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Lavoisier

I.S.B.N.sans
320 pages

p. 161 à 189
doi: en cours

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no 105 2001/1

2001 Réseaux

La « nouvelle presse masculine »

Ou le renouvellement d’un champ de la presse magazine en france

Estelle Bardelot
La presse masculine française connaît actuellement et ce depuis le printemps 1998 un renouvellement de ses formules et de ses titres. Traditionnellement, elle se déclinait en magazines de charme et de mode. Désormais, elle se spécialise dans le bien-être au masculin avec M Magazine et Men’s Health, elle se généralise avec Fhm et Maximal. Cet article se propose d’analyser les différents mouvements à l’intérieur du champ de ce qu’il convient d’appeler « la nouvelle presse masculine » : les conditions sociologiques favorables à l’implantation de ces nouveaux titres, les arrivées successives de ceux-ci, les disparitions d’autres et les moyens mis en œuvre par les différents magazines pour conforter leur position et affirmer leur identité. There has been a renewal in the content and titles in men’s magazines since the spring of 1998. Whereas traditionally these were “girlie” or fashion magazines, some now specialize in men’s well-being (M Magazine and Men’s Health) while others are becoming more general (Fhm and Maximal). This article analyses the different movements within the field of what could be called “new men’s magazines”: sociological conditions favouring the creation of these new titles; their successive arrival in the market; the disappearance of others; and the means implemented by the different magazines to strengthen their positions and assert their identities.
Avec des annonces telles que « décuplez votre énergie sexuelle [1] », « 51 plans drague : parce qu’au fond elles adorent ça [2]... » ou « des abdos en acier ! En quatre semaines seulement [3] », les nouveaux magazines masculins se sont imposés dans les points de vente. Et même s’ils apparaissent de plus en plus souvent sous la dénomination classificatoire « presse masculine », leur rangement en kiosque mais aussi dans les classements académiques comme ceux de l’OJD ou le Mediasid reste encore anarchique.
En effet, Men’s Health, FHM, M Magazine, Max, Maximal et Le Magazine de l’Optimum ne sont que rarement regroupés dans les lieux de vente. Isolés au hasard de la presse féminine, de la presse de charme, de la presse de mode ou encore de la presse sportive, ces titres composent rarement un pôle de presse autonome. Cette difficulté éprouvée à classer ces titres dans un genre renvoie à l’interrogation sur la nature et la forme de la presse masculine aujourd’hui : que désigne-t-on par presse masculine ? Ce même questionnement se pose au sein des rédactions de presse masculine : ainsi, le rédacteur en chef du Magazine de l’Optimum déclarait dans un entretien : « La presse masculine, c’est dans les esprits la presse économique, Capital ; la presse masculine, ça ne veut pas dire grand chose parce que pour moi, L’Echo des Savanes, c’est de la presse masculine, L’Equipe aussi, L’Auto Journal, Onze, Mondial... Avant il y avait aussi la presse de charme dans la presse masculine [4]. » En 1995, le classement établi par l’OJD retenait, sous le terme de masculins, cinq magazines aussi divers que L’Echo des Savanes, Entrevue, Max, Newlook et Vogue Homme. Le critère alors retenu pour l’établissement de cette famille de masculins ne pouvait être ici que la population des lecteurs de ces magazines : ces derniers possèdent tous environ 70 % de lecteurs masculins [5]. Leur point commun repose donc sur un lectorat de sexe masculin et non sur un contenu proche : les uns sont spécialisés dans la mode, d’autres appartiennent plutôt à un créneau charme... Différents genres de presse ont donc longtemps été réunis sous l’appellation « masculins » qui ne correspond plus à la classification actuelle : en effet, Médiasid 2000 a crée un pôle masculin réunissant les magazines spécialisés dans le bien-être au masculin. La presse masculine, en référence à la presse féminine, est la famille de publications qui s’adressent aux hommes en leur proposant des articles en réponse à leurs aspirations d’hommes : sont désormais entendus sous l’expression « presse masculine », les magazines s’adressant aux hommes et à leur corps.
Cette spécialisation autour des sujets ayant attrait à l’égo, à la santé, au bien-être des hommes... est récente en France : jusqu’alors, la presse destinée aux hommes s’intéressait avant tout au charme, à l’automobile et à la mode. Ces formules sont aujourd’hui en déclin : les ventes de Playboy chutent de 220 000 numéros en 1986 à 52 000 en 1996 ; de même L’Auto Journal qui vendait 257 500 numéros en 1995 n’en vend plus que 159 000 en 1997... L’érosion de cette presse, dont les formules ont vieilli, démontre une révolution dans les aspirations des hommes en matière de lecture de presse : cette transformation des demandes du lectorat, reflet de l’évolution des habitus masculins, a favorisé le renouvellement du champ de la presse masculine française. En effet, entre les premiers magazines spécialisés dans le charme ou la mode masculine et les nouveaux masculins, sortis récemment, jusqu’au dernier venu, Maximal, apparu en novembre 2000, la transformation des contenus, les difficultés éprouvées pour la survie de chaque titre et les luttes de concurrence afin d’obtenir le leadership ont animé le marché de la presse masculine française entre le début des années 1970 et aujourd’hui.
En l’absence de toute étude publiée sur l’émergence de cette nouvelle presse masculine, des entretiens avec les rédacteurs en chef et les journalistes des magazines s’imposaient ; ils constituent notre première source. Ce travail fut réalisé auprès des rédactions de Men’s Health, M Magazine, Maximal, FHM, TMB, Max et Le Magazine de l’Optimum. Aux interviews des membres de rédactions des magazines existants aujourd’hui [6] sur le marché de la presse masculine, nous avons ajouté un entretien avec un membre du groupe Hachette-Filipacchi à propos de l’abandon d’un des projets de périodique masculin au sein de ce groupe. Les propos des diverses personnes rencontrées tiendront une part importante dans cet article car ils permettent de dresser l’historique de ce domaine particulier de la presse magazine française, d’appréhender les différentes logiques mises en place par les rédactions afin de conforter leur position dans le champ et d’apercevoir les conflits sous-jacents à ces logiques.
 
