Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
226 pages

p. 15 à 35
doi: en cours

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no 108 2001/4

2001 Réseaux

Confiance et familiarite

Problèmes et alternatives

Niklas Luhmann
Pour décrire les sociétés modernes il faut prendre en compter deux changements structurels interdépendants : la diversification et la particularisation croissantes du familier et du non familier ; le remplacement progressif du danger par le risque, c’est-à-dire par la possibilité de dommages futurs pouvant résulter de nos actions ou de nos omissions, possibilité que nous avons à prendre en considération. S’il en est ainsi, nos actions rationnelles exigent, comme une évidence, que nous prenions des risques ; et prendre des risques implique, dès lors que d’autres sont impliqués, de risquer sa confiance. Mais, s’il en est ainsi, nous sommes susceptibles d’entrer tôt ou tard dans un cercle vicieux : ne pas risquer sa confiance, perdre ses possibilités d’action rationnelle, perdre la confiance assurée dans le système, etc., ce qui nous rend d’autant moins préparés à risquer notre confiance. Nous pouvons alors continuer à vivre mais avec un nouveau type d’anxiété vis-à-vis des résultats futurs de nos décisions présentes, et en soupçonnant généralement les transactions d’être malhonnêtes. Cet article propose une clarification conceptuelle des différentes formes de confiance et une analyse de leurs fonctions dans les sociétés modernes. To describe modern societies one has to take into account two interdependent structural changes: the increasing diversification and particularization of the familiar and non-familiar; and the progressive replacement of danger by risk, that is, by the possibility of future injury resulting from our actions or omissions – a possibility that has to be taken into consideration. If this is true, our rational actions demand, as if it stood to reason, that we take risks, and when others are involved risk-taking implies risking one’s trust. But if this is true, we are likely sooner or later to be caught in a vicious circle: not risking one’s trust, losing one’s possibilities of rational action, losing sure trust in the system, etc., which makes us all the less prepared to risk our trust. We can thus carry on living but with a new type of anxiety as regards future results of our present decisions, and generally by suspecting transactions of being dishonest. This article proposes a conceptual clarification of the different forms of trust and an analysis of their functions in modern societies.
 
I.
 
 
Les courants principaux de la sociologie ne se sont jamais véritablement intéressés à la confiance [1]. Le terme n’a été utilisé à des fins théoriques ni par les auteurs classiques ni par les sociologues contemporains. Aussi, le cadrage théorique de cette notion, qui aurait pu la clarifier conceptuellement, a-t-il été relativement négligé. De plus, la recherche empirique, par exemple sur confiance et méfiance en politique, s’est appuyée sur des idées peu spécifiées, confondant la confiance décidée avec les attitudes positives ou négatives à l’égard du leadership politique ou des institutions politiques, ou encore avec la désaffection (un concept lui-même multidimensionnel), avec les espoirs et les inquiétudes des gens, ou avec la confiance assurée. Dans leur monographie Patrons, clients et amis, S. Eisenstadt et L. Roniger [2] utilisent le concept de confiance en le considérant comme équivalent à ceux de solidarité, de sens et de participation. Cela leur permet de montrer qu’une confiance inconditionnelle existe dans les familles et les petites sociétés, et qu’elle ne peut pas être transférée automatiquement à des sociétés complexes basées sur la division du travail. Dans celles-ci, la confiance doit être reconstruite à l’aide d’institutions spéciales. Les réseaux d’amis et ceux de clientèle illustrent cette adaptation. Mais on ne fait ainsi que répéter des constatations bien connues sur la division du travail et sur la nécessité de reconstruire la solidarité, ou encore sur l’opposition Gesellschaft/Gemeinschaft. On n’acquiert aucune compréhension nouvelle de la particularité des relations de confiance. Pour cela, il faut approfondir la clarification conceptuelle [*].
Quelqu’un au moins a perçu cette nécessité : c’est B. Barber. Dans son livre The Logic and Limits of Trust [3], il essaie pour la première fois d’y mettre un peu d’ordre. Il propose de distinguer trois dimensions différentes selon lesquelles les attentes constitutives de la confiance peuvent être déçues : la continuité de l’ordre naturel et de l’ordre moral, la compétence technique des acteurs dans leurs rôles et les obligations fiduciaires des acteurs, c’est-à-dire leur devoir de placer les intérêts des autres avant les leurs propres et leurs motivations pour le faire. Cette distinction fait référence au contenu des attentes liées à la confiance et, indirectement, aux causes de leur déception. Mais elle ne précise pas les mécanismes sociaux qui produisent la confiance en dépit d’une déception possible. C’est cette question et, en un sens plus général, le problème de la fonction de la confiance, qui retiennent mon attention [4] et qui me conduisent à approcher différemment les problèmes conceptuels.
Pour commencer, nous devons éviter de confondre familiarité et confiance décidée. La familiarité est un fait inévitable de la vie ; la confiance décidée est une solution aux problèmes spécifiques posés par le risque. Mais cette dernière doit être produite dans un monde familier et des changements peuvent avoir lieu dans les traits familiers du monde qui auront un impact sur la possibilité de développer la confiance dans les relations humaines. C’est pourquoi nous ne pouvons pas négliger les conditions de la familiarité, et ses limites, quand nous entreprenons d’explorer les conditions de la confiance décidée.
