Reliance
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I.S.B.N.2-7492-0496-8
168 pages

p. 8 à 8
doi: en cours

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Éditorial

no 17 2005/3

2005 Reliance Éditorial

Entre porte-voix et porte à faux

Denis Poizat
Un progrès ? Une victoire ! Voilà que le vocabulaire des journaux télévisés pratique une mue du vocabulaire autour du handicap. On parle désormais de vie scolaire, de vie professionnelle, de vie familiale et affective. On parle de la vie. Ce n’est pas un petit pas de côté, tant les mots façonnent la pâte du réel.
Mais tout de même ! Une déception subsiste : celle du maintien d’un autre registre de langue, archaïque, usé. Il ne lave plus blanc et ne permet pas, non plus, qu’on s’en lave les mains.
Pourquoi, au sein de la presse française, réputée libre et indépendante, trop de journalistes demeurent-ils englués et dépendants d’habitudes langagières rétrogrades avec, de surcroît, une assurance déroutante ? Pourquoi, au journal de vingt heures sur de grandes chaînes de télévision, parle-t-on encore « des handicapés » ?
Le fait est étonnant car il n’est pas de langue plus diplomatique et plus lissée que celle de nos hommes troncs toujours habiles à déjouer l’impair. Certes, si leur mission n’est pas d’être les porte-voix de la cause du handicap, mais de servir la vérité, qu’au moins ils ne se mettent pas en porte à faux.
Les journalistes sont, qu’ils le veuillent ou non, les caisses de résonance de la société dont ils expriment le jus parfois un peu rance. Vivant à proximité de la question, sans doute y sommes-nous plus sensibles, plus réactifs aussi, lorsqu’une expression fait l’effet d’une lame qu’on avait crue ôtée de la plaie. Cette sensation est perceptible face à l’irritation de certains qui, autour de nous, s’étonnent de tant de circonvolutions pour parler « des handicapés ». Car ils le sont bien, handicapés, insistent-ils avec l’aplomb des ignares !
On sait combien l’évocation du handicap dérange douloureusement et combien, pour se défendre de cette morsure, le novice catégorise volontiers.
Mais l’ignorance ou l’indifférence ne suffisent pas à expliquer le maintien de ce vocabulaire. Les militants de la cause, eux aussi, sont parfois incompréhensibles. C’est embêtant.
Car il existe aussi un porte à faux du porte-voix. La littérature sur le handicap est devenue codée, embrouillée, encombrée de trop de guillemets, d’italiques, de tant de litotes, d’acrobaties et de contournements, d’acronymes et de sigles que cela suscite en réaction une envie de parler vite. Chacun sait ce qu’est un « handicapé », et l’on croit toujours se faire comprendre par un trait de ce vocabulaire vulgaire. Mais il blesse par d’inutiles dommages collatéraux. La vulgarisation, qui se passe si bien de la vulgarité, doit encore livrer bataille. Les journalistes s’y essaient et se ratent parfois. Mais les professionnels, auteurs et membres d’associations ont un combat à mener pour s’extraire à leur tour de ce porte à faux et recouvrer une langue fluide.
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