Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
272 pages

p. 201 à 229
doi: en cours

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no 106 2001/2

2001 Réseaux

Le teletravail

Trois projets pour un même objet

Alexandre Largier
Les écrits traitant du télétravail sont nombreux et viennent de multiples horizons. Cependant, selon les ouvrages ou les articles, ce que recouvre le concept diffère. Phénomène incontournable d’un monde du travail en mutation pour les uns, épiphénomène pour les autres, il semble que travailler à distance en utilisant les technologies de communication ne renvoie pas à la même réalité. A travers l’analyse des écrits sur le télétravail, nous avons décelé trois discours différents renvoyant chacun à un projet distinct. Chacun de ces projets possède des enjeux spécifiques et se heurte souvent aux autres. Cette pluralité contribue, selon nous, à maintenir le télétravail dans un statut quasi-expérimental. Writings on telework are numerous and stem from diverse horizons. Yet, depending on the book or article, the concept differs. An unavoidable phenomenon in a changing professional world for some or an epiphenomenon for others, it seems that distance work through communication technologies does not always refer to the same reality. Through the analysis of writings on telework, the author identifies three different discourses, each relating to a distinct project. Each of these projects has specific goals and is often in conflict with the others. The author suggests that this plurality helps to maintain the quasi-experimental status of telework.
Si l’on parle du concept de télétravail depuis près de trente ans, force est de constater qu’il ne semble pas s’être réellement développé, du moins dans sa forme la plus immédiate qu’est le travail à domicile. De nombreux écrits récents constatent ce décalage : si le télétravail est bien un sujet récurrent, la question de sa réalité se pose toujours. En 1988, W.J. Steinle [1] remarquait ironiquement que les chercheurs travaillant sur le sujet étaient plus nombreux que les télétravailleurs eux-mêmes. De même, une dizaine d’années plus tard, R. Delhaye, C. Lobet-Maris et B. Van Bastelaer [2] qualifiaient le télétravail de « vieux serpent de mer ».
Bien que nombre d’auteurs, comme B. Schneider & N. Rosensohn [3] (par exemple), attribuent au cybernéticien N. Wiener la paternité de l’idée du travail à distance utilisant les nouvelles technologies de communication, c’est en 1976 que J. Nilles [4] fait émerger le concept de telecommuting. Pour cet auteur, le télétravail est le résultat de la substitution des télécommunications aux transports de biens et de personnes.
J. Nilles, à l’instar de nombreux auteurs ayant traité du sujet, se livre au difficile exercice de la prospective. Bien que le télétravail soit majoritairement associé au travail à domicile, il développe une vue très générale dans laquelle ce télétravail, qui est étroitement lié au territoire et aux déplacements, est promis à un bel avenir. Les prédictions de l’époque sont d’ailleurs assez optimistes. Par exemple, l’American Telegraph Telephon (ATT) prédisait en 1971 que vingt ans plus tard les Américains travailleraient chez eux. Le télétravail paraît être alors un moyen d’améliorer les conditions de vie au travail, certains trouvant là une réponse aux « nuisances de la société industrielle ».
Le ton est aujourd’hui moins optimiste. Cependant, on continue de voir dans le télétravail, et plus globalement dans les téléactivités, un mode d’organisation du travail présentant de nombreux avantages [5]. Les auteurs sont aujourd’hui plus prudents et les discours sur les potentialités du télétravail sont devenus plus critiques. Tout cela a modifié les perceptions que les individus pouvaient avoir du télétravail, mais ne l’ont pas fait disparaître. Il continue aujourd’hui, au moins dans les esprits, d’occuper une bonne place sur le devant de la scène.
Si les logiques allant dans le sens du développement du télétravail ne sont plus les mêmes, les institutions, les entreprises et les individus continuent cependant à voir en lui une solution palliative à leurs maux. On trouve encore, en effet, de nombreux rapports commandités par les gouvernements ou des institutions supranationales faisant état d’un développement avancé du télétravail et lui promettant un grand avenir (rapport telework 99, par exemple). De même, le télétravail est toujours présent dans les dossiers des directions des ressources humaines de nombreuses organisations. Enfin, la presse n’a jamais cessé de vanter les mérites du travail chez soi, à la campagne, et ce de manière plus accentuée lorsque cela correspond à l’annonce d’une innovation technologique.
Le télétravail reste un objet difficile à cerner [6]. En effet, selon les auteurs, il recouvre des réalités distinctes. A travers l’analyse de nombreux écrits portant sur le sujet, apparaît une pluralité de définitions qui, chaque fois, donnent à voir le télétravail sous un angle particulier. A ces définitions sont associées des représentations de cet objet « fuyant » et de ce qu’il désigne. Ces différentes acceptions du télétravail coexistent et se côtoient, mais chacune prise isolement n’offre qu’une perception parcellaire du phénomène. Pourtant, le télétravail continue d’être observé avec un regard particulier, qui semble prendre le parti d’une définition et d’un niveau d’analyse spécifique. Il semble que chaque discours sur le télétravail soit guidé par des enjeux propres, soutenus par des acteurs originaux.
Notre analyse porte sur l’étude de textes qui viennent d’horizons divers : des articles de la presse grand public, des ouvrages de management, des rapports institutionnels, des articles de recherche en sciences sociales et un certain nombre d’ouvrages classiques sur le thème du télétravail. La littérature rassemblée est avant tout francophone. Nous y avons ajouté quelques écrits majeurs venant des Etats-Unis ou des pays d’Europe du Nord. Cet ajout, à visée comparative et explicative, est indispensable pour cerner certaines dimensions de l’objet télétravail. Nous présenterons tout d’abord les différentes définitions du télétravail ; puis nous observerons les représentations liées à ces définitions ; enfin, nous examinerons les différents projets sous-tendus par ces définitions et ces représentations.
Définir le télétravail
Les écrits concernant le télétravail se heurtent à une difficulté majeure : l’absence d’une définition consensuelle qui délimiterait l’objet d’étude et permettrait à tous de parler de la même chose. L’étendue du vocable utilisé dans le seul but de préciser ce dont on parle lorsque l’on aborde le thème du télétravail, montre combien le concept demeure obscur. La quantité de qualificatifs utilisés renvoie à des lexiques qui ne s’excluent pas les uns les autres, rendant la situation plus confuse encore. Parler de télétravail indépendant ou salarié renseigne sur le statut de l’individu ; préciser si le télétravail est pendulaire, nomade ou fixe sert à décrire les conditions dans lesquelles s’effectue l’activité ; enfin, apprendre que le télétravail se fait à domicile ou dans un bureau satellite est certes appréciable, mais (comme pour tous les qualificatifs) cela reste insuffisant pour percevoir pleinement la situation. Chacun va donc chercher à définir le télétravail de manière à cadrer son discours.
Cette volonté, légitime, de définir à tout prix le télétravail, est, en fait, particulièrement paralysante. De très nombreux écrits sur le télétravail cherchent à définir et à délimiter l’objet. Chaque auteur, défendant une position particulière et s’interrogeant sur la pertinence des définitions précédentes, constate la pluralité de définitions et l’hétérogénéité de la réalité qu’elles peuvent recouvrir. Il semble que cette question de définition focalise les attentions au point que les écrits qui font preuve d’un réel recul sont rares. En effet, la plupart se contente de définir le télétravail de la manière qui sied le mieux à l’exposé qui suit. Certains constatent, voire critiquent, ces multiples définitions, mais la question de la persistance et de la coexistence d’un grand nombre de définitions concernant un même objet n’est que rarement posée. C’est ce problème de définition et de délimitation du concept qui rend si difficile le comptage des télétravailleurs [7].
