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Reflets et perspectives de la vie économique

2006/2 (Tome XLV)


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INTRODUCTION

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Les entreprises familiales jouent un rôle considérable dans l’économie de la plupart des pays et représentent entre 50 et 90 % du produit intérieur brut de toutes les économies de marché (Kenyon-Rouviniez et Ward, 2004). Pourtant, l’entreprise familiale n’est pas clairement définie. Elle ne peut l’être ni à partir de formes juridiques spécifiques, ni sur la base de critères de taille, même si, dans la pratique, on constate que les PME sont très souvent des entreprises familiales. Les définitions en sont donc nombreuses et hétérogènes, avec une forte intégration d’éléments qualitatifs. Le choix de ces critères de définition est arbitraire mais l’examen de la littérature permet d’en identifier trois principaux : le contrôle du capital par la famille, la participation active de la famille dans la gestion de l’entreprise, ainsi que la transmission ou la volonté de transmettre l’entreprise à la génération suivante.

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Nous nous proposons ici d’appréhender ce champ de recherche. Définir le concept lui-même, malgré les contours encore flous que lui prête la littérature, et décrire la place de l’entreprise familiale dans la vie économique seront nos premiers objectifs, avant de mettre en évidence les spécificités des entreprises familiales en termes de gestion et gouvernance. Ensuite, grâce aux résultats d’une enquête menée en Région wallonne [1][1] Cette enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet..., nous établirons un profil de la PME familiale belge et de ses principaux dirigeants, permettant ainsi d’objectiver un certain nombre d’allégations notamment sur l’emploi ou l’avenir du tissu économique.

1 - Mythe ou réalité

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L’entreprise familiale ne semble pas être une exception ou un type d’organisation obsolète. De nombreuses études (Cromie et al., 1995 ; Allouche et Amann 1995 ; La Porta et al., 1999 ; Faccio et Lang, 2002 ; IFERA, 2003 ; Morck et Yeung, 2003 ; Olson et al., 2003 ; Sraer et Thesmar, 2004, Kenyon-Rouviniez et Ward, 2004) concluent que les entreprises familiales représentent un pourcentage important dans le total des entreprises et notamment parmi les PME, jusqu’à plus des deux tiers des entreprises dans les pays occidentaux. Bref, longtemps considérée comme une forme désuète d’entreprise, l’entreprise familiale n’en reste pas moins une réalité dans la quasi-totalité des économies mondiales.

1.1 - Importance des entreprises familiales dans le monde

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Donckels et Aerts (1993, p. 162-164) ont interrogé 1132 dirigeants de PME dans huit pays européens, afin d’estimer la proportion d’entreprises à caractère familial. Ils ont obtenu les résultats suivants :

Tableau 1 - Les PME familiales dans huit pays européensTableau 1
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Dans ces huit pays, les PME familiales (c’est-à-dire dans ce cas les PME dont la majorité des parts est détenue par une famille et dont les principales fonctions de gestion sont exercées par des membres de la famille) représentent un pourcentage allant de 51 % à 83 % des PME. Et plus la taille de l’entreprise est petite, plus la part des PME familiales augmente dans le total :

Tableau 2 - Les PME familiales en fonction de leur taille dans huit pays européensTableau 2
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Ces résultats sont confirmés par l’enquête de Wtterwulghe et al. (1994). Celle-ci révèle que 82 % des PME sont détenues majoritairement par le dirigeant et/ou sa famille. En outre, ils constatent aussi que 71 % de ces entreprises sont gérées par des membres de la famille. Aux États-Unis, Astrachan et Kolenko (1994) estiment que plus de 90 % des entreprises sont détenues et contrôlées par une ou plusieurs familles et qu’elles représentent entre 30 et 60 % du PNB. En Allemagne, Reidel (1994, p. 6) constate que 80 % des entreprises sont de type familial. Dans l’Union européenne, selon Crouzet (1995), le pourcentage des entreprises familiales varie de 75 % à 99 % selon les pays. Par entreprise familiale, Crouzet entend l’entreprise possédée, contrôlée et gérée par une famille. Elles représentent selon lui deux tiers du PIB et assurent deux tiers des emplois.

