2001
Réseaux
Series policieres et strategies de programmation
François Jost
Le réalisme, qui a revêtu de nombreux habits au cours de l’histoire, a fait
retour une nouvelle fois avec les séries policières françaises (PJ, Police
District, etc.). Sur quoi repose cette promesse marketing des chaînes et quel
en serait le gain symbolique pour le téléspectateur ? La première réponse
provient de la confrontation de la définition du réalisme selon les chaînes
(telle qu’elle se dégage de leurs discours) et de l’étude des programmes. Il en
ressort que ce prétendu mimétisme a moins pour fonction de faire connaître
un monde à son spectateur (comme celui de Zola), de l’informer, que de le
confirmer dans ses préoccupations quotidiennes. Il facilite d’abord la
rapidité d’accès au monde imaginaire qu’est la fiction, son accessibilité. Une
analyse des séries montre, en second lieu, que la différence entre les
nouvelles séries et les séries classiques (Une Femme d’honneur, Navarro,
Julie Lescaut) réside plutôt en une opposition entre deux modes
mimétiques : les séries à mode mimétique bas (avec des héros égaux aux
autres êtres humains et qui privilégient des groupes-héros : un commissariat)
et les séries à mode mimétique élevé (qui mettent en scène des héros
supérieurs en degré aux autres hommes). Ces deux modes, qui impliquent
des relations différentes à l’espace et au temps, répondent à des stratégies de
programmation différentes : stratégies de l’exemplum, de la fabula et de la
feintise. Ainsi, certaines séries policières ont poursuivi sur le terrain de la
fiction la promesse de quotidienneté des reality shows, sans pour autant
battre en brèche cet appel du héros des séries à mode mimétique élevé, qui
ont encore de beaux jours devant elles.
Realism, which has come in various forms throughout history, has made a
new comeback with French detective series. On what is this marketing
promise of TV channels based and what is TV viewers’ symbolic gain likely
to be? The first answer is obtained by comparing each channel’s definition
of realism, in their discourse, and by analysing their programmes. It emerges
that this supposed imitation is intended less to make viewers’ familiar with a
world (like that of Zola), in other words, to inform them, th n to confirm
their daily preoccupations. Above all, it facilitates the accessibility of the
imaginary world of fiction. An analysis of these series shows, secondly, that
the difference between new and traditional series lies essentially in an
opposition between two mimetic modes: series with a low mimetic mode
(with group-heroes who are equal to other human beings, e.g. a police
station) and series with a high mimetic mode (with heroes who are superior
to other humans). These two modes, with different relations to time and
space, correspond to different programming strategies: exemplum, fabula
and feint. Some detective series have maintained, in the world of fiction, the
everyday nature of reality shows, without however demolishing the hero’s
appeal of series with a high mimetic mode, which still have a bright future.
Les analystes de la télévision commettent souvent l’erreur d’en rester
à l’examen des collections
[1], comme si le programme, à l’instar du
film, était indépendant de la case horaire qui l’accueille. Toute la
difficulté de l’étude
[*] de ce média tient dans la nécessaire articulation des
programmes et de la programmation. Une même émission (par exemple,
Hitchcock présente…) n’a pas le même sens ni la même fonction selon
l’heure et la chaîne de diffusion. Si la série a une telle importance
stratégique pour les chaînes, c’est bien sûr qu’elle fidélise, dans la mesure
où, comme l’a montré jadis Eco, elle « répond aux désirs des enfants
d’entendre toujours la même histoire, à notre besoin d’être rassuré par le
retour de l’identique, très superficiellement modifié
[2] ». Mais, à ce plaisir du
Même, qui structure les rendez-vous hebdomadaires, il faut ajouter la
propension de la série à se marier à l’Autre, en l’occurrence le programme
suivant, pour donner une cohérence à la tranche horaire de la soirée, sans
perdre de vue que cette cohérence risquerait fort d’échapper au téléspectateur
si la chaîne elle-même ne l’explicitait pas par de nombreux discours
(dossiers de presse, publicité ou bandes-annonces).
De tout cela il résulte, en termes de méthode, qu’avant de se lancer dans
l’étude d’un programme, il importe de cerner comment il a été présenté à la
presse écrite, radiophonique ou électronique et comment il a été promu sur
la chaîne de sa diffusion. Si nous ne sommes pas sûrs de trouver là les
intentions de la chaîne, c’est-à-dire ses stratégies, au moins y trouverons-nous ce qu’elle veut que l’on pense de ses programmes ou, plus précisément,
ce qu’elle nous promet d’y trouver. Pour reconstituer les stratégies,
l’analyste articulera ces promesses explicitées de la chaîne (les dossiers de
presse, les bandes-annonces, etc.) à ses actes que sont les programmes et
leur programmation à telle case horaire.
J’ai montré récemment que l’évolution récente des chaînes généralistes les
menait à revendiquer de parler
au nom du réel (au point que M6 a réussi à
faire accepter l’appellation absurde de « télé-réalité
[3] »). Or cette
revendication a dépassé le champ des genres authentifiants, où, après tout
elle était plausible, pour atteindre l’ensemble de la télévision, y compris les
fictions
[4]. Cet article a été suscité par cet étonnement (ne devrait-on pas
plutôt demander à une fiction d’être ingénieuse ou imaginative ?). Le
réalisme, qui a revêtu de nombreux habits au cours de l’histoire, a fait retour
une nouvelle fois avec les séries policières. Sur quoi repose cette promesse
marketing des chaînes et quel en serait le gain symbolique pour le
téléspectateur ? Pour en mesurer la portée, il ne faut certes pas raisonner en
confrontant la fiction à la réalité – comme le voudrait le sens commun –, il
faut plutôt aller voir ce que ces nouvelles séries policières changent aux
modes de discours mimétiques jusqu’ici en vigueur, pour nous faire accéder
à son monde. Où préfère-t-on vivre par procuration ? Dans un monde qui
nous est familier ou dans un monde qui nous dépayse ? Et avec qui ? Nos
frères ou des héros qui nous subjuguent ? C’est à ces questions qu’il faut
répondre pour comprendre la place des séries dans la grille et la stratégie qui
préside à leur écriture.
Une promesse de « réalisme » et d’immersion spectatorielle
En 1997, apparaît sur France 2 un nouveau format de série policière : au
traditionnel 90’ des fictions françaises se substitue le 52’, fort répandu aux
Etats-Unis. Pour l’entreprise, ce format a l’avantage considérable de ménager
une pause publicitaire entre deux épisodes, pause qui lui est interdite à
l’intérieur d’une œuvre de 90’. De plus, ces deux épisodes se suivant, ils
permettent de retrouver les avantages d’un long-métrage coupé en son milieu.
Pourtant, lors du lancement de PJ, le directeur de la fiction de France 2,
Nicolas Traube, ne fait nullement allusion à des critères économiques. Ce
raccourcissement serait conforme aux « orientations stratégiques voulues par
la direction générale de l’antenne (…) ouvrant un nouvel espace qui permettra
aux nombreux talents existant en France de s’exprimer différemment »
(dossier de presse PJ). De plus, ajoute Nicolas Traube, « les 52’ permettent
d’accorder plus de place à la psychologie évolutive des héros récurrents ».
