2001
Réseaux
Changements dans les relations au travail
Entre ouverture et fermeture
Régine Bercot
A travers plusieurs études de terrain, les auteurs s’attachent à étudier l’organisation des
relations de travail conçues comme des processus évolutifs et contextualisables. Ainsi
n’en ira-t-il pas de même d’une intervention humaine selon qu’elle sera libre ou
requise. Les auteurs soulignent que les phases d’innovation technologique sollicitent de
nouveaux types de relations professionnelles d’une « non-disance » à une coopération ;
ils tentent d’observer également en quoi la situation se modifie lorsque l’on passe d’une
communication entre gens de métiers et une communication par projets. Ils
s’interrogent enfin sur la mesure du risque qu’effectuent les acteurs en phase
d’incertitude et sur le rôle de médiation du collectif
The authors draw on several case studies to investigate the organization of labour
relations conceived as evolving and contextualizable processes. For example, a
human action will not be the same if it is free or required. The authors highlight the
fact that some phases of technological innovation call for new types of labour
relations: from "the unspoken to cooperation". They also try to establish how the
situation changes when one goes from communication between experts to projectbased communication. Lastly, they explore the subject of risk assessment by actors in
situations of uncertainty, and the role of mediation by the collective.
Nous nous intéresserons ici au dialogue institué autour et à propos du
travail. Le dialogue dans le travail se produit couramment de
manière aléatoire et est construit par les acteurs dans des pratiques
informelles, de nombreux travaux en ont fait état. L’échange dans le travail
permet de rendre la règle opérationnelle et la complète
[1] ; il permet la
transmission des informations et des consignes
[2], la prise en compte des
contraintes et des exigences liées à des techniques, des savoirs diversifiés.
Au-delà d’une coopération procédurale ou technique, l’échange favorise la
construction de représentations communes, la discussion sur des
interprétations et des représentations à différents niveaux
[3]. La parole, à
propos et sur l’activité de travail elle-même, est une manière de fonder des
proximités ou des divergences
[4]. Elle crée un lien au sein de l’unité
économique ou sociale qu’est l’organisation, lien qui fonde des références,
des intérêts, de la construction de sens social ; ce sens concerne notamment
la signification donnée à une situation concrète de travail dans un collectif et
un espace économique et social donné.
Mais dans certaines formes d’organisation, la parole est requise, convoquée.
Certaines politiques de directions attachent donc une grande importance au
dialogue et mettent en place des organisations qui reposent sur l’échange et sur
l’expression des salariés. Le management s’appuie ainsi de plus en plus sur
des organisation bâties autour du dialogue : structures ou groupes de projets,
groupes de réflexions et d’améliorations. Les directions sollicitent les salariés
pour qu’ils s’expriment de manière individuelle et collective sur leur travail et
sur l’organisation dans laquelle ils exercent leur activité. Nous nous
intéresserons aux changements proposés par les directions en termes de mise
en relation dans le cadre du travail. L’assentiment des salariés par rapport à
cette politique d’expression n’est aisé ni à obtenir ni à construire. Notre
objectif ici est de rendre compte de la manière dont se construit ce dialogue sur
le travail. Quelles sont les difficultés et les points d’appui de sa dynamique ?
Si les salariés ne répondent pas de manière positive, on mobilise
couramment trois types d’explication. Un premier type explicite le refus
comme étant lié à un message de la direction qui serait mal passé. Ce type
d’explication conçoit en fait la relation d’expression de manière
déséquilibrée puisque le récepteur (le salarié) n’émet que sur le mode de la
réception dans la logique de ce qui lui est proposé par l’émetteur (la
direction). Le deuxième type d’explication met l’accent sur le refus d’un
changement lié à la perte d’acquis de tous ordres que le changement
entraînerait. Enfin, un troisième type d’explication évoque la question de
l’expression et de l’argumentation dans le travail en se référant à des
capacités. Très couramment, la question de l’expression dans le travail est
considérée sur le mode individuel et personnalisé. C’est la raison pour
laquelle elle est considérée comme une compétence des individus par de
nombreux acteurs ou observateurs de la vie économique et sociale.
Nous proposerons un autre type d’approche. En effet, plus qu’un attribut,
l’expression nous paraît devoir être considérée comme une construction
sociale, et ceci en référence à l’idée que cette expression se produit à la
fois dans un
contexte concret de relation et dans une
perspective
diachronique. Un individu ne possède pas l’expression comme un attribut
constitué, mais son expression se produit dans un contexte. La décision ou
le désir d’expression seront différents, selon que le contexte apparaît
favorable ou non, accueillant ou non d’une parole et donc potentiellement
d’une spécificité, voire d’une différence. Le désir d’expression qui naît
dans une activité de travail, suppose de la part des individus une
appréciation plus ou moins consciente du plaisir et de l’intérêt qu’il va
retirer de ces relations. Cette évaluation se construit au fil des
représentations. Une telle représentation est particulièrement liée à la
mémoire, à l’expérience. Les salariés se réfèrent à leur connaissance et leur
compréhension des rapports sociaux pour aborder une situation. Nous
privilégierons ici l’étude de ces situations concrètes. Nos analyses se
réfèrent à de nombreux travaux de terrain. Des enquêtes ont été effectuées
dans des contextes variés, dans des entreprises de taille différente, plus
particulièrement dans le secteur de la métallurgie : de l’automobile
[5], de
l’aéronautique
[6], de la sous-traitance de l’automobile
[7]. Nous nous
centrerons sur les relations dans l’activité de travail.
Les situations d’échange pour les salariés construites par les directions se
multiplient. Notons que les configurations d’acteurs qui interviennent dans
ces échanges organisés sont à géométrie variable. En effet, les groupes
d’échange se dessinent à partir de critères multiples : groupes professionnels
mais aussi groupes constitués dans l’activité de travail, ou autour de
problèmes particuliers.
Par exemple, l’échange au sein du groupe professionnel peut être lié à la
résolution de problèmes concrets. Ainsi les techniciens d’un bureau des
méthodes emboutissage discutent régulièrement pour réfléchir ensemble sur
l’amélioration d’un dessin d’outil. Ils comparent leurs expériences et leurs
points de vue, anticipent les dysfonctionnements qui peuvent se produire ; ils
ont l’habitude de discuter et acquièrent une certaine complicité, un respect
du point de vue de l’autre au fil des discussions parfois vives. Dans un autre
contexte, les ouvriers qui effectuent la surveillance des installations discutent
autour des installations, du process pour interpréter, décider des
interventions. Cet échange, notamment dans la chimie ou la sidérurgie, peut
être organisé autour de dysfonctionnements ou à propos de l’amélioration du
process. L’expression a tout d’abord comme vertu d’aider au raisonnement
et de permettre le développement de la pensée de chacun. Les raisonnements
se construisent et s’enrichissent avec la confrontation et l’explicitation. La
discussion apparaît en outre incontournable pour confronter des points de
vue différents. La différence de points de vue sur un même problème peut
s’expliciter à partir de plusieurs points de repère : chacun occupe une place
spécifique autour du process, tous n’ont pas les mêmes savoirs de base ou
les mêmes expériences. L’interprétation des phénomènes et la recherche de
solutions adaptées supposent de confronter les différentes interprétations qui
sont faites d’un problème donné.
