Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
320 pages

p. 131 à 159
doi: en cours

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no 105 2001/1

2001 Réseaux

Variations sur la telelecture

Les discours de la presse de programmes en france

Jamil Dakhlia
A elle seule, l’analyse de contenus ne peut éclairer la vitalité et la segmentation exceptionnelles de la presse de programmes en France. S’impose dès lors une étude de ses stratégies énonciatives, depuis sa naissance en 1950 à nos jours, étude qui se réfère à la fois à la diversité des imaginaires construits, à la multiplicité des relations proposées aux lecteurs et aux rôles dévolus à la télévision, d’autre part. De cette étude axée sur le discours de sept guides de programmes, il ressort que le succès de la presse télévisuelle française provient de sa capacité à afficher des fonctions de prescription et d’évasion tout en déclinant, pour chaque titre, un registre spécifique de la culture populaire. An analysis of content is not enough to illuminate the exceptional vitality and segmentation of the TV press in France. The author therefore explores the enunciative strategies of this sector, from its beginnings in 1950 to the present, with reference to the diversity of visions and the multiplicity of relations offered to readers and roles attributed to television. This study, focused on the discourse of seven programme guides, reveals that the success of TV magazines in France stems from their capacity to display functions of prescription and escapism, while defining a specific register of popular culture for each title.
La presse de télévision est actuellement le premier secteur de la presse française, tant par ses profits que par le nombre de ses lecteurs. Aujourd’hui, plus des deux tiers des Français lisent régulièrement au moins un magazine de programmes et plus d’un sur cinq sont fidèles à Télé 7 Jours en particulier. Le développement de ce secteur a été, en France, plus rapide et plus spectaculaire que dans la plupart des autres pays industrialisés. Dès le milieu des années 1990, la France occupe la deuxième place européenne pour la vente des hebdomadaires de télévision, derrière l’Allemagne : dix-huit millions d’exemplaires par semaine [1]. Italie et Grande-Bretagne, pour une population équivalente et, dans le cas de la première, une offre télévisuelle depuis longtemps plus importante, vendent chacune quatre millions d’exemplaires seulement [2], répartis, qui plus est, sur une poignée de titres [3], alors que le marché français inclut dix formules distinctes [4], sans compter les suppléments gratuits. Si la puissance de la presse télévisuelle en France dépendait uniquement de sa fonction informative, deux ou trois titres suffiraient à remplir le marché, comme dans la plupart des autres pays européens jusqu’à une date récente. La pluralité des formules laisse donc entrevoir une « valeur ajoutée » des journaux de programmes français, chacun développant des fonctions spécifiques pour s’insérer et subsister dans un contexte hautement concurrentiel. L’analyse du contenu s’offre alors pour saisir les attentes et les imaginaires auxquels la presse de programmes s’articule depuis sa naissance en 1950 avec la fondation de Radio Cinéma Télévision, ancêtre de Télérama. Mais, étant donné la forte proximité thématique des titres du secteur, l’examen des contenus ne suffit pas à rendre compte des propriétés de chaque magazine : il faut lui adjoindre une étude du discours. En effet, la spécificité de chaque support ne se joue pas tant sur les sujets traités que sur la situation d’énonciation qu’il construit pour postuler son destinataire, c’est-à-dire le mode de relation qu’il soumet à son lectorat. Il convient donc de définir non seulement l’imaginaire mais aussi le contrat de lecture par lesquels chaque titre parvient à se distinguer de ses confrères et à s’associer avec une frange déterminée du public. Et puisque les guides de programmes entendent conditionner l’énonciation télévisuelle, il faut plus particulièrement examiner la place assignée au petit écran dans les différents univers représentés ainsi que la position que chaque magazine s’arroge par rapport au discours télévisuel, en s’incarnant dans le sujet énonciateur.
 