Derrière la question de définition se cachent des enjeux de validation d’un point de vue ou d’une thèse spécifique qui dépassent la simple description d’une situation. Nombre d’auteurs se servent du télétravail pour étayer des assertions d’ordre plus général comme la mondialisation de l’économie, le besoin d’une densification des relations extra-professionnelles ou encore l’émergence de formes organisationnelles caractérisant l’avènement de la société postindustrielle. Il est d’évidence plus aisé d’appuyer une vision que l’on veut, par exemple, optimiste et positive, sur une définition faisant du télétravail un phénomène étendu.
La plupart des définitions que l’on trouve ne sont en fait que des tentatives de précision d’un « concept simple mais flou [8] ». Le concept de télétravail sous-entend toujours la distance géographique et l’utilisation des Nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC). Mais un problème émerge dès que l’on tente de savoir ce que recouvre la distance et ce que l’on entend par utilisation des NTIC. La situation n’est en effet pas la même si, pour être reconnu comme télétravailleur, il faut se trouver perpétuellement ou non à distance. En outre, la réponse à la question : à distance de qui (ou de quoi) ? peut être très variable et l’est d’autant plus qu’aujourd’hui la flexibilité et la mobilité sont devenues des préceptes organisationnels.
L’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE), proposait, au début des années 1980, une définition large du télétravail : « travail réalisé par une entité (personne ou groupe) délocalisée, c’est-à-dire séparée de son établissement, et dont l’activité nécessite l’utilisation intensive de moyens de télécommunications ». Le nombre de situations recouvertes par une telle définition, compte tenu de ses ambiguïtés a déjà été maintes fois discuté [9]. Néanmoins, il semble que ce soit encore cette définition, ou une définition approchante, qui soit retenue par certains auteurs.
Une autre définition sera donnée dix ans plus tard par la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR). Le télétravail devient alors « toute activité tertiaire dont le traitement s’effectue à distance de l’utilisateur dans des lieux structurés de façon industrielle et dont la vocation est d’utiliser les moyens de communication électroniques [10] ». Cette définition se place dans une problématique d’aménagement du territoire, et dans ce cadre, les « lieux structurés de façon industrielle », comme le remarquaient R.-M. Lemesle et J.-C. Marot [11] ou S. Craipeau [12], semblent écarter du télétravail la personne ayant une activité (ou une part de celle-ci) à son domicile, ou ayant un comportement nomade. Le télétravail est ici fortement corrélé à la création de télécentres ou de bureaux satellites qui sont autant de formes de délocalisation partielle d’activités de l’organisation.
En 1993, la mission T. Breton [13], dans un rapport au ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire et au ministre des Entreprises et du Développement économique, tente de dresser une définition juridique du télétravail. Il s’agit d’une « modalité d’organisation et/ou d’exécution d’un travail exercé à titre habituel, par une personne physique, dans les conditions cumulatives suivantes : d’une part ce travail s’effectue : à distance, c’est-à-dire hors des abords immédiats de l’endroit où le résultat de ce travail est attendu ; en dehors de toute possibilité physique pour le donneur d’ordre de surveiller l’exécution de la prestation par le télétravailleur ; d’autre part, ce travail s’effectue au moyen de l’outil informatique et/ou des outils de télécommunications ; Il implique nécessairement la transmission au moyen d’une ou de plusieurs techniques de télécommunications au sens de l’article L32 du code des Postes et Télécommunications, y compris au moyen de systèmes informatiques de communication à distance : des données utiles à la réalisation du travail demandé ; et/ou du travail réalisé ou en cours de réalisation ». Cette définition, jugée par certains comme « très restrictive [14] », limite le télétravail à quelques situations particulières et exclut d’autres formes d’organisation du travail incluant distance et NTIC. Comme le remarque le rapport, le cadre qui travaille parfois le soir ou le week-end sur son micro-ordinateur ou le commercial qui maintient des contacts réguliers avec son entité de rattachement pour effectuer des transferts de fichiers, « ne sont pas qualifiés de télétravailleurs au sens de cette définition [15] ».
D’une définition à l’autre, la réalité du télétravail est donc multiple. Comme le remarquent B. Fusulier et P. Lannoy [16], le nombre de télétravailleurs peut aller du coup, pour la France, de quelques milliers à plusieurs centaines de mille. De ce fait, le télétravail peut être présenté comme un fait de société ou comme un épiphénomène. De même, J. Lindström, A. Moberg et B. Rapp [17], présentent plusieurs définitions et remarquent l’étendue de leur diversité. Une première définition, de U. Huws, WB. Korte et de S. Robinson [18], fait uniquement référence à la distance. Une deuxième, donnée par M. H. Olson [19], restreint le télétravail au travail effectué à domicile en utilisant les nouvelles technologies de communication. Une troisième, enfin, vient de J.M. Nilles [20]. Celle-ci élargit le télétravail à toutes les substitutions d’un déplacement professionnel par les technologies de communication. On le voit, la question de la définition du télétravail et de la réalité que le concept recouvre est internationale.
Notre point n’est pas ici de proposer une nouvelle définition, ni même d’entrer dans un débat sur la pertinence des définitions existantes. Nous remarquons seulement l’existence d’une pluralité de définitions tournant autour d’un même concept simple qui semble être partagé par tous. Nous regarderons l’étendue des situations qui sont recouvertes par ce concept au gré des définitions retenues et les multiples représentations qui sont véhiculées par les auteurs dans les écrits sur le sujet. Nous allons essayer de comprendre pourquoi autant de définitions se côtoient, quels en sont les promoteurs et quelles peuvent être leurs motivations.
Quelle que soit la définition retenue et les logiques qui les sous-tendent, le télétravail est toujours une situation dans laquelle un individu effectue une activité à distance du lieu considéré comme « normal » dans le cadre de l’exécution de sa tâche, tout en utilisant les NTIC pour créer ou maintenir des contacts. Sur cette base, les auteurs, en fonction de leur conception de ce que peut être le télétravail, proposent un grand nombre de critères dans le but de qualifier la population ou les différentes catégories de population concernées.
Les critères utilisés pour spécifier le télétravail dépendent fortement de la perception qu’a l’auteur du concept. Du point de vue macropolitique, dans une optique d’aménagement du territoire par exemple, les critères concerneront les conditions d’exécution de la distance : parle-t-on d’une distance fixe (travailler dans un télécentre, par exemple) ou d’une distance qui se modifie sans cesse (comme c’est le cas pour les travailleurs itinérants que sont les commerciaux ou les consultants). Un point de vue organisationnel interrogera le télétravail dans une perspective gestionnaire. Les critères qui servent alors à décrire le télétravail concernent les conditions environnementales, organisationnelles et juridiques dans lesquelles se déroule l’activité. Enfin, lorsque le télétravail est abordé sous un angle individuel, dans une perspective d’aménagement des conditions de vie au travail, les critères retenus pour qualifier le télétravail sont ceux qui touchent directement le télétravailleur et l’utilisation de son temps et de son espace de travail ainsi que de l’évolution de ses relations à autrui. De même, dans une perspective centrée sur l’individu mais, peut-être plus écologique, les auteurs s’interrogent sur les effets qu’une vie « à la campagne », à l’air pur, loin de l’agitation de la grande agglomération pourrait avoir sur la gestion personnelle des frontières entre les univers privés et professionnels.
