2001
Réseaux
La presse magazine
Un média à part entière ?
Jean-Marie Charon
Généralement appréhendée comme l’une des composantes du média presse écrite, la
presse magazine peut aussi être étudié comme un média spécifique. L’importance du
visuel, sa périodicité et l’impératif de créativité, la segmentation du public et le
contrat de lecture, l’internationalisation et le poids des groupes constituent cinq de
ses traits dominants qui concourent à en faire un média en très grande adéquation
avec son époque.
Generally considered to be one of the components of the press, the news magazine
can also be studied as a medium in its own right. The importance of the visual
dimension, periodicity, the demand for creativity, the segmentation of the public,
and internationalization and the power of media groups are some of the dominant
features that combine to make this a medium in phase with its era.
Dans un contexte de morosité de diffusion et de santé économique
de la presse française, un secteur de celle-ci se porte bien, crée des
titres, gagne de nouveaux lecteurs
[1] – même très jeunes – et
conquiert des positions à l’international. Il s’agit de la presse magazine
[2]. Les
performances, le dynamisme, les structures, les méthodes de travail, le
rapport au public de cette forme de presse sont si différents, de ceux des
quotidiens, qu’il est tentant de l’analyser comme un média spécifique. La
tentation est d’autant plus grande que, loin d’apparaître comme un média
ancien, aux structures traditionnelles, il préfigurerait plutôt ou anticiperait
des évolutions que découvrent seulement aujourd’hui radios et télévisions :
segmentation du public, thématisation du contenu, entreprise réseau,
internationalisation, etc.
Parler d’un média, presse magazine, ne va pas sans poser un premier
problème qui est celui de son identification. La notion de magazine
n’apparaît, en effet, que progressivement dans l’histoire de la presse, comme
le montre l’article de Gilles Feyel. Elle intervient, essentiellement
[3], à partir
des années 1930, au croisement de plusieurs caractéristiques : une périodicité
plus grande, une qualité d’impression sur beau papier avec une mise en page
soignée, une place importante du visuel et principalement la photographie,
un contenu spécialisé s’adressant à chaque fois à une catégorie particulière
de public. Il n’en demeure pas moins que la notion de presse magazine reste
très hétérogène. Quoi de commun entre un news magazine, tel que
L’Express
ou
Le Nouvel Observateur et un titre pour les tous petits comme
Popi ou
Picoti, sans parler de titres à « pôles d’intérêt » comme
Auto Verte ou
Sciences et Vie ? Il faut donc se résoudre à proposer une définition
pragmatique : sera considéré ici comme presse magazine toute publication
périodique, s’adressant au grand public, respectant un ratio entre contenu
éditorial et publicité, donnant la primeur à l’éditorial, illustrée et imprimée
sur un papier de qualité, vendue en kiosque ou par abonnement.
Moyennant une telle définition la presse magazine se présente comme un
média puissant, plutôt prospère et toujours en expansion. Son chiffre
d’affaire est à peu près l’équivalent de celui de la télévision (un peu plus de
30 milliards de Francs
[4] ), soit 47 % du chiffre d’affaire de la presse écrite. Il
est le deuxième support publicitaire, parmi les grands médias, soit 15,9 %
(derrière la télévision avec 34
[5] %), accueillant quelques 19 772 marques
différentes
[6]. Il est lu par 84 % des Français
[7]. Des Français qui seraient
d’ailleurs parmi les plus gros lecteurs de magazines en Europe, avec 1 354
exemplaires achetés pour 1 000 habitants
[8] (contre 150 pour 1 000
quotidiens), certains types de gros lecteurs pouvant lire au moins 9,5 titres en
moyenne
[9]. La presse magazine publie plus de 3 000 titres et en crée chaque
années plusieurs centaines de nouveaux (373 en 1997,438 en 1998, etc.).
Des titres disparaissent aussi, il est vrai, mais le solde est chaque année
positif (132 en 1997,144 en 1998, etc.). Le média magazine s’intègre enfin
dans les activités de base des principaux groupes de communication
internationaux (AOL Time Warner, Vivendi, Bertelsmann, Hachette, etc.),
certains de ses titres connaissant un très large succès aux quatre coins de la
planète.
Enfin, le média magazine ne progresse pas dans un superbe isolement, il
constitue, surtout en France, un concurrent pugnace et même féroce du
quotidien. Il l’a notamment quasiment supplanté dans les banlieues des villes
métropoles, surtout auprès des lecteurs les plus jeunes et populaires. Dans les
années 1980, l’étude IPSOS cadre a montré comment les news magazines
s’était progressivement substitués à la lecture régulière du quotidien, auprès
de ce lectorat privilégié par les annonceurs
[10]. Longtemps les magazines en
France se sont développés un peu comme des coucous dans le nid douillet
des aides de l’Etat et des structures, notamment en matière de distribution,
pratiquant une péréquation avantageuse pour les nouveaux venus. Cette
situation est aujourd’hui dépassée. Les magazines perçoivent les structures et
les règles s’appliquant à la presse, non plus comme des protections ou des
aides, mais de pures entraves à leur développement. C’est dire que la
stratégie de la presse magazine sur le plan législatif et institutionnelle est
porteuses de nombreuses turbulences, voire ruptures
[11], dont la crise actuelle
des NMPP, ou la demande d’accès à la publicité télévisée
[12] ne sont que les
prémisses.
Une fois posés les grands traits du média magazine, il reste à entrer dans ce
qui en fait la spécificité, vis-à-vis des quotidiens ou autres formes de
périodiques. Ce qui en fait aussi la modernité. Le propos de ce texte est en
effet de mettre en évidence la dynamique particulière de la presse magazine
à partir de cinq caractéristiques principales, qui permettent à la fois de
délimiter le média et de saisir sa logique propre au moment où l’ensemble
des médias existants vont se voir conduits à se redéfinir face l’arrivée de
l’internet, pour autant que celui-ci s’affirme à terme comme un véritable
média. Tous les magazines ne possèdent pas ces cinq caractéristiques, mais
l’ensemble de la presse magazine se retrouve à la convergence de celles-ci.
Le développement de techniques nouvelles permettant le traitement de la
photo, de même que la couleur, des modes d’impression apportant un rendu
beaucoup plus esthétique, la disponibilité de papiers de belle qualité vont
permettre l’apparition du magazine moderne. C’est-à-dire que des démarches
éditoriales donnant une place privilégiée au visuel vont pouvoir s’épanouir.
La photo, le dessin ou l’illustration ne joueront plus alors un simple rôle
d’accompagnement, du récit centré sur le texte, elles constituent un récit
spécifique, parfois même le récit principal. Cette forme particulière que revêt
le récit visuel n’est pas simplement la superposition d’un autre récit en
parallèle du texte, elle transforme la relation avec le lecteur, en mettant
l’accent sur l’émotion, la séduction et le plaisir.
Là où le quotidien centrait son propos sur l’information, avec la place
privilégiée donnée au registre du politique et de l’actualité, ce qui
n’empêchait pas d’y associer des contenus divertissants et distractifs,
qu’illustre la place du feuilleton ou des jeux, le magazine, lui, se concentre
sur sa relation au lecteur et les différents registres de satisfaction qu’il peut
lui proposer. L’esthétique même de la publication constitue l’un des supports
de cette satisfaction. L’évolution du magazine est largement l’histoire de
l’approfondissement et de l’enrichissement de la maîtrise d’un récit visuel et
de sa combinaison avec le récit écrit. Les formes de récits se sophistiquent,
deviennent très diverses, ne se contentant plus de suivre une sorte de
déroulement linéaire, plus ou moins parallèles. Elles se combinent de plus en
plus intimement pour fournir un récit spécifique, qui lui-même s’intègre dans
cet autre niveau de récit visuel qui est celui de la maquette et du déroulement
de chaque exemplaire. Un déroulement qui donne sa place privilégiée,
essentielle à la couverture, à la page sommaire et au « chemin de fer ».
Le récit auquel parvient ainsi le magazine est celui qui permet au lecteur une
approche de type zapping. Dans le kiosque, un titre va s’identifier par sa
couverture qui attire l’attention et se veut invitation à une prise en main.