Enfants, nous commençons très tôt à faire des distinctions. Un observateur pourrait penser que nous appliquons la belle logique de G. Spencer-Brown [5]. Nous débarquons dans un espace non marqué. Nous exécutons la première commande : établir une distinction ! Ce faisant, nous sommes obligés d’indiquer de quel côté de la distinction nous voulons parler. Pour indiquer ce que nous voulons dire, nous poussons la distinction. Nous tendons à répéter l’indication. Il en résulte une condensation de forme. A travers celle-ci, le côté indiqué revêt non seulement la qualité logique de l’identité, mais aussi la qualité métalogique de la familiarité. La distinction se développe, s’affine, pour devenir une distinction entre ce qui est familier et ce qui ne l’est pas. Il demeure possible de franchir la distinction ; sinon, il ne s’agirait pas d’une distinction. Nous pouvons utiliser le côté opposé, le non familier, pour retourner au côté préféré, le familier. Dès qu’un côté s’épaissit, la distinction renforce sa propre structure asymétrique et nous commençons à vivre dans un monde familier avec des dangers familiers à l’intérieur des frontières qui le séparent du non familier. Et nous – du moins nos ancêtres – avons inventé les mythes pour réintroduire de la distinction dans ce qui a été distingué, dans l’espace marqué. Ceci suit de nouveau Spencer-Brown : la distinction rentre dans son propre espace.
S’il s’agit là d’une définition de la familiarité en termes d’opérations, la phénoménologie décrit ses résultats. En fait, je viens de commencer à reformuler le fameux concept de « monde vécu [6] ». Nous pouvons vivre dans un monde familier parce que nous pouvons, en utilisant des symboles, réintroduire le non familier dans le familier. Nous n’avons jamais à quitter le monde familier ; il reste notre monde vécu. Nous ne franchissons jamais la frontière. Il demeure un horizon qui se déplace avec nous. Mais nous connaissons le non familier de façon familière. La familiarité nourrit la non-familiarité. Nous développons des formes pour rendre compte de l’autre côté des choses, de leur face cachée, des secrets de la nature, des surprises inattendues, de l’inaccessible ou (en termes modernes) de la complexité. Nous ne pouvons opérer qu’en termes familiers, mais quand nous observons et décrivons nos opérations, nous procédons de manière paradoxale. Nous utilisons la distinction familière entre le familier et le non familier.
Je ne peux pas continuer à développer une théorie opérationnelle de la familiarité. Cependant, un autre point est essentiel pour la discussion qui suit sur la confiance. J’utiliserai le concept de symbole en un sens particulier – qui consiste en fait à revenir à son sens originel : le sýmbolon en tant que distinct du diábolon [7]. Les symboles ne sont pas des signes, indiquant quelque chose d’autre. Ils présupposent la différence entre le familier et le non familier et ils opèrent de façon telle qu’ils permettent à cette différence de rentrer dans le familier. En d’autres termes, les symboles représentent la distinction entre le familier et le non familier à l’intérieur du monde familier. Ils sont les formes de l’autoréférence utilisant celle de la forme. En fait, les symboles se sont développés comme successeurs du mythe ; ils ont remplacé celui-ci d’abord par l’interprétation symbolique et plus tard par le symbolisme pur [8].
Traditionnellement, la fonction symbolique consistant à utiliser des termes familiers pour faire face au non familier a été le domaine de la religion [9]. Ce n’est qu’au début des temps modernes qu’un nouveau terme (riesgo, rischio, risque) est apparu pour indiquer que des résultats non attendus peuvent être une conséquence de nos décisions, et pas simplement un aspect de la cosmologie, une expression du sens caché de la nature ou des intentions cachées de Dieu. Cette découverte du « risque » comme trait général de la vie – le risque a, grosso modo, remplacé ce qui était précédemment considéré comme fortuna – ne facilite pas la tâche de la religion, mais ajoute une autre dimension à l’expérience humaine. Que les décisions impliquent inévitablement des risques devient de plus en plus évident et de plus en plus compréhensible. Une telle conscience du risque – les risques du développement technologique ou de l’investissement, du mariage ou de l’éducation prolongée – est aujourd’hui un aspect très familier de la vie courante, mais elle ne véhicule plus nécessairement une signification cosmologique ou religieuse. Le secret, et donc la dissimulation et la méfiance, ne sont plus l’essence de la vie et de la prudence [10] ; par contre, c’est à vos propres risques que vous accordez votre confiance [11].
Cette transformation de la sémantique historique, ce glissement de la cosmologie à la technologie, évoqués en termes très simplifiés, doivent être présupposés quand nous essayons de comprendre la fonction des symboles en général, la différence entre confiance décidée et confiance assurée en particulier. L’une et l’autre sont placées dans un monde familier par la représentation symbolique ; elles demeurent par conséquent sensibles aux événements symboliques qui peuvent soudainement détruire la base de leur existence. L’observation d’événements qui contredisent des relations de confiance antérieures – le fait, par exemple, de se rendre compte que des données scientifiques ont été falsifiées pour publier des résultats spectaculaires – peut conduire à l’effondrement soudain de l’une ou l’autre forme de la confiance. Ainsi, une base symbolique pour la confiance assurée ou la confiance décidée émerge-t-elle pour disparaître aussitôt et laisser indéterminée une position qui a brièvement assuré, comme vous pouvez vous en rendre compte rétrospectivement, l’unité du familier et du non familier à l’intérieur du monde familier de la vie.
