Reliance
érès

I.S.B.N.9782749206394
116 pages

p. 63 à 63
doi: 10.3917/reli.022.0063

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Dossier : Éducation inclusive - Enjeux et perspectives - Témoignages croisés : élèves en situation de handicap, professeurs, responsables d'établissement

no 22 2006/4

2006 Reliance Dossier : Éducation inclusive - Enjeux et perspectives - Témoignages croisés : élèves en situation de handicap, professeurs, responsables d’établissement

Ne sommes-nous pas, selon vous, victimes de nos représentations du handicap ?

Philippe Lorenzo Sociologue
Je ne sais pas si nous sommes victimes, mais, en tout cas, nous avons des représentations et nous faisons avec.
Anaïs souhaite que toutes les personnes handicapées soient considérées comme les autres. Mais tout le monde n’est pas intégré ; il y a des personnes qui sont exclues, d’autres qui sont en processus d’intégration. Au reste, ce concept d’intégration ne devrait plus être employé. Il y a quelques années, dans ce genre de débats, on parlait toujours d’intégration scolaire, puis on a un peu changé de vocabulaire et on parle aujourd’hui plus volontiers d’inclusion, mais le concept reste le même.
La question que je me pose est celle-ci : « De quoi parle-t-on ? Une personne handicapée, est-ce celle qui n’est pas adaptée à la société ? Celle qui ne s’adapte pas à la société ? Celle qui ne sait pas, ou ne veut pas, s’adapter ? Ou est-ce celle pour laquelle la société ne s’adapte pas et n’est pas adaptée ? » C’est peut-être là que se situe la révolution culturelle que nous devons entreprendre, il faut changer radicalement de posture. On ne peut en rester à nos postures actuelles, aux représentations qui sont très ancrées en nous. Nous sommes issus d’une civilisation judéo-chrétienne, gréco-chrétienne plus exactement. Aristote, Platon considéraient déjà des personnes qui avaient des différences physiques ou intellectuelles comme des parias, Platon défendait des thèses eugénistes. Ses représentations sont toujours ancrées en nous, elles sont nourries par des traditions multiséculaires ! Les Pères de l’église ont perpétué le point de vue platonicien en sorte que l’on imagine mal que dans un corps difforme (quand j’emploie ce mot, je veux dire qui n’est pas de la même forme que les autres, quelle que soit la difformité), il puisse y avoir un esprit qui ne soit pas difforme même si, par ailleurs, ils l’accueillent dans la charité. Comme si la différence physique se construisait dans la différence cognitive, intellectuelle. Bien évidemment, on sait que tout cela est complètement faux, en tout cas on le subodore.
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