Reflets et perspectives de la vie économique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4752-5
86 pages

p. 77 à 86
doi: en cours

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Tome XLIV 2005/3

2005 Reflets perspectives de la vie économique

La Chronique des livres  [*]

 
Mario POLÈSE et Richard SHEARMUR, Économie urbaine et régionale. Introduction à la géographie économique, 2e édition, Paris, Economica, 2005, 378 p.
 
 
Seulement quelques décennies ont suffit pour que la prise en compte de l’espace dans l’analyse économique passe d’une vision marginale, affaire de spécialistes, à une reconnaissance plus générale, imposant largement le principe qu’il n’y a pas de phénomènes économiques sans une relation particulière et pertinente aux territoires, villes, régions, espaces ruraux… Peut-on aujourd’hui parler de délocalisations sans faire référence à l’environnement territorial et culturel ? Comment les analyses de la croissance économique peuvent-elles aujourd’hui se passer d’intégrer le rôle des disparités régionales, des effets de débordement géographique et des interactions spatiales ? Peut-on parler de politiques publiques et de décisions économiques sans tenir compte des formes complexes de la gouvernance des territoires ?… La disponibilité de bases de données à l’échelle urbaine ou régionale, plus nombreuses et intégrant de plus en plus de variables, le développement des logiciels d’analyses de données spatiales et des systèmes d’informations géographiques, le développement des réseaux scientifiques en science régionale, la publication d’ouvrages et manuels en économie géographique, régionale et urbaine… ont largement contribué à ces prises de conscience.
L’ouvrage Économie urbaine et régionale. Introduction à la géographie économique, que nous proposent Mario Polèse et Richard Shearmur [1], renforce sans conteste ces constats. L’ambition de l’ouvrage peut se résumer à cette seule interrogation, à laquelle tout ceux et celles qui cherchent à comprendre les phénomènes économiques et sociaux souhaitent répondre : Pourquoi, cela se passe-t-il ici et pas ailleurs ? Cette question, énoncée par les auteurs, constitue ainsi le fil directeur de leur ouvrage, et leur permet de construire une présentation riche et structurée des modalités de l’organisation des territoires. L’ouvrage comprend onze chapitres répartis en trois parties : « Les fondements économiques de la ville » (chapitres 1 à 4), « La région comme objet d’analyse économique » (chapitres 5 à 8) et « La localisation de l’activité économique » (chapitres 9 à 11). Le parti pris des auteurs de nous offrir une lecture approfondie des relations entre économie et territoires, se trouve alors pleinement assumé dans le découpage de l’ouvrage et dans le choix des chapitres.
Ainsi, puisque la manifestation la plus visible des forces spatiales est l’inégale répartition spatiale des activités et des hommes et la tendance à leur concentration, il convient de présenter d’abord les fondements économiques de la formation des villes et d’expliquer leurs rôles dans le développement économique. Les quatre premiers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à ces objectifs. Ils permettent de poser clairement les arbitrages et mécanismes conduisant à la concentration spatiale des activités économiques (chapitres 2 et 3) tout en s’interrogeant sur le fait urbain (chapitre 1) et la nécessité de l’urbanisation, qu’il s’agisse d’en comptabiliser les bénéfices mais aussi d’en supporter les contraintes (chapitre 4). Les questions pertinentes sur la taille optimale des villes et sur les relations villes et environnement que l’on trouve dans ce chapitre, constituent une des originalités de l’ouvrage.
A une autre échelle d’analyse, celle des régions, les interrogations sur les disparités spatiales sont traitées dans les quatre chapitres suivants. Les mécanismes du développement régional sont déclinés selon trois modèles ou référentiels théoriques : le modèle de la base exportatrice et la question des facteurs de croissance régionale (chapitre 5), les modèles de développement polarisé et la question des facteurs d’ajustement ou de divergence (chapitre 6), puis les modèles de développement endogène et la question de l’appropriation territoriale des réseaux économiques de développement (chapitre 8). La mise en évidence des disparités spatiales, leur lien éventuel avec la croissance économique et les problèmes d’inégalités qu’elles posent, amènent à s’interroger sur les outils d’intervention dont disposent les acteurs publics et sur l’efficacité des politiques menées. Le rôle des États ou des institutions internationales fait l’objet du chapitre 7 tandis que les initiatives locales, présentes dans les politiques du développement local, sont analysées dans le chapitre 8.
Que ce soit à l’échelle urbaine ou à l’échelle régionale, les choix de localisation des acteurs économiques sont les éléments constitutifs des configurations spatiales observées : couverture urbaine des territoires et hiérarchie des villes, recomposition des centralités économiques dans les espaces urbains, ségrégation spatiale et exclusion territoriale… Ainsi dans la troisième partie de leur ouvrage, Mario Polèse et Richard Shearmur proposent de revenir aux fondements économiques des choix de localisation (chapitre 9), d’appréhender de manière plus précise les transformations économiques des villes (chapitre 10) puis apportent une grille d’analyse et de lecture des mutations des territoires (chapitre 11). Dans cette partie, sont ainsi définis et utilisés les concepts de concurrence spatiale, d’aires de marché, de rendements croissants, tandis que sont explicités les arbitrages coûts de transport-coûts fonciers, clés du calcul microéconomique des choix de localisation des activités économiques et résidentielles en milieu urbain. Les mutations territoriales sont finalement mises en relation avec les transformations économiques contemporaines : tertiarisation des économies, développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication… ce qui constitue là encore une originalité de l’ouvrage.
Outre le tour de force de présenter en un seul ouvrage et de manière claire, un champ vaste et diversifié de référentiels théoriques en économie urbaine et régionale, les auteurs ont également su proposer un livre d’une lecture aisée et instructive grâce à un équilibre réussi entre propositions théoriques, illustrations empiriques et diversités des territoires étudiés : Amérique du Nord, Europe, PED… L’abondante bibliographie, l’index des auteurs et le lexique facilitent les recherches dans l’ouvrage et autorisent les approfondissements souhaités par les lecteurs. Cet ouvrage s’adresse ainsi à tout un ensemble de lecteurs : étudiants, praticiens, économistes, géographes, ou non spécialistes… Il constitue sans conteste un manuel de référence pour ceux qui veulent comprendre et découvrir les enjeux de l’économie urbaine et régionale. Il sera sans nulle doute un vecteur important de la prise en compte des enseignements de ces disciplines dans l’analyse des mutations économiques et sociales des territoires sur lesquels nous vivons.
Catherine BAUMONT
 