LE DEBUT DE L’HISTOIRE : ENTRE CLASSICISME ET REFORMULATION DU MASCULIN TRADITIONNEL
 
 
En 1988, C. Castelain-Meunier écrivait dans Les Hommes aujourd’hui : virilité et identité : « Jeunesse, mode, consommation, loisirs, détente, séduction, plaisir, humour... La nouvelle presse pour hommes, consacrés aux styles de vie, renvoie une image résolument positive [7]. » Elle renvoyait alors à trois magazines qui occupaient, à cette date, une place importante dans la presse masculine et qui désormais, suite à l’évolution des magazines et des intérêts des hommes, font office, par action du temps, d’« anciens masculins ». Ces trois publications : Vogue Homme, L’Officiel Homme et Il Magazine, étaient les emblèmes de la presse masculine de cette décennie. Ces titres, spécialisés dans la mode et dans les styles de vie, offraient à leurs lecteurs une ouverture sur le monde de la mode qui fut longtemps réservé aux femmes.
Les années 1970 ou le règne des magazines masculins de mode
L’histoire du champ de la presse masculine française débuta vraiment dans les années 1970, de la même façon qu’avait débuté deux siècles auparavant la presse féminine : par la mode. Au commencement de l’ère de la presse féminine qui devait rencontrer le succès qu’on lui connaît, de petits journaux consacraient leurs contenus aux tendances vestimentaires et aux styles de vie pour les élites de la société française du XVIIIe siècle. Le Courrier de la Nouveauté, Le Journal des Dames, Le Cabinet des Modes et bien plus tard Le petit Echo de la Mode se sont succédé pour offrir aux lectrices une vue des différents modèles en vogue... La politisation de ces journaux sera plus tardive et ne s’établira qu’au fil des révolutions politiques et des combats féminins. Bonvoisin et Maignien qualifient les premiers magazines féminins comme étant les véhicules « des images féminines traditionnelles et (qui) perpétuent le partage des rôles sociaux [8] » ; les premiers masculins reprendront les mêmes recettes seulement deux siècles plus tard. En effet, ces derniers associaient deux ingrédients principaux : le charme et la mode.
Playboy : l’emblème des masculins de charme en France
En 1963, Daniel Filipacchi crée, à l’image du Playboy américain [9] apparu en 1953 (lequel ne deviendra une publication française qu’après son rachat par ce même Daniel Filipacchi en 1973), le premier magazine de presse de charme. Grâce à des photographies artistiques de filles sexy et des titres emprunts d’humour, Lui rencontre rapidement un public fidèle et vend en moyenne 400 000 numéros entre 1964 et 1984. La mode masculine est absente de cette publication centrée sur les jolies filles ainsi que sur les loisirs et la culture qui y tiendra, dans les années 1970, une place importante dans le contenu. Devant le succès de cette formule machiste, des concurrents apparaissent sur le marché de la presse de charme, avec, entre autres, Playboy dont les premières années de ventes, en France, dépassent 200 000 numéros. Le magazine « aux longues oreilles » propose à ses lecteurs des textes et des articles illustrés par de nombreuses photographies en couleur de nus esthétiques et parfois érotiques. Cette formule remporte, en France, un grand succès jusqu’au début des années 1980 à partir desquelles les ventes ne cessent de chuter : le marché de la presse de charme entre en crise. La presse masculine, laquelle mettait en scène uniquement des femmes, ne fait plus recette : la femme y était présentée avant tout comme un objet sexuel comme le rappelle Lipovetsky dans La 3e Femme : permanence et révolution du féminin : « Qu’exprime la pornographie dans cette perspective ? Moins une morale des plaisirs qu’une politique du mâle destinée à consacrer la domination masculine en reconduisant l’image de la femme putain, de la femme servile, de la femme stupide, abusée, objet des hommes [10]. » Cette analyse avait été effectuée vingt ans auparavant par Falconnet et Lefaucheur dans l’étude de la place occupée par la femme dans la sphère privée, mais aussi dans la publicité : « La femme-objet-sexuel est la représentation la plus fréquente de la femme, pour ne pas dire la seule qui puisse être aperçue publiquement. Et, bien sûr, c’est autour de ce cliché de la femme faite pour le plaisir de l’homme que se structurent les images et les représentations que les hommes se font des femmes [11]. » Or, cette représentation de la femme comme inférieure, dominée par l’homme et véhiculée par les magazines de charme doit faire face à la fronde féminine et aux nouvelles questions que cette révolution pose aux hommes. Les magazines masculins se recentrent alors, en adéquation avec les nouvelles aspirations des hommes sur la beauté, la mode, sur des sujets moins polémiques et plus personnels.
Les hommes ont ainsi bénéficié des évolutions intervenues dans la vie des femmes : « Il y a encore peu, c’était la femme le continent noir de l’humanité et nul ne songeait à questionner l’homme. La masculinité paraissait aller de soi : lumineuse, naturelle et contraire à la féminité. Les trois dernières décennies ont fait voler en éclats ces évidences millénaires. Parce que les femmes ont entrepris de se redéfinir, elles ont contraint les hommes à en faire tout autant. XY reste la constante, mais l’identité masculine n’est plus ce qu’elle était. Parce qu’elle n’était pas inscrite dans le marbre [12]. » C’est ainsi que : « Du côté masculin, un mouvement identique s’amorce. Les hommes se détachent de leurs anciens rôles. Il n’est plus nécessaire d’être fort, de dominer la nature pour être un homme, non plus que d’être perpétuellement actif, de faire preuve d’initiative, de responsabilité, de décision de tout crin. Si tout ceci fait partie des valeurs positives qui définissent désormais les hommes autant que les femmes, celles-ci seront concurrencées par d’autres valeurs comme le loisir, le plaisir, la séduction. Le corps de l’homme n’a plus à se blinder, il peut aussi se laisser aller [13]. » La mode vestimentaire qui, jusqu’alors ne se déclinait qu’au féminin, se démocratise au masculin. Les magazines commencent à se spécialiser dans la mode masculine dès le début des années 1970 comme les titres Arena en Grande-Bretagne et Gentlemen’s Quarterly aux Etats-Unis.
Les magazines français à tendance mode
En France, quelques essais de magazines de mode masculine, comme en 1971 L’Homme nouveau, ne font que des ventes difficiles. Mais c’est avec l’adaptation au masculin du magazine Vogue que la presse de mode masculine française va s’implanter. Vogue Homme apparaît en 1973 et propose à des lecteurs aisés [14] un magazine très luxueux consacré aux vêtements, aux loisirs et aux biens de consommation, symboles de la puissance et de la gloire du lectorat ciblé. Sa diffusion ne cesse d’augmenter jusqu’à sa disparition soudaine en 1996. Cette disparition inattendue de Vogue Homme (en France, il ne reste plus que la version internationale de ce titre) sera le moteur de la renaissance d’un titre qui fut longtemps concurrent sur le même créneau que Vogue Homme sans l’égaler. L’histoire du magazine actuellement baptisé Le Magazine de l’Optimum est chaotique : le groupe Jalou, fondateur en 1921 de L’Officiel de la mode et de la couture, lance en 1977 L’Officiel Homme qui se présente comme un magazine généraliste avec une grande tendance mode. En 1990, ce titre s’arrête pour des raisons financières liées notamment à un manque de contrats publicitaires et son nom est revendu. Vogue Homme détient alors le monopole sur le marché de la presse masculine française, faute de concurrent. En 1995, le groupe Jalou s’étant refait une santé financière (grâce au lancement du titre féminin Jalouse) veut relancer son magazine, sans pouvoir réutiliser son nom d’origine. L’abandon de Vogue Homme, pour des raisons financières, va accélérer la renaissance de ce qui sera baptisé Le Magazine de l’Optimum en remplacement de L’Officiel Homme. En effet, la réapparition de L’Optimum n’était prévue qu’en 1997, ce qui n’était sans compter sur l’arrêt de Vogue Homme qui laisse un créneau de la presse masculine vide : « Fin 1995, L. Jalou a le projet de relancer L’Officiel Homme. Il peut le relancer en 1997 et contre toute attente, fin 1995, Vogue Homme s’arrête. Personne n’était au courant, on l’a appris par une dépêche AFP, je crois que c’était en novembre 1995, donc on avance le lancement de L’Optimum, on le lancera au mois de mars 1996 [15] ». Finalement, le magazine sortira sous l’ancienne appellation Officiel Homme puis change de titre par décision de justice en décembre 1997, adoptant le titre Le Magazine de l’Optimum. Vogue Homme et Le Magazine de l’Optimum ont longtemps cohabité sur un même créneau de la presse masculine, en présentant deux magazines faits pour les hommes, leur offrant des images, des portraits d’hommes (rarement de femmes), des reportages culturels, politiques [16]... à un public aisé et élitiste. La mode conserve, malgré la diversité thématique des articles, une partie importante et centrale dans L’Optimum qui reste, aujourd’hui, le seul magazine encore existant de l’ère des « anciens masculins ». Ces deux titres, auxquels il convient d’ajouter les titres Monsieur, Upstreet et Numéro (très récemment paru) qui sont des magazines de mode très luxueux, ont basé leurs contenus sur les nouveaux styles de vie des hommes et sur une nouvelle identité et représentation masculine. Dépourvu de l’image virile, l’homme y est présenté comme « hédoniste », consommateur de plaisirs. L’ère des magazines masculins prônant une image virile de l’homme, comme les magazines de charme, semble achevée : en 1978, une tentative pour relancer l’image de l’homme agressif et sûr de lui, se fait sous la bannière du magazine Il Magazine. Or, la caducité de cette représentation machiste véhiculée impose, pour la survie du titre, un recentrage rapide autour de la mode et l’abandon de l’image virile.
La première évolution de la presse masculine française, de la presse de charme vers la presse de mode, est une illustration de la métamorphose de l’identité masculine sur cette période. La dévaluation des valeurs viriles chez les hommes s’effectue au profit de l’attrait pour le bien-être personnel et l’affirmation des sentiments, lesquels semblent être devenus, de nos jours, les critères constitutifs de la « nouvelle identité masculine ». P. Duret dans Les Jeunes et l’Identité masculine [17] montre comment la représentation masculine, chez les jeunes générations, est passée de celle d’un homme fort, bourru, courageux à celle d’un homme protecteur, possédant un mérite personnel. L’abandon de certaines valeurs pour l’adoption de nouvelles comme constitutives de l’actuelle identité masculine s’est illustré dans les pratiques et habitus quotidiens des hommes : de l’abandon de l’attirance pour la violence et la guerre à l’accroissement de la consommation des cosmétiques pour les hommes et la fréquentation des salons d’esthétique. Ce sont ces nouvelles demandes et nouveaux critères de l’identité masculine qui ont engendré la chute des ventes de la presse de charme et l’engouement pour les magazines aux contenus moins sulfureux et plus pratiques. Si cette tendance semble être celle vers laquelle la presse masculine va tendre pendant la suite de son histoire, les aspirations machistes des hommes résistent malgré tout : un magazine l’a bien compris et a crée son succès et sa renommée autour d’un concept particulier combinant la formule « charme » (homme viril, femme érotisée) à des articles plus politisés.
La formule mi-charme, mi-culture de Max
Le succès de Max ne se dément pas ; depuis son apparition en 1989, sa spécificité lui confère une position bien particulière et incontournable dans le champ de la presse masculine.
Lorsque Max arrive sur le marché de la presse masculine en 1989, la presse de charme a, depuis longtemps, perdu de sa vigueur et les magazines de mode imposent leur style : la conjugaison de ces deux genres de presse au sein du magazine Max apparaît comme un pari. Présenté par l’actuelle équipe comme « un magazine branché années 1980 [18] » avec « un côté trash, un côté Entrevue très prononcé, très léger, vulgaire », ce magazine diffusait 69 000 numéros en 1991, soit deux fois moins qu’aujourd’hui. Car le magazine a évolué : depuis 1997, Max a renouvelé sa ligne éditoriale pour « tout reconcevoir selon une identité masculine très marquée », avec une dimension actualité, politique... mais aussi une forte identité sexuelle : les femmes dénudées ou légèrement vêtues d’un bikini se succèdent en une, entourées de titres pour le moins accrocheurs [19]. La filiation avec les magazines de charme est d’ailleurs reconnue et assumée comme une tradition à laquelle le magazine doit sa ligne rédactionnelle : il règne dans la rédaction « une vraie fascination pour Playboy, pour les années Playboy, c’est assez présent, c’est une espèce de culture ici ». Mais aux pages connotées « charme », des sujets plus sensibles et politisés sont traités : comment vit un gang à Los Angeles, une enquête sur les guérilleros en Colombie... Cette réorientation du contenu fut entreprise, suite à l’essoufflement de l’ancienne formule « charme », par une équipe reconstituée autour d’un nouveau rédacteur en chef partisan de véritables méthodes journalistiques : « Il y a désormais beaucoup plus de vérification des informations ; pendant un moment, on faisait des articles avec pratiquement que des fausses infos alors que maintenant les infos sont vérifiées. On a maintenant les exigences de base du vrai journalisme. C’est carré. » La démarcation entre les deux phases distinctes de l’histoire de Max s’est opérée en une dichotomie autour de l’opposition entre l’ancienne équipe et la nouvelle qui pourrait s’articuler autour de l’expression « eux » et « nous ». C’est sur cette différenciation que semble reposer, aujourd’hui, la légitimité et l’identité propre du magazine : la nouvelle rédaction se déclare « fière » de son concept généraliste qui s’est écarté de sa formule originelle et qui lui confère un nouveau statut et une nouvelle identité. Nous verrons plus tard dans cet article que la légitimité inscrite dans le titre Max passe avant tout, pour sa rédaction, par la différenciation d’avec les « nouveaux masculins » et la confirmation de sa position dans le champ : la nouvelle formule de Max vend aujourd’hui plus de 100 000 exemplaires mensuellement et est diffusée dans quatre pays.
L’équipe rédactionnelle du magazine Max a su imposer sur le marché des masculins des années 1990 un concept alliant la charme à des thèmes plus généralistes. Cette réussite tend à infirmer les analyses postulant la disparition de la virilité et du machisme : les meilleures ventes de Max (mais aussi du magazine FHM [20] ) en 1999, ont été réalisées grâce à l’association d’un calendrier mettant en scène des playmates et mannequins, au numéro de décembre. L’érotisme féminin fait donc encore recette dans la presse masculine : Max mais aussi Newlook en sont les supports.
Des années 1970 à la fin des années 1990, la presse masculine française s’est articulée autour de magazines consacrés à la mode, au charme, aux styles de vie sous la forme de spécialisés ou de généralistes. Le marché était alors peu développé, les titres n’avaient que peu de concurrence, il s’agissait d’une cohabitation pacifique de magazines occupant chacun leur créneau propre. Or, cette relative tranquillité va devoir faire face, ces dernières années, à une turbulence due à l’arrivée massive de titres novateurs qui vont transformer le champ et les positions de chacun des acteurs de celui-ci.
 
