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S'inscrire Alertes e-mail - Relations internationales Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’indépendance par la monnaie : la France, le Mali et la zone franc, 1960-1963
AuteurGuia Migani du même auteur
IEP de Paris - Université de Padoue.INTRODUCTION
Situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Mali est voisin de l’Algérie au nord, de la Mauritanie à l’ouest, du Burkina-Faso et du Niger à l’est, de la Guinée et du Sénégal au sud. État enclavé, le Mali n’a pas de débouchés sur la mer et son territoire est occupé en bonne partie par le désert. Malgré ces contraintes, le Mali est un pays important pour l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. En 1959, alors qu’il forme avec le Sénégal une fédération, il est le premier État membre de la Communauté franco-africaine à demander l’indépendance. En 1960, son rapprochement avec la Guinée et le Ghana semble donner aux pays africains « progressistes » une avancée nette sur les pays « modérés », encore liés à l’ancienne puissance coloniale. L’histoire de ses relations avec la France, ainsi que la façon dont ce pays a géré le passage à l’indépendance, est un moment important de la décolonisation de l’Afrique subsaharienne. Le but de cet article est ainsi d’analyser l’évolution des relations franco-maliennes sur le plan économico-monétaire dans les années 1960-1963. Elle nous permettra de comprendre les implications économiques, et donc politiques, du processus de décolonisation dans l’Afrique francophone[1] [1] Sur l’histoire de la décolonisation française...
suite.
2 Les colonies africaines de la France faisaient partie de la zone franc, un ensemble monétaire économico-monétaire fondé sur la monnaie française. Dans la zone franc, les pays membres partagent la même monnaie, le franc CFA (Colonies françaises d’Afrique). Après 1958, le privilège de l’émission est conféré, pour l’Afrique occidentale, à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)[2] [2] Pour une histoire très intéressante et approfondie...
suite et pour l’Afrique centrale à la Banque centrale des États de l’Afrique équatoriale et du Cameroun. Par ailleurs, il existe aussi un institut d’émission pour Madagascar et les Comores.
3 Les principes sur lesquels repose la zone franc sont la convertibilité des monnaies rattachées au franc par une parité fixe, la liberté de transfert des capitaux à l’intérieur de la zone, la réglementation commune des changes, la mise en commun des devises. La convertibilité illimitée du franc CFA en francs français est garantie par le compte d’opérations, qui opère entre le Trésor français et les instituts d’émission en Afrique[3] [3] Sur le fonctionnement du compte d’opérations,...
suite. En contrepartie de la garantie illimitée accordée au franc CFA, la France nomme le président et le directeur général des Banques centrales et la majorité des membres du conseil d’administration des banques. En outre, les devises étrangères investies dans les territoires africains sont déposées dans un Fonds de stabilisation des changes qui se trouve à Paris.
4 Après l’indépendance, les pays africains doivent décider s’ils confirment ou non leur appartenance à la zone franc, et s’ils gardent ou non une monnaie commune – le franc CFA – qui est le symbole de leur colonisation passée. En lieu et place du franc CFA, ils peuvent créer une monnaie nationale qui sera le pendant, sur le plan monétaire, de leur indépendance. Cependant, étant donné leur situation économique, la monnaie n’aura pratiquement aucune valeur en dehors de leur pays[4] [4] Cf. A. Mensah, « The process of monetary...
suite. Parmi les pays africains, la Guinée fait le choix d’une indépendance économique et monétaire totale. Le 1er mars 1960, elle crée sa propre monnaie et abandonne la zone franc. Au contraire, les autres pays francophones confirment leur appartenance à l’ensemble monétaire franco-africain.
5 Le Mali cherche une troisième voie entre la décision guinéenne et celle des autres États membres. État qui se proclame socialiste, le gouvernement malien veut la maîtrise complète de la politique du crédit. Il ne veut pas se soumettre aux contrôles que la France impose aux membres de la zone franc. Son choix est ainsi de sortir de l’union monétaire ouest-africaine, de créer un institut d’émission et une monnaie nationale, tout en cherchant à maintenir un lien avec la zone franc. Son but est l’ouverture d’un compte d’avances auprès de la Banque de France. En effet, tandis qu’avec le compte d’opérations le Trésor français garantit intégralement le franc CFA, le compte d’avances prévoit une garantie limitée, jusqu’à un niveau établi. La première mesure s’accompagne d’un contrôle français très strict ; en revanche, dans le deuxième cas, Paris a un rôle beaucoup plus limité.
NAISSANCE DE LA REPUBLIQUE DU MALI
6 Pour situer les relations entre la France et le Mali dans la période 1960-1963, il faut revenir à la naissance et à l’éclatement de la Fédération du Mali.
7 En avril 1959, le Soudan, ancien nom de la République du Mali, a fondé avec le Sénégal la Fédération du Mali, du nom d’un ancien empire mandingue du XIIIe siècle. L’objectif des dirigeants de la Fédération du Mali est d’arriver à l’indépendance, tout en continuant à être membre de la Communauté franco-africaine. Après que le général de Gaulle eut consenti à leur requête, les négociations se sont ouvertes entre la France et la Fédération du Mali. Son exemple a été vite suivi par Madagascar et, dans un deuxième temps, par les Républiques de l’Afrique centrale. En juin 1960, la proclamation de l’indépendance de la Fédération du Mali a conduit à une réforme de la Communauté franco-africaine, désormais appelée Communauté rénovée.
8 Après l’indépendance, les élites des deux pays n’ont plus de but commun immédiat à atteindre. Les divergences augmentent entre les dirigeants soudanais et sénégalais. Tandis que les premiers ne cachent pas leur sympathie pour l’idéologie marxiste, les autres ont une attitude plus modérée. La rupture finale éclate le 20 août 1960, quand le Sénégal, soucieux de garder sa personnalité et de maintenir le contrôle sur certaines compétences, décide de se séparer du Soudan, qui, lui, est favorable à une union fédérale dotée d’un gouvernement fortement centralisateur. La crise met en difficulté Paris, qui cherche vainement un compromis. Le choix sénégalais est toutefois définitif. En conséquence, le gouvernement français décide de reconnaître le nouvel État malgré les protestations de Bamako.
9 Le 22 septembre 1960, l’Assemblée législative soudanaise proclame la naissance de la République du Mali. Le nouvel État ne reconnaît pas les accords signés avec la France en avril 1960 et il refuse de faire partie de la Communauté rénovée. Sur les principaux thèmes de politique étrangère, le Mali assume une position tout à fait contraire, voire hostile, à la France. Cependant, les liens économiques et politiques avec l’ancienne puissance coloniale ne sont jamais interrompus. Après chaque crise grave, Paris et Bamako cherchent à renouer les rapports. Cela est particulièrement évident si on examine les relations entre la France et le Mali d’un point de vue économico-monétaire. Les deux pays veulent éviter une rupture semblable à celle intervenue entre la France et la Guinée.
LE PRECEDENT GUINEEN
10 Seule parmi les pays de l’Union française, la Guinée a refusé d’entrer dans la Communauté franco-africaine. Lors du référendum du 28 septembre 1958, le pays a voté « non » et il est devenu indépendant. La France a complètement abandonné le pays. Tous les crédits ont été annulés et le personnel technique rapatrié. L’aide française a été remplacée par celle des pays communistes[5] [5] Cf. A. Lewin, « Le “non” de Sékou Touré »,...
suite. Si l’exemple de la Guinée indépendante suscite l’admiration de l’opinion publique africaine et des dirigeants les plus nationalistes, il comporte aussi des désavantages qui ne tardent pas à se manifester. L’assistance soviétique est loin d’apporter tous les résultats escomptés. Le rapprochement de Conakry avec Washington, à la fin de 1962, en est la preuve[6] [6] P. -M. Durand, Alliance objective, méfiances...
suite. En 1962, l’état économique de la Guinée, qui en 1958 figurait parmi les pays de l’Afrique francophone potentiellement les plus riches, est assez mauvais.