Une étude de l’énonciation
 
 
Comme dans tout marché médiatique, les titres d’un secteur donné tendent toujours à s’homogénéiser mais, dans le même temps, ils doivent se singulariser afin de toucher des publics bien identifiables et de pouvoir capter ainsi le maximum d’annonceurs. Pour se démarquer de ses concurrents, un support doit s’accorder à l’imaginaire d’un auditoire spécifique. Faisant un calcul sur les univers mentaux de ses destinataires, il doit s’efforcer d’en réfléchir les goûts, les attentes et le style de vie. Le contenu rédactionnel d’un magazine permet donc d’en déduire la cible, en tant qu’instance destinatrice « interne à l’instance médiatique elle-même, puisque c’est elle qui la construit », selon la définition de Patrick Charaudeau et Rodolphe Ghiglione [5].
Néanmoins, dans un espace de concurrence étroit, le fonds thématique est souvent très proche d’un support à l’autre. C’est ce que l’on observe ainsi pour la presse féminine, comme le rappellent Samra-Martine Bonvoisin et Michèle Maignien : « S’il veut intéresser les femmes, aucun titre féminin ne peut aujourd’hui se payer le luxe d’échapper aux rubriques traditionnelles, en matière de mode, de beauté, d’ouvrage ou de cuisine [6]. »
Dans la presse de télévision, les analogies rédactionnelles sont dictées par le partage d’une même source d’information, les « premiers programmes » distribués par les chaînes, mais aussi par des traits socio-démographiques communs à plusieurs lectorats. Les audiences de Télémagazine, Télé Poche, et Télé Star offrent par exemple des profils très analogues, jeunes et populaires : sur-représentation des ouvriers en répartition par chef de famille (dans tous les cas, plus d’un tiers en 1999-2000 contre un quart environ dans la population active française), forte proportion de familles à faibles revenus, pourcentage de 15-24 ans supérieur à 26 % du lectorat [7].
Eu égard à cette relative proximité thématique, l’analyse de contenus traditionnelle, souvent réduite à un recensement des paradigmes itératifs, semble insuffisante pour dévoiler la spécificité de chaque titre télévisuel. Cette approche doit être complétée et problématisée par une étude de l’énonciation, précisant de quelle façon particulière le locuteur marque sa présence et interpelle le destinataire au sein de chaque discours.
La théorie des actes de langage développée par John Langshaw Austin met l’accent sur la double dimension de tout énoncé : contenu propositionnel (valeur descriptive) d’une part, et force illocutoire, d’autre part, qui indique comment il doit idéalement être reçu par l’énonciataire [8].
D’une façon plus générale, la moindre communication humaine ne peut être réduite à la simple exposition d’un contenu et instaure des rapports complexes avec ses destinataires, le message et les instances qui l’ont engendrée. Dans le cas de la presse écrite, « en définissant les conditions d’accès du lecteur à la matière textuelle, en précisant la position de celle-ci par rapport au monde ‘réel’et en attribuant aussi une position morale ou cognitive aux ‘auteurs’ du magazine », ces relations énonciatives peuvent parfois, comme le souligne Andrea Semprini, « ‘peser’ plus lourd que le contenu dans la définition du monde possible défini par un titre [9] ».
Place donc à une analyse du discours : au relevé systématique des embrayeurs linguistiques qui renseignent sur la situation d’énonciation en attribuant des places déterminées à l’énonciateur, le journal, et au destinataire, le lecteur.
L’analyse du discours se borne à définir le contrat énonciatif proposé par le média à son audience. En aucun cas, elle ne vise à prévoir la réception du texte, à la différence des approches pragmatiques développées entre autres par Umberto Eco et Francesco Casetti. Grâce à l’analyse sémiotique, les théoriciens de l’immanence dégagent des structures à partir desquelles ils présupposent le ou les sens qui seront donnés au texte. Du destinataire, ils font un authentique lector in fabula, installé au creux du message et déductible du texte [10].
Pourtant, le savoir sur un texte, si poussé soit-il, ne permet pas de prédire l’interprétation qu’il recevra. Stuart Hall insiste sur le fait que les codes qui président à la production des messages ne sont pas nécessairement ceux mis en œuvre au moment de la réception : « Il n’existe pas de correspondance nécessaire entre l’encodage et le décodage ; le premier peut tenter de ‘faire prévaloir’, mais ne peut prescrire ou garantir le second, qui possède ses propres conditions d’existence [11]. »
Du seul texte, il est donc impossible de déduire le lecteur : tout au plus peut-on, dans le cas d’un média de masse, risquer quelques hypothèses en supposant un ajustement à l’audience. En revanche, ce que l’on peut établir à coup sûr, c’est la relation que chaque support propose à ses destinataires : à défaut de postuler la réception, on peut cerner l’articulation entre production et réception.
La stratégie de communication de tout guide de programmes implique de se rendre indispensable à l’énonciation télévisuelle. Les consommateurs doivent se sentir tenus de lire leur périodique pour accéder convenablement aux émissions. Dans le discours de chaque magazine, il s’agit donc de repérer non seulement les places attribuées au journal et à son lecteur, mais également celle qui revient à la télévision. Comme l’a montré Eliseo Veron, les places énonciatives sont désignées par « tous les aspects de la construction d’un support presse dans la mesure où ils construisent le lien avec le lecteur : couverture, rapports textes/images, mode de classement du matériel rédactionnel, dispositifs d’‘appel’(titres, sous-titres, chapeaux, etc.), modalité de construction des images, types de ‘parcours’ proposés au lecteur (par exemple : couverture/table des matières/articles) et les variations qui s’y produisent, modalités de mise en page [12] […] » Etant donné l’immensité du corpus, on a d’abord constitué de façon aléatoire et sur une période allant de 1950 à 2000 un échantillon de référence de 47 numéros des principaux magazines : Télérama (ex-Radio Cinéma), Télémagazine, Télé 7 Jours, Télé Poche, Télé Star, Télé Z et Télé-Loisirs. Le nombre total des composants de l’échantillon correspond au prélèvement d’un numéro tous les cinq ans pour chaque support, la semaine tirée au sort étant bien sûr la même pour tous les titres déjà présents sur le marché, afin d’autoriser les confrontations transversales.
Puis on a privilégié l’étude des couvertures et des sommaires, du fait de leur double fonction. Premièrement, ils obéissent à un rôle de séduction. S’y multiplient les signes d’appel et de reconnaissance d’un lectorat spécifique [13]. Deuxièmement, ils ont une fonction d’information : ils annoncent le contenu du numéro et en figurent de fait la synecdoque, livrant l’essence de chaque contrat énonciatif.
Enfin, une grande quantité de numéros extérieurs à l’échantillon et répartis sur toute la période a été balayée pour vérifier la systématicité des principes repérés et, le cas échéant, les corriger. On a opté pour une large amplitude chronologique afin de mieux faire ressortir les modifications des différents contrats de lecture. Chaque contrat, qui suppose l’accord de deux parties, peut en effet être renégocié quand le journal doit s’adapter à une évolution socioculturelle de son public ou, inversement, lorsqu’il vise un public légèrement différent pour attirer plus d’annonceurs. Des ruptures de contrat peuvent aussi se produire : des problèmes financiers ou l’incohérence de sa politique éditoriale peuvent empêcher un support de s’accorder à son lectorat qui, de ce fait, va le déserter. Ainsi, après avoir inauguré en 1955 le concept du guide télévisuel familial, Télémagazine réécrit constamment son identité à partir des années 1960, pour résister aux coups de boutoir de la concurrence : produit « jeune » de 1963 à 1968, faisant la part belle au phénomène yé-yé, puis formules de plus en plus allégées entre 1968 et 1983, hésitant entre un style cancanier et des ambitions culturelles [14]. Conjointement, l’audience de Télémagazine ne cesse de s’éroder. Cette chute n’est enrayée qu’en 1983, grâce à l’avènement d’un concept rédactionnel stable, ludique et échotier, parallèlement au rachat du journal et à son passage en grandes et moyennes surfaces.
Par souci de concision, les lignes qui vont suivre porteront principalement sur trois périodiques : Télérama (ex- Radio Cinéma Télévision), le plus ancien, Télé 7 Jours, leader incontesté de la branche depuis sa création en 1960, et Télé Star, représentatif, au même titre que Télé Z ou Télé-Loisirs, du succès des magazines de programmes lancés après 1975.
 