L’échange entre des individus appartenant à des groupes professionnels et à
des métiers différents se construira à l’occasion de groupes de travail
constitués pour réfléchir à des améliorations. Le développement de ces
groupes de réflexion a connu de multiples configurations. Certains visent à
améliorer les processus de travail ; ils correspondent à une volonté
d’introduire une amélioration de la qualité ou une rationalisation des
procédures d’entretien. Le travail en groupe vise alors à rassembler des
personnes sur la base de leurs différences ; on choisit a priori de privilégier
la confrontation entre des mondes différents choisis en fonction des
problèmes à traiter. C’est ainsi que sur une question de qualité les groupes de
réflexion mêlent des niveaux hiérarchiques très différents, des spécialités
professionnelles diverses. Sur des questions d’amélioration des procédures
de transmission de l’information ou de développement de synergies on verra
par exemple se construire des confrontations entre commerciaux et
techniciens afin de favoriser la mise à jour des logiques et des langages
spécifiques ; la rencontre des mondes étrangers permettra ainsi de penser
d’autres modalités de travail, de reconsidérer des découpages et des
frontières entre activités.
L’organisation de l’échange ne repose pas sur des proximités affectives, des
interconnaissances préalables ou des affinités professionnelles. Les critères
de regroupement pour instituer un dialogue sont construits sur la diversité
des trajectoires, des points de vue ; le dialogue doit donc se nouer entre
acteurs a priori non demandeurs de ce type de rapprochement.
Un chemin individuel lié au passage d’une forme d’activité à l’autre
dans un cadre collectif évolutif
De nombreux travaux se sont attachés à montrer que l’intervention humaine
est importante pour faire vivre un processus de travail, y compris dans des
organisations conçues pour éviter l’initiative de l’exécutant et l’exercice de
la parole dans l’activité (comme le taylorisme). Il n’est pas dans notre propos
de revenir sur ces acquis importants de la sociologie du travail. Mais, nous
voudrions ici insister sur le fait que le travail à accomplir par les personnes,
l’enjeu social et affectif sont d’une autre nature lorsque cette parole est
requise, obligée, organisée dans des cadres précis. Les individus ayant à
participer à de nouvelles relations dans le cadre du travail rencontrent des
difficultés. La participation du salarié à des échanges proposés dans le cadre
du travail peut lui poser problème. Nous insisterons ici plus particulièrement
sur le chemin que les salariés ont à parcourir pour s’adapter à de nouvelles
formes de relation.
Les chemins à parcourir pour passer à une activité de travail dans laquelle
l’échange est sollicité de manière formelle sont très divers. En effet, la
configuration de ces chemins varie en fonction des habitudes et des
acquisitions relevant des situations antérieures. Pour faire état de ces
parcours liés à l’expression dans le travail, nous nous baserons sur une
réflexion typologique des activités de travail en fonction des formes de la
communication sollicitée au travail. Nous parlerons ici de communication
« au sens de construire et développer un espace d’intersubjectivité, de
compréhension réciproque
[8] … ». Les situations de travail sollicitent
différemment l’expression des salariés, instaurant ainsi des relations aux
autres très différenciées. La construction de ces formes nous servira de point
de repère pour montrer que le passage d’une forme à une autre pose des
problèmes d’ordre différent en fonction des ruptures qui interviennent ; dans
certains cas, le passage à une activité dans laquelle l’échange est requis de
manière nouvelle met en jeu une autre définition des rapports aux autres et
une déstabilisation de l’évaluation des capacités et de leur reconnaissance.
Après avoir défini les formes, nous verrons que les chemins à parcourir
d’une forme à l’autre interpellent également fortement les valeurs et les
référents des individus.
Des formes d’activité bâties à partir de la manière dont la relation
est requise dans l’activité de travail
Dans les différents secteurs où nous avons mené des enquêtes et à différents
niveaux de hiérarchie, on peut constater des activités de travail qui mobilisent
des formes semblables de communication. Nous utilisons la notion de
forme,
au sens de Simmel. Les formes au sens de Simmel ont été repérées et isolées
par lui
[9]. Elles mettent en évidence des aspects identiques prenant des
configurations différentes dans la réalité mais dont le résultat est apparenté.
Ici, les formes sont fonction de la place de l’échange dans et sur le travail. Ces
formes permettent de penser les situations de travail ; elles ne sont pas des
attributs systématiques de certains emplois, mais elles dépendent des situations
concrètes spécifiques. Nous avons distingué deux formes de communication.
Le critère permettant de distinguer ces deux formes est celui de la manière
dont la communication interfère ou non dans l’exercice de l’activité de travail.
La relation dans le travail est tantôt au centre de l’activité, tantôt à la
périphérie. L’échange pour réaliser son travail est quasiment inexistant dans
l’une, tandis que dans l’autre, le dialogue et la confrontation apparaissent
essentiels pour réaliser l’activité.
Dans la forme 1, l’échange sur le travail est périphérique à l’activité. Celle-ci
peut être exécutée sans discussion avec les autres, en autarcie. Quand elle
intervient, la relation à l’autre correspond à une nécessité ponctuelle
d’information ou à une réassurance. Elle permet de confirmer ou d’infirmer un
point de vue, une procédure, l’opportunité ou le bien-fondé d’une décision.
Ces échanges limités quant à leur durée et leur contenu sont néanmoins un
élément important du vécu des situations de travail. Cette importance est
particulièrement visible « en creux », au travers des discours de ceux qui en
sont privés. Dans ces formes, les activités de travail se caractérisent par
l’existence d’une activité en autonomie requérant peu de confrontations pour
leur mise en œuvre. Cette autonomie sur les modes opératoires n’exclut pas,
bien entendu, une dépendance liée à la division du travail. Appartiennent à
cette forme des situations de travail très différentes du point de vue du contenu
et de l’intérêt de l’activité. Ainsi, certaines activités concernées se
caractérisent-elles par un travail exécuté dans l’isolement avec une répétition
du mode opératoire (travail sur la chaîne, travail de pool de dactylographie…).
D’autres concernent des activités de travail ne reposant pas sur l’échange,
mais nécessitant la mobilisation de savoirs spécifiques requérant une certaine
qualification. La mise en œuvre des savoirs y est essentielle pour obtenir une
bonne efficience, un résultat optimum de l’activité. La création ou
l’élaboration ne s’accompagnent pas de manière dominante d’échanges. La
mobilisation de cette qualification favorise ainsi la mise en œuvre d’une
certaine expression dans la réalisation (activité de montage, de réparation, de
dessin, activité d’entretien). Mais à ce type d’activité correspond une forme
d’expression qui n’emprunte pas le chemin de la relation à l’autre, mais plutôt
celui du rapport à l’objet technique.
Dans la deuxième forme, la communication est au centre de l’activité, elle est
partie intégrante de l’acte de travail. Dans le cadre de l’organisation du travail
et du processus de travail local, elle apparaît nécessaire pour obtenir le résultat
de travail. Dans ces configurations, les activités mobilisent l’expression des
individus. Ceux-ci sont considérés comme des acteurs par les directions, au
sens où ils sont mis en situation de mobiliser leurs savoirs, leurs jugements,
leurs facultés d’expression et de communication. Ils élaborent leurs objectifs,
bâtissent des solutions alternatives, font des choix. L’activité, pour être
élaborée, requiert des interactions qui peuvent donner lieu à négociation. Cette
communication crée les conditions d’une ouverture vers une évolution de rôle
conférant une plus grande responsabilité des individus dans l’orientation de
leur activité. Au travers du changement de place au travail se tissent les
conditions d’un autre rapport à soi-même et aux autres. Dans cette deuxième
forme, les contenus de la communication requise ne confèrent pas toujours aux
acteurs la même posture. Ainsi, on peut établir une distinction entre deux
dynamiques ; certaines dynamiques d’échange sont bâties à l’origine sur la
négociation, puis s’acheminent vers un dialogue où la coopération domine ;
d’autres s’établissent d’emblée autour d’une relation basée sur la coopération.