11 Pour Paris aussi, la rupture a eu des conséquences très négatives. L’exemple guinéen a contribué à faire échouer l’expérience de la Communauté franco-africaine et a accéléré le mouvement vers l’indépendance des pays africains. Sur le plan international, la Guinée a adopté une position hostile à la France qui se manifeste notamment aux Nations Unies. Par ailleurs, les entreprises françaises, assez importantes dans un pays qui possède des mines d’alumine et de bauxite considérables, ont été expulsées et la Guinée est sortie de la zone franc. Le 1er mars 1960, Conakry a procédé à une réforme monétaire. Le franc CFA a été remplacé par le franc guinéen, qui n’avait plus aucun lien avec la zone franc. Les autorités guinéennes, considérant que les réserves monétaires gardées à l’agence locale de la BCEAO leur revenaient, les ont séquestrées. L’opération a été vécue comme un véritable coup de force par les dirigeants de la BCEAO et par les Français qui n’ont rien pu faire pour s’y opposer.
12 Ainsi, pour des raisons différentes, le Mali et la France ne veulent pas voir se répéter une expérience comme celle de la Guinée. Paris veut éviter à tout prix un deuxième coup de force contre les réserves de la BCEAO qui aurait pu conduire à l’échec de l’union monétaire ouest-africaine. En même temps, il sait que son influence peut être un obstacle au ralliement complet du Mali au bloc communiste. De son côté, Bamako a tout intérêt à ne pas rompre avec l’ancienne puissance coloniale qui contribue de façon importante à financer le développement économique et social du pays. En outre, à la différence de ce qui se passe en Guinée, où Sékou Touré domine complètement la situation, la classe dirigeante du Mali est partagée entre une aile modérée qui souhaite maintenir des liens avec la France, et une aile plus à gauche. Modibo Keita, le président de la République, joue un rôle de médiateur. Ainsi, le Mali oscille entre une attitude intransigeante et une politique modérée à l’égard de la France.
ETABLIR DES NOUVELLES RELATIONS ECONOMIQUES
13 En septembre 1960, la proclamation de l’indépendance de la République du Mali s’accompagne de la création d’un Trésor malien, d’un Comité monétaire auprès de l’agence de la Banque centrale et d’un office des changes, qui est chargé de contrôler et d’autoriser tous les règlements financiers effectués entre la République du Mali et les autres États, membres ou non de la zone franc. Le gouvernement malien installe dans l’immeuble de la BCEAO un représentant du Comité monétaire qui suit quotidiennement la comptabilité de la caisse, fait une reconnaissance des fonds et assiste aux séances de destruction des billets en mauvais état.
14 Ces mesures, accompagnées par des déclarations des ministres maliens qui justifient le coup de force guinéen contre les encaisses de la BCEAO, inquiètent beaucoup le gouvernement français. À Paris, le ministère de la Coopération et le ministère des Finances demandent à la BCEAO de diminuer les réserves monétaires au niveau le plus bas compatible avec l’accomplissement de son travail au Mali. Tout en se préparant au pire, Paris ne veut pas assumer la responsabilité de la rupture définitive. Par conséquent, les mesures prises doivent être « entourées du plus grand secret »[7] [7] Centre des archives économiques et financières...
suite ou, dans le cas où le secret ne pourra pas être conservé, elles doivent être justifiées par des raisons techniques. Toutefois, la BCEAO doit être prête à détruire, à tout moment et dans un minimum de temps, la totalité des billets qu’elle garde dans son agence au Mali. De son côté, Bamako, qui est au courant de la diminution des encaisses, soupçonne la BCEAO de vouloir priver le pays de ses réserves monétaires.
15 À la fin du mois de septembre 1960, Robert Julienne, directeur général de la BCEAO, se rend à Bamako pour rencontrer Modibo Keita, Hamaciré N’Douré, ministre du Commerce, et Maiga Attaher, ministre des Finances. Il veut se rendre compte de la situation et voir si un compromis est envisageable. Les rencontres ont un effet positif, puisqu’elles servent à détendre l’atmosphère à la suite de ces événements. En outre, les dirigeants maliens déclarent que, même si les accords signés en avril 1960 sont désormais caducs, ils les respecteront tant qu’un nouveau régime ne sera pas défini.
16 Cependant, rien n’est encore réglé. Non seulement la BCEAO n’a pas été dispensée de demander une autorisation à l’office des changes avant d’effectuer un transfert, mais encore, selon Robert Julienne, une réaction violente contre la BCEAO est toujours possible si celle-ci n’arrive pas à assurer son rôle à cause des réserves trop basses[8] [8] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 2,...
suite.
17 Les derniers mois de 1960 se déroulent ainsi dans l’incertitude : la BCEAO cherche tant bien que mal à reprendre son activité normale, en s’efforçant de tenir les encaisses au niveau le plus bas possible[9] [9] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 3,...
suite. Une rencontre entre le directeur de l’agence locale de la Banque et le ministre malien du Commerce aboutit à la reprise des opérations pour la destruction de billets anciens ou en mauvais état[10] [10] Le directeur de l’agence de la BCEAO au Mali...
suite.
18 Début janvier, après une réunion entre Kwame N’Krumah, Sekou Touré et Modibo Keita, le climat redevient très tendu entre la France et le Mali. Le 24 décembre 1960, à Conakry, les trois leaders ont annoncé officiellement la naissance de l’Union Ghana-Guinée-Mali. Le 1er janvier 1961, l’arrivée à Bamako d’une quarantaine de caisses d’un gros volume laisse présager une réforme monétaire imminente, qui doit se réaliser dans le cadre de la nouvelle union.
19 Parallèlement, sur le plan international, l’adhésion du Mali au groupe de Casablanca marque un nouveau durcissement de son attitude à l’égard de Paris. Le groupe de Casablanca, qui entend représenter l’Afrique « progressiste », s’est constitué lors d’une conférence tenue au Maroc entre le 3 et le 7 janvier 1961. Il compte parmi ses membres la République arabe unie, le Ghana, la Guinée, le Mali, la Libye, le Soudan et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA)[11] [11] Cf. M. Michel, Décolonisation et émergence...
suite. Le 20 janvier, Bamako demande l’évacuation des bases militaires françaises. En février, le Mali prend une décision qui touche directement les intérêts français : il annonce la reconnaissance officielle du GPRA en tant que gouvernement du peuple algérien. En même temps, il reconnaît le gouvernement d’Antoine Gizenga, à Stanleyville, comme seule autorité légale du Congo ex-belge, en déniant ainsi toute légitimité à Joseph Kasavubu, reconnu en revanche par les États occidentaux[12] [12] Cf. J. Kestergat, Du Congo de Lumumba au Zaïre...
suite. Début mars, une mission malienne se rend en Union soviétique pour négocier et signer une série d’accords en matière de coopération technique, d’échanges commerciaux et d’aide culturelle. Elle obtient un prêt de 40 millions de dollars à des conditions très avantageuses[13] [13] Centre historique des archives nationales (ci-après...
suite.