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Dans son enquête sur les dirigeants de PME françaises, Ducheneaut (1996, p. 168-169) constate que 43 % des dirigeants de PME détiennent directement plus de 50 % du capital de leur entreprise. Si on y ajoute le capital détenu par la famille et les amis, le pourcentage de détention monte à 72 %. Selon Allouche et Amann (1995), 29,4 % des 1000 plus grandes entreprises françaises étaient contrôlées par des familles en 1992 et jusqu’à 49,2 % des 500 plus grandes entreprises industrielles à capital national. Hugron (1998, p. 37) confirme également que l’entreprise familiale est une forme prédominante dans les économies occidentales et omniprésente dans les économies en voies de développement.

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Par ailleurs, il est important de constater que les entreprises familiales ne sont pas que des PME et qu’il en existe un grand nombre parmi les grandes entreprises. En Belgique, 52 % des 100 000 plus grandes entreprises seraient des entreprises familiales (Vicindo Data Marketing, 2002 [2][2] In Institut des Experts Comptables, www. iec-iab. be,...). Par exemple, nous pouvons citer Delhaize, Kinépolis, Guylian, etc. De célèbres grandes marques sont aussi des entreprises familiales : Hermès, Aldi, Ikea, Porsche, Fiat ou encore Ford Motor Compagny qui est encore aujourd’hui contrôlée par la famille Ford à 40 %.

Tableau 3 - Les plus grandes entreprises familiales au monde (par chiffre d’affaires)Tableau 3
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Dans leur étude menée en Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne et Italie, Faccio et Lang (2002) ont trouvé que, sur les 3470 entreprises qui composaient l’échantillon, 43,9 % étaient des entreprises familiales. Cependant, cette étude comporte un biais : les entreprises familiales ont été identifiées par le nom de famille. Ce qui mène à une sous-estimation du nombre d’entreprises familiales. Pour les Pays-Bas, Floren (2002) obtient un taux de 55 % d’entreprises familiales et ce, malgré le fait qu’il ait choisi une définition plus stricte.

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Selon une étude de l’International Family Enterprise Research Academy menée dans 45 pays (IFERA, 2003) sur les entreprises familiales en général (qu’elles soient de grandes entreprises ou des PME), celles-ci sont non seulement dominantes dans la plupart des pays européens en termes de nombre, mais aussi en ce qui concerne la contribution au PNB.

Tableau 4 - Les entreprises familiales : nombre et contribution au PNBTableau 4
11

Pour ce qui concerne les autres continents, on estime la part des entreprises familiales à 95 % du nombre et 40 % du PNB aux États-Unis, contre 65 % et 75 % des entreprises respectivement en Amérique centrale, latine et en Australie.

1.2 - Importance des entreprises familiales en Belgique

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Selon les résultats de l’enquête de Van Caillie et Denis (1996, p. 15-16) sur la province de Liège, on observe que 79 % des PME interrogées sont détenues à 100 % par la famille, et même jusqu’à 86 % détenues à 50 % au moins. Les résultats indiquent également que 92,7 % des dirigeants sont propriétaires de l’entreprise.