Lorsque la communication interindividuelle se traduit par une négociation,
la position des acteurs concernés les situe sur un registre où leurs intérêts
leur apparaissent comme divergents. Ce mode de relation est présent, par
exemple, dans certaines positions commerciales ou de marketing. Ce type
d’échange à forte connotation de négociation existe également dans
certains contextes de relations de sous-traitance. La divergence d’objectifs
prime sur ce qui rassemble. La négociation peut porter sur des délais, des
prix, des processus de fabrication. L’accord sur un résultat s’établit autour
d’un rapport de force dans un contexte d’intérêts fortement divergents et
considérés comme tels par les parties. Un échange sur le mode de la
négociation peut évoluer et s’orienter vers un dialogue dans lequel la
coopération deviendra dominante ; l’échange se construit alors autour d’un
objectif central commun. L’échange, initialisé autour d’enjeux différents,
peut se traduire en final par une recherche de solutions en coopération qui
impliquent la mise en commun de ressources. Ce glissement de sens de la
relation peut se faire dans un deuxième temps, alors qu’aucune des parties
n’a pu aboutir et que les deux parties chercheront à éviter la rupture. Elles
rechercheront alors des compromis. Au départ basé sur des objectifs
divergents, le dialogue se transformera sur la base d’un nouvel objectif
commun. Ainsi, la relation de négociation pourra-t-elle glisser vers une
élaboration commune, une coproduction, dès que le service se
personnalisera en cherchant à s’adapter au problème spécifique du client
[10].
La relation entre un client et un fournisseur peut aussi basculer d’une
forme de négociation à une forme de coopération et de conseil. Dans cette
perspective, les salariés qui ont un rapport avec des interlocuteurs
extérieurs à l’entreprise dans laquelle ils travaillent, ne servent pas
uniquement le client, mais ils créent, recherchent une solution avec le
client
[11]. La relation marchande est alors mêlée d’empathie, les deux parties
cherchant à traduire la relation marchande en une relation de coopération.
Les personnes ayant un contact avec le client participent parfois à
l’élaboration de sa politique marketing ou forment leur client.
Dans d’autres cas, le dialogue s’établit d’emblée sous la forme d’une
coopération, l’objectif commun préexistant à la relation, il crée ainsi une
complicité dans l’acte de travail et dans la recherche d’une solution
commune. Cette forme met en jeu un objectif commun autour duquel
s’organisent la réflexion et l’action. La recherche d’une solution commune
n’exclut pas des conflits ou des divergences, mais la communication se fait
d’emblée autour d’une élaboration, sans passer par une phase transitoire de
recherche de négociation sur l’objectif. La communication est alors marquée
par la mise en place d’une organisation de travail et de communication
autour de cet objectif.
Les problèmes que la dynamique de relation et de dialogue
posent aux acteurs
Les phases d’innovation technologique et de transformation organisationnelle
sont une occasion de solliciter de manière inhabituelle les salariés et de leur
demander de se situer dans des relations nouvelles. Cette participation s’inscrit
dans des enjeux essentiels pour l’entreprise. La mobilisation des salariés est
envisagée de manière ponctuelle pour « passer » un cap difficile demandant la
mobilisation de ressources particulières. Les salariés sont sollicités selon des
modalités diversifiées. Elles se situent dans des types de situations différentes :
mobilisation d’un groupe de travail pour apporter ses connaissances et
intervenir dans une situation critique, processus d’automatisation requérant un
travail collectif, mise en œuvre de différents processus de qualité. Dans ces
différents contextes, les individus sont sollicités pour échanger sur des
situations et le travail y prend la même forme, au sens où nous l’avons défini.
Il conduit à une coopération, avec partage d’enjeux communs par rapport à
l’activité mise en œuvre. Cette forme du travail peut être temporaire, elle est
parfois plus durable.
L’accès au dialogue et à l’argumentation peut revêtir des significations multiples
pour les personnes concernées. Notre hypothèse est que cette signification varie
sensiblement selon le type de trajectoire et le passage à effectuer d’une forme à
l’autre. Cette trajectoire suppose la construction de relations nouvelles et une
socialisation à des relations dont les modalités varient.
Nous traiterons ici de deux types de « parcours » à effectuer. Le premier
concerne le passage d’une forme à l’autre lors d’un changement dans les
conditions de l’activité. L’enjeu principal de la transformation est lié au fait
que le salarié livre au regard d’autres acteurs (et donc à leur critique ou à
leur jugement) son activité, ses capacités d’apprentissage, d’intervention
dans un nouveau contexte. La difficulté réside dans la création d’une
distance « convenable » à l’autre. Nous verrons que la construction de cette
distance ne se pose pas dans les mêmes termes selon que la relation dans le
travail se situe au centre de l’activité quotidienne, ou qu’elle lui est
périphérique.
Le second type de parcours est un peu différent ; il s’inscrit dans la
continuité et le maintien d’une relation d’échange, mais dans des cadres
sensiblement différents, qui peuvent être facteurs de déstabilisation pour les
interlocuteurs ; elle les contraint à passer d’une relation de relative
complicité à une relation organisée autour d’intérêts contradictoires. L’enjeu
principal est de construire des relations nouvelles avec des personnes non
connues, appartenant à d’autres services de l’entreprise ou à d’autres
entreprises. Les relations au sein d’un groupe connu constitué de personnes
ressenties comme proches, voire comme semblables, du fait d’un partage de
valeurs ou de savoirs communs s’appuient très souvent sur des repères et un
langage indigène. Petit à petit, les acteurs ont établi des modus vivendi,
instauré des relations dans lesquelles ils ont négocié des reconnaissances
réciproques, des niches de territoire pour exercer leurs compétences. Les
nouvelles relations qu’ils ont à établir pour coopérer dans des cadres
nouveaux supposent de reconstituer dans un nouvel environnement et avec
d’autres personnes plus étrangères de nouvelles proximités et d’autres
modalités d’intervention et de reconnaissance. Ce passage d’un contexte de
communication à l’autre constitue une déstabilisation. Nous l’illustrerons en
nous référant à des observations effectuées dans des groupes de travail et des
entretiens non directifs.
