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S'inscrire Alertes e-mail - Regards croisés sur l'économie Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes marchés prédictifs : nouveaux devins ou superordinateurs ?
AuteurRenaud Coulomb du même auteur
(RCE)Comment prédire au mieux le futur ? Si l’information utile pour cette prédiction se trouve dispersée parmi les individus, celle-ci doit être agrégée de façon optimale. Par quel mécanisme ? Le marché !, répondent les économistes. L’existence de marchés prédictifs repose sur le postulat d’efficience* informationnelle, caractérisant le marché comme le meilleur algorithme d’agrégation de l’information [Valérie Mignon, p. 104]. Sur les marchés prédictifs s’échangent des contrats dont les paiements varient en fonction d’événements contingents. Les agents, motivés par leur propre intérêt financier, achètent et vendent ces contrats selon leurs prévisions du futur, et bien sûr selon le prix du contrat. Sous certaines conditions, on peut donc dire que le prix d’un contrat à une date t reflète la croyance du marché à la date t sur la probabilité d’occurrence d’un événement futur.
2 Cependant, quand bien même les marchés prédictifs seraient réellement efficients, ils ne prédiraient pas pour autant parfaitement le futur : ils le prédiraient au mieux compte tenu de l’information disséminée parmi les parieurs. Si tout le monde se trompe… le marché se trompe également. Les marchés prédictifs créent donc une incitation à trouver de l’information fiable.
3 Le premier marché prédictif de taille est né il y a presque 150 ans : le « Wall Street betting odds » organisait de 1868 à 1940 des paris sur l’issue des élections présidentielles américaines. Les paris ont même à certains moments dépassé le montant des transactions opérées à Wall Street ! On construit aujourd’hui des marchés prédictifs pour presque tout : élections, fondamentaux économiques, résultats des firmes (Google en 2006), succès d’un film ; selon la rumeur, le Pentagone aurait même essayé de mettre en place un marché pour prédire des attentats terroristes ! Le plus connu de ces marchés est l’Iowa Electronic Market, crée en 1988. Il a régulièrement surpassé les principaux organismes de sondages dans la prédiction de l’issue des élections présidentielles américaines. Est-ce bien étonnant ? Les sondages sont présents dans le stock d’information dans lequel puisent les parieurs ; on peut donc naturellement s’attendre à ce qu’un marché prédictif fasse au moins aussi bien qu’un sondage.
4 Leur capacité prédictive dépend de la structure du marché, des types de joueurs, de la définition des contrats, etc. Ils ne peuvent bien fonctionner que si l’information est inégalement distribuée. En effet, que se passe-t-il si l’information est la même pour tous, et que tous ont un comportement similaire ? Le marché meurt avant même d’avoir commencé, car il n’y a aucune perspective de gain, donc aucun intérêt à entrer dans jeu. C’est l’intuition du no trade theorem de Milgrom et Stokey (1982). Les constructeurs de marchés prédictifs cherchent donc à attirer des individus mal ou peu informés.
5 En outre, pour que le prix reflète bien la croyance agrégée des intervenants, il ne faut pas que celui-ci puisse être manipulé ; dans le cas inverse, les mouvements de prix, déterminés en partie par des manipulations, ne refléteraient qu’imparfaitement les changements de croyance. Cependant, les tentatives de manipulation des cours semblent plutôt s’être soldées par des échecs, le prix n’étant affecté que sur de très courtes périodes.
6 Enfin, les limites cognitives et la motivation des joueurs peuvent également restreindre la capacité prédictive des marchés. Les individus ont en général du mal à différencier les événements peu probables de ceux qui ont une probabilité infinitésimale, et ils survalorisent les contrats portant sur des événements à faible probabilité. En outre, l’attachement politique par exemple peut biaiser la croyance d’un parieur sur les chances d’un candidat.
7 Certains marchés comme Newsfutures fonctionnent avec de la monnaie virtuelle – notamment pour des contraintes légales. Ces marchés sont-ils moins efficients pour autant ? Rien n’est moins sûr : l’amour du jeu ou la reconnaissance d’être un bon pronostiqueur permettent peut être d’attirer un nombre suffisamment élevé de personnes pour que le marché fonctionne correctement. En outre, le caractère ludique de ces marchés peut favoriser l’entrée dans le jeu de parieurs peu ou mal informés, et donc en réponse l’entrée de parieurs informés, attirés par l’asymétrie d’information* et les perspectives de gain « symbolique » qu’elle offre…
8 Pour aller plus loin : Wolfers J. et Zitzewitz E. (2004), « Prediction markets », The Journal of Economic Perspectives, vol. 18, n° 2.
POUR CITER CET ARTICLE
Renaud Coulomb « Les marchés prédictifs : nouveaux devins ou superordinateurs ? », Regards croisés sur l'économie 1/2008 (n° 3), p. 118-119.
URL : www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2008-1-page-118.htm.
DOI : 10.3917/rce.003.0118.




