Reflets et perspectives de la vie économique 2003/3
Reflets et perspectives de la vie économique
2003/3 (Tome XLII)
134 pages
Editeur
I.S.B.N. 2804142280
DOI 10.3917/rpve.423.0089
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Vous consultezÉlargissement de l’UE : implications en terme de défense, de sécurité et de politiques d’achat de matériel militaire

AuteurJolyon Howorth [*][*] Jolyon HOWORTH est titulaire de la chaire Jean Monnet à...
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du même auteur


INTRODUCTION : UN ÉLARGISSEMENT DIFFÉRENT DES PRÉCÉDENTS

L’impact de ce cinquième élargissement sur la Politique étrangère et de Sécurité Commune (PESC) et la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) de l’Union Européenne (UE) est significatif à différents niveaux. Sur un plan très général, l’UE a toujours vu « l’exportation » de la stabilité et de la sécurité comme l’une de ses plus importantes fonctions sous-jacentes. Le rapprochement entre l’Allemagne et la France fut, par essence, un projet sécuritaire. À mesure qu’elle s’élargissait à l’est et au sud, l’UE contribuait à stabiliser des pays qui, peu avant, avaient été des dictatures. L’intégration, en 1995, de trois pays neutres aida à stabiliser la zone baltique et augmenta les interactions de l’UE, tant avec l’Organisation des Nations unies (ONU) qu’avec l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Ensuite, le déplacement vers l’est de ses frontières engendre de nouveaux voisins pour l’Union, altérant de ce fait substantiellement la nature géostratégique du projet européen. La gestion des relations avec la Russie et deux de ses anciennes républiques, l’Ukraine et la Biélorussie, deviendra un élément majeur de la nouvelle « politique de proximité » de l’UE, en sus du défi que constitue la gestion des relations avec la Turquie, le pourtour sud de la Méditerranée et le Moyen-Orient. Enfin, l’accession des Dix, avec leurs propres approches en matière de politique étrangère et de sécurité, ne peut qu’avoir un effet important sur l’élaboration et la formulation collective de ces politiques.

2 C’est un truisme de dire que les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO), émergeant de quarante ans de domination totalitaire, ont été plus atlantistes que la moyenne des états-membres de l’UE Leur identification à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) comme principale bouclier de sécurité (et leur aspiration à en devenir membre) est compréhensible au regard de l’histoire. C’est pourquoi ils sont généralement devenus méfiants à l’égard de la PESD souvent présentée (encore que de manière erronée) comme potentiellement en désaccord avec l’Alliance Atlantique. Cependant, cette attitude est en train de changer et il est probable que, devenus membres de l’UE, les PECO prennent une part pleine et constructive dans l’élaboration de la PESC et de la PESD, en particulier après le passage d’une génération.

3 La négociation des chapitres de la PESC et de la PESD dans le processus d’accession fut, dans tous les cas, douce et relativement rapide – témoignant de leur nature non-contraignante mais aussi (en dépit de récentes controverses entourant la politique sur l’Irak) de la compatibilité des longueurs d’ondes liant les Dix aux Quinze. Néanmoins, la plupart des PECO ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis des arrangements institutionnels de l’UE dans ces domaines au cours des années précédant l’accession. Ceux-ci ont pris la forme de consultations spéciales, plusieurs fois par semestre, soit sous une forme « 15 + 13 » (États de l’UE plus tous les candidats), soit sous une forme « 15 + 6 » (États de l’UE plus les six pays membres de l’OTAN et non membres de l’UE). L’exclusion du cercle restreint de prise de décision, dont ils étaient part en tant que membres associés de l’Union européenne de l’Ouest (UEO), a été une source de ressentiment qui ne sera que lentement éradiquée après l’accession. En particulier, beaucoup sont hostiles à ce qui est largement perçu comme une politique européenne arrogante et intéressée de la part de la France.

4 Finalement, le problème des discussions sur la participation asymétrique et la continuation du processus d’accession soulève de manière aiguë la question des frontières définitives de l’UE Deux candidats à l’UE (Malte et Chypre) ne le sont pas à l’OTAN, tandis que deux candidats à l’OTAN (Roumanie et Bulgarie) ont momentanément échoué dans le processus d’accession à l’UE La question de savoir quels pays de l’ex-Yougoslavie accéderont à l’une de ces deux organisations et dans quel délai reste floue. La situation future de l’Ukraine et de la Biélorussie est une question ouverte. Par conséquent, il est probable que la prochaine décennie verra la continuation du schéma d’adhésion institutionnelle asymétrique qui fut une réalité dérangeante pour les PECO. De plus en plus, des suggestions sont faites au sein de l’UE pour empêcher tout élargissement futur, fixer définitivement les frontières extérieures de l’Union et négocier avec les voisins proches de l’UE une forme de partenariat équivalant à « partager tout sauf les institutions ». L’accession des nouveaux états-membres en 2004 donnera une nouvelle urgence à ce débat de proximité.