 
II.
 
 
Ce n’était là qu’un prélude à mon propos principal. Je veux proposer une distinction entre confiance assurée (confidence) et confiance décidée (trust). Les deux concepts font référence à des attentes qui peuvent être déçues. Le cas normal est celui de la confiance assurée. Vous êtes assurés (confident) que vos attentes ne seront pas déçues : que les hommes politiques essaieront d’éviter la guerre, que les voitures ne tomberont pas en panne, ou qu’elles ne quitteront pas soudainement la route pour venir vous renverser alors que vous faites votre promenade du dimanche après-midi. Vous ne pouvez pas vivre sans former des attentes par rapport aux événements contingents et vous devez, plus ou moins, ne pas tenir compte de la possibilité qu’elles soient déçues. Vous n’en tenez pas compte parce que c’est une possibilité très rare, mais aussi parce vous ne savez pas quoi faire d’autre. L’alternative est de vivre dans un état d’incertitude permanente et de renoncer à vos attentes sans avoir rien d’autre à mettre à leur place.
La confiance décidée, quant à elle, requiert un engagement préalable de votre part. Elle présuppose une situation de risque [12]. Vous pouvez acheter ou ne pas acheter une voiture d’occasion qui s’avérera être une « épave ». Vous pouvez engager ou ne pas engager une baby-sitter pour la soirée et lui confier votre appartement sans surveillance ; elle pourra aussi être une « catastrophe ». Vous pouvez éviter de prendre le risque, mais seulement si vous acceptez de renoncer aux avantages associés. Vous ne dépendez pas de la confiance décidée de la même façon que vous dépendez de la confiance assurée, mais la première peut, elle aussi, être une affaire de routine et de conduite normale.
La distinction entre confiance assurée et confiance décidée dépend ainsi de la perception et de l’attribution. Si vous n’envisagez pas d’alternatives (vous quittez votre maison chaque matin sans vous armer !), vous êtes dans une situation de confiance assurée. Si vous choisissez une action de préférence à d’autres, en dépit de la possibilité d’être déçu par l’action des autres, vous définissez la situation comme une situation de confiance décidée. Dans le premier cas, vous réagirez aux déceptions par des attributions externes. Dans le second, vous aurez à considérer une attribution interne et éventuellement à regretter d’avoir choisi de faire confiance.
De plus, la confiance décidée n’est possible que dans une situation où les dommages possibles peuvent être plus importants que l’avantage que vous recherchez [13]. Sinon, il s’agirait simplement d’une question de calcul rationnel et vous choisiriez votre action quoi qu’il en soit, parce que les risques demeurent dans des limites acceptables. La confiance décidée n’est requise que si un mauvais résultat vous ferait regretter votre action.
La distinction entre les deux types de confiance dépend de notre capacité à distinguer dangers et risques, qu’ils soient éloignés ou une affaire d’intérêt immédiat. La distinction ne fait pas référence à des questions de probabilité ou d’improbabilité. Le problème est de savoir si oui ou non la possibilité d’une déception dépend de notre propre conduite préalable. Dans la mesure où le terme « risque » est un mot relativement récent, qui ne s’est répandu dans les langues européennes, via l’Italie et l’Espagne, qu’après l’invention de l’imprimerie, nous pouvons supposer que la possibilité de distinguer les deux types de confiance est aussi le résultat d’un développement social et culturel. Le degré auquel notre conduite, en dépit de sa dépendance par rapport à son contexte social, est supposée avoir un impact sur notre état futur, a varié considérablement au cours de l’histoire. Alors que dans la Bible, par exemple, le Jugement dernier vient comme une surprise, à la fin du Moyen Age, on a commencé – sous l’influence de la confession – à le représenter comme résultat prévisible d’une conduite risquée. En commettant des péchés, vous risquez le salut de votre âme ; celui-ci devient ainsi une affaire non plus de pratique religieuse, mais de style de vie et d’effort individuel [14].
S’il en est ainsi, la relation entre les deux formes de confiance devient une question de recherche hautement complexe. La question n’est pas simplement d’attribuer des attentes à des types de confiance et de les trier selon qu’elles sont basées, soit sur la confiance assurée, soit sur la confiance décidée. Une relation de confiance assurée peut devenir une relation de confiance décidée s’il devient possible (ou s’il apparaît possible) d’éviter cette relation. Ainsi, des élections peuvent-elles dans une certaine mesure transformer une confiance politique du premier type en une confiance politique du second type, tout au moins si votre parti gagne. A l’inverse, la confiance décidée peut revenir à une simple confiance assurée quand l’opinion se répand que vous ne pouvez pas influencer réellement le comportement politique à travers le vote. Autre exemple : en tant que participant à l’économie vous devez nécessairement vous fier spontanément à la monnaie (confiance assurée). Autrement, vous ne l’accepteriez pas comme une composante de votre vie quotidienne et vous auriez à décider de l’accepter ou non. En ce sens la monnaie a toujours été considérée comme étant basée sur le « contrat social [15] ». Mais vous avez aussi besoin de la confiance décidée pour épargner et ne pas dépenser votre argent, ou pour l’investir sous une forme plutôt que d’autres.