Curieusement, pour le directeur de la fiction d’une chaîne commerciale
comme TF1, cet avantage est un inconvénient, du moins pour le prime-time :
« Le 52’ implique d’avoir un feuilletonnant fort, mais cela enlève une part de
l’intrigue » (Ecran total n° 279). Il faut dire que TF1 n’a pas de problème de
pause publicitaire, puisqu’elle est autorisée à couper ses séries de 90’ à la
moitié de leur diffusion… Ce recouvrement de la stratégie de l’entreprise
France 2 par les discours de l’institution au service du public et des créateurs
confirme le danger qu’il y aurait à prendre les propos des opérateurs pour
argent comptant.
Mais, par-delà ces conflits d’intérêts de l’économique et du symbolique, ce
qui me retient surtout dans ce lancement des 52 minutes de
prime-time, c’est
la promesse qui l’accompagne. « Notre ambition ? Une vie plus vraie, où
l’on n’hésite pas à se mettre à nu. Notre pari ? Faire en sorte que nos héros
de flics soient aimés d’emblée et réchauffent, un peu par la bande, notre
société qui tend à se décomposer. » On ne peut plus clairement congédier de
l’horizon d’attente du téléspectateur ce contrat de fiction, dont la fonction,
selon Schaeffer « est de créer un univers imaginaire et d’amener le récepteur
à s’immerger dans cet univers, elle n’est pas de l’induire à croire que cet
univers est réel
[5] ». Non seulement, le téléspectateur est sommé de prendre la
fiction pour authentifiante, mais la chaîne se donne pour mission on ne peut
plus sérieuse, à travers cette diffusion, d’agir sur la société et de jouer un
rôle politique. On croirait entendre les discours des producteurs de
reality
shows pour qui ces programmes jouaient le rôle de « ciment social
[6] ». « Les
mondes fictionnels sont des parasites du monde réel », comme l’a dit Eco
après Pavel, ils ne sont compréhensibles que si nous associons leurs objets
et leurs individus à ceux de notre monde. Mais ce parasitage repose toujours
sur un écart minimal, qui est à la base de la faire-semblance du
téléspectateur. Or, ce que préconisent les chaînes c’est d’abolir cet écart,
comme le montre encore plus nettement ce propos du responsable de la
fiction de FR3, Alain Bloch : « Fiction, c’est notre histoire ! » Même
préoccupation du côté de M6 qui vante, en septembre 2000, l’habileté de
Police District à « mêler adroitement fiction et réalisme dans l’univers du
polar ». Mélange « précurseur d’une nouvelle télévision », pour l’une de ses
actrices. Confrontées à l’épreuve de la comparaison avec la réalité, ces séries
n’entraînent pas l’adhésion des professionnelles de la police (selon une
enquête parue dans
Elle en décembre 2000) : qu’il s’agisse de Julie Lescaut,
« trop superwoman » (« on ne les voit jamais taper à la machine »), ou de
Sandrine Kernasky dans
Police District, que l’on trouve « empotée », plus
proche d’une assistante sociale que d’une policière, ou de Marie Lopez (
PJ),
qui se laisse submerger par ses problèmes sentimentaux.
Laissons de côté la comparaison naïve du monde de la fiction et du nôtre et
contentons-nous de cerner ce que les chaînes entendent par réalisme. Toutes
les chaînes qui promeuvent cette étiquette s’accordent sur les traits suivants :
- la quotidienneté : « Des héros du quotidien » (PJ). « Police District retrace
la vie au jour le jour (…) Ces femmes et ces hommes qui, avec peu de
moyens, affrontent quotidiennement la criminalité, la délinquance, mais
aussi la misère humaine que la société ne voit plus, sont des héros » ;
- l’humanité : cette humanité qui naît au coin de la rue caractérise aussi bien
les héros des séries que ceux qu’ils côtoient. Comme le dit la bande-annonce
de Police District : « Tant qu’il y aura des hommes pour commettre, il y a
aura des hommes pour promettre ». Voir aussi : « le ton [de PJ] est plus
nerveux, plus délié, en bref, plus humain ». Cette « humanité » est
finalement le point de rencontre entre ceux qui sont dans l’écran et les
téléspectateurs, comme l’atteste FR3, pour qui la « fiction-terroir » est
d’abord « humaine », c’est-à-dire que les préoccupations des personnages
sont celles des téléspectateurs.
Appliquée à la profession de nos héros, cette conjonction de la quotidienneté
et de l’humanité donne un troisième terme : la
proximité. Les aventures des
grands escrocs, les récits des grands casses sont délaissés au profit des
affaires courantes traitées par les commissariats de quartier (braquage, vols à
la tire, petits trafics, etc.). En somme, conclut le dossier de presse de
Police
District, il s’agit d’« une délinquance à échelle humaine ». Sur le versant de
la vie personnelle des héros, la rencontre du quotidien et de l’humain ouvre
sur la vie privée, conçue comme la « vraie vie ». TF1 tentera même de
lancer en février 2001 une nouvelle série, « Commissariat Bastille », avec ce
slogan « Policier de proximité
[7] ».
Cette réduction de l’humain à la vie privée dans les séries policières n’est
sans doute pas aussi nouvelle que voudraient le faire croire leurs
producteurs. Déjà Colombo évoquait sa femme au cours des conversations,
une « femme d’honneur » s’occupait de son enfant, comme Navarro.
Néanmoins, l’intrusion de la vie privée dans ces séries récentes se distingue
des usages précédents sur les points suivants :
- elle n’est plus une simple toile de fond destinée à suggérer que, pour le
personnage, il y a une vie en dehors de celle que nous lui voyons jouer
- c’était le rôle des allusions à madame Colombo) ;
- elle ne joue pas un rôle par rapport à l’intrigue principale, comme c’est le
cas, par exemple, dans Cordier, juge et flic, où la relation du père et de la
fille ont des incidences sur le cours des enquêtes ;
- la vie privée des personnages est dotée d’une certaine autonomie narrative
par rapport à la vie professionnelle : en dehors des enquêtes, les personnages
font des régimes, séduisent, se séparent, ont des maladies, etc.
Si la vie quotidienne est le terrain de rencontre de la fiction et du
téléspectateur, elle a aussi l’avantage narratif d’insuffler une dose de
feuilletonisation dans la série : on suit d’un épisode à l’autre l’évolution du
régime de l’un, les peines de cœur de l’autre, les problèmes sexuels d’un
troisième… En sorte qu’aujourd’hui, il n’est plus de série purement fermée
sur elle-même.
On le voit : le prétendu réalisme de cette « nouvelle télévision » se fonde sur
un retournement copernicien, qui fait de l’individu le centre de la réalité, le
plus réel étant ce qui est le plus proche de lui et le moins réel ce qui s’en
éloigne le plus. On reconnaîtra sans mal dans cette idéologie une antienne
connue, qui fait du citoyen ordinaire la mesure de toute chose. Et il ne fait
aucun doute, à cet égard, que les évolutions télévisuelles collent en
profondeur aux déplacements des discours politiques. Si le réalisme d’un
Zola avait d’abord pour fonction de faire connaître un monde à son lecteur,
de
l’informer, le réalisme de ces séries a plutôt pour fonction de
confirmer le
téléspectateur dans ses préoccupations. Tel serait le gain symbolique promis
au téléspectateur de ces séries policières
[8].