Télérama : du religieux au spirituel
 
 
Créé en janvier 1950 par La Vie Catholique en association avec Témoignage Chrétien et les éditions du Cerf, Radio Cinéma Télévision connaît deux versions successives d’un même contrat énonciatif qui le désigne en tant que guide intellectuel et artistique, à vocation multiculturelle.
Radio Cinéma, rebaptisé Télérama en 1960, est à l’origine un titre confessionnel. Les premières couvertures précisent d’ailleurs : « Hebdomadaire catholique des auditeurs et des spectateurs ». Ce cadre religieux reste déterminant jusqu’au milieu des années 1970.
L’univers mental institué par le magazine est fondamentalement éclectique et néanmoins cohérent, car il est structuré par l’appétit du savoir sous toutes ses formes. C’est pourquoi la télévision n’y représente qu’un sujet parmi tant d’autres : paradoxe radical pour le premier titre non professionnel à s’y être intéressé. Ainsi, à contre-courant des autres journaux de programmes, les couvertures montrent surtout des acteurs de cinéma, et mettent davantage en relief les films que leurs comédiens : pas le moindre culte de la star chez Radio Cinéma ou Télérama. Les acteurs ne sont convoqués que pour leur participation à un film d’auteur — « Jean Servais dans Celui qui doit mourir, le film de Dassin présenté à Cannes » (05/05/57) — ou à une œuvre didactique, comme l’adaptation d’un roman à l’écran : « Micheline Presles jouera La Dame aux camélias, un film en cours de tournage » (09/11/52).
Et lorsque la télévision apparaît en couverture, ce n’est jamais pour glorifier l’un de ses personnages, mais pour évoquer les effets sociaux ou artistiques de telle réforme ou telle mutation technologique. Ainsi du numéro 923, daté du 24 novembre 1967, qui présente Marcel Amont dans un décor arc-en-ciel ; la légende ignore ce personnage populaire pour poser le problème de l’introduction de la couleur : « La couleur : une révolution inachevée ». En fait, grâce à une seconde légende en page 3, on comprend que cette photo annonce la première émission en couleurs de Jean-Christophe Averty. Là encore, au détriment de l’interprète, c’est l’œuvre qui est mise en avant, le réalisateur étant tenu pour un « auteur » à part entière.
Dans un contexte rédactionnel où les allocutions papales côtoient tous les genres de la critique artistique, le petit écran n’a d’intérêt que s’il se prête à la culture ou à la foi : « Un cycle René Clair à la télévision » (09/11/52), « L’énorme colère de Bernanos » (rubrique télévision, 30/03/69), « Où trouver Jésus-Christ en 1971 ? » (rubrique télévision, 04/04/71), « Pour la première fois une canonisation est télévisée » (16/07/50).
Somme toute, les articles sur la télévision ne sont pas le lieu de l’évidence mais du questionnement : politique — « La TV peut-elle changer la démocratie ? » (01/01/56) —, philosophique — « La TV est-elle le miroir de la vie des hommes ? » (28/08/55) —, ou religieux — « La télévision jettera-t-elle un pont entre catholiques et protestants ? (17/09/50) ».
Dès lors, le rapport construit avec le lecteur est on ne peut plus ambivalent. A première vue, le contrat de lecture de Radio Cinéma fonde une complicité, voire une communion, au sens cultuel du terme. Le destinataire est systématiquement incorporé dans l’instance d’énonciation. Ainsi est-il exhibé en tant que coénonciateur par un « nous » inclusif récurrent : « Nous n’avons pas une télévision française, seulement une télévision parisienne » (21/08/55), « Nous reverrons bientôt à Paris Vittorio De Sica en brigadier bon enfant dans Pain, Amour et Jalousie » (27/02/55), « Aurons-nous bientôt une liaison télévision France-Angleterre ? » (26/03/50). De même, les questions rhétoriques offrent non seulement l’intérêt de mimer un dialogue mais instituent de surcroît, par leur tour impersonnel, une place d’énonciation vide pouvant accueillir simultanément l’énonciateur et l’énonciataire. « Qu’est-ce que le Comité français de télévision ? » (21/01/51), « La télévision alliée ou adversaire de la musique ? » (27/11/60), « Où en est la TV ? » (26/12/54). Particulièrement abondants, ces titres interrogatifs assimilent l’instance destinatrice à un interlocuteur idéal, dévoré par le désir d’apprendre. Mais, précisément, c’est une relation inégale qui est ainsi consacrée, puisque l’énonciataire est assigné au rôle de disciple : tout à la fois élève attentif à son maître et ouaille recevant la parole de l’évangile [15]. Cette configuration énonciative s’accorde parfaitement au public effectif de Radio Cinéma et de Télérama jusqu’au milieu des années 1970, le magazine étant alors vendu à la sortie des églises, dans les cercles paroissiaux et les télé-clubs catholiques.
La télévision n’est pas davantage au centre du monde construit par le nouveau Télérama, du milieu des années 1970 à nos jours. Certes, à partir du début des années 1990, et plus exactement depuis la guerre du Golfe (janvier-février 1991), le petit écran suscite un intérêt particulier parce qu’il provoque un débat sur le pouvoir et la déontologie des médias. Et le journal de dénoncer sans relâche une recherche du scoop à tout prix, un sensationnalisme et une manipulation de l’information surtout imputée aux chaînes de télévision.
Durant les événements du Golfe, Télérama alerte l’opinion sur « Les pièges de l’image » (23/01/91), « Le trouble jeu de CNN » (30/01/91), « Les grandes manœuvres » des « télés dans la guerre » (20/02/91), puis il tire le bilan des hostilités en instruisant « Le procès de l’info » (17/04/91). Entre le 23 janvier et le 17 avril 1991, pas moins de cinq couvertures et de huit dossiers auront été ainsi consacrés au rôle ambigu des médias dans cette « guerre en direct ».
Plus tard, le journal fait éclater le scandale de la fausse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor (janvier 1992), inaugurant une polémique durable avec TF1. La couverture audiovisuelle des conflits continue d’être sévèrement critiquée, qu’il s’agisse du « silence-télé » sur la guerre en Bosnie (26/08/92) ou du risque de surchauffe du conflit israélo-palestinien par l’instrumentalisation de ses images les plus choquantes (25/10/00), entre autres exemples.
Malgré cette vigilance éthique envers la télévision, il est très rare que celle-ci fasse la une du magazine [16] et d’une façon générale, les couvertures sont de plus en plus hétérodoxes par rapport aux règles de la branche. Alors que ses confrères restent attachés à la photo de vedette en plan rapproché ou en pied, Télérama recourt volontiers au dessin et n’hésite pas à tourner le dos au diktat du portrait, voire à la tradition figurative. Et accueille-t-il des portraits à la une qu’il ne se montre pas moins iconoclaste : visages décadrés et obliques, mangés par l’obscurité ou durcis par un éclairage sans concession, aux antipodes de l’idéalisation hollywoodienne.
Mais la mise au second plan de la télévision n’exprime pas, comme à l’origine, un souci des hiérarchies culturelles : la distance s’est muée en méfiance ou, à tout le moins, en sens critique. Le discours sur le petit écran invite à examiner le dispositif télévisuel, le contenant, avant même d’envisager ses messages, son contenu. Témoin toutes les compositions photographiques soulignant l’étrangeté des images cathodiques : vidéogrammes bleutés, démultipliés, écrans en très gros plan, remplis de « neige ».
Tout compte fait, Télérama s’emploie à montrer ce qu’il y a de discursif dans chaque message, c’est-à-dire qu’il signale dans tout énoncé les traces du sujet parlant, voire de l’auditeur visé.
On vient de le vérifier, le magazine exhibe les marques de l’énonciation télévisuelle, ce qu’indique en outre sa propension tout à fait originale au sein de la presse de programmes à interviewer producteurs et réalisateurs du huitième art.
Mais le fleuron de la Vie catholique va plus loin puisqu’il affiche également les marques de sa propre énonciation. Fait unique, là encore, dans la presse télévisuelle : le nom des journalistes est stipulé dès le sommaire. Qui plus est, le discours est souvent réflexif, ne serait-ce que par l’inclination des rédacteurs à sonder leur fonction de critique ou de journaliste. Du fait de sa dimension métadiscursive, le système d’énonciation de Télérama bat en brèche l’illusion d’immédiateté du texte écrit ou audiovisuel. Par là même, le sujet de l’énonciation postule une intelligence avec l’instance de destination, invitée à se détacher de l’énoncé pour se concentrer sur le commentaire censé l’expliciter [17].
D’où un rapport au lecteur beaucoup plus égalitaire que dans les vingt-cinq premières années du magazine. Désormais, on présuppose un sens critique du lectorat et, au lieu de lui administrer un enseignement, on lui soumet une analyse ou un point de vue : « (…) cet après-midi férié à 14.25 La Grande Illusion que nous n’allons nous offrir l’immense ridicule de vous célébrer » (grille des programmes du n° 2154,24/04/91).
L’émergence d’un lecteur alter ego se traduit dans les années 1990 par la juxtaposition sur la même double page de l’éditorial et de la rubrique courrier « Ça va mieux en le disant ». Les lettres publiées empruntent d’ailleurs, par un singulier mimétisme, les dadas thématiques – rejet de la manipulation cathodique, insistance sur le contexte de la pratique télévisuelle – et les marottes stylistiques des deux rédacteurs les plus connus du journal, Jean Belot et Alain Rémond.
Moins ambiguë, la complicité se fait plus décontractée. Les dispositifs d’implication de l’énonciataire sont tout aussi nombreux qu’avant, mais s’appuient sur des tournures plus familières, plus vivantes, affectant l’oralité – « Pas morte la bête » (03/07/80), « Chapeau ! » (01/04/92) –, l’interpellation – « Que faites-vous quand vous ne faites rien ? » (06/04/77), « Que les gros salaires lèvent le doigt ! » (04/12/82) –, et surtout la plaisanterie, du calembour (« Ok, Gore Al ? », 04/11/00) à l’ironie. Forme suprême de la connivence, l’humour s’impose.
Quel meilleur condensé de cette nouvelle identité discursive que le titre de la chronique d’Alain Rémond : « Mon œil » ? S’y conjuguent la familiarité née de l’intelligence avec le lecteur, l’exigence critique – Rémond suggère qu’il ne se laisse pas abuser – et une subjectivité hautement revendiquée : l’auteur précise qu’il s’agit de son regard, ni plus, ni moins [18].
Tout compte fait, l’univers de Télérama offre depuis 1950 une structure relativement stable, dont le polycentrisme est censé refléter la diversité des domaines culturels et où la télévision n’obtient qu’une place minoritaire. Principal bouleversement du système esquissé : l’éviction du paradigme confessionnel au cours des années 1970. Cette sécularisation s’explique par la rencontre d’un nouveau public : en février 1973, Télérama absorbe la Semaine Radio-télé, publication déclinante du groupe Ventillard, et élargit du même coup son circuit de distribution à la vente en kiosque. Le journal n’est plus seulement disponible par abonnement ou à la sortie de la messe, et s’ouvre à d’autres franges de la population. Sa vocation intellectuelle lui permet alors de conquérir en particulier un public instruit, à hauts revenus, habitant en région parisienne : le plus consommateur de biens culturels. Parallèlement, son contrat de lecture connaît un réajustement décisif. D’une communion originelle, quasi religieuse et sous-tendue par un rapport pédagogique inégal, la relation au lecteur glisse vers une complicité érudite. Les journalistes s’adressant, il est vrai, à des lecteurs qui leur sont proches par l’origine sociale, le niveau d’études et les références culturelles. Cette connivence s’appuie sur un métadiscours récurrent, trait majeur par lequel Télérama se distingue des autres journaux de programmes, et notamment du plus célèbre d’entre eux, Télé 7 Jours.
 