1. LE NOUVEAU PAYSAGE DE SÉCURITÉ RÉSULTANT DE L’ÉLARGISSEMENT

(i) Les États baltes

5 L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été longtemps considérées comme les cas les plus difficiles au vu de leur incorporation passée dans l’URSS et de la continuelle hostilité russe à leur adhésion à l’OTAN. L’Estonie fut choisie parmi les candidats de « première vague » pour l’adhésion à l’UE, en partie comme test décisif de la réaction de la Russie. Moscou n’opposa pas d’objections, rendant de ce fait plus facile la « seconde vague », incluant à la fois la Lettonie (avec une grande minorité russe) et la Lituanie. Cependant, Moscou continua à s’opposer, parfois de manière quasi menaçante, à l’adhésion de ces trois pays à l’OTAN. Cette opposition semble s’être relâchée en septembre 2001 quand le président Putin déclara que cette décision appartenait aux États baltes eux-mêmes. Malgré tout, ces derniers continuèrent à craindre – surtout après le 11 septembre 2001 – que Moscou échange l’exclusion des États baltes de l’élargissement de l’OTAN contre l’accord de la Russie sur la campagne militaire en Afghanistan. Ainsi, malgré les inquiétudes continuelles de Moscou à propos de la forme et de la direction possibles de la politique de l’OTAN, aucun obstacle à l’adhésion des États baltes à l’OTAN ne fut soulevé et les trois pays devraient rejoindre l’UE et l’OTAN en 2004.

6 Ceci demandera une coopération étroite à la fois avec la Russie et la Biélorussie sur le contrôle des frontières. Bien que les trois pays aient négocié des accords frontaliers, leur ratification par la Douma russe est toujours en attente dans le cas de la Lettonie et de l’Estonie et par la Biélorussie dans le cas de la Lettonie. La sécurité de l’Estonie est de plus en plus structurée dans des arrangements régionaux négociés dans le cadre du processus de « dimension nordique » entre l’UE et la Russie et le pays perd son identité baltique pour prendre une identité nordique, en partie renforcée par ses affinités de langage avec les Finnois. La Lituanie, en revanche, assume une identité Centre-Européenne et coordonnera probablement de plus en plus sa politique avec son voisin polonais. Des arrangements satisfaisants sur le transit des citoyens russes vers ou en provenance de l’enclave de Kaliningrad semblent avoir été mis au point entre Moscou, Vilnius et Bruxelles. La Lettonie, avec sa grande minorité russe, reste quelque peu dans l’oubli. Elle a indiqué qu’elle supportera les initiatives de la PESD dans la plupart des circonstances mais qu’elle se réservait le droit d’utiliser une clause d’«  abstention constructive » dans le cas de la politique de l’UE en regard de la Biélorussie en particulier.

7 Les trois États baltes ont fortement appuyé la PESC, s’alignant sur plus de 95% des initiatives politiques. Ils se sont aussi fortement identifiés avec les USA et, au moins au début, sont restés très méfiants à l’égard de la PESD. Ils attachent tous une énorme importance à l’article 5 de garantie de l’OTAN, même si tous savent que plus l’OTAN s’élargira, moins cette garantie sera fiable. À travers la Charte USA-Baltique, ils ont des accords de sécurité avec Washington. Tous ont insisté sur le fait que toute capacité militaire européenne doit être développée en harmonie avec l’OTAN et tous ont « doublé » leurs contributions à la PESD et à l’OTAN. Tandis qu’ils préparent leur accession simultanée à l’OTAN et à l’UE, le niveau de sécurité dans la région semble plus fort qu’il y a seulement un an. Pourtant la situation restera tendue tant que le futur dessein politique russe ne sera pas clarifié. Des crises pourraient se développer à propos de questions frontalières ou à propos des minorités russes (particulièrement en Lettonie) car, devant faire face à des élections en 2004, le Président Putin sera contraint de répondre aux critiques intérieures qui soutiennent qu’il a trop cédé aux USA et à l’OTAN sans recevoir pratiquement aucune contre-partie. En revanche, il est difficile de voir comment l’accession des États baltes pourrait engendrer autre chose qu’un renforcement de la sécurité régionale, particulièrement si ceux-ci jouent, en accord avec la Pologne, un rôle positif dans l’assouplissement des relations entre l’UE et la Russie.

(ii) La Pologne

8 La Pologne, le seul grand État[1][1] Cf. l’annexe statistique (NDE). ...
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parmi les pays candidats, s’est rapidement mise au goût du jour en terme d’adhésion à l’UE, à la PESC et à la PESD. D’une position initiale vers la fin des années 90, qui mettait en évidence un intérêt de la Pologne principalement pour l’accession à l’OTAN et à l’UE, afin d’échapper à sa dépendance historique de la Russie (une position qui a été considérée à Moscou comme peu amicale, voire hostile), la Pologne a évolué vers une situation dans laquelle elle a embrassé un rôle quasi-naturel d’intermédiaire stratégique entre l’U.E et la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine avec lesquels elle partage plus de 1000 kilomètres de frontière, la plus longue frontière «  externe » de tous les pays candidats. La nouvelle Ostpolitik polonaise sera motivée non seulement par la peur que ses voisins moins chanceux ne laissent tomber l’écran radar de l’UE, mais également par la crainte que le désordre économique à l’Est ne passe la frontière du fait de l’énorme lien économique formel et surtout informel avec l’Ukraine.

9 La Pologne est susceptible d’encourager la future adhésion de la Biélorussie et de l’Ukraine à l’UE car le blocage d’un tel projet déstabiliserait profondément la région. Dans ses tentatives d’accentuer et d’accorder la priorité aux relations avec les pays de la Communauté des États Indépendants (CEI), elle a essayé d’utiliser le forum de ce qu’on appelle le «  triangle de Weimar » (Paris, Berlin, Varsovie). En cela, elle a été frustrée non seulement par le manque de vision commune d’une Ostpolitik européenne mais également par la propension de la France et de l’Allemagne de préférer leurs liens bilatéraux à n’importe quel hypothétique trilatéralisme.