20 À Bamako, l’ambassadeur français et le directeur de l’agence de la BCEAO cherchent à obtenir des précisions sur le contenu des caisses arrivées de Conakry et sur leur future utilisation. La rencontre entre le directeur de l’agence de la BCEAO et le ministre du Commerce est particulièrement intéressante. Hamaciré N’Douré, qui appartient à l’aile modérée du gouvernement malien, cherche à minimiser l’importance de cette affaire. Il déclare que les caisses sont un prêt du Ghana pour le démarrage de la campagne agricole. Les billets n’ont pas été déposés dans les coffres de la BCEAO mais dans celles de la Banque du Mali pour des raisons de commodité, et il ne faut pas y voir une preuve de défiance à l’égard de la Banque centrale. Il précise aussi que le Mali n’a aucun intérêt à participer à une union monétaire seul avec le Ghana et la Guinée. Cette union devrait au moins englober la Côte-d’Ivoire, avec laquelle les échanges économiques sont beaucoup plus importants[14] [14] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 3,...
suite.
21 Cependant les autorités françaises ne tardent pas à découvrir que le prêt, d’un montant de 3 milliards de francs CFA, est composé de billets provenant des réserves de la BCEAO saisies à Conakry. Pas vraiment rassuré par sa rencontre avec le ministre du Commerce, le directeur de l’agence locale écrit : « Durant toute l’entrevue, M. Hamaciré N’Douré s’est montré aimable et détendu ; toutefois, j’ai eu à plusieurs reprises l’impression que sa bonne foi n’était pas évidente et qu’il cherchait avant tout à calmer nos appréhensions malheureusement justifiées. »[15] [15]Ibid. ...
suite
22 Les craintes du directeur de l’agence locale de la BCEAO paraissent encore plus justifiées par l’attitude du ministre des Finances malien. Celui-ci montre un intérêt plus que suspect aux yeux des Français pour les encaisses de la Banque centrale : il demande des renseignements sur la valeur des réserves des années passées et exige que l’agence de Bamako soit réapprovisionnée par la France, et non par les autres agences locales de l’union monétaire. Le 31 janvier 1961, il se rend à l’agence pour retirer sans préavis le solde du compte du Trésor malien auprès de la Banque centrale. Après avoir constaté que les réserves sont suffisantes pour couvrir le solde, il renonce à l’opération et demande à visiter les caveaux, s’intéressant tout particulièrement aux issues possibles. Même Robert Julienne, dépêché en urgence à Bamako, n’arrive pas à aplanir les difficultés. Sa rencontre avec le ministre des Finances malien et la discussion avec son conseiller technique, un expert financier israélien, sont assez tendues. Le directeur général a l’impression d’affronter un véritable interrogatoire qui dure au moins deux heures et demie pendant lesquelles il doit s’expliquer sur le montant des encaisses, sur la politique générale de gestion des encaisses, sur les modalités d’acheminement des billets et le personnel malien employé par la Banque centrale[16] [16] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 3,...
suite.
23 À la fin du mois de février, les autorités de la BCEAO sont convaincues que le Mali se prépare à réaliser une réforme monétaire sur le modèle guinéen. Conscient de ne pouvoir rien faire contre la saisie des encaisses, la BCEAO s’adresse au gouvernement français pour qu’il organise une conférence avec les États de l’Afrique de l’Ouest pour étudier une réforme du régime monétaire.
24 Le président de la BCEAO, Robert Tezenas du Montcel, avait déjà écrit à plusieurs reprises au ministre des Finances pour lui signaler l’urgence d’une réforme de la zone franc après l’indépendance des pays africains. Un certain nombre de projets étaient à l’étude, mais Paris n’avait pas encore pris d’initiative officielle. Maintenant, le risque d’une saisie des encaisses à Bamako met le gouvernement français dans l’obligation de réagir. Il décide d’inviter les membres de la BCEAO à une conférence internationale pour discuter de l’avenir de la zone monétaire. Impliqué dans des négociations multilatérales, le Mali aurait eu plus de difficultés à réaliser une réforme monétaire portant préjudice aux autres États membres.
25 La manœuvre réussit : les États africains acceptent tous, y compris le Mali, de participer à une conférence fixée le 13 mars à Paris. La tension retombe. Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur français, Modibo Keita affirme que le Mali n’envisage pas « pour l’instant » de changer de monnaie. Selon lui, il s’agit « moins d’un problème d’appartenance à la zone franc que d’une définition (précise) des relations monétaires franco-maliennes à l’intérieur de cette zone »[17] [17] MAE, DAM (Mali), dossier 2519, télégramme...
suite. Il paraît ainsi d’accord pour engager des négociations sur la réforme de celle-ci.
26 En même temps, Wilfrid Baumgartner, ministre français des Finances, donne l’ordre à la BCEAO de préparer un nouveau type de billets identifiables suivant les pays où ils ont été mis en circulation. La manœuvre doit permettre de démonétiser les billets circulant au Mali si celui-ci saisit les encaisses de la BCEAO. Par ailleurs, dans l’optique d’une décentralisation poussée de ses activités, la BCEAO pourra ainsi connaître la circulation monétaire relative à un seul pays.
27 En ce qui concerne l’activité de la Banque centrale au Mali, Paris et Bamako arrivent à un compromis sur le rôle et les attributions du Conseil malien du crédit et de la BCEAO. En avril, une rencontre entre le directeur de l’agence et le ministre du Commerce se déroule sans problèmes notables[18] [18] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 3,...
suite. La Banque peut enfin concentrer son attention sur son activité de réescompte au Mali et cesser – pour l’instant – de s’inquiéter pour ses réserves monétaires. Elle peut aussi remplacer les billets CFA non identifiés avec les nouveaux billets identifiés par pays d’émission. En mai, le conseil d’administration de la BCEAO avait approuvé l’émission des nouveaux billets à condition que le système d’identification ne soit compréhensible que par les spécialistes.
28 Sur le plan politique, les relations franco-maliennes connaissent un certain réchauffement. En mai 1961, André Malraux, le ministre français de la Culture, se rend à Bamako. Suite à ce voyage, les deux gouvernements s’accordent pour trouver une solution à certaines questions restées en attente d’un règlement. Les négociations, entamées en juin 1961, aboutissent à des accords sur les questions liées à l’aéronautique, aux droits de survol et aux cessions immobilières entre le Mali et la France. Ces accords représentent, du point de vue français, un moyen pour tester la bonne volonté du gouvernement malien avant d’engager des pourparlers sur des questions plus importantes sur le plan économique et financier.
29 De son côté, Modibo Keita est poussé à la coopération parce qu’il veut présenter à son opinion publique quelques résultats concrets en vue d’une amélioration de la situation économique générale[19] [19] Les Français ne se font pas d’illusions sur...
suite. En effet, l’agitation semble gagner le Parlement malien qui, pour la première fois, prend une position contraire au gouvernement et vote, en mai, la réouverture de la ligne ferroviaire Niamey-Dakar fermée depuis l’éclatement de la Fédération du Mali.
30 En octobre, Paris estime que le moment est désormais arrivé de définir plus clairement les relations avec le Mali. Une note du Quai d’Orsay fait remarquer qu’ « un examen de la situation actuelle conduit à montrer que, faute de cette normalisation et en raison des structures existantes, nous consentons au Mali une aide qui, parce qu’elle est unilatérale et non voyante, ne nous permet pas d’en tirer sur d’autres plans des bénéfices »[20] [20] MAE, DAM (Mali), dossier 2530, note, 12 octobre 1961. ...
suite.