Considéré de ce point de vue, le libéralisme politique et économique essaie de faire passer les attentes du rang de la confiance assurée à celui de la confiance décidée. En insistant sur la liberté de choix, le libéralisme met l’accent sur la responsabilité individuelle en matière de décision entre confiance et méfiance vis-à-vis des politiciens, des partis, des biens, des firmes, du personnel, du crédit, etc. Et il néglige les problèmes d’attribution et la grande quantité de confiance assurée requise pour participer au système. Recourir à la confiance décidée implique de mobiliser des engagements et des activités, d’accroître le champ et le degré de la participation. Mais qu’est-ce que cela signifie si les gens n’y perçoivent pas une condition de la confiance ou de la défiance décidée, mais une condition de la confiance assurée inévitable ? Ils n’épargneront pas et n’investiront pas s’ils manquent du premier type de confiance ; ils éprouveront de la désaffection s’ils manquent du second.
De plus, nous devons reconnaître que la relation entre confiance assurée et confiance décidée n’est pas un simple jeu à somme nulle, dans lequel plus il y a de confiance assurée, moins la confiance décidée est requise et vice versa. Une telle théorie négligerait la complexité structurale des systèmes sociaux comme une variable qui intervient. Mais l’évolution sociale qui produit des sociétés de plus en plus complexes peut en fait engendrer des systèmes qui requièrent moins de confiance assurée comme prérequis de la participation, et plus de confiance décidée comme condition d’une meilleure utilisation des chances et des opportunités. La confiance assurée dans le système et la confiance décidée dans les partenaires sont des attitudes différentes vis-à-vis des alternatives qui se présentent, mais peuvent s'influencer mutuellement. En particulier, un déclin de la confiance assurée, ou une difficulté croissante à trouver des situations et des partenaires qui garantissent la confiance décidée, peut produire des effets dévastateurs qui diminuent la gamme des activités accessibles au système.
 
III.
 
 
La familiarité, la confiance assurée et la confiance décidée sont des manières différentes de faire valoir des attentes – des façons différentes de s’assurer. Cependant, elles n’utilisent pas l’autoréférence de la même manière.
Les deux premières présupposent des relations asymétriques entre système et environnement [16]. La familiarité établit la distinction (asymétrique) entre des domaines familiers et des domaines non familiers et s’arrange du familier. Le non familier demeure opaque. Il n’y a pas besoin d’autoréflexion consciente : on est familier avec soi-même, pas non familier. La confiance assurée, de son côté, apparaît dans des situations caractérisées par la contingence et le danger ; il y a donc un sens à réfléchir à des mesures de préadaptation et de protection. La source de la déception peut être l’action sociale. L’anticipation fait par conséquent la différence entre les acteurs sociaux. Tandis que la différence entre le familier et le non familier est contrôlée par la religion, celle entre les acteurs sociaux en tant que sources et victimes de conduites qui déçoivent les attentes est contrôlée par la politique et la loi [17]. Le degré auquel la religion, d’un côté, la politique et la loi, de l’autre, sont différenciées dans les sociétés anciennes, peut être pris comme un indicateur de l’accroissement de la contingence [18] et de la nécessité de techniques de contrôle distinctes pour faire face aux problèmes de la familiarité et à ceux de la confiance assurée. En ce qui concerne la distinction entre le familier et le non familier, les techniques religieuses de symbolisation suffisent. La distinction politique entre amis et ennemis, entre les gens dangereux et les gens fiables, revient largement à une question de maintien de la paix dans des frontières territoriales. Dans les deux cas se développe un individualisme qui s’affirme lui-même. Il est suffisant pour maintenir sa position face à un destin opaque, inévitable, ainsi qu’aux sources visibles de danger : le héros est le symbole approprié pour cette demande.
Le cas de la confiance décidée est très différent et requiert un tout autre type d’autoréférence. Il dépend non pas d’un danger inhérent, mais du risque. Les risques, cependant, n’émergent que comme composantes d’une décision et d’une action. Ils n’existent pas par eux-mêmes. Si vous vous abstenez d’agir, vous ne courrez aucun risque. C’est un calcul purement interne de conditions externes qui crée le risque. Même s’il paraît évident que cela vaut la peine, ou même que c’est inévitable, de s’engager dans un parti risqué – voir un médecin, par exemple, plutôt que de souffrir dans son coin –, il demeure néanmoins qu’il s’agit de son propre choix, ou du moins tel semble être le cas, si une situation est définie comme une situation de confiance décidée. En d’autres termes, ce type de confiance est basé sur une relation circulaire entre risque et action, les deux étant des exigences complémentaires. L’action se définit en relation avec un risque particulier comme une possibilité externe (future), quoique en même temps le risque soit inhérent à l’action et n’existe que si l’acteur choisit de s’exposer à l’éventualité de conséquences malheureuses et de faire confiance. Le risque est à la fois dans l’action et hors de l’action ; c’est une façon dont l’action se réfère à elle-même, une façon paradoxale de concevoir l’action ; et il peut être approprié de dire que de même que les symboles représentent une réintroduction de la différence entre le familier et le non familier dans le familier, de même, le risque représente une réintroduction de la différence entre le contrôlable et le non contrôlable dans le contrôlable.