Télé 7 Jours : le génie du foyer
 
 
Le contrat de Télé 7 Jours frappe par sa quasi-inaltérabilité. A part quelques retouches dans les années 1980, liées à la volonté de reproduire les recettes de son principal concurrent Télé Star, le magazine affiche aujourd’hui les mêmes propriétés qu’en 1960.
L’univers du leader de la presse française est bâti autour des valeurs domestiques, au sens large du terme : il exalte un « chez soi » qui renvoie à la famille, mais aussi à la communauté nationale. Les célébrités ne valent que par leur attachement à leur foyer ou à la France : « La sœur de Senna : Pour Ayrton, la famille, c’était sacré » (01/04/95), « Ariane Carletti : ma mère est une star » (06/08/88), « Patrick Sabatier : en vacances avec Isabelle » (31/08/85), « Jane Birkin : la plus française des petites anglaises » (04/08/84), « Petula Clark : la France me manque toujours » (04/05/96).
Comme l’indiquent Sabine Chalvon-Demersay et Dominique Pasquier dans Drôles de stars [19], les animateurs, au premier chef, incarnent les valeurs de la « culture du pauvre » décrite par Richard Hoggart [20]. Télé 7 Jours, entre autres guides de programmes, les présente systématiquement comme des individus ordinaires, amateurs de bonne chère, appréciant le travail bien fait, et surtout ardents promoteurs de la vie familiale. L’image ainsi construite reflète une logique de glorification de l’homme moyen, à l’opposé de l’idéalisation appliquée par Télé Star aux acteurs de cinéma et de télévision.
Remarquons ici qu’à la différence de son confrère de la Vie catholique, Télé 7 Jours ne s’interroge guère sur les processus, conditions ou enjeux de la communication télévisuelle, sur son contexte politique, économique ou social. Comme les autres supports du secteur, Télé 7 Jours donne la priorité aux contenus sur les contenants, en privilégiant les émissions et les personnages du petit écran : animateurs, comédiens, chanteurs, sportifs, etc. L’espace scriptif de Télé 7 Jours ne fait donc que transposer et prolonger l’espace audiovisuel, là où le discours de Télérama le déconstruit et le circonscrit.
Le prisme familialiste se retrouve également dans le mode d’interpellation de la cible. Les messages de Télé 7 Jours sont tournés non pas vers des individus, mais vers des structures conjugales ou parentales, constamment reliées à des devoirs familiaux : « La TV peut vous aider à instruire vos enfants » (09/04/60), « Occupez-vous des vôtres avec Télé 7 Jours au Salon du Tourisme de la Foire de Paris » (28/04/73).
Dans le système Télé 7 Jours, télévision et audiovisuel en général apparaissent comme des mondes étranges et lointains, qu’il faut rendre compatibles avec la chaleur familiale. Les titres de rubriques des années 1990 sont particulièrement explicites : « Télé 7 Jours va plus loin », « L’écho des chaînes » (un écho étant renvoyé par un relief éloigné). « Hollywood Top Secret » et « L’œil sur eux » installent le registre du mystère et de l’espionnage. L’anonymat de la troisième personne du pluriel « eux » suggère la distance qui sépare le lecteur des personnalités du showbiz : décidément, « ils » ne font pas partie de « notre » monde. « Leur » bizarrerie impose la vigilance, elle exige qu’on garde « l’œil sur eux ». Avant d’en livrer les dimensions familiale et familière, l’hebdomadaire tire un prestige héroïque de sa connaissance d’un monde médiatique quelque peu inquiétant. Il transfigure son rôle d’information en quête aventureuse et, parallèlement, affiche son rôle de prescription à travers différentes modalités déontiques de l’énonciation. Ainsi, le tableau synoptique de la semaine est d’abord situé, dans les années 1980, sous une injonction douce mais univoque : « Choisissez votre soirée » (sous-entendu : forcément télé, à l’opposé des invitations à lire ou à sortir que donne Télérama dans le même type de tableau). Puis, au début des années 1990, c’est presque une instruction qui est donnée : « Vous verrez. »
Autorité qu’expriment également des ambitions pédagogiques. Durant ses deux premières décennies, notamment, sous la direction de Jean Diwo, le périodique signale qu’il n’a pas pour seule vocation de distraire, mais aussi d’instruire, en publiant plusieurs séries scientifiques : « La France vue du ciel » et « La France par régions » où l’on retrouve le paradigme nationalitaire, les collections d’animaux, « Les grands peintres », « Les 1 000 merveilles du monde », et surtout « L’homme et sa planète » réalisé en 1979 avec la fondation Paul-Emile-Victor, le musée de l’Homme et le CNRS, puis édité en librairie avec le soutien du Syndicat national des instituteurs. Le magazine s’enorgueillit de sa valeur didactique : « 7 Jours à l’école : Télé 7 Jours devient un ouvrage classique » (10/02/73). Bref, l’énonciateur affirme son pouvoir sur le destinataire en faisant ressortir l’inégalité des savoirs, qu’il s’agisse de transmettre des potins « inédits » ou de reproduire la supériorité du maître sur l’élève.
Qui plus est, dans le monde symbolique bâti pour ses lecteurs, Télé 7 Jours s’octroie un ascendant décisif : une prise en charge vitale, à proprement parler. En 1977, le journal lance une « carte de vie » utilisable en cas d’accident [21]. Le lecteur doit la compléter d’une photo, indiquer ses état civil, adresse, groupe sanguin et antécédents médicaux, puis la conserver sur soi. Ce qui frappe avant tout, c’est l’exposé, un mois après son lancement, du retour exceptionnel dont elle ferait l’objet : « Nos lecteurs : vive la carte de vie », « Victime d’un accident de moto, mon fils a été soigné rapidement grâce à la carte de vie [22] ». Télé 7 Jours se fait sauveur, voire ange gardien.
Dans les années 1990, le magazine continue d’accentuer sa fonction de prescription par une convocation du surnaturel. Témoin l’une de ses rubriques phares, l’horoscope de la très médiatique Elizabeth Teissier. Son titre « Astralement vôtre » exprime à la fois le dévouement référé à l’instance d’énonciation et le caractère presque sacré du service rendu : Télé 7 Jours lit pour vous dans les étoiles, la vérité qu’il vous livre vient du ciel. Comme beaucoup de publications populaires, et notamment ses concurrents, l’hebdomadaire n’hésite pas à jouer sur le registre de la croyance par de fréquentes incursions dans les médecines parallèles et le paranormal. Il prodigue alors ses conseils sur un mode hiératique, usant de références bibliques — « Les dix commandements pour apprendre à s’aimer » (01/04/95) — ou réaffirmant le primat des vérités célestes : « Sophie Favier : l’art d’aimer selon votre signe astral. Suivez ses conseils et gagnez son livre » (03/06/95), « Astro-test : quel ange veille sur vous ? » (08/11/97). Ainsi que l’a démontré Claude Abastado, l’horoscope est l’un des canaux privilégiés de la prescription dans la presse populaire [23]. Mais Télé 7 Jours ne se contente pas d’utiliser les prévisions astrales pour asseoir sa fonction conative : c’est le seul magazine du secteur à exporter de surcroît les connotations oraculaires de l’horoscope vers d’autres rubriques afin de garantir la solennité de ses injonctions.
Au total, le monde décrit par Télé 7 Jours s’organise autour du foyer, auquel le destinataire est systématiquement renvoyé. A ce dernier, l’instance d’énonciation propose un rapport clairement directif mais aussi protecteur, puisqu’elle se charge de naturaliser, ou plutôt de familiariser, au sens plein du terme, le discours télévisuel.
 