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Vicindo Data Marketing (2002) a voulu montrer l’importance des entreprises familiales et a réalisé une étude sur les 100 000 plus grandes sociétés de Belgique. Pour identifier les entreprises familiales, quatre critères ont été retenus : le nom de l’administrateur se trouve dans le nom de l’entreprise, minimum deux administrateurs de la même famille, un des administrateurs est domicilié à l’adresse de l’entreprise, deux administrateurs cohabitent. Les résultats montrent que 52 % des entreprises belges répondent à au moins un des critères sus-mentionnés. Ils mettent également en évidence que les entreprises familiales sont plus souvent de petite ou moyenne taille, que ce soit selon le nombre de travailleurs (de 0 à 9) ou selon le chiffre d’affaires (de 100 000 à 1 million d’euros). Ils ont donc trouvé des résultats conformes à Daily et Dollinger (1993) pour les États-Unis ; Cromie et al. pour l’Irlande du Nord (1995) ; Jorissen et al. pour les entreprises familiales flamandes (2002) ; Hillier et McColgan pour l’Angleterre (2005). Ils ont également montré que les entreprises à fort caractère familial se retrouvent plus dans les activités d’expertise « artisanales » ou dans les secteurs d’activités proches de l’alimentation, c’est-à-dire des activités plus traditionnelles dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. C’est le cas notamment des fabricants de meubles, du travail de la pierre, des brasseries, de la confection, de l’agriculture, élevage, etc. Les entreprises à faible caractère familial se retrouvent plus dans le secteur des services (les cabinets d’avocats, d’experts-comptables, les bureaux d’architectes, etc.) et dans certains secteurs plus « artisanaux » (contrairement à ce que Cromie et al. (1995) avaient trouvé), comme par exemple, les entreprises de plomberie, de peinture, etc. En ce qui concerne l’existence de différences de proportion d’entreprises familiales au niveau provincial, l’étude de Vicindo Data Marketing (2002) a mis en évidence que c’est dans les provinces de Flandre orientale, du Luxembourg, de Flandre occidentale, de Namur et du Limbourg que l’on retrouve plus de PME à caractère familial qu’en moyenne. Leur étude a également montré que les entreprises familiales sont plus âgées que les entreprises non familiales, ce qui confirme les résultats des études de Westhead (1997), Wall (1998) et Klein (2000), mais pas ceux de Daily et Dollinger (1993) et Leach (1991). Cependant, la définition retenue comporte quelques limites : une entreprise familiale pourrait ne comporter qu’un seul membre de la même famille au conseil d’administration et porter un nom différent de la famille.

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Dans leur enquête sur les entreprises flamandes, Jorissen et al. (2002) ont trouvé que 82,8 % des entreprises interrogées étaient des PME familiales. Ils ont également constaté des différences sectorielles en ce qui concerne la proportion de PME familiales et des dirigeants de PME familiales plus âgés que ceux des PME non familiales, ce qui confirme les précédentes études de comparaison d’âge de dirigeant (Gallo, 1995 ; Cromie et al., 1995 ; Floren, 1998).

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Il faut cependant garder à l’esprit que le choix de la définition retenue pour l’entreprise familiale a une influence non négligeable sur les résultats obtenus et limite la pertinence de certaines comparaisons. Ainsi, dans une étude réalisée au Royaume-Uni sur 427 entreprises non cotées, Westhead et Cowling (1998) ont montré que, selon la définition choisie, la distribution de l’échantillon entre entreprises familiales et non familiales peut varier fortement et passer d’une répartition 80 %-20 % (si la définition retenue est : plus de 50 % des droits de votes pour une famille et si les dirigeants considèrent l’entreprise comme familiale) à du 15 %-85 % (pour la définition suivante : plus de 50 % des droits de votes pour une famille, plus de 51 % des membres de la direction sont de la famille et si l’entreprise en est à la seconde génération ou plus). Cette étude nous montre l’importance cruciale d’un accord sur la définition de l’entreprise familiale.