Agnès BENASSY-QUERE, Benoît COEURE, Pierre JACQUET et Jean PISANI-FERRY, Politique économique, coll. « Ouvertures économiques », Bruxelles, De Boeck Université, 2004, 628 p.
 
 
Parler de politique économique avec pertinence n’est pas toujours chose aisée, dans la mesure où se révèle nécessaire le recours à des mécanismes qui proviennent de modèles théoriques parfois complexes et multiples. C’est donc souvent en fin de formation universitaire qu’un cours ou un séminaire de politique économique trouve une place privilégiée, permettant ainsi aux étudiants de synthétiser leurs connaissances et de faire appel aux différentes notions qu’ils ont étudiées précédemment. Dans cette perspective, l’ouvrage Politique économique est particulièrement bien venu. Il analyse successivement six thèmes de politique économique. Pour chaque thème, il commence par la présentation des enjeux, suivi de la synthèse des théories qui permettent d’analyser ces enjeux, et des politiques économiques qui y sont liées.
Les deux premiers chapitres présentent les fondements de la politique économique, ses acteurs, ses objectifs et ses principes généraux. Les six chapitres qui suivent forment la colonne vertébrale de l’ouvrage. Dans ce qui suit, je vais détailler la structure du chapitre qui traite de la politique budgétaire ; je mettrai ensuite l’accent sur un certain nombre de questions abordées dans les autres chapitres.
Le chapitre 3 examine le rôle de la politique budgétaire ; il aborde surtout l’effet du déficit budgétaire sur l’activité économique. Le chapitre commence par fixer les enjeux de la politique budgétaire : présentation de son rôle de stabilisation de l’activité économique, des différents modes de financement du déficit, des différentes façons de mesurer le déficit, de l’évolution historique de la dette et des philosophies différentes qui existent quant à l’utilisation des déficits dans les principales économies mondiales et européennes. Dans la section théorique, les auteurs rappellent la théorie IS-LM et son extension dans le cadre d’une économie ouverte. De même sont rappelés (et discutés) les effets d’éviction, le rôle de l’offre agrégée et l’équivalence ricardienne. La section traitant des politiques met l’accent sur quatre questions : faut-il des règles en matière de déficits ? Quelle est la logique du pacte de stabilité et de croissance ? Faut-il coordonner les politiques économiques ? Faut-il donner plus de poids au budget de l’Union Européenne pour lui permettre de stabiliser les différentes économies de l’Union ?
Les autres chapitres abordent les questions suivantes. (Chapitre 4 : politiques monétaires) La banque centrale doit-elle être indépendante ? Quelles règles doit-elle suivre ? Doit-elle agir pour atténuer les effets d’un ralentissement de l’activité économique ? A quel rythme doit-elle agir ? Doit-elle se coordonner avec la politique budgétaire ? (Chapitre 5 : politiques de change) Quel est le rôle de la crédibilité dans la politique de change ? Faut-il coordonner les politiques de change ? Quels sont les critères dont il faut tenir compte dans le choix d’un régime de change ? (Chapitre 6 : politiques de croissance) Les politiques de stabilisation ont-elles un effet sur le long terme ? Faut-il stimuler l’épargne et l’investissement ? Quel rôle peuvent jouer les politiques régionales et les politiques d’éducation ? Comment créer des conditions propices à l’innovation ? (Chapitre 7 : politiques fiscales) Comment assurer l’efficacité et l’équité de la politique fiscale ? La concurrence fiscale est-elle bonne ? Comment utiliser la fiscalité pour corriger des insuffisances de marché ? (Chapitre 8 : politiques de l’emploi) Comment stimuler la demande de travail ? En créant des emplois de toutes pièces ? En allégeant les cotisations sociales ? En réduisant le temps de travail ? Faut-il plutôt influencer l’offre de travail ? En la restreignant ou au contraire en l’encourageant financièrement ? Faut-il contraindre les chômeurs à accepter une offre d’emploi ? Quelle est l’influence des mesures de protection des emplois ?
Le livre s’adresse principalement aux étudiants en fin de cycle, mais il sera également très instructif pour toutes les personnes intéressées par la politique économique. Les aspects techniques des modèles sont, dans la mesure du possible, écartés du texte principal et présentés dans des encadrés [2]. On trouve de larges bibliographies qui permettent de relier les questions de politique économique aux modèles théoriques récemment publiés. De plus, l’ouvrage est accompagné d’un site web (http:// www. politique-economique. info) qui fournit des bibliographies détaillées, permettant de répondre à des questions d’actualité. Il s’agit d’un très bon ouvrage, particulièrement utile pour mettre en perspective et synthétiser un ensemble de connaissances acquises par ailleurs.
Éric TOULEMONDE
 