Télé Star : cherchez l’idole
 
 
Comme le leader de la presse française, Télé Star, né en 1976, frappe par la stabilité de son contrat de lecture. Pendant les cinq premières années, la formule est certes encore brouillonne, à mi-chemin entre France Dimanche, pour l’aspect échotier, et la presse adolescente du type Podium, pour la présentation naïve et clinquante. Mais à partir de 1981, sous l’impulsion de son nouveau directeur général Claude Darcey, Télé Star devient le premier guide de programmes à adopter la couleur intégrale et en profite pour clarifier sa maquette, gonfler sa partie magazine et multiplier les photos de qualité. Ces modifications ne font qu’accentuer le parti pris d’origine : explorer l’essence de la star. Conformément au titre, qui renvoie au système hollywoodien et annonce une sublimation omniprésente dans le journal : les stars sont des étoiles, elles appartiennent à un autre monde que celui des mortels.
Dès l’origine, l’univers du magazine est adossé à un panthéon très hiérarchisé. A son sommet, les stars de l’« usine à rêves », doublement exotiques en ce qu’elles appartiennent simultanément à un autre lieu et à un autre temps. D’emblée, les deux premières rubriques, « D’Hollywood et d’ailleurs » et « Boulevard des stars », assignent un horizon hollywoodien : une utopie forcément lointaine et révolue. Pour tout dire, crépusculaire : le mot « boulevard » évoque Sunset Boulevard, la célèbre artère hollywoodienne, et par contrecoup une idée de déclin, comme dans le film homonyme.
Edgar Morin l’a montré dans Les Stars [24] : des années 1930 à 1950, l’aura quasi divine des vedettes américaines est fondée sur une culture de l’excès. Leur dimension transgressive s’exprime par le cumul des liaisons et des mariages et une dilapidation de leurs richesses en de gigantesques potlatches, dans une société au contraire farouchement monogame, valorisant le labeur et l’épargne. Dans Télé Star, cette hybris s’affiche dès les titres : « Burt Lancaster : le dernier géant de Hollywood » (31/10/94), « Gary Cooper : la star qui avait peur des femmes » (09/04/77), « Tony Curtis, Janet Leigh : le Pygmalion, c’était elle » (30/11/82). Hollywood est le lieu de l’a-normalité et de l’inversion des rôles, notamment sexuels.
Sous les stars classiques, des demi-dieux : les comédiens américains actuels, plus accessibles en apparence, mais que Télé Star n’a de cesse de réinscrire dans la légende des studios. Par référence à la légende des producteurs hollywoodiens, Robert Redford est ainsi surnommé « le nabab » (30/11/82). De même, nombreux sont les reportages photo présentant des vedettes actuelles dans des demeures luxueuses ayant appartenu autrefois à des monstres sacrés hollywoodiens.
Viennent ensuite les vedettes de séries ou de feuilletons américains sur lesquelles le périodique bâtit la majeure partie de son succès. Ces vedettes télé peuvent elles aussi être associées à la démesure hollywoodienne. Les actrices, en particulier, sont rattachées au tumulte et au scandale : « Les folles amours de Victoria Principal » (04/07/94), « Nicollette Sheridan : la scandaleuse s’est assagie » (27/06/94). Dans un registre beaucoup plus paisible et familier, les vedettes françaises du petit et du grand écran ne sont pas négligées par le magazine, spécialement les acteurs dotés d’une expérience cinématographique.
Tout au bas de l’échelle, enfin, la piétaille des aspirants à la gloire, qui pour la plupart ne connaissent qu’un quart d’heure warholien de célébrité. Dans les années 1990 notamment, Télé Star s’est en effet employé à réactiver le vedettariat à d’autres sources que le glamour cinématographique, mettant par exemple le GIGN à la une, au lendemain de l’affaire H.B., en 1993.
En fait, plus que la star hollywoodienne, idéal par définition hors d’atteinte, c’est la starisation qui retient l’attention : comment peut-on aujourd’hui devenir une étoile ? Rien d’étonnant à ce que les articles sur les stars classiques soient finalement assez rares. Le magazine préfère interroger l’essence de la star en parcourant toutes les positions, même subalternes, de la notoriété : télévision qui crée ou recrée les stars (« Marlène Jobert : la télé en refait une star », 24/10/87 ; « Jean-Pierre Bouvier : la consécration avec Les yeux d’Hélène », 10/10/94), mais aussi chanson (« Star n° 1 du hitparade, Mariah Carey : sa voix a conquis le monde », 19/02/96), actualité et pour finir mannequinat, fondé sur une sublimation des corps analogue aux pratiques des studios [25] (« Claudia Schiffer : enfin le grand amour », 21/03/94).
Au demeurant, tout personnage placé à la une devient de facto exceptionnel. Systématiquement, sa condition est ramenée à une variation exemplaire sur quatre thèmes : amour (paradigme incluant le cœur et la passion), succès, bonheur et vie (associée à l’âge et au changement) : « Adeline : ma nouvelle histoire d’amour avec Johnny » (01/08/94), « Kevin Costner : le triomphe de l’aventurier séducteur » (22/04/96), « Véronique Genest : voici les secrets de mon bonheur » (18/04/94), « Sophie Marceau : à 25 ans, elle commence une nouvelle vie » (04/04/92), « Cindy Crawford : à 30 ans, elle change de vie » (05/02/96).
A la vénération de ses lecteurs, Télé Star offre toujours plus de divinités païennes. Il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en jeu les fétiches indispensables : pour compléter les posters ou photos en double page de ses vedettes préférées, on peut tenter de gagner « les cassettes et les nouveaux CD de [sa] série-culte » (22/09/96). C’est une véritable quête mystique que le magazine propose, dans laquelle il joue le rôle d’initiateur.
L’intercession entre le lecteur et la star s’effectue grâce au pathos. Chaque vedette est associée à un affect qui délivre son essence : « La colère de Patrick Sébastien » (19/10/87), « Ayrton Senna : la passion et la mort » (09/05/94), « Amélie Pick : je suis aussi un ‘cœur brûlé’ » (11/07/94). Cet ajustement des personnalités à des sentiments universels vise bien entendu à favoriser l’identification et l’empathie. Parfois même, la communion est verbalisée : « Robinson Stévenin : l’enfant qui a fait pleurer la France » (09/01/95). Le fonctionnement identificatoire du magazine est suggéré d’entrée de jeu par le surtitre dont il se dote au milieu des années 1990 — « Le magazine des stars » — qui signifie tout autant « Le magazine sur les stars » que « Le magazine que lisent les stars ». Lire Télé Star, c’est déjà être un peu star soi-même, ce que confirme le slogan lancé ensuite par l’hebdomadaire : « Notre star préférée, c’est vous. »
Le traitement des vedettes de séries américaines obéit également au motif de la médiation initiatique. Pour gommer la frontière entre réel et fiction, une confusion est sciemment entretenue entre ville et scène, comédien et personnage. Ainsi, dans le titre : « Alerte à Malibu. Stephanie a dû souffrir pour être belle » (27/03/95), « Stephanie » est le nom du personnage, l’actrice s’appelant en réalité Alexandra Paul. Il s’agit de capter l’intérêt du lecteur grâce à la plus petite entité de connaissance qu’il puisse posséder à propos de cette jeune femme : son patronyme dans la série. Connotant l’intimité, l’usage du prénom renforce en outre l’illusion d’un rapprochement avec les créatures de l’écran. Le même procédé est exploité par la société française AB productions, à l’origine de plusieurs séries pour enfants et adolescents. Comme l’indique Dominique Pasquier dans La culture des sentiments [26], beaucoup de comédiens portent leur propre prénom dans Hélène et les garçons – à commencer par l’actrice principale, Hélène Rollès – pour suggérer que les personnages prolongent la personnalité des acteurs. Toutefois, dans cette fusion délibérée entre ville et scène, AB productions donne la priorité à la personnalité supposée de l’interprète. Ainsi, à travers ses interviews à la presse, ses disques ou Télé Club plus, le fanzine spécialement conçu autour de la série, Hélène Rollès affiche des goûts et des projets simples, qui permettent aux petites filles de mieux s’identifier à elle : elle clame son amour de la nature, souhaite trouver l’homme de sa vie, envisage d’habiter plus tard dans une grande maison avec beaucoup d’enfants et d’animaux. Bien qu’il ait lui aussi versé dans le culte d’Hélène, Télé Star favorise au contraire le personnage de fiction par rapport à la personne qui se cache derrière lui, ce qui lui permet de renforcer sa fonction d’évasion. Assimilant systématiquement les acteurs de la télévision américaine à leurs rôles, le magazine contribue à les désincarner, et confirme leur appartenance définitive à la fiction, à un monde de simulacres chatoyants : « Ashley : Les feux de l’amour ont illuminé sa vie » (31/01/94), « Beverly Hills. Donna : ses amours turbulentes avec le fils de Kojak » (31/10/94). Ce deuxième titre désigne en fait l’actrice Tori Spelling, du feuilleton Beverly Hills, et le fils de Telly Savalas, l’interprète du commissaire Kojak dans la série éponyme. Cette liaison bien « réelle » et ses deux protagonistes sont donc intégralement rejetés par Télé Star du côté de la fiction.
C’est finalement dans les pages santé et beauté que la médiation trouve son expression la plus aboutie. Comme dans la presse féminine, dont Télé Star se rapproche tant par le soin apporté à la mise en page que par son public [27], ces deux rubriques sont très valorisées. Ce sont du reste les seules, avec le courrier, à comporter dans leur titre une adresse directe au lecteur, par l’emploi de la seconde personne du pluriel : « Votre santé », « Votre beauté ». La prescription assurée dans ces domaines et un titre de une comme « Stephanie a dû souffrir pour être belle » s’éclairent mutuellement : le magazine développe, à proprement parler, une vision platonicienne du monde, désignant une transcendance où le Beau se confond avec le Bien.
L’adoration des images orchestrée par l’hebdomadaire et sa façon de commander, par un dispositif initiatique, la fusion et l’effusion des figures énonciatives illustrent tout à fait la mentalité contemplative et communautaire que Michel Maffesoli voit renaître dans le monde actuel. Un monde dominé par l’image, qui détient une puissance magique « d’agrégation, […] favorise la viscosité, […] la fascination » et « crée le mystère, dont [telle est] la fonction : unir des initiés entre eux, favoriser la reconnaissance de ceux qui se sentent tels [28] ».
Est-ce pour cette conformité à l’air du temps que Télé Star rencontre un vif succès ? Quoi qu’il en soit, le titre connaît, du début des années 1980 au début des années 1990, la plus forte progression en diffusion du secteur et son orientation people inspire de plus en plus explicitement ses concurrents Télé-Loisirs, Télé Poche et Télé 7 Jours [29].
Somme toute, Télé Star est aussi iconolâtre que Télérama est iconoclaste. Il exhibe en effet un univers pyramidal dont tous les éléments sont pris dans une même tension vers l’Idéal, ou plutôt vers l’Idole. En toute logique, l’énonciateur y présume son association avec l’instance destinatrice dans une ferveur cultuelle commune.
 