Que l’on place ou non sa confiance dans les événements futurs, la perception et l’évaluation du risque sont une affaire hautement subjective [19]. Elles différencient les gens et promeuvent des types différents d’individualité : l’un recherche les risques, l’autre les évite ; l’un fait confiance, l’autre se méfie. Parmi les nombreuses sources de l’individualisme moderne, celle-là a pu avoir une influence considérable. L’individualisme des marchands calculant les risques, apprenant de l’expérience, attentifs aux nouvelles, décidant sur la base d’un mélange bien proportionné de confiance et de méfiance, remplace l’individualisme du héros tenant bon contre toutes sortes de dangers et préparé à toutes les formes de mauvaise surprise. Combinant les deux types, Robinson Crusoe a fasciné cette période de transition.
Evidemment, la place relative accordée à la familiarité, à la confiance assurée ou à la confiance décidée n’est pas simplement prescrite par les structures sociales ou par les impératifs culturels. Dans une large mesure, ceci reste une question de définition. En particulier, pour ce qui est de la confiance assurée et de la confiance décidée, on peut choisir de voir la relation – la décision de consulter son médecin, par exemple – soit comme une confiance assurée, inévitable, dans le système médical, soit comme un choix risqué. Appartenant à la même famille des autoassurances, la familiarité, la confiance assurée et la confiance décidée semblent dépendre l’une de l’autre et être, en même temps, interchangeables jusqu’à un certain point. Il n’est pas possible, évidemment, de remplacer par vous-même quelque chose dont vous dépendez aussi. C’est pourquoi, nous avons à supposer une relation compliquée entre dépendance et remplacement, qui dépend elle-même de conditions supplémentaires. Ces conditions ne sont pas données a priori, mais changent au cours de l’évolution sociale, ce qui détermine la place occupée dans la vie sociale par la familiarité, la confiance assurée et la confiance décidée.
 
IV.
 
 
Les conditions de la familiarité ont beaucoup changé au cours du temps ; elles ont été profondément transformées par l’invention de l’écriture, par l’alphabétisation et par l’imprimerie [20]. Aujourd’hui, vous pouvez emmagasiner une quantité énorme de connaissances dont vous n’êtes pas familier et pouvez le rester, mais que d’autres possèdent et utilisent. Ces développements ont dû provoquer une tension sociale croissante. Déjà, l’art sophistiqué de la rhétorique, avec son insistance sur le souvenir des lieux communs, sur l’invention des idées (et cela signifiait leur découverte) et sur l’amplification des effets, était une réaction à cette nouvelle situation. Il constituait un défi pour l’orateur, dans la mesure où l’auditoire n’était plus exclu du savoir considéré comme secret : il pouvait connaître les textes et même connaître plus de textes que l’orateur, d’autres et de meilleurs. L’imprimerie a rendu la rhétorique obsolète en élargissant le problème [21]. On a pu comparer le monde lui-même à un livre, écrit par Dieu en des lettres partiellement illisibles ; mais immédiatement, les protestants, les philosophes et les hommes de science ont commencé à l’interpréter de manière différente. Le non familier ne cache plus les désaccords, les tensions et les conflits possibles. Le monde social est reconstruit en termes d’« intérêts [22] ». Aujourd’hui, vous pouvez essayer de calculer et de déjouer des intérêts ; vous pouvez voir des façons d’utiliser les intérêts des autres, qui sont fiables précisément parce qu’il s’agit d’intérêts [23].
Ces considérations conduisent à faire l’hypothèse que l’imprimerie a complètement changé notre façon de traiter le non familier. La distinction du familier et du non familier s’est émoussée. La technique religieuse utilisée pour réintroduire le non familier dans le familier, à travers la symbolisation, a perdu son pouvoir initial. Il n’y a plus besoin de distinguer, sur le plan cosmologique, le symbolon et le diabolon, les forces du bien et celles du mal. Ces schèmes ont été remplacés par la question de savoir si la connaissance et le pouvoir sont utilisés de façon positive ou négative, en fonction d’intérêts particuliers. Aussi, la confiance, quel qu’en soit le type, est-elle désormais ce qui importe, tandis que la familiarité ne survit que comme un milieu purement privé, sans fonction pour la société dans son ensemble [24]. Des différences de milieux familiers peuvent maintenant expliquer les différenciations culturelles et nationales, ou les résultats divergents de la socialisation ; elles ne décrivent plus la condition humaine.
