Rente naturelle et composition des dépenses publiques
Louis-Marie Philippot
Cet article cherche à mettre en évidence l’impact de la rente naturelle sur la composition des dépenses publiques. Notre hypothèse est la suivante. Lorsque la qualité institutionnelle est mauvaise, le pouvoir exécutif dispose de marges de manœuvre plus importantes dans l’allocation des fonds publics. La composition des dépenses publiques est alors biaisée en faveur de celles qui offrent le plus de bénéfices politiques et de celles qui sont le plus valorisées par les dirigeants. Notre argumentation s’appuie sur le modèle de cycle politico-budgétaire de Drazen et Eslava (2005a). Dans ce modèle, les responsables politiques cherchent à influencer les citoyens en manipulant la composition des dépenses publiques (et non leur niveau). En utilisant les données sur la rente tirée des ressources naturelles compilées par la Banque mondiale et en construisant des données sur les produits agricoles de base, nous estimons un modèle à effets fixes dans lequel nous cherchons à expliquer la part d’une catégorie de dépenses, dans les dépenses publiques totales, par un certain nombre de variables parmi lesquelles se trouve une mesure de la rente. La présence de rente semble associée à un accroissement des dépenses courantes notamment des subventions. En revanche, l’existence de rente naturelle n’a pas d’impact significatif sur la part des dépenses en capital, elle semble même associée à une réduction des dépenses consacrées à l’infrastructure économique.Mots-clés :
ressources naturelles, rente, dépenses publiques, cycles politico-budgétaires.
In this paper, we investigate the impact of natural income/resource rent on public expenditure composition. Our hypothesis is that, when institutional quality is low, politicians have more discretionary power on the allocation of public resources. Then public expenditure composition tends to be modified in favour of two types of public spending : those which generate important political benefits and those which are favoured the most by politicians.
We use the model of political-budget cycles developed by Drazen and Eslava (2005a) to support our hypothesis. In this model, politicians try to influence citizens by manipulating public expenditure composition (and not the level of government spending). In the empirical part of this article/paper, we estimate a fixed effects model in which we explain the share of a type of public expenditure in total public spending by several variables among them we have a measure of income/resource rent. We use rent data compiled by the World Bank and calculate income/rent from ten raw agricultural products. According to our results, natural resource abundance is associated with higher current expenditure especially subsidies. Natural income/resource rent seems to have no significant effect on public investment. It is even associated with lower spending on transport and communications (a proxy for investment in public infrastructure).
Classification JEL : O13, E62
• Introduction
• Une revue de la littérature
• Une brève présentation du modèle inspiré de Drazen et Eslava (2005A)
• Rente naturelle et dépenses publiques : une analyse empirique
— Une description des variables et de la technique utilisées
— Les commentaires des résultats
• Conclusion et prolongements
• Bibliographie