2001
Réseaux
Imaginaire et developpement des reseaux techniques
Les apports de l’histoire de l’électrification rurale en france et aux etats-unis
Olivier Coutard
L’historiographie accumulée depuis une quinzaine d’années sur le
développement des réseaux techniques conduit à redonner une place
véritable à l’imaginaire, au-delà de la phase d’appropriation initiale de ces
techniques. C’est ce que l’on se propose d’illustrer dans cet article à partir de
l’histoire de l’électrification rurale en France et aux Etats-Unis, qui atteste
d’un volontarisme fort de l’Etat en faveur du développement des réseaux
électriques. On soutiendra que ce volontarisme, qui n’allait pas de soi,
s’explique par la prégnance d’un imaginaire politique modernisateur porté
essentiellement par des élus et des modernisateurs sociaux. Et imaginaire
reposait, d’une part, sur l’idée d’une interdépendance forte entre
électrification rurale et agriculture électrique et, d’autre part, sur l’idée que
l’on pourrait enrayer l’exode rural par l’électrification des campagnes.
Recent historical work suggests the need to reassess the importance of
imagination in the expansion of large technical systems, beyond the initial
phase of social appropriation of radically new technologies. This paper
discusses the role of imagination in the expansion of electricity networks in
rural areas of the US and France. It argues that the strong and lasting public
support for rural electrification did not stand to reason. Rather, it rested on
the “modernizing imaginaire” of elected officials and social modernizers
who assumed both that there was a strong connection between rural
electrification and electrical agriculture, and that electrification could check
rural emigration.
La question examinée dans cet article est la suivante : le
développement à grande échelle des réseaux techniques doit-il
quelque chose à l’imaginaire ? On entendra ici par imaginaire toute
forme de spéculation intellectuelle attribuant à ces réseaux et aux services
qu’ils fournissent des propriétés ou des effets non démontrés et parfois
contredits par les faits observables. Ou bien les réseaux techniques ne se
développent-ils qu’au fur et à mesure qu’ils « font leurs preuves », qu’ils
procurent des bénéfices tangibles au plan économique ou, dès lors que l’Etat
intervient dans le processus, au plan politique ? Notons qu’en formulant
cette alternative, on ne postule pas pour autant une coupure absolue entre les
plans imaginaire, d’une part, économique et politique, d’autre part. On
cherche seulement à évaluer l’influence de registres de pensée ou d’action
différents.
TECHNIQUES NOUVELLES, TECHNIQUES FAMILIERES
ET IMAGINAIRES
Cette question de départ, qui concerne le développement
à grande échelle
des réseaux, ne doit pas être assimilée ou limitée à celle de l’imaginaire
suscité par l’apparition de ces systèmes techniques. Certes, le chemin de fer,
l’électricité, le téléphone ont à l’origine frappé l’imagination des
populations. Celles-ci, comme on le sait, ont afflué, par exemple, aux
expositions internationales d’électricité – la
fée électrici é, merveille en soi
(la foudre, l’électrocution...) et par la diversité infinie de ses applications
directes (éclairage, chauffage, force motrice, et indirectes (cinéma, etc.), qui
a alimenté l’imaginaire d’une multitude d’écrivains, d’artistes, d’ingénieurs,
d’investisseurs, de responsables politiques... et de la plupart des individus.
Le rôle des représentations imaginaires (imaginaire indissociablement
technique et social) dans l’appropriation initiale de l’électricité est
incontestable
[1]. Mais à l’époque où son usage se généralise, l’aura de la fée
électricité s’est largement dissipée. Et il en va de même pour les autres
techniques de réseau.