L’accessibilité de la fiction
Après les promesses, venons-en à ce que nous livre l’étude des programmes.
L’idée de réalisme repose sur l’idée contestable selon laquelle
l’identification à la fiction tient d’abord à la perfection de la représentation.
Or le schématisme de certains dessins animés japonais ou les décors
grossiers d’Hélène et les garçons ne sont jamais un obstacle majeur à la
croyance des spectateurs. Ces exemples et quelques autres attestent que la
capacité d’une fiction à proposer un cadre de référence proche de celui qu’ils
connaissent est bien plus déterminant dans ce processus d’identification. En
d’autres termes, la familiarité ou l’extranéité des propositions sémantiques
du monde diégétique compte plus que la qualité de sa représentation. Dans
la mesure où les comportements de notre monde imités par les acteurs, les
mimèmes (Schaeffer) ne sont compréhensibles qu’en raison de l’opération
cognitive du spectateur, qui les relie aux souvenirs de ses expériences
réelles, on jugera donc la fiction télévisuelle par sa rapidité d’accès au
monde imaginaire qu’est la fiction, son accessibilité.
Cette accessibilité, qui fonde l’impression de réalisme, s’entendra ici en un
double sens.
Une accessibilité par l’actualité
Il peut s’agir simplement d’une ressemblance plus ou moins grande avec des
lieux, des décors ou des personnages de notre monde (les séries collèges,
malgré le schématisme des décors,
Urgences, Navarro, New York Police
District Blue, etc.). De ce point de vue, les grandes fresques sur l’histoire
d’une profession disparue ou presque (tonnelier), sur la vie patriarcale d’une
usine du XIX
e siècle sont plus éloignées et nécessitent la mise en place de
nombreux postulats fictionnels pour être compréhensibles. Selon ce critère
de l’accessibilité, le réalisme prétendu des nouvelles séries policières n’est
autre ici qu’un
effet d’actualité
[9]. Cet effet est très souvent assuré par le
dialogue, dont la fonction est de répercuter des lieux communs médiatiques,
que l’on rencontre dans toutes les séries, qu’elles soient récentes, étiquetées
« nouvelle télévision » ou non. Quelques exemples : « La cité des peupliers,
c’est pas le Bronx quand même ! » ; « la sécurité des banlieues, c’est une
priorité nationale… » (
Cordier, juge et flic, 15/2/01), à quoi répond comme
en écho une scène de
Police District où les policiers trouvent des armes dans
une cité. Une autre porte d’accès importante est le langage, qui épouse plus
ou moins celui de la cible : argot ou verlan pour M6, familiarité correcte
pour la chaîne grand-public, TF1.
L’une des fonctions de la bande-annonce est de faciliter l’accessibilité au
monde fictif à venir, ce dont on a une preuve indirecte dans l’étude des
rediffusions. On constate, par exemple, que le même épisode des Cordier est
présenté tout à fait différemment selon l’actualité dans laquelle il
s’insère (L’Œil du cyclope, diffusé le 4/12/97 et rediffusé le 18/01/01) : le
2/12/97, est mise en avant l’introduction d’internet dans la vie de la police ;
le 18/01/01, une affaire de manipulation dans une affaire de sang contaminé.
On ne comprendra ces variations qu’en allant voir dans quel bain d’actualité
baignait le téléspectateur à ces dates de diffusion.
Une accessibilité par l’universalité
Même si le monde physique est une porte d’accès rapide à la fiction, elle
n’est pas obligatoire. Le succès universel d’un feuilleton se déroulant dans
l’univers de riches Texans bien éloignés du téléspectateur français ou
israélien est là pour le prouver. C’est que, quoi qu’il en soit de l’étrangeté du
cadre, le téléspectateur peut toujours reconnaître dans les comportements des
personnages des motivations indépendantes de leur position sociale (la
jalousie, l’amour, la soif du pouvoir, la haine, etc.). Cette identification
psychologique comble l’éloignement de certains univers spatio-temporels,
ce qui explique que les univers médiévaux (Excalibur) nous sont accessibles
dès lors qu’ils ressortissent à notre conception de la psychologie humaine.
Cette accessibilité par le caractère ou le comportement est plus ou moins
rapide selon qu’elle coïncide plus ou moins avec notre représentation de
l’être humain ordinaire. Et c’est précisément sur ce point que les séries
d’aujourd’hui divergent des séries classiques.
En suivant la classification des fictions selon le mode d’élévation de leur
héros de Northop Frye
[10], j’opposerais notamment deux types d’accessibilité
par l’universalité :
-
Par le mode mimétique élevé : c’est le cas des séries qui mettent en scène
des héros supérieurs en degré aux autres hommes, soit qu’ils possèdent un
sens de la déduction particulier (Colombo), soit qu’ils aient des qualités
rares (Novak dans L’Instit’) ;
-
Par le mode mimétique bas qui développe des scénarios à propos de
personnages qui sont à la fois égaux à leur environnement et à l’être
humain : Ally Mac Beal, les policiers de PJ ou de Police District. Et c’est la
bande-annonce, une fois encore, qui assure cette accessibilité : « Un
commissariat, c’est comme une intersection : entre le drame et la loi. Entre
la victime et l’agresseur. Et pour faire fonctionner tout ça, il y a des flics…
avec leur caractère, leur vie, leurs blessures. Police District, des hommes et
des femmes. » On ne peut situer plus clairement la série dans le mode
mimétique bas.
Quel est donc cet effet d’humanité que les producteurs assimilent au
« réalisme » ? Il tient essentiellement au fait que le téléspectateur va accéder
à la fiction par des personnages qu’il juge à l’aune de sa propre humanité,
c’est-à-dire à l’aune d’une vie (la vraie) vidée de la profession. Le héros du
mode mimétique élevé se définit entièrement par sa mission professionnelle,
dont il ne peut s’écarter. Etre moral et « soldat du devoir » (Kant), il ne peut
dévier de sa route, quelles que soient les tentations qu’il rencontre (bien-être,
amour, séduction). Le héros du mode mimétique bas est celui du
téléspectateur rentré à la maison et supposément plus intéressé par sa vie
privée que par sa vie professionnelle. L’étalon de l’individu moyen serait
l’identification de l’humanité aux problèmes privés et à ce qui est mauvais
en lui.
On le voit : ces personnages censés nous ressembler comme des frères sont
loin d’être des anti-héros, au sens où l’on put employer cette étiquette à
l’époque du nouveau roman. Comme les héros exceptionnels, ils se
caractérisent par une psychologie stable, identifiable, supposée universelle,
mais leurs qualités et leurs défauts sont simplement plus répandus. On aurait
donc le choix entre deux héros : un être rigoureux, ascétique, parfois un peu
triste – comme Une Femme d’honneur – et un individu comme nous,
dominé par ses faiblesses.