LES « NOUVEAUX MASCULINS » OU L’INNOVATION DANS UN DOMAINE DE PRESSE EN SOMMEIL
 
 
Comme nous l’avons vu précédemment, l’histoire de la presse masculine entre 1970 et 1998 est relativement calme. Ce genre de presse, assez méconnu, ne rencontrait qu’un public restreint. Il en est autrement pour la nouvelle vague de masculins : par exemple, le magazine FHM avait reçu, en avril 2000, vingt-six demandes diverses émanant d’étudiants concernant des projets de recherche. Ce phénomène est récurrent dans toutes les rédactions de magazines masculins et chaque nouvelle publication fait l’objet d’articles détaillés dans la presse. Car, depuis le printemps 1998, le presse masculine française connaît une période de renouveau : six magazines sont apparus, dont deux ont déjà disparu, en plus d’un projet longtemps repoussé et dont l’hypothétique sortie est régulièrement annoncée. Les arrivées successives sur le marché de la presse masculine de M Magazine, FHM, Men’s Health, Kromozom, TMB puis Maximal forment quatre vagues d’émergence qui ont, chacune à leur tour, engendré une redistribution de la position de chacun des magazines dans le champ de la presse masculine. Avant d’analyser, dans un second temps, la composition actuelle de celui-ci, il convient d’étudier, dans un premier temps, les raisons de l’émergence massive de cette presse dans un espace-temps réduit. Quels facteurs sociologiques dans la société française et dans l’univers médiatique ont permis favorablement l’implantation de magazines d’un genre innovant la presse magazine française ?
Des facteurs sociologiques favorisant l’implantation de nouveaux titres
Dans les vingt dernières années, la France a connu une modification des pratiques culturelles des hommes. L’association de ces dernières à la mondialisation de l’économie, qui s’est aussi appliquée au secteur de la presse, a crée les conditions de possibilités d’apparition de magazines spécialisés sur l’homme.
L’homme a changé ses habitudes de consommation : longtemps, l’achat des vêtements a appartenu à la sphère privée et domestique ; désormais, avec la répartition du travail et des tâches entre les sexes, l’homme prend part à l’élaboration de sa garde-robe. Même si, comme le rappelle Jane Hervé dans La Coquetterie masculine : l’Homme mis à nu [21], ce sont les femmes qui achètent encore deux tiers des vêtements et trois quart des sous-vêtements des hommes, la tendance tend vers l’accroissement de l’autonomie des hommes en matière de choix et d’achats vestimentaires. Jane Hervé postule que : « Les hommes, désormais plus vigilants, prennent d’avantage soin d’eux-mêmes [22] » et nomme cette tendance « la démocratisation narcissique ». Cette focalisation de l’homme sur lui-même, l’intérêt qu’il porte désormais à sa plastique mais aussi à sa psychologie se concrétisent par l’augmentation de la consommation masculine de produits de beauté et de soin mais aussi par le nombre des consultations masculines chez les spécialistes (psychologues, sexologues...). Cette recherche frénétique du plaisir corporel a incité les grandes enseignes à agrandir leur espace consacré aux hommes : jusqu’alors reléguée aux derniers étages sur un espace réduit, la mode masculine est désormais associée aux soins esthétiques et aux salons de massage. Le Printemps [23], Les Galeries Lafayettes, Le BHV... proposent à leur clientèle masculine de véritables espaces de vie voués à la consommation hédoniste. L’attirance des hommes pour des plaisirs et soins, qui ont été longtemps le monopole du sexe féminin [24], est une des composantes de la remise en question de l’identité masculine : entre évolution naturelle et crise, les ouvrages se multiplient.
Les diverses théories sur l’identité masculine
Elisabeth Badinter situe le début de l’interrogation masculine actuelle dans les années 1970, qu’elle définit comme une période de plaisir et de remise en cause des normes établissant la masculinité et qui s’est transformée en une période de doute face à la pluralité des formes prise par celle-ci et à l’influence de l’émancipation féminine, rendant ainsi l’homme mystérieux : « Les statistiques, les témoignages et l’expérience personnelle de chacun montrent, sans contexte, qu’hommes et femmes sont en train de modifier en profondeur l’image qu’ils se font d’eux-mêmes et de l’Autre. Leurs attributions respectives – longtemps définies par la « nature » de chacun des sexes – se distinguent de plus en plus difficilement. Leurs relations n’ont plus les mêmes fondements et suivent d’autres voies que celles tracées par leurs pères. Les critères se dissolvent en se multipliant et nos repères commencent à se faire défaut. De quoi légitimement rester perplexe et ressentir quelque angoisse [25]. » Que les attributs constitutifs de l’identité masculine pendant des siècles (virilité, force, pouvoir [26]...) aient été supplantés et remplacés par des attributs ayant une forte connotation féminine (ce qui est le cas pour la presse spécialisée dans le bien-être) a servi à consolider la théorie sur la crise de l’identité masculine. En revanche, Lipovetsky postule que l’abandon des valeurs viriles n’a pas entamé le pouvoir des hommes et que ces derniers ne connaissent pas une crise identitaire mais une redéfinition des contours de la masculinité : « En vérité, la crise de la masculinité est loin d’être un fait social de masse. La dévalorisation des conduites machistes et la nouvelle indépendance des femmes n’ont nullement entraîné une fragilisation extrême de l’identité virile […]. L’idée d’une montée de la crise du masculin, de l’homme blessé et plaintif est une idée trompeuse. Même si les repères de la masculinité sont devenus flous, la plupart des hommes ne souffrent pas de malaise identitaire mais, comme les femmes, de difficultés relationnelles ou professionnelles [27] ».
François de Singly, pour sa part, évoque une neutralisation sexuelle qui n’impliquerait pas pour autant une grande déstabilisation de l’identité sexuelle de l’homme et de la femme et pourrait même accentuer la domination masculine : « Contrairement au sens commun ou savant qui pense que cette féminisation témoigne d’une fragilisation masculine, on peut affirmer que la domination masculine s’est accentuée sous le couvert de la « neutralisation ». La défaite des hommes « machos » est une réalité trompeuse. On pourrait dire que la classe des hommes a laissé à l’abandon un territoire pour mieux résister à l’offensive menée par la classe des femmes. Ils ont perdu ce qui semble à toutes et à tous comme le territoire masculin par excellence et ils ont conservé les autres territoires où ils exercent leur suprématie […] Les hommes ont réussi, semble-t-il, à limiter les risques de la guerre des sexes en transformant celle-ci en forme dérivée de la lutte de classes [28]. » C’est dans ce climat sociologique (multiplication des débats sur l’identité masculine et augmentation de la consommation des produits liés au bien-être masculin), que les « nouveaux masculins » sont apparus : ainsi l’éditorial s’adressant aux femmes publié dans le n° 4 de Men’s Health paru en novembre 1999, déclarait : « Aujourd’hui vos réactions vont parfois loin, comme si vous étiez prêtes à relancer cet éternel débat sur le fait de savoir si les hommes sont toujours des hommes […]. Rassurez-vous ! Les hommes seront toujours des hommes, même si nous prenons le parti de voir ce qui peut être amélioré dans la vie de chacun d’entre eux, pour apprendre ensuite à mieux vivre ensemble [29]. » A ces conditions sociologiques favorables à l’implantation d’une presse pour hommes, d’autres conditions internes à l’univers de la presse ont facilité l’essor et la création de titres nouveaux. En effet, la presse masculine française, comme nous l’avons vu, était peu développée et les demandes semblaient s’accroître. D’autant plus que l’assimilation de la presse masculine, dans les esprits, à la presse homosexuelle comme Têtu aurait pu être à l’origine de la demande d’une presse masculine sexuellement non connotée. Mais cette hypothèse, même si certaines rédactions de « nouveaux masculins » y trouvent une véritable réalité (la mise en avant de l’avantgardisme des homosexuels en matière de mode et de tendances est récurrente dans les discours des membres des rédactions), n’est pas confirmée.
Toutes ces conditions favorables à l’implantation de magazines spécialisés pour les hommes ont formé une « niche » dans laquelle se sont engouffré quelques groupes français mais surtout d’importants groupes de presse anglo-saxons. En France, de petits groupes de presse se sont lancés sur le marché (TMB Organisation, Jalou...), créant souvent le groupe pour soutenir la sortie du titre. Cette logique est l’opposée de celles des grands groupes étrangers comme Emap (propriétaire en France de FHM) qui ont exporté leurs succès anglais et américains en France. En effet, les pays anglo-saxons possèdent une tradition de la presse masculine : en Angleterre, en 1996, 4 millions de magazines masculins étaient vendus chaque mois, ce qui équivaut aux ventes de la presse féminine française ; Men’s Health détenait, en 1994, le 52e rang des plus forts tirages des magazines aux Etats-Unis avec 1 259 000 exemplaires. Au regard de ces résultats, ces groupes ont investi un espace français quasiment vierge de presse masculine en internationalisant leurs titres : ce fut le cas de FHM et de Men’s Health. Les formules étrangères ont donc investi le marché français en adaptant à la culture française les contenus étrangers : c’est pourquoi, devant la nouveauté du terrain, les sujets proposés en France sont parfois moins accrocheurs que les sujets étrangers dont ils sont issus. Ces formules importées détiennent en France les meilleures ventes : 139 000 pour FHM, 125 000 pour Men’s Health. Ces succès ont ouvert la porte à de nouvelles créations qui se sont réparties dans le champ de la presse masculine. Comment, sur ce terrain sociologiquement favorable, les divers titres ont-ils investi l’espace et comment y sont-ils aujourd’hui positionnés ?
 