2 - Démystifier la PME familiale belge

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Comme évoqué plus haut, les données sur les PME sont nombreuses, mais le concept d’entreprise familiale est encore un peu flou et difficile à cerner autrement que par une enquête minutieuse. Afin de dresser une situation du tissu économique belge et wallon plus particulièrement, en termes de caractéristiques des PME, de profil de dirigeant, de chances de pérennité, etc., nous avons mené une étude spécifique par le biais d’une enquête. La population visée par notre recherche est constituée des PME wallonnes non cotées, ce qui représente 71 471 PME et 483 207 emplois (234 158 PME et 1 459 732 emplois pour la Belgique), parmi lesquelles nous tenterons de distinguer les entreprises familiales. Nous avons décidé d’approcher les PME wallonnes répondant aux critères comptables belges (50 personnes occupées en moyenne, 6 250 000 de CA, 3 125 000 de total bilantaire) en y ajoutant toutefois un critère d’indépendance : 25 % maximum du capital détenu par une ou plusieurs grandes entreprises. Ensuite, nous n’avons retenu que les PME créées avant le 31 décembre 1990, et ce de manière à ce que le caractère familial ou non soit bien imprégné dans l’entreprise. Enfin, nous avons exclu les PME occupant moins de deux travailleurs car ces très petites unités sont souvent des entreprises exercées en personne physique et nous ne pouvons pas vraiment considérer une PME détenue et dirigée par une seule personne comme une entreprise familiale.

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Compte tenu de l’ensemble de ces critères, nous obtenons une population composée de 8917 PME, ce qui représente 55 284 emplois. Aucun des critères vus précédemment et définissant la nature familiale d’une entreprise n’est appréhendable sans contact direct avec l’entreprise. Ce n’est que par questionnement donc que nous pourrons estimer la part de celles-ci au sein de la population définie ci-dessus. Devant le foisonnement des items mobilisables, nous avons posé les choix suivants, l’entreprise devant répondre à deux d’entre eux au moins :

  • une famille détient au moins 50 % des actions de l’entreprise ;

  • une famille a une influence décisive sur la stratégie de l’entreprise et sur les décisions de transmission de l’entreprise (ce critère sera identifié par le fait que la majorité des membres de la direction sont de la famille) ;

  • la majorité du conseil d’administration est constituée de membres d’une famille.

Nous avons choisi cette définition de l’entreprise familiale pour deux raisons. D’une part, cette définition repose sur des critères clairs et mesurables, par opposition aux définitions qualitatives qui sont plus subjectives et arbitraires. D’autre part, la définition est très proche des plus récentes définitions de l’entreprise familiale (Astrachan et Kolenko, 1994 ; Floren 2002 ; Anderson et Reeb 2003 ; Laveren et Bisschops, 2004 ; Sonfield et Lussier, 2004).

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Notre enquête a été lancée auprès de 2000 entreprises dans l’espoir d’obtenir un taux de réponse de 20 % et d’atteindre ainsi un échantillon suffisant. La représentativité de l’échantillon constitué des 391 entreprises ayant répondu a été testée au seuil de signification de 5 % quant aux critères de taille et de répartition sectorielle et géographique : il répond aux conditions statistiques permettant d’extrapoler nos résultats à la population définie plus haut.

Tableau 5 - Tests de représentativitéTableau 5
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La comparaison des distributions de fréquences entre les répondants et la population totale (PME wallonnes créées avant le 31 décembre 1990 occupant au moins 2 travailleurs) est présentée dans les tableaux suivants :

Tableau 6 - Répartition géographiqueTableau 6
Tableau 7 - Répartition sectorielleTableau 7
Tableau 8 - Répartition selon le nombre de travailleursTableau 8
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Nous structurerons l’analyse de nos résultats selon les éléments suivants : l’âge et la forme juridique de l’entreprise, le secteur et la structure décisionnelle des PME en général, le caractère familial, la taille, la localisation, et enfin les organes de gouvernance des entreprises familiales.

3 - Résultats

3.1 - Âge et forme juridique des entreprises

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Il est d’abord utile de s’intéresser à la totalité de l’échantillon, dont les caractéristiques peuvent être extrapolées à la population. Pour rappel, nous avons interrogé des PME indépendantes existant, au moment de l’enquête, depuis 14 ans au moins. 45,9 % d’entre elles ont opté pour la forme de SA et 46,9 % pour celle de SPRL. Les sociétés coopératives (SC) et les sociétés en commandite par actions représentent seulement 6,7 % et 0,5 % du total. La majorité des PME (65,7 %) ont été créées entre 1970 et 1989. On peut donc imaginer qu’une même proportion d’entreprises est, en Région wallonne concernée par une problématique de transmission (réalisée récemment ou à venir prochainement), les PME créées avant 1970 (23,1 % du total) ayant, quant à elles, sans doute passé ce cap une fois au moins déjà. L’âge moyen des entreprises constituant notre échantillon s’établit à 29,73 ans.