Le passage de la forme 1 « non disant » à la forme 2 « coopération
dans l’activité »
Le passage d’une forme d’activité de travail dans laquelle les salariés sont
invités à se taire, à une autre sollicitant explicitement leur parole et leur
réflexion en coopération avec d’autres, est un passage marqué
d’ambivalence pour les salariés concernés. Il représente en effet une
ouverture vers une activité de travail dans laquelle la confrontation et
l’élaboration avec les autres existent. La relation directe aux autres constitue
une opportunité d’expression, une possibilité de valorisation et de
reconnaissance. Cette affirmation doit néanmoins être relativisée. En effet,
l’accès à la valorisation et à l’émancipation ne passe pas exclusivement par
la parole requise dans le travail, puisque certaines activités permettent une
valorisation sociale par les objets techniques et la mise en valeur de savoirs
de métiers (il en est ainsi des travaux de montage complexes, de l’activité de
transformation informatique technique…). D’autre part, la valorisation par la
parole n’est ni immédiate, ni assurée pour celui qui travaille habituellement
dans la solitude sur machine et n’a donc pas l’habitude de travailler en
groupe. D’où un certain nombre de craintes. Dans certains cas, le salarié
pense avoir plus à perdre qu’à gagner. C’est cette question qu’il paraît utile
de poser : quelles sont les difficultés rencontrées par les personnes, quelles
sont les situations ou les conditions de minimisation de ces difficultés ?
On constate des difficultés particulières liées à un changement de rôle. Les
politiques de gestion de main d’œuvre circonscrivent souvent très
précisément les interventions de certaines catégories et les domaines de
décision ou d’action. Ceci est particulièrement perceptible lorsqu’ont lieu
des changements dans les organisations. Dans ce contexte, on peut mesurer
l’intériorisation par les individus de leur rôle antérieur. Habitués à prendre
très peu d’initiatives et à se limiter à leurs modes opératoires, ils rencontrent
une difficulté à modifier leur champ d’intervention et à passer à un registre
nouveau. Intéressons nous à l’aspect relationnel du changement : le rôle
conféré antérieurement appauvrissait considérablement la perspective
d’initiatives relationnelles et l’intervention sur l’organisation. Pour illustrer
la nature des transformations à opérer, on peut se référer au passage d’une
position d’ouvrier qualifié occupant une fonction de montage à partir de
postes isolés à une participation de ce même ouvrier à l’équipe de montage
dans un contexte d’équipe autonome
[12]. Dans l’ancienne organisation, les
ouvriers qualifiés se tenaient à l’écart de l’organisation et de la gestion. Sur
ce plan-là, ils jouaient un rôle passif qui leur était conféré par l’organisation
et la division traditionnelle du travail. On ne peut cependant pas ignorer que
cette place dans l’organisation était également appropriée et maintenue par
une conception traditionnelle du métier, axée vers une spécialisation
technique. La relation aux orientations s’exprimait sur un autre plan que
celui de l’organisation et de l’échange sur le travail. Le rapport à la gestion
et à l’organisation s’exprimait plus sur le mode revendicatif de défense des
intérêts catégoriels et sur celui du maintien d’un contrepoids syndical fort.
Ainsi, l’existence d’une division du travail et l’orientation syndicale
contribuent à renforcer l’intériorisation des rôles ; ceux-ci, en effet, ne sont
pas le seul produit de la division du travail, mais ils sont aussi revendiqués
par les groupes professionnels, dans la mesure où la construction de la
professionnalité s’est bâtie sur les bases d’une non participation aux
questions de la gestion et de l’organisation.
Le passage d’une activité d’ouvrier spécialisé sur le montage complexe à une
position d’ouvrier travaillant en équipe autonome introduit un changement
essentiel, celui d’une relation nouvelle aux autres dans l’exercice de
l’activité de travail. Une fois admise la participation à cette nouvelle
organisation, les membres de la nouvelle équipe, pour pouvoir fonctionner,
ont à effectuer un certain nombre d’apprentissages, tant individuels que
collectifs. Nous distinguerons différents types d’apprentissage autour du
développement des relations dans le travail : l’intériorisation de nouveaux
rôles et de leurs corollaires en termes d’interventions, l’apprentissage de
techniques spécifiques concernant l’échange, la coordination et la
coopération en vue d’un résultat lui-même à définir. Ces trois aspects
forment une totalité qui permet d’approcher les difficultés que chaque salarié
a à surmonter.
Lors de la mise en place d’une équipe autonome, les individus expriment la
difficulté qu’ils ont eue à intervenir sur des registres simples mais
inhabituels dans le cadre de l’activité de travail ; l’incapacité portant sur
l’exécution de gestes simples indique que le problème n’est pas d’ordre
technique. Il est plutôt lié à la difficulté d’intérioriser un nouveau rôle, de
prendre la parole dans le travail sur un registre inhabituel, d’accomplir des
gestes autrefois non autorisés et qui, dans le passé, auraient même donné lieu
à sanction. Ainsi, dans l’équipe autonome, les ouvriers doivent décrocher le
téléphone et répondre à tout interlocuteur, tandis que dans l’organisation
traditionnelle, il leur était explicitement interdit de décrocher le combiné. La
force de l’habitude concernant les rôles à tenir peut être symbolisée par ce
fait ; les ouvriers, lorsqu’ils se trouvaient dans le local de réunion au centre
de l’atelier, laissaient le téléphone sonner sans même songer à répondre.
Cela révèle non pas une incapacité technique, mais bien plutôt une difficulté
particulière à se sentir concerné par un outil qui leur était explicitement
refusé. Interdit aux ouvriers, l’accès au téléphone est l’instrument et le
symbole de l’ouverture vers l’extérieur, de la circulation de l’information et
de l’échange dans le cadre du travail. Ces salariés doivent intérioriser cette
autorisation. Ils ont alors à produire un effort spécifique qui s’exprimera non
seulement en termes de remise en cause des réflexes antérieurs, mais aussi
par une autre conscience de soi-même et de sa place.
Une participation à une équipe autonome suppose également d’intervenir sur
des registres de coordination et de décision. Cet élargissement suppose de
s’intéresser aux évolutions de l’environnement, de repérer les personnes
concernées par les différents problèmes et d’intervenir avec succès auprès
d’elles. Cela signifie se faire reconnaître de manière nouvelle, comme un
interlocuteur valable, opérationnel dans de nouvelles missions. La légitimité
tant professionnelle que hiérarchique doit être construite. Il s’agit pour le
salarié de faire accepter par les autres ce changement d’activité afin
d’obtenir une confiance et une reconnaissance de base permettant
effectivement de remplir son nouveau rôle. Nous retrouvons ici la difficulté
ressentie par tout acteur souhaitant se positionner de manière nouvelle par
rapport à l’action dans un cadre de travail. Cela requiert un minimum
d’autorisations de la part des interlocuteurs. Cet accord est une
reconnaissance ; il peut être donné par un titre hiérarchique ou professionnel.
Il doit parfois être construit de manière moins statutaire par la recherche
d’appuis interindividuels fondés sur des sympathies et des proximités
interpersonnelles. Les différents cas analysés concernant l’ouverture et
l’accès à une autre expression dans le travail montrent que ces deux aspects
– légitimation hiérarchique et liens interpersonnels – s’articulent
mutuellement pour fonder un maillage que les individus doivent solidifier
par leur travail, et notamment leur action relationnelle.