De multiples représentations
En fonction du point de vue adopté par les auteurs, selon qu’ils sont optimistes ou pessimistes quant aux possibilités de développement et aux potentialités du télétravail, la définition varie. De ce fait, la représentation de la situation véhiculée par ces auteurs diffère. Pour certains, la définition retenue, explicitement ou non, est suffisamment large pour englober sous le vocable « télétravail » la délocalisation de services entiers de l’entreprise dans un pays à la main d’œuvre bon marché ou l’externalisation d’activités n’appartenant pas aux core competencies de la firme.
Au regard des nombreuses définitions existantes et de la multitude des situations de travail prises en compte par les auteurs, on peut se demander si la notion de télétravail a encore une quelconque signification. La tentation est grande de concevoir le télétravail selon un paradigme large qualifiant finalement la plupart des activités professionnelles de la société postindustrielle.
Dans cette optique il ne suffit pas de montrer l’existence d’un télétravail informel, ou de débordement, il s’agit de faire en sorte qu’il soit reconnu par tous, individus, organisations, institutions, de façon à ce que cela soit identifié comme un phénomène à part entière et que chacun, en y faisant référence, renvoie à un même objet. L’hétérogénéité est préjudiciable au développement régulé de ces formes de « travail médiatisé à distance ». Le manque de reconnaissance et de clarté pouvant inciter à la méfiance. Si une vision large, englobant une grande partie des mutations organisationnelles actuelles, est concevable, un point de vue plus restrictif l’est tout autant. Limiter le télétravail aux quelques formes organisationnelles émergentes qui entrent dans une définition stricte revient à cartographier et à reconnaître l’ensemble des formes existantes comme ayant une réalité propre. Bien qu’utilisant aussi les NTIC et s’effectuant dans la distance, le partenariat, le louage de service, la délocalisation, la sous-traitance, peuvent être considérés comme des formes organisationnelles distinctes du télétravail.
Ce débat de définition autour du concept de télétravail ressemble à celui qui existe autour de la catégorie des chômeurs. Comme l’indiquent M. Maruani et E. Reynaud [21], il existe de nombreuses définitions concernant cette catégorie d’individus et les réalités qui sont prises en compte ne sont pas les mêmes d’une définition à l’autre. Il résulte un décompte différent de la population concernée. Il en va de même pour les télétravailleurs. Ce débat est paralysant et freine l’avancée de la réflexion.
Plus encore que le nombre réel de télétravailleurs ou que la véritable ampleur du phénomène, ce que l’on perçoit derrière le problème de définition c’est le niveau d’analyse auquel se place l’auteur et la logique qui sous-tend la discussion autour du télétravail. Avec une définition large recouvrant délocalisation et sous-traitance, le télétravail prend un sens politique. Les auteurs qui vont dans ce sens vont pouvoir argumenter en termes d’aménagement du territoire, de lutte contre la désertification des campagnes et faire référence à la mondialisation des échanges et à la société postindustrielle. De même, en prenant une définition beaucoup plus étroite, le télétravail s’entend comme le moyen d’améliorer les conditions de travail des individus. Il va alors dans le sens d’un resserrement des liens familiaux et de voisinage, d’un partage des tâches ménagères, voire d’un retour à la nature.
Le fait qu’il n’existe pas de définition consensuelle constitue aussi un facteur qui facilite la propagation du concept. En effet, le concept de base – travail à distance utilisant les NTIC – est suffisamment souple pour que chacun puisse se le représenter de manière personnelle. Le télétravail devient alors, selon les désirs et les constructions des auteurs, un moyen de contrer l’urbanisation galopante, une politique d’emploi, un synonyme de flexibilité organisationnelle, une façon d’améliorer les conditions de vie au travail, etc.
Nous identifions au moins trois projets et autant de discours concernant le télétravail. Ces trois discours cohabitent, mais ne reflètent pas la même réalité, n’abordent pas le télétravail sous le même angle et, de ce fait, contribuent à la permanence du télétravail dans l’actualité et au flou qui baigne le concept. Le premier de ces projets est celui que nous appellerons politique. La deuxième renvoie aux modes de vie à « l’écologique », ce terme devant être pris dans son sens premier c’est-à-dire comme le rapport de l’individu à son milieu. Ce niveau d’analyse de compréhension du télétravail est celui de l’acteur et du quotidien. Enfin, le troisième est un projet organisationnel. On trouve parfois dans un même texte plusieurs niveaux de discours se côtoyant. C’est le cas, par exemple, de l’article de V. Di Martino et L. Wirth [22] qui s’adresse à la fois « aux gouvernants, aux dirigeants d’entreprise et aux travailleurs » et tente de « brosser un tableau suffisamment complet du statut du télétravail dans le monde d’aujourd’hui ». On peut noter, dans une perspective historique, la prééminence d’une logique par rapport aux autres. Dans les années 1970, c’est le discours politique qui était le plus développé. Progressivement l’organisationnel semble s’être imposé. Le discours porté par les manageurs et les consultants, et avec lui son projet, prend le pas sur les autres. Ces regards seront abordés dans les paragraphes qui suivent.
On peut se demander si la situation paradoxale d’un télétravail présent dans les textes et les esprits depuis près de trente ans, mais décrit régulièrement comme n’ayant pas dépassé le stade embryonnaire dans sa réalisation, n’est pas, en partie du moins, due à cette pluralité de discours qui rend hétérogènes les représentations construites autour de ce concept.
Un projet politique du télétravail
Il faut entendre le terme politique dans le sens d’organisation de la société. Le télétravail selon la logique politique, est donc un mode d’ordonnancement de la société prise dans son ensemble, comme une entité supérieure et quasi indépendante des éléments qui la composent. De même, le télétravail apparaît ici comme le résultat de grands mouvements touchant tous les niveaux de la société. Que l’on prenne le parti d’un changement technologique ou celui d’un bouleversement socio-économique, on évoque de véritables révolutions capables de modifier les relations sociales, les échanges économiques, les organisations et les cultures.
De nombreux auteurs abordent le télétravail d’un point de vue macroanalytique, replaçant le concept d’activité médiatisée effectuée à distance dans une réalité économique et sociale très large. Le télétravail est alors conçu comme faisant partie d’un phénomène beaucoup plus global, qui modifie dans ses fondements la société tout entière. Dans un tel discours, le télétravail relève d’une manifestation de la tertiairisation de la société ou, plus généralement, se veut l’une des matérialisations de la « radicalisation de la modernité [23] », voire de la société postindustrielle. Il fait alors partie d’un ensemble de solutions censé remédier à des maux de grande ampleur.
C’est dans ce sens que le télétravail peut être considéré comme un moyen de lutter contre la désertification des campagnes et par là servir les politiques d’aménagement du territoire. Ce projet est un des tous premiers à apparaître. C’est celui que tiennent, dans les années 1970 les pouvoirs publics français qui y voient « soit un moyen pour désenclaver le monde rural tout en favorisant le maintien ou la création d’activités, soit un moyen de réduire les nuisances de la société industrielle et urbaine [24] ». Il faut ajouter que ce discours apparaît sur fond de crise de l’énergie et que la possibilité, entrevue par certains, dont J. Nilles en 1976 [25], de substituer les nouvelles technologies permettant le transfert de données aux transports d’individus, paraît être un moyen d’effectuer des économies.