3.2 - Secteur d’activité

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En considérant quatre méta-secteurs (industrie, commerce au sens large, construction et services, nous obtenons la structure suivante.

Figure 1 - Secteur d’activité des répondantsFigure 1

3.3 - Direction de l’entreprise

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Afin d’identifier la structure décisionnelle de nos « sondés », nous avons retenu trois indicateurs : le nombre de personnes à la direction, l’âge moyen de ces dirigeants, le cumul des fonctions de dirigeants et d’actionnaires. Nous constatons ainsi que 59,3 % des entreprises sont dirigées par une seule personne et 30,9 % par deux personnes, soit plus de 90 % ensemble.

Figure 2 - Nombre de dirigeantsFigure 2
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Quant à l’âge des dirigeants, nous observons qu’il s’établit en moyenne à 49,21 ans, ce qui s’apparente étroitement à la moyenne (51,05 ans) observée par Laveren et Bisschops (2004, p. 7) pour le dirigeant d’entreprise flamande. Cette donnée résulte de la répartition suivante.

Tableau 9 - Âge des dirigeantsTableau 9
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Enfin, selon les réponses à la dernière question, une très grande majorité des dirigeants des PME en sont également actionnaires (96,7 %). Ce résultat confirme celui précédemment obtenu par Van Caillie et Denis (1996, p. 15-16) sur la province de Liège (92,7 % des dirigeants sont propriétaires de l’entreprise).

3.4 - Origine de l’entreprise

Tableau 10 - Origine de l’entrepriseTableau 10
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Cette répartition nous indique que plus de la moitié des entreprises (53,5 %) sont de première génération et que 46,5 % des entreprises ont déjà fait l’objet d’une transmission. Parmi ces entreprises reprises, deux tiers ont fait l’objet d’une transmission familiale (soit 31,5 % de l’ensemble). On notera également que 1,8 % des entreprises ont été rachetées à un ami ou une connaissance proche et que 4,1 % d’entre elles ont été rachetées par les employés à leur employeur. Enfin, 9,2 % de ces PME ont été rachetées en passant par un organisme ou bien par un processus de recherche ou encore créées par des coopérateurs (les coopératives agricoles par exemple).

3.5 - La nature familiale des entreprises

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Les résultats commentés jusqu’à présent pour l’ensemble des entreprises concordent avec l’hypothèse qu’une proportion importante d’entre elles revêtent un caractère familial. C’est sur cette catégorie que nous allons maintenant focaliser notre approche.

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Tout d’abord, nous observons que la majorité des PME constituant notre échantillon sont des PME détenues par des familles.

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En effet, pour 64,7 % des entreprises, le capital est détenu à 100 % par la famille proche ! Ce pourcentage monte même à 80,1 % si nous y ajoutons les entreprises détenues à 100 % par la famille élargie. Enfin, en incluant les entreprises détenues jusqu’à 50 % par la famille élargie, le taux monte jusqu’à 87,2 %. Nous constatons également que seulement 4,1 % des entreprises sont détenues en partie par d’autres entreprises belges alors que 8,2 % des entreprises ont une structure composée d’associés sans liens familiaux. Ces résultats confirment ceux précédemment obtenus pour la province de Liège par Van Caillie et Denis (1996, p. 15) et sont légèrement plus élevés que ceux obtenus par Donckels (1989) pour l’ensemble de la Belgique.

