2007
Reliance
Éditorial
Des idées neuves ?
Denis Poizat
Charles Gardou
L’on fera peut-être trois reproches à ce numéro « Politique et handicap ».
Le premier dirait en substance : « Ne mélangeons pas tout, les députés à la Chambre, les universitaires à l’université, les associations dans les lieux de militance ! » Or Reliance a déjà publié les positions de hauts fonctionnaires, de députés européens, d’élus locaux également, et, depuis son lancement, des associations. Mais c’est surtout la transgression d’une certaine tradition universitaire, exigeant moins la conviction que la recherche de la vérité, scientifique si possible, qui peut gêner certains. Or, la conviction et la vérité ne se contrarient pas toujours. Depuis des années, les politiques s’entourent d’agences, de conseils supérieurs en tous genres, où travaillent des chercheurs, des scientifiques et auxquels participent, cela arrive parfois, des citoyens et des usagers. L’opposition entre ces mondes est vaine. Si la passion du savoir a parfois conduit l’université à se fermer au monde, ne lui reprochons pas de s’y être ouverte depuis trente ans. Symétriquement, les politiques ne sont plus ces tribuns enflammés, brandissant le verbe comme le sabre, et se souciant parfois comme d’une guigne de ce que disent les citoyens et les scientifiques. Ne leur reprochons pas de les écouter. Le divorce entre les trois ordres que sont la nomocratie (le pouvoir du droit et de la règle), la technocratie (le pouvoir des experts) et l’opinion n’est pas encore consommé. L’avenir, nous en sommes sûrs à Reliance, est, comme la vie, à la conjugaison.
Le deuxième reproche affirmerait à peu près ceci : « Le choix des orientations est nécessairement partial, et la revue s’écarte d’une ligne de neutralité politique. » Mais elle n’a jamais prétendu être neutre politiquement, pas plus qu’elle n’a affiché de doctrine politique explicite. Il est une tradition de la presse quotidienne d’afficher la couleur, surtout lorsque se profilent des échéances aussi essentielles que les élections présidentielles. Nous sommes comme nos lecteurs, qui se demandent sans doute lesquels des élus nationaux des grands partis opèrent vraiment une rupture radicale avec le passé. L’un ou l’autre des petits partis de personnes en situation de handicap, qui font de la représentation nationale un enjeu de principe essentiel à la vie démocratique, saura peut-être opérer l’électrochoc dont François Suchod, dans nos colonnes, regrette qu’il n’ait pas eu lieu.
Tous les grands partis français ont été sollicités dès lors qu’ils présentaient une légitimité à pouvoir parler de la question du handicap. Ne nous perdons pas en conjectures pour expliquer le silence de certains, mais remercions plutôt ceux qui ont consacré de leur temps pour écrire. Malheureusement, Simone Veil, membre du Conseil constitutionnel, tenue à une obligation de réserve, a été contrainte de s’en abstenir. Elle avait naturellement toute sa place dans la réflexion politique sur le handicap puisqu’elle fut, notam- ment, à l’initiative de la loi de 1975. D’autres ont regretté de ne pouvoir contribuer à ce numéro, empêchés par des engagements, tel René Lenoir qui s’en est excusé. Le silence de certains partis, à la droite extrême, était notre but, tant leurs amitiés douteuses avec les ténèbres de l’histoire ruinent toute leur crédibilité dans le domaine du handicap, et en bien d’autres.
Le troisième reproche, enfin, regretterait une approche trop large : « Traitez donc les sujets qui fâchent, faites répondre les politiques à des questions concrètes ! » Mais nous ne voulions pas construire un catalogue programmatique, la revue est une revue de réflexion, pas un comparateur de programmes. D’autre part, ils fâchent presque tous, les sujets ! Il s’agissait, dans le cadrage de ce numéro, de proposer aux décideurs politiques d’être prospectifs, sans thématique trop serrée, qui aurait encore davantage rétréci l’opportunité de trouver des idées nouvelles. Alors, tant mieux si les lecteurs attentifs en débusquent quelques-unes.