2001
Réseaux
Variations sur la telelecture
Les discours de la presse de programmes en france
Jamil Dakhlia
A elle seule, l’analyse de contenus ne peut éclairer la vitalité et la segmentation
exceptionnelles de la presse de programmes en France. S’impose dès lors une étude
de ses stratégies énonciatives, depuis sa naissance en 1950 à nos jours, étude qui se
réfère à la fois à la diversité des imaginaires construits, à la multiplicité des relations
proposées aux lecteurs et aux rôles dévolus à la télévision, d’autre part. De cette
étude axée sur le discours de sept guides de programmes, il ressort que le succès de
la presse télévisuelle française provient de sa capacité à afficher des fonctions de
prescription et d’évasion tout en déclinant, pour chaque titre, un registre spécifique
de la culture populaire.
An analysis of content is not enough to illuminate the exceptional vitality and
segmentation of the TV press in France. The author therefore explores the
enunciative strategies of this sector, from its beginnings in 1950 to the present, with
reference to the diversity of visions and the multiplicity of relations offered to
readers and roles attributed to television. This study, focused on the discourse of
seven programme guides, reveals that the success of TV magazines in France stems
from their capacity to display functions of prescription and escapism, while defining
a specific register of popular culture for each title.
La presse de télévision est actuellement le premier secteur de la presse
française, tant par ses profits que par le nombre de ses lecteurs.
Aujourd’hui, plus des deux tiers des Français lisent régulièrement au
moins un magazine de programmes et plus d’un sur cinq sont fidèles à
Télé 7 Jours en particulier. Le développement de ce secteur a été, en France,
plus rapide et plus spectaculaire que dans la plupart des autres pays
industrialisés. Dès le milieu des années 1990, la France occupe la deuxième
place européenne pour la vente des hebdomadaires de télévision, derrière
l’Allemagne : dix-huit millions d’exemplaires par semaine
[1]. Italie et Grande-Bretagne, pour une population équivalente et, dans le cas de la première, une
offre télévisuelle depuis longtemps plus importante, vendent chacune quatre
millions d’exemplaires seulement
[2], répartis, qui plus est, sur une poignée de
titres
[3], alors que le marché français inclut dix formules distinctes
[4], sans
compter les suppléments gratuits. Si la puissance de la presse télévisuelle en
France dépendait uniquement de sa fonction informative, deux ou trois titres
suffiraient à remplir le marché, comme dans la plupart des autres pays
européens jusqu’à une date récente. La pluralité des formules laisse donc
entrevoir une « valeur ajoutée » des journaux de programmes français, chacun
développant des fonctions spécifiques pour s’insérer et subsister dans un
contexte hautement concurrentiel. L’analyse du contenu s’offre alors pour
saisir les attentes et les imaginaires auxquels la presse de programmes
s’articule depuis sa naissance en 1950 avec la fondation de
Radio Cinéma
Télévision, ancêtre de
Télérama. Mais, étant donné la forte proximité
thématique des titres du secteur, l’examen des contenus ne suffit pas à rendre
compte des propriétés de chaque magazine : il faut lui adjoindre une étude du
discours. En effet, la spécificité de chaque support ne se joue pas tant sur les
sujets traités que sur la situation d’énonciation qu’il construit pour postuler
son destinataire, c’est-à-dire le mode de relation qu’il soumet à son lectorat. Il
convient donc de définir non seulement l’imaginaire mais aussi le contrat de
lecture par lesquels chaque titre parvient à se distinguer de ses confrères et à
s’associer avec une frange déterminée du public. Et puisque les guides de
programmes entendent conditionner l’énonciation télévisuelle, il faut plus
particulièrement examiner la place assignée au petit écran dans les différents
univers représentés ainsi que la position que chaque magazine s’arroge par
rapport au discours télévisuel, en s’incarnant dans le sujet énonciateur.
Une étude de l’énonciation
Comme dans tout marché médiatique, les titres d’un secteur donné tendent
toujours à s’homogénéiser mais, dans le même temps, ils doivent se
singulariser afin de toucher des publics bien identifiables et de pouvoir
capter ainsi le maximum d’annonceurs. Pour se démarquer de ses
concurrents, un support doit s’accorder à l’imaginaire d’un auditoire
spécifique. Faisant un calcul sur les univers mentaux de ses destinataires, il
doit s’efforcer d’en réfléchir les goûts, les attentes et le style de vie. Le
contenu rédactionnel d’un magazine permet donc d’en déduire la cible, en
tant qu’instance destinatrice « interne à l’instance médiatique elle-même,
puisque c’est elle qui la construit », selon la définition de Patrick
Charaudeau et Rodolphe Ghiglione
[5].
Néanmoins, dans un espace de concurrence étroit, le fonds thématique est
souvent très proche d’un support à l’autre. C’est ce que l’on observe ainsi
pour la presse féminine, comme le rappellent Samra-Martine Bonvoisin et
Michèle Maignien : « S’il veut intéresser les femmes, aucun titre féminin ne
peut aujourd’hui se payer le luxe d’échapper aux rubriques traditionnelles,
en matière de mode, de beauté, d’ouvrage ou de cuisine
[6]. »
Dans la presse de télévision, les analogies rédactionnelles sont dictées par le
partage d’une même source d’information, les « premiers programmes »
distribués par les chaînes, mais aussi par des traits socio-démographiques
communs à plusieurs lectorats. Les audiences de
Télémagazine, Télé Poche,
et
Télé Star offrent par exemple des profils très analogues, jeunes et
populaires : sur-représentation des ouvriers en répartition par chef de famille
(dans tous les cas, plus d’un tiers en 1999-2000 contre un quart environ dans
la population active française), forte proportion de familles à faibles
revenus, pourcentage de 15-24 ans supérieur à 26 % du lectorat
[7].
Eu égard à cette relative proximité thématique, l’analyse de contenus
traditionnelle, souvent réduite à un recensement des paradigmes itératifs,
semble insuffisante pour dévoiler la spécificité de chaque titre télévisuel.
Cette approche doit être complétée et problématisée par une étude de
l’énonciation, précisant de quelle façon particulière le locuteur marque sa
présence et interpelle le destinataire au sein de chaque discours.
La théorie des actes de langage développée par John Langshaw Austin met
l’accent sur la double dimension de tout énoncé : contenu propositionnel
(valeur descriptive) d’une part, et force illocutoire, d’autre part, qui indique
comment il doit idéalement être reçu par l’énonciataire
[8].
D’une façon plus générale, la moindre communication humaine ne peut être
réduite à la simple exposition d’un contenu et instaure des rapports
complexes avec ses destinataires, le message et les instances qui l’ont
engendrée. Dans le cas de la presse écrite, « en définissant les conditions
d’accès du lecteur à la matière textuelle, en précisant la position de celle-ci
par rapport au monde ‘réel’et en attribuant aussi une position
morale ou
cognitive aux ‘auteurs’ du magazine », ces relations énonciatives peuvent
parfois, comme le souligne Andrea Semprini, « ‘peser’ plus lourd que le
contenu dans la définition du monde possible défini par un titre
[9] ».
Place donc à une analyse du discours : au relevé systématique des
embrayeurs linguistiques qui renseignent sur la situation d’énonciation en
attribuant des places déterminées à l’énonciateur, le journal, et au
destinataire, le lecteur.
L’analyse du discours se borne à définir le contrat énonciatif proposé par le
média à son audience. En aucun cas, elle ne vise à prévoir la réception du
texte, à la différence des approches pragmatiques développées entre autres
par Umberto Eco et Francesco Casetti. Grâce à l’analyse sémiotique, les
théoriciens de l’immanence dégagent des structures à partir desquelles ils
présupposent le ou les sens qui seront donnés au texte. Du destinataire, ils
font un authentique
lector in fabula, installé au creux du message et
déductible du texte
[10].