Jean-Christophe DEFRAIGNE, De l’intégration nationale à l’intégration continentale : analyse de la dynamique d’intégration supranationale européenne des origines à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2004, 316 p.
 
 
Cet ouvrage est la version vulgarisée de la thèse doctorale soutenue par l’auteur à l’Université Libre de Bruxelles. L’économie mondiale et le commerce international ont été marqués, au cours des dernières années, par la prolifération et/ou l’approfondissement des schèmes d’intégration régionale de tous types. Parmi ceux-ci, le plus ancien et le plus avancé est celui de la « construction européenne ». Or, ce phénomène donne lieu à un ensemble de questions. L’auteur s’efforce de dégager la dynamique historique du processus d’intégration supranationale sur le continent européen et celle des liens entre évolutions économique et institutionnelle. Pour l’auteur, « [l]’analyse du processus d’intégration régional [en Europe] nécessite de prendre en compte la stratégie de développement des multinationales européennes et américaines et d’analyser les liens entre cette stratégie et les développements institutionnels supranationaux » (p. 14).
La première partie de l’ouvrage porte sur la formation de l’État-nation et du marché national, ainsi que sur l’origine de la pression supranationale qui va remodeler l’espace économique de l’Europe à la fin du XXe siècle. La deuxième partie montre comment, à travers l’intégration supranationale, la fragmentation du marché européen a été dépassée. La conclusion rappelle comment les changements technologiques ont rendu inévitable l’intégration supranationale pour la survie des grandes firmes européennes, notamment face à leurs concurrentes américaines. Enfin, à travers l’exemple européen, l’auteur propose une explication du mécanisme de regroupement territorial des classes sociales, des éléments de réponses quant à la disparition annoncée de l’État-nation, et de l’évolution possible de l’économie mondiale vers des blocs commerciaux concurrents.
Quoique l’analyse de l’auteur ait un caractère pluridisciplinaire, elle demeure avant tout économique. C’est ce qui explique sans doute que le paradigme marxiste soit omniprésent. Toutefois, les principales assises théoriques de l’ouvrage demeurent en filigrane et ne sont nulle part mentionnées. Ainsi, sans la nommer, c’est la théorie de l’impérialisme de Lénine qui expliquerait la Première Guerre mondiale. Aussi, le caractèreavant tout économique de l’analyse laisse de côté d’autres facteurs dont il n’est même pas fait mention. C’est le cas, entre autres, de la « théorie de la paix libérale » ou de la « paix démocratique », en vogue à partir de l’entre-deux-guerres, voulant que les régimes démocratiques ne se fassent pas la guerre. En revanche, l’auteur souligne clairement que c’est la crainte du communisme, un facteur essentiellement politique cette fois, qui expliquerait le soutien des États-Unis aux premiers efforts d’intégration européens après le second conflit mondial. Cela étant, il n’en reste pas moins que Jean-Christophe Defraigne a l’insigne mérite de bien faire ressortir les motivations essentiellement économiques derrière le processus d’intégration continentale européen.
L’ouvrage est écrit dans un style dense mais assez clair. Les principaux concepts théoriques économiques sont bien expliqués dans l’Introduction, ce qui rend assez aisée la compréhension de l’analyse pour les lecteurs non familiers avec la terminologie économique. On pourra regretter cependant des problèmes dans la mise en page de la plupart des graphiques car, en l’absence de couleurs, d’autres symboles auraient dû être utilisés afin d’en permettre une lecture satisfaisante.
En conclusion, voilà un ouvrage intéressant et bien structuré qui, à travers l’intégration supranationale européenne, met en exergue les impératifs propres à l’évolution de l’économie comme facteurs explicatifs de la « continentalisation » de l’économie mondiale.
Gilbert GAGNÉ
 
Réginald SAVAGE, Économie belge 1953-2000. Ruptures et mutations, Louvain-la-Neuve, Presses Universitaires de Louvain, 2004, 732 p.
 