Cette couverture est déjà un concentré du discours visuel suggérant
l’ouverture et l’ébauche du feuilletage, par l’annonce de dossiers, de
reportages, d’interviews, de rubriques, des photos vignettes qui s’intègrent à
la photo ou à l’illustration principale. La page de sommaire est elle-même
organisée de manière à permettre plusieurs cheminements, par le ou les
textes, par des repères photographiques, des symboles, des dessins... chacun
peut constituer le point de départ d'un itinéraire qui est voulu comme étant
personnel, individualisé. Là où le quotidien suppose la lecture linéaire à
l’intérieur d’une structure stable faite de la succession des rubriques, le
magazine présuppose la multiplicité des cheminements correspondant à
autant de lecteurs et de lectures. Le récit visuel introduit ainsi au zapping et à
un rapport au lecteur essentiellement individualisé. Dans la double page elle-même, unité de lecture – une fois le magazine ouvert – l’organisation de
l’espace et des récits continue par les modes de traitement des photos, des
dessins, des infographies, des titres, des encadrés, des balises, etc., à offrir un
contenu ouvert à de multiples accès et différentes formes de séquences de
lectures.
La place qu’occupe la dimension esthétique du visuel dans le magazine avec
le développement délibérément orientée vers la séduction et le plaisir,
certains éditeurs évoquent y compris le plaisir du touché et de l’odeur - là où
les concurrents audiovisuel ou électroniques n’offriraient que le froid contact
de l’écran – introduit une notion « d’ambiance », dans laquelle se joue une
large part de l’identité d’un titre et de sa capacité à se distinguer de ses
concurrents. Car contrairement aux quotidiens qui évoluent dans un espace
peu concurrentiel, chaque magazine connaît trois, quatre, parfois davantage
de compétiteurs qui lui ressemblent comme un clone. Dès lors cette
ambiance que sait créer l’équipe réalisant un magazine sera la clé du lien
entre le lecteur et son titre, capable de déclencher l’achat dans le kiosque ou
de conduire au renouvellement de celui-ci lorsqu’intervient son échéance.
L’ambiance propre à chaque magazine crée également le contexte dans
lequel va pouvoir intervenir la démarche publicitaire. La publicité du
magazine ne se conçoit pas sans le visuel, qui est son atout principal, vis-à-vis de son concurrent quotidien, dont l’impression reste trop médiocre, vis-à-vis de la télévision qui peut jouer sur l’image animée, mais fugitive. La
richesse formelle et l’émotion visuelle peut être soulignée ou renforcée
d’une touche olfactive, comme c’est de plus en plus souvent le cas pour les
parfums
[13]. Cet atout peut être travaillé, par la création de rubriques, dont
l’ambiance est renforcée en fonction de types d’annonceurs recherchés.
Certains vont jusqu’à parler le magazines « attrapes pubs » lorsque cette
dimension l’emporte sur la pertinence du rapport au lecteur et l’esthétique du
visuel masquant l’artifice ou la misère éditoriale.
La traduction du rôle particulier du visuel dans l’organisation du travail des
équipes réalisant le magazine, prend la forme du directeur artistique – le DA
– à qui revient la conduite de l’ensemble des différents niveaux de récit
visuel. Dans nombre de titres, le directeur artistique partage à égalité la
direction éditoriale avec le rédacteur en chef
[14]. Dans des segments de
magazines, comme les féminins, le directeur artistique assume une forme de
direction sur le contenu qui impose ses options et ses choix au rédacteur en
chef. Cela ne va pas sans poser de questions lorsque l’on sait que la plupart
des DA n’ont aucune formation au journalisme, alors qu’ils sortent d’écoles
d’arts (beaux arts, arts déco, etc.). Le même type de question et de tension
entre la créativité formelle et la compétence journalistique se retrouve auprès
d’autres intervenants du visuel des magazines, à commencer par les
photographes, qui peuvent être des reporters photographes ou des
photographes d’art. C’est aussi le cas pour les infographes dont certains sont
issus de filières de graphistes ou d’illustrateurs, alors que d’autres sont
d’anciens secrétaires de rédaction. Les secrétaires de rédactions sont
également en concurrence avec les maquettistes pour la mise en page.
Périodicité : l’impératif de la créativité
Parler de la périodicité du magazine comme d’une caractéristique fortement
structurante du média peut sembler quelque peu tautologique. Et pourtant, le
fait que les magazines soient hebdomadaires, bimensuels, bimestriels,
trimestriel et de plus en plus, en fait, mensuels, a des répercussions
considérables quant à la spécificité du média, pour peu que l’on s’y arrête un
instant. Se situer sur un rythme hebdomadaire, à plus forte raison mensuel,
c’est devoir concevoir une information, s’il s’agit d’information, en tout cas
un contenu en décrochant du fil conducteur, du guide ou du garde fou de
l’actualité – c’est-à-dire un continuum de faits, scandé par le rythme de la
succession des événement, le tout débité à jet continu par les agences
d’information, les radios et télévisions d’information en continu, ou les
journalistes et correspondants de la rédaction. L’ensemble des médias
d’information « chaude » partage en fait la même posture, celle du tri, de
l’analyse, du commentaire et de la hiérarchisation d’une réalité – l’actualité
– qui s’impose à eux. Les magazines occupent de ce point de vue une place à
part, car ils doivent produire eux-mêmes, en quelque sorte, la réalité sur
laquelle ils vont travailler. Un mensuel décide trois mois, voire six mois à
l’avance des sujets qu’il va traiter. Si le résultat d’un reportage ou d’une
enquête n’est pas satisfaisante, il pourra faire et refaire autant de fois qu’il
sera nécessaire, éventuellement décider de ne pas publier, parce que la
qualité ou l’effet recherché au départ ne sont pas au rendez-vous. Il s’agit
d’une posture tout à fait originale qui comporte des implications très lourdes
sur le média.
L’impossibilité de suivre le fil de l’actualité oblige à trouver une autre
référence, un autre cadre d’inspiration. Il pourrait s’agir de la créativité, de
l’intuition partagée d’une collectivité de rédaction. Certaines démarches,
surtout dans les mois de lancement d’un titre, participent de ce phénomène.
Cependant, les structures des magazines, en particulier des mensuels dont les
rédactions se réduisent bien souvent à deux ou trois permanents (un
rédacteur en chef, un secrétaire de rédaction, parfois un ou quelques
responsables de rubriques), réduisent considérablement le potentiel de
créativité interne. Dans les fait, le décrochage de l’actualité conduit à tourner
le projecteur vers le public lui-même. Qu’attend-il ? que recherche-t-il ?
quelles sont ses préoccupations, ses hantises, etc. ? Cela ne veut pas dire que
le contenu du magazine est défini par les études et le marketing. En
revanche, il n’existe pas de démarche éditoriale en matière de magazine qui
ignore ce que sont les attentes, les goûts, les réactions du public. Les
rédacteurs en chef ont connaissance des études les plus traditionnelles, celles
qui disent qui sont leurs lecteurs. Ils utilisent bien souvent également les
études qui expriment l’évaluation de chaque type de contenu par les lecteurs
(ou des non-lecteurs ou les lecteurs de titres concurrents) au travers des
études « vu/lu
[15] ». Ils voient
[16], enfin de plus en plus leur public, à l’occasion
de multiples réunions de « groupes
[17] ». Et comme si cela ne suffisait pas, il
n’est pas rare de voir apparaître aujourd’hui des « jury de lecteurs
[18] », panels
de volontaires réagissant au contenu ou à des questions posées sur le
contenu
[19], au fil des numéros, sans parler des démarches de banques de
données informées d’abonnés qui permettent d’organiser des rencontres
ponctuelles avec les « lecteurs fidèles » ou avec des désabonnés récents, etc.
La multiplication de ces formes d’interrogations des lecteurs vient parfois
rencontrer – en une sorte d’entre-deux – des approches visant à faire
intervenir le lecteur ou stimuler son activité
[20].