Pourtant, le savoir sur un texte, si poussé soit-il, ne permet pas de prédire
l’interprétation qu’il recevra. Stuart Hall insiste sur le fait que les codes qui
président à la production des messages ne sont pas nécessairement ceux mis
en œuvre au moment de la réception : « Il n’existe pas de correspondance
nécessaire entre l’encodage et le décodage ; le premier peut tenter de ‘faire
prévaloir’, mais ne peut prescrire ou garantir le second, qui possède ses
propres conditions d’existence
[11]. »
Du seul texte, il est donc impossible de déduire le lecteur : tout au plus peut-on, dans le cas d’un média de masse, risquer quelques hypothèses en
supposant un ajustement à l’audience. En revanche, ce que l’on peut établir
à coup sûr, c’est la relation que chaque support propose à ses destinataires :
à défaut de postuler la réception, on peut cerner l’articulation entre
production et réception.
La stratégie de communication de tout guide de programmes implique de se
rendre indispensable à l’énonciation télévisuelle. Les consommateurs
doivent se sentir tenus de lire leur périodique pour accéder convenablement
aux émissions. Dans le discours de chaque magazine, il s’agit donc de
repérer non seulement les places attribuées au journal et à son lecteur, mais
également celle qui revient à la télévision. Comme l’a montré Eliseo Veron,
les places énonciatives sont désignées par « tous les aspects de la
construction d’un support presse dans la mesure où ils construisent le lien
avec le lecteur : couverture, rapports textes/images, mode de classement du
matériel rédactionnel, dispositifs d’‘appel’(titres, sous-titres, chapeaux,
etc.), modalité de construction des images, types de ‘parcours’ proposés au
lecteur (par exemple : couverture/table des matières/articles) et les variations
qui s’y produisent, modalités de mise en page
[12] […] »
Etant donné l’immensité du corpus, on a d’abord constitué de façon aléatoire
et sur une période allant de 1950 à 2000 un échantillon de référence de
47 numéros des principaux magazines :
Télérama (ex-
Radio Cinéma),
Télémagazine, Télé 7 Jours, Télé Poche, Télé Star, Télé Z et
Télé-Loisirs. Le
nombre total des composants de l’échantillon correspond au prélèvement
d’un numéro tous les cinq ans pour chaque support, la semaine tirée au sort
étant bien sûr la même pour tous les titres déjà présents sur le marché, afin
d’autoriser les confrontations transversales.
Puis on a privilégié l’étude des couvertures et des sommaires, du fait de leur
double fonction. Premièrement, ils obéissent à un rôle de séduction. S’y
multiplient les signes d’appel et de reconnaissance d’un lectorat
spécifique
[13]. Deuxièmement, ils ont une fonction d’information : ils
annoncent le contenu du numéro et en figurent de fait la synecdoque, livrant
l’essence de chaque contrat énonciatif.
Enfin, une grande quantité de numéros extérieurs à l’échantillon et répartis
sur toute la période a été balayée pour vérifier la systématicité des principes
repérés et, le cas échéant, les corriger. On a opté pour une large amplitude
chronologique afin de mieux faire ressortir les modifications des différents
contrats de lecture. Chaque contrat, qui suppose l’accord de deux parties,
peut en effet être renégocié quand le journal doit s’adapter à une évolution
socioculturelle de son public ou, inversement, lorsqu’il vise un public
légèrement différent pour attirer plus d’annonceurs. Des ruptures de contrat
peuvent aussi se produire : des problèmes financiers ou l’incohérence de sa
politique éditoriale peuvent empêcher un support de s’accorder à son
lectorat qui, de ce fait, va le déserter. Ainsi, après avoir inauguré en 1955 le
concept du guide télévisuel familial,
Télémagazine réécrit constamment son
identité à partir des années 1960, pour résister aux coups de boutoir de la
concurrence : produit « jeune » de 1963 à 1968, faisant la part belle au
phénomène yé-yé, puis formules de plus en plus allégées entre 1968 et 1983,
hésitant entre un style cancanier et des ambitions culturelles
[14].
Conjointement, l’audience de
Télémagazine ne cesse de s’éroder. Cette
chute n’est enrayée qu’en 1983, grâce à l’avènement d’un concept
rédactionnel stable, ludique et échotier, parallèlement au rachat du journal et
à son passage en grandes et moyennes surfaces.
Par souci de concision, les lignes qui vont suivre porteront principalement
sur trois périodiques : Télérama (ex- Radio Cinéma Télévision), le plus
ancien, Télé 7 Jours, leader incontesté de la branche depuis sa création en
1960, et Télé Star, représentatif, au même titre que Télé Z ou Télé-Loisirs,
du succès des magazines de programmes lancés après 1975.
Télérama : du religieux au spirituel
Créé en janvier 1950 par La Vie Catholique en association avec Témoignage
Chrétien et les éditions du Cerf, Radio Cinéma Télévision connaît deux
versions successives d’un même contrat énonciatif qui le désigne en tant que
guide intellectuel et artistique, à vocation multiculturelle.
Radio Cinéma, rebaptisé Télérama en 1960, est à l’origine un titre
confessionnel. Les premières couvertures précisent d’ailleurs :
« Hebdomadaire catholique des auditeurs et des spectateurs ». Ce cadre
religieux reste déterminant jusqu’au milieu des années 1970.
L’univers mental institué par le magazine est fondamentalement éclectique
et néanmoins cohérent, car il est structuré par l’appétit du savoir sous toutes
ses formes. C’est pourquoi la télévision n’y représente qu’un sujet parmi
tant d’autres : paradoxe radical pour le premier titre non professionnel à s’y
être intéressé. Ainsi, à contre-courant des autres journaux de programmes,
les couvertures montrent surtout des acteurs de cinéma, et mettent davantage
en relief les films que leurs comédiens : pas le moindre culte de la star chez
Radio Cinéma ou Télérama. Les acteurs ne sont convoqués que pour leur
participation à un film d’auteur — « Jean Servais dans Celui qui doit
mourir, le film de Dassin présenté à Cannes » (05/05/57) — ou à une œuvre
didactique, comme l’adaptation d’un roman à l’écran : « Micheline Presles
jouera La Dame aux camélias, un film en cours de tournage » (09/11/52).
Et lorsque la télévision apparaît en couverture, ce n’est jamais pour glorifier
l’un de ses personnages, mais pour évoquer les effets sociaux ou artistiques
de telle réforme ou telle mutation technologique. Ainsi du numéro 923, daté
du 24 novembre 1967, qui présente Marcel Amont dans un décor arc-en-ciel ; la légende ignore ce personnage populaire pour poser le problème de
l’introduction de la couleur : « La couleur : une révolution inachevée ». En
fait, grâce à une seconde légende en page 3, on comprend que cette photo
annonce la première émission en couleurs de Jean-Christophe Averty. Là
encore, au détriment de l’interprète, c’est l’œuvre qui est mise en avant, le
réalisateur étant tenu pour un « auteur » à part entière.
Dans un contexte rédactionnel où les allocutions papales côtoient tous les
genres de la critique artistique, le petit écran n’a d’intérêt que s’il se prête à
la culture ou à la foi : « Un cycle René Clair à la télévision » (09/11/52),
« L’énorme colère de Bernanos » (rubrique télévision, 30/03/69), « Où
trouver Jésus-Christ en 1971 ? » (rubrique télévision, 04/04/71), « Pour la
première fois une canonisation est télévisée » (16/07/50).
Somme toute, les articles sur la télévision ne sont pas le lieu de l’évidence
mais du questionnement : politique — « La TV peut-elle changer la
démocratie ? » (01/01/56) —, philosophique — « La TV est-elle le miroir de
la vie des hommes ? » (28/08/55) —, ou religieux — « La télévision jettera-t-elle un pont entre catholiques et protestants ? (17/09/50) ».
Dès lors, le rapport construit avec le lecteur est on ne peut plus ambivalent.
