2008
Reliance
Recension
Les jeunes tsiganes : le droit au savoir
Sous la direction de
Marie-Paule Baronnet
Amiens, Licorne, 2007
Recension d’Ève Gardien, Sociologue, chargée d’enseignement à l’université de Savoie et formatrice de travailleurs sociaux
L’originalité de cet ouvrage réside sans conteste dans le fait que certains contributeurs sont eux-mêmes tsiganes. Cette spécificité marque de son sceau une volonté de rendre compte au plus près de tous les points de vue des acteurs en présence. Mais que le lecteur ne s’y trompe pas, ce sont bien des analyses et des clefs de compréhension qu’il trouvera dans ce livre collectif, non pas un recueil de témoignages.
Qu’apporte la lecture de cet ouvrage ? Une multiplicité de points de vue à laquelle le lecteur pourra étancher sa soif de comprendre. Il trouvera tout à la fois des perspectives ethnologique et démographique, mais aussi des apports en matière de sciences de l’éducation, d’économie ou d’histoire. En outre, s’ajoutent à ce large éventail de savoirs les regards portés par des institutions et des acteurs de terrain contemporains sur la scolarisation des jeunes tsiganes : l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, des travailleurs sociaux, des formateurs ou encore des enseignants, tous porteurs d’une expérience dont ils dégagent des repères et du sens pour mieux éclairer notre compréhension. Puis, le lecteur trouvera référencés en annexes les principaux textes de lois encadrant le mode de vie des gens du voyage dans notre Hexagone, cette dernière information lui permettant de mieux appréhender le positionnement de l’État.
Ainsi, c’est à la construction d’un point de vue personnel que le lecteur est invité, point de vue fondé sur une diversité d’apports. Pour autant qu’il ne s’y enkyste pas, que sa réflexion soit sans cesse aiguillonnée par les lignes de tension qui traversent ce travail collectif.
En effet, c’est en outre à toujours plus de discernement que le lecteur est incité. Faisant suite à un colloque sur la scolarisation des jeunes tsiganes, cet ouvrage, grâce à la publication de nombreux et riches compléments, prolonge utilement le débat initial, car la question n’est pas close. L’accès aux connaissances mais aussi le rapport au savoir des tsiganes sont interrogés. Si la discrimination, voire l’exclusion participent à la construction de la condition tsigane contemporaine, en retour, les réactions de rejet ou les peurs de l’échec sont constitutives des difficultés que rencontrent ces enfants et leurs parents dans leur rapport aux institutions, au culturel, à l’éducatif et au scolaire. Le lecteur l’aura compris : l’accès des jeunes tsiganes à la scolarisation et aux savoirs est chose complexe ; une multiplicité de facteurs concourent à bâtir ces inégalités, et ce malgré une orientation politique forte visant l’égalité des chances.