10 Cette situation est susceptible de changer après l’accession.

11 Étant donné sa taille et son importance stratégique, la Pologne, après son adhésion à l’UE, est susceptible d’émerger en tant qu’acteur clé, non seulement dans la politique de proximité naissante de l’UE mais, de manière plus large, dans la formulation de la PESC et de la PESD. En général, elle s’est montrée fortement favorable aux deux politiques. Après avoir d’abord craint que la PESD s’oppose à l’OTAN, Varsovie, ces dernières années, lui a donné un support officiel enthousiaste. La Pologne, en partie en raison de son Atlantisme profondément enraciné, ne souhaite pas être perçue à Bruxelles comme un « cheval de Troie » américain.

12 Elle insiste sur le fait que la PESD et l’OTAN viendront en complément plutôt qu’en opposition. La Pologne a l’ambition de jouer un rôle proportionné à sa taille à la fois dans la PESC et la PESD[2][2] Ses forces armées, doublement chapeautées par la Force...
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mais craint que cette aspiration se révèle être audelà de ses capacités. En réalité, les élites polonaises n’ont pas encore commencé à bien appréhender le potentiel que la PESC et la PESD peuvent offrir au pays, autrement qu’à travers son rôle de liaison avec l’Est. Dans les activités de la Convention sur le futur de l’Europe, la Pologne s’est régulièrement alignée avec les « cinq grands » États membres actuels. Le soutien populaire pour l’adhésion à l’UE est grand, comme l’ont montré les résultats du référendum de juin 2003 (cf. annexe 7.1).

(iii) La République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie

13 Ces trois États de l’Europe centrale peuvent être regroupés, bien qu’ils témoignent également chacun de particularités propres. Aucun n’a beaucoup d’expérience dans le développement d’une politique étrangère et de sécurité articulée mais il n’y a eu aucun désaccord principal avec la volonté et l’esprit de l’approche européenne de la PESC. L’enthousiasme pour l’adhésion à l’UE a été relativisé par un grand nombre de gens indécis. Chacun de ces trois États a donné la priorité à l’adhésion à l’OTAN (la Slovaquie ayant été amèrement déçue de ne pas avoir été incluse dès le premier round en 1997-1999). Les forces qu’elles ont assignées à la FRRE sont également affectées à l’OTAN et, au moins dans le cas de la République tchèque, sujettes à l’approbation préalable du parlement en cas de déploiement par l’UE

14 Ayant passé une grande partie de leur temps depuis 1989 à essayer de se défaire de leurs liens avec l’Est, ils en sont venus à accepter qu’une grande partie de leur contribution à la PESC et à la PESD impliquera probablement une attention particulière sur la gestion de leurs relations avec leurs voisins orientaux. Dans le cas de la Hongrie, c’est un corollaire inévitable de l’existence, en Roumanie, et à un moindre degré en Ukraine et dans l’ex-Yougoslavie, d’importantes minorités hongroises. Dans le cas de la République tchèque et de la Slovaquie, c’est une fonction de leurs liens historiques et linguistiques autant que de l’absence de tout autre centre d’intérêt évident. Chacun des trois peut jouer un grand rôle stabilisateur, facilitant l’intégration éventuelle dans l’UE non seulement de la Roumanie et de la Bulgarie (après 2007 ?), mais aussi, quelques années plus tard, des États balkaniques. Puisque les relations avec le nouveau « proche étranger » de l’UE vont devenir un secteur politique prioritaire, le rôle de ces pays sera probablement significatif. Leur allégeance catégorique aux USA et à l’OTAN (qui est peu susceptible d’offrir la stabilité à long terme) évoluera probablement dans le temps vers une allégeance à l’UE à laquelle leur destin est désormais inextricablement lié.

(iv) La Slovénie

15 La Slovénie est le seul des Dix à donner priorité à l’adhésion à l’UE par rapport à celle à l’OTAN. Dans les élections du 23 mars, presque 90% des électeurs a soutenu l’adhésion à l’UE, contre 66% à l’OTAN. Elle vit en bonne coopération avec ses voisins de l’UE, l’Italie et l’Autriche, a résolu tous les problèmes de frontière et de minorités avec la Hongrie et, en dépit de problèmes résiduels avec la Croatie, elle est très intéressée par une collaboration étroite avec tous les États de l’ex-Yougoslavie, sa politique étrangère et de sécurité s’étant concentrée sur la stabilisation des Balkans. C’est le plus grand investisseur étranger en Bosnie-Herzégovine et, en vertu du pacte de stabilité balkanique, la Slovénie a joué un rôle de leader dans l’établissement du Centre International pour les Relations Inter-Ethniques et la Protection des Minorités. Elle sera un acteur clé dans la stabilisation des Balkans et dans le soutien de l’accession rapide à l’UE de ces États.

16 C’est aussi le PECO qui a, officiellement, le moins supporté la guerre en Irak et le seul des sept candidats à l’accession à l’OTAN à avoir organisé un référendum sur l’adhésion à l’Alliance. Bien que, comme les autres, elle insiste pour que la PESD et l’OTAN travaillent en harmonie, seule la Slovénie soutient activement le principe de l’ militaire de l’UE dans l’hypothèse d’un engagement militaire sans participation des USA. Elle accepte la nécessité de la duplication dans le secteur des « actifs stratégiques » (renseignement, sécurité et renseignement informatique (C 4I), rayon d’action stratégique et logistique). Elle est activement impliquée dans la création d’une force terrestre Italo-Slovèno-Hongroise. Elle appuie fortement le principe d’une intégration toujours plus étroite de l’UE et suit une ligne relativement pro-fédéraliste dans la convention. En bref, la Slovénie sent qu’elle aurait dû être membre de l’UE depuis longtemps et compense rapidement le temps perdu.