A première vue, le contrat de lecture de
Radio Cinéma fonde une complicité,
voire une communion, au sens cultuel du terme. Le destinataire est
systématiquement incorporé dans l’instance d’énonciation. Ainsi est-il
exhibé en tant que coénonciateur par un « nous » inclusif récurrent : « Nous
n’avons pas une télévision française, seulement une télévision parisienne »
(21/08/55), « Nous reverrons bientôt à Paris Vittorio De Sica en brigadier
bon enfant dans
Pain, Amour et Jalousie » (27/02/55), « Aurons-nous
bientôt une liaison télévision France-Angleterre ? » (26/03/50). De même,
les questions rhétoriques offrent non seulement l’intérêt de mimer un
dialogue mais instituent de surcroît, par leur tour impersonnel, une place
d’énonciation vide pouvant accueillir simultanément l’énonciateur et
l’énonciataire. « Qu’est-ce que le Comité français de télévision ? »
(21/01/51), « La télévision alliée ou adversaire de la musique ? » (27/11/60),
« Où en est la TV ? » (26/12/54). Particulièrement abondants, ces titres
interrogatifs assimilent l’instance destinatrice à un interlocuteur idéal,
dévoré par le désir d’apprendre. Mais, précisément, c’est une relation
inégale qui est ainsi consacrée, puisque l’énonciataire est assigné au rôle de
disciple : tout à la fois élève attentif à son maître et ouaille recevant la parole
de l’évangile
[15]. Cette configuration énonciative s’accorde parfaitement au
public effectif de
Radio Cinéma et de
Télérama jusqu’au milieu des années
1970, le magazine étant alors vendu à la sortie des églises, dans les cercles
paroissiaux et les télé-clubs catholiques.
La télévision n’est pas davantage au centre du monde construit par le
nouveau Télérama, du milieu des années 1970 à nos jours. Certes, à partir
du début des années 1990, et plus exactement depuis la guerre du Golfe
(janvier-février 1991), le petit écran suscite un intérêt particulier parce qu’il
provoque un débat sur le pouvoir et la déontologie des médias. Et le journal
de dénoncer sans relâche une recherche du scoop à tout prix, un
sensationnalisme et une manipulation de l’information surtout imputée aux
chaînes de télévision.
Durant les événements du Golfe, Télérama alerte l’opinion sur « Les pièges
de l’image » (23/01/91), « Le trouble jeu de CNN » (30/01/91), « Les
grandes manœuvres » des « télés dans la guerre » (20/02/91), puis il tire le
bilan des hostilités en instruisant « Le procès de l’info » (17/04/91). Entre le
23 janvier et le 17 avril 1991, pas moins de cinq couvertures et de huit
dossiers auront été ainsi consacrés au rôle ambigu des médias dans cette
« guerre en direct ».
Plus tard, le journal fait éclater le scandale de la fausse interview de Fidel
Castro par Patrick Poivre d’Arvor (janvier 1992), inaugurant une polémique
durable avec TF1. La couverture audiovisuelle des conflits continue d’être
sévèrement critiquée, qu’il s’agisse du « silence-télé » sur la guerre en
Bosnie (26/08/92) ou du risque de surchauffe du conflit israélo-palestinien
par l’instrumentalisation de ses images les plus choquantes (25/10/00), entre
autres exemples.
Malgré cette vigilance éthique envers la télévision, il est très rare que celle-ci fasse la une du magazine
[16] et d’une façon générale, les couvertures sont
de plus en plus hétérodoxes par rapport aux règles de la branche. Alors que
ses confrères restent attachés à la photo de vedette en plan rapproché ou en
pied,
Télérama recourt volontiers au dessin et n’hésite pas à tourner le dos
au
diktat du portrait, voire à la tradition figurative. Et accueille-t-il des
portraits à la une qu’il ne se montre pas moins iconoclaste : visages décadrés
et obliques, mangés par l’obscurité ou durcis par un éclairage sans
concession, aux antipodes de l’idéalisation hollywoodienne.
Mais la mise au second plan de la télévision n’exprime pas, comme à
l’origine, un souci des hiérarchies culturelles : la distance s’est muée en
méfiance ou, à tout le moins, en sens critique. Le discours sur le petit écran
invite à examiner le dispositif télévisuel, le contenant, avant même
d’envisager ses messages, son contenu. Témoin toutes les compositions
photographiques soulignant l’étrangeté des images cathodiques :
vidéogrammes bleutés, démultipliés, écrans en très gros plan, remplis de
« neige ».
Tout compte fait, Télérama s’emploie à montrer ce qu’il y a de discursif
dans chaque message, c’est-à-dire qu’il signale dans tout énoncé les traces
du sujet parlant, voire de l’auditeur visé.
On vient de le vérifier, le magazine exhibe les marques de l’énonciation
télévisuelle, ce qu’indique en outre sa propension tout à fait originale au sein
de la presse de programmes à interviewer producteurs et réalisateurs du
huitième art.
Mais le fleuron de la Vie catholique va plus loin puisqu’il affiche également
les marques de sa propre énonciation. Fait unique, là encore, dans la presse
télévisuelle : le nom des journalistes est stipulé dès le sommaire. Qui plus
est, le discours est souvent réflexif, ne serait-ce que par l’inclination des
rédacteurs à sonder leur fonction de critique ou de journaliste. Du fait de sa
dimension métadiscursive, le système d’énonciation de
Télérama bat en
brèche l’illusion d’immédiateté du texte écrit ou audiovisuel. Par là même,
le sujet de l’énonciation postule une intelligence avec l’instance de
destination, invitée à se détacher de l’énoncé pour se concentrer sur le
commentaire censé l’expliciter
[17].
D’où un rapport au lecteur beaucoup plus égalitaire que dans les vingt-cinq
premières années du magazine. Désormais, on présuppose un sens critique
du lectorat et, au lieu de lui administrer un enseignement, on lui soumet une
analyse ou un point de vue : « (…) cet après-midi férié à 14.25 La Grande
Illusion que nous n’allons nous offrir l’immense ridicule de vous célébrer »
(grille des programmes du n° 2154,24/04/91).
L’émergence d’un lecteur alter ego se traduit dans les années 1990 par la
juxtaposition sur la même double page de l’éditorial et de la rubrique
courrier « Ça va mieux en le disant ». Les lettres publiées empruntent
d’ailleurs, par un singulier mimétisme, les dadas thématiques – rejet de la
manipulation cathodique, insistance sur le contexte de la pratique
télévisuelle – et les marottes stylistiques des deux rédacteurs les plus connus
du journal, Jean Belot et Alain Rémond.
Moins ambiguë, la complicité se fait plus décontractée. Les dispositifs
d’implication de l’énonciataire sont tout aussi nombreux qu’avant, mais
s’appuient sur des tournures plus familières, plus vivantes, affectant l’oralité
– « Pas morte la bête » (03/07/80), « Chapeau ! » (01/04/92) –,
l’interpellation – « Que faites-vous quand vous ne faites rien ? » (06/04/77),
« Que les gros salaires lèvent le doigt ! » (04/12/82) –, et surtout la
plaisanterie, du calembour (« Ok, Gore Al ? », 04/11/00) à l’ironie. Forme
suprême de la connivence, l’humour s’impose.
Quel meilleur condensé de cette nouvelle identité discursive que le titre de la
chronique d’Alain Rémond : « Mon œil » ? S’y conjuguent la familiarité née
de l’intelligence avec le lecteur, l’exigence critique – Rémond suggère qu’il
ne se laisse pas abuser – et une subjectivité hautement revendiquée : l’auteur
précise qu’il s’agit de son regard, ni plus, ni moins
[18].
Tout compte fait, l’univers de Télérama offre depuis 1950 une structure
relativement stable, dont le polycentrisme est censé refléter la diversité des
domaines culturels et où la télévision n’obtient qu’une place minoritaire.
Principal bouleversement du système esquissé : l’éviction du paradigme
confessionnel au cours des années 1970. Cette sécularisation s’explique par
la rencontre d’un nouveau public : en février 1973, Télérama absorbe la
Semaine Radio-télé, publication déclinante du groupe Ventillard, et élargit
du même coup son circuit de distribution à la vente en kiosque. Le journal
n’est plus seulement disponible par abonnement ou à la sortie de la messe, et
s’ouvre à d’autres franges de la population. Sa vocation intellectuelle lui
permet alors de conquérir en particulier un public instruit, à hauts revenus,
habitant en région parisienne : le plus consommateur de biens culturels.