La diversité des contrats de lecture
 
 
L’étude énonciative révèle que chaque titre télévisuel propose à son lectorat une relation singulière, doublée d’un rapport original au petit écran. Le cas de Télérama doit d’emblée être mis à part. En effet, le premier journal français non professionnel à s’être consacré à la télévision lui refuse une place exclusive et devient l’unique exemple au monde de guide des programmes à vocation artistique et culturelle. L’hebdomadaire postule une complicité spirituelle, dans les deux sens du terme, avec le lecteur, au détriment d’une télévision toujours soumise à un regard critique.
Contrairement à Télérama, les autres titres spécialisés délaissent la réflexion sur le discours télévisuel – procédés, style, stratégies mis en œuvre – et se concentrent sur ses contenus : émissions et personnages. Dans un contexte de forte concurrence, chacun d’entre eux s’individualise, d’une part, en assignant des places énonciatives spécifiques à son destinataire et à l’écran et, d’autre part, en donnant sa propre version de la culture populaire. Télé 7 Jours exalte les liens familiaux et, en leur nom, revendique haut et fort son rôle de prescription dans la consommation télévisuelle, face à des instances médiatiques étranges qu’il se charge d’acclimater à la chaleur du foyer. Même s’il souligne également la démesure du show-biz, Télé Star joue en revanche sur la fascination que cette hybris engendre et érige la star en figure moderne de la transcendance. Dans son discours, la télévision ne vaut que par sa capacité à régénérer l’idéal de la star auprès des lecteurstéléspectateurs.
Tout aussi prononcée est l’originalité des autres contrats de lecture. Premier périodique à bâtir un imaginaire commun à la famille et à la télévision, Télémagazine réagit au durcissement de la concurrence depuis les années 1960 en reformulant plusieurs fois – et brouillant du même coup – son dispositif sémiotique et énonciatif. Le rachat de l’hebdomadaire en 1983 met fin à son incohérence contractuelle et à la chute corrélative de son audience. Désormais diffusé exclusivement en grandes et moyennes surfaces, Télémagazine s’accorde à une clientèle de jeunes ménages avec enfants par un concept à la fois ludique et échotier, invitant à une véritable immersion dans le monde télévisuel. Chaque numéro est placé sous le signe d’un ou deux « grands concours » tels les jeux primés « Démasquez la vedette » et « Expressions de stars » de janvier 1997. Selon un modèle voisin de celui de Télé Star, le sommaire de Télémagazine offre la particularité d’être principalement bâti sur des noms de célébrités, plutôt que sur des rubriques thématiques. Le n° 1522 (05/01/85) comporte par exemple quelques items traditionnels, du reste relégués à la fin du journal : « Au cinéma », « Roman Duel à Dallas », « Mots fléchés », « BD Léonard ». Mais la part belle est donnée à l’actualité des vedettes : « Patrick Sabatier : la recette de son succès », « Patrick Dupond : et maintenant, il chante ! », « Les Fraggle Rock : un monde fou, fou, fou », « Michel Serrault : la famille est sa vraie passion », « Jean Carmet : ‘Le beurre … c’est bon pour la santé’ », « Guy Lux : ‘J’aimerais faire des émissions historiques’ », « Julio Iglesias : ‘Avec ces yeux-là’ ». Selon la même logique people, les pages « Echos photos » font leur apparition dans les années 1990.
Visant d’abord femmes et enfants, Télé Poche est axé sur l’évasion. Dans un premier temps, de sa fondation en 1966 au début des années 1980, par les canaux classiques de la paralittérature populaire : romans-photos, romansfeuilletons, bandes dessinées, dessins d’humour. Le périodique, il est vrai, est issu de l’empire del Duca dont les deux piliers sont, précisément, la presse du cœur (Nous Deux, Intimité) et la presse enfantine. Durant cette période, le lien offert au lecteur repose sur l’intimité, dans un univers régressif entièrement voué à l’affect et à la rêverie. A partir des années 1980, le rêve dispensé est de plus en plus cathodique, au point de verser dans le tout-télé. Chaque rubrique phare est placée sous le patronage d’une célébrité du petit écran. Denise Fabre s’occupe de la cuisine ; la fiche sur le monde maritime revient au commandant Cousteau ; Dorothée retrouve ses amis à la page jeunesse ; Frédéric Mitterrand rend hommage aux étoiles du cinéma dans son « Carnet de stars », etc. Tout se passe comme si le mini-guide était la tribune choisie par les professionnels de la télévision pour s’adresser aux téléspectateurs : est ainsi mise en scène l’identité de deux énonciations. Désormais, le voyage a lieu « au cœur de la télévision », que l’énonciateur entend rendre « plus facile ». Comme le signalent plusieurs titres de rubriques des années 1980-1990, la médiation offerte s’inscrit dans un univers à la bonne franquette, fondé sur les valeurs de la « culture du pauvre » : convivialité (« A la table de Denise et Francis »), bonne humeur (« Rions avec… », jeu « Rire en poche ») et décontraction (« La détente en famille », « Restons nature ! »).
Le discours de Télé Z joue lui aussi sur la proximité, mais selon le traitement le plus rigoriste de toute la presse de programmes. Version allégée de Télé Journal créé en 1974, le périodique de Bruno d’Epenoux répond à un concept de crise : petite taille, faible volume rédactionnel, noir et blanc majoritaire, qualité médiocre du papier. Son prix modeste — 1,80 F puis 2 F — s’est vite imposé comme son atout majeur, à l’origine d’un essor remarquable : aujourd’hui, avec près de 2,3 M d’exemplaires diffusés, Télé Z talonne Télé 7 Jours (2,4 M environ [30] ). Or, cette modicité détermine toute l’humilité de l’univers Télé Z. Un univers surtout peuplé de personnalités incarnant la fonction relationnelle du petit écran : présentateurs du JT ou de la météo, animateurs de jeux ou de variétés. Pour le mois de janvier 1994, on retrouve par exemple Philippe Risoli (Le juste prix, TF1), Pascal Brunner (Fa Si La chanter, France 3), Claire Chazal (20 H, TF1), Evelyne Leclercq (ancienne speakerine, ancienne animatrice de Tournez manège) et Patrick de Carolis (Zone interdite, M6). Quel que soit leur statut, tous les personnages retenus par Télé Z sont soumis, en photo de couverture, à la même esthétique du naturel, antithèse de la sublimation opérée par Télé Star : plan rapproché poitrine, discrétion du maquillage et du costume, fond neutre. De plus, l’univers de Télé Z est essentiellement récréatif : « Sport cérébral » étalé à longueur de pages, concours d’histoires drôles « Rires en chaînes » ou « Les 20 histoires drôles de la semaine », jeux couplés avec des programmes et parrainage d’émissions de divertissement. Somme toute, le mini-guide manifeste la plus complète transparence au petit écran, les deux instances se fondant dans une même fonction ludique.
