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S'inscrire Alertes e-mail - Reliance Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezPolitique, handicap et discriminations
AuteurÉlisabeth Auerbacher du même auteur
Secrétaire nationale adjointe du Parti socialiste, chargée du HandicapLa politique signifie au sens étymologique la « vie de la cité ». Ne pas pouvoir accéder à cette vie de la cité constitue une discrimination. Aborder le problème du handicap revient à examiner la discrimination subie par les personnes handicapées. Quels types de discrimination subissent-elles ?
La discrimination à l’école
2 La loi ne garantit pas la reconnaissance du droit à la scolarité. Cette scolarisation ne doit pas être une simple inscription administrative, ni dépendre de techniciens médicaux ou paramédicaux, comme le prévoit le décret 2005.752 du 30 décembre 2005, qui confie à l’équipe pluridisciplinaire le projet personnalisé de scolarisation. De plus, cette loi préconise le remplacement par l’école de l’éducation en milieu spécialisé dont on connaît les effets dévastateurs de par l’absence de formation qualifiante des enfants.
3 Le handicap impose un nécessaire accompagnement de l’enfant ; or, la pénurie existe, ce qui interdit à ces enfants de poursuivre des études et de les mener à bien. Il ne faut donc pas s’étonner de la faible proportion d’étudiants handicapés assurant des études universitaires puisque, dès la plus petite enfance, les enfants handicapés sont largement exclus de toute scolarité normale. Même les clis, où l’on concentre tous les enfants « à problème », parmi lesquels figure le handicap moteur, ne prévoient pas de passerelles.
Discrimination à l’accès à la formation
4 Les personnes handicapées ne bénéficient pas d’une réelle formation et encore moins d’une formation tout au long de la vie.
5 Quand, exceptionnellement, cette formation existe, elle ne forme qu’en fonction des métiers subalternes ou obsolètes. Toute une population se retrouve ainsi sans la possibilité de pouvoir bénéficier des avantages du contrat de transition professionnelle, du congé de reclassement ou de la convention de reclassement personnalisé.
6 De plus, ces populations sont en dehors du travail ou exclues de celui-ci, quand elles désirent se former à nouveau dans d’autres secteurs. Ce sont ainsi des personnes handi- capées qui, pour des raisons de santé, au début de leur vie, n’ont pu se former, puis se stabilisent ensuite dans des structures « protégées ». Elles ne deviennent aptes au travail en milieu ordinaire qu’à la condition de disposer d’une formation tout au long de la vie et d’une sécurisation du parcours. Cette logique reste encore exceptionnelle car elle ne touche qu’une minorité de citoyens ; elle correspondra pourtant de plus en plus à la norme.
Discrimination à l’emploi
7 Le plafond de verre s’applique aux personnes handicapées. Les décideurs politiques et chefs d’entreprise prônent le cv anonyme du fait de cette discrimination au faciès, aux territoires, aux noms ; ils n’ont pas le même discours à l’égard des personnes handicapées. La loi du 11 février 2005 a fortement relevé le niveau des amendes en cas de non-respect de l’obligation d’emploi de 6 % de travailleurs handicapés ; seules les entreprises employant plus de 20 salariés y sont assujetties ; en outre, les entreprises peuvent contourner cette obligation en intégrant la sous-traitance concédée aux essat (anciens cat) et entreprises adaptées (anciens ateliers protégés).
8 Quand une semaine sur l’emploi des personnes handicapées est organisée, on insiste souvent sur le travail en centres d’aide par le travail (devenus esat), en oubliant sciemment que ces travailleurs n’y bénéficient pas du Code du travail, alors que comme tous les autres travailleurs, ils travaillent et produisent. En tout état de cause, les entreprises préfèrent payer plutôt que d’embaucher les personnes handicapées.
Discrimination dans l’exercice des libertés publiques
9 Les personnes handicapées ne peuvent pas exercer les libertés publiques dont bénéficient les autres citoyens. Il faut évoquer la discrimination sur la liberté d’aller et venir, faute d’accessibilité aux transports, dans la ville, dans les services publics. Les difficultés d’accès à la culture existent également.
10 Beaucoup de personnes sont sous tutelle, ce qui les exclut de nombre de droits civiques et civils. Les personnes handicapées qui n’ont aucune autonomie ne choisissent pas leur mode de vie.
11 Cette discrimination est patente, comme le prouve la répartition des réclamations par critères de discrimination auprès de la halde : 39,6 % ont pour origine le handicap et 13,9 % la santé.
Discrimination dans la représentativité
12 Quand un observateur évoque la présence d’une personne handicapée dans un milieu de militants ou dans la sphère politique, il s’agit d’« une vieille dame impotente dans une chaise roulante ». En aucun cas, cette personne n’est traitée en acteur ou actrice politique. Dès que l’on est handicapé dans un fauteuil roulant, on est souvent perçu comme un objet.
13 Pourquoi des personnes handicapées ne pourraient-elles pas être des interlocuteurs responsables comme les autres ? Pourquoi une femme en fauteuil roulant ne pourrait-elle pas être une véritable actrice politique ?
14 Présenter une personne politique s’entretenant avec une militante dans un fauteuil roulant comme quelqu’un qui procède à une attitude charitable témoigne d’une handiphobie certaine. Il y a lieu de considérer les personnes handicapées comme des acteurs à part entière de la vie publique, y compris dans leur capacité à accéder à des fonctions électives.
Discrimination par le regard
15 Les personnes handicapées doivent être entendues. Leur parole existe. Une personne handicapée qui s’engage dans un parti politique doit pouvoir s’exprimer sur d’autres sujets que le handicap. Elle ne saurait être un alibi ou un élément du décor. Une partie de la jeune génération française a des parents nés au-delà des mers (Maghreb, Afrique …) Celle-ci revendique à juste titre sa place dans la société, dans l’emploi, dans la représentation politique ; cette revendication renvoie à la prise en compte nécessaire de la diversité. Aujourd’hui cette jeune génération subit le racisme et l’exclusion ; des personnes handicapées, par définition différentes, subissent cette même exclusion, cette même forme de racisme.
16 Toute initiative politique d’envergure suppose une prise en compte des questions de handicap, questions qui relèvent plus que jamais d’une dimension transversale.
Résumé
La politique signifie au sens étymologique la « vie de la cité ». Ne pas pouvoir accéder à cette vie de la cité constitue une discrimination. Aborder le problème du handicap revient à examiner la discrimination subie par les personnes handicapées. Quels types de discrimination subissent-elles ?
PLAN DE L'ARTICLE
- La discrimination à l’école
- Discrimination à l’accès à la formation
- Discrimination à l’emploi
- Discrimination dans l’exercice des libertés publiques
- Discrimination dans la représentativité
- Discrimination par le regard
POUR CITER CET ARTICLE
Élisabeth Auerbacher « Politique, handicap et discriminations », Reliance 1/2007 (n° 23), p. 100-102.
URL : www.cairn.info/revue-reliance-2007-1-page-100.htm.
DOI : 10.3917/reli.023.0100.