Cette conception du télétravail n’a pas disparu. La DATAR continue à promouvoir, dans cette logique, des projets de délocalisation dans des régions faiblement peuplées et de ce fait économiquement peu développées. De même, en 1994, la Commission des communautés européennes (CEE), ou en 1997 le Centre européen de ressources sur les reconversion et les mutations (CERRM), ont lancé des expérimentations de décentralisation basées sur le télétravail [26].
Le projet politique présente aussi une conception du télétravail en tant que politique d’emploi. Le télétravail devient un moyen de lutte contre le chômage, voire une technique de création d’emplois. C’est un point de vue que l’on retrouve dans certains discours officiels (le rapport Bangemann [27], par exemple, estime que, par un effet d’entraînement, les NTIC dynamiseront « tous les secteurs économiques » et auront des conséquences positives sur l’emploi). Le télétravail est alors la façon d’agencer d’anciennes activités ou d’en créer de nouvelles, de manière à développer des emplois nouveaux.
Toutefois, la conception du télétravail en termes de politique d’emploi peut aussi se comprendre dans son acception négative, à savoir de destruction d’emploi. Lorsqu’il est associé à une délocalisation de grande ampleur, il a pour principal effet une augmentation du chômage dans un bassin d’emploi donné. En effet, selon une définition large du concept qui inclut le télétravail off-shore, une externalisation dans les pays à main d’œuvre bon marché, le télétravail devient une cause de chômage. De même, bien que cela semble extrême, pour B. Schneider et N. Rosensohn [28], les individus travaillant de plus en plus souvent à l’extérieur de leur entreprise, la superficie des bureaux diminue, ce qui provoque une diminution de l’activité des entreprises du bâtiment et, par ricochet, de « toutes les entreprises qui fournissaient des produits ou des services au secteur de la construction de bureaux ».
Ce discours, que l’on pourrait taxer d’institutionnel, est, dans son acception positive, selon D. Carré et S. Craipeau [29], caractérisé par le fait qu’il renvoie principalement au télétravail à domicile, les télécentres n’ayant pas réussi à s’imposer. Néanmoins, selon nous, une autre caractéristique fondamentale de cette logique est qu’elle véhicule une perception globale du télétravail comme phénomène national ou supranational. Celui-ci constitue, selon les institutions qui s’y réfèrent, une véritable solution à de nombreux problèmes socio-économiques à l’échelle du pays. On constate que lorsque le télétravail est conçu comme permettant des déplacements au sein du territoire, il est jugé positivement, alors que lorsque ces déplacements se font vers un ailleurs extérieur aux frontières, il est perçu négativement.
On voit bien quelles utopies véhicule alors le télétravail. Il est une sorte de solution miracle capable d’harmoniser le tissu socio-économique national en favorisant les politiques de décentralisation, tout en créant des emplois dans des conditions jugées satisfaisantes pour les travailleurs. Si les personnes qui portent une telle conception du télétravail imaginent sans peine que la vie à la campagne, loin des nocivités des grands centres urbains, ne peut qu’être favorablement acceptée par les travailleurs, il est évident que prédominent cependant les intérêts économiques nationaux. Il semble en fait que les préoccupations des entreprises ne soient jamais réellement prises en compte et que leur accord ne tienne qu’au montant des subventions allouées. De même, selon ce projet, la perspective d’une « vie au vert » conçue comme une panacée semble aller de soi.
Le télétravail devient alors un mythe. Selon une vue optimiste, il est ce qui permet de restructurer le territoire, de créer des emplois dans des zones économiquement peu développées en déplaçant des activités. A contrario, selon un point de vue plus pessimiste, par assimilation du télétravail avec l’automatisation des activités [30], il va devenir responsable d’une partie du chômage. Le télétravail prend place dans un récit où l’imaginaire côtoie le réel.
Que l’on porte un regard optimiste ou pessimiste sur ce que peut être le télétravail, il est présenté comme étant pourvu de capacités structurantes (ou déstructurantes), on le pare d’aptitudes qui font du simple concept un outil aux facultés transformatrices qui dépassent de beaucoup ce que l’on peut attendre du travail effectué à distance par le biais des NTIC. Cette logique semble oublier une grande quantité d’éléments, tels que les contingences organisationnelles et environnementales auxquelles sont confrontés les individus.
Nous sommes ici en présence de discours politiques, institutionnels ou syndicaux, qui ont une approche du concept en termes de masses et de flux, les entreprises et les individus n’étant que des éléments d’ensembles beaucoup plus vastes. Pour les tenants de ces discours, les enjeux sont nationaux. Il ne s’agit pas de convaincre des salariés ou les entrepreneurs du bien-fondé d’un tel mode d’organisation de l’activité, mais de percevoir, ou de montrer, quels pourraient être les gains ou les pertes associées au télétravail et plus généralement aux téléactivités. Le concept émerge plus ou moins au moment où les états connaissent la crise de l’énergie, prolongée par une crise de l’emploi. Les pouvoir publics explorent alors de multiples voies de développement qui pourraient apporter un nouveau souffle à une économie en difficulté. Dans une telle perspective, le télétravail en soi n’est pas un enjeu. Le télétravail n’est ici qu’un moyen au service d’enjeux économiques nationaux.
Le télétravail comme projet de mode de vie
Les premiers écrits concernant le télétravail datent des années 1970. Alors que se met en place le réseau Arpanet aux Etats-Unis, certains auteurs commencent à imaginer une organisation du travail qui repose sur la possibilité de se dégager des contraintes géographiques et temporelles en utilisant les réseaux de télécommunication. Ces réseaux permettent d’échanger des données en s’affranchissant des distances et des délais qui leur sont normalement associés. Comme le note P. Flichy [31], la mise en place du réseau Arpanet (puis de l’internet) est à la fois le fruit et le terreau de nombreuses utopies.
Le réseau est alors conçu comme un outil de partage, de coopération scientifique. L’utilisation de l’expression « communauté scientifique » n’est, en ce sens, pas neutre. Lorsqu’en 1972, D. Crane [32] parle de la diffusion de la connaissance dans les communautés scientifiques, on perçoit le mythe communautaire. Bien qu’il n’ait pas fallu attendre les réseaux technologiques pour penser la coopération scientifique en termes de communautés, ceux-ci permettent d’imaginer le retour de groupes au sein desquels les liens seraient forts et denses, des collectifs d’individus solidaires, qui partagent valeurs et normes. Le réseau pourrait structurer le groupe, renforcer les liens et les contacts entre les membres et faire de la communauté virtuelle une vraie communauté, au sens fort du terme. Ces utopies, développées autour des réseaux de l’information, promettaient de rapprocher les gens en leur permettant de faire abstraction des distances. Si on ne parlait pas encore de télétravail, la possibilité de travailler chez soi était déjà envisagée. Pour les observateurs, ce sont alors les modes de vie qui sont amenés à évoluer.
Le télétravail est perçu comme un projet de modification du quotidien. Il est présenté dans son rapport direct avec les individus. Il s’agit ici de placer le télétravail au niveau des acteurs et de s’attacher à décrire, mais aussi à imaginer les bienfaits et les méfaits qui pourraient émerger ou émergent d’une telle situation. Les écrits sur le sujet s’intéressent aux changements des conditions de vie au travail, à l’évolution des relations professionnelles et extra-professionnelles ou bien cherchent à décrire les conditions environnementales qui sont celles du télétravailleur [33].