31 Dans ce contexte, et face aux sollicitations de Bamako pour reprendre et élargir le cadre des accords, Paris décide d’ouvrir de nouvelles conversations. Celles-ci offriront l’occasion de mettre au point un accord général. L’ambassadeur français à Bamako propose d’envoyer rapidement des experts au Mali pour étudier les différents problèmes économiques et financiers. Dans un deuxième temps, les négociations officielles pourront s’ouvrir à Paris[21] [21] « Cette solution (. . . ) aurait (. . . ) l’avantage...
suite. Le général de Gaulle est d’accord avec l’ambassadeur : « Le télégramme de M. Wibaux est intéressant. Je lui donne entièrement raison. N’allons pas pour des motifs d’accommodements (...) de trésorerie ou d’échanges – souhaités sans doute par les Finances – manquer la chance d’un accord général avec le Mali. La négociation doit donc être engagée et menée dans son ensemble avec un chef et une équipe qualifiée et non point par des “experts” qui ne seraient que de petites mécaniques. »[22] [22] MAE, DAM (Mali), dossier 2531, note du général...
suite La remarque du Général sur le ministère des Finances est très intéressante parce que, à la même époque, les relations entre la BCEAO et Bamako sont à nouveau tendues.
32 Dans une note remise au cabinet du ministre des Finances, Robert Julienne dénonce les tentatives d’emprise du gouvernement du Mali sur l’agence locale de la BCEAO : le Conseil malien du crédit veut examiner préalablement toutes les communications et les études adressées par le directeur de l’agence locale à son directeur général. En même temps, il s’oppose à ce que la BCEAO demande aux sociétés publiques des situations comptables. « La théorie soutenue (...) est que, pour les banques et sociétés publiques, il faut et il suffit de faire confiance au gouvernement du Mali, et que toute demande détaillée en vue d’une étude technique est vexatoire. »[23] [23] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/ 3,...
suite Enfin, le ministre malien des Finances avait convoqué le directeur de l’agence pour lui interdire de détruire les billets non identifiés. Dans le contexte d’une réforme de l’institut d’émission qui pousse à une plus grande décentralisation, cette situation inquiète beaucoup Robert Julienne, qui écrit : « L’autorité des organismes supranationaux (conseil d’administration, direction générale) risque de n’être qu’un leurre. Le directeur d’agence sera un otage livré au bon vouloir du gouvernement local, et contraint de se plier à ses ordres sans possibilité de résister. Pris entre les obligations de son statut et cette pression gouvernementale, il devra soit cesser ses fonctions, soit accepter des compromissions qui peuvent être graves de conséquences. L’autorité de la direction générale risque dès lors d’être bafouée, ce qui remet en cause tout le système. »[24] [24]Ibid. ...
suite
33 Malgré ces problèmes, les négociations bilatérales franco-maliennes se déroulent dans une bonne ambiance. Une convention judiciaire, une convention d’assistance technique, un accord culturel, une convention consulaire et un accord économique et commercial sont mis au point. Les accords sont signés le 2 février et le 9 mars 1962. En ce qui concerne le domaine monétaire, le Mali se voit reconnaître le droit de créer une monnaie nationale. Cependant, « les deux gouvernements ont tenu à affirmer leur préférence pour régler leurs rapports monétaires au sein de l’union monétaire ouest-africaine. (...) Le Mali a voulu préciser (...) que, dans l’éventualité d’un échec des négociations multilatérales, la garantie française lui soit accordée sous forme d’un compte d’avances »[25] [25] MAE, DAM (Mali), dossier 2531, télégramme...
suite. Dans les accords, il est aussi indiqué que l’aide française n’aura pas un caractère budgétaire, et s’appliquera à des opérations spécifiquement choisies en fonction de leur intérêt économique. Selon le gouvernement français, ces accords représentent un ensemble équilibré de droits et d’obligations qui permettent de régler le contentieux avec le Mali et de bâtir de nouvelles relations. Pour démontrer le changement de climat intervenu dans les relations bilatérales, le 2 avril 1962, Modibo Keita envoie au général de Gaulle un message de félicitations pour l’installation de l’Exécutif provisoire algérien[26] [26] MAE, DAM (Mali), dossier 2535, lettre du président...
suite, suite aux accords d’Évian.
34 En réalité, la détente qui intervient dans les relations franco-maliennes est due, plus qu’à un revirement de la politique de Bamako, à la prévalence – momentanée – de l’aile modérée du gouvernement malien. Celle-ci soutient une politique fondée sur la coopération avec la France et les autres pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est ainsi que s’explique la participation du Mali aux négociations pour la réforme de la BCEAO et de l’union monétaire ouest-africaine. Le 12 mai 1962, il se retrouve à Paris pour signer, avec les autres pays membres, les nouveaux accords sur l’union monétaire et la BCEAO. Ceux-ci prévoient la création de comités nationaux qui disposeront d’une pleine autonomie pour accorder des crédits aux banques nationales. Cependant, le conseil d’administration de la Banque centrale peut réviser les décisions des comités nationaux. Par ailleurs, pour la première fois, la France accepte que le conseil d’administration ne soit pas composé de façon paritaire de membres africains et français ; les Africains seront majoritaires. Toutefois, certaines décisions particulièrement importantes doivent être prises à la majorité qualifiée. Le président du conseil d’administration sera nommé par les États africains, tandis que la désignation du directeur général, qui disposera de pouvoirs propres, est confiée à la France. Le franc CFA est maintenu, même si l’acronyme ne signifie plus « Colonies françaises d’Afrique », mais bien « Communauté financière africaine »[27] [27] Sur les négociations pour la réforme de la...
suite.
35 La situation paraît ainsi en voie de stabilisation. Le Mali semble avoir trouvé sa place dans le système économico-monétaire franco-africain. En mars 1962, il a signé des accords de coopération avec la France. Deux mois plus tard, il accepte de rester membre de l’union monétaire ouest-africaine. En ce qui concerne les relations entre la BCEAO et Bamako, elles ne connaissent pas de crise grave. Cependant, certains problèmes restent toujours à l’ordre du jour : Maiga Attaher, le ministre malien des Finances, refuse d’autoriser la BCEAO à rapatrier sur Paris les francs français comme les accords de la zone franc le prévoient. Il demande que les francs français soient versés à la Banque populaire malienne. En février 1962, Maiga Attaher demande d’interrompre à nouveau la destruction des francs CFA non identifiés. Il se refuse aussi à autoriser l’envoi des francs CFA identifiés dans leur lieu d’origine (comme le conseil d’administration l’a décidé). À cela s’ajoute le fait que le Mali demande le réescompte d’activités souvent douteuses, et qu’à chaque fois il est nécessaire de négocier les modalités et les renseignements. Ces crises épisodiques sont résolues sans conséquences graves pour l’activité de l’agence locale de la BCEAO. Cependant, elles contribuent à maintenir un climat d’incertitude et à empêcher l’instauration d’une véritable détente entre Paris, Bamako et la BCEAO.