Parallèlement, son contrat de lecture connaît un réajustement décisif. D’une
communion originelle, quasi religieuse et sous-tendue par un rapport
pédagogique inégal, la relation au lecteur glisse vers une complicité érudite.
Les journalistes s’adressant, il est vrai, à des lecteurs qui leur sont proches
par l’origine sociale, le niveau d’études et les références culturelles. Cette
connivence s’appuie sur un métadiscours récurrent, trait majeur par lequel
Télérama se distingue des autres journaux de programmes, et notamment du
plus célèbre d’entre eux, Télé 7 Jours.
Télé 7 Jours : le génie du foyer
Le contrat de Télé 7 Jours frappe par sa quasi-inaltérabilité. A part quelques
retouches dans les années 1980, liées à la volonté de reproduire les recettes
de son principal concurrent Télé Star, le magazine affiche aujourd’hui les
mêmes propriétés qu’en 1960.
L’univers du leader de la presse française est bâti autour des valeurs
domestiques, au sens large du terme : il exalte un « chez soi » qui renvoie à
la famille, mais aussi à la communauté nationale. Les célébrités ne valent
que par leur attachement à leur foyer ou à la France : « La sœur de Senna :
Pour Ayrton, la famille, c’était sacré » (01/04/95), « Ariane Carletti : ma
mère est une star » (06/08/88), « Patrick Sabatier : en vacances avec
Isabelle » (31/08/85), « Jane Birkin : la plus française des petites anglaises »
(04/08/84), « Petula Clark : la France me manque toujours » (04/05/96).
Comme l’indiquent Sabine Chalvon-Demersay et Dominique Pasquier dans
Drôles de stars
[19], les animateurs, au premier chef, incarnent les valeurs de la
« culture du pauvre » décrite par Richard Hoggart
[20].
Télé 7 Jours, entre
autres guides de programmes, les présente systématiquement comme des
individus ordinaires, amateurs de bonne chère, appréciant le travail bien fait,
et surtout ardents promoteurs de la vie familiale. L’image ainsi construite
reflète une logique de glorification de l’homme moyen, à l’opposé de
l’idéalisation appliquée par
Télé Star aux acteurs de cinéma et de télévision.
Remarquons ici qu’à la différence de son confrère de la Vie catholique,
Télé 7 Jours ne s’interroge guère sur les processus, conditions ou enjeux de
la communication télévisuelle, sur son contexte politique, économique ou
social. Comme les autres supports du secteur, Télé 7 Jours donne la priorité
aux contenus sur les contenants, en privilégiant les émissions et les
personnages du petit écran : animateurs, comédiens, chanteurs, sportifs, etc.
L’espace scriptif de Télé 7 Jours ne fait donc que transposer et prolonger
l’espace audiovisuel, là où le discours de Télérama le déconstruit et le
circonscrit.
Le prisme familialiste se retrouve également dans le mode d’interpellation
de la cible. Les messages de Télé 7 Jours sont tournés non pas vers des
individus, mais vers des structures conjugales ou parentales, constamment
reliées à des devoirs familiaux : « La TV peut vous aider à instruire vos
enfants » (09/04/60), « Occupez-vous des vôtres avec Télé 7 Jours au Salon
du Tourisme de la Foire de Paris » (28/04/73).
Dans le système Télé 7 Jours, télévision et audiovisuel en général
apparaissent comme des mondes étranges et lointains, qu’il faut rendre
compatibles avec la chaleur familiale. Les titres de rubriques des années
1990 sont particulièrement explicites : « Télé 7 Jours va plus loin »,
« L’écho des chaînes » (un écho étant renvoyé par un relief éloigné).
« Hollywood Top Secret » et « L’œil sur eux » installent le registre du
mystère et de l’espionnage. L’anonymat de la troisième personne du pluriel
« eux » suggère la distance qui sépare le lecteur des personnalités du showbiz : décidément, « ils » ne font pas partie de « notre » monde. « Leur »
bizarrerie impose la vigilance, elle exige qu’on garde « l’œil sur eux ».
Avant d’en livrer les dimensions familiale et familière, l’hebdomadaire tire
un prestige héroïque de sa connaissance d’un monde médiatique quelque
peu inquiétant. Il transfigure son rôle d’information en quête aventureuse et,
parallèlement, affiche son rôle de prescription à travers différentes modalités
déontiques de l’énonciation. Ainsi, le tableau synoptique de la semaine est
d’abord situé, dans les années 1980, sous une injonction douce mais
univoque : « Choisissez votre soirée » (sous-entendu : forcément télé, à
l’opposé des invitations à lire ou à sortir que donne Télérama dans le même
type de tableau). Puis, au début des années 1990, c’est presque une
instruction qui est donnée : « Vous verrez. »
Autorité qu’expriment également des ambitions pédagogiques. Durant ses
deux premières décennies, notamment, sous la direction de Jean Diwo, le
périodique signale qu’il n’a pas pour seule vocation de distraire, mais aussi
d’instruire, en publiant plusieurs séries scientifiques : « La France vue du
ciel » et « La France par régions » où l’on retrouve le paradigme
nationalitaire, les collections d’animaux, « Les grands peintres », « Les
1 000 merveilles du monde », et surtout « L’homme et sa planète » réalisé
en 1979 avec la fondation Paul-Emile-Victor, le musée de l’Homme et le
CNRS, puis édité en librairie avec le soutien du Syndicat national des
instituteurs. Le magazine s’enorgueillit de sa valeur didactique : « 7 Jours à
l’école : Télé 7 Jours devient un ouvrage classique » (10/02/73). Bref,
l’énonciateur affirme son pouvoir sur le destinataire en faisant ressortir
l’inégalité des savoirs, qu’il s’agisse de transmettre des potins « inédits » ou
de reproduire la supériorité du maître sur l’élève.
Qui plus est, dans le monde symbolique bâti pour ses lecteurs,
Télé 7 Jours
s’octroie un ascendant décisif : une prise en charge vitale, à proprement
parler. En 1977, le journal lance une « carte de vie » utilisable en cas
d’accident
[21]. Le lecteur doit la compléter d’une photo, indiquer ses état civil,
adresse, groupe sanguin et antécédents médicaux, puis la conserver sur soi.
Ce qui frappe avant tout, c’est l’exposé, un mois après son lancement, du
retour exceptionnel dont elle ferait l’objet : « Nos lecteurs : vive la carte de
vie », « Victime d’un accident de moto, mon fils a été soigné rapidement
grâce à la carte de vie
[22] ».
Télé 7 Jours se fait sauveur, voire ange gardien.
Dans les années 1990, le magazine continue d’accentuer sa fonction de
prescription par une convocation du surnaturel. Témoin l’une de ses
rubriques phares, l’horoscope de la très médiatique Elizabeth Teissier. Son
titre « Astralement vôtre » exprime à la fois le dévouement référé à
l’instance d’énonciation et le caractère presque sacré du service rendu :
Télé 7 Jours lit pour vous dans les étoiles, la vérité qu’il vous livre vient du
ciel. Comme beaucoup de publications populaires, et notamment ses
concurrents, l’hebdomadaire n’hésite pas à jouer sur le registre de la
croyance par de fréquentes incursions dans les médecines parallèles et le
paranormal. Il prodigue alors ses conseils sur un mode hiératique, usant de
références bibliques — « Les dix commandements pour apprendre à
s’aimer » (01/04/95) — ou réaffirmant le primat des vérités célestes :
« Sophie Favier : l’art d’aimer selon votre signe astral. Suivez ses conseils et
gagnez son livre » (03/06/95), « Astro-test : quel ange veille sur vous ? »
(08/11/97). Ainsi que l’a démontré Claude Abastado, l’horoscope est l’un
des canaux privilégiés de la prescription dans la presse populaire
[23]. Mais
Télé 7 Jours ne se contente pas d’utiliser les prévisions astrales pour asseoir
sa fonction conative : c’est le seul magazine du secteur à exporter de surcroît
les connotations oraculaires de l’horoscope vers d’autres rubriques afin de
garantir la solennité de ses injonctions.