 
Dans ce volumineux ouvrage de plus de 700 pages, l’auteur décrit et analyse les grandes évolutions qu’a traversées l’économie belge entre le milieu des années 50 et la fin des années 1990. Au-delà de l’interprétation purement économique des séries statistiques de longue période, l’auteur entend surtout proposer une lecture de l’histoire de notre économie par le biais de l’approche « régulationiste », c’est-à-dire en considérant le champ économique comme « enchâssé dans la société et imprégné de ses fonctionnements institutionnels » (p. 13).
Le premier chapitre est dès lors consacré à la mise en place des concepts qui sous-tendent le courant régulationiste. Ce chapitre situe le contexte général de l’analyse qui sera développée tout au long de l’ouvrage. Cependant, on regrettera que le caractère plutôt subtil de ces concepts rende la lecture de ce chapitre assez ardue. Le risque est de voir certains lecteurs y rester hermétiques et, en conséquence, se détourner du reste du livre. Ce chapitre s’apparente dès lors à un passage obligé visant à éclairer le lecteur sur le jargon propre à ce courant de pensée dérivé de théories marxiennes.
Le chapitre 2 est le chapitre central de l’ouvrage. L’évolution du PIB belge de 1950 à 2000 y est synthétisée, ainsi que les grands changements structurels tels que la tertiarisation de l’économie et la participation des femmes au marché du travail. Là où le matériel statistique le permet, les performances ont trait non seulement à l’ensemble de l’économie, mais sont également décrites au niveau des branches, voire des secteurs.
Les chapitres 3 à 7 constituent un enchaînement logique où l’auteur développe progressivement sa thèse centrale. Ainsi, à l’examen de l’évolution de la valeur ajoutée succède celui de l’impact des chocs et contre-chocs pétroliers. Le premier choc pétrolier apparaît non seulement comme une cause de la crise des années 1970, mais également comme déclencheur de celle-ci, dans la mesure où une série de déséquilibres s’étaient déjà développés au sein de notre économie au cours des années 1960. L’auteur examine ensuite la problématique de la compétitivité-coût. Il y décrit les évolutions des performances à l’exportation (parts de marché) et les met en perspectives avec les évolutions de la compétitivité de notre économie telle que reflétée par divers indicateurs de coût salarial relatif. Ensuite, ce sont successivement la spécialisation sectorielle belge et l’évolution des facteurs d’offre (population active, stock de capital et productivité) qui sont décrites. Enfin, le comportement d’investissement des entreprises est analysé. Au cours des quatre décennies passées en revue, on aurait assisté en Belgique à un découplage progressif entre l’investissement des entreprises d’une part, et l’évolution de leur rentabilité d’autre part, les entreprises privilégiant progressivement les opportunités de croissance externes (fusions et acquisitions) plutôt qu’internes (extensions de sites existants). Pour une petite économie ouverte comme la Belgique, cette évolution trouve son origine dans le cadre plus large des transformations de l’économie internationale (globalisation) et du système capitaliste (« financiarisation »).
Les chapitres suivants sont consacrés à d’autres dimensions de l’évolution économique et sociale (la répartition et la redistribution des revenus, les finances publiques, le rôle de l’état, etc.). Le dernier chapitre synthétise les précédents en mettant en perspective les évolutions économiques belges, les changements du cadre international et du capitalisme, ainsi que les réponses politiques et sociales qui ont été apportées aux défis que ces éléments représentaient.
A ceux que la vision d’un volume de 700 pages décourage, on signalera que celles-ci sont émaillées d’une multitude d’illustrations graphiques qui en rendent le parcours plus « léger ». Ces illustrations traduisent la volonté pédagogique de l’auteur qui, en permanence, a cherché à argumenter son raisonnement à partir de multiples angles de vue. L’utilisation, à côté des indicateurs « traditionnels », de toute une série de développements originaux apporte un éclairage complémentaire à la ligne de réflexion suivie, tout en restant cohérent avec elle. Cette volonté pédagogique se concrétise également par la présence, au sein de certains chapitres, d’une description des éléments théoriques que l’on devrait retrouver avec plus ou moins d’évidence dans les évolutions statistiques constatées. L’interprétation des sujets abordés est ainsi tirée de la confrontation de la théorie avec le constat statistique et les concepts propres à l’approche régulationiste. L’ouvrage proposé est remarquable par la performance en matière de recherche statistique de l’auteur. La reconstitution de séries historiques les plus variées est impressionnante, en dépit des remarques méthodologiques que l’on pourrait soulever ici et là.
Du côté négatif, on regrettera une construction de phrase souvent complexe, multipliant les adjectifs et allongeant le propos au point de parfois le rendre difficilement lisible. Entre rigueur du discours et clarté du propos, l’auteur a définitivement privilégié la rigueur. Toutefois, une certaine sobriété aurait rendu le texte nettement plus intelligible, sans nécessairement en réduire la précision. Enfin, le recours à l’approche régulationiste, s’il appartient à la plus stricte liberté de l’auteur, n’en situe pas moins son ouvrage dans le sillage de théories d’inspiration marxienne. Ce parti pris, le lecteur a, à son tour, la liberté de l’accepter ou de le refuser. De plus, il est à craindre que le vocabulaire, difficile au premier abord, propre à ce courant de pensée contribuera à écarter de l’ouvrage les lecteurs qui se sentent peu d’affinité avec ce type d’approche.
Jean-Benoît CHARLES
 