C’est à travers ce discours que l’on peut constater un glissement des référents symboliques de la situation de travail que sont le bureau et les horaires de travail. Dans une situation dite classique, en opposition aux formes présentées comme modernes ou originales qui sont des résultantes du télétravail, on peut dire que c’est le lieu qui définit le temps social associé. C’est parce que l’individu est au bureau ou à la chaîne qu’il est « au travail ». Le glissement qui s’effectue avec le télétravail est que le temps, et en particulier le temps environnemental, va donner un sens au lieu. Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, comme les personnes avec qui on doit se coordonner ou coopérer (quelle que soit l’immédiateté de cette coopération) travaillent, ce lieu devient potentiellement un lieu de travail. Dit autrement, si rien n’empêche les télétravailleurs de travailler la nuit, le fait que leurs collègues, amis, parents ont des horaires classiques, impose un certain respect du temps social du travail.
Ce projet, résolument social, est très présent dans la presse grand public. On y trouve des visions d’un télétravail bucolique s’effectuant dans des environnements favorables à l’épanouissement du travailleur et de sa famille. On vante les mérites du travail à domicile quant au resserrement des liens familiaux et de voisinage. Ce discours se nourrit de la diffusion continuelle des nouvelles technologies dont le rythme s’accroît, favorisant le développement de nouvelles utopies hédonistes. La plupart des individus se laisse alors convaincre par l’idée qu’il est désormais possible, au moins techniquement, de travailler à domicile, voire dans une multitude d’endroits sans contrainte.
Là encore, le discours se décline en une version optimiste et une version pessimiste ; dans son sens positif, le télétravail devient un moyen pour l’individu d’aménager son temps et son espace de travail selon ses besoins et ses contraintes. Poussée à l’extrême, cette logique permet à l’individu d’aller travailler loin de l’agitation des centres urbains pollués et surpeuplés, tout en se rapprochant de sa famille. Une telle vision hédoniste véhicule des valeurs propres à une utopie communautaire qui semblent se bâtir en opposition à l’individualisme et l’anonymat générés par la société urbaine industrielle. Dans un sens plus pessimiste, le télétravail est perçu comme un facteur d’isolement de l’individu, limitant les contacts professionnels avec les pairs aux stricts besoins de la coopération et de la coordination. Certains syndicats craignent que les travailleurs se retrouvent isolés et ne puissent plus compter sur la cohésion et la solidarité des groupes de travail [34]. On craint alors une dérive « marchande » de l’activité. Les télétravailleurs seraient mis en concurrence les uns avec les autres, ce qui ferait émerger une nouvelle forme d’aliénation qui, au lieu de séparer le travailleur de son œuvre, ferait se fondre l’un dans l’autre [35]. De même, on peut craindre que la possibilité de travailler « n’importe où et n’importe quand » devienne une capacité à travailler, ou a faire travailler, « partout et tout le temps ».
Ce niveau centré sur l’acteur s’attache à décrire ce que cette personne est, ce qu’elle fait et ce qu’elle devient. Que l’on observe l’identité socioprofessionnelle de cette dernière, la culture du groupe de travail auquel elle appartient, la « lassitude [36] » qu’elle peut ressentir en de telles circonstances, le télétravail se définit d’abord par rapport au télétravailleur. F. Dubet [37], par exemple, replace les NTIC et le travail à domicile dans l’expérience sociale que peut être le travail. Le travail, qui est une mise à l’épreuve d’un sujet, « un travail sur soi », demande une reconnaissance, et nécessite le regard de l’autre. De même, on observe l’acteur et la façon dont il est contraint par une situation qui peut tout autant lui apporter des ressources pour développer des stratégies correspondant à sa propre logique d’action. Mais, là encore, il semble que ce discours constitue un regard partiel, portant finalement peu d’attention aux régulations organisationnelles et institutionnelles qui imposent au travailleur un cadre particulier avec lequel il peut composer.
L’individu ici est acteur. Il a des aspirations, des besoins et des particularismes identitaires qu’il s’agit de prendre en compte. De même, il possède des buts et dispose de moyens pour les atteindre. Que l’on fantasme ces identités (et que l’on projette un refus de la trop grande urbanisation ou un désir communautaire) ou que l’on s’attache réellement à observer et à comprendre le télétravailleur, le télétravail est pris comme une situation qui paraît ne pas avoir de réels contacts avec son environnement. Toutes les contingences sont alors justifiées par des logiques propres, extérieures, souvent impalpables ou invisibles aux yeux des personnes directement concernées.
La base de ce discours est un point de vue microanalytique. Les définitions qui sous-tendent cette acception du télétravail sont nécessairement assez étroites. Ne peuvent être prise en compte ici les formes étendues du télétravail comme la mise en place de relations de sous-traitance. Le télétravail étant ici un fait individuel (ou concernant de petits collectifs observés comme une juxtaposition d’individus et non comme un service organisé ayant un but propre) les observations portent sur sa traduction à domicile, pendulaire, « nomade », itinérant ou de débordement. Néanmoins, quels que soient la forme ou le nom que prend le télétravail dans cette optique, le télétravailleur, l’acteur, est premier.
Ce projet est majoritairement porté par la presse grand public. On trouve régulièrement des quotidiens et des hebdomadaires qui vantent les mérites du télétravail tout en mettant en garde contre ses possibles nuisances. A titre d’exemple, l’article intitulé « Le bureau portable de Nina » publié dans Libération le 28 février 2000 présente le télétravail alterné domicile/bureau sous un jour favorable et l’article du Point du 14 avril 2000 intitulé « Le rite en entreprise » s’interroge sur les effets désocialisant que peut avoir le télétravail. Ces articles sont issus et construisent tout à la fois les visions technophile et technophobe et la croyance générale dans les capacités transformatrices des NTIC. Le discours crée les conditions favorables à sa propre diffusion. Le télétravail est ici pris en tant que tel mais présenté de façon trompeuse. D’une part, ce dont on parle est souvent une forme d’organisation de l’activité futuriste, possible mais non effective. Et pour cause, les technologies que l’on présente comme des solutions ne sont qu’un élément d’un ensemble qui comprend, entre autres, des politiques publiques et des organisations : le télétravailleur est pris dans un système de régulations [38] qui crée des contingences organisationnelles limitant son degré d’autonomie. Chaque annonce de l’arrivée d’un progrès technique ou d’une innovation alimente cette vision du télétravail. L’internet hier, l’ADSL aujourd’hui, l’UMTS demain. D’autre part, la presse se fait souvent l’écho des différents points de vue sur le sujet sans pour autant les discriminer clairement. Dès lors, le concept demeure ambigu et seule reste l’impression que les activités de tous subissent un réel bouleversement.
Ce discours, portant sur le rapport direct du télétravail aux individus, semble être celui de la justification ou de la réfutation des autres. Il apparaît surtout lorsqu’une organisation ou une institution cherche à mettre en place une forme de télétravail ou au contraire à prévenir des risques qu’encourent les salariés qui seraient tentés par une telle expérience. La présentation des avantages et des inconvénients du télétravail pour les acteurs eux-mêmes servent à légitimer ou à rejeter des décisions institutionnelles ou des politiques managériales.