En interne, au sein de l’équipe, la difficulté principale paraît être la création
d’une écoute véritable et d’une compréhension du discours de l’autre, de son
point de vue et de ses arguments. Cette écoute passe par une possibilité
offerte de dire les préventions, les rancœurs. Elle suppose de travailler non
seulement à l’amélioration de l’expression et de l’échange, mais aussi de
réfléchir collectivement sur la place de chacun dans le travail d’équipe, le
partage des tâches, la prise en compte de l’autre, la construction d’un certain
nombre de règles collectives de fonctionnement. Le rapport aux autres est
progressivement analysé, puis reconstruit, pour obtenir des modalités
nouvelles de coopération. Ainsi, des règles de fonctionnement seront
progressivement édictées et formalisées par le groupe. L’esprit de fond est
de construire des relations de confiance et d’entraide afin que s’instaure une
absence de hiérarchie implicite ou explicite et que s’opère un partage du
« sale boulot », des contraintes et problèmes d’ensemble afin que les horaires
ou les places convoitées soient équitablement répartis. Une relation basée sur
l’équité et la confiance s’établit progressivement et favorise l’entraide au
sein de l’équipe. Le collectif fonctionne alors comme une ressource pour les
individus. Il constitue une ressource en termes de regard et d’interprétation :
il s’oriente vers la recherche d’une non-stigmatisation des individus à partir
d’un échec ou d’une erreur. Il peut étayer les insuffisances, construire des
appuis de progression au travers de la formation ou de l’accompagnement,
valoriser des points forts individuels.
Cette démarche permet par ailleurs à chacun d’obtenir des arrangements
personnels en fonction de contraintes ou de difficultés particulières, dans le
cadre du travail ou dans la vie hors travail. A l’inverse, cela signifie qu’au
coup par coup, chacun compense la défection ou les faiblesses des autres
quand cela s’avère nécessaire. On le voit, il existe, dans cette expérience,
une démarche de mobilisation du collectif vis-à-vis des difficultés
individuelles. La relation individus/groupe est ainsi pensée dans une double
articulation : ce ne sont pas uniquement les individus qui créent le groupe et
le construisent, mais le groupe joue lui-même un rôle spécifique d’appui
pour la transformation des pratiques relationnelles et des représentations des
individus.
Le passage d’une forme de travail où l’expression n’est pas sollicitée à une
forme où elle l’est peut prendre une toute autre configuration que celui d’un
travail quotidien en commun, comme nous venons de le voir avec l’exemple
de l’équipe autonome. Il existe une autre configuration, dans laquelle la
construction des relations s’établit sur un mode provisoire et périphérique à
l’activité courante de travail. On trouve cette ouverture relationnelle dans des
contextes d’innovation technologique et de transformation organisationnelle.
Le groupe est un cadre de réflexion, une manière inhabituelle de solliciter les
salariés. Cette participation s’inscrit dans des enjeux essentiels pour
l’entreprise. La participation des salariés est envisagée de manière ponctuelle
pour « passer » un cap difficile demandant la mobilisation de ressources
particulières.
Les salariés sont sollicités selon des modalités diversifiées pour résoudre des
problèmes spécifiques. La hiérarchie impose parfois aux salariés de
participer à ces groupes, mais parfois fait appel à leur volontariat. Dans les
deux cas de figure, les salariés se posent la question de leur investissement
dans ces groupes. Leur participation est en effet très ambivalente. Elle
constitue une opportunité d’expression et donc d’affirmation de son point de
vue. Il ne s’agit pas seulement de dire, mais également de faire, de réfléchir,
d’élaborer des propositions d’amélioration, d’anticiper et de prévoir
l’évaluation des résultats. La démarche est nouvelle puisqu’il faut, à partir
d’un objectif – amélioration technique, organisationnelle, de qualité –
construire un processus de réflexion et d’action. L’invitation à participer à
ces groupes est souvent perçue par les salariés comme l’expression d’une
confiance de la part de la direction, voire une distinction. Les participants
font l’objet d’une certaine valorisation puisqu’on leur confie une mission
nouvelle. Le travail offert est considéré comme donnant une intelligence plus
grande de l’organisation dans son ensemble et une participation à cette
organisation. Cependant, cette reconnaissance est aussi vécue comme une
mise à l’épreuve. Il s’agit de sortir de la routine, d’aborder des champs
inconnus et de se mettre sous le feu des projecteurs de manière relativement
inhabituelle sans très bien savoir si l’on saura faire. Effectivement, l’enjeu
n’est pas seulement d’arriver à effectuer une tâche, mais de faire avec
d’autres, dans une posture inhabituelle de coopération. Les critères de
constitution de ces groupes ne reposent pas sur l’appartenance à une même
activité, ni sur des liens déjà existants. Les critères de construction
s’organisent autour d’un objectif qui conduit à rassembler des personnes
ayant des niveaux et des statuts différents, des champs d’intervention divers
dans l’entreprise.
L’importance de la réussite au niveau individuel est renforcée par le fait que
le changement s’inscrit dans des enjeux importants pour le service, voire
l’entreprise dans son ensemble. Il en est ainsi des groupes construits pour
introduire une rationalisation de circulation dans les ateliers ou une
rationalisation dans le dépistage des pannes en lien avec des objectifs de
délais de production, ou de qualité. Les participants se sentent mis à
l’épreuve dans une expérience qui a particulièrement le regard de la
direction. Une fois associé à l’exercice, le salarié voit l’objectif se
transformer en un défi individuel et collectif. Les participants contribuent
chacun de manière spécifique et originale à l’activité propre au sein des
groupes. Au sein des groupes, chacun détient un type de savoir spécifique,
notamment en lien avec les conditions d’exercice d’un métier. La
participation à ces groupes développe un processus d’individuation dans la
responsabilité.
La question de l’apprentissage est également très importante. Les nouvelles
relations dans le travail vont « fonctionner » comme une opportunité
nouvelle et peuvent stimuler les apprentissages. L’introduction de nouveaux
interlocuteurs dans le travail laisse un espace pour se positionner
différemment dans des regards nouveaux. Cela favorisera la valorisation des
compétences, leur diversification. Sollicités pour donner leur avis dans des
discussions concernant une élaboration ou une mise en œuvre collective, les
salariés seront amenés à verbaliser et argumenter leur point de vue, se
confronter à différents problèmes, élaborer des solutions en commun. Ces
démarches supposent une ouverture vers des domaines de problèmes qui
jusque-là n’étaient pas du ressort des salariés.
Cependant, cette ouverture s’accompagne d’une déstabilisation des repères
que le salarié s’est constitués sur ses forces et ses faiblesses dans le cadre de
son travail. Les acquis antérieurs deviennent ainsi relatifs, des procédures
d’apprentissage apparaissent incontournables dans des situations nouvelles,
sur d’autres champs de connaissance. Les salariés se confrontent aux limites
dans le développement de leurs propres capacités. Soulignons la difficulté
spécifique de l’apprentissage dans un contexte de travail. Les capacités
d’intervention et d’apprentissage doivent être mises en œuvre de manière
simultanée dans des situations de travail et non de formation.
L’apprentissage se fait avec moins de moyens en termes de temps et d’appui
dans les apprentissages. Il s’accompagne d’une double obligation. Les
résultats de l’effort des salariés doivent être visibles, tant dans les
apprentissages que dans la réalisation du travail. De meilleurs résultats sont
censés être produits, qu’il s’agisse de gain de temps ou de qualité. Le
changement d’organisation, appréhendé comme un investissement par les
directions, doit être rentabilisé et les objectifs sont redéfinis et le plus
souvent revus à la hausse.