LA NAISSANCE DU FRANC MALIEN
36 Le 30 juin 1962, Bamako prévient Paris qu’à partir du lendemain le franc CFA cessera d’avoir pouvoir légal sur son territoire. Il sera remplacé par un franc malien qui aura une valeur égale à celle du franc CFA. Dans un discours au Parlement, Modibo Keita présente la réforme comme l’aboutissement normal de l’indépendance politique et économique du Mali : « La monnaie nationale (...) est une garantie de liberté et un instrument de puissance. Son succès est néanmoins subordonné à la confiance que les Maliens lui porteront et surtout à la discipline qui devra être suivie et qui impliquera notamment un renforcement de l’austérité du budget et des finances. »[28] [28] MAE, série DAM (Mali), dossier 2538, télégramme...
suite
37 Selon Paris, cette décision a été prise essentiellement pour des raisons de politique intérieure. Un document du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) remarque que les accords de réforme de la zone franc avaient été mal accueillis par certaines tendances de l’Union soudanaise du RDA, le parti au pouvoir au Mali. En même temps, le président malien n’avait pas voulu apparaître, devant l’aile la plus nationaliste de son parti, comme en retrait par rapport à la Guinée et au Ghana qui possèdent déjà leur monnaie. Dans le même document, on estime probable que, pendant sa visite à Moscou (mai 1962), Modibo Keita avait reçu des encouragements en ce sens. Cependant, selon Paris, Bamako attend surtout une plus grande efficacité de son contrôle des changes[29] [29] « En effet, la circulation au Mali d’une...
suite. Étant donné sa mauvaise situation économique, le Mali veut se constituer des avoirs étrangers. En effet, le pays est créditeur envers les autres membres de l’union monétaire, mais débiteur envers la France et le reste du monde : « En brisant l’union monétaire, [les dirigeants maliens] espèrent faire paraître leur position créditrice et se constituer au moyen de créances dont ils disposent vis-à-vis de la Côte-d’Ivoire, par exemple, des avoirs qui seraient alors étrangers. »[30] [30] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note...
suite
38 Selon l’ambassadeur de France au Mali, la réforme est accueillie par la population dans le calme. En revanche, elle inquiète beaucoup les milieux d’affaires. Les entreprises étrangères envisagent d’abandonner le pays. Quant aux commerçants maliens, conscients des dégâts que la réforme monétaire a causés en Guinée, ils protestent et organisent des manifestations contre le gouvernement[31] [31] MAE, série DAM (Mali), dossier 2506, lettre...
suite. La réaction de ce dernier ne se fait pas attendre. Les commerçants les plus actifs dans l’organisation des protestations sont envoyés en prison et le calme revient assez vite à Bamako. La radio et la presse du Mali sont aussi mises à contribution par le pouvoir politique pour diffuser des nouvelles visant à tranquilliser l’opinion publique nationale[32] [32] Dans un télégramme adressé à Paris, l’ambassadeur...
suite. Cependant le gouvernement malien est inquiet. Il sait qu’il ne contrôle pas totalement la population et que la collaboration de Paris lui est nécessaire pour ne pas être obligé d’affronter tout de suite les conséquences économiques de son acte. C’est pourquoi, dès le début, Modibo Keita s’empresse de déclarer que la réforme, entraînant le départ du Mali de l’union monétaire ouest-africaine, a été prise dans le respect des accords franco-maliens du 9 mars 1962. Ceux-ci reconnaissent au Mali le droit de créer une monnaie nationale et un institut d’émission. En outre, le Mali estime avoir droit à l’ouverture d’un compte d’avances promis, à son avis, par les accords. Dans le message que Modibo Keita adresse au général de Gaulle, il écrit que la réforme monétaire « ne saurait être interprétée comme un geste de défiance, et moins encore d’hostilité à l’égard de quiconque. Certes, la conséquence immédiate du choix que nous avons fait est la sortie du Mali de l’union monétaire ouest-africaine (...). Mais, tout en reconnaissant la nécessité d’un réaménagement indispensable de nos rapports avec l’ensemble de la zone franc pour les adapter à la situation nouvelle ainsi créée, il reste évident que notre départ de l’union monétaire ne saurait remettre en cause le principe même de notre appartenance à ladite zone franc »[33] [33] MAE, série DAM (Mali), dossier 2531, télégramme...
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39 Paris a des difficultés à convaincre les autres États africains qu’il n’a pas été averti à l’avance et qu’il n’a pas donné son feu vert[34] [34] Le ministère de la Coopération envoie un télégramme...
suite. Ces derniers réagissent mal à la nouvelle. Ils s’inquiètent pour les encaisses de la BCEAO au Mali. Le président du Dahomey, au nom du Conseil de l’Entente, qui regroupe Côte-d’Ivoire, Haute-Volta, Niger et Dahomey (c’est-à-dire quatre pays sur sept de l’union monétaire), demande à la BCEAO de démonétiser le franc CFA mis en circulation au Mali.
40 De son côté, la BCEAO est très prudente. Elle envisage la démonétisation des billets circulant au Mali, mais elle décide de ne pas y procéder car le Mali donne des signes importants d’apaisement. Le 5 juillet, les représentants de la Banque de la République du Mali et de la BCEAO ont pu procéder à une reconnaissance contradictoire des encaisses. Ces encaisses sont mises sous double clé : pour y avoir accès, les deux parties doivent être présentes en même temps. Bamako annonce vouloir envoyer une délégation à Paris et confirme sa présence à une réunion du conseil d’administration de la BCEAO, prévue pour le 11 juillet à Paris. Étant donné la situation, la BCEAO préfère ne pas procéder au blocage des francs CFA émis au Mali. Ces billets sont identifiables seulement par les experts de la Banque, le signe étant très discret. La démonétisation des francs CFA émis au Mali provoquerait une grande méfiance envers tous les francs CFA circulant en Afrique de l’Ouest. En deuxième lieu, elle risquerait de provoquer une réaction hostile de Bamako[35] [35] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/ 4, télégramme...
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41 Le 6 juillet 1962, une délégation malienne, dirigée par Hamaciré N’Douré, se rend à Paris. L’ambassadeur français au Mali s’inquiète : « Malgré l’assurance du président Modibo Keita de se faire représenter à une conférence inter-États, la délégation malienne s’efforcera de régler les différends uniquement avec la France. Il apparaît notamment que, d’une part, elle redoute une confrontation avec les signataires africains des accords du 12 mai et que, d’autre part, elle préférerait en cas d’échec des négociations pouvoir, sur le plan africain, en attribuer ainsi la seule responsabilité à la France. »[36] [36] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/ 4, télégramme...
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42 À Paris, l’attitude du gouvernement est dictée par deux considérations. D’une part, on veut éviter de prendre des dispositions qui mettraient en danger la BCEAO au Mali. D’autre part, en sauvegardant le Mali, on ne veut pas indisposer les autres États africains qui, à leur tour, pourraient décider d’abandonner l’union monétaire. Le gouvernement français décide de subordonner les négociations bilatérales au règlement définitif du transfert de l’émission.
43 Le 11 juillet, Hamaciré N’Douré, chef de la délégation malienne, intervient à la réunion du conseil d’administration de la BCEAO. Il expose les raisons du Mali et se dit prêt à étudier les problèmes posés par le transfert de l’émission. Il reconnaît que les encaisses, gardées dans les caveaux de la Banque de la République du Mali, sont la propriété de la BCEAO, mais il se refuse à les lui remettre. Il explique qu’elles font partie du règlement d’ensemble des problèmes qui doivent être résolus. Évidemment, le Mali ne veut pas abandonner son principal moyen de pression sans avoir rien obtenu en échange.
44 Après cette réunion, les membres du conseil d’administration décident, à titre de précaution, de demander aux banques et aux Caisses publiques nationales de retirer les billets mis en circulation au Mali (marqués par la lettre D) et de les verser à la BCEAO. La Banque centrale propose aux États de limiter le montant des francs CFA transportés par les voyageurs pour « éviter que les billets CFA retirés de la circulation au Mali ne soient illégalement écoulés dans le circuit monétaire des autres États, ainsi qu’ils le furent pour la Guinée »[37] [37] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/ 4, procès-verbal...
suite. Les discussions entre la délégation malienne et la BCEAO se poursuivent. Le 21 juillet, les deux parties signent un protocole. La plupart des problèmes sont résolus avec satisfaction réciproque. Le Mali s’engage en particulier à remettre à la BCEAO, avant le 10 octobre, les encaisses et les francs CFA retirés de la circulation.