LES « NOUVEAUX MASCULINS » : POSITIONNEMENT ET IDENTITE
 
 
Quatre vagues successives de nouveaux titres masculins vont apparaître et vont donc, chacune à leur tour, engendrer une permutation des positions détenues par ces différents titres dans le champ.
M Magazine : le premier magazine masculin spécialisé français
Fin mars 1998, M Magazine est lancé sur le marché français par le groupe Edipress (il appartient désormais à une société commune au groupe Edipress et au groupe Excelsior, lequel détenait le titre Vital. Cette société a pris le nom d’Ediexcel et a constitué un pôle de magazines spécialisés dans la santé, au masculin avec M Magazine et au féminin avec Vital). Le premier numéro de M Magazine intitulé « Tous à plat ventre » propose un programme aux hommes pour « en finir avec la bouée [30] », une enquête sur « l’art et la manière d’enchaîner les orgasmes »... Le concept est donc d’allier le sport, la forme et le sexe : d’un numéro consacré à la santé des cheveux [31], au suivant consacré à la fidélité [32], les sujets sont éclectiques mais relativement récurrents : comment se muscler rapidement et perdre du poids réapparaissent régulièrement en couverture. Cette dernière a évolué entre sa première apparition et aujourd’hui : dans les premiers numéros, un couple tenait la une, même si l’homme en occupait la majeure partie ; désormais, l’homme y est seul et généralement dévêtu, même s’il apparaît actuellement de plus en plus habillé, de manière à le différencier de l’homme en couverture de Men’s Health : l’évolution de la couverture est d’ailleurs un argument mis en avant par la rédaction en réponse aux accusations de plagiat : « Quoiqu’on dise maintenant, la couverture évolue beaucoup, là on lui avait mis un pull, ce qui est une véritable révolution, on a commencé par la chemise, le pull, là on continue avec le nombril et dans le prochain qui sortira, on ne verra plus le nombril. Il faut bien chercher à se distinguer [33]. » Ce changement dans la pagination de la une aura toute son importance dans les rapports futurs que la rédaction de M Magazine entretiendra avec son concurrent direct Men’s Health. Cette formule de M Magazine, novatrice pour la France et que sa rédaction définit comme étant celle d’un magazine pratique qui peut servir à l’homme moderne qui « est un homme à la recherche d’équilibre. Il veut être en forme, il veut pouvoir monter les escaliers en courant sans être complètement essoufflé. Il ne veut pas ressembler à un sac à patates [34] » fera recette.
M Magazine conserve son monopole jusqu’à l’arrivée de trois concurrents pendant l’été 1999, agissant comme un coup de force massif qui va engendrer la répartition des places et l’abandon de la position monopolistique de M Magazine. Cette nouvelle vague apparaît comme une révolution dans le champ de la presse masculine qui va connaître alors ses premiers conflits internes : Men’s Health et M Magazine vont s’affronter sur un créneau si proche que le premier attaquera le second en justice pour plagiat.
M Magazine et Men’s Health : le procès pour la différence
Lorsque Men’s Health s’installe en France en avril 1999, ce titre était apparu quinze ans plus tôt aux Etats-Unis et s’exporte déjà dans une vingtaine de pays. Avec un concept centré sur la santé au masculin (d’où le titre donné au magazine), Men’s Health trouve rapidement un public : son numéro un fait un raz de marée avec 324 000 exemplaires vendus. La nouveauté du concept attire les lecteurs français en leur proposant des fiches pratiques concernant la nutrition et les exercices physiques. Illustrant sa une, en noir et blanc, avec un homme musclé, la ressemblance avec le magazine M Magazine, autant sur la forme que sur le fond (les contenus sont très proches, à cause de concepts eux-mêmes proches et qui ne comportent pas de sujets d’articles illimités), est rapidement incontournable et amène la rédaction de Men’s Health à porter plainte pour plagiat contre M Magazine : « Il y a des limites à la concurrence. Il suffit de prendre les numéros quand nous on est arrivé et de comparer M avant et après, notamment sur la couverture : il n’y a plus de femmes en couverture, des titres qui ressemblent beaucoup à ce que fait Men’s Health, d’ailleurs à travers le monde [35]. » L’identité du titre était menacée, les lecteurs assimilaient les deux magazines devenus pratiquement identiques et dont les préjudices en matière d’image mais aussi de contenu ont été importants : la rédaction de Men’s Health déclare avoir abandonné la reprise d’articles parus dans le passé dans les éditions américaines et qui auraient été utilisés par M Magazine : « On ne peut pas calculer le préjudice mais je crois que c’est surtout en termes d’image et puis il s’est trouvé un moment où on n’arrêtait pas de nous dire ‘ceci, on l’a déjà vu, vous copiez’, les sujets, les photos étaient pratiquement les mêmes, on annulait nos propres sujets pris dans les éditions américaines donc là ça devenait une partie de fou... mais à force d’entendre dans les médias qu’on les copiait, à un moment il fallait réagir [36]. »
Cette lutte pour la sauvegarde de l’identité de chacun des deux titres occupant, dans le champ de la presse masculine, des positions très proches s’est conclue par un non-lieu lequel conforta M Magazine dans sa propre identité : « On n’a pas intérêt à rester trop proche l’un de l’autre. Donc on est des gens intelligents, on va essayer de trouver une différenciation mais il est clair qu’on ne va pas renier notre ligne éditoriale pour leur faire plaisir. » Cet épisode conflictuel, auquel le champ de la nouvelle presse masculine a été confronté, présente un caractère singulier par son opposition à la logique régissant les luttes à l’intérieur d’un champ. En général, l’irruption de « nouveaux venus » dans un champ engendre un mouvement de translation des positions (la position dominante est perdue par l’ancien au profit du nouveau venu : ceci sera respecté dans le cas présent) et un renouvellement des prises de positions (le nouveau venu doit se différencier de son prédécesseur dans un mouvement de rupture qui s’illustre par un concept, des articles, un ton novateur). Pierre Bourdieu note à propos des luttes intrachamps que : « L’opposition entre les tenants et les prétendants institue au sein même du champ la tension entre ceux qui, comme dans une course, s’efforcent de dépasser leurs concurrents et ceux qui veulent éviter de l’être [37]. » Les protagonistes de l’opposition et donc de la lutte mettent alors en œuvre des stratégies qui prennent la forme de prise de position qui vont de la conservation de la formule jusqu’alors gagnante à l’innovation d’une formule espérée, à son tour, à succès. Jusqu’à l’arrivée du titre Men’s Health, M Magazine détenait le monopole pour deux raisons : son unicité sur le marché des masculins et sa formule spécifique, en rupture avec la tradition des masculins de mode lui donnèrent un statut novateur qui a séduit les lecteurs. Or, les deux facteurs permettant sa position monopolistique volent en éclat avec l’apparition de Men’s Health qui, non content d’être un simple concurrent, est possesseur d’une formule qui avait auparavant fait ses preuves dans de nombreux pays et qui est donc susceptible de mettre en danger la vie de son concurrent. Il fut donc reproché au détenteur jusqu’alors du monopole (M Magazine) d’avoir utilisé, pour asseoir celui-ci, les prises de positions généralement mises en œuvre par le nouveau venu (Men’s Health) ; c’est en cela que M Magazine déroge aux règles du champ. En dehors d’une volonté de conserver une position dominante, l’opposition porte principalement sur l’identité propre à chacun des titres, laquelle ne réside pas uniquement dans un nom (même si Men’s Health a, pour renforcer son appellation, ajouté, au moment du conflit, une sous-appellation « le premier vrai magazine pour hommes » afin, d’une part, de se différencier mais aussi, d’autre part, de montrer son opposition de contenu en condamnant les concurrents au nom de la frivolité) mais aussi dans un concept particulier et novateur. Les lecteurs se sont répartis entre les deux titres, même si Men’s Health, grâce aussi à un soutien publicitaire important qui est l’apanage des grands groupes, a supplanté rapidement son concurrent direct. Si aujourd’hui, les ventes de M Magazine sont moins importantes et celles de Men’s Health confortées, l’arrivée en juillet 1999 de FHM a provoqué une nouvelle répartition des lecteurs.
FHM : l’humour au service des hommes, une formule qui gagne