Le développement des compétences rétroagit sur un certain nombre de
dimensions du développement des acteurs : ils acquièrent une plus grande
confiance en leur propre capacité et en celles des autres membres du groupe,
ils ouvrent leur champ d’action vers de nouvelles activités. Parce qu’il ne
concerne pas toute l’activité et reste périphérique, le regard de l’autre
apparaît plus facile à assumer. La relation n’est non pas continuelle, mais
épisodique et provisoire. La distance à l’autre apparaît ainsi plus facile à
construire quand l’échange et le regard de l’autre se situent à la périphérie et
non au centre de l’activité de travail.
Le proche et le lointain, l’approprié et l’étranger sont affaire de degrés et de
modulations. Le salarié est donc confronté à l’étranger à différents niveaux :
l’activité nouvelle proposée devient un monde étranger, à la fois par la
configuration proposée, par les objectifs visés et par ce qui est attendu du
salarié. Les autres participants au groupe peuvent également être considérés
comme étrangers ; en effet, même s’il a été repéré antérieurement
visuellement, on ne connaît de l’autre ni ses manières d’être, ni ses intentions.
Enfin, le changement et le temps conduisent à se considérer soi-même comme
un autre ; on se connaît en partie, en référence au passé, on apprécie ce que
l’on sait et ce que l’on peut. On perçoit aussi différemment ses faiblesses. Il
existe dans la confrontation de soi-même à une autre réalité, pas toujours
choisie, un doute sur ses possibilités, une absence de confiance, l’idée que
sans doute la tâche sera rude, voire éprouvante. Les participants à ces groupes
font part des risques ainsi encourus de rencontrer ses limites, d’échouer ou de
vivre une épreuve difficile. Les capacités et le vécu relationnel deviennent
potentiellement incertains et problématiques. L’incertitude de la situation et de
la capacité à y faire face donne le sentiment d’une prise de risque. Cette
incertitude concerne la dimension responsabilité.
Pour réussir, les fonctionnements de groupe nécessitent donc une politique
de direction qui assure la construction d’une aide effective et structurée.
Cette aide porte sur la création de relais d’animation (une personne dont la
mission est d’aider sans diriger), sur la mise en place de moyens tels que la
formation. Dans un contexte de création de structures d’échanges, de
nouveaux besoins de formation apparaissent dans d’autres domaines
d’activités, pour améliorer la communication ou acquérir des techniques
d’organisation. L’aide revêt également l’habit de l’autorisation : autorisation
à prendre du temps, à se réunir, à discuter. Enfin, l’appui de la direction
confère une légitimité, un pouvoir qui facilitent la prise d’autonomie et celle
de la responsabilité.
La réussite d’un changement de posture suppose l’introduction de supports
pour les apprentissages : la mise à disposition de temps, de personnes
ressource pour appuyer les démarches et les travaux en cours. Enfin, il nous
est apparu que les manières de travailler en groupe, autrement dit la
dynamique de groupe, constituait un point d’appui important ; les membres
du groupe jouent de fait un rôle de médiation dans les apprentissages. Il est
essentiel qu’ils en prennent conscience pour pouvoir maîtriser les effets des
relations de groupe. Ce rôle de médiation positif ou négatif se construit dans
le jugement porté sur les autres, dans les comportements qui vont de l’aide
au rejet. Le travail sur l’écoute et l’apprentissage de la parole apparaissent
essentiels dans le passage d’une forme à l’autre. Ces difficultés d’accès à la
parole et cette confrontation au regard – au jugement des autres – dans des
démarches d’apprentissage peuvent jouer dans le sens d’un retrait et d’un
refus de l’échange. Etablir de nouvelles relations conduit à confronter des
regards et des points de vue. Dans ces situations, les salariés se trouvent
exposés de manière nouvelle au jugement et à l’évaluation. Celle-ci a lieu
dans un contexte où l’ouverture de dialogue s’accompagne le plus souvent
aussi d’un élargissement de l’activité à des domaines non connus. La
difficulté est donc double et le passage d’une situation à l’autre sera facilité
si les autres salariés n’endossent pas un regard d’évaluateur, mais si une
certaine coopération s’instaure, permettant de mettre à l’aise et d’aider ceux
qui sont les moins armés pour effectuer cette ouverture de parole et de
champ d’activité.
D’une communication entre gens de métier à une communication
dans le cadre des projets
Les personnes avec lesquelles se construit l’échange, les proximités ou au
contraire les différences entre ces acteurs sont à considérer lorsque l’on
cherche à définir les modalités des relations. Nous prendrons un exemple dans
l’automobile, dans un contexte où le développement des structures par projets
s’était traduite par un changement dans les relations. Les emboutisseurs
travaillant en bureau des méthodes ont du progressivement dialoguer
directement avec des techniciens et des ingénieurs d’autres spécialités. Ce
nouveau cadre d’organisation
[13] s’est traduit pour les techniciens de
l’emboutissage par divers changements. Ils sont passés d’une coopération et
d’un dialogue qui s’établissent autour de la faisabilité de l’emboutissage d’une
pièce essentiellement construite entre pairs à un dialogue avec d’autres
personnes ayant des métiers, mais aussi des statuts différents. Ainsi, les
techniciens, dans une première situation de travail, avaient l’habitude
d’échanger et d’argumenter pour prendre des décisions sur les outils
d’emboutissage à construire. La faible formalisation de l’emboutissage ne
permet pas de modéliser réellement la conception et de prévoir de manière
certaine le comportement de l’outil sur la tôle en mouvement et en
déformation. Il existe donc là une incertitude technique que le groupe
cherchait à maîtriser en dialoguant. La principale référence de l’argumentation
portait sur l’expérience et la comparaison de cas semblables rencontrés
antérieurement, qui mobilisaient des raisonnements par analogie. Le travail
d’échange était ainsi tourné vers un objectif central commun qui, tout en
donnant lieu à de vifs débats, permettait la mise en œuvre d’une solution
commune, résultat du travail d’argumentation au sein du groupe des
emboutisseurs.
Dans le contexte des structures par projet, une partie seulement des
techniciens participe à ces structures en amont, c’est-à-dire au niveau de la
conception. Leur intervention se situe dans un contexte très différent et
bouleverse sensiblement les conditions de l’argumentation dans le travail.