Au total, le monde décrit par Télé 7 Jours s’organise autour du foyer, auquel
le destinataire est systématiquement renvoyé. A ce dernier, l’instance
d’énonciation propose un rapport clairement directif mais aussi protecteur,
puisqu’elle se charge de naturaliser, ou plutôt de familiariser, au sens plein
du terme, le discours télévisuel.
Télé Star : cherchez l’idole
Comme le leader de la presse française, Télé Star, né en 1976, frappe par la
stabilité de son contrat de lecture. Pendant les cinq premières années, la
formule est certes encore brouillonne, à mi-chemin entre France Dimanche,
pour l’aspect échotier, et la presse adolescente du type Podium, pour la
présentation naïve et clinquante. Mais à partir de 1981, sous l’impulsion de
son nouveau directeur général Claude Darcey, Télé Star devient le premier
guide de programmes à adopter la couleur intégrale et en profite pour
clarifier sa maquette, gonfler sa partie magazine et multiplier les photos de
qualité. Ces modifications ne font qu’accentuer le parti pris d’origine :
explorer l’essence de la star. Conformément au titre, qui renvoie au système
hollywoodien et annonce une sublimation omniprésente dans le journal : les
stars sont des étoiles, elles appartiennent à un autre monde que celui des
mortels.
Dès l’origine, l’univers du magazine est adossé à un panthéon très
hiérarchisé. A son sommet, les stars de l’« usine à rêves », doublement
exotiques en ce qu’elles appartiennent simultanément à un autre lieu et à un
autre temps. D’emblée, les deux premières rubriques, « D’Hollywood et
d’ailleurs » et « Boulevard des stars », assignent un horizon hollywoodien :
une utopie forcément lointaine et révolue. Pour tout dire, crépusculaire : le
mot « boulevard » évoque Sunset Boulevard, la célèbre artère
hollywoodienne, et par contrecoup une idée de déclin, comme dans le film
homonyme.
Edgar Morin l’a montré dans
Les Stars
[24] : des années 1930 à 1950, l’aura
quasi divine des vedettes américaines est fondée sur une culture de l’excès.
Leur dimension transgressive s’exprime par le cumul des liaisons et des
mariages et une dilapidation de leurs richesses en de gigantesques
potlatches, dans une société au contraire farouchement monogame,
valorisant le labeur et l’épargne. Dans
Télé Star, cette
hybris s’affiche dès
les titres : « Burt Lancaster : le dernier géant de Hollywood » (31/10/94),
« Gary Cooper : la star qui avait peur des femmes » (09/04/77), « Tony
Curtis, Janet Leigh : le Pygmalion, c’était elle » (30/11/82). Hollywood est
le lieu de l’a-normalité et de l’inversion des rôles, notamment sexuels.
Sous les stars classiques, des demi-dieux : les comédiens américains actuels,
plus accessibles en apparence, mais que Télé Star n’a de cesse de réinscrire
dans la légende des studios. Par référence à la légende des producteurs
hollywoodiens, Robert Redford est ainsi surnommé « le nabab » (30/11/82).
De même, nombreux sont les reportages photo présentant des vedettes
actuelles dans des demeures luxueuses ayant appartenu autrefois à des
monstres sacrés hollywoodiens.
Viennent ensuite les vedettes de séries ou de feuilletons américains sur
lesquelles le périodique bâtit la majeure partie de son succès. Ces vedettes
télé peuvent elles aussi être associées à la démesure hollywoodienne. Les
actrices, en particulier, sont rattachées au tumulte et au scandale : « Les
folles amours de Victoria Principal » (04/07/94), « Nicollette Sheridan : la
scandaleuse s’est assagie » (27/06/94). Dans un registre beaucoup plus
paisible et familier, les vedettes françaises du petit et du grand écran ne sont
pas négligées par le magazine, spécialement les acteurs dotés d’une
expérience cinématographique.
Tout au bas de l’échelle, enfin, la piétaille des aspirants à la gloire, qui pour
la plupart ne connaissent qu’un quart d’heure warholien de célébrité. Dans
les années 1990 notamment, Télé Star s’est en effet employé à réactiver le
vedettariat à d’autres sources que le glamour cinématographique, mettant
par exemple le GIGN à la une, au lendemain de l’affaire H.B., en 1993.
En fait, plus que la star hollywoodienne, idéal par définition hors d’atteinte,
c’est la starisation qui retient l’attention : comment peut-on aujourd’hui
devenir une étoile ? Rien d’étonnant à ce que les articles sur les stars
classiques soient finalement assez rares. Le magazine préfère interroger
l’essence de la star en parcourant toutes les positions, même subalternes, de
la notoriété : télévision qui crée ou recrée les stars (« Marlène Jobert : la télé
en refait une star », 24/10/87 ; « Jean-Pierre Bouvier : la consécration avec
Les yeux d’Hélène », 10/10/94), mais aussi chanson (« Star n° 1 du hitparade, Mariah Carey : sa voix a conquis le monde », 19/02/96), actualité et
pour finir mannequinat, fondé sur une sublimation des corps analogue aux
pratiques des studios
[25] (« Claudia Schiffer : enfin le grand amour »,
21/03/94).
Au demeurant, tout personnage placé à la une devient de facto exceptionnel.
Systématiquement, sa condition est ramenée à une variation exemplaire sur
quatre thèmes : amour (paradigme incluant le cœur et la passion), succès,
bonheur et vie (associée à l’âge et au changement) : « Adeline : ma nouvelle
histoire d’amour avec Johnny » (01/08/94), « Kevin Costner : le triomphe de
l’aventurier séducteur » (22/04/96), « Véronique Genest : voici les secrets de
mon bonheur » (18/04/94), « Sophie Marceau : à 25 ans, elle commence une
nouvelle vie » (04/04/92), « Cindy Crawford : à 30 ans, elle change de vie »
(05/02/96).
A la vénération de ses lecteurs, Télé Star offre toujours plus de divinités
païennes. Il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en jeu les fétiches
indispensables : pour compléter les posters ou photos en double page de ses
vedettes préférées, on peut tenter de gagner « les cassettes et les nouveaux
CD de [sa] série-culte » (22/09/96). C’est une véritable quête mystique que
le magazine propose, dans laquelle il joue le rôle d’initiateur.
