Reliance
érès

I.S.B.N.9782749206394
116 pages

p. 10 à 12
doi: 10.3917/reli.022.0010

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Du singulier à l'universel. Entretien avec Roger Belot

no 22 2006/4

2006 Reliance Du singulier à l’universel. Entretien avec Roger Belot

Entretien avec Roger Belot  [*]

Entretien conduit par Denis Poizat
Comment justifier qu’une mutuelle d’assurances puisse soudainement s’intéresser au handicap et à l’inclusion scolaire ? N’est-ce pas un peu surprenant ?
Mais ce n’est pas soudain !
C’est essentiellement la mise en visibilité qui peut surprendre, elle est celle d’un projet à la fois ancien et naturel car depuis 1934, notre mutuelle d’économie sociale a tenté de montrer qu’elle n’était pas qu’un simple assureur.
La dimension humaine, le respect de la solidarité entre toutes les personnes, y compris les personnes en situation de handicap sont des convictions très fortes qui guident notre action.
Je voudrais donner quelques exemples issus de nos contrats.
Un enfant vivant avec un handicap bénéficie depuis toujours sans option ni cotisation supplémentaire du contrat de ses parents ; de plus si les parents décèdent, la personne handicapée devient à titre personnel sociétaire de la Maif. C’est important quand l’on sait la difficulté que rencontrent les personnes en situation de handicap lorsqu’elles deviennent adultes, surtout à la mort de leurs parents. Nous ne sommes pas très nombreux dans le secteur de l’assurance mutualiste à avoir adopté pareille position.
Prenons un autre exemple concret dans nos garanties. Lorsqu’un véhicule adapté au handicap d’un de nos assurés est accidenté, nous prenons en charge la location d’un véhicule semblable, mais comme il s’en trouve très peu sur le marché locatif, nous garantissons alors les déplacements de cette personne par les moyens requis (taxi, ambulance…).
De plus, lorsqu’une personne assurée voit sa mobilité transformée par un événement de caractère accidentel, nous ne nous limitons pas au versement d’un chèque. Un chèque n’accompagne pas et ne modifie pas l’environnement. Nous mobilisons, c’est juste un exemple, des ergothérapeutes pour réaliser avec les personnes un diagnostic de la nouvelle situation dans le cadre de vie : élargissement des portes, installation d’un ascenseur, ce qui fait que la vie redevient possible avec un handicap.
Notre sociétariat est constitué de foyers et parmi les personnes vivant dans ces foyers, certaines peuvent être porteuses de handicap, d’autres pas. Notre pratique de la mutualisation consiste à prendre en compte tous et chacun. Nous ne savons évidemment pas qui, parmi nos sociétaires, vit avec un handicap ou non. Nous nous adaptons au plus près des besoins de chacun.
Vous semblez avoir un regard prospectif sur ce que la puissance publique pourrait faire …
Oui, je crois que nous donnons parfois l’exemple de ce que la collectivité au sens large pourrait mettre en œuvre. Ainsi, la dépendance, compte tenu du vieillissement de la population, est devenue un problème de société. Or, si les pouvoirs publics ne prennent pas des dispositions nécessaires comme par exemple la création d’une sorte de branche supplémentaire aux dispositifs existants, seuls certains pourront s’offrir une garantie. Si aujourd’hui encore, nous essayons de mutualiser pour le plus grand nombre, est-il sûr que demain, nous le pourrons encore ? Il est sans doute important de penser qu’un relais doive être pris pour qu’à notre tour, nous venions en complémentarité des dispositifs publics existants.
Les colloques tenus récemment vous ont-ils aidé à modifier votre pratique d’assureur mutualiste, notamment dans le domaine du handicap ?
Outre la visibilité politique, au-delà du savoir et du faire savoir, ces colloques nous ont permis d’avoir d’autres contacts avec le monde scolaire, dans un autre registre. Les enseignants sont en effet notre matrice historique, même si nous nous sommes ouverts à un grand nombre d’autres secteurs, le handicap (et nous assurons plus de six mille établissements et services du secteur médico-social), la culture, le sport, les loisirs, la recherche. Mais tous ces domaines sont concernés par le handicap eux aussi. Ces colloques ont été, pour nous, l’occasion de voir toujours au plus près les situations concrètes de personnes et d’y réfléchir.
Nous sommes très sensibles aux problèmes d’accompagnement. L’idée d’un financement du congé de disponibilité d’un proche pour accompagner une personne handicapée en est un exemple, les questions de transport dont les personnes en situation de handicap sont si dépendantes en sont un autre. Encore des illustrations des pratiques Maif : la valeur de l’aménagement d’un véhicule adapté n’entraîne aucun surplus de cotisation pour l’assuré et lorsque son précieux véhicule a subi un dommage, il n’existe aucune vétusté pour les aménagements ; notre site internet (maif.fr) est configuré pour permettre un accès aux personnes handicapées.
À l’issue de ces colloques, nous sommes encore davantage convaincus du caractère précieux de l’autonomie.
L’âme mutualiste n’est donc pas éteinte !
Quelle vieille question ! Non, elle n’est pas éteinte. Peu importe au fond que soient connus ou inconnus du grand public les pionniers qui ont fait l’histoire de notre mutuelle. Certes, il leur a fallu de l’audace et du courage individuel ; mais sans être porté par un engagement collectif de centaines puis de milliers de personnes, le projet n’aurait pas abouti. On ne naît pas mutualiste, on le devient lorsque l’existence vous confronte à l’alea. On comprend alors qu’on n’a pas trouvé mieux que la solidarité. Mais distinguons-la de la solidarité émotionnelle et souvent éphémère telle que nous la voyons parfois. La solidarité doit être durable, c’est là un de ses gages d’efficacité ; et pour cela, il faut l’entretenir. Si une mutuelle telle que la nôtre existe aujourd’hui, c’est bien que la solidarité n’est pas morte. Je l’observe chez les jeunes, qui défendent des causes parfois un peu différentes de celles des hommes de ma génération, mais elle demeure vigoureuse et vient sans doute en réponse à un sentiment diffus de perte de sens. La solidarité constitue un ancrage. La transformation se constate peut-être dans le fait qu’il n’y a pas d’antinomie entre la solidarité et l’individu. L’un et l’autre vivent bien ensemble.
Vous connaissez la critique selon laquelle les assureurs seraient enclins à espérer une société lissée. Là où on voyait du divers, on aurait du prévisible.
Là n’est pas notre but. Comprenons bien que notre but est tout à fait lié à la question de la responsabilité. Pour cette raison, on ne peut pas faire de l’assurance sans prévention. Mais par ailleurs, l’on sait bien que le risque zéro n’existe pas, mais nous assistons à la survenue de nouveaux risques. Dès lors, si on s’intéresse à un concept de société, il nous faut penser à cette question de la responsabilité dans la prise de risque.
C’est parce que l’assurance existe qu’on peut aussi prendre des risques. Il n’y a donc aucune tentation de lisser la société mais au contraire, de permettre à l’individu d’avoir une vie normale et une part de risque.
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© Charles CRIE/MAIF
 
NOTES
 
[*]Roger Belot est président-directeur général de la maif
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