2001
Réseaux
La lecture reguliere de magazines
Olivier Donnat
La progression spectaculaire de la lecture des magazines ces dernières décennies,
sensible à travers la multiplication des titres, fait que cette activité est aujourd’hui
plus massivement répandue dans la société française que la lecture de quotidiens. Le
lecteur régulier de la presse magazine se distingue très nettement de celui de la
presse quotidienne : les femmes lisent plus de magazines que les hommes, les
habitants de la région parisienne plus que les provinciaux, les bacheliers plus que les
non diplômés ; les catégories socioprofessionnelles supérieures et moyennes arrivent
largement en tête, alors que les agriculteurs et les retraités, qui sont les plus gros
lecteurs de quotidiens régionaux, arrivent en dernière position.
The spectacular development of magazine reading in the past few decades, clearly
visible in the proliferation of titles, has reached the point where it is more
widespread in French society than the reading of dailies. Regular readers of
magazines are clearly distinguished from those the daily press: women read more
magazines than men; inhabitants of the Parisian region read more than people in the
provinces; university graduates read more than people without degrees; the upper
and middle classes read by far the most; and, lastly, farmers and pensioners, who are
the main readers of regional dailies, are at the bottom of the list.
La progression spectaculaire de la lecture des magazines ces
dernières décennies, sensible à travers la multiplication des titres,
fait que cette activité est aujourd’hui plus massivement répandue
dans la société française que la lecture de quotidiens, puisque 16 %
seulement des Français y échappent contre 21 % dans l’autre cas. Même si
on exclut les lecteurs exclusifs de magazines de télévision (16 % de
l’ensemble des Français), on constate que 68 % de la population de 15 ans et
plus lisent régulièrement – c’est-à-dire au moins un numéro sur deux ou
trois – un magazine ou une revue : 36 % lisent un magazine de télévision et
au moins un autre genre, 32 % ne lisent pas de magazine de télévision mais
au moins un autre genre
[1].
Depuis la fin des années 1980, il semble que deux catégories de magazines
aient connu une progression sensible (voir tableau 1) : les magazines de
télévision, qui sont très nettement les plus lus, ont vu leur niveau de
diffusion progresser de 7 % (de 51 % à 58 %) et les magazines et revues de
loisirs qui concernent 23 % des Français contre 16 % en 1989. La plupart
des autres catégories – des magazines féminins aux hebdomadaires
d’information – se maintiennent à peu près au même niveau ; les magazines
et revues culturelles marquent, toutefois, un certain recul (7 % de lecteurs
réguliers contre 10 % en 1989), peut-être au profit des magazines de loisirs,
les uns comme les autres recrutant prioritairement leurs lecteurs parmi les
15-24 ans et couvrant des domaines correspondant à leurs principaux centres
d’intérêt (musique, cinéma…).
Le lecteur régulier de la presse magazine se distingue très nettement de celui
de la presse quotidienne : les femmes lisent plus de magazines que les
hommes, les habitants de la région parisienne plus que les provinciaux, les
bacheliers plus que les non-diplômés ; les catégories socioprofessionnelles
supérieures et moyennes arrivent largement en tête, alors que les
agriculteurs et les retraités, qui sont les plus gros lecteurs de quotidiens
régionaux, arrivent en dernière position.