Alain FINET, éd., Gouvernement d’entreprise. Enjeux managériaux, comptables et financiers, préface de Réal Labelle, Bruxelles, De Boeck Université, 2005, 270 p.
 
 
Le gouvernement d’entreprise, ou corporate governance, inspire beaucoup de monde : l’on ne compte plus les hauts dirigeants d’entreprises qui y consacrent une partie de leur temps précieux, les consultants qui élaborent des pistes de réflexion novatrices et lucratives, ou encore les avocats qui cherchent la procédure inédite propre à immortaliser leur patronyme. Les responsables politiques rêvent d’une loi Sarbanes-Oxley à la belge. Du côté des scientifiques, l’intérêt pour ce sujet, sur le territoire européen, existe déjà depuis une quinzaine d’années, initialement outre-Manche, où l’on avait importé l’idée des Etats-Unis. Au départ, cette matière portait d’ailleurs l’estampille « Made in USA », mais comme tant de sujets similaires (il suffit de songer à la question des conflits d’intérêts, ou au délit d’initié), il s’est intégré à notre réflexion courante, au point de faire partie aujourd’hui, même dans la presse populaire, du patrimoine commun.
Le public dispose à présent de ce bel ouvrage qui fait le point sur la question. Il se destine notamment à ceux qui sont appelés à enseigner la matière, en leur offrant une technique inspirée des case books américains, une synthèse bien pratique à la fin de chaque chapitre, ainsi qu’une sélection de questions à traiter avec les étudiants. Par ailleurs, il aborde nombre de cas pratiques (Lernout & Hauspie, Real Software, et l’incontournable Enron) et soigne particulièrement l’aspect pédagogique. Il s’agit donc bien d’un outil appréciable pour le monde universitaire. Sans faire de l’ombre à la valeur didactique de l’ouvrage, il y a lieu d’en situer la signification sur le plan de la synthèse des idées : il aligne les principales conceptions en matière de gouvernement d’entreprise, les décortique les unes après les autres, et met un point d’honneur à cataloguer les références bibliographiques dans une plus large perspective historique et systématique. Au final, le lecteur y trouvera des renseignements si abondants et une analyse si fouillée que tant le dirigeant d’entreprise que le journaliste ou l’avocat y trouveront leur compte s’ils cherchent une introduction générale et synthétique de cette matière qui gagne chaque jour en complexité.
L’originalité du travail réside dans le traitement « bicontinental » : les contributeurs de cet ouvrage sont actifs et voyagent entre différentes universités européennes et américaines. Alain Finet, coordinateur et animateur du projet, et Marc Labie enseignent à la Faculté Warocqué de Mons-Hainaut. D’autres ont leurs attaches en France, en Suisse ou au Canada français. Ce côté transfrontalier nous livre quelques résultats passionnants : d’une part, un traitement du contenu qui s’appuie majoritairement sur des sources américaines mais également européennes, lesquelles sont ici utilement rassemblées. Pour beaucoup, cette abondance de sources européennes, et plus spécialement françaises, ouvrira des perspectives intéressantes et incitera à approfondir le sujet en des termes propres à l’Europe. D’autre part, et vu l’influence grandissante de la langue anglaise, les auteurs ont fait d’importants efforts pour que le message soit exprimé exclusivement dans la langue de Molière. Ainsi, le livre est intitulé « Gouvernement d’entreprise », et les auteurs se sont attachés à traduire en français les vocables américains les plus répandus en ce domaine. À cet égard, ils ont fait montre d’imagination, une imagination probablement inspirée ici et là par leurs confrères canadiens. Les stakeholders sont devenus « parties prenantes », ou « ayants droit ». L’entrenchement est probablement plus difficile à retrouver dans « enracinement ». Quant à l’« enchâssement social », il s’agit vraisemblablement de path dependency, cher à notamment Mark Roe, de Harvard. Cette tâche n’était assurément pas facile.
