2001
Réseaux
Panorama de l’offre editoriale des sites de chaines de television generalistes en Europe
Caroline Bringand
On se propose d’analyser l’évolution, sur une période d’un an, des sites de chaînes
de télévisions généralistes en Europe (1999-2000). Il s’agit notamment d’offrir un
panorama de l’offre éditoriale et de voir comment les chaînes exploitent l’Internet.
Des tendances différentes émergent-elles qui leurs seraient propres ou bien les sites
sont-ils le reflet d’un modèle unique.
The author analyses the evolution, over a one-year period (1999-2000), of the web
sites of general-interest television channels in Europe. The aim is to offer an overview
of the editorial offering and identify how channels use the Internet. Are different
tendencies emerging, peculiar to each one, or do the sites reflect a single model?
L’objectif de cette recherche est de brosser le panorama des
contenus éditoriaux des sites de l’internet des chaînes de
télévision au sein de l’Union européenne. Pour ce faire, nous
nous sommes intéressés exclusivement aux chaînes généralistes nationales, à
l’exclusion des chaînes régionales ou paneuropéennes
[1] et des chaînes
thématiques
[2]. Puis, nous avons procédé par une étude empirique conduite
une première fois en juin-juillet 1999 et une seconde fois en juin-juillet
2000. La comparaison des données recueillies sur ces deux périodes, à une
année d’intervalle, permet de mettre en évidence l’évolution des contenus
mis en ligne par les télévisions hertziennes lorsqu’elles investissent le web.
Pour sélectionner un corpus de chaînes représentatives de chaque pays de
l’Union, nous nous sommes appuyés sur le rapport « Television 98 :
European Key Facts » édité par la régie publicitaire du groupe IP
[3]. Ce
document offre une analyse de la programmation, des parts d’audience
[4] et
des investissements publicitaires des chaînes nationales – publiques et
privées – de chaque pays membre. Le critère de sélection a été de retenir les
chaînes dont la part d’audience était la plus élevée
[5]. Notre corpus rassemble
seize chaînes nationales
[6] – dont neuf sont publiques et sept sont privées –
pour lesquelles nous avons recherché les sites de l’internet correspondants.
Les chaînes néerlandaise et portugaise ne disposant pas d’adresse URL, nous
avons choisi d’analyser le site de la chaîne placée en deuxième position en
termes de parts d’audience. C’est à partir de la sélection suivante que nous
avons brossé l’éventail de l’offre éditoriale.
Tableau 1.
Sélection des sites Internet des chaînes nationales
Tableau 1. Sélection des sites Internet des chaînes nationales
Pays Chaînes Adresses URL
Allemagne ARD Publique wwww. ard. de/
Autriche ORF2 Publique wwww. orf. at
Belgique nord VTM Privée/flamand wwww. vtm. be
Belgique sud RTL-TVI Privée/wallon wwww. rtl. be
Danemark TV2 Publique wwww. tv2. dk/
Espagne TVE 1 Publique wwww. rtve. es
Finlande MTV 3 Privée wwww. mtv3. fi
France TF1 Privée wwww. tf1. fr
Grèce ANTENNA TV Privée wwww. antenna. gr/
Irlande RTE 1 Publique wwww. rte. ie
Italie RAI 1 Publique wwww. rai. it/ raiuno
Luxembourg RTL TELE Privée wwww. rtl. lu
Letzebuerg
Pays-Bas RTL 4 Privée Pas de site en ligne
Pays- Bas NED 2 Publique wwww. omroep. nl
Portugal SIC Privée Pas de site en ligne
Portugal RTP 1 Publique wwww. rtp. pt/
Royaume Uni ITV Privée wwww. itv. co. uk
Suède SVT TV 2 Publique wwww. svt. se/
Source : tableau réalisé par l’auteur à partir de recherches effectuées sur l’internet
tableau réalisé par l’auteur à partir de recherches effectuées sur l’internet
Les recherches sont entreprises à partir de l’observation des sites en situation
réelle, et sur un terrain approprié, l’internet. Le recueil des données repose
sur l’analyse de l’offre éditoriale des sites sélectionnés. Nous avons étudié à
la page d’accueil. S’il est vrai que cela limite la recherche, cette page peut
être considérée comme une page d’appel qui doit permettre à l’internaute de
se faire une idée du contenu qu’il est susceptible de découvrir.