2. LA STRUCTURE DES FORCES ET SES IMPLICATIONS EN TERME D’ACHAT DE MATÉRIEL

17 Les forces armées de tous les candidats à l’UE et à l’OTAN, fortement influencées par leur adhésion passée au Pacte de Varsovie, ont été insuffisamment définies, en termes d’équipement, d’organisation et de personnel, pour relever les défis du monde de l’après-Guerre Froide. Leur plus grand défi, lors de leur rapprochement en vue de l’adhésion à l’OTAN et à l’UE, a été celui de la professionnalisation – entendu non pas seulement en tant que « forces d’engagés » mais, plus largement, comme une culture de non-intervention dans la politique intérieure, l’acceptation du contrôle politique civil et la capacité à effectuer des activités militaires effectivement et efficacement[3][3] Pour une étude complète, voir Anthony Forster, Timothy...
suite
. Dans tous les PECO candidats à l’accession, les relations civiles-militaires se sont rapidement transformées pour tendre vers les normes occidentales, grâce au succès du Plan d’Action pour l’Adhésion de l’OTAN.

18 La professionnalisation, cependant, s’est avérée plus difficile. Les analystes ont défini les forces professionnelles comme faisant partie d’un des quatre modèles suivants :

  • Projection de puissance : force armée principalement orientée vers le déploiement externe. C’est le modèle idéal typique vers lequel les États membres de l’OTAN sont encouragés à tendre. Aucun des PECO ne souhaite tendre vers ce modèle.
  • Défense Territoriale : forces armées principalement configurées pour la défense nationale (« défense totale ») mais également capables de contribuer à des opérations d’outre-mer multinationales (essentiellement de l’OTAN). Ces deux objectifs peuvent être contradictoires. Les PECO qui essaient de tendre vers ce modèle – Pologne, République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie et Roumanie (ainsi que Croatie) – sont gênés par leur héritage en termes d’équipement et leur manque de ressources.
  • Post-Neutralisme : petites forces permanentes dépendant de la mobilisation de masse en cas de guerre, pourtant compatibles avec l’adhésion à l’OTAN.
    Les PECO tendant vers ce modèle sont les trois républiques baltes et la Slovénie, qui ont tous dû plus ou moins commencer à créer leurs forces armées à partir de zéro. Il y a ici une tension interne encore plus grande entre leur objectif de défense nationale et leurs obligations au sein de l’OTAN.
  • Neutralisme : forces armées presque entièrement adaptées à la défense nationale. Aucun des PECO ne correspond à ce modèle.

19 En dépit des différences entre les deux modèles choisis par les PECO, tous tendent vers une capacité militaire qui leur assurera que tout agresseur devra payer un prix très lourd pour l’incursion et leur permettra un engagement limité dans des opérations de maintien de la paix de l’OTAN et de l’UE Cependant, des doutes considérables subsistent à propos de la faisabilité et du bien-fondé de leurs tentatives de combiner les deux. Peu d’efforts ont été consacrés à la coordination de cette politique trans-nationale et la plupart des analystes restent sceptiques quant à la volonté politique de soutenir l’effort militaire après l’adhésion à l’UE ou à l’OTAN (ou les deux). Une solution possible résiderait dans la spécialisation des rôles, qui est directement liée à la politique d’achat de matériel militaire. Jusqu’à présent, cependant, ceci est resté purement hypothétique.

20 Depuis 2000, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, en tant que membres de l’OTAN, sont également membres à part entière du Groupe d’Armements Ouest-Européens (GAOE). Cependant, jusqu’ici, ces pays ont à peine commencé à jouer un rôle actif dans la coordination des fournitures de matériel ou la recherche et le développement en matière de technologie de défense. La décision que les trois pays ont dû prendre pour le plus important achat, la modernisation de leurs armées de l’air, est un exemple typique. Chacun des trois était déterminé à acquérir des capacités modernes en terme d’aviation et a été confronté à un choix déchirant entre la remise à niveau de leur flotte vieillissante composée de MIG, l’achat d’équipements américains ou une préférence donnée aux fournisseurs européens. Ils ont été soumis à un intense lobbying par les entrepreneurs américains et européens, souvent avec des menaces déguisées sur les conséquences négatives d’une absence d’accord. La Pologne a choisi, en décembre 2002, d’acheter 48 Block 52 F-16C/Ds de Lockheed Martin, le meilleur avion de chasse polyvalent de l’OTAN[4][4] D’autres achats importants, représentant plusieurs milliards...
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. Les Tchèques, après s’être brûlés les doigts en prenant une première option pour 72 avions de combat léger L-159[5][5] Construits par Aero Vodochody, détenu majoritairement...
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de production nationale, qui a coûté deux fois son prix d’origine, se sont ensuite tournés vers les fournisseurs américains et européens pour l’achat d’avions de chasse supersoniques. Le candidat retenu était le suédois Saab, en association avec des systèmes BAE et le JAS 39 Gripen. La décision a été ajournée après les inondations d’août 2002 dont les 2 milliards de dollars de dégâts représentaient la valeur du contrat potentiel. Ils étudient actuellement l’achat d’avions d’occasion de différentes sources. La Hongrie, pour sa part, a choisi à la fois d’améliorer la moitié de sa flotte vieillissante de MiG-29 et de louer 14 Gripen à la Suède. En février 2003, elle a décidé d’acheter ces Gripen à la fin du contrat de location en 2006, en les élevant au niveau de la norme OTAN.

21 Tous ces contrats ont été accompagnés d’importants accords de compensation par lesquels le coût de l’avion sera réinvesti dans l’économie locale. Dans le cas de la Pologne, Lockheed Martin a accepté d’investir $ 6,2 milliards dans l’économie polonaise alors que le coût des F-16s n’était que de $ 3,5 milliards[6][6] Alors que l’offre de Gripen était financièrement avantageuse...
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.