Un second changement majeur se produit quand, en matière de différenciation sociale, on passe de la stratification à la différenciation fonctionnelle. Les gens [25] ne sont plus attachés à un contexte social fixé, mais doivent avoir accès à tous les sous-systèmes fonctionnels de la société dont ils dépendent simultanément. Les structures deviennent contingentes ; la loi peut être changée, soit par un acte du Parlement, soit par la pratique judiciaire [26]. Les fluctuations de l’économie ne sont plus considérées comme limitées par les frontières des « justes prix ». La science surprend le public en lui annonçant, comme une affaire de routine, de nouvelles découvertes et de nouvelles théories [27]. Des structures essentielles et les entités culturelles territoriales sont largement déplacées par des entités plus limitées dans le temps, comme la mode ou le style [28]. Ces nouvelles conditions [29] – d’accès et de pression du temps, d’opportunités et de dépendances, d’ouverture et de manque d’intégration – changent la relation entre confiance décidée et confiance assurée. La première demeure vitale dans les relations interpersonnelles, mais la participation à des systèmes fonctionnels tels que l’économie et la politique n’est plus une affaire de relations personnelles. Elle exige la confiance assurée, mais non la confiance décidée.
Les formes de l’intégration et de l’exclusion sociales ont changé. L’inclusion des personnes dans des systèmes sociaux importants n’est plus une question de nature, pas plus que de confiance décidée, de prise de risques ou de choix rationnel. Quant à l’exclusion, elle n’est pas plus le résultat d’une défiance rationnelle que l’absence d’un lieu où vivre, ou le fait d’être en état de péché mortel (si l’on a perdu l’habitus de la foi). Sur le plan de l’intégration sociale, on n’a pas le choix entre opter et décider de ne pas s’affilier ; ce n’est pas non plus une question d’être bien né ou d’avoir été « élu [30] ». Ces fondements de la confiance sociale ont disparu. La vie moderne dépend de structures contingentes et de conditions qui peuvent changer. On ne peut pas éviter de participer, car « telle est la vie », mais il n’y a pas de base rationnelle pour accepter ce qui est inévitable. Il n’y a pas non plus besoin de décider – on n’en a d’ailleurs pas l’occasion – d’accorder ou non une confiance assurée au système. On peut seulement se sentir malheureux et s’en plaindre.
Tout cela fait que la relation entre les deux types de confiance redevient importante. Les grands systèmes fonctionnels dépendent non seulement de la confiance assurée, mais aussi de la confiance décidée. Si la première manque, il y aura un sentiment diffus de non-satisfaction, de désaffection ou même d’anomie ; il se peut que cela n’ait aucun impact immédiat sur le système. Si la seconde fait défaut, par contre, cela change la façon dont les gens prennent leurs décisions sur les questions importantes. Comme on l’a rappelé, la confiance décidée est une attitude qui permet de prendre des décisions comportant un élément de risque. Le développement de ce type de confiance (et de méfiance) dépend du milieu local et de l’expérience personnelle. Ces conditions peuvent être étendues par la culture de la télévision, par exemple dans le cas des leaders politiques. Il faut un contexte relativement concret pour pouvoir tester et contrôler la confiance décidée et percevoir les événements symboliques susceptibles de la détruire. Ce contrôle et cette perception dépendent d’une réduction préalable de la complexité, assurée par des structures. Ils exigent aussi que l’on ait une relation visible avec ses propres décisions concernant l’acceptation d’un risque. Dans les conditions modernes de vie, ils dépendent en outre de la confiance assurée. Si celle-ci fait défaut, la confiance décidée disparaît aussi, ce qui signifie que seront exclues les conduites qui la présupposent. Ainsi, les Brésiliens aisés investissent-ils dans des immeubles d’habitation pour Brésiliens aisés, mais pas dans l’industrie. Des catégories entières de comportement peuvent ainsi être exclues, ce qui renforce une situation dans laquelle on ne peut pas avoir une confiance assurée dans le système.
Ainsi, un manque de confiance assurée et un besoin de confiance décidée peuvent-ils former un cercle vicieux. Un système, qu’il soit économique, légal ou politique, requiert la confiance décidée comme condition input. Sans cette confiance, il ne peut pas stimuler des activités de soutien (supportive activities) dans des situations d’incertitude ou de risque. En même temps, les propriétés structurales et opérationnelles d’un tel système peuvent éroder la confiance assurée et par là détruire une des conditions essentielles de la confiance décidée.