Pour procéder à l’analyse, nous avons pris soin de tester les hyperliens
figurant sur cette page d’accueil afin d’apprécier la nature de l’information
qu’ils recouvrent. Pour autant, l’approche n’est pas orientée vers
l’utilisabilité des systèmes techniques
[7].
Nous avons traduit en français les sites allemand, danois, espagnol,
finlandais, grec, portugais et suédois, avant d’engager une étude individuelle
de l’offre éditoriale de chacun d’eux. C’est la synthèse de ces études
individuelles qui est présentée ici.
A partir du corpus défini, l’étude se fera autour de quatre axes :
informationnel, communicationnel, transactionnel et autres services.
Pour l’axe informationnel, l’information telle que nous l’entendons ici est
comprise dans son acception la plus générale. Il s’agit de l’action d’informer
l’internaute sur des sujets divers
[8], que cette information soit liée à la
programmation de la chaîne ou non. Dans cette rubrique nous ferons
émerger les thématiques les plus couramment traitées telles que :
l’actualité,
la programmation, les informations institutionnelles, les services utiles
(bourse, météo, trafic, emplois…) les informations sur les jeux, les mentions
légales… Nous prendrons soin de distinguer deux niveaux de contenu : celui
directement accessible en lecture dès la page d’accueil, et celui offert en
cliquant sur les liens.
L’axe communicationnel regroupe toutes les possibilités offertes par la
technique pour établir une communication entre les internautes et la chaîne,
telles que les forums de discussion, les Chat, l’envoi de mails, ainsi que tous
les services et rubriques développés parallèlement (FAQ, vote en ligne…). Il
s’agit ici d’apprécier la pluralité des échanges mis à la disposition des
internautes.
L’axe transactionnel rassemble tout ce qui relève des échanges
commerciaux. Nous distinguons deux groupes de transactions, celui qui
conduit à la vente de produits, de biens ou de services, le e-commerce, et
celui qui consiste à la vente de cyberespaces publicitaires (bannières,
boutons…).
L’axe Autres services réunit les différents services qui viennent en
complément des catégories précédentes. Il s’agit, par exemple, des moteurs
de recherche, des archives, des accès à la vidéo en ligne ou des
enregistrements son… Nous incluons ici les services destinés aux échanges
privés entre internautes tels que celui d’héberger gracieusement leurs boites
aux lettres électroniques, ou bien les offres sur mesure (exemple : l’envoi
par mail de la grille de programme du jour ou des news).
Ces axes ont été synthétisés au sein d’une grille dont un modèle figure ciaprès.
Tableau 2.
Grille destinée au recueil de données
Tableau 2. Grille destinée au recueil de données
Nature du contenu
Informationnel
1er niveau d’information : sujets en lecture dès la page d’accueil
2e niveau d’information : offres des liens hypertextes
Communicationnel
Services directs : offre d’envoi de mails, forum de discussion, dialogue en
direct…
Services directionnels : vote en ligne, FAQ, rubriques proposant aux
internautes de donner ses commentaires, remarques, opinions, de participer à une
émission…
Transactionnel
Vente en ligne de produits, biens et services dérivés ou non de la chaîne
(cassettes vidéos, jeux…)
Publicité9
Partenariats affichés
Autres services
Liés aux moyens d’accès aux informations : moteurs de recherches, archives,
offres sur mesure…
Liés aux supports d’accès aux informations : web cam, vidéo, son…
Source : tableau réalisé par l’auteur.
tableau réalisé par l’auteur.