Deux relations à l’espace et au temps
Est-ce que pour autant ces séries constituent de nouveaux récits ? Les séries
classiques et les « nouvelles » séries ont de nombreux points communs. Les
intrigues sont souvent très proches et l’on rencontre les inévitables
ingrédients de tous les policiers : la lutte du héros contre la hiérarchie, son
dessaisissement de l’affaire par des supérieurs, etc. Seuls les acteurs du
conflit changent : dans un cas, c’est le divisionnaire qui s’en prend au
commissaire ; dans l’autre c’est la section des rackets qui prend l’enquête au
commissariat de quartier. Mais le résultat narratif est le même : la mise en
place d’un antagonisme moteur pour le récit. Tous ces récits partagent
d’ailleurs de nombreuses conventions de ce « discours contraint » qu’est le
réalisme romanesque : la place de la famille comme figure d’ancrage, la
« crise physiologique révélatrice (maladie, crise de puberté, éthylisme, mal
héréditaire, etc.) et toutes les scènes de
conjonction familiale (repas,
anniversaire, réunions diverses, conseils de famille...)
[11] » ; le rôle particulier
accordé aux jargons techniques : l’argot des policiers joue le même rôle que
le vocabulaire médical ou d’autres sociolectes chez Zola. Cette écriture des
dialogues « dit en contrecoup ‘Voyez comme l’auteur est savant’, comme il
‘connaît’ ce dont il parle
[12] ». De surcroît, ces séries, quelles qu’elles soient,
font allégeance au vieux principe réaliste de l’élucidation : au lieu de se
compliquer, les affaires s’éclaircissent progressivement, les faits les plus
éloignés convergent finalement lors de la révélation finale. A l’opposé
de
New York Police District Blue, qui accumule parfois les événements sans les
relier immédiatement, les fictions françaises obéissent toutes à cette vieille
loi du vraisemblable qui proscrit la digression et motive tout développement
narratif.
Force est d’admettre qu’il existe pourtant des différences entre les séries à
mode mimétique élevé et celles à mode mimétique bas. La première réside
dans la nature du héros : alors que les séries à mode mimétique élevé
tournent autour d’un individu exceptionnel (La Femme d’honneur, Navarro,
Julie Lescaut, L’instit’), les séries à mode mimétique bas privilégient le
groupe et ses relations, comme l’indiquent les titres : New York Police
District, Police District, PJ… A l’instar de la formule trop connue de
Warhol sur la minute de célébrité de l’anonyme, ici chaque personnage est
susceptible d’être mis en avant à un moment ou à un autre : certains arrivent
dans la série, d’autres en disparaissent, certains se rapprochent, d’autres se
séparent. C’est la police plutôt qu’un policier remarquable qui est mis en
avant. Il n’est que d’opposer, pour s’en convaincre, la façon dont se
déroulent les enquêtes. Aux intuitions géniales du héros se substitue le
travail de déduction mené en groupe, dans les bureaux du commissariat, tel
un brainstorming. Les interrogatoires ne sont plus des face à face, où le
policier fait montre de son brio (Colombo !), mais des séances où le suspect
est confronté aux questions de chacun. Les constants panoramiques ou
travellings filés d’un policier à l’autre de La Crim accentuent cette
impression que la vérité surgit d’un processus dialogique, davantage que du
monologue d’un homme face à une énigme. Cette opposition entre l’unicité
et le groupe se retrouve dans le rôle dévolu aux décors : dans les séries à
mode mimétique élevé, si tel ou tel institut, université ou monument est
reconnaissable, c’est pour faciliter l’accessibilité ; dans les séries à héros
collectif, au contraire, la ville est aussi un personnage, qui provoque à sa
manière les misères de ses habitants. Aussi, qu’il s’agisse de New York
Police District ou de Police District, voit-on, à espaces réguliers, des plans
de rues, de métro, de boutiques, qui ponctuent le temps qui passe.
Corrélativement, ces types de personnages se distinguent par la relation
qu’ils ont au temps. Les incursions dans la vie privée des héros positifs
ouvrent vers un passé et nous font découvrir des blessures qui fondent leur
exceptionnalité (ils ont su réagir face à l’adversité de la vie). Les vrais
problèmes, d’ailleurs, sont ancrés dans la seule image que nous ayons de la
durée, celle des générations qui se succèdent. Ils affectent toujours les
relations des parents et des enfants (s’opposer à son père, les Cordier ;
élever son enfant seul, Navarro ; perdre sa mère, Une femme d’honneur,
etc.) Il faudra revenir, évidemment, sur la place privilégiée de la famille
dans l’accessibilité fictionnelle. On la rencontre aussi dans les séries à mode
mimétique bas : dans PJ, la famille n’hésite pas à pénétrer le commissariat
pour des motifs plus ou moins futiles : l’oncle pour voir sa nièce qu’il n’a
pas vue depuis longtemps ; la femme d’un policier pour faire enlever un
sabot de Denver à sa voiture, etc. Mais, dans ces séries, les digressions vers
la quotidienneté des membres du groupe sont tournées vers le présent : elles
nous montrent un devenir (une liaison qui se noue, une séparation) et, en ce
sens, elles collent au présent de la réception, à sa durée. La banalité du
quotidien promène le long de la fiction un miroir où nous nous contemplons
en train d’agir et de vivre.
Troisième différence majeure, le point de vue sur les événements. Les séries
à héros exceptionnel sont narrées en focalisation spectatorielle, les séries à
groupe héros sont en focalisation interne. Ou, pour dire les choses
autrement, il arrive souvent, dans les premières, que l’on assiste à des scènes
d’où le héros est absent, alors que les événements sont toujours filtrés par le
regard des policiers dans les secondes. Ou, plutôt, comme ceux-ci forment
une sorte de héros collectif, il suffit que l’un d’entre eux se trouve au centre
de chaque scène pour que le téléspectateur ait l’impression que rien ne se
passe à l’insu de la police, puisque chacun est fortement intégré au tout
[13].
Cette variation de positionnement cognitif a une double conséquence. Dans
un cas, le téléspectateur est dans une position d’omniscience, qui lui assure
un confort parfait. De son fauteuil, il suit tous les événements et vit dans une
illusoire ubiquité – celle que lui procure, à d’autres moments de la grille, le
direct. Dans l’autre, il s’identifie à la profession elle-même, dont il adopte le
point de vue. A cet égard, il est faux de dire que les deux chaînes
généralistes ont la même programmation. Il suffit de regarder attentivement
un épisode de
PJ pour se convaincre que la chaîne publique promeut des
valeurs « citoyennes », comme on dit. Le générique s’ouvre sur l’affichage
de la devise de la République française, filmée d’ailleurs sur la place de la
République : Liberté, Egalité, Fraternité. Il s’enchaîne sur des images
montrant la diversité ethnique de Paris (avec, entre autres, un plan de
« boucherie musulmane »). Confrontés à un cas de légitime défense, les
policiers ne cèdent ni à l’intuition ni à l’intime conviction, comme le
policier dissident des
Cordier, on les voit travailler d’abord sur la
qualification des crimes et délits en fonction du code pénal, enseignant ce
faisant les principes du droit au téléspectateur, pour reconstituer patiemment
le crime jusqu’à prouver que la prétendue « légitime défense » est en fait
une froide agression. Le droit et la police marchent main dans la main… Le
service de presse de la série
PJ comportait une page intitulée « Flic, c’est un
métier », de la même façon que
L’instit’ était destiné à présenter le
professorat comme une profession noble. Cette valorisation des
fonctionnaires est générale dans les fictions de France 2 depuis une dizaine
d’années
[14].