Est-ce à dire que, passée la phase initiale de développement de ces
techniques, toute dimension imaginaire soit évacuée du processus de
développement des réseaux ? C’est ce que tendent à suggérer les
modèles
visant à rendre compte du développement des réseaux sur la longue durée,
modèles qui privilégient des facteurs d’explication techniques, économiques,
politiques ou sociaux. Ces modèles reposent tous sur un postulat utilitariste
ou instrumental qui met en avant les aspects de performance technico-économique ou d’instrumentation politique
[2]. De manière significative, ces
modèles n’accordent que peu de place à la question de l’usage que Hughes,
par exemple, évacue en une phrase : « Lorsque les ingénieurs parviennent à
(...) résoudre les problèmes critiques [associés au développement du réseau],
le réseau tend en général à croître, si la demande est suffisante
[3] ». Ainsi,
selon ces modèles, le réseau se développe au fur et à mesure qu’il « fait ses
preuves » et produit des bénéfices économiques ou politiques tangibles. La
croissance du réseau peut évidemment être affectée par des facteurs internes
ou par une évolution de l’environnement technique, économique, social ou
politique ; mais elle obéit toujours à ce principe de réalité.
L’historiographie accumulée depuis une quinzaine d’années conduit à
nuancer cette vision et à redonner une place véritable à l’imaginaire, au-delà
de la phase d’appropriation initiale. C’est ce que l’on se propose d’illustrer à
partir de l’histoire de l’électrification rurale en France et aux Etats-Unis.
Cette histoire se caractérise par le volontarisme politique remarquable dont a
bénéficié le développement des réseaux électriques. Or, ce volontarisme
n’allait pas de soi et ne répondait à nulle nécessité. D’abord, il existait pour
de nombreux usages des sources d’énergie alternatives à l’électricité,
notamment le moteur à explosion qui s’est d’ailleurs imposé jusqu’à
aujourd’hui. Ensuite, l’électricité pouvait être produite de manière autonome,
indépendamment du réseau (c’était d’ailleurs le cas dans de nombreuses
fermes américaines dans l’entre-deux-guerres). Enfin, il est intéressant de
remarquer qu’à l’inverse des réseaux électriques, le téléphone semble avoir
enthousiasmé les consommateurs potentiels avant de bénéficier du soutien de
l’Etat ; le développement à grande échelle des réseaux n’obéit donc pas à un
schéma unique où l’action de l’Etat serait première.
On soutiendra ici que le volontarisme de l’Etat en matière de réseaux
électriques s’explique par l’existence d’un imaginaire politique
modernisateur porté essentiellement par des élus et des mode nisateurs
sociaux et qui reposait, d’une part, sur l’idée d’une interdépendance forte
entre électrification rurale et agriculture électrique et, d’autre part, sur l’idée
que l’on pourrait enrayer l’exode rural par l’électrification des campagnes.
L’IMAGINAIRE POLITIQUE AU SERVICE DE L’ELECTRIFICATION
RURALE
Aux Etats-Unis comme en France, l’électrification rurale a été accomplie
sous l’égide de l’Etat, dans le cadre de programmes de long terme. La
constance dont a fait preuve l’Etat dans la mise en œuvre de ces programmes
a d’ailleurs été soulignée par les historiens
[4]. On peut même avancer que
l’électrification rurale a représenté la première action d’Etat à grande échelle
pour instaurer un service universel, au double sens moderne de cette
expression : l’électricité partout, l’électricité pour tous – même si la
problématique de l’électrification rurale est avant tout spatiale et n’est que
secondairement sociale : « en 1925, peu d’habitants des zones rurales avaient
accès à l’électricité, quelle que fût leur position sociale, alors que
pratiquement tous les citadins étaient déjà raccordés
[5] ». Naturellement, par
bien des aspects, les processus d’électrification rurale dans les deux pays
diffèrent. Mais certains traits communs importants suffiront à étayer notre
propos.