Pour traiter l’ensemble des données recueillies par chacune des grilles, nous
reprenons les axes indiqués précédemment pour en proposer la synthèse.
Pour l’axe informationnel, il ressort que les informations sont distribuées
différemment d’un site à l’autre : soit elles sont directement lisibles sur la
page d’accueil (1er niveau d’information), soit on y accède par un lien
(2e niveau d’information). Nous distinguons ces deux niveaux de façon à
faire émerger les thèmes retenus pour chacun.
Au premier niveau – qui comprend les données en lecture dès la page
d’accueil – ce sont les informations liées à la programmation de la chaîne,
aux nouvelles d’actualité et aux informations institutionnelles, qui ressortent.
Concernant la programmation de la chaîne, trois catégories émergent qui
concernent les films diffusés par la chaîne, les documentaires et, depuis
l’année 2000, les programmes destinés aux enfants, un thème
particulièrement développé sur le site Italien de la RAIUNO.
Le parti pris de mettre en avant les informations liées à la programmation de
la chaîne est partagé par 11 sites sur 16. L’exception faite des sites de
l’Autriche, la Belgique sud, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal, qui
ont choisi de mettre l’accent sur les nouvelles d’actualité, pour l’Autriche et
le Luxembourg, ou développé un concept de page avec une multiplicité de
liens de toute nature, pour les autres. L’accès à la programmation en
première lecture dès la page d’accueil est une constante depuis la première
observation en 1999. Toutefois, nous notons que les sites du Danemark, de
l’Irlande et de l’Italie se sont ralliés à cette stratégie depuis un an seulement.
Parmi les nouvelles d’actualité proposées, ce sont les actualités nationales,
internationales, sportives ou liées au divertissement (culture, spectacles,
variétés…), à la retransmission du journal télévisé… qui sont le plus
largement répandues. Ce choix est celui de 10 sites sur 16 parmi lesquels
5 sont ceux de chaînes publiques et 5 de chaînes privées. Nous notons que
les chaînes privées du Luxembourg et de la Belgique sud privilégient les
nouvelles d’actualité, qui constituent l’essentiel de l’information sur leur
page d’accueil, alors que les autres pays traitent, à parts égales, les
informations liées à la programmation et celles liées à l’actualité.
Les informations institutionnelles recouvrent principalement des
informations liées au Groupe, à la chaîne ou aux autres médias du groupe. Le
seul site à en offrir dès sa page d’accueil, est celui de la chaîne publique
espagnole.
A partir de la page d’accueil, on observe un deuxième niveau de lecture
accessible par les liens ou hyperliens. Ils ouvrent un large éventail de
rubriques pour lesquelles nous distinguons celles qui s’inscrivent dans le
prolongement de l’information en partie développée sur la page d’accueil, et
celles qui sont une ouverture vers d’autres contenus.
La première famille regroupe les liens qui offrent une extension
d’information aux trois grandes catégories déjà citées pour la page d’accueil :
les programmes de télévision, les nouvelles d’actualité et les informations
institutionnelles.
A ce deuxième niveau, les programmes de la chaîne sont traités sous toutes
les formes : par grille, par thèmes, par horaires, agrémentés d’archives ou/et
de moteur de recherche par mots-clés… La tendance qui apparaît depuis
juillet 2000 en Allemagne, en Belgique Nord, en Italie, au Luxembourg, aux
Pays-Bas, est de développer des pages sur les programmes destinés aux
enfants. Dans ce genre, l’Italie est la seule à avoir ajouté à ces pages
spéciales enfants, des pages de conseils accessibles aux parents pour venir en
aide à leurs enfants lors de la consultation de leurs programmes sur le site de
l’internet.