L’intercession entre le lecteur et la star s’effectue grâce au pathos. Chaque
vedette est associée à un affect qui délivre son essence : « La colère de
Patrick Sébastien » (19/10/87), « Ayrton Senna : la passion et la mort »
(09/05/94), « Amélie Pick : je suis aussi un ‘cœur brûlé’ » (11/07/94). Cet
ajustement des personnalités à des sentiments universels vise bien entendu à
favoriser l’identification et l’empathie. Parfois même, la communion est
verbalisée : « Robinson Stévenin : l’enfant qui a fait pleurer la France »
(09/01/95). Le fonctionnement identificatoire du magazine est suggéré
d’entrée de jeu par le surtitre dont il se dote au milieu des années 1990 —
« Le magazine des stars » — qui signifie tout autant « Le magazine sur les
stars » que « Le magazine que lisent les stars ». Lire Télé Star, c’est déjà
être un peu star soi-même, ce que confirme le slogan lancé ensuite par
l’hebdomadaire : « Notre star préférée, c’est vous. »
Le traitement des vedettes de séries américaines obéit également au motif de
la médiation initiatique. Pour gommer la frontière entre réel et fiction, une
confusion est sciemment entretenue entre ville et scène, comédien et
personnage. Ainsi, dans le titre : « Alerte à Malibu. Stephanie a dû souffrir
pour être belle » (27/03/95), « Stephanie » est le nom du personnage,
l’actrice s’appelant en réalité Alexandra Paul. Il s’agit de capter l’intérêt du
lecteur grâce à la plus petite entité de connaissance qu’il puisse posséder à
propos de cette jeune femme : son patronyme dans la série. Connotant
l’intimité, l’usage du prénom renforce en outre l’illusion d’un
rapprochement avec les créatures de l’écran. Le même procédé est exploité
par la société française AB productions, à l’origine de plusieurs séries pour
enfants et adolescents. Comme l’indique Dominique Pasquier dans
La culture des sentiments
[26], beaucoup de comédiens portent leur propre
prénom dans
Hélène et les garçons – à commencer par l’actrice principale,
Hélène Rollès – pour suggérer que les personnages prolongent la
personnalité des acteurs. Toutefois, dans cette fusion délibérée entre ville et
scène, AB productions donne la priorité à la personnalité supposée de
l’interprète. Ainsi, à travers ses interviews à la presse, ses disques ou
Télé Club plus, le fanzine spécialement conçu autour de la série, Hélène
Rollès affiche des goûts et des projets simples, qui permettent aux petites
filles de mieux s’identifier à elle : elle clame son amour de la nature,
souhaite trouver l’homme de sa vie, envisage d’habiter plus tard dans une
grande maison avec beaucoup d’enfants et d’animaux. Bien qu’il ait lui
aussi versé dans le culte d’Hélène,
Télé Star favorise au contraire le
personnage de fiction par rapport à la personne qui se cache derrière lui, ce
qui lui permet de renforcer sa fonction d’évasion. Assimilant
systématiquement les acteurs de la télévision américaine à leurs rôles, le
magazine contribue à les désincarner, et confirme leur appartenance
définitive à la fiction, à un monde de simulacres chatoyants : « Ashley :
Les
feux de l’amour ont
illuminé sa vie » (31/01/94), «
Beverly Hills. Donna :
ses amours turbulentes avec le fils de Kojak » (31/10/94). Ce deuxième titre
désigne en fait l’actrice Tori Spelling, du feuilleton
Beverly Hills, et le fils
de Telly Savalas, l’interprète du commissaire Kojak dans la série éponyme.
Cette liaison bien « réelle » et ses deux protagonistes sont donc
intégralement rejetés par
Télé Star du côté de la fiction.
C’est finalement dans les pages santé et beauté que la médiation trouve son
expression la plus aboutie. Comme dans la presse féminine, dont
Télé Star
se rapproche tant par le soin apporté à la mise en page que par son public
[27],
ces deux rubriques sont très valorisées. Ce sont du reste les seules, avec le
courrier, à comporter dans leur titre une adresse directe au lecteur, par
l’emploi de la seconde personne du pluriel : « Votre santé », « Votre
beauté ». La prescription assurée dans ces domaines et un titre de une
comme « Stephanie a dû souffrir pour être belle » s’éclairent mutuellement :
le magazine développe, à proprement parler, une vision platonicienne du
monde, désignant une transcendance où le Beau se confond avec le Bien.
L’adoration des images orchestrée par l’hebdomadaire et sa façon de
commander, par un dispositif initiatique, la fusion et l’effusion des figures
énonciatives illustrent tout à fait la mentalité contemplative et
communautaire que Michel Maffesoli voit renaître dans le monde actuel. Un
monde dominé par l’image, qui détient une puissance magique
« d’agrégation, […] favorise la viscosité, […] la fascination » et « crée le
mystère, dont [telle est] la fonction : unir des initiés entre eux, favoriser la
reconnaissance de ceux qui se sentent tels
[28] ».
Est-ce pour cette conformité à l’air du temps que
Télé Star rencontre un vif
succès ? Quoi qu’il en soit, le titre connaît, du début des années 1980 au
début des années 1990, la plus forte progression en diffusion du secteur et
son orientation
people inspire de plus en plus explicitement ses concurrents
Télé-Loisirs,
Télé Poche et
Télé 7 Jours
[29].
Somme toute, Télé Star est aussi iconolâtre que Télérama est iconoclaste. Il
exhibe en effet un univers pyramidal dont tous les éléments sont pris dans
une même tension vers l’Idéal, ou plutôt vers l’Idole. En toute logique,
l’énonciateur y présume son association avec l’instance destinatrice dans
une ferveur cultuelle commune.
La diversité des contrats de lecture
L’étude énonciative révèle que chaque titre télévisuel propose à son lectorat
une relation singulière, doublée d’un rapport original au petit écran. Le cas
de Télérama doit d’emblée être mis à part. En effet, le premier journal
français non professionnel à s’être consacré à la télévision lui refuse une
place exclusive et devient l’unique exemple au monde de guide des
programmes à vocation artistique et culturelle. L’hebdomadaire postule une
complicité spirituelle, dans les deux sens du terme, avec le lecteur, au
détriment d’une télévision toujours soumise à un regard critique.
Contrairement à Télérama, les autres titres spécialisés délaissent la réflexion
sur le discours télévisuel – procédés, style, stratégies mis en œuvre – et se
concentrent sur ses contenus : émissions et personnages. Dans un contexte
de forte concurrence, chacun d’entre eux s’individualise, d’une part, en
assignant des places énonciatives spécifiques à son destinataire et à l’écran
et, d’autre part, en donnant sa propre version de la culture populaire.
Télé 7 Jours exalte les liens familiaux et, en leur nom, revendique haut et
fort son rôle de prescription dans la consommation télévisuelle, face à des
instances médiatiques étranges qu’il se charge d’acclimater à la chaleur du
foyer. Même s’il souligne également la démesure du show-biz, Télé Star
joue en revanche sur la fascination que cette hybris engendre et érige la star
en figure moderne de la transcendance. Dans son discours, la télévision ne
vaut que par sa capacité à régénérer l’idéal de la star auprès des lecteurstéléspectateurs.
Tout aussi prononcée est l’originalité des autres contrats de lecture. Premier
périodique à bâtir un imaginaire commun à la famille et à la télévision,
Télémagazine réagit au durcissement de la concurrence depuis les années
1960 en reformulant plusieurs fois – et brouillant du même coup – son
dispositif sémiotique et énonciatif. Le rachat de l’hebdomadaire en 1983 met
fin à son incohérence contractuelle et à la chute corrélative de son audience.
Désormais diffusé exclusivement en grandes et moyennes surfaces,
Télémagazine s’accorde à une clientèle de jeunes ménages avec enfants par
un concept à la fois ludique et échotier, invitant à une véritable immersion
dans le monde télévisuel. Chaque numéro est placé sous le signe d’un ou
deux « grands concours » tels les jeux primés « Démasquez la vedette » et
« Expressions de stars » de janvier 1997. Selon un modèle voisin de celui de
Télé Star, le sommaire de Télémagazine offre la particularité d’être
principalement bâti sur des noms de célébrités, plutôt que sur des rubriques
thématiques. Le n° 1522 (05/01/85) comporte par exemple quelques items
traditionnels, du reste relégués à la fin du journal : « Au cinéma », « Roman
Duel à Dallas », « Mots fléchés », « BD Léonard ». Mais la part belle est
donnée à l’actualité des vedettes : « Patrick Sabatier : la recette de son
succès », « Patrick Dupond : et maintenant, il chante ! », « Les Fraggle
Rock : un monde fou, fou, fou », « Michel Serrault : la famille est sa vraie
passion », « Jean Carmet : ‘Le beurre … c’est bon pour la santé’ », « Guy
Lux : ‘J’aimerais faire des émissions historiques’ », « Julio Iglesias : ‘Avec
ces yeux-là’ ». Selon la même logique people, les pages « Echos photos »
font leur apparition dans les années 1990.
Visant d’abord femmes et enfants, Télé Poche est axé sur l’évasion. Dans un
premier temps, de sa fondation en 1966 au début des années 1980, par les
canaux classiques de la paralittérature populaire : romans-photos, romansfeuilletons, bandes dessinées, dessins d’humour. Le périodique, il est vrai,
est issu de l’empire del Duca dont les deux piliers sont, précisément, la
presse du cœur (Nous Deux, Intimité) et la presse enfantine. Durant cette
période, le lien offert au lecteur repose sur l’intimité, dans un univers
régressif entièrement voué à l’affect et à la rêverie. A partir des années 1980,
le rêve dispensé est de plus en plus cathodique, au point de verser dans le
tout-télé. Chaque rubrique phare est placée sous le patronage d’une célébrité
du petit écran. Denise Fabre s’occupe de la cuisine ; la fiche sur le monde
maritime revient au commandant Cousteau ; Dorothée retrouve ses amis à la
page jeunesse ; Frédéric Mitterrand rend hommage aux étoiles du cinéma
dans son « Carnet de stars », etc. Tout se passe comme si le mini-guide était
la tribune choisie par les professionnels de la télévision pour s’adresser aux
téléspectateurs : est ainsi mise en scène l’identité de deux énonciations.