22 Les autres pays qui suivent le principe de « Défense Territoriale », la Slovaquie, la Bulgarie et la Roumanie, doivent encore entamer le processus d’amélioration de leur matériel militaire. La Slovaquie a préparé un Plan à Long Terme de Réforme de la DéfenseSR Force 2010, dont le but principal est de rendre les forces armées plus petites, plus flexibles et professionnelles. Mais elle n’a pris aucune décision sur le remplacement de ses MiG-29 et MiG-21 obsolètes, précisant que « étant donné le nombre d’avions dont dispose l’Alliance, la question regardant 18 ou 23 chasseurs pour l’armée slovaque est sans intérêt ». La Roumanie a décidé d’éviter de prendre une quelconque décision concernant la fourniture de matériels militaires avant d’avoir rejoint l’OTAN en 2004. La Bulgarie a envisagé un court instant l’achat d’un nombre restreint de F-16 mais fut obligée de renoncer à améliorer sa flotte de MiG-29 (par manque de pièces de rechange) pour des raisons financières; il semble qu’un contrat sera probablement signé avec un groupement entre un consortium russe et EADS. En attendant, le pays a accompli la destruction (financée par les USA) de ses missiles SS 23 datant de l’ère soviétique.

23 Les États baltes, en revanche, qui sont devenus des états sans avoir de forces armées nationales à proprement parler, ont efficacement concentré leurs maigres ressources en ce domaine sur les équipements de surveillance aérienne, de défense anti-aérienne, de défenses anti-char et de matériel de transmissions tactique. Aucun n’a de projet pour développer sa capacité de frappe aérienne. La Lettonie et l’Estonie ont conjointement acheté des systèmes de radar modernes à Lockheed Martin, alors que la Lituanie choisissait d’acheter ses radars de moyenne portée à EADS et des missiles anti-char Javelin de Raytheon. La Slovénie engagea un court débat pour l’achat éventuel de F-16 mais décida que c’était un luxe qu’elle ne pouvait pas se permettre. Elle est fière de posséder une flotte de huit hélicoptères de transport Bell et Cougar. Ces pays « Post-Neutralistes » concentreront leurs efforts sur des systèmes de défense nationale qui seront achetés en quantité égale à des fournisseurs américains et européens.

24 Tous les PECO ont une très grande expérience de maintien de la paix et l’habitude de participer aux formations militaires multinationales. Ils contribueront activement et efficacement aux activités de Petersberg[7][7] Il est à noter que les États baltes ont insisté fortement...
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. La logique de cette approche, qui aura des implications directes pour l’UE, est l’acceptation du principe de spécialisation des rôles.

25 Les dépenses en matière de défense parmi les candidats à l’accession, malgré leur augmentation durant la période de pré-adhésion à l’OTAN, demeurent très faibles. La Pologne représente 45% du budget défense des dix PECO candidats à l’accession à l’OTAN. Bien que le budget polonais soit stabilisé à 2% du PIB, il reste avec ceux de la République tchèque et de la Hongrie, de loin le plus bas de tous les États membres de l’OTAN en valeur par habitant. Les trois pays Visegrad combinés dépensent moins que la Grèce[8][8] Les dix PECO réunis dépassent à peine le budget de la...
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. Les prévisions en hausse d’achat de matériel militaire sont rapidement revenues à des niveaux réalistes dans la plupart de ces pays. La plupart des analystes sont d’accord pour dire que le scénario le plus probable, une fois l’adhésion à l’OTAN réalisée, sera un relâchement de l’effort en matière de défense nécessaire pour fixer l’entrée au club. Dans ce contexte, il est clair qu’il n’y aura pas un bazar d’armes en Europe orientale et centrale.

26 Cependant, tandis que vers la fin des années 90, les appels d’offres des PECO ont été presque toujours gagnés par des sociétés américaines, un résultat qui était clairement lié au désir de rentrer dans l’OTAN, le jeu s’est équilibré depuis, l’adhésion à l’UE devenant une perspective tangible et les sociétés européennes étant plus à même d’offrir des compensations attrayantes. Les décisions d’achat de matériel continueront d’être fortement teintées de considérations politiques mais seront sans aucun doute influencées par les retombées en termes d’emplois dans les secteurs de pointe ayant des perspectives significatives pour l’avenir. Dans ce contexte, les sociétés européennes peuvent de plus en plus l’emporter, compte tenu de la mise en place progressive d’une agence européenne d’armements et d’un cadre de régulation pour le matériel.

3. DE MARS ET VÉNUS : LE CONFLIT DES ACCORDS EURO-ATLANTIQUE

27 La guerre d’Irak et en particulier l’activisme diplomatique de certains des principaux états (USA, Royaume-Uni, France, Allemagne et Russie) ont forcé la plupart des pays à s’aligner dans un camp « Atlantiste » ou «  Européiste » – la nouvelle et la vieille Europe selon Donald Rumsfeld. Tous les dirigeants des PECO candidats ont signé des déclarations de soutien à l’effort de guerre des USA, gagnant de ce fait la reconnaissance du Pentagone et du 10, Downing Street. Mais ils étaient, dans tous les cas, massivement en décalage avec leur population[9][9] L’exception fut le nouveau président tchèque Vaclav...
suite
. En Pologne, le seul pays européen continental à engager des forces en Irak, non seulement entre 66% et 75% de la population s’opposait à la guerre mais, même après sa conclusion heureuse, une majorité absolue (53%) pensait que les dirigeants polonais avaient eu tort de la soutenir contre seulement 39% soutenant la politique du gouvernement[10][10] BBC Monitoring Europe, 18 avril 2003 : « Les résultats...
suite
. En effet, l’opinion en Europe centrale et orientale était bien plus hostile à la guerre qu’en Europe de l’Ouest. Seules de petites minorités supportèrent l’idée de la guerre – même avec une résolution de l’ONU : 38% en Roumanie, 28% en Bulgarie, 20% en Estonie, 30% en République tchèque. Ceci donne certainement une vision différente de la notion de « nouvelle » Europe.