La première modification introduite concerne la composition du groupe dans
lequel se feront les choix. Désormais, le technicien emboutisseur présent dans
ces structures est le seul à représenter les compétences en emboutissage et il
est donc dans une situation très modifiée, puisqu’il doit souvent prendre des
décisions seul, dans un temps court. Cette place dans l’organisation introduit
un certain nombre de
ruptures dans les conditions de réalisation de l’activité
et donc dans le travail lui-même. Le premier point concerne la question de la
légitimité. Le technicien qui décidait de manière collective de la faisabilité
décide désormais progressivement de manière individuelle. Il représente les
savoirs de son métier et décide très souvent lui-même. Il doit ainsi apprendre à
gérer cette individualisation de la décision et parfois aussi de l’analyse, il n’a
pas le temps et la possibilité de toujours demander l’avis de ses pairs. Dans
cette posture de travail, il perd donc ses appuis, une partie de ses références
liées à l’expérience des autres. Il prend un risque en décidant ainsi seul pour
son métier. L’autre rupture ainsi introduite concerne les conditions dans
lesquelles se fait l’argumentation. Il s’agit d’argumenter en se référant à des
cas et des savoirs basés sur l’expérience alors que les interlocuteurs des autres
métiers n’ont ni les mêmes expériences, ni les mêmes référents. Ceci aurait
des incidences moindres si les différents participants avaient les mêmes
objectifs. En effet, bien que l’objectif final et indirect soit commun, puisqu’il
s’agit de construire un véhicule, les objectifs et les enjeux au niveau de
l’élaboration sont sensiblement différents, car il existe une logique et des
contraintes propres à chaque métier. Avant que les contraintes des autres
métiers se stabilisent et fassent figure de prescription
[14], il existe un jeu de
rapports de force et d’argumentation pour expliciter ce que sont les contraintes
du métier et ce en quoi elles sont incontournables et constituent des contraintes
réelles auxquelles les autres doivent se plier. C’est à cette difficulté que sont
confrontés les techniciens d’emboutissage. Il leur est donc nécessaire
d’apprendre à argumenter dans des contextes où le fond de savoirs partagés ne
repose plus sur l’expression, dans un contexte où leur appartenance au niveau
technicien ne confère pas un statut identique aux autres interlocuteurs puisque
ceux-ci sont souvent ingénieurs. Ainsi, les emboutisseurs dans les structures
projet perdent l’appui du groupe dans la construction de la réflexion et la
recherche de solutions ; ils perdent également dans la plupart des situations
l’appui du responsable de leur service qui jouait autrefois ce rôle de médiation
et de négociation auprès des autres métiers afin de les convaincre des
contraintes propres à l’emboutissage.
L’éclatement des anciennes formes de coopération (par exemple celles
internes à un métier) a eu comme conséquence de fragiliser les lieux de
recomposition et de constitution du savoir. Par ailleurs, l’individualisation
des pratiques et des responsabilités introduit des formes plus discriminantes
de travail ; tous ne peuvent avoir accès à des postes de responsabilité
individuelle. Enfin, les logiques professionnelles de certains postes se
transforment : des postes à dominante technique deviennent des postes de
négociation (commerciale ou des postes de négociation dans la conception).
Ce mouvement d’individualisation repose sur le challenge individuel et le
risque est d’épuiser les individus, de leur faire prendre des risques d’échec
sans préparer d’éléments qui faciliteraient ou aideraient à la gestion des
difficultés.
On le voit, le changement de situation représente une déstabilisation et un
risque pour les individus qui y sont confrontés. Au-delà de l’effort que
représente le changement, la déstabilisation des formes de relations aux
autres introduit des interrogations pour les salariés concernés : interrogation
concernant les capacités (saurais-je faire ce qui m’est demandé ?),
interrogation concernant le sens de ce qui se joue et les objectifs réels des
propositions émises (puis-je faire confiance à la direction ? N’y a-t-il pas des
objectifs cachés derrière ceux annoncés ?).
Le risque mesuré, rationalité et émotion
Les questions que se pose le salarié sont particulièrement liées à
l’incertitude. Il s’agit en fait d’évaluer le sens de ce qui est proposé et la
crédibilité du discours de le direction. La possibilité de faire confiance dans
les propositions des directions sera mesurée à l’aune des pratiques passées et
de la cohérence de ces propositions avec les autres pratiques selon
différentes modalités.
Premier cas, les salariés construisent leur évaluation de la politique menée en
comparant les pratiques des différents acteurs de la direction et la cohérence
de ces pratiques. L’invitation à la discussion dans le travail pose la question
du clivage de points de vue et de la manière dont cette diversité est prise en
compte dans les activités courantes par ceux qui incarnent l’autorité au sein
des organisations. Ainsi, il n’est pas rare de constater qu’une orientation de
dialogue émise par certaines directions d’entreprises est contredite dans la
pratique par des comportements autoritaires de responsables ; ceci rend
moins crédible le discours de la direction. En outre, les salariés sont très
souvent habitués à être considérés par les directions et par l’encadrement
comme des récepteurs
[15]. Or, dans une approche visant à appréhender la
communication dans l’acte de construction d’activité de travail, l’acteur est à
la fois émetteur et récepteur et, de ce fait, les propositions des différentes
parties devraient être considérées comme pertinentes. En effet, la réception
négative d’une proposition peut correspondre au fait que le message contenu
dans cette proposition n’est pas toujours pertinent pour les individus qui
reçoivent le message. Cette interprétation de la pertinence du message
correspond à leur point de vue. Si l’on établit qu’il existe un point de vue des
dominés, c’est-à-dire des salariés au sein de la relation salariale, on peut
également, à l’inverse, souligner, comme le fait Jean-Pierre Darré, que les
émetteurs de propositions de changements se situent dans une position de
domination et possèdent eux-mêmes un point de vue. Considérée comme
telle, leur parole devient également relative. Elle n’est pas uniquement liée à
des intérêts spécifiques, mais à des manières de comprendre et d’interpréter
la réalité. Ainsi, lorsqu’ils sont sollicités pour donner leur point de vue,
argumenter sur leur activité de manière nouvelle ou sur l’activité d’ensemble
plus généralement, les salariés sont non seulement surpris, mais incrédules.
Par ailleurs, les ressorts de l’expression des salariés sur le travail se jouent au
niveau des représentations qu’ils ont de la politique de l’entreprise et des
risques qu’ils encourent ; quelle sera leur place effective et leur rôle dans le
nouveau contexte ? Le refus ou la crainte d’établir un dialogue dans le travail
repose sur des raisons culturelles, idéologiques, une volonté de la part des
différents acteurs de maintenir la stabilité de leur environnement et des
rapports de pouvoir existant. En effet, l’introduction de nouvelles formes
d’activité et de communication déstabilise la composition, les contours des
groupes existants, les repères de proximité de ses membres, leur pouvoir.
Les valeurs préexistantes sont remises en question. Les tentatives de
changement de pratiques dans le travail peuvent être vécues par le groupe
comme une division ou une trahison.
Ainsi, nous avons pu constater une opposition active locale de syndicalistes
à la mise en place de nouvelles formes d’organisation du travail du type
groupe autonome. Les raisons de cette hostilité étaient multiples. Avant tout
changement dans les modalités de travail, les syndicats souhaitent que soit
abordée la question de la compensation salariale. En outre, la diversité des
situations des ouvriers rencontre une hostilité de principe quand elle met en
péril l’uniformité de la condition salariale du groupe ouvrier et quand elle est
susceptible d’introduire des inégalités et donc une division du groupe
ouvrier. Enfin, la mise en place de dialogues directs entre direction et
ouvriers peut être un facteur de fragilisation de la place d’intermédiaire que
les syndicalistes occupent.
Les ressorts de l’expression des salariés se situent également dans les
différentes dimensions du management et notamment dans la gestion des
carrières et des mobilités. Solliciter la parole des salariés peut être interprété
comme une manifestation d’intérêt et de reconnaissance, cela peut être aussi
interprété comme une manière de tromperie, l’intérêt pour la parole des
salariés n’étant qu’une manière de masquer des fins non dites par les
directions du type réduction des effectifs, découpage des emplois. Par
exemple, ce qui joue dans les entretiens annuels d’évaluation du personnel
est parfois très ambigu. L’entretien entre un salarié et un supérieur
hiérarchique peut être considéré comme se situant dans un cadre inégalitaire.
L’entretien peut de ce fait se traduire par une manipulation ou une
culpabilisation du salarié.