Tableau 11 - Structure de l’actionnariatTableau 11

En combinant les trois critères retenus pour définir le caractère familial (dirigeant, actionnaire, structure globale de l’actionnariat, qualité des administrateurs), nous obtenons la structure suivante :

Tableau 12 - Importance des PME familiales*Tableau 12
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Avec un taux de 81,33 % de PME familiales, nous obtenons des résultats similaires aux études précédentes réalisées en Belgique, notamment celle de Wtterwulghe et al. (1994) qui révélait un taux de 82 % de PME familiales et celle de Jorissen et al. (2002) avec un taux de 82,8 %. Ce pourcentage de PME familiales est plus élevé que celui obtenu en 1993 par Donckels et Aerts (1993, p. 162-164), qui était de l’ordre de 69 % de PME familiales pour la Belgique. Cependant, ce pourcentage est fort proche de ceux obtenus par Astrachan et Kolenko (1994) pour les États-Unis (90 %), par Reidel (1994, p. 6) pour l’Allemagne (80 %) et par Crouzet (1995) selon qui le pourcentage des PME familiales dans l’Union européenne varie de 75 % à 99 % selon les pays. Ce résultat est donc conforme à ceux obtenus par les études antérieures, à savoir que les entreprises familiales sont majoritaires (Donckels et Aerts, 1993 ; Astrachan et Kolenko, 1994 ; Reidel, 1994 ; Wtterwulghe et al., 1994 ; Cromie et al., 1995 ; Ducheneaut, 1996 ; La Porta et al., 1999 ; Jorissen et al., 2002 ; IFERA, 2003).

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Ce résultat étant statistiquement significatif à un seuil de 1 %, nous pouvons en tirer comme conclusion que la PME familiale est un type d’entreprise dominant sur le marché belge et est loin d’être une survivance du passé.

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Il est aussi intéressant de voir où sont localisées ces PME.

Tableau 13 - Localisation des PME familiales*Tableau 13
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Si les Provinces de Hainaut et de Liège comptent le plus grand nombre absolu d’entreprises et d’entreprises familiales de notre échantillon, c’est dans les Provinces de Namur et de Luxembourg que le caractère familial est le plus prédominant.

3.6 - Secteurs d’activité

34

La répartition sectorielle de l’échantillon global précédemment établie peut être maintenant précisée sur base du caractère familial de l’activité.

Tableau 14 - Secteur d’activité de la PME familiale versus non familiale*Tableau 14
35

Selon l’enquête de Jorissen et al. (2002) sur les entreprises familiales flamandes, les entreprises familiales sont moins actives dans le secteur des services (de manière statistiquement significative). Les auteurs supposent que, d’une part, les entreprises industrielles requièrent plus de capitalisation que les entreprises de services et, d’autre part, qu’il est plus difficile de conserver les compétences au sein des familles, surtout en ce qui concerne les entreprises de services. Nous obtenons des résultats assez similaires : les PME familiales sont nettement moins représentées dans les secteurs des services et l’industrie. Au niveau des PME non familiales, nous constatons qu’elles se répartissent équitablement entre les différents secteurs.

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Enfin, en ce qui concerne la taille, mesurée soit par l’effectif, soit par le total bilantaire, nous observons les distinctions suivantes :

Tableau 15 - Différences de taille en termes de travailleurs*Tableau 15
Tableau 16 - Différences de taille en termes de total bilantaire*Tableau 16
37

Les résultats de ces deux tableaux nous montrent que les PME familiales sont en général plus petites que les autres PME. En effet, en ce qui concerne le nombre de travailleurs, 26,03 % des PME non familiales occupent plus de 19 travailleurs pour seulement 2,83 % des PME familiales. Le constat est le même pour ce qui est du total bilantaire : 38,36 % des PME non familiales présentent un total de l’actif supérieur à 2 000 000 d’euros pour seulement 24,68 % des PME familiales.

3.7 - La pérennité des entreprises familiales

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En ce qui concerne l’ancienneté des entreprises, nous constatons que, pour notre échantillon, les PME familiales sont en moyenne plus anciennes que les autres PME. En effet, 25 % des PME familiales ont été créées avant 1970 pour seulement 16 % des PME non familiales.