En important en France une formule qui atteint 800 000 numéros en Angleterre, FHM modifie les critères jusqu’alors en vigueur dans la presse masculine traditionnelle et nouvelle. Finies la beauté, la santé et l’image de l’homme parfait, FHM dont les trois valeurs-clés sont « funny, useful, sexy [38] » se démarque de ses concurrents par un concept fondé sur l’humour et le loufoque. Le premier éditorial s’attache à délivrer aux lecteurs l’identité du nouveau magazine : « Prenez trois stupéfiants en vente libre : un peu d’amour, un peu d’humour et beaucoup d’infos. Mélangez. Feuilletez. […] De l’amour... Dans FHM, journal masculin, il y a des filles partout. Pour les yeux ? Pas seulement. Nous pensons que les hommes ne valent rien sans les femmes. Et aussi (surtout ), que les femmes ne sont rien sans nous... De l’humour... Dans FHM, on essaie de prendre les choses avec un peu de recul. Non que vous en manquiez, au contraire. Mais, apparemment, vous manquez de journaux capables de parler de choses sérieuses sans se prendre au sérieux. […] De l’info... Dans FHM, on donne énormément d’infos. Des loufoques, parce qu’on adore ça. Des pratiques, parce que sinon à quoi ça sert. Des surprenantes, parce que sinon la vie est trop triste. Nous avons aussi un principe : regarder le monde de la façon la plus naïve possible. Pourquoi ? Parce que, tout à coup, une autre réalité apparaît : plus crue et beaucoup plus drôle. C’est que, parfois, la vérité sort de la bouche des grands enfants [39] […] ». Cette ligne éditoriale s’illustre par la présence en une des femmes : se sont succédé Sandra Bullock, Virginie Ledoyen..., par des sujets comme « Le Journal du pire » : huit pages d’informations insolites... et un numéro (celui d’août 2000) destiné aux femmes. La femme tient une importante place dans FHM ; elle y est présentée sous deux faces opposées : à l’image de la femme magnifique et sexy en une, succède l’image moins brillante de la femme (le n° 7 propose ainsi des procédés pour « manipuler les femmes [40] », une rubrique est intitulée « l’observatoire des chieuses » et chaque numéro propose un « horror...scope » dont le but est de « décrypter les horoscopes des magazines féminins : vous comprendrez mieux ce qui vous arrive [41] ». Ce concept ludique est la clé du succès et de la différenciation d’avec les autres concurrents : ainsi la rédaction déclare « Quand il y a un mec gros dans Men’s Health, on va lui dire de maigrir, dans FHM, on va lui dire de mieux se fringuer et d’apprendre à parler [42]... » Plus de 130 000 exemplaires se vendent chaque mois et l’espoir annoncé par la rédaction est de 200 000 numéros dans les trois ans à venir. Avec cette formule plus ludique qu’informative, la rédaction a le sentiment d’avoir « fait vieillir des magazines » et de « toucher les initiateurs, les avant-gardistes [43] ». Ces prises de position révolutionnaires et novatrices ont fait se déplacer vers elles les lecteurs, donnant ainsi la position de leader en vente sur le marché de la presse masculine française à FHM.
Les trois derniers magazines cités : M Magazine, FHM et Men’s Health constituant l’armature du champ de la nouvelle presse masculine sont les plus vendeurs et plus médiatisés (leur appartenance – du moins pour FHM et Men’s Health – à de grands groupes de presse leur offre la possibilité d’accompagner leur lancement de campagnes de publicité mais aussi de faire face à une éventuelle baisse du lectorat).
De la difficulté d’être un petit groupe parmi les grands
De petits groupes de presse, souvent constitués d’un seul titre, ont lancé des masculins, dans l’espoir d’être portés par la vague actuelle. Kromozom fut ainsi lancé en octobre 1999 proposant un magazine masculin généraliste qui offrait des rubriques culturelles, des portraits d’hommes célèbres, un sujet psychologique, des pages mode [44]... Cette formule disparaît après le n° 2, les ventes ne dépassant pas 20 000 numéros. TMB a lui aussi tenté l’aventure en juillet 2000 en lançant son titre avec une logique opposée à celle des groupes internationaux : conquérir d’abord le marché français pour ensuite exporter le titre (d’où le choix d’un titre étranger). Le lancement fut décrit avant tout comme « un pari, un challenge [45] », un moyen de faire le magazine jusqu’alors introuvé par l’équipe sur la place de Paris et avec l’espoir qu’il soit perçu par le public comme avant-gardiste. Le premier numéro était composé d’articles sur la bourse, sur la nutrition, une interview d’Uma Thurman et une autre du couple Karembeu, des pages mode, voyage... mais présentait surtout un éditorial dont le but était d’énoncer l’identité de TMB en se différenciant de suite de ses concurrents sur trois points : tout d’abord sur leur rapport au monde économique « notre équipe se bat contre la monarchie absolue des grands groupes [46] » ; cette remarque trouve son explication dans la difficulté éprouvée par le groupe TMB pour trouver des soutiens et investisseurs financiers au moment du lancement de leur titre : « On aurait pu se lancer en même temps que la sortie de Men’s Health ou FHM, ou même Kromozom, on a voulu attendre simplement pour des questions financières. Quand Men’s Health a dépensé 5 millions pour leur pub, nous on n’est pas un grand groupe qui a autant de moyens. On a fait un affichage sur deux semaines, on a fait une campagne radio et c’est quand même gentillet par rapport à FHM et Men’s Health […]. Et puis il faut savoir qu’avec le grand boum qui s’est passé ces dernières années dans les masculins, ça nous dessert au niveau pub, il y en a tellement qui se sont cassé la gueule que les gens veulent d’abord voir le produit. […] Nous on vend une page de pub à un prix normal alors que dans un grand groupe on paye une fois et on touche x magazines [47]. » Son identité passait ensuite par une différence de contenu par rapport à ceux des concurrents, jugés ironiquement : « TMB est différent. Avec nous, finie la dictature des corps musclés, avec en prime des abdos version escalier de marbre ! Finies les tonnes d’exercices de musculation avec poster assorti (exercices que l’on ne fait d’ailleurs jamais !). Finie également la psychologie à 2,50 F qui n’arrête pas de nous rabâcher combien nous sommes déprimés, gros, névrosés, incapables de faire l’amour correctement [48]. » Enfin, la rédaction de TMB refusait la classification sexuelle du titre : « Que l’on soit bien clairs, nous ne sommes pas un magazine gay ! Nous ne sommes pas non plus un magazine hétéro ! Nous sommes tout simplement un magazine ouvert d’esprit, orienté vers le monde, avant-gardiste et soucieux du bien-être de ses lecteurs. Qu’ils soient blancs, noirs, jaunes, rouges, verts à petits pois orange ; hétéros ou gays [49]. » Les différences de mode de production, de financement, de concept ont fait que la rédaction de TMB ne ressentait pas le sentiment d’appartenir à la même presse masculine que les magazines spécialisés, ce qui fut aussi un moyen de légitimer sa position qui fut éphémère puisque le titre n’est parut qu’une fois.
Les difficultés éprouvées à lancer un titre ne sont pas spécifiques aux petits groupes : le groupe Hachette-Filipacchi en a fait l’amère expérience avec le projet de lancement de Il. Le projet, plusieurs fois annoncé puis abandonné, a fait l’objet de divers tests : des équipes successives ont travaillé dessus, quatre numéros 0 ont été lancés sans jamais aboutir. Les raisons de cet abandon non définitif, abordées lors d’un entretien avec le gérant-directeur de la publication du groupe [50] relèvent de la difficulté de positionnement d’un nouveau titre dans un champ de presse jugé encore instable. Le concept retenu était plutôt généraliste, moins axé sur le sexe et la santé que ces futurs concurrents, avec des portraits de personnalités et qui aurait été un produit de luxe digne de Elle. Face à la difficulté de choix entre la création d’un magazine généraliste ou un magazine à centre d’intérêt, face à ce qui est considéré chez Hachette comme un insuccès des concurrents masculins : « un magazine n’est pas rentable à moins de 100 000 exemplaires » et surtout face à l’impossibilité avouée de « se planter » par rapport au succès du féminin Elle (dont Il aurait été la déclinaison au masculin), la direction de Hachette-Filipacchi a opté pour la suspension du projet, en attente d’une « reconfiguration du marché ».
Maximal : l’unique masculin de Hachette-Filipacchi