Au point où nous en sommes, nous tenons pour acquis que les séries
classiques et les séries actuelles s’opposent moins en raison de leur plus ou
moins grand réalisme qu’en raison de choix concernant le mode mimétique
et la représentation du temps humain, qui sont aussi deux façons de
concevoir la quotidienneté. Aux portes d’accès à la fiction que sont les effets
d’actualité et d’universalité, il faut ajouter une troisième, encore plus
immédiate, celle qui résulte du travail sur l’énonciation audiovisuelle. Le
début in medias res est une sorte de topos obligé des séries policières
d’aujourd’hui. Cela dit, il suffit de comparer les premières minutes d’un
épisode des Cordier et de Police District pour relever des différences. Si les
premiers plans de la série de TF1 sont montés de façon rapide, chacun n’en
reste pas moins techniquement léché, aussi bien du point de vue de la
définition de l’image, de la précision du cadre ou de l’exécution du
mouvement. Le prégénérique de Police District (6/9/00) combine en
revanche de nombreux paramètres qui obscurcissent notablement la lisibilité
de l’image : dutch angle, flou, bougé, filé, décadrage, très gros-plan,
profondeur de champ très accentuée, éblouissement, effets stroboscopiques,
tout cela enchaîné à vive allure. Alors que le découpage des Cordier se
calmera, le générique passé, et fera alterner stabilité parfaite de l’image et
mouvements huilés d’appareil, la caméra de Police District sera toujours à
l’épaule, conférant à l’image une indéniable humanité, celle du cameraman
cette fois-ci. Confié à l’agence Capa (et à Hervé Chabalier), le filmage de
Police District mime le reportage d’aujourd’hui et c’est grâce à la relation
sensible du filmeur au monde qu’il construit un nouveau type de
quotidienneté. La « vérité » de la fiction tiendrait finalement plus à son
énonciation qu’à ses sujets plus ou moins actuels. Ces images-corps, à
l’opposé des nobody’s shot de la fiction classique, sortes d’images-esprit,
entrent en cohérence avec une autre façon de concevoir les décors. Rien de
plus révélateur à cet égard que le rapprochement de Police District et de PJ :
alors que la série de M6 est tournée dans un univers « glauque », mal
éclairé, malgré quelques mouvements empruntés au reportage, la série du
service public conserve des décors strictement fictionnels, où tout est
ostensiblement prévu pour signifier, y compris la saleté représentée de façon
« clean ».
Si fiction et réalité se rencontrent dans Police District, c’est sur ce terrain
commun qui n’appartient ontologiquement ni à l’une ni à l’autre, que j’ai
appelé la feintise. Alors que le reportage se fictionnalise depuis des années,
notamment par la construction de regards subjectifs supposés reproduire la
vision des acteurs de la réalité, la fiction se factualise à présent, par son
énonciation même, créant une sorte de no genre’s land, où une image
pourrait appartenir aussi bien à un reportage qu’à une série. Si les fictions à
mode mimétique élevé sont héritières du film classique, les « nouvelles »
séries ont des liens de parenté avec les films du Dogma 95, parce qu’ils
partagent une même conception de l’authenticité exprimée par la trace
corporelle de ce témoin oculaire qu’est le filmeur. Il y a là une
transformation de fond du modèle de la réalité, qui signe en même temps un
recul de la fiction, du moins quant à la façon de filmer.
Pourquoi ce nouveau réalisme n’est-il pas adopté par toutes les chaînes ?
Pourquoi TF1, par exemple, après la tentative de proximité de Commissariat
Bastille, a-t-elle fait machine arrière ? Voilà ce qui nous reste à éclaircir. La
réponse n’est pas dans les seules séries, mais aussi dans la façon dont elles
sont agencées avec le programme qui les suit et dont elles sont
communiquées par les bandes-annonces.
La place des séries dans la grille
La stratégie de l’exemplum
De l’examen des bandes-annonces, on peut conclure en premier lieu que les
programmateurs ne respectent pas toujours ce précepte de Schaeffer : « Une
fiction n’est pas obligée de se dénoncer comme fiction ; en revanche, elle
doit être annoncée comme fiction, la fonction de cette annonce étant
d’instituer le cadre pragmatique qui délimite le jeu à l’intérieur duquel le
simulacre peut opérer
[15] … » La structuration des soirées entamées par une
série incite en certaines circonstances le téléspectateur à s’approprier
l’univers de la fiction et à lui attribuer une valeur épistémique pour la
compréhension de notre monde. Ainsi, en se retournant sur l’histoire de la
diffusion des
Cordier, on trouve cet essai de mise en phase de la réalité et de
la fiction dans la présentation de la soirée à venir. S’enchaînent un spot
d’information pour l’Unicef, qui adopte « la cause des enfants », la bande-annonce d’un épisode des
Cordier, qui va mettre face à face le père et le fils,
et celle d’un magazine
Famille, je vous aime, qui s’intéresse aux « guides de
montagne de pères en fils ». Et la voix
over de conclure : «
Les Cordier juge
et fils, Famille, je vous aime… Sur TF1, l’esprit de famille, c’est sacré ! ».
En l’occurrence, cette annonce ne fait qu’expliciter un positionnement qui
anime bon nombre des « less-objection-programms ».
En d’autres circonstances, le lien thématique pourra être recherché dans la
vie professionnelle des héros plutôt que dans leur vie familiale. Et l’on aura
pendant plusieurs mois un enchaînement entre les Cordier et Sans aucun
doute, un talk show spécialisé dans la révélation des arnaques. Dans les deux
cas, cette succession de programmes a une valeur authentifiante : la reprise
thématique par les magazines des relations familiales ou des relations
sociales des héros à l’univers qui les entourent incite à prendre la fiction au
sérieux et à lui conférer une valeur plus forte que la seule feintise ludique.
Cette opération de double sémantisation – des programmes par la grille, et
de la grille par les programmes – peut aller plus loin que cette simple
authentification d’un monde par l’autre, et laisser place à une véritable
argumentation. C’est l’usage qu’en fit, au milieu des années 1990 la chaîne
publique, France 2. Avant même de lancer
L’Instit’ à l’antenne, le
producteur de la série annonça la couleur : ce serait un « débat d’idées ». Et
la programmation vint soutenir ce mot d’ordre, en articulant chaque épisode
à l’émission suivante, dans une horizontalité clairement affichée par le titre :
Les mercredis de la vie. Ainsi, pendant plusieurs mois, un débat ou un
talk
show vint verbaliser ouvertement ce que la fiction avait traité sur le plan
narratif : après un épisode centré sur un enfant handicapé
(Mot de passe,
diff. : 1/2/1995
), Mireille Dumas fait parler, dans
Bas les masques, des
témoins qui disent eux aussi, mais sur un autre mode, « Je suis un rescapé de
la vie » (titre de l’émission du même jour); après
Méchante, qui traite de
l’inceste, Delarue pose la question « Maltraitance : comment briser le mur
du silence ? » (26/3/1997), discussion introduite par le réalisateur de
L’Instit’, qui, dit-il, a fait ce téléfilm avec sa « colère de citoyen
[16] ».