La majorité des sites proposent un ou plusieurs liens vers des rubriques
d’actualité, à l’exception de ceux des chaînes publiques du Portugal et de la
Suède, axés exclusivement sur la programmation. Les actualités se
présentent généralement sous deux formes, celles qui exploitent directement
les ressources audiovisuelles du média d’origine, comme l’accès aux
journaux télévisés de la chaîne (il est possible de visionner le JT en Réal
vidéo sur wwww. tf1. fr),ou bien celles créés spécialement pour l’édition
internet. Dans les deux cas, ce sont les thématiques sports et culture qui sont
le plus souvent traitées. Les sites de TF1 et de la RAIUNO en sont les plus
frappants exemples. Seul, le site de la chaîne publique NED 2, des Pays-Bas,
propose une actualité sur les nouveautés de son site.
Nous avions précédemment noté que le site espagnol, TVE 1, avait placé ses
informations institutionnelles en lecture dès la page d’accueil. C’est le seul à
l’avoir fait de cette façon, tous les autres ont des liens qui conduisent aux
pages institutionnelles, à l’exception du Danemark qui n’en a pas du tout.
Ces pages sont plus ou moins développées d’un site à l’autre. Cela varie
d’importants contenus présentant la chaîne, le groupe, ses stratégies…
(exemple en Belgique francophone ou en Finlande), à quelques lignes
rassemblant l’ours parfois complété d’une liste de mails. C’est l’option la
plus répandue en Allemagne, Autriche, Espagne, Finlande, France, Grèce,
Irlande, Luxembourg et Suède.
La seconde famille de liens regroupe des thèmes autres que ceux abordés en
page d’accueil. Ils ouvrent le plus fréquemment une sélection de liens http,
une gamme de services utiles, ou bien encore l’accès aux petites annonces, à
des jeux, aux mentions légales.
La sélection de liens http reflète une thématique, telle que la distraction
(restaurants, night club, sites de mannequins…), ou le sport. En juillet 2000,
cette pratique était étendue à 12 sites sur 16, alors qu’en 1999, ils n’étaient
exploités que par les sites des chaînes publiques autrichienne, espagnole et
des chaînes privées flamande belge, finlandaise et anglaise.
Les petites annonces sont essentiellement des offres de stages et d’emplois.
Elles sont l’occasion de communiquer les besoins internes mais aussi des
offres externes en provenance d’autres entreprises. 11 sites sur 16, dont 7
appartiennent à des chaînes privées, ont désormais développé ce service qui
n’existait pas il y a un an.
Par le biais de ces liens, une gamme de services utiles est apparue sur 9 sites,
dont ceux de l’Allemagne et du Luxembourg. Ce sont les services de météo
et d’accès aux cours de la bourse qui sont le plus fréquemment proposés tant
par les chaînes publiques (4 sites) que privées (5 sites).
Les pages jeux sont très souvent en liaison avec les émissions de la chaîne et
sont présentes sur 7 sites, dont 5 représentent les chaînes privées. Dans tous
les cas, il s’agit plutôt de concours, tels que ceux permettant de participer à
l’avant-première d’un film ou d’accéder aux coulisses d’une émission
(particulièrement développées par la chaîne privée du Luxembourg).
Certains sites orientent l’internaute vers une sélection de jeux électroniques
disponibles sur le marché tels que des Playstation, Nintendo ou Gameboy.
Une nouveauté apparaît en 2000 : la transposition des jeux traditionnels aux
éditions papier - magazines, journaux - comme les mots fléchés, sur le site
de la Belgique nord, ou une série de bandes dessinées, à lire sur le site
autrichien. Nous n’avons pas noté de jeux spécialement conçus pour
l’internet, exploitant toutes les fonctionnalités du média.
Les liens vers une page réservée aux mentions légales n’existaient pas en
1999, ils figurent désormais sur 5 sites. Parmi eux, 4 appartiennent à des
chaînes privées – la Belgique, le Luxembourg, le Royaume-Uni – et 2 à des
chaînes publiques – l’Italie et la Belgique. Ces mentions concernent
essentiellement les copyrights et les droits de reproduction.