28 En dépit de l’hostilité publique pour la guerre en Irak, les populations de la plupart des PECO restent instinctivement pro-américaines. C’est en partie parce que, tout au long de la guerre froide, les USA maintenaient quasiment seuls la flamme de l’espoir – à travers des déclarations présidentielles (« Ich bin ein Berliner » ), par Radio Free Europe et par le flambeau du « mode de vie américain »[11][11] Le sociologue polonais Edmund Wnuk-Lipinski a déclaré...
suite
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29 Au milieu des années 90, c’étaient les USA qui poussaient ardemment pour l’ouverture de l’OTAN aux PECO. Du même coup, les grands pays européens (particulièrement l’Allemagne et la France) restent associés à un sentiment d’invasion et de conquête ou de trahison[12][12] Winston Churchill : « En 1938, l’Europe avait le choix...
suite
. Les mémoires restent profondes. En juin 2002 encore, une réunion au sommet germano-tchèque a été annulée en raison d’une polémique renouvelée sur la question des Sudètes. L’atlantisme instinctif de la plupart des PECO dérive de leur décision stratégique, juste après 1989, de donner la priorité à la sécurité, à la facilité avec laquelle ils ont été accueillis à l’OTAN – comparée aux interminables querelles et négociations d’arrière-boutique qui ont accompagné leur accession à l’UE La dénonciation pétulante de Jacques Chirac des dirigeants des PECO pour avoir signé la lettre du « gang des huit » fut profondément ressentie comme une offense dans toute la région, même par ceux qui regrettaient la décision de leurs dirigeants[13][13] Le comportement de Chirac fut comparé dans les PECO à...
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30 Cependant, le conditionnement historique a une durée limitée, particulièrement quand les choses avancent. La génération des dirigeants actuels, venus à maturité intellectuelle et politique pendant la bataille finale de Ronald Reagan avec l’« empire du mal », se retirera sous peu, pour être remplacée par une nouvelle génération portant très peu de bagages de la Guerre Froide. Pour ces derniers, la libre circulation, l’amélioration du niveau de vie et la création d’emplois sont les principaux gains de l’adhésion à l’UE Cette dimension temporelle importante jouera petit à petit en faveur de l’UE Tandis que les populations âgées et rurales des PECO montrent de l’hésitation vis-à-vis de l’adhésion à l’UE (beaucoup craignant qu’elle soit nuisible à leur mode de vie), la jeune génération est enthousiaste. Alors que 50% des Lettoniens supportent l’UE, le chiffre parmi la génération des 18-30 ans est supérieur à 70%. La majorité de ceux qui s’opposent à l’UE ont plus de 55 ans. Ces chiffres sont similaires dans toute la région.

31 Selon un vieux proverbe tchèque, « on ne peut pas s’asseoir sur deux chaises à la fois ». Mais c’est précisément ce que la plupart des PECO ont fait ces derniers mois. L’histoire a présenté un siège, pendant que la géographie et le commerce en ont offert un autre. Il y a peu de doutes qu’après leur entrée dans l’UE, les liens les plus forts des PECO seront de manière croissante avec l’UE. La plupart d’entre eux espérera continuer à éviter de choisir entre leur atlantisme émotionnel et leurs penchants et aspirations matériels européistes. Il est tout à fait possible – en assumant diplomatie sage et circonspection à Washington DC – qu’ils n’aient jamais à le faire. Le «  débat » en Europe se transforme actuellement en une compétition anglo-française à propos des relations avec les USA. La France promeut une vision de l’UE élargie constituant un « contrepoids » ou même un « rival » aux USA – conduisant à un monde véritablement multipolaire. Tony Blair soutient vigoureusement une uni-polarité UE-USA afin d’éviter que le monde soit obligé de choisir son camp sur toutes les questions internationales. Cette dichotomie a été amplement exagérée par la presse à sensation[14][14] Il faut noter la différence de sens du mot « équilibre...
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. Mais même en supposant que cela reflète un tant soit peu la réalité, l’accession des PECO à l’UE fera pencher l’équilibre de l’opinion massivement en direction de l’approche de Tony Blair. Il y a peu de risque, dans une Europe post-accession, que l’UE se mette consciemment à défier les USA à moins d’un unilatéralisme durable de la part de l’administration américaine et du lancement d’autres campagnes militaires préemptives sans discussion avec les alliés et sans mandat de l’ONU[15][15] Pavel Cernoch, « On Mars, Venus and Czech Mates from the...
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. Mais cela n’arrivera pas comme fruit d’une politique consciente de l’UE Le dénouement se situe en grande partie dans les mains des USA. Il n’y a rien dans l’élargissement de l’UE aux PECO qui pourrait conduire automatiquement à de nouveaux conflits entre l’UE et les USA.