45 Une fois terminées les discussions entre la BCEAO et la délégation malienne, les négociations entre la France et le Mali doivent s’ouvrir. Bamako, qui a fait preuve de bonne volonté sur le transfert de l’émission, demande l’ouverture d’un compte d’avances à la Banque de France[38] [38] « Il refuse de disposer d’un compte d’opérations...
suite. Le gouvernement français est partagé. Les représentants du ministère des Finances souhaitent le maintien du régime existant : « Ils veulent sauver l’union monétaire ouest-africaine et celle de l’Afrique équatoriale dont ils pensent qu’elle ne survivrait pas à la première, car ils tiennent l’éclatement des ensembles économiques et financiers préexistants pour une hérésie que la France, en tout cas, ne doit pas soutenir. Ils ne veulent pas renoncer à la technique du compte d’opérations qui permet aux spécialistes français d’exercer un contrôle a priori sur toutes les décisions des responsables de la création de monnaie et de jouer un rôle de conseiller, qui est d’ailleurs en général apprécié par les Africains. »[39] [39]Ibid. ...
suite Le ministère de la Coopération, en revanche, est favorable à voir les États africains s’assumer la responsabilité de leur émission monétaire, Paris se bornant à apporter une assistance technique et une aide limitée. En effet, le ministère de la Coopération estime que l’union monétaire ouest-africaine est trop rigide et doit être réformée, sans pour autant disparaître.
46 Finalement, c’est le ministère des Finances, soutenu par le Premier ministre, qui impose ses vues. La crainte d’une balkanisation économique de l’Afrique occidentale pousse le gouvernement français à refuser au Mali l’ouverture d’un compte d’avances. Pour éviter un refus brutal, les négociateurs français se proposent de montrer aux Maliens qu’ils n’ont pas besoin d’un compte d’avances, puisque, une fois terminées les opérations de change, ils disposeront de la différence entre l’actif et le passif du transfert de l’émission. En effet, le Mali bénéficie d’une position de créditeur envers les autres pays de la zone franc. Par ailleurs, Bamako reçoit déjà au titre de l’aide française 4 milliards et demi de francs français. En cas de difficulté, la France pourrait prévoir une faible assistance monétaire : « Il s’agit en somme de faire comprendre aux Maliens que l’aide française a toujours été multiforme et qu’elle a toujours comporté un aspect monétaire. »[40] [40] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note...
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47 Le 27 juillet 1962, Georges Gorse, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, fait savoir à la délégation malienne que, pour le moment, il n’est pas possible de mener des discussions approfondies sur une coopération monétaire entre le Mali et la France. En attendant la fin du transfert de l’émission, il y a encore trop d’incertitudes techniques et politiques pour arriver à un accord définitif. Probablement surpris par cette déclaration, Hamaciré N’Douré, chef de la délégation malienne, se limite à prendre acte de la décision.
48 Ainsi, tout est suspendu aux résultats de l’échange des francs CFA contre les francs maliens. Si l’avance que Bamako détiendra sur les autres pays est consistante, il sera incité à coopérer avec Paris. En cas d’échec, il ne disposera pas de ressources avec lesquelles il pourra alimenter son compte à la Banque de France. Dans ce cas, le risque d’une saisie des encaisses n’est pas exclu. Paris et Bamako souhaitent ainsi, pour des raisons différentes, la bonne réussite de la réforme monétaire.
49 Les opérations de change se terminent le 15 août 1962. Dans les semaines suivantes, le Mali remettra à la BCEAO 7 865 millions de francs CFA, alors que l’actif de la Banque centrale sur le Mali se monte à 6 300 millions de francs CFA : Bamako dispose ainsi d’un solde créditeur de 1,5 million de francs CFA. Dans une note au président de la République, on tient à souligner que, « au cours de cette phase de liquidation, les Maliens ont eu le souci de faciliter le travail des Français qui traitaient avec eux, et ils ont réaffirmé sans cesse leur désir d’une coopération étroite avec la France ».
CONCLUSIONS
50 Le franc malien ne résistera pas longtemps. Au début de l’année 1964, Modibo Keita, dans une lettre adressée au Premier ministre français, envisage la possibilité d’une association à la zone monétaire ouest-africaine. Après un premier moment d’euphorie, les contraintes économiques ont repris le dessus au Mali. En effet, à la suite de la réforme monétaire, Bamako se retrouve dans une position très affaiblie. Non seulement la situation économique intérieure ne s’est pas améliorée, mais, de plus, il a perdu tout instrument de pression sur le gouvernement français. Sur le plan international, il y a aussi un changement : le Mali adopte des positions plus modérées par rapport aux années précédentes. Il y a d’abord un certain rapprochement avec Félix Houphouët-Boigny, le président de la Côte-d’Ivoire, et l’Union africaine et malgache, une organisation créée par les États de l’Afrique francophone. Parallèlement, le Mali s’éloigne du groupe de Casablanca et se rapproche de la Mauritanie (avec laquelle le Maroc a des relations assez mauvaises) et le Sénégal[41] [41] MAE, série DAM (Mali), dossier 2520, note,...
suite. En octobre 1962, le représentant du Mali à l’Assemblée des Nations Unies tient des propos assez modérés[42] [42] MAE, série DAM (Mali), dossier 2525, télégramme 2580-82,...
suite. Début 1963, Bamako met fin à l’aide tchécoslovaque et bulgare et demande à la France d’intervenir à leur place.
51 Le revirement international du Mali, qui abandonne les positions extrémistes typiques des années précédentes s’explique par plusieurs motivations. En premier lieu, à partir de la fin de l’année 1962, l’aide communiste révèle un peu partout ses faiblesses[43] [43] I. Roubinski, « L’URSS en Afrique (1960-1990) :...
suite. En Guinée, à la même époque, l’ambassadeur soviétique est expulsé, et l’aide américaine remplace celle de Moscou. Le Mali considère que l’aide des pays communistes est chère et peu adaptée aux conditions et besoins du pays[44] [44] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note...
suite. Par ailleurs, la situation économique intérieure s’aggrave, d’où un rapprochement avec la Côte-d’Ivoire et la réouverture des frontières avec le Sénégal : ces deux pays représentent un débouché traditionnel pour les exportations maliennes. La reprise des contacts avec les anciens partenaires est favorisée par les rencontres internationales qui, entre 1962 et 1963, conduisent à la création de la première organisation panafricaine.
52 En même temps, après 1962, la position internationale de la France vis-à-vis du Tiers Monde s’est renforcée. L’Algérie est devenue indépendante et Paris n’est plus mis en cause à l’ONU. La politique du général de Gaulle visant à faire assumer à son pays le rôle de médiateur entre le Nord et le Sud lui attire beaucoup de sympathies parmi les États du Tiers Monde. Dans ce contexte, le Mali peut envisager sereinement une coopération plus poussée avec la France et la réintégration dans l’union monétaire ouest-africaine.
53 Par ailleurs, sur le plan économique, les mêmes considérations qui avaient convaincu les pays membres de la zone franc à garder le franc CFA sont valides aussi pour le Mali. Parmi celles-ci, on peut rappeler le mythe de l’unité africaine, la conscience de disposer de ressources économiques limitées, la nécessité de se garantir contre le risque d’une hyperinflation et des crises de change (fréquentes dans les pays en voie de développement), l’idée que seule une zone stable du point de vue économique et monétaire peut attirer les investissements étrangers. Le Mali, qui, à partir de 1962, est dans une situation très ambiguë par rapport à la zone franc – il affirme être membre de celle-ci, même s’il ne respecte pas ses règles de fonctionnement –, finira par la réintégrer en 1968.