Les salariés ont parfois à se mettre dans une perspective d’appropriation des
changements à venir. Cela est lié également pour une part non négligeable
aux sollicitations contradictoires dont ils sont l’objet. Dans le contexte
économique actuel, les salariés vivent des injonctions au travail qu’ils
doivent apprendre à trier, organiser, mettre à distance. Il doivent en
permanence s’adapter et organiser leurs interventions en référence à des
sollicitations se situant sur des registres contradictoires. Ainsi, les salariés
sont l’objet de trois types de sollicitations. Le premier type concerne le
respect de la règle et de la norme. Les salariés reçoivent – subissent – très
souvent des prescriptions et des contrôles multiples liés notamment à des
certifications qualité qui introduisent de nouvelles contraintes et rendent plus
strictes l’application d’un certain nombre de procédures. Le deuxième type
de posture est inverse, puisqu’il conduit à une mobilisation de la subjectivité
dans l’acte de travail lui-même. Ainsi, la subjectivité est-elle sollicitée en
différents moments, tels des événements nouveaux, des incidents, la
recherche de solutions à un problème inédit, l’anticipation des conditions de
changement d’exercice du travail. Dès que l’on quitte le registre du réflexe
ou de la répétition, autrement dit de l’acte reproduit sans effort, de manière
quasi répétitive, les acteurs ont à effectuer des choix, hiérarchiser et arbitrer
parmi les conduites possibles à tenir. Cela se traduit par un engagement de la
responsabilité des acteurs à différents niveaux. En effet, dans un contexte de
flexibilité des produits et services, une régulation par les acteurs eux-mêmes
se substitue très souvent à une régulation par des règles d’organisation.
Enfin, cette posture d’acteur dans l’activité quotidienne est renforcée par une
mobilisation des salariés sur un horizon élargi lors de la mise en place de
groupes de réflexion et d’action autour d’une réorganisation du travail.
L’horizon pour les salariés s’élargit dans trois directions : celui de la
connaissance d’autres univers ou d’autres manières d’analyser et de traiter
un problème, celui de la prise en compte de la dimension temporelle dans la
perception de l’activité, celui de la participation à une réflexion d’ensemble
qui élargit le cercle d’intervention. Les deux derniers types de posture
sollicitent des facultés de choix et développent la responsabilité des
individus, ainsi que leur engagement social.
L’accès à l’échange dans le cadre salarié n’est pas spontané et immédiat. Il
requiert un certain nombre de conditions, notamment l’autorisation, la
confiance, une certaine légitimité, celle-ci ayant dans le contexte de travail
des contours particuliers. L’autorisation et la sollicitation d’expression
initient une reconnaissance, mais elles peuvent se traduire également par une
situation contraire et le salarié peut ressentir durement l’incapacité à assumer
cette autorisation de dialogue. Il est donc important de mettre l’accent sur les
conditions d’ouverture de ce dialogue.
La volonté d’expression des salariés dans un cadre organisé par l’entreprise
se construit pour une part importante, au niveau de l’activité de travail
concrète, dans les modalités concrètes du passage d’une forme à une autre.
Chaque changement de forme de relation introduit des déstabilisations de
rôles, des postures relationnelles différentes. Cependant, les difficultés des
salariés et les modalités d’adaptation sont différentes selon les « chemins »
que les salariés ont à parcourir. Dans la forme 1, du « non-disant », les
salariés sont particulièrement repliés sur leur activité, la réalisation de cette
activité ne générant pas de relations avec d’autres. Aussi, on peut constater
que l’amorce de dialogue est particulièrement chargée d’émotion, du fait
d’une prévention concernant ces propositions. En effet, leur parole n’a pas
été sollicitée antérieurement dans leur activité de travail ; par ailleurs, ils
redoutent la perte d’une autonomie acquise progressivement. La mise en
relation avec les autres se trouve ainsi chargée d’ambivalence. Elle est une
ouverture vers l’expression et la reconnaissance, mais elle est aussi
potentiellement déstabilisatrice. En effet, l’attente vis-à-vis du salarié se
transforme. D’une situation repérée, cadrée, on passe à une situation
nouvelle dont le cadre est à construire au fur et à mesure, puisqu’il s’agit
d’un cadre de communication nécessitant une coopération. Enfin, l’activité
antérieure s’accompagnait de représentations et d’habitudes. Leur
transformation est loin d’être immédiate. Dans les organisations où la
communication structure l’activité quotidienne, la réussite de la
communication est marquée par un enjeu collectif et individuel. Elle
conditionne en effet de manière étroite l’accomplissement de l’activité de
chacun et elle est ressentie comme essentielle par l’ensemble des acteurs.
Nous constatons ainsi dans le cadre de ces organisations du travail une
double posture du salarié : une individualisation de l’activité et de la prise de
responsabilité, l’inscription du travail dans des échanges avec des
interlocuteurs diversifiés. L’adaptation au regard des autres sera plus aisée
dans les cas où l’échange intervient à la périphérie de l’activité quotidienne,
la mise à distance des autres apparaissant alors plus facile.
Les difficultés rencontrées par les salariés pour passer d’une forme à une
autre nous interpellent sur les modalités d’accompagnement et sur les
médiations dans l’accès à un autre niveau d’expression. En effet, même si
l’échange favorise la valorisation de soi-même et la reconnaissance au sein
de l’espace du travail, la démarche des salariés n’est pas toujours volontaire.
La question est bien de savoir dans quelle mesure ce droit à l’échange
permet une expression reflétant les préoccupations, mais aussi les capacités
de réflexion et d’élaboration des salariés. Certains échanges peuvent en effet
se traduire par des processus négatifs : enfermement dans des rôles,
stigmatisation. La construction du dialogue suppose donc une réelle volonté
d’échange, un certain nombre de ressources, qu’il s’agisse de temps ou de
modalités d’accompagnement. Nous avons vu également l’importance du
collectif, le rôle de médiation qu’il peut être appelé à jouer dans le rapport à
l’action ; il permet la mise à jour des différences dans les représentations ; il
peut également constituer un point d’appui dans une fonction de réassurance,
d’initiation et de formation.
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[1]
TERSSAC, 1992.
[2]
TRIST et BAMFORT, 1951.
[3]
IRIBARNE, 1994.
[4]
BOUTET, 1995.
[5]
BERCOT, DE CONINCK-VALEYRE, 1996.
[6]
BERCOT, 1999a.
[7]
BERCOT, 1999b.
[8]
Voir ZARIFIAN, 1996, p. 16.
[9]
« Dans tout phénomène social existant, le contenu et la forme sociale constituent une réalité
concrète unitaire ; une forme sociale ne peut pas plus acquérir une existence détachée de tout
contenu qu’une forme spatiale ne peut exister sans une matière dont elle est la forme. Au
contraire, voici les éléments de tout être et de tout fait social, inséparables dans la réalité : d’une
part un intérêt, un but, ou un motif, d’autre part une forme
, un mode de l’action réciproque entre
les individus, par lequel ou sous la forme duquel ce contenu accède à la réalité sociale ». Voir
SIMMEL, 1999, chapitre 1 « Le problème de la sociologie », p. 44.
[10]
BANDT et GADREY, 1994.
[11]
JOSEPH et JEANNOT, 1995.
[13]
BERCOT, CONINCK, VALEYRE, ZARIFIAN, 1993.