A l’inverse de ce qui se pratiquait il y a un an, tous les sites présentent une
ou plusieurs adresses électroniques sur leurs pages. Pour rentrer en contact
avec le web Master ou la rédaction, l’internaute peut envoyer un mail ou
courriel. Néanmoins, si la présence d’adresses électroniques s’est généralisée
à tous les sites depuis l’observation faite en 1999, on remarque aussi qu’elle
ne figure pas systématiquement en page d’accueil. Les adresses
électroniques des sites belge, danois, irlandais et anglais, sont réparties à
l’intérieur du site, sur des pages programmes, des services utiles, des accès
aux jeux, ou dans l’ours.
Le nombre de sites avec des Chat et forums a été multiplié par deux depuis
1999.10 sites sur 16 en proposent aujourd’hui, alors que la Belgique
flamande était la seule à offrir un Chat en 1999. Comme pour les adresses
électroniques, les accès ne figurent pas toujours en page d’accueil mais sur
les pages réservées à une émission, un documentaire ou une nouvelle
d’actualité. C’est l’exemple développé par les sites du Danemark, du
Luxembourg, des Pays-Bas et de la Suède.
En l’espace d’un an, l’accès vers une page réservée aux FAQ s’est répandu.
7 sites le proposent par le biais d’un lien placé dès la page d’accueil.
D’autres offrent la possibilité à l’internaute de laisser un commentaire, de
voter en ligne ou d’inscrire sa demande de participation à une émission
télévisée. Par exemple, les sites de la RAIUNO (Italie) et de ITV (Grande-Bretagne) invitent l’internaute à envoyer son commentaire aux services
concernés de la chaîne (sur la grille de programme, une émission…) à l’aide
d’un formulaire pré-établi. Ce moyen est aussi l’occasion de nourrir une base
de données, en récoltant sur le même bulletin des informations sur l’âge, la
région, les émissions préférées.
Moins contraignant et plus anonyme, le vote en ligne est proposé par les
français et les anglais. Pour TF1, il s’agit de tester le goût des internautes en
vue de développer de nouvelles rubriques (exemple : lisez-vous les journaux
à potin ?). Pour ITV, il s’agit de créer une synergie, un lien avec l’une de ses
émissions (exemple : « Qui veut être un millionnaire célèbre ?»). Les deux
sites belges, VTM et RTL-TVI, et le site italien RAIUNO, proposent, en
plus, de remplir un bulletin en vue de participer à une émission.
L’interaction chaîne/site de l’internet fait ses premiers pas. Par ailleurs, les
astuces marketing en vue de générer du trafic se sont développées, tout
particulièrement sur les sites belges et italiens. C’est ainsi que l’internaute a
le choix d’envoyer des cartes électroniques pour la Saint Valentin, la Fête
des mères, les anniversaires de ses amis, d’obtenir une photo dédicacée de
son animateur préféré, ou bien encore de se faire souhaiter son anniversaire
par la rédaction.
L’axe transactionnel se distingue par trois grandes rubriques : la publicité, le
partenariat et la vente de produits, de biens ou de services.
La publicité se traduit à l’écran par la présence de bannières animées, plus
rarement fixes (exclusivement sur le site finlandais). A l’exception des sites
des chaînes publiques de l’Espagne, des Pays-Bas, du Portugal et de la
Suède, tous exploitent ce modèle économique en juillet 2000. En un an, le
nombre de sites intégrant de la publicité a été multiplié par deux. On note
une particularité pour les chaînes publiques autrichienne et italienne où la
bannière ne figure pas sur la page d’accueil mais sur certaines pages à
l’intérieur du site. Sur le site italien de la RAIUNO, les bannières sont
concentrées sur les pages de Miss Italie ou celles réservées au football.
D’une façon générale, il n’y a pas de distinction entre les chaînes publiques
et privées, les sites irlandais et italien ont des bannières publicitaires tout
comme leurs homologues privés français ou grec.