54 Pour Paris, l’évaluation de ses relations avec le Mali est évidemment différente. Avant la réforme monétaire malienne, la priorité du gouvernement français est de préserver les encaisses de la BCEAO. Paris craint que, si Bamako abandonne l’union monétaire ouest-africaine dans des conditions semblables à celles de la Guinée, la zone franc ne survivra pas. Pour les dirigeants français, l’importance de la zone monétaire franco-africaine est considérable. Non seulement elle est un instrument utile pour sauvegarder l’influence française contre les tentatives d’infiltration des puissances étrangères, mais elle représente aussi la manifestation concrète des intérêts extra-européens de la France. Grâce à la zone franc et aux liens que Paris garde avec ses anciennes colonies, la France peut encore se considérer comme une grande puissance qui ne se réduit pas à l’échelle européenne. Dans ce contexte, on comprend les précautions prises à l’égard du Mali, ainsi que les tentatives de relancer les négociations pour la signature des accords de coopération bilatéraux. La malheureuse expérience guinéenne avait appris à Paris à être plus flexible à l’égard des revendications des pays africains. Après avoir constaté que la réforme malienne se déroule dans des conditions satisfaisantes et qu’elle ne met pas en danger la zone franc, Paris retrouve toute sa liberté de manœuvre. Désormais la politique française à l’égard du Mali consistera à accorder son aide à Bamako, mais toujours de manière très limitée et en échange de contreparties précises.
55 Cette politique est tout à fait conforme aux souhaits du général de Gaulle qui veut libérer la France des contraintes coloniales. Le gouvernement français est ainsi disposé à accorder une aide substantielle aux États africains, mais il est aussi attentif à garder son autonomie pour décider le montant des aides économiques et financières et à ne pas stipuler des clauses d’intervention automatique en matière de défense. « Il faut, de toute façon, se conserver les mains libres », avait dit de Gaulle en conclusion d’une réunion avec ses plus proches collaborateurs[45] [45] CHAN, Fonds privé Foccart, dossier 119, Comité...
suite.
56 En 1963, la décolonisation de l’Afrique subsaharienne francophone est désormais achevée. Paris a signé avec ses anciennes colonies des traités de coopération qui définissent le cadre et les modalités de la présence française sur leur territoire. Dans ce contexte, le Mali représente un cas particulier : sans s’aligner totalement sur les positions des pays les plus « progressistes » tels que la Guinée ou le Ghana, il n’appartient pas au groupe des pays « modérés », considérés comme plus proches de la France. Bamako cherche à instaurer de nouveaux rapports de coopération avec Paris, notamment dans le domaine économico-monétaire. La tentative du gouvernement malien n’aura pas de succès, mais elle mérite quand même d’être prise en considération. En fait, au Mali comme dans les autres États de l’Afrique francophone, si l’indépendance politique a été proclamée et reconnue officiellement, sur le plan économique la décolonisation est encore loin d’être terminée. De ce point de vue, les nouveaux États doivent choisir entre un système économico-monétaire, en partie aménagé, mais encore sous l’influence prépondérante de la France, et une indépendance monétaire qui risque de ne pas avoir beaucoup de signification, étant donné leur état de sous-développement. Le choix de la presque totalité des États francophones est en faveur d’un système d’origine colonial, qui, cependant, leur offre des garanties économiques – mais aussi politiques – très importantes.
Notes
[ 1] Sur l’histoire de la décolonisation française en Afrique subsaharienne, cf. C.-R. Ageron, M. Michel (éd.), L’Afrique noire française : l’heure des indépendances, Paris, CNRS, 1992 ; T. Chafer, The End of Empire in French West Africa : France’s Successful Decolonization ?, New York, Berg, 2002 ; G. Pervillé, De l’Empire français à la décolonisation, Paris, Hachette Supérieur, 1991 ; J. Thobie, G. Meynier, C. Coquery-Vidrovitch, C.-R. Ageron, Histoire de la France coloniale, 1914-1990, Paris, A. Colin, 1990 ; G. Migani, La France et l’Afrique. Histoire d’une décolonisation entre politique de puissance et idéaux eurafricains, Bruxelles, Peter Lang, 2007.
[ 2] Pour une histoire très intéressante et approfondie de la zone monétaire ouest-africaine et de la BCEAO, cf. R. Julienne, Vingt ans d’institutions monétaires ouest-africaines, 1955-1975. Mémoires, Paris, L’Harmattan, 1988. Du même auteur, « L’évolution de la monnaie en AOF de 1955 à 1975 », Mondes et cultures, t. XLIX, 1990, p. 274-288.
[ 3] Sur le fonctionnement du compte d’opérations, voir Michel Lelart, « Le compte d’opérations : création et mise en œuvre », La France et l’outre-mer : un siècle de relations monétaires et financières. Colloque tenu à Bercy les 13, 14 et 15 novembre 1996, Paris, Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, 1998.
[ 4] Cf. A. Mensah, « The process of monetary decolonisation in Africa », Utafiti, 4 (1979), p. 45-63 ; J.-R. de Benoist, « De l’AOF à l’UMEOA : 16 juin 1895 - 1995 », Marchés tropicaux et méditerranéens, no 50, 2 juin 1995, p. 1181-1188.
[ 5] Cf. A. Lewin, « Le “non” de Sékou Touré », Géopolitique africaine, no 17, hiver 2005, p. 179.191.
[ 6] P.-M. Durand, Alliance objective, méfiances réciproques : les États-Unis, la France et l’Afrique noire francophone dans les années 1960, thèse dirigée par P. Melandri, Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle, 2003, p. 222-227.
[ 7] Centre des archives économiques et financières (ci-après CAEF), Répertoire 1018, dossier B 0062 206/2, note pour Robert Julienne, remise en mains propres le 14 septembre 1960.
[ 8] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/2, séjour de M. Julienne à Bamako, 3 octobre 1960.
[ 9] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/3, note sur les encaisses de la BCEAO à Bamako, 29 décembre 1960.
[ 10] Le directeur de l’agence de la BCEAO au Mali fait un rapport de sa rencontre avec le ministre du Commerce : « Lui ayant exprimé notre inquiétude devant l’importance injustifiée que les autorités maliennes attachent à ces opérations [les destructions de billets] et qui peut nous faire craindre la répétition du coup de force de la Guinée, le ministre m’a répondu que jamais les Maliens ne procéderaient ainsi et que leur préoccupation est seulement d’éviter une contraction de la circulation fiduciaire comme cela s’est justement passé en Guinée avant la réforme monétaire... J’ai tenté de lui faire comprendre une fois de plus que les destructions n’avaient aucune influence sur le montant de la circulation fiduciaire. Sans être convaincu, il m’a paru cependant sensible aux argumentations avancées » (CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/2, lettre au directeur général de la BCEAO, 3 novembre 1960).
[ 11] Cf. M. Michel, Décolonisation et émergence du Tiers Monde, Paris, Hachette, 1993.
[ 12] Cf. J. Kestergat, Du Congo de Lumumba au Zaïre de Mobutu, Bruxelles, Paul Legrain, 1986 ; C. Young, T. Turner, The Rise and Decline of the Zairian State, Madison, University of Wisconsin Press, 1985.
[ 13] Centre historique des archives nationales (ci-après CHAN), Fonds public Foccart, dossier 479, note à l’attention du président de la République, 20 mars 1961.
[ 14] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/3, note pour le directeur général de la BCEAO, 21 janvier 1961.
[ 15] Ibid.
[ 16] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/3, compte rendu du séjour de M. Julienne à Bamako, 13 février 1961.
[ 17] MAE, DAM (Mali), dossier 2519, télégramme de Bamako à Paris, 6 mars 1961. L’ambassadeur conclut son télégramme en soulignant que, « malgré les pressions (certaines) dont il fait l’objet, M. Modibo Keita est disposé à rester dans la zone franc mais compte marchander cette appartenance ».