Il ne faut pas en conclure que la distinction entre les deux types de confiance est dépassée. Au contraire, elle devient d’autant plus importante que les sociétés complexes manifestent un manque plus grand de l’une et de l’autre ; le refus et le retrait ont, dans chaque cas, des conséquences différentes. Le défaut de confiance assurée provoque un sentiment de désaffection ; il conduit éventuellement à se retirer dans un univers restreint, aux dimensions purement locales, ou encore à aspirer à une vie indépendante, fut-elle modeste ; il engendre aussi de nouvelles formes d’« autogenèse », des attitudes fondamentalistes ou d’autres formes de milieux et de « mondes vécus » retotalisants. Ce qui peut avoir des répercussions directes sur le système politique et sur l’économie, ces répercussions variant en fonction de l’état de ces systèmes et selon qu’elles coïncident ou non, de manière imprévisible, avec d’autres facteurs à l’intérieur de ce que Michel de Certeau [31] a appelé le temps accidenté. Quant au défaut de confiance décidée, il conduit simplement à s’abstenir d’agir. Il réduit la gamme des possibilités d’action rationnelle. Il empêche, par exemple, de se soigner à temps. Il empêche par-dessus tout l’investissement de capitaux sous des conditions d’incertitude et de risque. Il peut conduire à une vie déréglée sur le plan moral, dans la mesure où l’on n’attend plus d’être récompensé après la mort. Il peut réduire l’intérêt public pour l’art novateur, avant qu’il soit reconnu et confirmé par les experts [32]. Le manque de confiance décidée peut provoquer le rétrécissement d’un système ; celui-ci peut même tomber, du point de vue de sa taille, sous le seuil critique nécessaire à sa propre reproduction à un certain niveau de développement. Toutefois, la distinction entre confiance décidée et confiance assurée éclaire le fait que la perte de la première ne résulte pas immédiatement et nécessairement de l’absence de la seconde.
Il est évident qu’une distinction conceptuelle ne constitue pas encore une théorie empirique. Il faut en plus élaborer des hypothèses et effectuer des recherches sur les conditions spéciales, dans des systèmes particuliers, qui peuvent interrompre le cercle vicieux de la perte de confiance : la confiance décidée vient à faire défaut du fait de la disparition de la confiance assurée, cette disparition étant elle-même due à la perte de la confiance décidée. Le système économique, par exemple, peut connaître des périodes où il est possible d’avoir une confiance raisonnable dans l’investissement – ce que peuvent aussi favoriser des conditions politiques stables. Ses performances peuvent alors renforcer la confiance assurée dans la stabilité monétaire, c’est-à-dire dans le système. La loi peut protéger les droits civils, la liberté et la propriété, même face à l’opportunité politique. C’est pourquoi elle peut créer une confiance assurée dans le système légal et dans des positions de sécurité, ce qui rend plus facile de placer une confiance décidée dans d’autres relations [33]. De plus, de nombreuses études empiriques nous ont appris qu’un stéréotype négatif du système – la bureaucratie, les entreprises « capitalistes » et les grandes firmes internationales – n’est pas incompatible avec des expériences positives dans le cas individuel. Votre banque vous fournit de bons services ; votre médecin, quoique fonctionnaire, s’est avéré très attentif et prévenant. Il est donc possible de bâtir la confiance décidée sur un plan micro et de protéger le système contre une perte de la confiance assurée à un niveau macro-.
Considérée de ce point de vue, la distinction entre les deux types de confiance donne un peu plus de teneur à la distinction fameuse entre microet macro-, dont il est si difficile de se servir dans la recherche empirique. Nous savons parfaitement comment passer du niveau macro- au niveau micro-, en termes d’impact des structures et des changements de la société sur les attitudes individuelles. Il est beaucoup plus difficile de remonter du micro- au macro- et de faire des hypothèses sur les effets de l’agrégation des attitudes individuelles sur les phénomènes macro-. Il n’est pas sûr que l’explication par Weber du passage de la société traditionnelle à la société moderne, en termes d’émergence de nouveaux types de motivation ascétique et économe, soit satisfaisante. Nous pourrions reconsidérer la question en nous demandant s’il y a eu des conditions spéciales qui ont permis de créer une confiance assurée en fournissant des occasions pour des engagements impliquant la confiance décidée. Par-dessus tout, la distinction entre domaines familiers et domaines non familiers d’activité s’est émoussée, en même temps que le capitalisme aventurier a cédé la place au capitalisme où prédomine le calcul du risque [34]. Parallèlement, la loi est devenue plus fiable, la protection de la propriété individuelle contre l’expropriation politique s’est accrue et l’interdépendance dans l’économie de marché est devenue plus visible. Des événements perturbateurs ont pu être identifiés et il a été possible, grâce à des occasions d’attribution, de considérer les cas ultérieurs comme différents.
Nous devrions bien sûr éviter d’avoir recours à un seul cadre explicatif. Le concept de confiance décidée ne peut pas remplacer celui de Gemeinschaft ou celui de solidarité. Confiance vs défiance : ce n’est certainement pas la distinction à utiliser pour caractériser la société moderne. Pour décrire une telle société, il peut être plus important d’accepter deux changements structurels interdépendants : le premier, la diversification et la particularisation croissantes du familier et du non familier ; le second, le remplacement progressif du danger par le risque, c’est-à-dire par la possibilité de dommages futurs pouvant résulter de nos actions ou de nos omissions, possibilité que nous avons à prendre en considération. S’il en est ainsi, nos actions rationnelles exigent, comme une évidence, que nous prenions des risques ; et prendre des risques implique, dès lors que d’autres sont impliqués, de risquer sa confiance. Mais, s’il en est ainsi, nous sommes susceptibles d’entrer tôt ou tard dans un cercle vicieux : ne pas risquer sa confiance, perdre ses possibilités d’action rationnelle, perdre la confiance assurée dans le système, etc., ce qui nous rend d’autant moins préparés à risquer notre confiance. Nous pouvons alors continuer à vivre, mais avec un nouveau type d’anxiété vis-à-vis des résultats futurs de nos décisions présentes, et en soupçonnant généralement les transactions d’être malhonnêtes.