Cette incitation à l’usage authentifiant de la fiction était encouragée, et l’est
encore, par le double statut de l’acteur principal, Gérard Klein, qui, en même
temps qu’il incarnait l’être de fiction, Novak, animait sur une autre chaîne,
la Cinquième, une « pseudo classe de nature » (
Va savoir), dans laquelle il
mettait en œuvre son idée moderne de la pédagogie ou, si l’on préfère, celle
du personnage qu’il jouait dans la série. La bande-annonce témoignait à sa
façon de cette confusion du personnage et de l’acteur : « Gérard Klein se
met au vert et part en campagne contre une erreur judiciaire vieille de trente
ans » (03/07/95). En fait, tous ces indices d’authentification de la fiction la
font glisser vers ce que le Moyen Age désignait par
exemplum et qui était
« un récit bref donné comme véridique et destiné à être inséré dans un
discours (en général un sermon) pour convaincre un auditoire par une leçon
salutaire
[17] ». Cette forme narrative était au service de la démonstration
d’une vérité ou d’une leçon de morale à répéter, qu’il contribuait à étayer
comme un argument à part entière. On justifiait son usage rhétorique par ses
qualités communicationnelles : il fait plus vite saisir, plus facilement
comprendre, plus fortement tenir en mémoire et plus efficacement mettre en
œuvre
[18]. Son efficacité se fonde sur une « métonymie généralisatrice » («
ab
uno disce omnes ») : ce qui est valable pour l’un est valable pour tous ceux
qui partagent sa situation.
Chaque mot de cette définition des historiens pourrait être repris ici pour
qualifier la fonction de L’Instit’ dans les Mercredis de la vie. Fabriquée pour
redonner le goût d’enseigner aux jeunes et pour combattre le FN, cette série
était au service d’une démonstration que le talk show continuait par d’autres
moyens, ceux de la parole…
La stratégie de la fabula
Il semble qu’avec l’arrivée des 52’, la stratégie précédente ait été
abandonnée par l’ensemble des chaînes au profit de ce que l’on pourrait
appeler la stratégie de la fabula. TF1 intitule sa soirée du jeudi « Police »,
France 2, celle du vendredi, « Une soirée, deux polars » et M6 parle
volontiers de ses « trilogies ». Cette stratégie est particulièrement nette sur
TF1 qui, malgré l’accessibilité que lui ménagent les thèmes d’actualité,
promet d’abord le retour d’un héros qui fait presque partie de la famille et
incite le téléspectateur à l’immersion dans le monde de la fiction, comme
l’atteste cette injonction lancée au début de la soirée : « Plongez dans la
fiction du lundi soir avec la MAAF ! ». On ne peut prescrire de façon plus
concise l’usage fictionnel de la fiction ! Depuis quelques mois, France 2
semble avoir délaissé elle aussi la stratégie de l’exemplum et donne un
conseil du même genre : « [Avec Mobilier de France], installez-vous
confortablement sur France 2… Une soirée, deux polars ! ». Nous sommes à
la fois renvoyés à notre canapé et à un genre – le polar – explicitement
fictionnel.
Contrairement à l’exemplum, dont la légitimité provient d’une
argumentation qui lui est extérieure et qui l’enserre, la fabula doit son
efficacité morale à la cohérence d’un récit composé de toute pièce pour agir
sur son auditoire, qui en retiendra la leçon. Cette narration ficta comme
univers contenant sa propre morale promeut des héros supérieurs à nous et
offre aux téléspectateurs les ressources d’un récit traditionnel. Si le travail
sur l’horizontalité de la grille est moins évident que dans les cas de figures
précédents, il n’en est pas pour autant absent. En fait, ces grandes séries à
héros unique communiquent avec l’ensemble de la chaîne par la leçon de
morale qu’elles imposent : Faux semblants (Cordier, 1999) oppose une
conception de la police respectueuse de la loi aux méthodes musclées d’un
inspecteur qui s’adapte à la « criminalité nouvelle ». Cordier martèle sur
tous les tons : « Ici on se contente de faire respecter la loi » ; « on est des
flics, pas des cow-boys » ; « les flics qui veulent faire justice eux-mêmes
n’ont pas leur place dans le métier… ». Et, pourtant, au bout de l’enquête, le
commissaire Cordier devra admettre que les intuitions de son collègue
étaient justes. Même si celui-ci décide finalement de quitter la police, le
téléspectateur de TF1 ne pourra s’empêcher de trouver ici la confirmation
sur le mode de la fabula des nombreux reality shows ou talk shows de la
chaîne qui attirent l’attention sur la nécessité de réagir violemment à la
violence. De même, Une femme d’honneur montre que la voyance peut être
un moyen d’enquête comme un autre, ce que diverses émissions
« sérieuses » de TF1 (notamment Mystères) ont répété sur tous les tons.
La stratégie de la feintise
Une troisième stratégie affleure sur M6, que j’appellerai la stratégie de la
feintise. Si l’on revient sur la bande-annonce déjà citée plus haut, on doit
bien reconnaître que rien dans le texte dit par la voix over ne situe a priori
Police District dans l’univers fictionnel (je la rappelle : « Un commissariat,
c’est comme une intersection : entre le drame et la loi. Entre la victime et
l’agresseur. Et pour faire fonctionner tout ça, il y a des flics… avec leur
caractère, leur vie, leurs blessures. Police District, des hommes et des
femmes »). Les termes de la description sont censés s’appliquer à tout
commissariat, quel que soit son degré de réalité. De surcroît, le choix des
plans à l’esthétique de reportage peut provoquer une légère hésitation,
qu’autorise d’ailleurs le titre, hésitation qui ne sera levée qu’avec la
présentation des personnages.
La stratégie de la
fabula présente un monde imaginaire qui communique
avec le nôtre par des portes d’accès ; la stratégie de
l’exemplum présente un
monde qui pourrait être le nôtre et qui nous aide à le comprendre. La
stratégie de la feintise fait
comme si la fiction était plus vraie que les
documents authentifiants. J’ai notamment observé ce phénomène à propos
de la programmation d’
X Files
[19]. Cette stratégie convie son téléspectateur à
un retournement de l’usage de la fiction : à la suspension de l’incrédulité,
elle oppose la nécessité de prendre la fiction au sérieux.
On se souvient que, dans les années 1990, les
reality shows furent présentés
comme une tentative de la télévision de remédier aux carences d’institutions
impuissantes (police, justice). Cette promotion s’accompagna d’une
dévalorisation des experts au profit des témoignages profanes : « L’expert
comprend, mais de travers, car il généralise ; l’exemple, lui, modifie parce
qu’il permet de communiquer son expérience directement, brutalement, en la
reconstruisant non selon une règle de vraisemblance mais d’authenticité
[20]. »
Quelques années plus tard, le
reality show disparut et ce fut la revanche de
la fiction. Cependant, on s’illusionnerait à croire que les préoccupations des
années 1990 ont disparu des stratégies de chaîne. Cette assimilation de la
réalité à la quotidienneté, à la proximité et à la vie privée par les séries
policières ne rappelle-t-elle pas les
reality shows, qui opéraient semblable
réduction et qui n’hésitaient pas à recourir à la fictionnalisation ? La
délinquance de quartier est dans la continuité des affaires criminelles traitées
par
Perdu de vue ou
Témoin n° 1, qui affectaient d’abord les familles. Les
problèmes privés des policiers (séduction, relations parents-enfants,
sexualité) sont ceux qui étaient au centre de
L’Amour en danger et ils
peuvent devenir, à l’occasion, l’objet d’une série comme
Psy d’urgence, que
les producteurs décrivent de cette manière : « Nos héros sont toujours
vulnérables face au ‘continent obscur’ […] leurs propres destins s’en
trouvent affectés car la matière à laquelle ils se frottent avec tant d’énergie
est de la
pure humanité »
.