En France, l’électrification rurale sous l’égide de l’Etat a débuté au
lendemain de la première guerre mondiale. En germe dans la circulaire
d’octobre 1919 « sur l’emploi généralisé de l’électricité en vue de la
réorganisation économique du pays » et dans la création de l’office national
de crédit agricole en 1920, elle est résolument engagée par la loi du 2 août
1923, le décret du 13 décembre de la même année et l’arrêté du 4 janvier
1924 qui définissent les modalités d’avances et de subventions de l’Etat aux
collectivités locales pour l’électrification
[6]. Huit milliards de francs seront
engagés dans ce programme entre 1923 et 1940, dont la moitié par l’Etat,
avec des résultats spectaculaires : alors que 20 % seulement des communes
étaient électrifiées en 1918
[7], la proportion passe à 96 % en 1937. Cette
même année 1937 est créé le fonds d’amortissement des charges
d’électrification (FACE) qui vise à faire participer l’ensemble des
consommateurs d’électricité (c’est-à-dire de manière massive les populations
et industries urbaines) au remboursement des emprunts d’électrification
[8]. La
politique d’électrification rurale bénéficie d’un large soutien dans la classe
politique et la création du FACE fait l’objet d’un vote unanime à la
Chambre
[9].
Aux Etats-Unis, le mouvement est plus tardif. Considérons les chiffres
relatifs aux seules fermes. A la fin des années 1920, moins de 10 % des
6,5 millions de fermes étaient électrifiées, dont la moitié de manière
autonome
[10]. En 1935 encore, à peine plus de 10 % des fermes étaient
raccordées à un réseau de distribution, pour l’essentiel dans les états ruraux
riches du nord-est et de l’extrême ouest. Au cours des années 1930, cette
question devient un enjeu politique. Il reviendra à l’administration
Roosevelt, dans le cadre du
New Deal, d’amorcer le processus en créant, en
1933, la
Tennessee Valley Authority et, surtout, en 1935, la
Rural
Electrification Administration. Avec un budget annuel en accroissement
continu et rapide jusqu’à l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre
mondiale (de 50 millions de dollars en 1936, il passe à 460 millions de
dollars en 1942) et un effort repris dès la fin du conflit, la REA joue un rôle
central dans le processus d’électrification à partir du milieu des années
1930 : en 1942, près de 40 % des fermes étaient électrifiées ; après un
ralentissement durant les années de guerre, le mouvement est fulgurant dans
la première décennie d’après-guerre : en 1950, la proportion de fermes
électrifiées atteint presque 80 % ; et en 1954, plus de 90 % des 3,7 millions
de fermes états-uniennes – il y en a donc 2,8 millions de moins qu’à la fin
des années 1920 – sont raccordées à un réseau électrique
[11].
L’électricité et la modernisation des campagnes
Ce soutien massif et durable de l’Etat à l’électrification rurale renvoie à un
faisceau de motivations, dont la première, chronologiquement, rhétoriquement
et politiquement, est une volonté de modernisation des campagnes.
Mot d’ordre multiforme, la modernisation des campagnes a d’abord une
dimension économique. Ainsi, en France, la circulaire d’octobre 1919 déjà
mentionnée « invite à considérer les réseaux ruraux de distribution électrique
comme des travaux d’amélioration agricole
[12] ». Mais cette dimension
économique tend rapidement à se diluer dans une notion plus large où
modernisation rime avec amélioration des conditions de vie des familles
rurales et singulièrement paysannes. Aux Etats-Unis, la référence
économique est également vague. En 1937, le (deuxième) directeur de la
Rural Electrification Administration, John Carmody, déclarait au Congrès
américain, de manière emphatique quoique relativement floue : « Nous
sommes convaincus qu’il est économiquement souhaitable d’affranchir les
familles d’agriculteurs de l’obscurité grâce à la lumière électrique, de leur
permettre de jouir de conditions de vie et de travail normales en allégeant
leurs tâches et de mettre un terme aux privations injustifiées qu’elles