Désormais, le voyage a lieu « au cœur de la télévision », que l’énonciateur
entend rendre « plus facile ». Comme le signalent plusieurs titres de
rubriques des années 1980-1990, la médiation offerte s’inscrit dans un
univers à la bonne franquette, fondé sur les valeurs de la « culture du
pauvre » : convivialité (« A la table de Denise et Francis »), bonne humeur
(« Rions avec… », jeu « Rire en poche ») et décontraction (« La détente en
famille », « Restons nature ! »).
Le discours de
Télé Z joue lui aussi sur la proximité, mais selon le traitement
le plus rigoriste de toute la presse de programmes. Version allégée de
Télé Journal créé en 1974, le périodique de Bruno d’Epenoux répond à un
concept de crise : petite taille, faible volume rédactionnel, noir et blanc
majoritaire, qualité médiocre du papier. Son prix modeste — 1,80 F puis
2 F — s’est vite imposé comme son atout majeur, à l’origine d’un essor
remarquable : aujourd’hui, avec près de 2,3 M d’exemplaires diffusés,
Télé Z talonne
Télé 7 Jours (2,4 M environ
[30] ). Or, cette modicité détermine
toute l’humilité de l’univers
Télé Z. Un univers surtout peuplé de
personnalités incarnant la fonction relationnelle du petit écran : présentateurs
du JT ou de la météo, animateurs de jeux ou de variétés. Pour le mois de
janvier 1994, on retrouve par exemple Philippe Risoli (
Le juste prix, TF1),
Pascal Brunner (
Fa Si La chanter, France 3), Claire Chazal (20 H, TF1),
Evelyne Leclercq (ancienne speakerine, ancienne animatrice de
Tournez
manège) et Patrick de Carolis (
Zone interdite, M6). Quel que soit leur statut,
tous les personnages retenus par
Télé Z sont soumis, en photo de couverture,
à la même esthétique du naturel, antithèse de la sublimation opérée par
Télé Star : plan rapproché poitrine, discrétion du maquillage et du costume,
fond neutre. De plus, l’univers de
Télé Z est essentiellement récréatif :
« Sport cérébral » étalé à longueur de pages, concours d’histoires drôles
« Rires en chaînes » ou « Les 20 histoires drôles de la semaine », jeux
couplés avec des programmes et parrainage d’émissions de divertissement.
Somme toute, le mini-guide manifeste la plus complète transparence au petit
écran, les deux instances se fondant dans une même fonction ludique.
A l’inverse de Télé Z, Télé-Loisirs est voué à une esthétique de la profusion.
De tous les journaux de programmes, il est celui qui compte le plus de titres
à la une : les mots se serrent et s’entrechoquent autour du visage de
couverture, épuisant toute la gamme des couleurs, des caractères et des
lettrages. Parfois, les titres mordent sur le corps du personnage photographié
qui lui-même déborde sur le logo, d’où un effet de profondeur. Le style des
pages intérieures est tout à fait analogue : elles juxtaposent pavés, encadrés
et fenêtres de toutes dimensions et de tous coloris.
L’abondance de l’offre visuelle et thématique s’accompagne d’un souci
d’exactitude et de quantification qui donne à la première page des allures
d’inventaire à la Prévert : « Sardou : 100 millions de disques vendus et 4
mois de scène non stop ! Un record ! », « Les Super Etrennes de Télé-Loisirs. Gagnez 550 000 F au total, 1 voyage à Tahiti pour 4 personnes et
101 000 km SNCF, 109 000 F de bons d’achats, 3 scooters, 7 cyclomoteurs,
10 VTT, 10 500 L d’essence, 70 000 F en espèces, 4 voyages en
Guadeloupe » (17/12/94). L’argent et le gain sont toujours mis en relief, à
commencer par le prix du magazine dont seules les unités sont inscrites en
grand : « 5 F 90 seulement », non arrondi à dessein, comme pour un prix de
solde.
Ici la valeur maîtresse n’est ni la beauté comme dans Télé Star, ni la famille
comme dans Télé 7 Jours, mais l’efficacité. Il faut offrir le meilleur rapport
quantité-prix – la mention « Câble-Satellite 34 chaînes » jouxte le prix – et
le meilleur rapport quantité-temps : autrement dit, le meilleur rendement.
Avant de rendre compte des chaînes numériques, l’hebdomadaire se donnait
d’ailleurs pour devise de faire découvrir « toutes les chaînes en un seul coup
d’œil ».
Parallèlement, en accord avec le programme annoncé par son titre,
Télé-Loisirs s’apparente aux publications « style de vie ». Le lecteur y est guidé
dans tous les aspects pratiques de son existence : sorties, problèmes
juridiques, santé, informatique, jardinage, mode, etc. Réinscrivant la
pratique télévisuelle dans un consumérisme tous azimuts, l’hebdomadaire
d’Axel Ganz se singularise donc par le caractère hédoniste de sa
prescription. Dans une communication principalement axée sur la logique du
sensible dans
Télé-Loisirs, Denis Bertrand réfère cet hédonisme à la culture
d’entreprise de toutes les publications du groupe Prisma Presse (
Femme
actuelle,
Gala,
Voici,
Géo,
Ça m’intéresse,
Capital), qui offrent un mélange
similaire de curiosité encyclopédique et de traitement appétent de la
réalité
[31].
En somme, la diversité des contrats d’énonciation proposés explique la
multiplicité des journaux de programmes sur le marché français.
L’implantation particulièrement précoce et massive de la presse télévisuelle
en France dérive sans doute de sa capacité à développer différents
paradigmes de la culture populaire : primat de l’humour et rapport fusionnel
au petit écran dans
Télé Z et
Télé Poche, pragmatisme et consumérisme de
Télé-Loisirs, centralité de la famille chez
Télé 7 Jours, et, pour finir, tension
vers le monde des célébrités, selon la formule lancée par
Télé Star, reprise
ensuite par
Télé 7 Jours,
Télémagazine et
Télé Poche. Comme en Allemagne
où elle est encore plus abondante
[32], la presse télévisuelle constitue la presse
populaire par excellence. La diversité de ses configurations énonciatives lui
permet de manifester des fonctions de prescription et d’évasion qui, sur le
reste du continent, sont déjà assurées par d’autres secteurs éditoriaux : qu’on
pense à l’hégémonie des tabloïds à scandales en Grande-Bretagne ou à
l’extraordinaire vitalité de la presse du cœur et des journaux d’échos en
Italie et en Espagne. Du coup, le premier recul jamais enregistré par la
presse télévisuelle française, au milieu des années 1990, recueille une
explication plausible : le lancement, au même moment, de publications
people comme
Voici ou
Gala, inspirés de concepts ayant fait leurs preuves
aux Etats-Unis ou en Italie
[33]. Ainsi, les journaux de télévision français
perdent l’exclusivité d’un discours à la fois empathique et mythique,
s’attachant aux personnages du show-biz comme à de nouveaux héros de
contes de fées.
LES JOURNAUX DE PROGRAMMES EN FRANCE :
RECAPITULATIF
Titres généralistes
Titre Année Diffusion totale (France
de fondation et étranger) 1999-2000
Télérama 1950 674 875
(ex-Radio Cinéma Télévision)
Télémagazine 1955 528 020
Télé 7 Jours 1960 2 437 179
Télé Poche 1966 1 101 222
Télé Star 1976 1 864 765
Télé Z 1982 2 282 685
Télé Loisirs 1986 1 913 559
Titres spécialisés
Titre Année Diffusion totale (France
de fondation et étranger) 1999-2000
Télé K7 1983 267 111
Télé Câble Satellite Hebdo
(fusion de Télé Câble et de TV 1990 663 425
Câble Hebdo en 1994)
Suppléments de quotidiens
Titre Année Diffusion totale (France
de fondation et étranger) 1999-2000
TV Hebdo 1987 1 873 331
TV Magazine 1987 4 406 123
Source : diffusion contrôle 2000.
diffusion contrôle 2000.