L’attention portée au lecteur et l’imprégnation des préoccupations de celui-ci
n’ont pourtant aucune chance de conduire à concevoir un contenu qui
l’intéresse sans que s’exprime un travail de créativité de l’ensemble des
acteurs du contenu : journalistes, auteurs, photographes, illustrateurs,
maquettistes et directeur artistique. Décrocher de l’actualité, c’est en effet se
confronter en permanence au défi d’identifier des thèmes, des sujets, des
idées, des angles de traitement de la réalité tels qu’ils n’ont pas encore été
traités. Pour l’observateur extérieur, l’appréciation est pourtant souvent très
différente. Un reproche très répandu consiste à reprocher le conformisme et
l’impression de trouver des contenus extrêmement proches d’un magazine à
l’autre
[21]. C’est ignorer la double contrainte de devoir situer le propos dans la
sphère des préoccupations et bien souvent des sujets de divertissement ou de
détente des lecteurs et la nécessité de se différencier, de faire preuve de
créativité au quotidien, sans bénéficier du ressort dramatique de l’actualité,
de la diversité et du caractère inattendu des faits et événements qui la
constituent.
Le défi de la créativité trace en fait une ligne de partage radicale entre les
journalistes, photographes, infographes, voire même directeurs artistiques
des médias d’actualité et ceux des magazines. Les premiers doivent faire
preuve de curiosité, de culture générale, de sens critique, d’esprit de
synthèse, les second doivent avant tout être des intuitifs, des sensitifs, en
quelque sorte des capteurs des tendances en émergence, d’une forme d’air du
temps, de tout ce qui va pouvoir faire sens et intéresser le public auquel ils
entendent s’adresser. Les premiers peuvent être formés par des écoles de
journalisme qui savent comment les préparer à l’exercice du traitement de
l’information. Personne ne sait encore comment vraiment former ces créatifs
dont la presse magazine a besoin en permanence
[22]. Faute de quoi elle va les
chercher tous azimuts, les emploie au travers de multiples statuts de
précaires, pigistes ou free lance
[23], n’hésitant pas à les laisser au bord du
chemin dès que leur sensibilité est émoussée et leur créativité réduite à de
simples procédés.
Concrètement cette programmation, longtemps à l’avance, des types de
contenus qui vont être travaillés puis proposés aux lecteurs, passe par un
moment-clé, celui des « séminaires de rédaction ». Autour d’une table, une
discussion s’amorce sur ce que seront les principaux thèmes qui pourraient
constituer le contenu des numéros de l’été, alors que dehors la neige
s’attarde sur les toits environnants. Chacun réagit, enrichit, critique,
complète pour que se dessine progressivement le canevas du numéro, les
auteurs, les journalistes, les photographes qui pourraient être sollicités.
Chacun ? C’est-à-dire en fait le rédacteur en chef, l’éditeur
[24], le directeur
artistique, quelques journalistes, y compris pigistes, mais aussi le
responsable du marketing, parfois quelqu’un des études, quelqu’un des
ventes, le responsable de la publicité. S’agissant du contenu, chacun
s’accorde à considérer que la parole est à la rédaction. Mais la règle est aussi
de laisser la parole à chacun des présents. C’est-à-dire qu’à l’évocation d’un
dossier, le responsable de la pub fera remarquer que cela lui facilite la tâche
ou qu’au contraire « ce ne sera pas de la tarte ». Il pourra aussi suggérer le
petit infléchissement ou l’angle qui intéresserait davantage quelques
annonceurs dont le titre a le plus grand besoin. Quant au responsable du
marketing, il pourra faire remarquer que l’idée d’interviewer telle
personnalité est « ringarde » vu que la concurrence l’a déjà fait plusieurs
fois. Il pourra également insister sur l’intérêt manifesté par les lecteurs pour
ce thème ou au contraire leurs demandes insatisfaites pour des thèmes
décidément très différents.
Faut-il dire, pour autant, que les magazines sont des produits de marketing
ou de simples pièges à pub ? Les choses sont plus compliquées. Le fait de
devoir « inventer » son contenu ouvre un espace de négociation et de
confrontation de logiques, qui est beaucoup plus poreux que le système de
relation ou de frontières qui s’impose dans la plupart des médias entre
rédaction et marketing, rédaction et publicité. Cette porosité et ces
interrelations entre les uns et les autres ne signifient pas que la rédaction en
chef ne conduise pas la démarche éditoriale. La pertinence du propos et le
succès du magazine implique que les professionnels du contenu, les créatifs
soient aux commandes. En revanche, il ne peuvent à aucun moment éviter
d’intégrer à leur démarche les considérations propre au marketing, à la
commercialisation, à la publicité, sans oublier les rappels à l’ordre du
contrôle de gestion ou de la fabrication.
Segmentation du public et contrat de lecture
La presse magazine ne s’adresse pas au public, mais à des publics. Dès son
origine, la démarche du magazine a été celle de la segmentation du public et
de la thématisation de son contenu, là où le quotidien entendait s’adresser à
l’ensemble du public sur tous les sujets possibles. Face à des médias de
masse, quotidien, radio, télévision, le magazine s’adresse à des lecteurs en
fonction de leurs caractéristiques biologiques (l’âge et le sexe),
socioculturelles, etc. ou à partir de domaines, qui constituent autant de
« pôles d’intérêts » (le loisir télévisuel, la synthèse de l’actualité,
l’automobile, les sciences, la nature, etc.). Plus le média se développe au fil
des décennies et plus il affine et renforce cette segmentation. Là où dans les
années 1960 la presse jeune se distingue en trois grandes approches : les
magazines dits « éducatifs » (créés en grande partie par Bayard Presse, le
premier de ceux-ci étant
Pomme d’Api), les hebdos distractifs
(principalement Disney Hachette presse et ce qui restait des « illustrés
[25] »,
les magazines ados (avec à leur tête
Salut les copains !), va s’opérer d’abord
une segmentation toujours plus fine par âge (par tranche de 2 à 3 ans
aujourd’hui). Dans les années 1980 commencent à intervenir, chez les
magazines « éducatifs » des spécialisations, à côtés des « chaînages
[26] » de
« généralistes », pour arriver à la situation actuelle où un enfant peut choisir
un titre de lecture (
J’aime lire, etc.), un titre de jeux (
Winnie jeux, etc.), un
titre d’activité et de documentation (
Oxébo !, etc.), un titre animaux – nature
(
Wapiti, etc.), un titre d’actualité (
L’Hebdo des juniors ou
Les Clés de
l’actualité, etc.), un titre d’introduction à l’anglais (
I love English) ou au
multimédia (
Mobiclic), sans oublier l’existence de nouvelles gammes pour
les filles (
Julie ou
Les P’tites sorcières). Concrètement cette progression de
thématisations fines dans un groupe comme Bayard Presse, conduit à ce que
de 1983 à 1999 le nombre de titres publiés pour les jeunes est passé de sept
titres (dont quatre généralistes) à seize titres (dont sept généralistes).
Globalement la diffusion de ces titres a progressé passant de 650 000
exemplaires à 1 113 000. Toutefois les généralistes représentent désormais
moins de la moitié de cette diffusion avec 515 000 exemplaires
[27].
L’approche par segmentation des publics implique une conception très
particulière de la relation aux lecteurs. Quotidiens, radios et télévisions
partagent en effet une vision que l’on pourrait qualifier de « totalitaire » à
l’égard du public : ils entendent traiter de tout pour tout le public. Chaque
titre, station ou chaîne sait très bien qu’il ne capte pas tout le public, mais il
conçoit son contenu comme si le public auquel il s’adresse ne recourait qu’à
lui. Les magazines au contraire se pensent comme s’intégrant à un univers de
communication diversifié, dans lequel les médias chauds ont eu la primeur
du traitement de nombre des questions qu’ils vont aborder, qu’il s’agisse de
loisirs, de sports, d’économie, de santé, etc. Ils se pensent également comme
l’une des composantes d’un bouquet de titres, qui est le fruit de la
personnalité, des goûts, des préoccupations, etc. de chaque individu. A
chacun la spécificité de son bouquet, à chaque moment de la vie un bouquet
différent, à chaque saison, à chaque problème rencontré dans le vécu, un
nouveau bouquet. Ce qui signifie d’abord que le magazine s’adresse à des
individus, dont il ne prétend satisfaire qu’une attente ou préoccupation
particulière. Ce qui veut dire que chaque titre doit solliciter, surprendre,
attirer l’attention, séduire en permanence, afin d’être présent dans davantage
de ces bouquets individuels. Ce qui implique enfin que les entreprises
éditrices de magazines sont portées à développer des gammes de titres, en
associant également des thématiques, qui font partie des grandes
composantes des bouquets : hebdomadaires de télévision, féminins, sports –
détente – loisirs, etc.
