Reliance
érès

I.S.B.N.9782749207414
160 pages

p. 151 à 151
doi: en cours

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Notes de lecture

n° 24 2007/2

2007 Reliance Notes de lecture

Le handicap ou le désordre des apparences

Alain Blanc
Paris, Armand Colin, 2006
Les ambitions du livre d’Alain Blanc sont multiples ; outre qu’il s’agit d’une nouvelle exploration du concept de liminalité, inspirée des travaux de Van Gennep et de Murphy, l’auteur veut pénétrer, à travers l’analyse de la déficience, les conditions d’existence des sociétés elles-mêmes. Sa posture de sociologue l’amène à prendre en compte la déficience sous un jour que d’autres travaux n’avaient pas entrevu.
L’ouvrage ne se faufile pas, il n’attrape pas la question de la déficience par des objets connexes ; il la scrute au contraire dans un face à face auxquels trop peu de sociologues se sont affrontés, même si l’abondance des travaux en sciences humaines peut laisser penser à une large prise en compte de cette thématique aujourd’hui.
Quel intérêt à lire cet ouvrage ? Parce qu’il retrace les perspectives de la recherche en sciences sociales en faisant, sans cesse, référence à une importante bibliographie et à la mobilisation des concepts et des controverses qu’il est souvent utile de connaître. Mais au-delà, le lecteur devrait trouver dans cet ouvrage des réponses à des questions qui reviennent, lancinantes : pourquoi, en dépit d’une reconnaissance améliorée du statut des personnes vivant avec un handicap, pourquoi, donc, les sociétés pratiquent-elles encore l’injonction paradoxale ? Nous vous reconnaissons, mais restez donc à votre place. Double bind insoluble dans les principes d’égalité, qui donne cette allure d’indépassable situation de l’entre-deux des personnes vivant avec une déficience. Les petits arrangements des sociétés et les petites compromissions des individus avec l’anomal faisant en sorte que, sous le manteau de la vertu et sous l’habit du droit, chacun peut organiser son jeu subtil. Il s’agit, dit-il, d’une composition, d’un jeu à la fois rationnel et qui ne l’est pas, qui consiste à organiser une cohérence légitimant la demi-mise à l’écart, voire la mise à l’écart totale de certains.
Il faut voir, dans ce travail, une analyse particulièrement fine sur la question de l’auto-dépendance, que l’auteur nourrit à la lecture des travaux d’Albert Memmi, qui prêta d’ailleurs sa plume à Reliance. La déficience, au-delà, est un fait social total, mais en est-il autrement de la puissance, de la capacité ? Alain Blanc montre que, précisément, un fait social engage tous les membres d’une société. La déficience est donc aussi un fait social total comme un autre !
Au-delà de la réflexion personnelle de l’auteur, le livre laisse transparaître une puissante érudition, dense, riche et féconde en analyses.
D. P.
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