Reflets et perspectives de la vie économique 2007/1
Reflets et perspectives de la vie économique
2007/1 (Tome XLVI)
210 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782804154707
DOI 10.3917/rpve.461.0007
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Vous consultezIntroduction générale

AuteursMicael Castanheira du même auteur

Chercheur Qualifié auprès du FNRS, ECORE, Université Libre de Bruxelles

Jean Hindriks du même auteur

ECORE, Université catholique de Louvain et Senior Fellow Itinera Institute

L’objectif de cet ouvrage est d’offrir un éclairage abordable, succinct et politiquement neutre sur dix questions de politique économique a priori complexes et par là difficiles à maîtriser par le non-spécialiste. L’ambition des auteurs, qui ont tous accepté de contribuer bénévolement à cet ouvrage, est de rendre le débat public plus informé sur chacune de ces questions. Trop souvent, les clichés et la méconnaissance du sujet font que l’on propose des politiques populistes ou peu réfléchies et de ce fait totalement inefficaces. Trop souvent, les débats s’arrêtent à des clichés ou à des lieux communs lorsque le sujet semble trop complexe. Trop souvent, les représentants peuvent adopter un discours officiel distinct de ce qu’ils défendent réellement. Une information objectivée, assortie de propositions novatrices, parfois provocatrices, peut limiter tout cela.

2 En d’autres termes, l’objectif premier de l’ouvrage est d’offrir suffisamment d’informations aux électeurs pour leur éviter d’être les victimes de telles politiques, populistes ou inadaptées. Beaucoup d’observateurs de la société belge s’accordent sur le fait qu’il est urgent de relever un certain nombre de défis pour relancer notre économie. C’est dans cet esprit que nous avons sollicité des académiques avec une réelle capacité d’analyse pour cerner les problèmes et offrir des pistes de réformes, sans chercher à faire la leçon aux décideurs politiques. C’est en effet au politique qu’incombe la lourde tâche de faire les arbitrages et de convaincre l’opinion publique des changements à faire. La tâche des auteurs de ce volume a donc été d’identifier certains de ces arbitrages et, dans la mesure du possible, de faire des propositions concrètes de réforme pour pouvoir résoudre les problèmes auxquels la Belgique est confrontée. L’ambition n’est pas des moindres. Il s’agit de tenter d’améliorer la situation économique en Belgique.

3 Ces experts ont tous une connaissance aiguisée de leur sujet. Ils se basent sur des théories de pointe, sur des expériences réalisées à l’étranger et sur des éléments quantitatifs qui ne sont pas toujours connus hors d’un petit cénacle[1] [1] Régulièrement, certains objectent que les connaissances...
suite
.

4 C’est la première fois qu’un groupe aussi prestigieux d’experts participe de cette manière à clarifier le débat politique belge sur des questions d’une telle importance. Grâce à eux, ce livre rassemble un ensemble de contributions originales, qui offrent un traitement bref et accessible de la théorie ou des faits économiques concernés, et qui se concentre directement sur les questions telles qu’elles se posent en Belgique.

5 Nous avons structuré ce livre autour de dix questions clairement identifiées. De la sorte, pour chaque question qui l’intéresse, le lecteur pourra retrouver facilement l’information dont il a besoin. Dans un monde où le temps est compté, il était important de fournir cette information de façon succincte et non encyclopédique. Pour cette raison, chaque auteur a cherché à se concentrer sur les éléments importants dans les grands arbitrages, pour les choix sociaux à réaliser par le ou les prochain(s) gouvernement(s).

6 Une autre fonction de ce livre sera d’informer le monde politique, les journalistes, et les enseignants. Il peut être utilisé comme outil pédagogique pour l’enseignement secondaire, supérieur et universitaire quand le débat porte sur des questions de politique économique.

Dix enjeux de politique économique

7 Avant d’entrer dans le détail des réformes économiques, Micael Castanheira et Abdul Noury analysent les positions idéologiques des partis belges. En effet, ce que les électeurs connaissent des partis n’est souvent qu’une image tronquée et partielle, hautement dépendante de l’actualité ou de l’image que certaines personnalités tentent de donner d’elles-mêmes.