Le marché publicitaire trouve dans ces publics segmentés par caractères –
d’âge, de sexe, de niveau socioculturels, de pôles d’intérêts – un complément
précieux aux supports de masse. C’est tout du moins la carte que jouent aussi
bien les grandes régies publicitaires (la principale étant Interdeco
[28] ) que les
plus petites régies intégrées. Par les différents modes de segmentation
opérés, les magazines offrent en fait une gamme très large de supports, qui
vont de « produits » liés aux poids lourds de la pratique de la télévision, les
« hebdos télé », qui concernent tout le monde, à des titres très fins, pour
quelques milliers de lecteurs, aux caractéristiques bien identifiés, tel
Le
Cheval de sport ou
L’Auto Verte. Les premiers – avec des produits comme
« Pack 3
[29] » qui regroupent des audiences de 27,5 millions de lecteurs –
bataillent avec TF1 ou France 2, alors que les audiences très ciblées et
informées (par les fichiers d’abonnés) des seconds, sont au plus près de la
concurrence avec les médias interactifs.
La segmentation, dans un contexte de compétition vive, a pour corollaire
qu’aucun achat de magazine ne s’impose par lui-même, comme une
nécessité, voire par la force de l’habitude. Aussi doit-on établir le lien, ici,
avec la référence que fait la presse magazine à la notion de « contrat de
lecture
[30] » pour qualifier la relation de chaque titre à son lecteur. Dans les
représentations qui guident les rédactions, comme les créatifs du visuel,
chacun se représente sa relation au lecteur comme s’il s’agissait d’un choix
réciproque : le magazine choisit son public et chaque lecteur a choisi son
titre. Ce choix se fait sur la base d’une proposition de l’éditeur, dans laquelle
figurent des thématiques traitées, des angles, un ton, un style, une ambiance,
qui doivent être immédiatement perceptibles à celui auquel le titre s’adresse :
c’est le contrat de lecture. Il ne saurait être question, sous prétexte de
recherche de créativité ou de recherche d’innovation permanente, de
remettre en cause, à chaque numéro, ce contrat. De la même façon, un titre
qui veut durer doit gérer l’évolution de son contrat de lecture. Cette
référence à la notion de contrat est une autre manifestation, du fait que le
magazine est un média qui s’adresse à des individus singuliers. Il est
possible d’objecter que le quotidien, lui aussi, aujourd’hui, a intégré cette
notion de contrat de lecture. Il s’agit pourtant d’une acception très différente,
faite de recherche d’éléments consensuels, support de confort dans une
relation qui se veut dans la durée, en fait pour la vie. Le contrat de lecture du
magazine est plus précis, plus impliquant, plus actif. Chaque titre qui cesse
de plaire au public auquel il s’adresse, se pose d’abord la question : où en
sommes-nous avec notre contrat de lecture ? est-il compréhensible ? n’est-il
plus en phase avec notre public ?
Et alors, la segmentation a aussi à voir avec la mortalité des titres. Les
médias de masse se vivent comme non mortels et toute période de crise se
doit d’être dépassée par des évolutions, voire des révolutions profondes.
L’acharnement thérapeutique est la règle
[31]. Les magazines eux se savent
mortels. Ils savent que nombre des segmentations et thématisations qu’ils
opèrent sont le fruit d’une perception des mouvements, tendances, évolutions
de nos sociétés. Lorsque la société change, des segments et des thèmes
perdent de leur pertinence. Il faut alors s’orienter sur de nouveaux concepts
adaptés à la situation nouvelle et accepter de faire mourir les concepts usés.
Chaque année plusieurs centaines de titres naissent et plusieurs centaines de
titres disparaissent. Combien de radios, de télévisions, de quotidiens naissent
et meurent chaque année ? Les coûts de lancement sont trop élevés, la
constitution des audiences de masse est trop complexe et lourde à réaliser
pour que l’on envisage, sans état d’âme d’arrêter l’un de ces médias. Vitalité
et mortalité de la presse magazine ont une répercussion sur ses structures :
les entreprises d’édition de magazines gagnent à être des groupes, qui sont
en fait des machines à inventer des titres (des pépinières) ou à ramener à eux
toute création indépendante pertinente.
Une approche basée sur la segmentation et la définition – gestion de contrats
de lectures concernant des publics limités, se définissant par des traits précis,
peut s’affranchir du lot commun de tous les médias de masse, les spécificités
culturelles, institutionnelles, sociopolitiques de chaque marché national. Les
quotidiens (hormis les titres économiques anglo-saxons) n’ont de réalité que
nationales, même s’ils sont la propriété de groupes multinationaux (le
Sun ou
le
Times pour News International
[32], par exemple). Il en est de même pour les
radios et les télévisions, même si le développement de canaux thématiques
sur le satellite marque une évolution encore inachevée, vers des offres
communes, au moins aux principaux pays de l’Union europeenne. Pour les
magazines, en revanche, les premières expériences d’internationalisation,
notamment de
Vogue ou de l’
International Reader Digest, datent de l’entre-deux-guerres. Pour autant, l’engagement d’une vraie internationalisation du
média presse magazine se situe véritablement, à grande échelle dans les
années 1980, à l’initiative de groupes comme Bertelsmann, Hachette, Time
inc
[33], Bauer, Reed Elsevier, etc. Dès ce moment, tout éditeur de magazine
est amené à se poser, pour chacun de ses titres ou concept, la question de sa
transposition ou son adaptation dans d’autres pays ou continents.
Dans le cas de la presse magazine française, les exemples de réussites
d’internationalisation concernent surtout les féminins –
Elle (Hachette
Filipacchi Médias) et
Marie Claire
[34] –, mais il ne faut pas négliger non plus
le cinéma –
Première (Hachette Filipacchi Médias), les déclinaisons de
magazines seniors –
Notre Temps (Bayard Presse) ou enfants
(principalement Bayard Presse, là aussi). En deux décennies, les éditeurs ont
appris à évaluer les chances d’internationalisation de leurs titres, sur quel
continent et dans quels pays. Les news, ne sont pas exportables. Il y a peu
d’internationalisation d’hebdo de télé (hormis le cas de
Télé Loisirs par
Prisma Presse
[35] ). En revanche les féminins, les titres générationnels, la
presse à pôle d’intérêt (automobile, nature, sports, évasion, etc.)
s’internationalisent souvent très bien, ce qui conduit à voir Gruner und Jahr
(la filiale magazine de Bertelsmann) réaliser 55 % de son chiffre d’affaire à
l’international, pour Hachette Filipacchi Médias il s’agit de l’ordre
[36] de
50 %, pour le Hollandais VNU, il s’agit de 45 %, alors que le britannique
Emap, parti plus tard (années 1990) a franchi la barre
[37] des 30 %.
L’internationalisation d’un magazine ne saurait se limiter à la simple
traduction du contenu de celui-ci. Les entreprises éditrices ont appris
l’obligation de retravailler, à chaque fois, le concept en fonction des
particularités du pays concerné, avec les limites à imposer pour que le
concept ne perde complètement sa cohérence et sa consistance
[38]. Des
groupes comme Hachette ou Marie Claire sont attachés au titre du magazine
lui-même (« la marque »), alors que les éditeurs allemands, à commencer par
Bertelsmann, croient davantage au contenu du concept et à la démarche
marketing qui lui est associée. Concrètement, cette alchimie de l’adaptation
du magazine et sa réalisation – la commercialisation, au jour le jour, peut
prendre plusieurs formes, que chaque groupe combine, en fonction de
l’importance donnée à un marché national, la difficulté à le connaître
profondément, les opportunités de rachats. Le premier mode
d’internationalisation réservé aux groupes les plus solides et aux marchés
nationaux considérés comme stratégiques, consiste à créer des filiales
propres ou à racheter des éditeurs qui deviennent ainsi des filiales propres.
Hachette a ainsi créé une filiale espagnole importante, alors qu’aux Etats-Unis, au Japon ou en Italie le groupe à procédé par rachats
[39]. Une deuxième
approche consiste à créer une filiale commune avec un partenaire local, c’est
la formule dite de la
joint venture. Elle est extrêmement répandue,
permettant de limiter l’investissement et le risque (en profitant de la
connaissance et de l’implantation du partenaire sur son marché), d’apprendre
le marché en question et d’être présent dans le travail d’adaptation du
concept
[40]. La troisième formule est celle de la licence, dans laquelle l’éditeur
s’en remet complètement à un partenaire, qui se voit contraint de respecter
un cahier des charges précis et devra verser des royalties en proportion des
recettes du titre. La formule de la licence est souvent privilégiée par les plus
petits éditeurs ou dans des pays considérés comme peu stratégiques.