Tous les sites sont accessibles gratuitement. Nous n’avons pas noté de
services payants en les visitant. Par contre, nous observons que les sites avec
publicité sont aussi ceux qui ont développé des partenariats et de la vente en
ligne.
Ce sont les partenariats avec les moteurs de recherche – Lycos, Altavista,
Nomade – qui apparaissent le plus clairement. Soit les autres sites n’en ont
pas développé, soit ils sont discrets et n’en font pas mention. Le site TF1 est
un des rares à afficher des partenariats nombreux et variés, tel que celui
développé pour la vente de fromages en ligne. Sur le site de la chaîne
publique belge LA UNE, les partenariats sont l’opportunité de vente
promotionnelle (en commandant son livre chez proxis.be à partir du site
belge, l’internaute bénéficie d’une réduction de 200 FB), alors que pour le
site de la chaîne privée belge VTM, il s’agit d’élargir son offre de jeux.
Le nombre de sites incluant un service de vente en ligne s’est largement
développé, passant de 3 sites en 1999 à 8 l’année suivante. La gamme des
produits varie du gadget (T-shirt, casquette..), aux vidéos, cassettes audio,
cédérom. Parmi ces sites, ceux des français, danois et luxembourgeois ont
une offre particulièrement étendue. Par exemple, la chaîne publique danoise
propose en ligne la réservation de billets de train, la location de voiture ou de
bateau, une sélection de lieux de vacances… Le « Luxbazar » du site
Luxembourgeois n’est pas en reste avec une recherche par mots-clés pour
accéder pêle-mêle à l’alimentaire, aux vêtements, à l’immobilier, aux
voyages, en passant par le bricolage et les animaux.
Cet axe regroupe les moteurs de recherche (internet ou externe), les accès
vers une aide en ligne, une boite à outils, des archives, une web Cam, la
possibilité de visionner de la vidéo, d’écouter un enregistrement son, la
traduction en anglais de tout ou partie du site.
A l’exception du Portugal et du Danemark, il est intéressant de constater
que tous les sites ont un moteur de recherche sur leur page d’accueil. Les
finlandais et espagnol possèdent même un deuxième outil, destiné aux
recherches internes au site. L’Irlande est un peu à part, puisqu’en réalité ses
deux moteurs de recherche sont internes, l’un est réservé à la recherche des
adresses électroniques des collaborateurs de la chaîne, l’autre permet de
s’informer de la programmation.
L’aide vient en deuxième position des services les plus répandus avec
seulement 5 sites sur 16 qui la proposent. La boite à outils, par laquelle
l’internaute peut lire les instructions sur la façon de télécharger un plug-in,
n’est placée que sur le site de la Belgique wallonne. Pourtant ce service
témoigne d’une volonté de prendre en compte les difficultés que pourrait
rencontrer un public profane.
En dehors des sites des chaînes publiques italienne et allemande – la
RAIUNO et l’ARD – l’accès vers des archives ou bases de données n’est pas
développé par les sites de télévision - à l’inverse de ce qui se fait par les sites
de presse. Il en est de même des web Cam qui ne sont accessibles à partir de
la page d’accueil, que sur les sites des chaînes privées belge et française,
VTM et TF1.
L’accès à de la vidéo est peu répandue, sans doute en raison de la lenteur du
réseau et des problèmes liés au téléchargement de plug-in. Dans l’avenir,
ceci pourrait changer avec l’évolution des modes d’accès au Net et le
déploiement prochain des offres d’accès à l’internet haut débit.
En revanche, de nouveaux services apparaissent en 2000, en Irlande (site de
chaîne publique) et au Royaume Uni (site de chaîne privée). Ils permettent à
l’internaute de bénéficier d’une offre sur mesure d’envoi par mail de news,
avec une spécificité pour le site irlandais RTE 1 : l’envoi de news est
effectué en partenariat avec le quotidien The Irish Times et il est possible de
recevoir la programmation quotidienne de la radio du Groupe.