8 L’objectif de leur prologue est de dépasser cette image partielle, pour mesurer plus systématiquement les positions politiques des partis belges. Deux méthodes sont utilisées. Premièrement, ils exploitent des données d’enquêtes effectuées auprès d’experts belges. Ces experts ont dû évaluer la position des partis le long de plusieurs dimensions de politique économique, et révèlent les points de polarisation et de convergence entre ces partis. Deuxièmement, ils étudient le comportement de vote des parlementaires belges sous les trois dernières législatures. Ceci permet d’identifier les partis qui s’opposent et ceux qui s’accordent le plus souvent. L’image qui ressort de ces données ne correspond pas toujours aux idées reçues…

Question 1 : Langues

9 Parlons des langues sans mauvaise langue ! La première des dix questions de politique économique étudiée est un sujet « chaud » dans la politique belge : celui des langues. Victor Ginsburgh et Shlomo Weber étudient les connaissances linguistiques en Belgique et dans ses trois régions (Bruxelles, Flandre, Wallonie). Les enquêtes montrent que la Flandre est bien plus multilingue, ce qui est sans doute un fait bien connu, mais la différence est considérable : alors que 59 % et 52 % des Flamands connaissent le français ou l’anglais respectivement, seulement 19 % et 17 % des Wallons connaissent le néerlandais ou l’anglais. Selon eux, quoique les mesures préconisées par le Plan Marshall aillent dans la bonne direction, elles sont sans doute très insuffisantes pour combler un tel retard. Ils argumentent qu’une solution probablement bien meilleure serait de rendre à l’État fédéral la responsabilité de l’enseignement linguistique, de façon à créer un pont entre les deux communautés.

Question 2 : Le fédéralisme

10 La deuxième question est également un sujet de tension majeure dans la politique belge. Cette question est étudiée sous deux angles différents. Henri Capron analyse la problématique des transferts interrégionaux et leur influence sur la croissance régionale en y apportant deux éléments nouveaux. D’une part, grâce à une méthodologie basée sur la comptabilité régionale, il est le premier à mesurer les transferts au niveau des arrondissements. Il ressort que, même si les transferts se font effectivement prioritairement de l’ensemble de la région flamande vers la région wallonne, ces transferts sont en fait concentrés sur très peu de régions : les donateurs principaux sont Hal-Vilvorde, Louvain et le Brabant Wallon. Les principaux récipiendaires sont Charleroi, Liège et Mons. Pour la plupart des autres arrondissements, les transferts sont en fait peu significatifs. En d’autres termes, la majeure partie des transferts provient de la région bruxelloise élargie et non de la région flamande ! Le deuxième élément nouveau est que cette méthode basée sur la comptabilité régionale permet aussi une comparaison à l’échelle européenne. Cette perspective élargie permet de voir que, pour une grande partie, les transferts belges sont dans la moyenne européenne.

11 Un deuxième aspect fondamental du fédéralisme est celui de la coopération et de la stabilité des processus démocratiques qui l’organisent. Henry Tulkens propose une mise en perspective du fédéralisme et du confédéralisme à la lumière du concept de coopération « forcée » et « choisie ». Il applique son analyse à deux problèmes aigus qui se posent dans la Belgique fédérale d’aujourd’hui : d’une part, le caractère exclusivement bi-communautaire des institutions qui régissent la Région de Bruxelles Capitale et ses 19 communes, et d’autre part le statut linguistique unilingue flamand des communes entourant Bruxelles.

Question 3 : Bruxelles

12 L’urbanisation de nos économies est un phénomène universel, et la Belgique n’échappe pas à cette règle. Jacques-François Thisse et Isabelle Thomas étudient l’impact de ce processus sur l’économie belge. L’urbanisation de la Belgique fait ressortir un seul et unique pôle d’attraction autour duquel est orientée la plus grande partie de l’économie belge : Bruxelles. La raison est qu’il est nécessaire pour une entité économique de dépasser une certaine taille critique. Or seule Bruxelles, et dans une moindre mesure Anvers, sont capables de dépasser cette taille. Aucune ville wallonne ne s’en approche. Au vu de ce fait, ils peuvent argumenter que la politique wallonne de saupoudrage économique peut s’avérer extrêmement coûteuse à terme. Ils proposent donc de concentrer plus de ressources sur des entités géographiques précises et d’appuyer sur Bruxelles la politique de développement de la région wallonne, à la manière de ce que fait déjà la région flamande.