L’investissement est faible, les ressources peuvent être intéressantes, mais il
n’y a pas d’apprentissage du marché, alors que le partenaire va pouvoir lui
apprendre le savoir-faire du concepteur du titre.
Les groupes peuvent combiner à ces trois formules types des systèmes
d’obligations qui leur permettent de renforcer les remontées de ressources et
leur implication dans les titres qu’ils internationalisent. Il peut s’agir
d’obligation d’achat de photos, d’articles, de pages
[41], etc., dans une
proportion fixée par contrat, avec facturation de celles-ci. Il peut être
également obligatoire de confier la régie publicitaire internationale (celle qui
concerne les campagnes internationales des plus gros annonceurs) à une
filiale du groupe. Hachette Filipacchi Médias, impose ainsi le recours à sa
filiale Interdéco international (rebaptisé depuis peu HFGA, soit Hachette
Filipacchi Global Advertising), qui peut ainsi vendre les quatre millions
d’acheteuses de
Elle, aux grandes marques de parfums, de cosmétiques, etc.
C’est dire à quel point l’internationalisation des magazines fait écho avec le
type de structure économique, celle du groupe, au sein duquel ce type de
média trouve une valeur ajoutée supplémentaire.
Des groupes centrés sur la valorisation des concepts éditoriaux
S’il fallait caractériser l’entreprise éditrice de presse magazine, vis-à-vis des
autres formes d’entreprises intervenant dans les médias, une réponse
s’imposerait, il s’agit d’une entreprise qui est d’abord centrée sur la mise au
point et la valorisations de concepts éditoriaux sur le plan rédactionnel,
publicitaire et commercial. Et comme il y a plusieurs concepts éditoriaux
[42],
ou titres, généralement, cela veut dire qu'il s'agit de la forme d'entreprise la
plus décentralisée que l'on peut trouver dans les médias. Son unité de base
est ce que nous avions appelé des « cellules-titres
[43] » : une cellule par titre.
Et lorsqu’il s’agit de mensuel, ces cellules titres peuvent se résumer à trois
personnes : un « éditeur
[44] », un rédacteur en chef, un directeur artistique.
Ceux-ci d’ailleurs peuvent exercer ces responsabilités sur plusieurs titres. En
fait au-delà du couple éditeur-rédacteur en chef, tout peut être sous-traité, y
compris la direction artistique, à un DA free lance, y compris la réalisation
rédactionnelle, auprès de « multiples pigistes
[45] », y compris bien sûr la
fabrication, la régie publicitaire, la gestion de fichiers d’abonnés, les études,
etc. La règle de base est d’arbitrer en permanence et pour toutes les fonctions
entre l’intérêt d’en disposer au sein du titre, de recourir à des structures
spécialisées du groupe, ou de s’adresser à des sous-traitants. Et la tendance
est de s’appuyer toujours davantage sur les sous traitants mis en concurrence
sur les prix et sur leur capacité d’innovation, de créativité, etc. D’où la
possibilité de parler d’entreprise réseau, dont le cœur sont les cellules –
titres, réseaux fonctionnels, mais aussi réseau technique, sachant que la
généralisation de ce type de structure n’a été rendue possible que par le
recours systématique aux réseaux électroniques (entre journalistes,
illustrateurs, etc. et rédaction, banques d’images et rédaction, rédaction et
photogravure, rédaction et centre d’impression, direction et fichiers
d’annonceurs ou fichiers d’abonnés, sans parler du suivi informatique des
ventes en kiosque, etc.).
Au sein des groupes, les cellules-titres, tout en bénéficiant généralement
d’une forte autonomie, ne sont pas dans une sorte d’apesanteur, ni dans un
espace totalement désorganisé. La valorisation d’un titre s’opère d’autant
mieux qu’il intervient à l’intérieur d’une stratégie concernant un segment de
marché, un type de clientèle, une thématique. D’où le fait que les cellulestitres sont amenées à se coordonner, harmoniser leur démarche dans une
gamme : chaque cellule-titre d’un magazine de presse jeune jouit d’une forte
autonomie de recherche d’auteurs, d’illustrateurs, etc. mais elle ne peut
ignorer le chaînage au sein duquel elle se trouve. Dans les faits les groupes
les plus importants développent ainsi en parallèle plusieurs segments de
marchés, plusieurs gammes
[46]. Certains sont le fruit de leur histoire (le
religieux et la presse jeune pour Bayard Presse et pour PVC
[47] ), d’autres la
résultante d’une compétence acquise dans le temps (les féminins ou la presse
jeune pour Hachette), d’autres enfin résultent de l’identification de segments
perçus comme stratégiques et à fort potentiels de développement (féminins
populaires, féminins thématiques, people, magazines économiques,
vulgarisation scientifique, découverte, hebdo télé pour Prisma Presse
[48] ).
Les entreprises éditrices de presse magazine développent simultanément des
services fonctionnels qui leur permettent de contrôler et d’optimiser la
valorisation des titres, tout comme d’en concevoir ou d’en acquérir de
nouveaux afin de mener leur stratégie de conquête des segments de marchés.
Au premier rang de ces services figurent le contrôle de gestion. Il est le
moyen d’appréhender la performance de chaque cellule-titre, tout en
préconisant des moyens de contracter au maximum les coûts. Le contrôle de
gestion est en fait le seul service fonctionnel que les cellules-titres ne
peuvent pas mettre en concurrence avec d’éventuels prestataires extérieurs.
Le second secteur fonctionnel, qui permet aux entreprises de cadrer et
d’influer sur l’activité des cellules-titres, est le marketing, qui recherche en
permanence la meilleure adéquation possible entre la segmentation des
publics et les réponses apportées par les titres de l’entreprise éditrice, qui
vérifie que celle-ci est concurrentielle vis-à-vis de ce que propose la
concurrence. L’ensemble des outils mobilisés par le marketing, à commencer
par les études, peuvent, en revanche, être sous-traités. Cela n’empêche pas,
bien entendu, la plupart des groupes de disposer de services « études
développement », même si la réalisation concrète desdites études se fait
rarement en interne. En revanche, il est remarquable que ces dernières
années des groupes comme PVC, Bayard, Prisma Presse, etc. aient multiplié
les embauches de chercheurs ou universitaires sociologues,
psychosociologues, etc. afin de diriger et d’animer leur secteur études.
Hormis ces services fonctionnels qui interviennent sur le suivi,
l’accompagnement, le développement éditorial des titres, les entreprises
éditrices de presse magazine se sont presque toutes (hormis Hachette)
séparées de leur secteur fabrication et surtout impression. Cela tient, d’une
part, à la préférence pour une mise en concurrence de sous-traitants. Les
mensuels ont le temps pour leur fabrication et peuvent donc recourir à des
sous-traitant européens, notamment de l’Europe de l’Est. Cela tient aussi à la
sophistication et l’augmentation permanente dans l’exigence de qualité
d’impression (voire de packaging), qui impose des investissements en
machines considérables, d’où la concentration extrême de l’imprimerie de
labeur aujourd’hui en France, les plus gros centres d’impression, notamment
en héliogravure, travaillant pour la plupart des éditeurs de magazines
[49]. Le
choix de disposer soi-même de sa régie publicitaire est davantage discuté.
Les éditeurs anglo-saxons et allemands privilégient les régies « intégrées »,
par groupe ou par gamme de titres. En revanche, pour les éditeurs français,
certains sont attachés à leur régie propre (Havas
[50], SFA Perdriel
[51] ), alors que
d’autres tels Bayard, Excelsior
[52],
Le Point, etc., préfèrent s’en remettre à un
partenaire (Interdeco en l’occurrence pour ces trois groupes), et qu’enfin
quelques groupes ont développé des régies pouvant intervenir pour le
compte de tiers, le géant étant ici Interdeco, ce qui n’empêche pas des
structures plus modestes telles que Publicat (filiale de PVC).