Un projet managérial et organisationnel
Ce projet apparaît concomitamment à l’émergence et à la diffusion de nouvelles technologies mobiles de transmission de données telles que le radiotéléphone ou le micro-ordinateur portable. Selon D. Carré et S. Craipeau [39], durant les années 1990 « une nouvelle forme de télétravail : le télétravail mobile » se développe, porté par la mise en place de nouveaux modes de fonctionnement organisationnel. Le télétravail, dans cette optique, devient un des supports de politiques de gestion.
Dans les années 1980 les entreprises devant faire face à une concurrence accrue et à des marchés toujours plus volatiles, cherchent à moderniser leur organisation interne. La fonction commerciale devient plus centrale et l’on prête une grande importance aux processus d’innovation capables de répondre aux fluctuations de l’environnement. Dans ce but, les gestionnaires mobilisent les concepts de cercles de qualité, d’ajustement, de flexibilité, de fluidité, d’adaptabilité et de gestion des stocks en flux tendus. Le souci de rentabilité, perçu comme l’affaire de chacun, se diffuse au sein des organisations et imprègne toutes les strates. L’entreprise gagne en épaisseur et devient plus « organique ». Dans cet esprit, les nouvelles technologies jouent un rôle fondamental, puisqu’elles permettent des ajustements et des réactions rapides (au moins en théorie) en « fluidifiant la communication » et en permettant un traitement des données rapide et de grande ampleur. De plus, le concept de réseau d’information vient appuyer la métaphore organique de la firme en reliant entre eux différents services comme autant d’organes interdépendants reliés par un système nerveux ou sanguin.
Le télétravail, dans ce contexte, est un outil organisationnel venant supporter cette flexibilité tant recherchée, qui serait même, selon G. Valenduc et P. Vendramin [40], « l’avenir du travail à distance ». La possibilité de faire effectuer des tâches en abolissant les distances et en faisant fi des contraintes temporelles ne peut que donner corps aux concepts de souplesse organisationnelle ou d’adaptabilité. C’est la coordination elle-même qui est amenée à évoluer et avec elle les notions de groupe, d’équipe, de collectif. Comme le remarquent D. Carré et S. Craipeau [41] le télétravail ne renvoie pas ici seulement à la flexibilité des individus effectuant leurs tâches, mais aussi aux tâches elles-mêmes « ce qui importe alors, c’est que [le travail] soit effectué n’importe où et que sa localisation change au gré des besoins de l’entreprise ». Selon cet autre concept managérial qu’est la polyvalence, l’acte prime désormais sur son acteur. Le télétravail permet donc que l’activité soit détachée d’un lieu, d’un temps et d’une personne particulière. L’organisation, grâce, en partie, aux nombreux aspects du télétravail, semble tendre vers « l’entreprise réseau ». Les acteurs en sont les nœuds et les ordres, les procédures, les flux d’informations qui relient les acteurs deviennent des arcs. Peut importe ici que le nœud soit un individu isolé, mobile, ou une entreprise sous-traitante avec laquelle des liens de partenariat existent [42].
Le souci de rentabiliser les différentes activités ou services de l’organisation, participe aussi de la construction de ce discours. Dans cette acception gestionnaire du télétravail, la nécessité organisationnelle d’une plus grande rentabilité, se traduit au moins de deux manières. La première tentative de concrétisation de cette intention de dominer les coûts s’est transcrite par une volonté de recentrage des activités de la firme sur son « cœur de métier ». Cela revient à dire que la firme devait se limiter à ce qu’elle savait faire le mieux et se séparer de ce qui n’était pas précisément ses activités centrales. Cette politique de recentrage va aboutir à l’externalisation de certaines compétences de l’organisation et par la création de relations de sous-traitance. Certains salariés, suite à des politiques d’essaimage, vont être incités à devenir des indépendants tout en conservant un lien de subordination fort avec la société mère. L’entreprise place ses propres salariés dans une situation identique à celle de ses fournisseurs : elle en fait des partenaires. Ceci permet de combiner contrôle hiérarchique et contrôle par le marché [43]. Ce qui prévalait dans les relations interentreprises est désormais envisageable pour les relations entre l’organisation et certains de ses salariés. Ce que craignent certains syndicats c’est ce glissement d’obligation de moyens à obligation de résultats.
Le second moyen d’appliquer cette volonté de réduction des coûts porte sur la diminution des charges fixes. Externaliser les compétences en faisant appel à des sociétés sous-traitantes ou en essaimant va dans ce sens puisque cela permet de réduire la masse salariale. Néanmoins, dernièrement, une autre méthode de réduction des charges fixes est apparue, en particulier dans certains cabinets de conseil, en constatant qu’une grande partie de leur personnel passait la majorité de son temps en déplacements. Dès lors, il devient possible de faire des économies sur les mètres carrés d’immobilier en mettant en place un système de réservation des locaux en fonction des besoins, fluctuants, de chacun. Selon B. Schneider et N. Rosensohn [44] « les entreprises abandonnent, de fait, les gouffres financiers et l’immobilisation de capitaux que représentent [les] immeubles ». En outre, le discours managérial voit dans ce système un moyen d’inciter à encore plus de mobilité et, donc, une certaine forme de télétravail.
Il s’agit là d’un point de vue organisationnel sur le télétravail. Il ne s’agit pas d’un éclairage politique de la question, puisque jamais le télétravail n’est vu comme une solution à des problèmes socio-économique globaux, ni même comme le moyen de mise en œuvre d’une politique de portée nationale. Cependant, ce projet est nécessairement celui d’une négociation du télétravail. Négociation avec la logique politique d’une part, dans la mesure où l’organisation peut chercher à bénéficier de subventions institutionnelles, et avec la conception micro, s’intéressant aux modes de vie, d’autre part, puisque les salariés concernés, la « ressource humaine », sont des individus pensants et non, pour reprendre la métaphore biologique, « des organes sans opinion ». G. Valenduc et P. Vendramin [45] notent d’ailleurs que ce discours « valorise les aspects positifs de la flexibilité : meilleure harmonie entre vie familiale et professionnelle, entre temps de travail et de formation, temps de travail et temps de loisirs. »
Dans ce projet, le télétravail n’est qu’un élément parmi d’autres contribuant à favoriser la mise en place de nouvelles formes organisationnelles [46]. On peut d’ailleurs se demander si ce que l’on nomme ici télétravail n’est pas l’un des noms que peuvent prendre la flexibilité ou l’adaptabilité organisationnelle. Quoi qu’il en soit, le télétravail, dans ce niveau, participe de la construction de la représentation d’une entreprise flexible. Ce discours est porté par de nombreux ouvrages qui donnent des recettes pour mettre en place le télétravail [47], expliquant quelles sont les sources de rentabilité et de productivité que l’on est en droit d’en attendre. Par exemple, Le guide pratique du télétravail [48] s’adresse « en priorité aux chefs d’entreprise et aux DRH, ainsi qu’aux responsables d’administrations et de collectivités locales ». Certains articles de la presse grand public se font parfois l’écho de ce projet. Dans Le Monde daté du 29 mars 2000, un article intitulé « Les entreprises bouleversées par les réseaux » note que le travail à distance permet à certaines sociétés de rompre avec « le modèle tayloriste traditionel » en valorisant « le résultat plutôt que le temps de présence dans un bureau ».