Question 4 : Les migrations

13 La migration choisie est-elle une illusion ? Frédéric Docquier et Hillel Rapoport identifient le potentiel mais aussi les limites d’une politique d’immigration sélective dans le contexte européen et belge. Ils présentent d’abord un résumé des coûts et avantages de l’immigration qualifiée, tels qu’ils ressortent d’analyses économiques récentes, en regardant uniquement le point de vue des résidents des pays d’accueil. Ils s’interrogent ensuite sur la place de l’Europe dans la compétition internationale pour attirer les talents, notamment par rapport aux autres grands pays traditionnels d’immigration, ainsi que sur les effets de l’immigration qualifiée sur les inégalités Nord-Sud. Enfin, ils évaluent la capacité des politiques d’immigration sélective à répondre aux défis que constituent pour les pays européens le vieillissement de leur population et l’exode d’une partie de leurs cerveaux vers les autres grandes nations industrialisées.

Question 5 : Les retraites

14 Faut-il tuer les vieux à la naissance ? David de la Croix et Pierre Pestieau se tournent vers le problème des retraites, qui sont l’une des clefs de voûte de notre système de sécurité sociale. Ils argumentent que la résistance aux réformes des retraites provient en bonne partie d’une incompréhension des mécanismes économiques sous-jacents à la problématique. Les réformes qu’ils étudient touchent aux paramètres clefs du système de retraite : taux de cotisation, montant des prestations et âge de départ à la retraite. Ils montrent pourquoi un accroissement du taux d’activité des travailleurs âgés n’aura pas d’effet négatif sur l’emploi des autres catégories de travailleurs. En outre, ils défendent l’idée qu’il est important de maintenir un revenu de remplacement décent et lié à l’évolution du coût de la vie et de garantir un minimum de subsistance à toute personne n’ayant pu contribuer suffisamment.

Question 6 : L’emploi

15 Jean Pisani-Ferry étudie la problématique de l’emploi en Belgique, tout en offrant un regard pan-européen sur le sujet. Comme il le souligne, l’emploi demeure l’objectif premier que les citoyens fixent à leurs gouvernants. Et pourtant, peu de gouvernements parviennent à relancer l’emploi par leur seule politique. L’auteur argumente que, pour dépasser cette impuissance, il est temps que les partis politiques se détachent des controverses habituelles. À force de s’enfermer dans des courants de pensée partisans et dépassés, les partis ne pourront qu’être identifiés aux erreurs de leur école de pensée. Au lieu de cela, ils peuvent accepter de débattre de façon plus neutre des grands arbitrages auxquels nous faisons face. L’article de Jean Pisani-Ferry reprend trois de ces arbitrages fondamentaux : faut-il sacrifier une partie de notre revenu pour avoir plus de temps libre ? Peut-on concilier un taux d’emploi élevé et une réduction des inégalités ? La société peut-elle limiter les risques économiques auxquels les travailleurs font face ?

Question 7 : La flexisécurité

16 Flexibilité et sécurité : un mariage impossible ? Étienne de Callataÿ et André Sapir cherchent à évaluer de manière synthétique l’organisation des marchés du travail, des biens et services et du capital en Belgique. En faisant abstraction des niveaux de pouvoir compétents en Belgique, ils expliquent tout d’abord comment fonctionnent ces marchés en Belgique. Le bilan qui ressort de leur analyse n’est pas flatteur : la Belgique voit sa position compétitive se détériorer et la prise de conscience du besoin d’avancer dans les réformes ne s’est pas encore faite. Pour redresser notre économie, il faudra donc accepter que de telles réformes sont nécessaires. Les auteurs proposent quelques grands axes de réformes qu’il conviendrait de mettre en œuvre. Pour le marché du travail sont tour à tour examinés l’offre de main-d’œuvre, le coût du travail et les règles d’organisation du marché du travail. Pour le marché des biens et services, l’accent est mis sur les activités de service, qui restent soumises à de nombreuses barrières. Les problèmes de notre système d’enseignement sont également mis en avant.