Hachette n’abandonna pas pour autant son projet d’intégrer, à son tour, le marché de la presse masculine française. Elle le fit, non pas en lançant Il, mais en rachetant la licence du titre anglo-saxon Maxim pour l’adapter au marché français sous le nom de Maximal. Apparu en novembre 2000, ce qui constitue la 4e phase de l’histoire de la nouvelle presse masculine, il est présenté par son rédacteur en chef comme « un généraliste, masculin, mélange de Lui et de Elle [51] » et comme une sorte de petit frère de Lui ; en effet, nombreux collaborateurs au magazine Maximal ont été auparavant ceux de Lui : « En fait, nous sommes en train d’attaquer un public qui n’est pas attaqué... qui était à l’époque celui de Lui, donc on revient en fait à quelque chose que le groupe Hachette sait en théorie très bien faire. Notre rédacteur en chef photo a été longtemps le rédacteur en chef de Lui et moi j’ai quand même été le rédacteur en chef adjoint de Lui donc il y a... Notre styliste était la styliste de Lui... C’est J.-M Perrier qui a signé la photo de n° 1 et c’est un photographe de Lui très célèbre [52] ». Ce savoir-faire, héritage de l’ère Lui, associé à une différenciation vis-à-vis de tous les autres titres masculins et laquelle passe, pour la rédaction de Maximal, d’une part, par un contenu généraliste [53] caractérisé comme étant « en jachère » et, d’autre part, par un lectorat ciblé plus âgé (30-40 ans) que celui des autres masculins, seraient les facteurs de l’absence de concurrence rencontrée, selon la rédaction de Maximal. Les premiers chiffres annoncés par le rédacteur en chef font état de 150 000 numéros vendus pour les premiers mois, avec un objectif de 200 000 exemplaires dans les mois à venir. Son arrivée tardive sur le marché des masculins (deux ans et demi après M Magazine et un an et demi après Men’s Health et FHM) est gommée chez Maximal par la mise en avant d’un concept nouveau justifiant le positionnement du titre et qui ne dépendrait pas d’une quelconque concurrence avec d’autres titres.
L’histoire de la presse masculine se présente donc comme une succession de deux pôles, historiquement distincts et laquelle succession engendre une cohabitation pacifique et éloignée. Le charme, la mode et la culture en général, lesquels font la spécificité de Max, Vogue Homme International et Le Magazine de l’Optimum, ne se retrouvent pas dans les mêmes proportions dans les « nouveaux masculins » qui, avec l’application de concepts novateurs comme le bien-être au masculin ou l’humour, ont apporté une nouvelle formule et une jeunesse à la presse masculine. C’est pourquoi ces deux pôles dans le champ ne se situent pas dans le même espace de positions et fonctionnent selon l’opposition « eux » et « nous ». Ils cohabitent donc sans grandes influences l’un sur l’autre. En effet, l’appartenance à un espace plus éloigné dans le champ explique la conservation de tous les titres traditionnels existants au moment de l’arrivée et du renouvellement par les « nouveaux masculins » : la lutte est plus ardue entre les nouveaux venus pour conquérir un marché qui est fondé sur un concept nouveau que sur un marché stable qui, avec les années, a réussi à fidéliser un public, même si cet ancien marché souffre d’un déficit d’image engendré par la focalisation médiatique sur les nouveaux venus. Cette différenciation entre ces deux pôles trouve son essence dans les formules rédactionnelles propres aux titres mais surtout à leur position historique : l’antériorité historique est l’un des éléments fondateurs de la légitimité. Chez Max, l’arrivée des nouveaux masculins, sans qu’elle entraîne une chute de ses ventes, a été ressentie comme une confirmation du bon choix effectué d’un concept particulier et qui lui réussit depuis des années. Il existe, malgré cette différenciation, des passerelles entre les « anciens » et les « nouveaux masculins » : l’aventure de la création et de l’innovation dans la presse masculine a pour exemple tenté l’ancien rédacteur en chef du Magazine de l’Optimum. Spécialiste et passionné par les lancements de magazines, il est désormais le rédacteur en chef du magazine Men’s Health.
Une différenciation inter et intrachamps
La différenciation est donc intrachamp : elle s’exerce entre les deux pôles traditionnels et nouveaux, les anciens et les nouveaux, mais aussi et surtout au sein même du pôle des « nouveaux masculins », dans lequel les luttes pour le leadership, la reconnaissance et la quête de la légitimité en tant que dominant, font rage. Les logiques mises en place sont des stratégies de rupture, de subversion qui impliquent le recours à l’innovation dans le ton et dans le choix des articles, offrant ainsi à celles-ci et aux titres les appliquant un statut d’avant-gardiste. Ce statut est donc le résultat d’une stratégie dont le leitmotiv est : « Pour exister, il faut différer. » Mais cette course à la différenciation pour fonder une identité n’est pas aisée ; l’arrivée massive de masculins qui présentent des contenus proches entraîne une confusion de l’identité des titres chez le public. Cette difficulté à faire émerger du lot une image propre à une publication a incité chacun des masculins à associer à leur titre une formule courte qui se veut éloquente. Ainsi FHM est sous-titré de sa simple traduction « for him magazine », M Magazine s’accompagne de « bien vivre au masculin », TMB avait choisi deux formules « le messager de l’homme » et « le magazine des hommes très beaux [54] », Men’s Health ajoute à son titre « le premier vrai magazine pour hommes [55] », le défunt Kromozom titrait « le mensuel de tous les hommes » et le récent Maximal après avoir sous-titré prétentieusement « la plus belle découverte de l’homme depuis la création de la femme » est revenu à un plus simple « Pour Homme ». Mais, il n’est pas certain que ces petits titres, ajoutés sous le titre principal ou en bas de la page, soient les éléments déterminants quant à une meilleure connaissance, par le public, de l’identité des magazines.
La différenciation des masculins, l’imposition d’une identité propre et l’autonomisation du champ passent aussi par une opposition interchamps particulièrement par rapport au champ de la presse féminine. Les « nouveaux masculins », dont les sorties ont été accompagnées de nombreux articles qui leur ont certes apporté une médiatisation, se sont vus attribuer une image jugée faussée par certains membres de rédaction. Lors de la sortie en kiosque de M Magazine en avril 1998, l’hebdomadaire Marianne consacrait un petit article dans lequel le titre était assimilé à la presse féminine : « Tous les tropismes de la presse féminine, purement et simplement conjugués au masculin. Il ne manque plus qu’un horoscope et on pourra faire presse commune [56]... » Les masculins, au contraire de la presse féminine, ne s’intéressent pas à la politique et ne prennent part à aucun combat qui serait connoté masculin : la presse féminine est militante quand la presse masculine ne l’est pas, et cette différence est fondamentale pour les rédactions de masculins. Cette différenciation interchamps a aussi lieu de la part des magazines féminins envers les magazines masculins : Biba a ainsi illustré un article consacré à la guerre des sexes en pastichant une couverture de magazine masculin baptisé Pipo et dont les sujets principaux auraient été : « Testé pour vous : la liposuccion du bide » ou « comment présenter sa maîtresse à sa femme [57] ». L’autonomie et la protection de l’identité du champ (autant féminin que masculin) se forment donc aussi dans un affrontement interchamps.
Les « nouveaux masculins » doivent, pour asseoir une position puis la faire évoluer, tout d’abord faire face à une différence économique et financière. Les moyens de production utilisés chez FHM n’ont rien à voir avec ceux du Magazine de l’Optimum qui possède une équipe réduite ; de même, les moyens financiers consacrés à la publicité du titre sont gigantesques chez les grands groupes et limités pour les plus petits. Une fois la barrière financière franchie, chaque nouveau titre doit trouver une formule qui diffère radicalement des formules déjà en vigueur afin de se constituer une identité qui, au fil du temps et du succès du titre, obtiendra sa légitimité et son avancement vers les positions les plus dominantes du champ. Nous avons vu que ce chemin est semé d’embûches, de luttes, de conflits, parfois même de procès et que ceux qui résistent à ces tourmentes se construisent un fort ancrage dans l’histoire de la presse masculine française.
En résumé, la presse masculine française se compose ainsi aujourd’hui [58] :