endurent
[13]. »
L’arrivée de l’électricité dans les campagnes doit donc permettre
l’allègement des tâches agricoles et domestiques, notamment féminines. La
Rural Life Commission américaine (commission nationale dont les travaux
se sont déroulés en 1908 et 1909) exprime ce qui demeurera l’un des
fondements du programme d’électrification rurale. Comme le note R. Kline,
le rapport de la commission, rendu public en 1909, « faisait porter la
responsabilité du mouvement croissant d’exode rural, devenu à l’époque une
préoccupation nationale, d’une part, sur le niveau de vie relativement bas des
familles d’agriculteurs et, d’autre part, sur la dureté de la vie des
agricultrices (
farm women) comparée à celle des citadines
[14] ». Dans les deux
pays, l’allègement de la charge de travail des femmes a été un thème
récurrent, porté non seulement par les élus locaux et nationaux, mais aussi
par les conseillères ménagères et autres modernisateurs et même, avec des
motivations transparentes mais sans doute avec assez de sincérité, par les
responsables des compagnies d’électricité. Ainsi, en octobre 1936, à
l’occasion de l’inauguration du village électrifié de Saint-Hilaire-sur-Helpe
(Nord), l’administrateur délégué de la société distributrice s’exclame-t-il :
« Pourquoi ne lancerions-nous pas la formule d’avenir : accroissez vos
loisirs grâce à l’électricité. Pourquoi les chefs de famille n’octroieraient-ils
pas à leurs épouses l’équivalent de la semaine de 40 heures grâce à un
équipement électrique convenable
[15] ? »
La lutte contre l’exode rural, préoccupation nationale aux Etats-Unis, l’est
aussi en France. Outre-atlantique, c’est une vision jeffersonienne de la
campagne comme source de valeurs morales qui semble expliquer ce souci
d’attacher les populations au sol
[16]. Pour Jefferson : « Ceux qui travaillent la
terre sont le peuple élu de Dieu, s’il y eut jamais un peuple élu de Dieu.
C’est dans leur cœur qu’il a choisi de déposer la vertu réelle et véritable.
C’est le foyer dans lequel il maintient vivante la flamme sacrée qui, sans
cela, risquerait de disparaître de la surface de la terre. La corruption des
mœurs paysannes est un phénomène dont on n’a jamais eu d’exemple à
aucune époque, ni dans aucun pays
[17]. » Le président (Theodore) Roosevelt
n’exprime pas autre chose dans son introduction au rapport déjà cité de la
Rural Life Commission : « Not e civilisation repose au fond sur la salubrité,
l’attractivité, la plénitude et la prospérité de la vie à la campagne. Les
hommes et les femmes des fermes représentent fondamentalement la part la
meilleure et la plus nécessaire de notre vie américaine
[18]. » Cette vision est
reprise, en 1934, par celui qui sera l’année suivante nommé premier
directeur de la
Rural Electrification Administration, Morris Cooke : « Mon
intérêt personnel véritable pour l’électrification rurale repose sur la
conviction profonde que nos problèmes les plus graves peuvent être reliés à
l’influence croissante des ‘gens des villes’ dans les affaires humaines, et à la
diminution de l’influence de ceux qui sont en contact matériel et spirituel
avec la terre
[19]. » En France, c’est plutôt, semble-t-il, une vision alimentaire
qui prime : l’exode rural doit être enrayé et les campagnes doivent être
modernisées pour assurer une meilleure productivité au travail agricole, une
production plus importante et, partant, la postérité du pays tout entier
[20]. Mais
c’est une conception abstraite de la modernité agricole, déconnectée des
réalités, qui se développe, au point qu’elle deviendra presque contradictoire
avec une logique économique, ce que Thierry Nadau résume dans le constat
que « l’électricité dans les campagnes [françaises] ne fut pas conçue dans
une logique de rentabilité économique, mais dans le souci d’équiper
l’ensemble du pays d’un des outils et des symboles de la civilisation
moderne
[21]. »
Le registre économique laisse progressivement la place à un registre