Question 8 : Les délocalisations

17 Faut-il avoir peur des délocalisations ? Lionel Fontagné et Carine Peeters nous offrent une perspective originale pour alimenter le débat actuel sur les délocalisations. Traditionnellement, le débat porte sur les emplois perdus et sur la façon de limiter, voire d’interdire, les délocalisations. Leur article pose la question différemment : ne peut-on pas assurer la création de nouveaux emplois en exploitant les gains de compétitivité offerts par les délocalisations ? Après une discussion sur leurs effets de court et de long terme, les auteurs montrent que, pour le bien-être des générations futures, nous ne devons surtout pas rêver d’un monde sans délocalisation. Étant donné les risques d’un repli sur soi, il est au contraire nécessaire de s’ouvrir à elles. Cependant, il est tout aussi indispensable d’accompagner ceux qui sont victimes des pertes d’emploi. Les auteurs suggèrent diverses pistes qui permettraient de réduire ces coûts tout en maximisant les bénéfices des délocalisations ; tant pour les travailleurs touchés que pour l’économie dans son ensemble. Ils insistent en particulier sur la nécessité de développer notre capital humain et nos capacités d’innovation.

Question 9 : La fiscalité

18 Faut-il taxer plus pour taxer moins ? Marcel Gérard et Christian Valenduc se concentrent sur une série de réformes fiscales que le prochain gouvernement pourrait mettre en œuvre. Les marges de manœuvre du gouvernement seront évidemment limitées par le besoin de réduire les déficits publics. Cependant, cette contrainte ne signifie pas que le gouvernement puisse se contenter d’immobilisme. Certaines réformes ont la capacité d’améliorer notre situation économique tout en réduisant la pression fiscale ressentie. À cette fin, ils argumentent qu’il est nécessaire d’élargir la base imposable en Belgique, en supprimant certaines niches fiscales qui ne favorisent que des minorités ciblées. Un tel élargissement de la base imposable permettra alors de réduire la pression fiscale sur le reste de la population. C’est par exemple le principe de la flat tax. D’autres mesures peuvent aussi être envisagées pour améliorer l’impôt des sociétés et pour s’orienter vers une fiscalité environnementale efficace.

Question 10 : La gouvernance publique

19 On s’avoue des défauts, mais rarement on se réforme. La gestion publique en Belgique, singulièrement en Belgique francophone, fait aujourd’hui l’objet d’une remise en cause profonde et durable. Sous la pression de l’institution judiciaire, des médias et de l’opinion publique, la classe politique commence à prendre la mesure des problèmes de gestion publique. La question de la gouvernance publique finit par s’imposer dans l’agenda politique ; elle n’est pas prête d’en ressortir. Alain Eraly et Jean Hindriks défendent la position que, plus que de lynchages médiatiques, notre pays a besoin d’une compréhension de la logique de système et d’une intelligence de la réforme. Au-delà du respect des prescrits légaux, la question de la performance des services publics est posée, et donc nécessairement la question de la responsabilité des mandataires sur la performance. Ces deux questions sont complexes, elles appellent des réponses nuancées, progressives, adaptées aux divers contextes institutionnels. Alain Eraly et Jean Hindriks évoquent les principaux chantiers à mettre en œuvre.

 

Notes

[ 1] Régulièrement, certains objectent que les connaissances de ces personnes « enfermées dans leur tour d’ivoire » risquent d’être éloignées de la réalité. Par conséquent, si les positions prises par de tels experts sont en porte-à-faux avec les idées reçues, elles sont balayées d’un revers de la main. Par exemple, Caplan (2006) démontre que, dans des domaines techniques ou trop chargés émotionnellement (par exemple, la criminalité ou l’immigration), les clichés et les idées reçues ne tendent pas à disparaître, même s’ils sont vraisemblablement faux.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Micael Castanheira et Jean Hindriks « Introduction générale », Reflets et perspectives de la vie économique 1/2007 (Tome XLVI), p. 7-12.
URL :
www.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2007-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/rpve.461.0007.