Après un tableau d’introduction, de la main d’Alain Finet, M.-H. Depret et Abdelillah Hamdouch abordent, en des termes généraux, la problématique de la relation entre le gouvernement d’entreprise et la performance, question qui scientifiquement n’a pas encore pu recevoir une réponse claire. Leurs propos débouchent sur un large aperçu des différentes théories managériales qui ont cours dans le débat sur la corporate governance. La présentation est claire et structurée, et comporte quelques références plus amples à la littérature. Presque toutes les grandes études sur le sujet sont mentionnées, surtout sous l’angle de la recherche sur la finance, bien moins quant aux points de contact avec l’analyse plutôt juridique. Les nombreuses théories relatives à l’entreprise, et notamment l’« agency theory » sont largement commentées, mais réfutées en faveur d’une doctrine encore peu cristallisée d’une approche cognitive (p. 54). Que le débat n’est pas clos, est plus qu’évident.
Alain Finet analyse les développements qu’a connus Real Software, et en fait une étude des conséquences d’un gouvernement d’entreprise faible et divisé : bien que les événements relatés soient très liés à leur époque, un observateur pourra dégager les manquements dans le processus de décision de cette entreprise.
L’application du modèle et des concepts de gouvernement d’entreprise à l’économie sociale forme le sujet d’un intéressant chapitre dû à la plume de Marc Labie. A juste titre, il attire l’attention sur les similitudes entre les deux systèmes : les contrôles internes, les règles de compliance, mais également le souci de disposer d’organes de gestion équilibrés et compétents, sont autant de thèmes communs qui se dégagent. Un cas d’application divertissant, situé en Colombie, vient éclairer l’exposé.
Deux gros chapitres sont consacrés au rôle de la comptabilité, de l’information financière et de l’audit dans le gouvernement d’entreprise.
Charles Piot (de Montréal) examine, tout au long d’un volumineux chapitre (un tiers de l’ouvrage !), très circonstancié, et passionnant à bien des égards, la fonction de l’audit, de l’auditeur et du comité d’audit (p. 187 et suivantes). De nombreux éléments de cet aperçu mériteraient d’être cités ici : le rôle et l’historique du comité d’audit, l’influence de la rémunération sur l’indépendance de l’auditeur et la qualité de ses prestations (p. 161), les relations entre le comité d’audit, l’auditeur et le management (p. 207), et le rôle de surveillance du comité ainsi que les rapports avec la surveillance exercée par les grands actionnaires, la détection des fraudes et l’influence favorable de la vigilance de l’auditeur et du comité d’audit (p. 218), le développement – hélas assez court – de l’idée que l’auditeur occupe une fonction d’« assureur » (p. 195), etc. Beaucoup de ces thèmes sont étayés par des références à des études empiriques, à des textes normatifs, à des schémas d’analyse (par exemple en matière de détection de la fraude), et d’autres encore.
En tant qu’ouvrage didactique, ce livre offre une introduction très utile et fonctionnelle à la matière du gouvernement d’entreprise, principalement du point de vue de l’approche managériale. En tant qu’outil documentaire, il présente une analyse bien menée des grands courants de pensée qui sous-tendent le sujet et qui méritent que l’on s’y attarde. En fin de compte, il s’agit là d’une excellente contribution à la littérature consacrée au gouvernement d’entreprise.
Eddy WYMEERSCH
 