Le télétravail, dans ce discours, se voit encore une fois paré de milles vertus extraordinaires qui, au niveau organisationnel au moins, sont capables de transformer la firme en bouleversant les pratiques de travail, en augmentant la productivité et en diminuant les coûts. Il va sans dire que, si le télétravail mobile et informel de certains cadres semble aller dans ce sens, de nombreux individus ont intériorisé des normes et des valeurs, au cours de leur parcours professionnel, en parfaite inadéquation avec une telle représentation de ce que pouvait être le télétravail. C’est par exemple le cas des salariés qui, dans le cadre de leur activité, valorisent fortement le collectif, la solidarité, pour qui la notion de groupe ne peut se passer d’une forte cohésion. Comme le montrent M.-E. Watson Fritz, K. Higa et S. Narasimhan [49] dans une approche managériale du télétravail, les caractéristiques identitaires et culturelles doivent être prises en compte lors de la mise en place de formes de travail à distance.
Une autre lecture de la situation est aussi possible en faisant une distinction entre télétravail de cadre et télétravail de non-cadre. Les aspects positifs véhiculés par les discours, qu’ils soient politique ou organisationnel, renvoient souvent à l’activité des cadres. Travailler à la campagne ou être un « nomade » participant de la flexibilisation de la firme est plus facile pour un cadre supérieur que pour un employé. Ce dernier semble plus concerné par les aspects négatifs que revêt le télétravail, c’est-à-dire les délocalisations, ou l’isolement, voire un néo-taylorisme conduisant à effectuer des tâches simples depuis son domicile ou un centre aménagé par l’employeur.
Le télétravail selon le projet gestionnaire n’est, là encore, qu’un moyen. Les enjeux sont ceux de la rentabilité. Les différents promoteurs des téléactivités, qu’ils soient des consultants spécialisés ou des cadres supérieurs appartenant à l’entreprise, « vendent » des techniques et des outils qui permettent d’accroître la productivité et l’efficience des acteurs concernés. La flexibilité elle-même n’est désirée ou souhaitée seulement parce qu’elle représente des gains potentiels pour l’organisation.
 
CONCLUSION
 
 
Les trois discours concernant le télétravail possèdent chacun leurs propres motivations, avec un éclairage particulier. Ces discours sont autant de justifications du télétravail dans une perspective singulière. Le projet politique avec son optique macroanalytique conçoit le télétravail comme élément d’un tout socio-économique à échelle nationale ou internationale. Le télétravail est alors à mettre en regard de l’accroissement de la classe moyenne au sein de la société, de la tertiairisation de l’économie ou de l’urbanisation galopante. Cette forme de travail est une donnée de la société postindustrielle naissante ou de la radicalisation de la modernité selon les auteurs. Le projet organisationnel est une justification de politiques gestionnaires de coordination des activités, d’adaptation des organisations aux contingences environnementales et à leurs fluctuations. Enfin, le télétravail dans sa perspective micro s’attache à décrire et à observer les individus dans leur activité de télétravail. On s’intéresse aux arbitrages entre privé et professionnel, à la façon dont les acteurs eux-mêmes négocient cette situation avec leur entourage, à la place des outils technologiques à vocation professionnelle dans des univers non spécifiquement dédiés, voire à des aspects plus psychologiques comme un possible sentiment d’isolement, une diminution ou une augmentation du stress.
Chacune de ces logiques est construite par des rapports officiels, des discours politiques et institutionnels, des plaquettes d’entreprises, des discours de cabinets de conseils, des articles de la presse grand public [50] … Ces projets ne s’excluent pas les uns les autres. Au contraire, le plus souvent, un niveau fait appel aux autres pour valider sa position et la présenter comme une évidence. Pour justifier le projet organisationnel, faire appel aux concepts de flexibilité, d’adaptabilité et de rentabilité aura plus de poids si on présente le télétravail comme un élément incontournable de la société postindustrielle, ce qui, en le plaçant à un niveau de généralité élevé, lui confère le statut d’évidence irréfutable. De même, s’appuyer sur un discours « écologique », c’est faire d’une méthode de coordination des activités une réforme sociale. Il est aussi courant de parler du télétravail en listant ses avantages et ses inconvénients quels que soient les niveaux d’analyse. V. Di Martino et L. Wirth [51] présentent le télétravail comme ayant certes nombre de vertus organisationnelles telles qu’un « surcroît d’autonomie et de mobilité », des gains de productivité, mais présentant des risques d’ordre « écologique » : isolement, marginalisation, stress…
On peut néanmoins se demander si le fait que cohabitent ces différents projets pour ce même objet qu’est le télétravail ne contribue pas à le rendre non opérationnel et à le maintenir dans une position expérimentale. En effet, le télétravail est un concept simple qui permet à chacun de construire sa propre représentation, forcement parcellaire, et ainsi de donner corps à une utopie particulière, mais qui trouve une légitimation dans des supports qui lui font écho. Le télétravail devient le point de rencontre de visions « technophiles » ou « technophobes » de niveaux différents. Se cristallisent ainsi des discours qui, finalement, ne peuvent se répondre les uns les autres, puisqu’ils ne mobilisent pas les mêmes univers symboliques, et ne font pas appel aux mêmes registres de légitimation. Chaque discours porte en lui des attentes qui lui sont propres et perçoit des avantages ou des inconvénients qui n’existent ou qui ne se justifient qu’à son niveau d’analyse. On comprend mieux, dès lors, que le télétravail puisse décevoir et soit le sujet de critiques.
L’absence de définition consensuelle et la pluralité des discours concernant le télétravail font de lui « un objet valise [52] », c’est-à-dire un objet qui n’existe que dans un univers instable où se rencontre des « mondes sociaux différents », permettant à différents acteurs de penser leur point de vue comme légitime. De ce fait, le terme télétravail recouvre un grand nombre de situations qui n’ont, de prime abord, que peu de caractéristiques en commun. Il semble perdre alors le peu de substance qu’il possède. Le télétravail se trouve à la croisée d’enjeux politiques ou économiques qui dépassent le concept même de travail à distance. Le fait que les objectifs recherchés par la mise en place du travail à distance soient la sortie du « marasme économique » de certaines régions, l’augmentation de la productivité de catégories professionnelles ou l’amélioration des conditions de vie au travail, ne renvoie pas aux mêmes référents symboliques, ne concerne pas les mêmes acteurs ni les mêmes systèmes et ne met pas en jeu les mêmes valeurs.
C’est de la complexe adéquation de ces objectifs, de ces enjeux, que naît la situation paradoxale d’un télétravail à la fois toujours présent et difficilement visible. Bref, tout le monde en parle, car chacun y trouve un intérêt, mais les intérêts sont trop divergents pour que les acteurs puissent en parler ensemble. On trouve parfois dans la presse des marques du flou qui entoure le télétravail. Il semble difficile d’avoir une perception claire et unique du phénomène. Le supplément à Libération du lundi 30 mars 1998, intitulé « L’explosion du travail en réseau », offrait une vision plutôt optimiste du travail à distance tant pour les individus que pour l’organisation. Il y était fait référence à une entreprise qui aurait difficilement pu fonctionner sans travail à distance. Moins de trois ans après, dans le supplément à Libération du lundi 20 novembre 2000, intitulé « Maison boulot-dodo », la vision est plus nuancée. On y voit des télétravailleurs heureux mais qui ont des « fins de mois difficiles et [des] emplois du temps à rallonge ».