Les débats qui agitaient les téléspectateurs sur les plateaux peuplent
aujourd’hui les conversations de nos policiers de fiction. Les séries
policières sont parfois venues occuper les cases horaires des reality shows de
naguère et ils constituent la suite logique d’un mouvement amorcé depuis de
longues années et qui revendique de dégager la fiction de son caractère
fictionnel. L’accentuation du pôle authentifiant : des docusoaps, en passant
par les reality shows, jusqu’aux webcams en tout genre et à Big Brother ou
autre Loftstory, l’authentifiant progresse à présent sur le territoire de la
fiction, dévalorisant celles qui auraient l’horrible défaut d’être seulement
fictives ! La stratégie de l’exemplum, tout d’abord, met sur le terrain de la
fiction ce déplacement du profane à l’expert. Chacun dans sa profession,
comme l’instit’, peut être un héros du quotidien et nous en dire tout autant
que les sociologues des professions. Mais cette revendication du singulier
contre le général a diffusé plus loin encore dans la fiction. Ce que l’on
appelle aujourd’hui le réalisme n’est rien de plus qu’une ouverture sur le
terrain du témoignage singulier par opposition au point de vue omniscient de
la fiction d’hier. La réduction de l’intrigue à la vie au jour le jour garde la
trace de ce combat entre le point de vue de Fabrice et le point de vue de
Sirius. Mais il serait tout aussi illusoire de penser que celui-ci est abandonné
par tous.
Les chiffres d’audience sont là pour nous le rappeler : si les séries à mode
mimétique élevé de TF1 font autour de 40 % de part de marché, celles du
mode mimétique bas comme PJ n’ont atteint que 25 à 27 %. On pourrait
objecter que cette différence de score est conforme au succès habituel de
chacune des chaînes. Mais, si tel était le cas, comment s’expliquerait le fait
qu’une série comme L’instit’, sur France 2, dont le héros nous surpasse par
ses qualités exceptionnelles (probité, savoir-faire, etc.) ait frisé, elle aussi,
des scores de 40 % de part de marché ? Force est d’admettre que la mise en
scène d’un héros positif est plus apte à entraîner l’adhésion des foules que le
héros du quotidien. L’énorme succès de Loft Story – la brusque émergence
de M6 parmi les grandes généralistes – a éclipsé le fait que les séries à mode
mimétique élevé de TF1 (Navarro, Julie Lescaut) ont grosso modo conservé
leur audience et ont même distancé à plusieurs reprises le reality show. En
somme, face aux efforts des uns pour authentifier la fiction ou à ceux des
autres pour toucher du doigt la banalité quotidienne, répond le désir de
beaucoup de rêver à des personnages qui les dépassent. Bien que l’une
argumente sur une narratio autenthica et l’autre sur une narratio ficta, les
stratégies de programmation que sont l’exemplum et la fabula ne
fonctionnent bien que si elles vantent des héros uniques. Les séries à mode
mimétique bas, centrées sur des groupes héros, s’accommodent mieux en
revanche de la stratégie de la feintise, puisque celle-ci repose sur une
atténuation de l’écart entre personnages et téléspectateurs.
Maintenant que nous avons assigné à l’actualité la place qu’il faut lui
accorder dans l’économie de la fiction, à savoir sa fonction d’accessibilité, il
reste à déterminer pourquoi les séries à héros unique sont manifestement
plus séduisantes pour les téléspectateurs que les autres.
La réponse est à chercher du côté de ce que Bergson appelait « l’appel du
héros », qui caractérisait pour lui une morale « humaine » et non une
« morale sociale » faite des obligations vis-à-vis de la cité.
D’une part, il y a cette morale du devoir, qui s’exprime à travers les mots
(« dévouement, don de soi, esprit de sacrifice, charité », etc.). Bien qu’elle
prône l’amour de l’humanité, elle ne donne pas suffisamment de raisons
d’agir. « Les éducateurs de la jeunesse savent bien, nous dit Bergson, qu’on
ne triomphe pas de l’égoïsme en recommandant l’altruisme
[21]. » L’idée que
l’on va travailler pour le genre humain est un objectif trop vaste pour être
moteur. D’autre part, il y a cette force qui « fait pendant à la pression
sociale
[22] », et qui entraîne l’autre dans son sillage par la force de l’émotion,
celle des hommes qui ont donné l’exemple. Bien sûr, disant cela, Bergson
pense d’abord à des personnes réelles : les saints ou les sages, mais aussi ces
grands hommes qui entraînent les foules ou, encore, plus près de nous, un
parent ou un ami. Peu importe la personnalité, au fond, si ce mécanisme
moral agit : « Chacun de nous, à des heures où ses maximes habituelles lui
paraissaient insuffisantes, s’est demandé ce que tel ou tel eût attendu de lui
en pareille occasion
[23]. »
Si nous pouvons adhérer aux obligations impersonnelles de la morale
sociale, la force du « modèle » tient au fait que :« La multiplicité et la
généralité des maximes viennent mieux se fondre dans l’unité et
l’individualité d’un homme
[24]. » Transposés un peu brutalement à notre
situation actuelle, ces propos trouveraient leur confirmation dans le fait que
tous les discours visant à combattre l’exclusion sont beaucoup moins
efficaces qu’un Coluche promouvant les Restos du cœur. En ce sens, aucune
parole politique ne peut rivaliser avec la mise en scène médiatique d’une
personnalité par une cérémonie comme le Téléthon ou les « Enfoirés ».
La fiction télévisée fonctionne-t-elle autrement ? Sans doute pas. Car la
« fonction fabulatrice » qui est à sa source (après avoir engendré la morale et
la religion) procède à la création de personnages qui obsèdent aussi bien leur
créateur que tous ceux (enfants ou téléspectateurs) qui « sans créer eux-mêmes des êtres fictifs, s’intéressent à des fictions comme ils le feraient à
des réalités
[25] ». Partant du principe déjà énoncé par Bergson, et formulé à sa
manière par Schaeffer, que « les seules compétences dont nous pouvons
nous servir pour comprendre la fiction sont celles que nous avons dans le
monde réel
[26] », j'avance ici que l’opposition entre les séries à mode
mimétique élevé, à héros unique, et les séries à mode mimétique bas, à héros
collectif, incarnent les deux types de morale mis au jour par Bergson. Les
personnages de
PJ, par exemple, ne perdent pas une occasion de rappeler les
devoirs de la police (respect du droit, présomption d’innocence, etc.). Et, en
cela, ils sont tous porteurs de cette morale sociale qui définit les obligations
de chacun dans la cité. Mais ils leur manquent les traits qui feraient d’eux
des modèles : dotés des défauts d’une humanité réduite à une vie privée
dépourvue de repères, ils ne peuvent incarner des « maximes de conduites ».