Michel ALLÉ, Sabena, la faillite évitable ? Élaboration d’un business plan, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2004, 200 p.
 
 
Dans la préface de l’ouvrage, E. De Keuleneer esquisse le problème de la faillite de la Sabena. Il pose la question fondamentale de l’application du principe de corporate governance dans cette faillite. Le rôle de l’Etat, actionnaire majoritaire et administrateur dominant par hommes liges interposés, est habilement esquivé. Comme il l’évoque, l’ouvrage offre des clefs de lecture qui sont de nature à aider chaque lecteur à mieux comprendre les causes de cette faillite. Encore faut-il que le lecteur soit attentif, car il ne trouvera que des embryons de réponse. L’ouvrage est, en fait, la description d’une démarche pédagogique réalisée dans le cadre d’un séminaire consacré à l’élaboration d’un business plan. Il en a le charme, mais il en a aussi les faiblesses. Le lecteur s’inquiétera, peut-être, d’un ton paternaliste et de la forme personnalisée adoptés par l’auteur.
Le chapitre 1 est consacré à une brève synthèse de la problématique économique du transport aérien. Le lecteur y trouve une vue des principales caractéristiques de ce secteur spécifique. Le chapitre 2 entend analyser, dans le cadre de la méthode d’analyse stratégique SWOT [3], les forces et faiblesses de la Sabena en 1997, point de départ des plans financiers alternatifs des étudiants. Sans vouloir épiloguer sur le choix de l’analyse SWOT, on peut regretter, dans l’application qui en est faite, que les forces et faiblesses soient tirées d’idées reçues plutôt que fondées sur des analyses scientifiques un peu plus fines… Peut-on en effet se contenter, comme à la page 30 par exemple, d’affirmer, sans citer ses sources, que la stratégie de Swissair est approuvée par les analystes, les consultants et les marchés ? Swissair était-il aussi solide que le laisse apercevoir l’ouvrage ? L’alliance Alcazar avait capoté. Le projet Flair (!), qui était le nom de code de la reprise de la Sabena, se plaçait dans le cadre de la stratégie de Hunter développée par le consultant McKinsey. Elle visait « à combler le vide stratégique laissé par l’échec d’Alcazar » [4]. Enron, Parmalat, Vivendi ou encore le Crédit Lyonnais sont autant de cas qui démontrent l’utilité d’analyses scientifiques plus poussées et indépendantes des intérêts en cause. Les pistes de réflexion qui clôturent chaque chapitre posent parfois les bonnes questions ! Le chapitre 3 évoque, en quelques pages, le problème de la flotte et de son renouvellement. L’analyse est superficielle et incomplète. Le court courrier était opéré par Screiner, pour le compte de la société, avec des Dash 8 et des ATR 72. Les RJ 100 et 85 opéraient aussi sur des destinations moyen courrier. La conclusion de ce chapitre est à l’image de l’ambiguïté de l’analyse : « En 1997, la seule option pour Sabena est, semble-t-il, le développement raisonné du Hub de Bruxelles, en étroite coordination avec Swissair » (p. 52). Ceci est sans doute politiquement correct, à défaut d’être scientifiquement satisfaisant. Le chapitre suivant est consacré à préciser quelques principes méthodologiques et à donner certaines définitions. Il intéressera davantage l’étudiant que le lecteur avide de trouver une réponse à la question posée par le titre de l’ouvrage. Le cinquième chapitre traite des modes de financement de la flotte. A juste titre, on dénonce d’emblée les polémiques à ce propos, fondées parfois sur des informations peu fiables. Le lecteur s’attend, en conséquence, à une analyse pointue de cette question qui était – comme on le confirme – fondamentale pour la survie de cette société. Le lecteur ne trouvera pas ce qu’il attend. L’analyse donne pourtant plusieurs explications intéressantes sur les techniques de financement dans le secteur aérien. Le lecteur sera heureux de constater que l’ouvrage conclut, de manière toute théorique, que : « pour être sincère, notamment vis-à-vis des actionnaires et des prêteurs, le bilan doit reprendre à l’actif les avions acquis et au passif les obligations consenties pour les financer » (p. 78). Le conseil d’administration avait-il suivi ces principes élémentaires de saine et transparente gestion ? Le lecteur se devra de vérifier lui-même les bilans de l’époque ! Le chapitre 6 traite de quatre des scenarii retenus par les étudiants. Il s’agit de décrire les simulations de plans financiers réalisées sur base d’hypothèses différentes retenues par quatre groupes d’étudiants. Elles reposent toutes sur des stratégies tirées par la demande du marché et sous contrainte des moyens financiers placés à l’époque par les actionnaires. Ce chapitre se lit avec intérêt, et les graphiques mettent bien en relief les résultats de ces simulations. Le chapitre 7 confronte les simulations des étudiants au choix d’achat de 34 Airbus pris par le conseil d’administration le 17 novembre 1997. Il y a d’abord une brève description factuelle et chronologique. Cette partie nous paraît négliger certains aspects, tels que la question de l’option sur des Airbus cédée par Swissair à la Sabena. En une simple phrase, on signale – sans autres commentaires critiques – que : « les engagements pris ce jour-là représentent 1,5 Milliard d’euros à comparer aux fonds propres inférieurs, à l’époque, à 170 millions d’euros » (p. 102). Le lecteur ne trouvera guère d’analyse critique plus poussée de cette décision du conseil d’administration. Dans l’introduction du chapitre suivant, est relevée la question des conséquences financières du choix effectué par le conseil d’administration. Ce chapitre met en avant l’erreur stratégique de la conclusion des accords avec Virgin et City Bird. Il les présente comme la goutte d’eau qui a précipité la chute. Le dernier chapitre évoque, en quelques pages, des études de sensibilité pour conclure, qu’en fait de transport aérien, de faibles modifications de l’environnement économique entraînent des conséquences importantes.
Les administrateurs de la Sabena et les responsables du gouvernement peuvent dormir en paix, cet ouvrage contourne – avec un talent politique certain – les véritables problèmes qu’aurait sans doute fait apparaître une analyse scientifique rigoureuse, ce que le lecteur était en droit d’espérer à la lecture d’un titre accrocheur.
Robert WTTERWULGHE
 
Philippe DUGERDIL, Impact des décisions informatiques. Introduction à l’informatique pour le décideur non-informaticien, Lausanne, Presses Polytechniques et universitaires romandes, 2005, 229 p.
 