A l’inverse de Télé Z, Télé-Loisirs est voué à une esthétique de la profusion. De tous les journaux de programmes, il est celui qui compte le plus de titres à la une : les mots se serrent et s’entrechoquent autour du visage de couverture, épuisant toute la gamme des couleurs, des caractères et des lettrages. Parfois, les titres mordent sur le corps du personnage photographié qui lui-même déborde sur le logo, d’où un effet de profondeur. Le style des pages intérieures est tout à fait analogue : elles juxtaposent pavés, encadrés et fenêtres de toutes dimensions et de tous coloris.
L’abondance de l’offre visuelle et thématique s’accompagne d’un souci d’exactitude et de quantification qui donne à la première page des allures d’inventaire à la Prévert : « Sardou : 100 millions de disques vendus et 4 mois de scène non stop ! Un record ! », « Les Super Etrennes de Télé-Loisirs. Gagnez 550 000 F au total, 1 voyage à Tahiti pour 4 personnes et 101 000 km SNCF, 109 000 F de bons d’achats, 3 scooters, 7 cyclomoteurs, 10 VTT, 10 500 L d’essence, 70 000 F en espèces, 4 voyages en Guadeloupe » (17/12/94). L’argent et le gain sont toujours mis en relief, à commencer par le prix du magazine dont seules les unités sont inscrites en grand : « 5 F 90 seulement », non arrondi à dessein, comme pour un prix de solde.
Ici la valeur maîtresse n’est ni la beauté comme dans Télé Star, ni la famille comme dans Télé 7 Jours, mais l’efficacité. Il faut offrir le meilleur rapport quantité-prix – la mention « Câble-Satellite 34 chaînes » jouxte le prix – et le meilleur rapport quantité-temps : autrement dit, le meilleur rendement.
Avant de rendre compte des chaînes numériques, l’hebdomadaire se donnait d’ailleurs pour devise de faire découvrir « toutes les chaînes en un seul coup d’œil ».
Parallèlement, en accord avec le programme annoncé par son titre, Télé-Loisirs s’apparente aux publications « style de vie ». Le lecteur y est guidé dans tous les aspects pratiques de son existence : sorties, problèmes juridiques, santé, informatique, jardinage, mode, etc. Réinscrivant la pratique télévisuelle dans un consumérisme tous azimuts, l’hebdomadaire d’Axel Ganz se singularise donc par le caractère hédoniste de sa prescription. Dans une communication principalement axée sur la logique du sensible dans Télé-Loisirs, Denis Bertrand réfère cet hédonisme à la culture d’entreprise de toutes les publications du groupe Prisma Presse (Femme actuelle, Gala, Voici, Géo, Ça m’intéresse, Capital), qui offrent un mélange similaire de curiosité encyclopédique et de traitement appétent de la réalité [31].
En somme, la diversité des contrats d’énonciation proposés explique la multiplicité des journaux de programmes sur le marché français. L’implantation particulièrement précoce et massive de la presse télévisuelle en France dérive sans doute de sa capacité à développer différents paradigmes de la culture populaire : primat de l’humour et rapport fusionnel au petit écran dans Télé Z et Télé Poche, pragmatisme et consumérisme de Télé-Loisirs, centralité de la famille chez Télé 7 Jours, et, pour finir, tension vers le monde des célébrités, selon la formule lancée par Télé Star, reprise ensuite par Télé 7 Jours, Télémagazine et Télé Poche. Comme en Allemagne où elle est encore plus abondante [32], la presse télévisuelle constitue la presse populaire par excellence. La diversité de ses configurations énonciatives lui permet de manifester des fonctions de prescription et d’évasion qui, sur le reste du continent, sont déjà assurées par d’autres secteurs éditoriaux : qu’on pense à l’hégémonie des tabloïds à scandales en Grande-Bretagne ou à l’extraordinaire vitalité de la presse du cœur et des journaux d’échos en Italie et en Espagne. Du coup, le premier recul jamais enregistré par la presse télévisuelle française, au milieu des années 1990, recueille une explication plausible : le lancement, au même moment, de publications people comme Voici ou Gala, inspirés de concepts ayant fait leurs preuves aux Etats-Unis ou en Italie [33]. Ainsi, les journaux de télévision français perdent l’exclusivité d’un discours à la fois empathique et mythique, s’attachant aux personnages du show-biz comme à de nouveaux héros de contes de fées.
 
LES JOURNAUX DE PROGRAMMES EN FRANCE : RECAPITULATIF
 
 


IMGIMGTitres généralistes 
Titre Année Dif...IMGIMF
Titres généralistes Titre Année Diffusion totale (France de fondation et étranger) 1999-2000 Télérama 1950 674 875 (ex-Radio Cinéma Télévision) Télémagazine 1955 528 020 Télé 7 Jours 1960 2 437 179 Télé Poche 1966 1 101 222 Télé Star 1976 1 864 765 Télé Z 1982 2 282 685 Télé Loisirs 1986 1 913 559



IMGIMGTitres spécialisés 
Titre Année Diff...IMGIMF
Titres spécialisés Titre Année Diffusion totale (France de fondation et étranger) 1999-2000 Télé K7 1983 267 111 Télé Câble Satellite Hebdo (fusion de Télé Câble et de TV 1990 663 425 Câble Hebdo en 1994)



IMGIMGSuppléments de quotidiens 
Titre Ann...IMGIMF
Suppléments de quotidiens Titre Année Diffusion totale (France de fondation et étranger) 1999-2000 TV Hebdo 1987 1 873 331 TV Magazine 1987 4 406 123 Source : diffusion contrôle 2000.
diffusion contrôle 2000.