4. VERS UNE « POLITIQUE DE PROXIMITÉ »[16]

[16] Romano Prodi, « A Wider Europe – A Proximity Policy...
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32 En décembre 2002, dans une tentative de franchir un nouveau pas dans le débat complexe sur l’élargissement à l’UE, le Président de la Commission Romano Prodi a lancé la notion d’une « Politique de Voisinage ». Celle-ci offrirait au « cercle d’amis » entourant l’UE – du Maroc à la Mer Noire – une nouvelle forme d’association leur donnant la plupart des avantages de l’adhésion sans accession formelle : un marché commun embrassant l’UE et ses voisins; une coopération étroite dans les domaines du crime, du terrorisme, des migrations et de l’environnement; un partenariat de sécurité garantissant la stabilité régionale par la coopération; et des échanges culturels pour s’assurer que la frontière extérieure de l’UE ne devienne pas une forme de rempart. Certains de ces dispositifs étaient déjà préexistants dans le «  processus de Barcelone » de 1995 en direction des pays des rivages méridionaux de la Méditerranée. L’étendre au périmètre complet de l’UE est un processus logique. Avec la Russie, l’UE a déjà un Accord de Coopération et de Partenariat (ACP) complexe et à facettes multiples.

33 Les relations avec la Turquie seront le « test acide ». Quand les critères de Copenhague pour les nouveaux membres furent élaborés en 1993, les critères politiques relatifs aux droits de l’homme et à l’état de droit ont semblé rendre l’adhésion plus difficile pour la Turquie que pour les autres PECO. Ceci a été confirmé quand, en 1997, au sommet européen de Luxembourg, onze PECO et Malte furent acceptés comme candidats à l’adhésion mais que la Turquie n’en faisait pas partie. Cependant, au sommet de Helsinki en 1999, dans le contexte des changements de l’UE pour développer la PESD, et sous pression intense des USA, la porte fut légèrement ouverte et la Turquie acceptée comme candidat sur les mêmes critères. Depuis lors, beaucoup ont estimé que, tôt ou tard, l’adhésion turque serait un fait accompli. Cette supposition a changé très récemment – pour plusieurs raisons. La perspective de digérer dix nouveaux membres étire déjà le tissu de l’UE à la limite. Un autre élargissement est repoussé à bien plus tard dans le siècle dans la plupart des esprits. En outre, au moment même où la Turquie, fortement pressée par l’UE, abandonnait ses objections aux accords de « Berlin plus », permettant ainsi à l’UE de coopérer avec l’OTAN, son intransigeance empêchait une avancée sur le futur de Chypre. Ceci fut perçu dans les capitales européennes comme une gaffe stratégique majeure de la part d’Ankara.

34 En décembre 2002, la Turquie a également élu un gouvernement islamique modéré dominé par le Parti pour la Justice et le Développement (AKP). Ceci fut considéré par beaucoup en Europe (en dépit des messages rassurants immédiatement transmis par le Chef du parti Recep Tayyip Erdogan) comme un développement préoccupant. Les événements en Irak ont accru la complexité de l’adhésion turque, l’un des arguments principaux pour l’adhésion de la Turquie à l’UE étant lié à la question de la sécurité de ce pays dans la zone sud-est de l’UE Si des forces américaines sont stationnées en Irak – en nombre considérable et dans le long terme – la centralité stratégique turque devient moins évidente. Bien que la Turquie n’ait pas été citée dans les divers documents sur la « Politique de Voisinage » de l’UE, il est évident que cette nouvelle approche est au moins en partie destinée à poser le « problème turc ». En bref, il est de plus en plus probable que, au moins pour l’avenir proche (disons les 25-30 prochaines années), le round actuel d’élargissement, complété en temps opportun par l’accession des États balkaniques, représentera le round final – au moins dans la forme dans laquelle l’élargissement a toujours été réalisé jusqu’à présent.

CONCLUSIONS

35 L’élargissement de l’Union européenne déplacera son centre de gravité sensiblement plus à l’Est. Jusqu’ici, les défis liés à la sécurité de l’UE sont principalement venus du Sud (méditerranéen) et du Sud-Est (Balkans). Ceux-ci perdureront. Mais d’autres s’y ajouteront venant de l’Est, de la mer Baltique à la Mer Noire, via la nouvelle frontière extérieure avec la Biélorussie et l’Ukraine jusqu’à la Moldavie. Le rôle des pays d’Europe orientale et centrale dans la gestion de ces défis deviendra significatif. Leurs instruments de politique seront principalement limités aux échanges économiques, commerciaux, culturels et d’idées, à la gestion des transports et des flux migratoires. Il est peu probable que l’UE, même si elle devait acquérir collectivement une capacité militaire significative, aurait besoin de déployer cet instrument dans les régions anciennement occupées par l’URSS. La contribution des PECO à cette capacité militaire sera minimale, à l’exception partielle de la Pologne. Mais la « Politique de Voisinage » de l’UE en direction de la Russie et de la CEI sera considérablement facilitée par l’accession des PECO. Sauf effondrement politique en Russie, il est probable que les relations bilatérales avec l’UE s’amélioreront de manière stable.

36 Les défis les plus difficiles viendront probablement de la Turquie et du Moyen-Orient. La solution chypriote reste à l’état embryonnaire. La publication, en avril 2003, de la « feuille de route » pour un règlement entre Israël et la Palestine démontre jusqu’à quel point le Moyen-Orient demeure complexe. L’absence de règlement alimente directement les problèmes du Maghreb. L’UE, par la PESC, jouera de plus en plus un rôle dans la stabilisation de la zone entière, de la Palestine à la Mauritanie. La construction de l’État en Irak engagera aussi inévitablement les États membres de l’UE, individuellement ou collectivement sous le couvert de l’UE Mais, en termes de sécurité et de stabilité régionales, la plus grande contribution des PECO sera le fait même de leur accession à l’UE.