Tous les sites sont accessibles dans leur langue nationale, ou bassin
linguistique. Aucun n’offre de possibilité de traduction en ligne. Cela laisse
penser qu’ils s’adressent essentiellement aux nationaux et expatriés. Seuls,
trois sites de chaînes privées proposent une version en anglais de quelques
informations. Si les traductions des sites grec, ANTENNA TV, et suédois,
SVT TV 2, sont succinctes (quelques titres pour l’un, une présentation
résumée pour l’autre), celle du site finlandais mérite d’être soulignée. En
effet, MTV 3 est seul à offrir l’intégralité de ses pages d’informations
institutionnelles en anglais.
L’étude serait incomplète si elle ne nous permettait pas d’avoir un aperçu de
la façon dont le contenu éditorial est présentée à l’écran et la nature des
liens. C’est ce que nous avons recherché. Il en ressort que le contenu est
essentiellement construit par des mots-titres, du texte et parfois, d’images
fixes. En cela, les sites des chaînes de télévision ne se distinguent pas de
ceux de la presse écrite dont ils utilisent les spécificités. L’image animée est
finalement peu répandue et le plus fréquent destinée aux bannières
publicitaires. L’accès à de la vidéo est quasiment inexistant.
Ce panorama des caractéristiques des sites des chaînes de télévision
nationales permet de repérer les stratégies mais aussi de souligner un
paradoxe. Lorsqu’on cherche à adapter des contenus existants hors ligne à
l’internet, on se heurte au fait que ces contenus ne sont pas transposables
directement d’un support à un autre sans adaptation. Ils sont dépendants des
caractéristiques des moyens techniques qui vont nécessairement en modifier
le sens et la lecture. Dès lors, aux contraintes de la technique, il faut ajouter
celles liées aux limites cognitives de tout être humain. Cela induit la
nécessaire prise en compte de l’ergonomie dans les développements futurs si
on veut rendre au contenu son sens initial, et par là même, pérenniser
l’application.
Les résultats de cette étude montrent que l’ensemble des sites des chaînes de
télévision généralistes au sein de l’Union européenne exploitent, avec plus
ou moins de bonheur, un modèle identique, celui du portail. Ce modèle est
non seulement celui qui est généralement repris par les sites des médias en
général – TV, presse, radio – mais aussi celui qui structure l’internet
aujourd’hui. Dans ce contexte, les sites de télévision sont en concurrence
directe avec des sites dont les origines, tailles et intérêts stratégiques,
diffèrent.
Quels que soient les axes développés – information, communication,
transaction, autres services – il ne ressort pas de particularités qui seraient
propres aux sites des chaînes publiques ou privées. Néanmoins, certains
d’entres eux ont exploité le modèle du portail d’une façon plus poussée que
d’autres. Si on prend les extrêmes, le site RTP 1 de la chaîne publique du
Portugal apparaît peu développé comparé à celui du français, TF1.
On peut s’interroger sur les spécificités propres aux sites de télévision qui les
différencieraient des sites de presse par exemple. Il ressort de cette étude que
les sites analysés sont tous assujettis aux techniques les plus couramment
exploitées sur l’internet. Comme beaucoup, les sites de télévisions utilisent
principalement du texte et de l’image fixe (apanage de la presse écrite entre
autres), plus que du son ou de la vidéo pour distinguer et nourrir leurs
contenus. Dès lors, ces sites perdent les spécificités du média d’origine
lorsqu’elles investissent sur l’internet et n’offrent pas une réelle valeur
ajoutée, à l’inverse des sites des radios par exemple qui, via l’internet,
peuvent non seulement proposer du son (lié au média d’origine) mais en plus
du texte, des images animées... Les rôles seront sans doute différents lors de
la généralisation de l’internet à haut débit qui devrait faciliter l’usage de la
vidéo et ouvrir la voie à une nouvelle génération de sites.