Restent les structures sur lesquelles vont s’appuyer les stratégies de
commercialisation en direction des abonnés et des acheteurs au numéro.
Chaque entreprise éditrice dispose de cellules chargées de ces formes de vente,
mais pour bien souvent, là encore, déléguer la gestion des abonnés à un tiers.
Le groupe PVC, s’est lui, en revanche, spécialisé dans cette gestion de fichiers
au sein de l’une de ses filiales, gérant les fichiers de ses concurrents et
même… de Canal+. Pour la vente au numéro, pour la France l’existence des
NMPP et des MLP, consécutive de la loi Bichet
[53], conduit à une sous-traitance
généralisée. Seul Hachette a fait de la messagerie de presse et de la vente au
numéro un secteur spécifique – Hachette Distribution Service
[54] – rentable, qui
intervient comme partenaire des NMPP dans la distribution et au travers du
réseau Relais H pour la vente. En revanche Hachette est distributeur de presse
et vendeur de publication dans nombre pays dont l’Espagne, mais également
en Europe de l’Est et en Amérique du Nord.
Pour conclure sur les structures de l’entreprise éditrice de presse magazine, il
est possible d’avancer que, contrairement au quotidien, où la concentration
n’est pas toujours d’une grande rationalité économique et relève bien
souvent de la recherche d’influence, en revanche, pour les magazines, le fait
d’être situé dans un groupe améliore la rentabilité et la valorisation de ceux-ci. Et, cela même si les groupes ont tendance à pécher par manque de
créativité. En France, cette faiblesse est compensé par un vivier très actif de
créateurs de titres, qui tentent leur chance eux-mêmes ou qui viennent
proposer leurs projets aux groupes. L’important est qu’à moyen terme, sinon
à court terme, le vivier de créateur trouve une dynamique avec les groupes
qui vont y puiser les titres
[55] dont ils ont besoin pour déployer leurs stratégies
de conquêtes de segments de marché. En second lieu il faut constater que les
structures de presse magazine, souvent très rentables trouvent très bien leur
place dans les groupes de communication, qu’il s’agisse de Time Inc. chez
AOL Time Warner, de Gruner und Jahr chez Bertelsman, de Havas chez
Vivendi ou encore de HFM dans Lagardère groupe. Cela tient certainement à
cette structure d’entreprise réseau, centrée sur la valorisation éditoriale, alors
que l’aspect industriel et logistique de l’impression et de la manipulation du
papier imprimé sont sous-traités.
En adéquation avec l’époque
Importance du visuel, avec une grande variété d’associations entre le texte et
les images, les magazines sont en phase avec les formes d’écriture auxquels
accèdent les internautes. Le zapping, avec ces parcours multiples de lecture
entre magazines, au travers du « chemin de fer », dans les rubriques, dans la
double page et dans chaque papier, ne sont pas bien loin des sauts entre les
chaînes de télévisions ou d’une station de radio à l’autre. La relation
individualisée, au travers du contrat de lecture, voire du dialogue
personnalisé, avec les multiples courriers des lecteurs ou forums, fait écho
aux formes de sociabilités volontaires, choisies, qui se voient privilégiées
aujourd’hui. L’invitation à l’activité et à l’initiative du lecteur, qui se voit
convié à chaque instant à modifier son propre bouquet de titres, en fonction
de la personne, de ce qu’elle vit, de ce que sont ses envies, intervient dans
cet univers de valorisation de l’activité et de l’interactivité dont les zélotes
des médias électroniques ont le sentiment d’avoir le monopole. Sans que de
telles notations soient exhaustives, il est toutefois tentant de constater que le
succès des magazines intervient dans une époque qui paraît très en phase
avec leurs caractéristiques propres et leurs atouts.
L’analyse de l’économie des entreprises éditrices de magazines, de leurs
structures, de leurs méthodes conduit à s’interroger sur le fait de savoir si
elles ne constituent pas une anticipation sur des tendances de fond que ne
font que découvrir de manière balbutiante des médias à l’image plus
moderne, à commencer par les radios et télévisions, mais aussi sans doute
l’internet. Parmi celles-ci, il faut sûrement citer la place et la maîtrise du
marketing, avec ce qu’il comporte de connaissance et d’analyse des publics.
Il y a également cette approche segmentée et thématisée du public, que ne
font que découvrir les télévisions avec la création de bouquets de
programmes thématiques pour le câble et le satellite. La segmentation
permet également d’accéder à un niveau d’information et de qualification de
l’audience, totalement inaccessible aux médias de masse, permettant d’offrir
une alternative, pour les annonceurs, aux stratégies de masse de la télévision,
avec un confort et une qualité de présentation des messages que n’offre pas
le net. Les structures légères « d’entreprises réseaux », totalement centrées
sur la fonction éditoriale, ne sont plus totalement étrangères aux télévisions
proposant des programmes thématiques, mais la plupart des entreprises de
médias restent davantage lestées par l’activité de production/réalisation en
interne, que ne peut l’être l’éditeur de magazines. Il en va de même de
l’internationalisation qui jusqu’ici était totalement inconnue pour les radios
et ne concernait que quelques programmes de télévision (principalement les
fictions). Faut-il y voir l’explication du rôle privilégié, voire de pivot, à
l’origine de la constitution de très grands groupes de communication, à
commencer par AOL Time Warner, Bertelsmann, Lagardère groupe –
Hachette, Reed Elsevier, etc.
Il se pourrait d’ailleurs que dans la course à la taille, à la rentabilité et à
l’internationalisation, dans laquelle se trouvent engagés les groupes de
communication, plusieurs formes s’affrontent en fonction de leur
« métier
[56] » d’origine. Les quotidiens, hormis l’exception certes notable de
Ruppert Murdoch, n’ont pas réussi cette mutation ou se trouvent cantonnés
dans des rôles secondaires
[57]. Les groupes issus de la télévision ont réussi des
montées en puissance spectaculaires (comme celui de TBS
[58], Canal +, Beta
Taurus, Mediaset de Berlusconi), mais la diversification est souvent limitée,
l’internationalisation rarement au-delà d’un continent
[59]. Les groupes issus
des télécommunications et des réseaux, aussi gigantesques soient-ils doivent
démontrer leurs performances et leur capacité à s’épanouir dans la durée…
La réflexion et l’analyse de la presse magazine, qui fut longtemps quasiment
inexistante, mérite donc une attention particulière, d’abord parce qu’elle
concerne un média dont le poids dans les pratiques du public est important,
avec des spécificités bien réelles, mais aussi parce qu’elle paraît jouer un
rôle privilégié dans la recomposition des groupes et donc de l’économie des
médias, traditionnels et en émergence. Non pour valoriser particulièrement
un état de l’art à un moment donné, mais pour ce qu’ils expriment comme
dynamique, un phénomène d’avant-garde, c’est-à-dire de créativité et
d’adaptabilité servies par des structures plus légères et plus évolutives que
celles de la plupart des autres médias.
·
ACCARDO A. et al. (1998), Journalistes précaires, Le Mascaret, Bordeaux, 1998.
·
BALBASTRE G. (2000), « Une information précaire », Actes de la recherche en
sciences sociales, n° 131-132, Paris.
·
BOUGENOT F., CHARON J.-M. (1994), « Le traitement du visuel dans la presse »
étude réalisée par l’Observatoire du Centre de formation et de perfectionnement des
journalistes.
·
CHARON J.-M. (1999), La presse magazine, La Découverte, Paris.
·
SCHROEDER M. (1992), « L’internationalisation de la presse magazine : l’obstacle
de la culture », Médiaspouvoirs, n° 27, juillet.
·
VERON E. (1985), « L’analyse du contrat de lecture : une nouvelle méthode pour
les études de positionnement des supports de presse », in Les médias. Expériences,
recherches actuelles, application, IREP.
·
VERON E. (1991), « Les médias en réception : les enjeux de la complexité »,
Médiaspouvoirs, n° 21, janvier.
[1]
La dernière étude d’audience concernant les jeunes lecteurs « Conso Junior 2000 » réalisée
par Médiamétrie, montre que 63 % des petits enfants de 2 à 7 ans lisent au moins un magazine
(en dehors des hebdos télé). Ils sont 79,3 % pour la tranche 9 à 19 ans.
[2]
Pour plus de développement concernant les données et analyses avancées dans cet article,
on pourra se reporter à CHARON, 1999.