 

Notes

[ * ] Jolyon HOWORTH est titulaire de la chaire Jean Monnet à l’Université de Bath (UK) et visiting professor au département de science politique de l’Université de Yale (USA). Il vient du publier Defending Europe : the EU, NATO and the Quest for European Autonomy en collaboration avec J.T.S. Keeler, Palgrave Mac Millan, 2003. Traduit de l’anglais par Pierre-Henri Multon. Retour

[1] Cf. l’annexe statistique (NDE). Retour

[2] Ses forces armées, doublement chapeautées par la Force de Réaction Rapide Européenne (FRRE) et l’OTAN, sont les plus grandes de tous les pays candidats. Retour

[3] Pour une étude complète, voir Anthony Forster, Timothy Edmunds and Andrew Cottey, The Challenge of Military Reform in Post-Communist Europe : Building Professional Armed Forces, London, Palgrave, 2002. Retour

[4] D’autres achats importants, représentant plusieurs milliards d’euros, concernant des avions transporteurs, hélicoptères, chars et véhicules de transports blindés, etc. ont été effectués auprès de fournisseurs russes, finlandais, espagnols et britanniques. Retour

[5] Construits par Aero Vodochody, détenu majoritairement par Boeing. Retour

[6] Alors que l’offre de Gripen était financièrement avantageuse (un prix de 3,15 Mrd de $, contre 3,5 pour les F-16, et des coûts opérationnels nettement plus bas), l’offre de Lockheed était économiquement plus attractive avec des propositions de compensation égales à 6,2 Mrds $, contre 4,8 Mrds offerts par Gripen et 2,2 Mrd par Dassault. Les F-16 emportèrent donc le marché sur des bases économiques autant que politiques, avec une cotation de 93% comparée à 90% pour Gripen, Dassault étant loin derrière. Retour

[7] Il est à noter que les États baltes ont insisté fortement pour que l’UE développe une capacité civile en complément aux équipements militaires. La déclaration de Petersberg du 19 juin 1992 est l’élément déterminant du développement de l’Union Ouest Européenne (UOE) et du renforcement du pilier européen de l’Alliance Atlantique (OTAN). Outre la décision de contribuer aux tâches de défense prévues dans l’article 5 des traités de Washington, la déclaration précise trois autres tâches pour lesquelles les pays européens pourraient utiliser leurs forces armées : sauvetage et aide humanitaire; maintien de la paix; combat lors de gestion de crises, incluant le maintien de la paix. Cette déclaration a été incluse dans l’article 17 du traité d’Amsterdam (NDE). Retour

[8] Les dix PECO réunis dépassent à peine le budget de la défense espagnol (le moins impressionnant de l’UE). Sans la Pologne, les neuf autres dépensent à peine les deux tiers du budget néerlandais. Retour

[9] L’exception fut le nouveau président tchèque Vaclav Klaus, qui a succédé à Vaclav Havel en février 2003. Havel signa la lettre du « gang des huit » quelques jours avant de se retirer. Klaus président, insista auprès de l’ambassadeur américain pour que son pays soit retiré de la liste des « alliés de la coalition ». Il s’opposa personnellement à la guerre (qu’il avait faite au Kosovo en 1999). Retour

[10] BBC Monitoring Europe, 18 avril 2003 : « Les résultats des études d’opinion polonaises montrent une opposition à la guerre en Irak. » Retour

[11] Le sociologue polonais Edmund Wnuk-Lipinski a déclaré récemment que « s’il ne reste qu’un pays dans le monde qui croie au rêve américain, c’est la Pologne ». Retour

[12] Winston Churchill : « En 1938, l’Europe avait le choix entre la guerre et la honte. On a choisi la honte et on a eu la guerre. » Retour

[13] Le comportement de Chirac fut comparé dans les PECO à l’arrogance soviétique et il fut traité dans plusieurs pays de « Jacques Brezhnev ». Retour

[14] Il faut noter la différence de sens du mot « équilibre » en France et aux USA. Aux USA, le terme est associé aux théoriciens « réalistes » des Relations internationales, voyant l’« équilibre » comme un acte relativement hostile dirigé contre un pouvoir fort par des faibles pour le concurrencer. En France, en revanche, le terme signifie simplement une influence partagée plus équitablement. Retour

[15] Pavel Cernoch, « On Mars, Venus and Czech Mates from the “new” Europe », American Institute for Contemporary German Studies, avril 2003. Retour

[16] Romano Prodi, « A Wider Europe – A Proximity Policy as the key to stability », Sixième conférence ECSA-World. Bruxelles, 6 Décembre 2002 (http  ://europa.eu.int/rapid/start/cgi/guesten.ksh ?reslist) et communication de la Commission : « L’Europe élargie - voisinage : un nouveau cadre pour les relations avec nos voisins de l’Est et du Sud » COM(2003) 104 final, 11.3.2003. Retour

Résumé


Abstract
The fifth enlargement of the EU will have several major consequences for the Union’s CFSP and ESDP. It will bring the EU closer to potential areas of conflict and will offer the Central and Eastern European countries (CEECs) a key role in helping to manage and stabilise relations with the Union’s new « near abroad». It will contribute to some extent in adding new military resources to the EU’s « Headline Goal», but will also – at least in the first instance – exacerbate divisions between the « Atlanticist» and the «  Europeanist» members of the Union. It may also intensify calls for a halt to further enlargement through the adoption of a « proximity policy» towards the EU’s new neighbours. This paper assesses the implications of these developments for the coherence of the EU’s future security and defence ambitions.

Keywords

Enlargement, Central and Eastern Europe, Defence Procurement, Security, Defence, Proximity Policy, NATO, Foreign Policy, ESDP

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jolyon Howorth « Élargissement de l'UE : implications en terme de défense, de sécurité et de politiques d'achat de matériel militaire », Reflets et perspectives de la vie économique 3/2003 (Tome XLII), p. 89-102.
URL :
www.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2003-3-page-89.htm.
DOI : 10.3917/rpve.423.0089.