différent. En France, même s’il « a beaucoup influencé les acteurs
techniques et notamment les ingénieurs du génie rural (...) le discours
moderniste ne se retrouve pas explicitement dans les documents. Très vite, il
cesse d’inspirer les débats, remplacé par l’agrarisme et sa rhétorique avant
tout politique, sociale et morale
[22] ». Et « ce ne sont que propos généraux sur
le prix de la main-d’œuvre, les ravages de l’exode rural, la dette contractée
pendant la guerre vis-à-vis de la paysannerie
[23] ». C’est au nom du lou d
tribut payé par les populations rurales à la première guerre mondiale que
certains hommes politiques influents justifieront, en effet, l’impérieuse
nécessité de l’électrification rurale
[24]. Plus tard, la dette devient plus
matérielle. Ainsi Paul Ramadier explique-t-il à la tribune du Sénat à
l’occasion du débat sur la création du fonds d’amortissement des charges
d’électrification (en 1936) que : « Nous semblons demander, tout au moins
en apparence, un acte de solidarité aux habitants des villes. Mais cet acte de
solidarité n’a-t-il pas sa contrepartie dans le fait que les grandes villes
reçoivent à des prix très bas du courant venant de loin
[25] ? »
Aux Etats-Unis également, le thème de la dette matérielle est présent dans
les débats : c’est parce que l’électricité est notamment produite à partir des
sites hydrauliques localisés dans les zones rurales qu’il est juste que les
populations de ces zones reçoivent en compensation une part de cette
électricité. Ainsi, dans son introduction au rapport de la
Rural Life
Commission déjà ci é, le président Theodore Roosevelt écrit-il : « Il est de la
responsabilité évidente du gouvernement d’attirer l’attention des agriculteurs
sur la monopolisation croissante des capacités hydroélectriques [par les
compagnies électriques]. Ce sont avant tout les agriculteurs qui devraient
bénéficier de cette énergie, dans des conditions raisonnables, pour des
transports à bas coût, pour l’éclairage de leurs maisons et pour les
innombrables usages qu’ils pourraient en faire dans leurs tâches agricoles
quotidiennes
[26]. » Le débat sur la répartition équitable des ressources en eau
sera relancé lors de la création de la TVA
[27].
L’argument plus général de l’équité est également invoqué. Comme on l’a
noté plus haut, l’électrification rurale a reposé, aux Etats-Unis comme en
France, davantage sur des considérations d’équité spatiale que d’équité
sociale ; il s’agit d’apporter l’électricité partout et de réduire l’écart entre les
conditions de vie urbaines et rurales. Cette logique d’équipement spatial ne
coïncide d’ailleurs pas avec une logique économique
[28]. Il reste que, compte
tenu de la situation économique relative des populations rurales, équité
spatiale et équité sociale se confortaient mutuellement. Selon les termes
emphatiques d’un responsable de la Fédération nationale des collectivités
concédantes et régies, en 1924 : « Il est véritablement beau et profondément
démocratique de vouloir qu’ainsi le soleil pénètre chez le riche comme chez
le pauvre, la lumière électrique éclaire l’humble foyer paysan aussi bien que
le plus riche palais
[29]. »
Il s’agit donc d’éclairer les campagnes, au sens propre bien sûr (d’ailleurs,
les ménages ruraux plébisciteront l’éclairage électrique), mais aussi dans un
sens figuré, moral. Ainsi, l’un des proches adjoints du responsable de la
Rural Electrification Administration, en tournée dans le Tennessee dont il
observe et déplore la mentalité raciste, écrit-il à son chef en 1936 : « Voici
bien le Tennessee des lois anti-évolutionnistes ; mais il est en passe d’être
éclairé avec l’arrivée des lignes électriques
[30]. »
La conjonction de ces différentes motivations conduit à un constat sans
appel, exprimé à diverses reprises par le président (Franklin) Roosevelt,
d’abord vers 1935 : « les chiffres à eux seuls ne mesurent pas l’importance
humaine de l’électricité dans la société d’aujourd’hui. L’électricité n’est plus
un luxe, c’est une nécessité absolue