[3]
Ici l’approche du sociologue diverge, en partie de celle de l’historien Gilles Feyel. Pour ce
dernier, le magazine apparaît progressivement dans le sillage des périodiques et des
quotidiens, alors que la lecture qui est faite ici privilégie la thèse d’un phénomène de rupture :
le magazine participant d’une logique éditoriale spécifique, d’une forme de relation nouvelle
au lecteur (partant des pôles d’intérêt de celui-ci), en concurrence avec la presse quotidienne,
au moment où le développement de celle-ci marque le pas.
[4]
Dans une intervention récente le PDG de Hachette Filipacchi Média, Gérald de
Roquemaurel, évaluait le chiffre d’affaire mondial de la presse magazine à 100 milliards de
dollars, soit sensiblement le même que celui de la télévision.
[5]
Si l’on accepte l’hypothèse visant à éclater la presse écrite en plusieurs médias distincts et
concurrents, sinon la presse écrite globalement est le premier support publicitaire, grand
média, avec 47,2 % (source : IREP 98).
[6]
Là où la télévision en accueille 3 915 et les radios 3 788 (selon SECODIP, 2000).
[7]
Selon l’étude du Ministère de la culture, « Les pratiques culturelles des Français » (Enquête
1997, sous la direction d’Olivier Donnat, La Documentation française, Paris, 1998), les
femmes lisant d’ailleurs plus de magazines que les hommes (contrairement aux quotidiens),
soit 86 % contre 82 %. L’étude annuelle « Audience et Etudes pour la Presse Magazine »
recueille le chiffre de 95,9 % de Français âgés de plus de 15 ans.
[8]
Les chiffres sont de 1 018 pour l’Allemagne, 1 055 pour les Pays Bas, 656 pour la Grande-Bretagne, etc.
[9]
L’AEPM (Association pour l’étude de la presse magazine) qui réalise les études d’audience
de la presse magazine, identifie huit types de lecteurs, dont les plus gros lecteurs les
« dynamiques » lisent au moins 9 ,5 magazines différents, alors que les plus faibles les
« paisibles » lisent en moyenne, 3,2 titres. Les deux types des plus forts lecteurs, soit les
« dynamiques » et les « expansifs » (8,9 magazines lus), représentent un Français sur cinq.
[10]
Il s’agit bien sûr d’une substitution partielle, puisque la diffusion du
Monde, du
Figaro et
de
Libération s’élève à un peu plus de 900 000 exemplaires (contre 2 2000 000 pour les
quotidiens de « qualité » en Grande-Bretagne, pour une population comparable), alors que les
news magazines représentent une diffusion de l’ordre de 1 500 000 exemplaires, soit un
niveau exceptionnel, comparé à nos voisins européens.
[11]
L’une des premières concerna, très symboliquement, le système d’analyse de l’audience,
les magazines entendant développer leur propre outil, en fonction de leurs besoins de
commercialisation de leur espace publicitaire. Ce fut la fin des études communes CESP –
pour les quotidiens et les magazines – et la création de l’AEPM (Association pour l’étude de
la presse magazine). De la même manière, le SPMI devait contester le système dit du ciblage,
contenu dans les accords Galmot sur les services postaux. De 1997, système contre lequel ils
déposèrent des recours en Conseil d’Etat. En 1998, le SPMI demandait l’accès à la publicité
télévisée pour promouvoir ses propres titres, contre la position de la presse quotidienne,
favorable à un
statu quo qui garantissait aux régionaux l’exclusivité de la publicité de la
grande distribution.
[12]
Il faut noter que cette volonté d’affirmation de ses intérêts propres par la presse magazine
s’est traduit par une rupture avec la Fédération de la presse (la FNPF) dans les années 1990 et
la création d’un syndicat particulier le SPMI (Syndicat de la presse magazine d’information)
emmené par le petit carré des grands groupes multinationaux (Hachette Filipacchi Média,
Prisma Presse, Emap, Havas) ce dernier ayant ouvert les hostilités sur toute une série de
questions, dont le paritarisme, la formation des journalistes, la convention collective des
journalistes, la responsabilité du directeur de publication, etc., mais avec une priorité sur
l’ensemble des questions de distribution, postale ou par les messageries.
[13]
Avec l’adjonction d’un échantillon… en attendant de pouvoir jouer sur des encres
parfumées.
[14]
Cette place particulière des DA, leur formation, leur relation complexe avec le rédacteur
en chef apparaissait clairement dans une étude réalisée par l’Observatoire du CFPJ. Voir
BOUGENOT, CHARON, 1994.
[15]
Vagues de questionnaires visant à faire préciser à un lecteur, en feuilletant un exemplaire
du magazine, ce qu’il avait vu, ce qu’il avait lu. Il est courant de distinguer ici les titres, les
chapeaux et les types d’articles, ainsi que les publicités. Certaines études demandent d’évaluer
jusqu’à quel point un article a été lu : partiellement ou complètement. Il est possible d’ajouter
également un indice de satisfaction pour chaque article, tableau, illustration, photo, la limite
étant ici la complexité des résultats obtenus et leur exploitation possible.
[16]
Selon le protocole utilisé, cela pourra être sur un enregistrement vidéo, au travers d’une
glace sans teint ou encore directement en étant physiquement présent autour de la table.
[17]
Le responsable des études de Prisma Presse souligne que si cette technique des groupes
était jadis plutôt réservées aux périodes de lancement ou d’érosion de la diffusion d’un titre,
aujourd’hui la pratique des éditeurs est plutôt d’organiser régulièrement de tels groupes pour
leurs titres, à tour de rôle. L’éditeur n’hésite d’ailleurs pas à parler d’une « culture », propre à
son groupe, qui serait nourrie de cette attention et de cette proximité à l’égard de ses lecteurs.
[18]
Bayard Presse utilise ce type de « jury de lecteurs », profitant du fort taux d’abonnement
pour ses différents titres.
[19]
Disney Hachette presse l’éditeur du
Journal de Mickey, Minnie, P’tit Loup, encarte
chaque mois dans l’un de ses titres pas moins de 5 000 questionnaires sur ce titre, soit selon
l’éditeur, avec un taux de retour moyen de 5 %, un matériaux permanent d’environ
250 questionnaires permettant de suivre la satisfaction du lectorat à l’égard d’un de ses titres.
[20]
Les magazines de presse jeune multiplient les appels à rédiger des textes, à dessiner ce
qu’ils se représentent d’une question abordée dans le titre, avec la promesse de publier les
meilleurs. Dans ce type de presse, il n’est pas rare que les réponses affluent par milliers. Tout
comme Disney Hachette Presse, encarte chaque mois plusieurs milliers de questionnaires sur
le contenu de l’un de ses titres. L’éditeur situant ces questionnaires, les réponses aux
différentes formes de concours, l’afflux de lettres pour le courrier des lecteurs, dans le même
registre de l’intéractivité.
[21]
Cette critique est très présente dans un ouvrage comme celui de ACCARDO
et al., 1998,
ou dans l’article de BALBASTRE, 2000.
[22]
Ce qui se traduit par diverses tentatives de création d’écoles par les groupes de presse
magazine, eux-mêmes, (notamment « l’Académie Prisma Presse » et « l’Université
Hachette ») ; ainsi que la multiplication de « filières » au sein des écoles de journalisme, à
l’égard desquels les éditeurs restent très dubitatifs.
[23]
La presse magazine est en effet le principal facteur de la progression extrêmement rapide
des pigistes chez les journalistes. Rappelons qu’ils étaient 6,7 % en 1980,12,07 % en 1990,
alors qu’ils représentent plus de 25 % aujourd’hui.
[24]
En presse magazine, surtout dans les groupes, le directeur du titre est souvent appelé
éditeur.
[25]
Pif, Spirou, Tintin,
Pilote, etc., le plus diffusé étant alors
Le Journal de Mickey.
[26]
Les éditeurs qualifient de « chaînage », la construction d’une gamme de titres dont les
âges vont s’enchaîner, par tranches de 2 à 3 ans. La démarche vise alors à séduire les parents
d’un bébé de quelques mois (
Papoum,
Popi,
Picoti, etc.) et à les inciter à passer au titre
suivant, jusqu’à ce que celui-ci entre en fac, dans le cas de Bayard Presse (avec
Phosphore).