Leurs stratégies éditoriales pourraient leur permettre de se distinguer des
autres sites de médias. Mais là, les chaînes de télévision sont confrontées à
un double problème. Proposer la lecture de leur programmation n’offre
qu’un intérêt limité pour l’internaute qui peut consulter des sites où il pourra
comparer les programmes de toutes les chaînes, plutôt qu’une seule, pour
faire son choix. La stratégie est donc d’étoffer toujours plus le contenu et les
fonctionnalités au risque d’offrir des services de plus en plus éloignés de leur
métier premier et de tomber sur l’écueil de ressembler aux sites concurrents.
Le modèle du portail « fourre-tout » est développé par le plus grand nombre
sur l’internet et il devient difficile, mais urgent, de se démarquer.
L’offre éditoriale des sites de l’internet révèle que tous exploitent, en
premier lieu, les informations liées à ce que diffuse la chaîne. Ce sont les
contenus liés à la programmation et aux informations qui composent le cœur
de l’offre aujourd’hui. Nous avons vu que cela ne permettait pas de les
distinguer des sites concurrents. Toutefois, en un an, on peut aussi constater
que des synergies émergent qui tendent à modeler les sites des chaînes de
télévision en outils de fidélisation des internautes-téléspectateurs. Le
développement judicieux de contenus additionnels à leurs services et la mise
en confiance de l’internaute par le biais d’actions de fidélisation via
l’internet, pourrait être un mécanisme payant à terme.
[1]
Afin de pallier le problème des différentes langues en usage en Europe, les chaînes paneuropéennes sont essentiellement diffusées en anglais avec des options multilangues ou de
sous-titrage. Eurosport et Euronews sont celles qui ont le plus développé cette approche et
offrent le choix le plus large.
[2]
Ces chaînes réunissent les téléspectateurs autour de thèmes d’intérêts communs et
« universels » tels que le sport ou la musique.
[3]
Ces études portent sur les chaînes de télévision de 29 pays européens, auxquels s’ajoutent
les Etats-Unis et le Japon.
[4]
Notons qu’au regard des parts d’audience, les chaînes privées dominent en nombre – 14
d’entre elles figurent en première place et les 6 autres sont en seconde position. Néanmoins,
9 chaînes publiques étaient en tête en 1997 – en Autriche, Danemark, Espagne, Irlande, Italie
et en Suède – et les 16 autres en seconde position dans les autres pays.
[5]
En comparant les années 1997 et 1998, nous notons que la part d’audience des principales
chaînes publiques est restée stable même si l’étude IP indique par ailleurs que l’arrivée de
nouvelles chaînes privées à tendance à se faire à leur dépens – exception faite en Allemagne
(par exemple, en 1998, le lancement de Kinderkanal destiné aux enfants et créé par les
chaînes publiques l’ARD et ZDF, a coïncidé avec la disparition de la chaîne privée du même
secteur, Nickelodeon).
[6]
Seize chaînes nationales pour quinze pays d’Europe, cette différence est due à la Belgique
pour laquelle il y a deux marchés distincts adaptés au bassin linguistique français et flamand.
[7]
C’est pourquoi nous n’avons pas mis au point de mesures objectives de performance
concernant les effets des choix technologiques. De telles mesures demanderaient une
investigation plus poussée. Néanmoins, nous en tenons compte implicitement. En effet, une
image animée induit une technologie développée de type gif animé, javascipt ou schokwave.
De même, la mise en place d’un forum ou d’un chat nécessite un développement de type CGI,
et une boite aux lettres électronique, un serveur SMTP / POP 3.
[8]
Francis Balle « Médias et sociétés », Monchrestien 8
e édition Paris 1997 – p. 233
« L’anglais
information désigne l’ensemble des activités qui consistent dans la collecte, le
traitement ou la communication de nouvelles d’actualité, de renseignements divers ou
d’éléments de connaissance. »
[9]
Choix techniques possibles pour la publicité : publicité sur fond de page, publicité plein
écran (push média), bannières gif, gif animé, bannière vidéo, fenêtre incrustée, shockwave,
applet java.