De plus, en raison de leur pluralité même, ces personnages renforcent certes
l’idée qu’ils font corps avec la société, mais ils n’ont pas cet effet
d’entraînement que, seul, possède ce modèle qui concentre en lui la
« multiplicité et la généralité des maximes ». A l’inverse, les séries à mode
mimétique élevé provoquent cet appel du héros « au jugement duquel nous
soumettons alors en imagination notre conduite
[27] ». L’adjudant-chef Isabelle
Florent, la « femme d’honneur » n’a pas besoin de faire de discours, ni
même de parler, il lui suffit de vivre pour nous édifier : toujours égale
d’humeur, maîtresse d’elle-même, mère célibataire attentive à l’éducation de
son enfant, incorruptible, elle est comme tous ces êtres exceptionnels qui
« n’ont pas besoin d’exhorter ; ils n’ont qu’à exister ; leur existence est un
appel
[28] ». Ni pécheur ni prêcheur, le héros modèle l’est d’abord par ses
comportements et, spécialement, sa capacité à réagir aux épreuves de la vie.
On le voit : les séries à héros unique et celles à héros pluriel relèvent de
deux logiques fort différentes. En déléguant l’héroïsme au groupe animé par
une morale sociale, en diversifiant ses représentants – jeune, vieux, homme,
femme, pluralité des origines ethniques –, en multipliant les situations
quotidiennes, la fiction offre à chacun l’occasion de se reconnaître dans les
qualités de l’un ou les défauts de l’autre, dans l’humanité de chacun. Cette
stratégie a l’avantage de concentrer en une même image le reflet de
multiples téléspectateurs possibles, présents devant les écrans du prime-time.
Elle table sur une identification disséminée, dans laquelle chacun trouve son
alter ego imaginaire. A l’opposé de ces héros du quotidien, les
ressemblances des héros modèles avec chacun d’entre nous comptent moins
que le fait qu’ils nous surpassent tous. Au calcul risqué de l’identification se
substitue une logique de l’aspiration, fondée sur l’émotion plutôt que sur le
raisonnement. Les chaînes peuvent-elles indifféremment recourir à l’une ou
l’autre logique ? Peut-être pas avec la même efficacité. Tant qu’il y aura des
hommes, il y aura des programmes pour les faire rêver à ce qu’ils pourraient
être plutôt qu’à ce qu’ils sont…
·
BERGSON ([1932] 1958), Les Deux Sources de la morale et de la religion, PUF.
·
BIANCHI J. ([1984]1987), « La mise en récit des feuilletons », Dossiers de
l’audiovisuel, n° 16, Feuilletons et séries.
·
CHATEAU D. (1983), « Film et réalité : pour rajeunir un vieux problème », Iris,
n° 1.
·
EHRENBERG A., « La vie en direct ou les shows de l’authenticité », Esprit,
janvier 1993.
·
FRYE N. (1967), Anatomie de la critique, Gallimard.
·
HAMON P. (1982), « Un discours contraint », Littérature et réalité, Le Seuil,
Collection Points.
·
JOST F. (1997a), « La télévision aux frontières du réel », Esprit, n° 12, décembre.
·
JOST F. (1997b) , « La promesse des genres », Le Genre télévisuel, Réseaux,
n° 81, janvier-février.
·
JOST F. (2001), La télévision du quotidien. Entre fiction et réalité, Louvain, De
Boeck université-INA, Collection Médias Recherche.
·
SCHAEFFER J.-M. (1999), Pourquoi la fiction ?, Le Seuil, p. 156.
·
SCHMITT J.-C., LE GOFF J., BREMOND C. (1982), L’Exemplum, Belgique,
Brepols.
[1]
Rappelons que les documentalistes désignent par ce terme plusieurs programmes
construits sur un même modèle.
[*]
Merci à Jean-Claude Sergeant qui, en m’invitant à donner une conférence à la Maison
Française d’Oxford, le 23 février 2001, a suscité mon intérêt pour ce sujet. Merci aussi à
Marie-France Chambat qui a réagi à une lecture de la première version de cet article.
[2]
Dossiers de l’audiovisuel, n° 16, p. 22.
[4]
Tous les genres télévisuels se répartissent en trois modes d’énonciation, JOST, 1997b : le
mode authentifiant regroupe les émissions qui prétendent nous informer sur notre monde ou
nous mettre en contact avec lui : c’est le monde de la vérité et du mensonge ;
le mode fictif
vise à construire un mode autonome, quoi qu’il en soit des ressemblances avec le nôtre ;
c’est l’univers du vraisemblable ; le
mode ludique est un troisième terme, puisque ses
émissions parlent à la fois de notre monde (comme l’authentifiant) et se conforment à des
règles propres (comme la fiction).
[5]
SCHAEFFER, 1999, p. 156.
[6]
P. Breugnot,
Stratégies, n° 841 (9/7/93).
[7]
Le Monde, publicité dans le supplément Radio-télévision, 19-25 février 2001.
[8]
Je rejoins ici certaines analyses de BIANCHI, 1990, sur le feuilleton.
[9]
J’adapte ici librement un concept proposé par CHATEAU, 1983.
[11]
HAMON, 1982, p. 136.
[13]
Ce procédé est hérité du roman réaliste, comme on s’en convaincra en lisant cette
analyse de HAMON, 1982, p. 154 : « Si l’auteur réaliste met trop l’accent,
différentiellement, sur un personnage héros, le risque est grand de provoquer une
‘déflation’ de l’illusion réaliste (…). Plusieurs procédés sont à la disposition de l’auteur
réaliste pour niveler son texte, le défocaliser, comme par exemple le procédé qui consiste à
varier perpétuellement le point de vue (roman par lettres, etc.) ».
[14]
Pour confirmer cette conclusion, rien de plus fructueux que de comparer un même
« script », comme diraient les cognitivistes, par exemple, celui de la reconstitution. Dans
l’épisode des
Cordier, c’est le policier aux méthodes musclées qui rejoue une scène de viol.
Il le fait avec une telle précision, une telle conviction, bien qu’il ne soit pas censé avoir
assisté au crime, qu’il se désigne presque comme coupable. A l’inverse, dans l’épisode de
PJ, les vrais acteurs du drame le rejouent et le travail des policiers est de confronter les
points de vue oculaires de ceux qui rejouent la reconstitution au récit du suspect, pour
démontrer le mensonge de celui-ci. Au « génie » irraisonné de l’un, qui justifie sa violence,
s’oppose la froideur scientifique des professionnels de la police.
[15]
Op. cit., p
. 162.
[16]
On s’étonnera peut-être de trouver cette série parmi les séries policières… C’est
pourtant là que l’y met Médiamétrie, organisme qui colle aux classifications proposées par
les chaînes.
[17]
SCHMITT J.-C., LE GOFF J., BREMOND C. 1982, p. 38.
[20]
EHRENBERG, 1993, p. 24.
[21]
BERGSON, [1932] 1958, p. 32.
Les Deux Sources de la morale et de la religion [1932]
1958, PUF, p. 32.
[26]
Op. cit., p. 218.
[27]
Les Deux Sources…, p. 30.