[27]
On aurait pu prendre également l’exemple des féminins qui après avoir opéré des
segmentations essentiellement sociologiques (populaires, haut de gamme, etc.) ainsi que
d’âge (
Jeune et Jolie,
Bravo Girl, etc.), développent désormais, à côté des généralistes (
Elle,
Marie Claire, Femme Actuelle, etc.), des spécialités : santé (
Réponse à tout santé, Santé,
Médecine douce), famille et enfants (
Family, Top Famille, etc.), cuisine (
La cuisine des 4
dimanches, Cuisine fruits et légumes, etc.), décoration (
Elle Décoration, etc.), beauté (
Le
monde du maquillage, etc.), consommation (
J’économise), etc.
[28]
Filiale de Hachette, assure la régie de quelques 65 magazines, de Hachette Filipacchi
Médias, mais aussi de Bayard Presse, de Excelsior, du Point, ainsi que des titres indépendants
tels que
DS, Vital, etc. réalisant un chiffre d’affaire de 2,1 milliards de Francs.
[29]
Il s’agit du produit proposé par Interdéco, regroupant les audiences de
Télé 7 Jours,
TV Magazine et
TV Hebdo, soit 10 millions d’exemplaires et 67 % du marché. Avec la même
logique, mais avec une toute autre échelle Interdéco propose « Espace 7-12 », soit 2,7
millions d’enfants des 7 à 12 ans (lecteurs des titres Bayard Presse et Disney Hachette) et
71 % des enfants de cette tranche d’âge.
[30]
Développée par VERON, 1985 et 1991.
[31]
Comme le montre bien l’énergie (et les moyens) mise dans le sauvetage de
France Soir ou
de RMC.
[32]
Le groupe de Ruppert Murdoch.
[33]
Editeur de presse nord américain, notamment du magazine
Time, de
Money,
Fortune, etc.
qui s’est fondu dans l’ensemble AOL Time Warner, dont le chiffre d’affaire en presse
magazine représente 20 milliards de francs.
[34]
Il existe plus d’une trentaine d’éditions de
Elle, qui diffuse 4 millions d’exemplaires dans
le monde (pour un peu plus de 300 000 en France) et 28 éditions de
Marie Claire.
[35]
Filiale française de Bertelsmann.
[36]
Dans son intervention au congrès de la FNPF le 23 novembre 2000, Gérald de
Roquemaurel, PDG de Hachette Filipacchi Médias, fixait à son groupe intervenant dans
33 pays différents, l’objectif de réaliser 80 % de son chiffre d’affaire hors de France.
[37]
En rachetant notamment en France le groupe Editions Mondiales, ainsi que les magazines
du groupe Hersant, dont l’historique
Auto Journal.
[38]
Se reporter à ce sujet à l’article de SCHROEDER, 1992.
[39]
Diamandis aux Etats-Unis en 1988, Fujingao au Japon, Rusconi en Italie. Les coûts
d’acquisitions sont souvent élevés : 1,2 milliard de Francs pour 90 % du capital de Rusconi.
[40]
Hachette s’est ainsi, au départ, associé au groupe de Ruppert Murdoch pour lancer les
éditions nord américaines et britanniques de
Elle. Le groupe français devait racheter plus tard
les parts de son associé, confiant désormais dans la connaissance qu’il avait acquise de ces
marchés.
[41]
Bayard Presse a ainsi développé une banque de donnée pour l’internationalisation de sa
presse jeune, sur laquelle se trouvent chargées, en permanence, 2 000 pages (dessins,
illustrations, photos, textes, etc.), soit une centaine de pages pour la vingtaine de magazines
concernés, dans laquelle les filiales,
joint venture et partenaires de licences, viennent puiser,
le tout circulant
via les réseaux électroniques.
[42]
C’est-à-dire, au risque de simplifier : un objet, un thème et une manière de le traiter, tant
sur le plan rédactionnel que de l’identité visuelle, en fonction du public visé.
[43]
Dans CHARON, 1999.
[44]
Selon les entreprises cette fonction de direction du titre sera qualifiée de directeur de titre
ou d’éditeur. La dernière qualification paraissant l’emporter.
[45]
Axel Ganz le PDG de Prisma Presse, dans une interview, parlait d’une « armée de
pigistes ».
[46]
Là encore l’autonomie de chaque segment peut être poussée très loin. Hachette a fait ainsi
le choix de maintenir ses publications jeunes dans une filiale avec un partenariat Disney
(Disney Hachette Presse), distincte de Hachette Filipacchi Médias. Et en matière de publicité,
la plupart de ses titres sont exploités en régie interne et non par la puissante régie du groupe
Interdeco (en dehors du couplage « Espace 7-12 »).
[47]
PVC (Publications de la Vie Catholique) a pour filiale Fleurus, issue d’une tradition de
presse jeune confessionnelle, avec notamment
Cœurs Vaillants, tout comme Bayard est
l’appellation moderne de la Maison de la Bonne Presse, qui depuis son origine, durant la
deuxième moitié du XIX
e siècle, publie des titres à tonalité confessionnelle en direction de la
jeunesse.
[48]
L’ensemble
Femme Actuelle, Prima, Cuisine actuelle, Cuisine gourmande, Voici, Gala,
Télé Loisirs relevant d’une offre plutôt orientée vers un lectorat de femmes, à dominante
populaires, alors que
Géo, Capital,
L’Essentiel du management, Ça m’intéresse, VSD
constituent un autre ensemble orienté vers les hommes, notamment cadres.
[49]
Le principal intervenant Quebecor a en effet repris les principaux imprimeurs nationaux, à
commencer par Jean Didier, comme il devait racheter les imprimeries de groupes de
magazines (Cino del Duca à Blois, filiale des Editions Mondiales). Le groupe dont le chiffre
d’affaire mondial est de 50 milliards de Francs, réalise au niveau de sa filiale européenne,
Quebecor World Europe, un chiffre d’affaire de 7 milliards de Francs, employant 6 000
personnes sur 28 sites différents.
[50]
L’Express, L’Expansion, La Vie Française, L’Entreprise, Courrier International, Lire.
[51]
Le Nouvel Observateur, Challenge, Sciences et Avenir.
[52]
Sciences & vie, Sciences & vie Junior, Biba, 20 ans, Auto Moto.
[53]
La loi Bichet, de 1947, continue de régir pour la France la distribution de presse. Elle
stipule que chaque publication peut se distribuer elle-même, mais qu’en revanche seules des
coopératives de presse peuvent assurer la distribution de titres tiers. Le recours aux
coopératives découlait d’une volonté de l’Etat d’éviter de placer la presse sous la loi du
monopole de distribution de Hachette, situation qui prévalait jusqu’à la seconde guerre
mondiale. La principale de ces structures coopérative est donc représentée par les NMPP, les
magazines mensuels la mettant aujourd’hui en concurrence avec les MLP aux moyens plus
souples, plus adaptés à cette périodicités et finalement moins coûteuse.
[54]
HDS (Hachette distribution service) distribue aussi bien des livres que de la presse, il
s’agit en fait de l’un des métiers de base, des anciennes « Librairies Hachette », qui sont à
l’origine du groupe. Le chiffre d’affaire global de HDS est de 16,3 milliards de Francs, soit
plus que celui de la presse, HFM, qui s’élève lui à 12,3 milliards de Francs.
[55]
Comme le montre par exemple le cas d’un Thierry Ardisson, qui va créer
Entrevue ou
J’économise, avant de les céder à Hachette Filipacchi Médias.
[56]
Ensemble de compétence et de savoir faire relatif à un type de média : le quotidien, le
livre (souvent associé d’ailleurs au magazine, si l’on se réfère à des groupes comme
Bertelsmann, Hachette, Reed Elsevier, etc.), le magazine, la radio, la télévision, le cinéma,
l’édition électronique (avec pour premier exemple AOL).
[57]
Tel Springer en Allemagne qui semble désormais quasiment marginalisé de la télévision
par son ex-partenaire Beta Taurus.
[58]
Turner Broadcasting System, dont CNN est l’activité phare.
[59]
Sans parler de leur réintégration parfois brutale à l’intérieur d’ensembles plus vastes, où
leur rôle de leadership est contesté, voire inexistant, comme Ted Turner dans AOL Time
Warner ou Canal+ dans Vivendi.