Je ne prétends pas que la clarification conceptuelle et la production de théories pourraient nous garantir contre un tel destin. Mais elles peuvent nous aider à voir plus clairement ce qui arrive.
Traduit de l’anglais par Louis QUERE
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Luhmann distingue deux types de confiance : trust et confidence. Le premier comporte un élément de risque – accorder sa confiance, c’est accepter de prendre un risque – pas le second, qui implique davantage l’idée d’une confiance immédiate, tranquille. J’ai choisi de traduire le premier terme par confiance décidée et le second par confiance assurée. (NDT)
[2]EISENSTADT & RONIGER, 1984.
[*]Traduction de « Familiarity, confidences trust : problems and alternatives », in Diego Gambetta (ed.), Trust, Making and Breaking cooperative relations, Oxford, Basil Blakwell, 1989, p. 94-107.
[3]BARBER, 1983 ; voir aussi BARBER, 1985.
[4]LUHMANN, 1979.
[5]SPENCER-BROWN, 1971.
[6]LUHMANN, 1986.
[7]MÜRI, 1931.
[8]ASSMANN, 1984, est particulièrement conscient de cette signification non symbolique et présymbolique des mythes à l’origine.
[9]LUHMANN, 1984a et 1985.
[10]L’idée que « El secreto es vida de las determinaciones saludables » (« Le secret est vital pour les bonnes résolutions ») (RAMIREZ [1617], 1958, p. 25) était une opinion commune en son temps. Voir aussi BACON, 1895 ; ACCETTO [1641], 1930.
[11]SHORT, 1984.
[12]C’est un point souligné dans la recherche psychologique. Voir par exemple PETERMANN, 1985.
[13]DEUTSCH, 1958 ; 1962, p. 302 sq.
[14]On en trouve une sorte de preuve empirique dans le fait que ce changement n’est en aucune manière le résultat du mouvement protestant mais peut être observé tout autant dans des milieux catholiques. HAHN, 1982 ; 1984. Il est le résultat d’une conscience croissante du risque, traditionnellement définie en termes religieux.
[15]Pour un exemple récent, voir LAGERSPETZ, 1984.
[16]LUHMANN, 1984b, p. 35 sq et p. 242 sq.
[17]Cependant, un des premiers pamphlets sociologiques au sujet des nouveaux crimes d’abus de confiance comporte le terme « péché » dans son titre, ROSS, 1907.
[18]GUNNELL, 1968.
[19]KOGAN & WALLACH, 1967 ; FISCHHOFF et al., 1981.
[20]Voir aussi, d’un point de vue différent, HORTON, 1967, p. 64sq.
[21]Comme nous le savons bien, cela a pris plusieurs siècles. La rhétorique latine était enseignée dans les écoles, et il ne fut certainement pas possible de cesser de l’enseigner, malgré l’insistance, au XVIe siècle, sur l’amélioration de soi à travers la lecture. ONG, 1967 ; 1971 ; 1977.
[22]RAAB, 1965, p. 157 sq, p. 246 sq ; GUNN, 1969 ; HIRSCHMAN, 1977.
[23]GUNN, 1968.
[24]En fait, le terme « milieu » a changé de sens au cours du XVIIIe siècle. Il n’a plus désigné une position intermédiaire, un milieu entre deux extrêmes, mais un entourage concret, ce pour quoi le XIXe siècle a inventé le terme « environnement ».
[25]Même ce terme a changé de sens ; il a perdu sa connotation, habituelle au XVIIIe siècle, de propriétaires.
[26]HORWITZ, 1977.
[27]TENBRUCK (1975) parle de « trivialisation de la science » ; il veut dire par là qu’il n’y aura plus jamais de Newton.
[28]La carrière sémantique de la mode commence au XVIe siècle, lorsque se produit la bifurcation terminologique du masculin (le mode) au féminin (la mode). Le concept de « style » ne revêt une signification temporelle que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
[29]Ce terme, qui vient du latin condicio, non pas conditio, change aussi de sens : la condition n’est plus fixée par la naissance.
[30]Sauf, semble-t-il, en Afrique du sud, LOUBSER, 1968. Notez aussi que ce type d’inclusion/exclusion est étroitement corrélé avec une socialisation presque exclusivement assurée par la famille.
[31]CERTEAU, 1980, p. 337.
[32]Voir l’étude de la distinction par BOURDIEU, 1979.
[33]BARBER, 1983, souligne le même point au sujet de la contribution de la loi à l’établissement de la confiance décidée.
[34]Cette transition est en partie un effet tant de la découverte de territoires inconnus et, finalement, de la « globalisation » de la terre, que du développement des services de transmission et d’information.
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BARBER, 1983 ; voir aussi BARBER, 1985. Suite de la note...
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SPENCER-BROWN, 1971. Suite de la note...
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LUHMANN, 1986. Suite de la note...
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ASSMANN, 1984, est particulièrement conscient de cette sign...
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Cependant, un des premiers pamphlets sociologiques au sujet...
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Voir aussi, d’un point de vue différent, HORTON, 1967, p. 6...
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