Contrairement aux idées reçues, de nombreux pays en développement, et pas seulement des NPI, obtiennent d’excellentes performances dans certains secteurs. À l’autre extrémité du spectre, de nombreux pays – à faible niveau de revenu – restent enfermés dans des spécialisations peu dynamiques et n’ayant pas pour contrepartie de bonnes performances économiques d’ensemble. Cette conclusion rejoint le consensus sur le fait que l’ouverture, à elle seule, ne saurait être le moteur de la croissance, sans réformes internes, sans politique volontariste de recherche des marchés les plus porteurs. On ne doit pas oublier que l’ouverture apporte d’abord de grands bénéfices au travers des importations du pays s’engageant dans cette politique, alors que l’exportation est avant tout le résultat de réformes structurelles réussies ou de gains de productivité importants : les producteurs efficaces exportent [13].
Mais surtout, les pays du Sud souffrent peut-être plus de la fermeture des marchés du Nord… que de l’ouverture de leurs propres marchés. Sur la base de ce constat, on doit donc afficher une priorité à l’ouverture des marchés du Nord, comme le fait à juste titre la Banque mondiale. On doit aussi reconnaître que l’ouverture est le catalyseur, et non le moteur, de la croissance [14] : le processus d’ouverture crée les conditions de la croissance en fixant des objectifs clairs aux agents économiques, en contraignant à une transparence minimale et à une amélioration des institutions, en permettant de réduire les distorsions et les rentes de situation « prospérant » dans les économies fermées.
 
NOTES
 
[*] Lionel FONTAGNÉ est professeur à l’Université Paris I et Directeur du CEPII, Paris. Mondher MINOUNI est économiste au Centre du Commerce International (UNCTAD–WTO, Genève). Les idées développées ici sont propres aux auteurs et n’engagent pas le CCI.
[1] Rodrik D., Development Strategies for the Next Century, Conference on Developing Economies in the 21st Century, Institute for Developing Economies, Japan External Trade Organization, 26-27 janvier 2000.
[2] Les importations de bananes en provenances des PMA seront libéralisés en 2006, celles de sucre et de riz en 2009.
[3] Grossman G.M., Helpman E., Innovation and Growth in the Global Economy, 1993, MIT Press, Cambridge.
[4] Bensidoun I., Chevallier A. & Gaulier G., Repenser l’ouverture commerciale, La lettre du CEPII, (205), 2001.
[5] Voir par exemple Rodriguez F., Rodrik D., Trade Policy and Economic Growth : A Skeptic’s Guide to the Cross-National Evidence. NBER Working Paper, 1999,7081.
[6] Citons toutefois les travaux de Feenstra et Rose sur le cycle du produit, mettant en évidence un lien positif entre la position dans le cycle des produits et la croissance. Feenstra R., Rose A.J, Putting Things in Order : Patterns of Trade Dynamics and Growth , NBER Working paper, 1997,5975.
[7] Leamer E.D., Path of Development in the Three-Factor n-Good General Equilibrium Model, Journal of Political Economy, (95), 5,1987 : 961-999.
[8] L’évaluation de la performance commerciale est dans ce cas effectuée sur la base des données statistiques des pays partenaires. Même si cette méthode de statistiques miroir a ses limites (notamment puisque le commerce entre pays non rapporteurs n’est pas renseigné), elle permet tout de même de générer des informations auxquelles il serait impossible d’accéder autrement.
[9] Busson F., Villa P. (1997), Croissance et spécialisation, Revue économique : 1457-1483.
[10] Bensidoun et al. montrent que les pays dont la spécialisation porte sur des produits dynamiques de la demande mondiale ont de meilleures performances en termes de croissance. Bensidoun I., Gaulier G., Ünal-Kesenci D. (2001), The Nature of Specialization Matters for Growth : an Empirical Investigation, Document de travail CEPII, 2001 : 13.
[11] Le détail des indicateurs des indices composites n’est pas donné, faute de place. Le lecteur intéressé se référera à hhttp :// www. intracen. org/ menus/ countries. htm,rubrique Trade Performance index.
[12] Coefficient de détermination : 55 %
[13] Ces idées sont par exemple développées par Rodrik. Rodrik D., The New Global Economy and Developing Countries : Making Openness Work. John Hopkins University Press, Overseas Development Council, Washington DC, 1999.
[14] Fontagné L., Guérin J.L., L’ouverture, catalyseur de la croissance; Economie internationale, (71) 1997 : 135-167.
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Lionel FONTAGNÉ est professeur à l’Université Paris I et Di...
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Voir par exemple Rodriguez F., Rodrik D., Trade Policy and ...
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Citons toutefois les travaux de Feenstra et Rose sur le cyc...
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L’évaluation de la performance commerciale est dans ce cas ...
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Relation entre le classement des pays en termes de
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