IMGIMGTitres Périodicité Chiffres de l’OJD...IMGIMF
Titres Périodicité Chiffres de l’OJD Catégorie de magazines 1999-2000 FHM Mensuel 139 211 Masculin généraliste M Magazine Mensuel 110 645 Masculin spécialisé bien-être Max Mensuel 102 397 Masculin généraliste Maximal Mensuel non contrôlé Masculin généraliste Men’s Health Mensuel 125 566 Masculin spécialisé-santé Monsieur Trimestriel 28 765 Masculin de mode Numéro Semestriel non contrôlé Masculin de mode L’Optimum Mensuel 44 990 Masculin de luxe, mode et généraliste Vogue homme Semestriel non contrôlé Masculin de mode International

Le champ de la presse masculine ne déroge donc pas aux règles du champ dans sa généralité et que Bourdieu résumait ainsi : « Ce n’est pas assez de dire que l’histoire du champ est l’histoire de la lutte pour le monopole des catégories de perception et d’appréciation légitimes ; c’est la lutte même qui fait l’histoire du champ ; c’est par la lutte qu’il se temporise. Le vieillisement des acteurs, des œuvres ou des écoles est tout autre chose que le produit d’un glissement mécanique au passé : il s’engendre dans le combat entre ceux qui ont fait date et qui luttent pour durer, et ceux qui ne peuvent faire date à leur tour sans renvoyer au passé ceux qui ont intérêt à arrêter le temps, à éterniser l’état présent ; entre les dominants qui ont partie liée avec la continuité, l’identité, la reproduction et les dominés, les nouveaux entrants, qui ont intérêt à la discontinuité, à la rupture, à la différence, à la révolution […] ; faire date, c’est inséparablement faire exister une nouvelle position au-delà des positions établies, en avant de ces positions, en avant-garde et en introduisant la différence, produire le temps [59] ».
L’importance de l’innovation, de la révolution et celle du temps se confirmera-t-elle dans les arrivées annoncées de nouvelles publications qui provoqueraient alors un nouveau mouvement de translation des positions actuellement occupées par ceux qui, appelés aujourd’hui « nouveaux masculins » (dont la dénomination, par effet du temps, risque elle aussi d’évoluer), forment une partie du champ de la presse masculine française dont l’avenir pourrait connaître rapidement une restructuration fondamentale de son ensemble ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  BADINTER E. (1992), XY. De l’identité masculine, O. Jacob, coll. Le livre de poche.
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·  CASTELAIN-MEUNIER C. (1988), Les hommes aujourd’hui : virilité et identité, Acropole.
·  DURET P. (1999), Jeunes et identité masculine, PUF, coll. Sociologie d’aujourd’hui.
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·  SINGLY F. (de) (1993), « Les habits neufs de la domination masculine », Esprit, n° 196, novembre.
 
