Reliance
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I.S.B.N.978274920786
144 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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Éditorial

n° 25 2007/3

2007 Reliance Éditorial

Relèves

Denis Poizat
On les dit peu engagés, soucieux de leur carrière, inquiets du chômage bien plus que la génération de leurs aînés, quadra ou quinquagénaires bien inclus. Leur vie sera moins confortable que celle de leurs parents et mieux vaut pour eux, pense-t-on, une bonne assurance pour l’avenir. Cela est si vrai que les écoles de commerce ne désemplissent pas.
Dit-on assez que parmi eux, les étudiants, se trouvent des jeunes qui veulent travailler pour pas très cher payé comme éducateur, comme ergothérapeute, comme traducteur en langue des signes, comme moniteur de sport adapté, comme infirmier ? Remarque-t-on assez qu’il s’en rencontre de ces étudiants qui ne rechignent pas à un engagement professionnel peu valorisé, parfois raillé parce qu’ils « s’occuperont des handicapés » comme auxiliaires de vie scolaire dans des écoles primaires et que, de surcroît, mis à part les élèves infirmiers, ils ne trouveront peut-être pas de travail ? Voit-on aussi que la poésie, l’histoire, les sciences de l’éducation, l’anthropologie et la philosophie permettent de mieux comprendre le monde et d’y agir ? Et ils sont nombreux à faire en sorte que le handicap devienne moins difficile à connaître.
Il n’y a aucune oblation à cela mais, je crois, en contrepoint de l’allure parfois absurde de notre société, l’ambition de ne pas barboter et de se coltiner avec le réel, même s’il est âpre.
Je trouve en effet curieux qu’à 20 ans, on se destine à certaines professions [1] et qu’on s’en fasse une épopée. J’aimerais sentir dans le regard porté sur ces jeunes qui travailleront en proximité avec le handicap la fierté d’une société les voyant aller leur chemin vers les sessad, mdph et autres acronymes totalement inconnus du grand public. Assez de ces ratiocinations autour des « filières porteuses » qui conduisent trop de gens à tourner en rond leur vie professionnelle durant. Qu’on reconnaisse la lucidité de ces étudiants qui ont refusé une trajectoire sans dessein. « Qu’est-ce qu’un métier ? demandait Hannah Arendt, c’est au moins une Ĺ“uvre. » Est-ce à dire que celles et ceux qui n’ont pas choisi cette voie ont courte vue ?
Ils ne sont ni stupides ni cupides, mais les Ĺ“uvres sont parfois petites, oui. On leur a sans doute appris très tôt quel était leur intérêt bien compris. Et il n’est pas sûr qu’on l’ait si bien compris que cela, leur intérêt. Car je suis étonné de voir que les professionnels qui touchent de près ou de loin au handicap, même s’ils peuvent parfois être lassés, fatigués, rarement lâchent ce triste constat qu’ils font un « métier de con ». Yves Jeanne me transmet Les naufragés de Patrick Declerck. On y lit en dernière page, à propos de ces « fous vagabonds » : « Sachons veiller sur ces splendeurs détruites que nous avons l’honneur de soigner » ; certes, il s’agit chez Patrick Declerck de ceux qui vont, la marque sdf collée à leur paletot, leur incompréhensible errance. On peut en dire tout autant, parfois, des naufragés de la génétique ou de ces gamins qui se sont fracassés sur la route, apprenant, au centre Henri Gabrielle ou ailleurs, le solfège d’une vie impensée jusqu’alors. Il faut abandonner ce vieux cliché selon lequel l’étudiant engagé se balade avec des banderoles les jours de foire protestataire. Il faudrait sûrement admettre que les étudiants engagés sont le plus souvent dans des lieux que personne ne visite. Pas plus qu’ils ne sont étudiants « diants-diants », ils ne sont étudiants « gnan-gnan ».
Je me tourne maintenant vers d’autres projets éditoriaux. Je suis heureux qu’Yves Jeanne me succède comme rédacteur en chef. Charles Gardou assure toujours la direction de la publication. Bon travail à tous les deux. Merci aux lecteurs, aux auteurs, à érès, aux rédacteurs invités, à tous ceux qui soutiennent la revue.
 
NOTES
 
[1]Pas d’exemple, par charité, sauf un : quelle Ĺ“uvre dans le marketing des croquettes pour chiens ?
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