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L’âge moyen des PME familiales constituant notre échantillon est de 30,45 années, contre seulement 26,53 années aux PME non familiales. Les résultats des études concernant les différences d’âge sont divergents. Alors que certains (Daily et Dollinger, 1993, pour les États-Unis ; Leach, 1991, pour l’Angleterre) montrent que les entreprises familiales sont plus jeunes que les entreprises non familiales, d’autres montrent le contraire (Westhead, 1997, pour l’Angleterre ; Wall, 1998, pour les États-Unis ; Klein, 2000, pour l’Allemagne ; Vicindo Data Marketing, 2002 pour la Belgique). Mais nos résultats confirment ceux précédemment obtenus par Vicindo Data Marketing pour la Belgique.

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Par ailleurs, certaines études (Gallo, 1995, pour les entreprises espagnoles ; Cromie et al., 1995, pour l’Irlande du Nord ; Floren, 1998, pour les entreprises néerlandaises ; Jorissen et al., 2002, pour les entreprises familiales flamandes) tendent à prouver que la théorie de l’enracinement des dirigeants est particulièrement adaptée au concept d’entreprise familiale, sur base de l’observation de l’âge des dirigeants. Toutefois, nos propres résultats à cet égard ne sont pas statistiquement significatifs et ne montrent pas de différence importante entre l’âge des dirigeants de PME familiales et de PME non familiales.

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Par contre, ces données permettent de quantifier l’ampleur de la problématique de transmission que notre tissu économique sera amené à gérer dans un avenir proche. En effet, 21,9 % des PME pourraient être transmises d’ici cinq ans et 36,9 % d’ici dix ans. Pour l’ensemble de la Belgique, cela représenterait plus de 13 000 PME (en activités depuis 15 ans et occupant au moins deux travailleurs). Enfin, l’âge moyen des dirigeants est de 49,21 ans et un peu plus de la moitié des PME constituant l’échantillon (53,5 %) sont de première génération, ce qui signifie que le problème de la transmission sera nouveau pour elles !

3.8 - Le mode de gouvernance, en particulier le conseil d’administration

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87,2 % des entreprises de notre échantillon présentent un conseil d’administration composé pour la majorité de membres provenant de la famille. Selon la théorie de l’agence, les administrateurs externes, de par leurs compétences particulières et leur indépendance, contribuent à un mode de contrôle plus efficace des dirigeants. Selon la théorie de l’enracinement, le dirigeant s’oppose à la nomination d’administrateurs externes et tente de réduire leur représentation au sein du conseil d’administration. Dans le cas de l’entreprise familiale, on pourrait légitimement attendre un type de comportement similaire, puisque, généralement, dirigeant et famille y sont enracinés. En effet, les administrateurs internes peuvent difficilement contester les choix du dirigeant car, d’une part, ils dépendent hiérarchiquement du dirigeant qu’ils doivent contrôler et, d’autre part, ils sont unis par les liens familiaux. L’opposition apparente de ces deux théories porte donc à douter qu’une politique efficace de gouvernance puisse facilement s’implanter dans les PME familiales. Nous observons en effet que les 318 PME familiales de notre échantillon sont guidées par un conseil d’administration presque exclusivement composé de membres de la famille. Par contre, pour 68,5 % des PME non familiales, le conseil d’administration est majoritairement composé de membres externes. À ce sujet, Laveren et Bisschops (2004) ont montré une relation positive entre la taille de l’entreprise familiale et le nombre de membres composant le conseil d’administration. Notre étude confirme en effet que, parmi les plus petites PME familiales, le conseil d’administration est réduit à sa plus simple expression et n’a que très peu d’influence.

Conclusion

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D’une manière générale, les entreprises de l’échantillon sont de très petites entreprises et ont, pour la plupart, un caractère familial (81,33 %). Ces résultats étant statistiquement significatifs, leur extrapolation nous permet d’estimer que sur les 234 158 PME belges (ONSS, 2002), 190 440 seraient des PME familiales. La majorité des PME (65 %) a été créée entre 1970 et 1989, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre elles fera l’objet d’une transmission dans les années à venir ou a récemment fait l’objet d’une transmission. En regardant l’origine des PME, nous avons constaté qu’un peu plus de la moitié de celles-ci était de première génération, les autres ayant déjà fait l’objet d’une transmission.