Ce constat général doit être bien sûr nuancé selon les genres de magazines
ou de revues. Nous ferons à ce propos cinq brèves remarques :
- la légère domination globale des femmes est due, bien sûr, à l’existence de
magazines qui leur sont directement destinées (même si un homme sur dix
lit régulièrement un magazine féminin), mais aussi à celle des magazines de
décoration ; les hommes, à l’inverse, dominent très nettement dans le
domaine des revues de loisirs (sport, bricolage, automobile…) et des
magazines scientifiques et culturels ; on retrouve par conséquent, au niveau
de la lecture de magazines, la même différenciation entre les sexes qu’au
niveau des pratiques de loisir, les femmes étant dans l’ensemble plus
centrées sur la famille ou la maison, les hommes privilégiant les lectures en
rapport avec leurs activités professionnelles ou leurs loisirs d’extérieur ;
- la lecture de magazines, qui en 1989 avait tendance fléchir après 45 ans,
quel que soit le genre considéré, est une activité qui semble « vieillir »,
même si les magazines/revues de loisirs et culturels sont lus en priorité par
les moins de 25 ans ; ainsi par exemple, les 45-54 ans sont
proportionnellement les plus nombreux à lire régulièrement des « news », et
les 55-64 ans des magazines féminins ;
- les disparités entre catégories socioprofessionnelles sont les plus nettes
dans le cas des « news », des revues/magazines culturels ou scientifiques :
près d’un cadre supérieur sur deux en activité par exemple lit
régulièrement un magazine d’informations ; par contre, certains genres qui
regroupent des titres très différents, tels les magazines de télévision ou
féminins, sont assez équitablement diffusés dans les divers milieux sociaux ;
- les habitants de la banlieue parisienne se situent au-dessus des moyennes
nationales pour la lecture de magazines et de revues, et arrivent même en
tête pour les hebdomadaires d’informations et les magazines de télévision
alors qu’ils sont sensiblement en retrait pour la lecture de quotidiens, ce qui
montre la complexité des rapports de complémentarité/substitution entre ces
deux formes d’écrit ;
- la lecture de quotidiens ainsi que les usages des autres médias varient en
effet dans des proportions importantes en fonction du genre de magazine lu
le plus souvent (voir tableau 2) ; les lecteurs réguliers de magazines de
télévision, féminins et relatifs à la santé sont les plus nombreux à regarder
tous les jours la télévision, à la différence des lecteurs réguliers de
magazines ou de revues culturelles qui utilisent relativement peu les autres
médias ; les lecteurs de « news » ont plutôt tendance à privilégier la radio et
les journaux, où ils sont toutefois devancés par les lecteurs de magazines de
fin de semaine (47 % contre 50 %), ce qui semble indiquer que, lorsque les
magazines traitent d’informations générales et ont par conséquent un
contenu relativement proche de celui des quotidiens, c’est plutôt la règle de
la cumulativité qui l’emporte.
Tableau 1.
Genres de magazines ou de revues lus régulièrement
Tableau 1. Genres de magazines ou de revues lus régulièrement
Ont lu régulièrement au cours des 12 derniers mois 1989 1997
Magazine d’information (L’Express, Le Point, 15 13
Le Nouvel Observateur, L’Evénement du Jeudi )
Magazine de fin de semaine 17 12
Magazine de télévision 51 58
Magazine féminin 28 28
Magazine de décoration ou de la maison 10 8
Magazine ou revue culturelle 10 7
Magazine ou revue scientifique ou technique 9 10
Magazine ou revue de loisirs 16 23
Magazines sur la santé ou les enfants * 12
Magazine économique * 7
Autres 14 8
* Question non posée.
Tableau 2.
Usages des médias en fonction des genres de magazines lus
Tableau 2. Usages des médias en fonction des genres de magazines lus
Sur 100 personnes lisant Regardent Ecoutent Lisent
régulièrement la télévision la radio un quotidien
tous les jours tous les jours tous les jours
Magazine d’information
(L’Express, Le Point, 69 80 47
Le Nouvel Observateur,
L’Evénement du Jeudi)
Magazine de fin de semaine 78 77 50
Magazine de télévision 82 72 33
Magazine féminin 80 74 39
Magazine de décoration 75 78 40
ou de la maison
Magazine ou revue 63 73 32
culturelle
Magazine ou revue 66 78 34
scientifique ou technique
Magazine ou revue 78 76 39
de loisirs
Magazines sur la santé 80 74 33
ou les enfants
Magazine économique 69 82 40
Autres 78 70 41
[1]
Les chiffres cités sont extraits des deux dernières enquêtes « Pratiques culturelles des
Français » qui comprenaient deux questions relatives aux magazines lus régulièrement (au
moins un numéro sur deux ou trois). Voir Donnat O., 1998,
Les pratiques culturelles des
Français, La Documentation française.