 
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NOTES
 
[1]Actuellement, ce sont près de vingt millions d’exemplaires qui sont vendus chaque semaine en France (FALCAND, 1999).
[2]MARIN, MARTI, 1994. En Allemagne, 21,1 millions de magazines télévisuels sont vendus chaque semaine en 1994, pour une population de 79 millions d’habitants.
[3]Jusqu’en 1991, le marché britannique ne comprend que deux titres (exception faite des suppléments) : les deux seuls réseaux, BBC et ITV, éditent chacun un magazine – respectivement, Radio Times et TV Times – qui ne rend pas compte des chaînes de la concurrence. En 1991, se sont ajoutés What’s on TV et TV Plus. Quant au marché italien, il ne compte au début des années 1990 que deux titres importants (suppléments toujours exclus) : TV sorrisi e canzoni et Famiglia cristiana (PELLERIN, 1991).
[4]Dans les années 1990, Télérama, Télé Magazine, Télé 7 Jours, Télé Poche, Télé Star, Télé Z, Télé Loisirs, Télé K7 Vidéo, TV Câble Hebdo et Télé Satellite.
[5]CHARAUDEAU, GHIGLIONE, 1997, p. 5-6.
[6]BONVOISIN, MAIGNIEN, 1996, p. 89.
[7]Chiffres d’Audiences études sur la presse magazine (AEPM), juin 1999-juillet 2000.
[8]AUSTIN, 1991.
[9]SEMPRINI, 1996, p. 88.
[10]ECO, 1989 ; CASETTI, 1990.
[11]HALL, 1994, p. 36 .
[12]VERON, 1985, p. 211.
[13]La couverture, surtout, doit inciter à l’achat. Ou plus exactement, vu la fidélité légendaire du lectorat des programmes, elle sert à convaincre le lecteur habituel que son journal reste à la hauteur de ses rivaux. Eventuellement, elle peut attirer quelques acheteurs occasionnels, qui ne renoncent pas pour autant à leur revue de prédilection : certains n’hésitent pas à acheter plusieurs titres lorsque leur vedette préférée est en couverture de la concurrence. D’après Paul Giannoli, ancien directeur de la rédaction de Télé 7 Jours, « On compte à peu près sur le marché 40 000 à 50 000 ‘papillonnants’. Traduisez : acheteurs accrochés par une couverture. » P. Giannoli, dans MARIN, MARTI, 1994, p. 116.
[14]Ces errements s’expliquent aussi par l’éloignement progressif du directeur-fondateur de Télé Magazine, Marcel Leclerc, qui préfère se concentrer sur d’autres publications et sur l’Olympique de Marseille, qu’il préside de 1965 à 1972.
[15]A propos des énoncés faits de questions et de réponses dans les journaux de grande diffusion, Claude Abastado parle d’un « discours de catéchisme » et de « stratégie d’infantilisation » (ABASTADO, 1980, p. 145).
[16]En 1993, par exemple, on ne compte que trois couvertures consacrées au petit écran (M. Lecarpentier, dans MARIN, MARTI, 1994, p. 120).
[17]MAINGUENEAU, 1987, p. 67 : « Chaque glose se présente […] comme l’exhibition d’un débat avec les mots qui se donne pour exemplaire, elle définit pour le coénonciateur le bon chemin à travers le bruissement infini des signes […] ».
[18]A deux reprises, le journaliste a publié un florilège de cette rubrique : A. Rémond, Mon œil : chroniques cyclothymiques d’un zappeur professionnel, Syros/Alternatives, 1989 ; Les mémoires de mon œil, Le Seuil, 1993.
[19]CHALVON-DEMERSAY, PASQUIER, 1990.
[20]HOGGART, 1970.
[21]La carte de vie fait la une du n° 881, daté du 16 avril 1977.
[22]Cf. Télé 7 Jours n° 881,16/04/77, p. 115, et n° 882,23 avril 1977, p. 92.
[23]ABASTADO, 1980, p. 136 : « Ainsi un horoscope n’apporte pas, contrairement à ce qu’il affirme, des informations sur l’avenir, mais des conseils et des modèles d’identification, une morale concrète et des images pour rêver. Il ne prédit rien ; il prescrit. C’est pourquoi, d’une semaine à l’autre, dans le même magazine, l’horoscope est le même. »
[24]MORIN, 1984.
[25]Loin d’être figée, la hiérarchie offerte n’est que mouvement ascensionnel : tout individu, même issu d’une catégorie peu valorisée, peut atteindre le sommet. Ainsi, trop humains, trop communs, « les animateurs de TV ne font pas de bonnes couvertures », rappelle Claude Darcey (MARIN, MARTI, 1994 , p. 118). Pourtant, il est une exception : Patrick Roy, « dont la disparition prématurée a été vivement ressentie par l’opinion ». De même, un numéro consacré au dixième anniversaire de la mort de Claude François engendre les meilleures ventes de l’année 1988. Rendant brusquement inaccessibles ceux qui jusque-là n’étaient que familiers, la mort provoque l’apothéose, en parfaite harmonie avec la logique d’idéalisation du magazine. La mort transforme une vie en destin : évoquant un « bonheur foudroyé », la couverture sur Patrick Roy lui prête le sort d’un demi-dieu victime d’une colère jupitérienne.
[26]PASQUIER, 1999.
[27]L’auditoire de Télé Star est féminin à 55,4 % en 1999-2000. C’est le taux le plus élevé de toute la presse de programmes (AEPM, juin 1999-juillet 2000).
[28]MAFFESOLI, 1993, p. 180.
[29]Entre 1980 et 1992, Télé Star passe de 490 094 à 1 790 415 exemplaires (OJD, diffusion contrôle).
[30]Diffusion totale 1999-2000 (France et étranger) : Télé 7 Jours (2 437 179) ; Télé Loisirs (1 913 559) ; Télé Magazine (528 020) ; Télé Poche (1 101 222) ; Télé Star (1 864 765) ; Télé Z (2 282 685) ; Télérama (674 875) diffusion contrôle, 2000.
[31]BERTRAND, 1996.
[32]Au milieu des années 1990, la presse télévisuelle allemande compte 18 titres pour 21 millions d’exemplaires. Ses trois premiers représentants sont alors : Auf einen Blick (groupe Bauer, 2,7 millions), Hör Zu (Springer, 2,56 millions) et TV Movie (Bauer, 2,347 millions), VERSIEUX, 1995, p. 36.
[33]Il n’est pas indifférent que cette catégorie de la presse populaire se soit, en France, toujours appuyée sur des concepts importés. Dans les années 1930, déjà, Nous Deux, Intimité et Ciné-Révélation, lancés par le futur fondateur de Télé Poche, Cino del Duca, s’inspirent de revues italiennes : du reste, la majorité de leurs romans-photos resteront des productions transalpines. Fondés par la filiale française du groupe Bertelsmann, Prisma Presse (qui n’est autre que l’éditeur de Télé Loisirs depuis 1986), Voici et Gala reprennent des formules fraîchement implantées outre-Rhin, vraisemblablement décalquées sur le Gente transalpin ou le National Enquirer américain.
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SEMPRINI, 1996, p. 88. Suite de la note...
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ECO, 1989 ; CASETTI, 1990. Suite de la note...
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HALL, 1994, p. 36 . Suite de la note...
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La carte de vie fait la une du n° 881, daté du 16 avril 197...
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Cf. Télé 7 Jours n° 881,16/04/77, p. 115, et n° 882,23 avri...
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[23]
ABASTADO, 1980, p. 136 : « Ainsi un horoscope n’apporte pas...
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Loin d’être figée, la hiérarchie offerte n’est que mouvemen...
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MAFFESOLI, 1993, p. 180. Suite de la note...
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Entre 1980 et 1992, Télé Star passe de 490 094 à 1 790 415 ...
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