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VERON E. (1985), « L’analyse du ‘contrat de lecture’ : une nouvelle méthode pour
les études de positionnement dans les supports presse », Les médias : expériences,
recherches actuelles, applications, Paris, IREP.
·
VERSIEUX N. (1994), « Les miettes du gâteau éveillent encore des appétits »,
CB News, n° 380 (13/02).
[1]
Actuellement, ce sont près de vingt millions d’exemplaires qui sont vendus chaque
semaine en France (FALCAND, 1999).
[2]
MARIN, MARTI, 1994. En Allemagne, 21,1 millions de magazines télévisuels sont
vendus chaque semaine en 1994, pour une population de 79 millions d’habitants.
[3]
Jusqu’en 1991, le marché britannique ne comprend que deux titres (exception faite des
suppléments) : les deux seuls réseaux, BBC et ITV, éditent chacun un magazine –
respectivement,
Radio Times et
TV Times – qui ne rend pas compte des chaînes de la
concurrence. En 1991, se sont ajoutés
What’s on TV et
TV Plus. Quant au marché italien, il ne
compte au début des années 1990 que deux titres importants (suppléments toujours exclus) :
TV sorrisi e canzoni et
Famiglia cristiana (PELLERIN, 1991).
[4]
Dans les années 1990,
Télérama, Télé Magazine, Télé 7 Jours, Télé Poche, Télé Star,
Télé Z, Télé Loisirs, Télé K7 Vidéo, TV Câble Hebdo et
Télé Satellite.
[5]
CHARAUDEAU, GHIGLIONE, 1997, p. 5-6.
[6]
BONVOISIN, MAIGNIEN, 1996, p. 89.
[7]
Chiffres d’Audiences études sur la presse magazine (AEPM), juin 1999-juillet 2000.
[8]
AUSTIN, 1991.
[9]
SEMPRINI, 1996, p. 88.
[10]
ECO, 1989 ; CASETTI, 1990.
[11]
HALL, 1994, p. 36 .
[12]
VERON, 1985, p. 211.
[13]
La couverture, surtout, doit inciter à l’achat. Ou plus exactement, vu la fidélité légendaire
du lectorat des programmes, elle sert à convaincre le lecteur habituel que son journal reste à
la hauteur de ses rivaux. Eventuellement, elle peut attirer quelques acheteurs occasionnels,
qui ne renoncent pas pour autant à leur revue de prédilection : certains n’hésitent pas à
acheter plusieurs titres lorsque leur vedette préférée est en couverture de la concurrence.
D’après Paul Giannoli, ancien directeur de la rédaction de
Télé 7 Jours, « On compte à peu
près sur le marché 40 000 à 50 000 ‘papillonnants’. Traduisez : acheteurs accrochés par une
couverture. » P. Giannoli, dans MARIN, MARTI, 1994, p. 116.
[14]
Ces errements s’expliquent aussi par l’éloignement progressif du directeur-fondateur de
Télé Magazine, Marcel Leclerc, qui préfère se concentrer sur d’autres publications et sur
l’Olympique de Marseille, qu’il préside de 1965 à 1972.
[15]
A propos des énoncés faits de questions et de réponses dans les journaux de grande
diffusion, Claude Abastado parle d’un « discours de catéchisme » et de « stratégie
d’infantilisation » (ABASTADO, 1980, p. 145).
[16]
En 1993, par exemple, on ne compte que trois couvertures consacrées au petit écran
(M. Lecarpentier, dans MARIN, MARTI, 1994, p. 120).
[17]
MAINGUENEAU, 1987, p. 67 : « Chaque glose se présente […] comme l’exhibition
d’un débat avec les mots qui se donne pour exemplaire, elle définit pour le coénonciateur le
bon chemin à travers le bruissement infini des signes […] ».
[18]
A deux reprises, le journaliste a publié un florilège de cette rubrique : A. Rémond,
Mon
œil : chroniques cyclothymiques d’un zappeur professionnel, Syros/Alternatives, 1989 ;
Les
mémoires de mon œil, Le Seuil, 1993.
[19]
CHALVON-DEMERSAY, PASQUIER, 1990.
[21]
La carte de vie fait la une du n° 881, daté du 16 avril 1977.
[22]
Cf.
Télé 7 Jours n° 881,16/04/77, p. 115, et n° 882,23 avril 1977, p. 92.
[23]
ABASTADO, 1980, p. 136 : « Ainsi un horoscope n’apporte pas, contrairement à ce qu’il
affirme, des informations sur l’avenir, mais des conseils et des modèles d’identification, une
morale concrète et des images pour rêver. Il ne prédit rien ; il prescrit. C’est pourquoi, d’une
semaine à l’autre, dans le même magazine, l’horoscope est le même. »
[25]
Loin d’être figée, la hiérarchie offerte n’est que mouvement ascensionnel : tout individu,
même issu d’une catégorie peu valorisée, peut atteindre le sommet. Ainsi, trop humains, trop
communs, « les animateurs de TV ne font pas de bonnes couvertures », rappelle Claude
Darcey (MARIN, MARTI, 1994 , p. 118). Pourtant, il est une exception : Patrick Roy, « dont
la disparition prématurée a été vivement ressentie par l’opinion ». De même, un numéro
consacré au dixième anniversaire de la mort de Claude François engendre les meilleures
ventes de l’année 1988. Rendant brusquement inaccessibles ceux qui jusque-là n’étaient que
familiers, la mort provoque l’apothéose, en parfaite harmonie avec la logique d’idéalisation
du magazine. La mort transforme une vie en destin : évoquant un « bonheur foudroyé », la
couverture sur Patrick Roy lui prête le sort d’un demi-dieu victime d’une colère jupitérienne.
[27]
L’auditoire de
Télé Star est féminin à 55,4 % en 1999-2000. C’est le taux le plus élevé de
toute la presse de programmes (AEPM, juin 1999-juillet 2000).
[28]
MAFFESOLI, 1993, p. 180.
[29]
Entre 1980 et 1992,
Télé Star passe de 490 094 à 1 790 415 exemplaires (OJD, diffusion
contrôle).
[30]
Diffusion totale 1999-2000 (France et étranger) :
Télé 7 Jours (2 437 179) ;
Télé Loisirs
(1 913 559) ;
Télé Magazine (528 020) ;
Télé Poche (1 101 222) ;
Télé Star (1 864 765) ;
Télé Z (2 282 685) ;
Télérama (674 875) diffusion contrôle, 2000.
[32]
Au milieu des années 1990, la presse télévisuelle allemande compte 18 titres pour
21 millions d’exemplaires. Ses trois premiers représentants sont alors :
Auf einen Blick
(groupe Bauer, 2,7 millions),
Hör Zu (Springer, 2,56 millions) et
TV Movie (Bauer, 2,347
millions), VERSIEUX, 1995, p. 36.
[33]
Il n’est pas indifférent que cette catégorie de la presse populaire se soit, en France,
toujours appuyée sur des concepts importés. Dans les années 1930, déjà,
Nous Deux, Intimité
et
Ciné-Révélation, lancés par le futur fondateur de
Télé Poche, Cino del Duca, s’inspirent de
revues italiennes : du reste, la majorité de leurs romans-photos resteront des productions
transalpines. Fondés par la filiale française du groupe Bertelsmann, Prisma Presse (qui n’est
autre que l’éditeur de
Télé Loisirs depuis 1986),
Voici et
Gala reprennent des formules
fraîchement implantées outre-Rhin, vraisemblablement décalquées sur le
Gente transalpin ou
le
National Enquirer américain.