2006
Reliance
Éditorial
Une handicaphobie qui s’ignore
Denis Poizat
Les querelles politiques s’accompagnent de quolibets qui jettent le discrédit sur le handicap.
On conspua ces derniers mois un projet prétendument social, celui du
cpe. Pour cela, syndicats, militants, étudiants, lycéens, parents, hommes et femmes politiques tirèrent leurs traits respectifs. Toutes armes de la démocratie dégainées dans un vaste tapage, je souris lorsque l’écrivain haïtien d’Alembert
[1] décrivit l’exubérance hexagonale par un « Ça va péter ! » si typique, d’après lui, de notre marmite nationale. Soit.
Mais l’on assista aussi à une passe d’armes d’un autre genre. Ce fut une compétition sans vainqueur. Je veux parler des quolibets. « Le gouvernement est autiste ! », affirme le chef de parti. Vous êtes « aveugles ! », répond le gouvernement. Il est « sourd », réplique la rue. Déjà, en novembre 2005, dans le journal Le devoir, un journaliste canadien qualifiait le gouvernement français de « sourd et aveugle » face aux problèmes des banlieues. Le reproche, qui porte naturellement sur autre chose de part et d’autre que sur l’autisme, la cécité ou la surdité, se glisse tout entier dans le handicap. Si tu es sourd, tu es sot. Si tu ne vois pas, tu es stupide. Nous nous tournons alors vers l’Italie : pas mieux ! Silvio Berlusconi et Romano Prodi s’y entendent eux aussi. Un « idiot utile » contre un « ivrogne appuyé sur ses chiffres comme à un réverbère » : déficience contre addiction, il ne manque que l’aberration génétique d’un autre homme politique pour combler la péninsule !
Cela ne se passe pas seulement en France, cela est partout : adoubé par la rue, le handicap est hissé aux commandes des plus hautes décisions, mais seulement quand cela ne marche pas.
Dans la marmite, le brouet de l’handicaphobie est prêt à l’emploi, sans talent ni relief. Quel dommage.
[1]
L’auteur, entre autres, d’un
Le crayon du bon dieu n’a pas de gomme.