 
Cet ouvrage collectif, destiné à un public de décideurs non spécialisés dans le domaine informatique, présente un panel varié de problématiques liées à la stratégie de la gestion d’information, et plus particulièrement à la gestion des systèmes informatisés au sein d’une organisation quelconque. Chaque chapitre, écrit par un professeur spécialisé de la Haute école de gestion de Genève, se structure plus ou moins identiquement au fil du livre, donnant à l’ouvrage une certaine homogénéité. Après avoir souligné les enjeux stratégiques des systèmes d’informations et en montrant bien la nécessité pour le décideur de maîtriser la gestion des systèmes d’informations informatisés (SII) au sein de son organisation, l’ouvrage s’attache à présenter les différents aspects d’un système informatique. Quelques chapitres proposent, sans entrer dans un jargon hautement sophistiqué, une vue globale sur les aspects matériels et logiciels des SII, ainsi que sur l’architecture et le développement des différents réseaux de communication de données. Toujours dans le but de permettre au décideur de pouvoir communiquer avec l’ensemble de son équipe d’informaticiens, l’ouvrage présente également les concepts de base de la programmation et la complexité liée aux options de développements. Un chapitre dédié aux bases de données permet de se rendre compte de l’importance majeure que représentent aujourd’hui ces outils, laissant sous entendre que les choix d’un système de base de données et de ses accessoires peuvent se révéler déterminants pour la stratégie et l’évolution de l’organisation. Le livre met aussi en évidence l’intérêt que doit porter le décideur à l’évolution de l’informatique mobile et au développement d’Internet.
Une des forces de l’ouvrage est de montrer de manière pertinente que les systèmes informatiques ne sont que des outils pour une meilleure circulation de l’information au sein d’une organisation quelle qu’elle soit. Si l’informatique est effectivement un métier complexe, faisant appel à des spécialistes, l’implication du décideur apparaît aussi incontournable afin d’aboutir à une plus grande maîtrise de tous les aspects stratégiques liés à l’information. L’ouvrage permet encore de distinguer les outils informatiques comme une solution à l’apprentissage organisationnel et ce via le Knowledge Management. On pourra regretter l’absence d’études de cas concrètes permettant au lecteur de voir pratiquement l’utilisation de tous les concepts. Cependant, les auteurs ont pris la peine de proposer des check-lists à la fin de chaque chapitre, laissant de cette manière la possibilité au décideur de se poser les questions adéquates pour l’élaboration de ses décisions informatiques.
En résumé, l’ouvrage, outre le fait de clarifier les objectifs stratégiques de la gestion des SII, permet au lecteur de mieux comprendre le fonctionnement même des SII lui donnant ainsi les outils pour sensibiliser ses informaticiens à la stratégie de son organisation. Bien que l’informaticien ne remette que très peu souvent en cause la subordination de l’informatique à la stratégie d’une organisation, il faut bien reconnaître que ses préoccupations parfois très techniques l’empêchent d’avoir une vision stratégique globale de son travail.
Sylvain LUC
 
Olivier TORRÈS, avec la collaboration de Dorothée YAOUANC, La guerre des vins : l’affaire Mondavi. Mondialisation et terroirs, Paris, Dunod, 2005, 218 p.
 
 
Une histoire digne de Clochemerle, relayée par la presse mondiale, est à la base de cet ouvrage sur la « guerre des vins » ; une guerre entre tenants de la mondialisation, représentés par le groupe américain Mondavi, et la fronde régionale animée par A. Guibert, l’emblématique producteur du Daumas-Gassac à Aniane en Languedoc. Affrontement entre libéralisme et alter mondialisation, le combat est l’occasion de comparer deux systèmes géographiques, sociaux et économiques vini-viticoles.
Olivier Torrès, très à l’aise dans cet ouvrage clair, bien documenté et agréable à lire, nous transporte de la « coca-colonisation » à la lutte « pagnolesque » des hérauts locaux contre l’implantation de la multinationale américaine. Un journal français parle de « Peppone contre la World Company » ! En huit chapitres, sont passés en revue « la Macdonalisation du vin », puis l’histoire viticole du Languedoc et celles des familles Mondavi et Guibert, avant d’aborder la tentative avortée d’implantation de Mondavi à Aniane. Après un début difficile mais prometteur, le conflit, une véritable guerre des chefs, monte jusqu’au retrait de Mondavi. L’histoire ne se termine pas là, puisque l’acteur Depardieu arrive à Aniane…
L’affaire Mondavi devient ainsi plus qu’un conflit local. Elle illustre cette guerre mondiale du vin, entre mondialisation et terroir, et pose ainsi la question de l’avenir de la vini-viticulture française avec son carcan législatif et son savoir faire face aux tenants de la technique, de l’efficience et de la standardisation. Un livre à lire…
Antoine BAILLY
 
NOTES
 
[*] La Chronique des livres est coordonnée par Marcus Dejardin, des Facultés universitaires de Namur. Courriel : marcus. dejardin@ fundp. ac. be.
[1] Cet ouvrage est la 2e édition de l’ouvrage Polèse M., 1994, Economie urbaine et régionale : logique spatiale des mutations économiques, Paris, Economica, 400 p.
[2] Selon les chapitres, ces encadrés sont plus ou moins techniques et vont plus ou moins loin dans la présentation des modèles.
[3] Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats.
[4] R. Lüchinger, Swissair, l’histoire secrète de la débâcle, Bilan, Lausanne, p. 164.
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