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L’enquête nous a également permis de confirmer que les PME ont en majeure partie un caractère familial. Les PME familiales sont aussi plus âgées que les PME non familiales et sont en général plus petites, ce qui laisse supposer que leur croissance est moindre par rapport aux autres entreprises. Sans doute cela est-il dû à la crainte de perdre le contrôle de l’entreprise par la famille. Nous avons également observé que les Provinces regroupant le nombre le plus faible d’entreprises en général sont aussi les plus concentrées en PME familiales (Namur et Luxembourg).

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Nous avons également mis en évidence que plus de 95 % des dirigeants étaient également propriétaires de leur entreprise et que la structure de l’actionnariat des PME était principalement composée des membres de la famille. En effet, 87,2 % des PME sont détenues majoritairement par la famille. Par ailleurs, pour ce qui concerne le conseil d’administration, 87,2 % des PME ont un conseil d’administration composé pour la majorité de membres provenant de la famille.

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Enfin, l’âge moyen des dirigeants est de 49,21 ans. Cette catégorie de données permet par ailleurs d’estimer que 21,9 % des PME devraient être transmises dans les cinq prochaines années et 36,9 % dans les dix années à venir. Mais selon les délais de transmission prévus par les dirigeants, ce serait 30,4 % des PME interrogées qui devraient être transmises dans les cinq ans et 55,1 % dans les dix ans. Ces résultats extrapolés à la population des 8917 PME wallonnes, représentant 55 284 emplois indiquent qu’un peu moins de 5000 PME wallonnes seront à remettre dans les dix prochaines années, ce qui représente également 31 000 emplois. Les mêmes proportions appliquées aux 35 356 PME en activité depuis 15 ans en Belgique et occupant au moins deux travailleurs, soit 216 425 emplois mènent à un peu moins de 20 000 PME à transmettre, soit 122 400 emplois. Cette étude confirme donc très clairement l’acuité que revêtira la problématique de la transmission dans la décennie à venir.


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Notes

[1]

Cette enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet européen « Equal-Qualicrea » et financée par l’Université de Mons-Hainaut (UMH) et le Fonds Social Européen.

[2]

In Institut des Experts Comptables, www. iec-iab. be, « Zoom sur les entreprises familiales », date de consultation, 19 mai 2005.

Résumé

English

Family businesses are often presented as being a large part of economy, but the concept itself has not actually been defined and quantified, especially on the Belgian Market. We drived therefore a large inquiry in order to identify Belgian family companies and their main characteristics. We noticed they are quite older and smaller than the mean company. Some places in Wallonia present a larger concentration in family business. The inquiry especially focused on the transmission process, which is foreseen to be of great importance within ten years, concerning about 13.000 companies and 100.000 employments following our forecastings.

Keywords

  • family firm

Plan de l'article

  1. INTRODUCTION
  2. 1 - Mythe ou réalité
    1. 1.1 - Importance des entreprises familiales dans le monde
    2. 1.2 - Importance des entreprises familiales en Belgique
  3. 2 - Démystifier la PME familiale belge
  4. 3 - Résultats
    1. 3.1 - Âge et forme juridique des entreprises
    2. 3.2 - Secteur d’activité
    3. 3.3 - Direction de l’entreprise
    4. 3.4 - Origine de l’entreprise
    5. 3.5 - La nature familiale des entreprises
    6. 3.6 - Secteurs d’activité
    7. 3.7 - La pérennité des entreprises familiales
    8. 3.8 - Le mode de gouvernance, en particulier le conseil d’administration
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Comblé Karin, Colot Olivier, « L'entreprise familiale : concept et importance en Belgique. », Reflets et perspectives de la vie économique 2/2006 (Tome XLV) , p. 91-108
URL : www.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2006-2-page-91.htm.
DOI : 10.3917/rpve.452.108.


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