NOTES
 
[1]M Magazine, n° 20 de novembre 1999.
[2]FHM n° 1 de juillet-août 1999.
[3]Men’s Health, n° 4 de novembre 1999.
[4]Entretien accordé le 17 août 2000.
[5]Selon l’enquête réalisée par AEPM entre janvier et décembre 1999, les pourcentages de lecteurs masculins pour les magazines cités sont respectivement : 78 %, 74 %, 63 % et 71 %. Vogue Homme International n’apparaît pas dans la dernière enquête de l’AEPM.
[6]Le magazine TMB a disparu entre le début de l’écriture de cet article et son achèvement ; l’entretien ayant été réalisé dans les premiers jours de la sortie en kiosque de l’unique numéro de TMB, il en est d’autant plus précieux que rare.
[7]CASTELAIN-MEUNIER, 1988, p.113.
[8]BONVOISIN, MAIGNIEN, 1986, p. 7.
[9]L’étude menée dans le cadre d’une thèse de sociologie soutenue en 1969 par J. Mousseau sous la direction de A. Girard, J. Cazeneuve et R. Boudon, et publiée en 1970 aux éditions Denoël sous le titre « 5 dollars pour un empire : le phénomène Playboy » est particulièrement intéressante quant à la création de Playboy.
[10]LIPOVETSKY, 1997, p. 42.
[11]FALCONNET, LEFAUCHEUR, 1975, p. 69.
[12]BADINTER, 1992, p. 10.
[13]CASTELAIN-MEUNIER, 1988, p. 100.
[14]Selon les chiffres cités par C.CASTELAIN-MEUNIER dans son étude, « Les revenus des lecteurs sont en effet nettement supérieurs à la moyenne (de 180 000 à 500 000 F/an). »
[15]Entretien accordé par le rédacteur en chef du Magazine de L’Optimum, le 17 août 2000.
[16]Le Magazine de l’Optimum n° 35, de juin-juillet-août 2000, propose ainsi à ses lecteurs les portraits de G. Lanvin, des jeunes espoirs du tennis français, des articles sur Bali, l’île Maurice, Jaipur, Namibie, Anguilla Island... sans oublier cinquante pages consacrées à la mode masculine.
[17]DURET, 1999.
[18]Entretien accordé par un membre de la rédaction de Max, le 10 avril 2000.
[19]Pour exemple, le numéro d’août 1999 était « un numéro très spécial sexe 2000 » avec entre autres sujets « l’histoire secrète de la masturbation »...
[20]L’annonce faite par FHM pour le lancement de son calendrier « En cadeau : le calendrier FHM 2000,12 pin-up pour votre camion ! » reprenait une représentation très virile de l’homme.
[21]HERVE, 1999.
[22]Ibid, p.161.
[23]Les magazines Printemps ont, suite à l’ouverture en octobre 1999 de l’espace homme, édité un magazine Printemps : édition spéciale hommes, dont l’éditorial du n° 1 de juin 2000 débutait par « Depuis octobre dernier, Le Printemps version masculine a repoussé ses murs et gagné des étages pour devenir La mégashop mode pour les hommes. Sur 7 000 m2, du niveau -1 au niveau 5 et de la tête aux pieds, Le Printemps a légalisé le shopping pour l’homme, toutes tendances confondues […] A l’image du magasin, nous avons voulu un magazine, dont voici le numéro 1... »
[24]On notera que certains livres consacrés à la beauté ne la conjuguent qu’au féminin.
[25]BADINTER, 1986, p. 9.
[26]Voir BADINTER, 1986 et 1992 ; MAUGUE, 1987 ; RAUCH, 2000.
[27]LIPOVETSKY, 1977, p. 59.
[28]SINGLY, 1993, p. 60.
[29]Editorial du n° 4 daté de novembre 1999 du magazine Men’s Health.
[30]M Magazine, n° 1 d’avril 1998.
[31]M Magazine, n° 7 d’octobre 1998.
[32]M Magazine, n° 8 de novembre 1998.
[33]Entretien accordé par le rédacteur en chef de M Magazine, le 5 décembre 2000.
[34]Propos tenus par l’ancien rédacteur en chef de M Magazine en avril 2000 dans un reportage de l’émission TV+ sur Canal+.
[35]Propos tenus par le rédacteur en chef du magazine Men’s Health en avril 2000 dans un reportage de l’émission TV+ sur Canal+.
[36]Entretien accordé par un membre de la rédaction de Men’s Health le 5 juillet 2000.
[37]BOURDIEU, 1992, p. 212.
[38]Entretien accordé par le directeur d’édition du magazine FHM le 6 avril 2000.
[39]Editorial du n° 1 de FHM de juillet-août 1999.
[40]FHM n° 7 de février 2000.
[41]Pour exemple, le n° 2 de septembre 1999 annonçait aux natifs du lion : « Si vous rêvez de dominer une lectrice de Biba, votre heure est enfin venue. A en croire son magazine, la femme bélier résistante et stoïque peut s’intéresser à vous, malgré votre odeur corporelle forte et vos Nike pourries. Attention, toutefois si elle est aussi lectrice de Télé Loisirs, car l’horoscope d’été lui promet le mariage. »
[42]Entretien accordé par le directeur d’édition du magazine FHM le 6 avril 2000.
[43]Ibid.
[44]Le second numéro de novembre 1999 proposait en une Ricky Martin, les récits des premiers amours de trois garçons, un sujet sur « Comment garder une bonne mine sans soleil »...
[45]Entretien accordé par le rédacteur en chef du magazine TMB le 4 juillet 2000.
[46]Editorial du n° 1 de TMB de juin à août 2000.
[47]Entretien accordé par le rédacteur en chef du magazine TMB le 4 juillet 2000.
[48]Editorial du n° 1 de TMB de juin à août 2000.
[49]Ibid.
[50]Entretien accordé par le gérant-directeur de publication du groupe Hachette-Filipacchi le 29 mai 2000.
[51]Entretien accordé par le rédacteur en chef du magazine Maximal, le 4 décembre 2000.
[52]Ibid.
[53]Le n° 2 de Maximal proposait une interview d’E. Zylberstein, un entretien de Charles Beigbeder par E. Chain, une enquête sur les risques liés à l’utilisation du portable, trente pages de mode...
[54]Ce slogan a une histoire. A l’origine, le slogan de TMB devait être « le magazine des beaux mecs », mais le magazine, en affichant ce slogan aurait pu être classé parmi les magazines gays. Or, le magazine se voulait sexuellement non connoté.
[55]Ce slogan est apparu au moment de la lutte et du procès contre M Magazine.
[56]Marianne du 30 mars au 5 avril 1998.
[57]Biba n° 239 de janvier 2000.
[58]L’écriture de cet article est achevée le 12 février 2001.
[59]BOURDIEU, 1992, p. 261.
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[1]
M Magazine, n° 20 de novembre 1999. Suite de la note...
[2]
FHM n° 1 de juillet-août 1999. Suite de la note...
[3]
Men’s Health, n° 4 de novembre 1999. Suite de la note...
[4]
Entretien accordé le 17 août 2000. Suite de la note...
[5]
Selon l’enquête réalisée par AEPM entre janvier et décembre...
[suite] Suite de la note...
[6]
Le magazine TMB a disparu entre le début de l’écriture de c...
[suite] Suite de la note...
[7]
CASTELAIN-MEUNIER, 1988, p.113. Suite de la note...
[8]
BONVOISIN, MAIGNIEN, 1986, p. 7. Suite de la note...
[9]
L’étude menée dans le cadre d’une thèse de sociologie soute...
[suite] Suite de la note...
[10]
LIPOVETSKY, 1997, p. 42. Suite de la note...
[11]
FALCONNET, LEFAUCHEUR, 1975, p. 69. Suite de la note...
[12]
BADINTER, 1992, p. 10. Suite de la note...
[13]
CASTELAIN-MEUNIER, 1988, p. 100. Suite de la note...
[14]
Selon les chiffres cités par C.CASTELAIN-MEUNIER dans son é...
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[15]
Entretien accordé par le rédacteur en chef du Magazine de L...
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