Cependant, quelle que soit la situation considérée, que celle-ci entre ou non dans une définition particulière du télétravail, nous pensons que l’on peut toujours trouver des traits partagés par toutes les configurations de travail médiatisé et distant. Que ces caractéristiques communes se nomment autonomie, mobilité ou flexibilité, nous pensons qu’elles doivent être le sujet premier de nos interrogations. Etant donné la trop grande diversité des situations qu’il recouvre, interroger le télétravail semble stérile. En revanche, il nous paraît important, de chercher, par exemple, à qualifier la mobilité présente et d’observer comment les réseaux technologiques facilitent et contraignent tout à la fois les individus dans la réalisation de leurs tâches. De même, la flexibilité qui, selon de nombreux auteurs, semble aller de pair avec le télétravail paraît source de nombreuses interrogations [53]. Les nouvelles formes de travail à distance seront mieux appréhendées si l’on peut dire que la flexibilité recherchée, ou sous-entendue, est celle du travail ou du travailleur, qu’elle est fonctionnelle (reposant sur la polyvalence des salariés) ou numérique (rendue possible par le recours aux formes précaires d’emploi).
Ce que mettent fondamentalement en jeu ces formes d’organisation du travail, c’est la prise en compte de la distance. Le terme est polysémique et se retrouve, de ce fait, à tous les niveaux d’analyse. La mobilité, qu’elle soit spatiale, temporelle, organisationnelle ou opératoire n’est que distance. C’est une distance qui se recompose sans cesse, distance de l’individu à ses projets, à ses collègues, à son organisation. Les NTIC sont alors le médium et le support de l’activité de l’individu. Elles permettent l’inscription des relations diachroniques et la continuité des relations synchroniques qui constituent l’activité professionnelle de chacun.
 
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NOTES
 
[1]STEINLE, 1988.
[2]DELHAYE, LOBET-MARIS & VAN BASTELAER, 1996.
[3]SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997.
[4]NILLES, 1976.
[5]VEDEL, 1996.
[6]CRAIPEAU & MAROT, 1983 ; CRAIPEAU, 1995.
[7]FUSULIER & LANNOY, 1999.
[8]LEMESLE & MAROT, 1994.
[9]CRAIPEAU, 1995.
[10]Lettre de la DATAR, décembre 1991, n°135.
[11]LEMESLE & MAROT, 1994.
[12]CRAIPEAU, 1995.
[13]BRETON, 1993.
[14]SCHNEIDER & ROSENSHON, 1997.
[15]BRETON, 1993.
[16]FUSULIER & LANNOY, 1999.
[17]LINDSTRÖM, MOBERG & RAPP, 1997.
[18]HUWS, KORTE & ROBINSON, 1990.
[19]OLSON, 1988.
[20]NILLES, 1994.
[21]MARUANI & REYNAUD, 1993.
[22]DI MARTINO & WIRTH, 1990.
[23]GIDDENS, 1994.
[24]CARRE & CRAIPEAU, 1996.
[25]NILLES, 1976.
[26]Dans ce second cas il s’agissait, dans le nord de la France, au Luxembourg et en Belgique, « d’apporter du maillage pour sortir du marasme cette région traumatisée par l’arrêt presque total des installations sidérurgiques » selon A. Schneider, directeur du Collège européen de technologie, partenaire du CERRM. Voir l’article du Point du 20 mars 1999 n° 1383, intitulé « Télétravail transfrontalier ».
[27]BANGEMANN et alii, 1994.
[28]SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997.
[29]CARRE & CRAIPEAU, 1996.
[30]SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997.
[31]FLICHY, 1999.
[32]CRANE, 1972.
[33]HADDON & SILVERSTONE, 1996.
[34]DELCOURT, 1999.
[35]DUBET, 1999.
[36]ALTER, 1993.
[37]DUBET, 1999.
[38]FRIEDBERG, 1992.
[39]CARRE & CRAIPEAU, 1996.
[40]VALENDUC & VENDRAMIN, 1999.
[41]CARRE & CRAIPEAU, 1996.
[42]BUTERA, 1991.
[43]SEGRESTIN, 1992.
[44]SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997.
[45]VALENDUC & VENDRAMIN, 1999.
[46]VELTZ & ZARIFIAN, 1993.
[47]BEREZIAT, LAGORCE & TURBE-SUETENS, 2000.
[48]DORIN & GAUTHIER, 1997.
[49]WATSON-FRITZ, HIGA & NARASIMHAN, 1995.
[50]Voir, par exemple, le dossier « Et si on partait vivre à la campagne ? », Télérama, n° 2617,11 mars 2000.
[51]DI MARTINO & WIRTH, 1990.
[52]FLICHY, 1995.
[53]POLLERT, 1989.
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[1]
STEINLE, 1988. Suite de la note...
[2]
DELHAYE, LOBET-MARIS & VAN BASTELAER, 1996. Suite de la note...
[3]
SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997. Suite de la note...
[4]
NILLES, 1976. Suite de la note...
[5]
VEDEL, 1996. Suite de la note...
[6]
CRAIPEAU & MAROT, 1983 ; CRAIPEAU, 1995. Suite de la note...
[7]
FUSULIER & LANNOY, 1999. Suite de la note...
[8]
LEMESLE & MAROT, 1994. Suite de la note...
[9]
CRAIPEAU, 1995. Suite de la note...
[10]
Lettre de la DATAR, décembre 1991, n°135. Suite de la note...
[11]
LEMESLE & MAROT, 1994. Suite de la note...
[12]
CRAIPEAU, 1995. Suite de la note...
[13]
BRETON, 1993. Suite de la note...
[14]
SCHNEIDER & ROSENSHON, 1997. Suite de la note...
[15]
BRETON, 1993. Suite de la note...
[16]
FUSULIER & LANNOY, 1999. Suite de la note...
[17]
LINDSTRÖM, MOBERG & RAPP, 1997. Suite de la note...
[18]
HUWS, KORTE & ROBINSON, 1990. Suite de la note...
[19]
OLSON, 1988. Suite de la note...
[20]
NILLES, 1994. Suite de la note...
[21]
MARUANI & REYNAUD, 1993. Suite de la note...
[22]
DI MARTINO & WIRTH, 1990. Suite de la note...
[23]
GIDDENS, 1994. Suite de la note...
[24]
CARRE & CRAIPEAU, 1996. Suite de la note...
[25]
NILLES, 1976. Suite de la note...
[26]
Dans ce second cas il s’agissait, dans le nord de la France...
[suite] Suite de la note...
[27]
BANGEMANN et alii, 1994. Suite de la note...
[28]
SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997. Suite de la note...
[29]
CARRE & CRAIPEAU, 1996. Suite de la note...
[30]
SCHNEIDER & ROSENSOHN, 1997. Suite de la note...
[31]
FLICHY, 1999. Suite de la note...
[32]
CRANE, 1972. Suite de la note...
[33]
HADDON & SILVERSTONE, 1996. Suite de la note...
[34]
DELCOURT, 1999. Suite de la note...
[35]
DUBET, 1999. Suite de la note...
[36]
ALTER, 1993. Suite de la note...
[37]
DUBET, 1999. Suite de la note...
[38]
FRIEDBERG, 1992. Suite de la note...
[39]
CARRE & CRAIPEAU, 1996. Suite de la note...
[40]
VALENDUC & VENDRAMIN, 1999.