[ 18] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/3, lettre au directeur général de la BCEAO, 21 avril 1961.
[ 19] Les Français ne se font pas d’illusions sur les intentions de Modibo Keita. Dans une note du Quai d’Orsay, il est écrit : « C’est moins dans le souci de renouer avec la France des relations amicales que d’obtenir des avantages d’ordre technique, économique ou financier susceptibles de pallier leurs difficultés que nos interlocuteurs ont engagé les conversations. La situation économique du Mali est en effet assez délicate et ce malaise accroît l’opposition à la politique gouvernementale sans qu’il faille le surestimer » (MAE, DAM [Mali], dossier 2519, note sur les négociations franco-maliennes, 28 juin 1961).
[ 20] MAE, DAM (Mali), dossier 2530, note, 12 octobre 1961.
[ 21] « Cette solution (...) aurait (...) l’avantage pratique de lier l’ensemble des problèmes et de nous assurer des positions favorables, et l’avantage psychologique et politique de manifester aux yeux de l’opinion publique malienne la reprise du dialogue et les perspectives d’une nouvelle coopération, manifestation que certains dirigeants préféreraient dissimuler au maximum » (MAE, DAM [Mali], dossier 2530, télégramme de l’ambassade française à Bamako, 3 novembre 1961).
[ 22] MAE, DAM (Mali), dossier 2531, note du général de Gaulle à MM. Foyer et Gorse, sans date.
[ 23] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062 206/3, situation de la Banque centrale au Mali et perspectives d’avenir, 7 novembre 1961.
[ 24] Ibid.
[ 25] MAE, DAM (Mali), dossier 2531, télégramme circulaire, 1er février 1962.
[ 26] MAE, DAM (Mali), dossier 2535, lettre du président de la République du Mali au général de Gaulle, 2 avril 1962.
[ 27] Sur les négociations pour la réforme de la BCEAO, cf. R. Julienne, Vingt ans d’institutions..., op. cit., p. 184-205.
[ 28] MAE, série DAM (Mali), dossier 2538, télégramme de l’ambassade de France à Bamako, 30 juin 1962.
[ 29] « En effet, la circulation au Mali d’une monnaie différente de celle des pays voisins rendra plus difficiles les transferts illicites à destination de l’étranger. Paraissent spécialement visés les transferts de bénéfices effectués vers les pays d’Europe occidentale par les grandes compagnies françaises et étrangères implantées au Mali » (CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note du SDECE, 26 juillet 1962).
[ 30] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note à l’attention du secrétaire général, 9 juillet 1962.
[ 31] MAE, série DAM (Mali), dossier 2506, lettre du chargé d’affaires de France à M. Gorse, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, 24 juillet 1962.
[ 32] Dans un télégramme adressé à Paris, l’ambassadeur français explique : « Le but des Maliens est de faire croire que le gouvernement français n’a pas d’objection au principe de cette mesure et qu’il entend dès à présent en faciliter l’application pour que la situation économique et financière du Mali n’en soit pas affectée. En procédant de cette façon, les dirigeants du Mali visent à mon sens à rassurer leur opinion publique qui depuis la réforme monétaire attend avec une certaine anxiété les réactions du gouvernement français » (CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, télégramme de l’ambassade de France à Bamako, 4 juillet 1962).
[ 33] MAE, série DAM (Mali), dossier 2531, télégramme no 373/79 de l’ambassade de France à Bamako, 1er juillet 1962.
[ 34] Le ministère de la Coopération envoie un télégramme aux ambassades de France dans les pays de l’Afrique de l’Ouest pour préciser la position française : « J’ai reçu les ambassadeurs et chargés d’affaires des États autres que le Mali signataires des accords du 12 mai pour leur indiquer que le souci de la France est de se concerter avec leurs gouvernements avant d’engager l’avenir de ses relations monétaire avec le Mali. Je leur ai demandé d’indiquer à leurs gouvernements que, contrairement au bruit que semble vouloir accréditer le gouvernement du Mali, l’opération monétaire réalisée par le gouvernement n’avait donné lieu à aucun échange de vues préalable avec le gouvernement français » (CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, télégramme du ministère de la Coopération, 9 juillet 1962).
[ 35] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/4, télégramme pour l’ambassade de France à Cotonou, 5 juillet 1962.
[ 36] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/4, télégramme de l’ambassade de France à Bamako, 4 juillet 1962.
[ 37] CAEF, Répertoire 1018, B 0062 206/4, procès-verbal de la réunion du conseil d’administration de la BCEAO, 11 juillet 1962.
[ 38] « Il refuse de disposer d’un compte d’opérations qui apporterait des garanties très grandes à la monnaie malienne mais impliquerait un certain nombre de contrôles de la part de la France » (CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note à l’attention du président de la République, 20 juillet 1962).
[ 39] Ibid.
[ 40] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note à l’attention du secrétaire général, 23 juillet 1962.
[ 41] MAE, série DAM (Mali), dossier 2520, note, 28 décembre 1963.
[ 42] MAE, série DAM (Mali), dossier 2525, télégramme 2580-82, New York, 3 octobre 1962.
[ 43] I. Roubinski, « L’URSS en Afrique (1960-1990) : un avant-goût de l’échec », Géopolitique africaine, no 9, hiver 2003, p. 247-263 ; O. A. Westad, The Global Cold War. Third World Interventions and the Making of our Times, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.
[ 44] CHAN, Fonds public Foccart, dossier 52, note à l’attention du président de la République, 23 avril 1963.
[ 45] CHAN, Fonds privé Foccart, dossier 119, Comité de la Communauté, réunion du 23 février 1960.
Résumé
Le but de cet article est d’analyser le processus de décolonisation au Mali et l’évolution des relations franco-maliennes. En fait, l’histoire du Mali est particulière. Sans arriver à une rupture définitive avec Paris, comme cela a été le cas de la Guinée, le Mali ne veut pas se rallier aux positions des autres pays de l’Afrique francophone. État qui se proclame socialiste, il veut la maîtrise complète de sa politique économique et monétaire, incompatible avec les règles de la zone franc à laquelle il appartient. Il cherche ainsi à instaurer de nouveaux rapports de coopération avec Paris. Sa tentative est importante parce qu’elle soulève des problèmes liés à la deuxième phase du processus de décolonisation : comment les États africains peuvent-ils devenir économiquement indépendants quand ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour assurer leur développement ?
L’indépendance par la monnaie : la France, le Mali et la zone franc, 1960-1963The aim of this article is to analyze the decolonization process in Mali and the evolution of its relations with France. The history of Mali is different from that of the Guinea of Sekou Touré, who broke off relations with Paris, but also from that of other francophone states. Oriented towards socialism, Mali reclaimed full control of its economic and monetary policy. But the Franc zone, to which Mali belonged, limited national sovereignty in these fields. Bamako therefore tried to develop a new kind of relationship with Paris. Its attempt to do so is important because it raises questions related to the second phase of the decolonisation process : how can the new African states become really independent from an economic point of view, if they do not have the resources to finance their development ?
PLAN DE L'ARTICLE
- INTRODUCTION
- NAISSANCE DE LA REPUBLIQUE DU MALI
- LE PRECEDENT GUINEEN
- ETABLIR DES NOUVELLES RELATIONS ECONOMIQUES
- LA NAISSANCE DU FRANC MALIEN
- CONCLUSIONS
POUR CITER CET ARTICLE
Guia Migani « L'indépendance par la monnaie : la France, le Mali et la zone franc, 1960-1963 », Relations internationales 1/2008 (n° 133), p. 21-39.
URL : www.cairn.info/revue-relations-internationales-2008-1-page-21.htm.
DOI : 10.3917/ri.133.0021.