[31] » ; puis en 1938 : « L’électrici é est
une nécessité de la vie moderne et devrait être disponible dans chaque
village, chaque maison et chaque ferme sur l’ensemble du territoire des
Etats-Unis
[32]. »
Ainsi la politique d’électrification rurale s’appuie-t-elle sur un discours qui
défend la nécessité d’une universalisation des réseaux électriques au nom,
d’une part, de la
modernisation de l’habitat rural et, d’autre part, de
l’urbanisation des c mpagnes, pour reprendre les termes de Kline
[33]. Celles-ci (modernisation et urbanisation) sont à leur tour justifiées par la dette
matérielle, morale, historique des villes envers les campagnes et par
l’impératif de la lutte contre l’exode rural. Ce discours modernisateur
assimilant électricité et progrès matériel, social et moral, est porté par une
constellation d’acteurs (élus et notables locaux, ingénieurs et professeurs
d’agriculture, conseillères ménagères...) qui semblent s’accommoder fort
bien d’un double paradoxe. D’une part, peut-on à la fois vouloir favoriser
des gains de productivité agricoles et lutter contre l’exode rural, alors que les
premiers alimentent le second ? D’autre part, comment peut-on prétendre
vouloir préserver les valeurs associées à la relation ancestrale et spécifique
des ruraux avec la terre tout en s’efforçant d’urbaniser les campagnes, et
donc à atténuer la dépendance des ruraux à la terre ? Que le discours des
modernisateurs s’accommode si bien de ces paradoxes atteste déjà de sa
dimension imaginaire, affranchie en quelque sorte du principe de réalité.
Comme on va maintenant le voir, ce discours n’est pas non plus étayé par les
pratiques sociales naissantes, ni par les expérimentations entreprises dans le
domaine de l’agriculture électrique.
Le prosélytisme électrique et la réponse des campagnes
L’électricité se diffuse ainsi dans les campagnes sous deux formes, celle
concrète de l’électrification rurale (les réseaux) et celle, plus discursive, de la
« propagande » en faveur des usages agricoles de l’électricité, la seconde
ayant précédé, préparé dans une certaine mesure, puis accompagné la
première. Dans les années 1920 et 1930, lorsque l’électrification rurale
devient un programme d’action et un mot d’ordre gouvernemental, cela fait
déjà plusieurs décennies que les applications de l’électricité à l’agriculture
font l’objet d’expérimentations présentées dans les expositions universelles
et autres foires agricoles comme très prometteuses
[34]. L’agriculture électrique
n’est donc pas simplement un fantasme ou une vue de l’esprit ; elle
correspond à des applications concrètes. Mais celles-ci ne parviennent pas à
se développer à grande échelle.
Assez vite, un accord providentiel entre modernité et rentabilité se dessine.
C’est que, refoulé dans les discours, l’aspect économique demeure important
en pratique : les responsables des programmes d’électrification se rendent
compte que l’opération n’est financièrement soutenable (même
subventionnée) qu’à condition que les populations rurales consomment
beaucoup d’électricité
[35]. Cette idée, qui n’était pas
a priori contradic oire
avec l’idéal modernisateur – puisque le fait de faire bénéficier les campagnes
de
tous les bienfaits de l’électricié était susceptible de favoriser une
consommation élevée –, supposait tout de même la coopération des paysans.
Elle supposait par exemple que les paysans adoptent en nombre les
« merveilles » techniques de l’électricité agricole (tracteurs électriques,
équipements d’électroculture
[36], etc.), bien que ces innovations séduisantes
n’aient jamais réellement fait leurs preuves, même dans un cadre
expérimental
[37].
Mais la réponse des campagnes à la propagande en faveur de applications
électriques pour l’agriculture ne fut pas conforme aux attentes des
modernisateurs. Les paysans s’obstinèrent à ne pas se convertir à
l’électroculture et à la charrue électrique, malgré les bienfaits annoncés de
ces innovations. La résistance des populations rurales remettait ainsi en
cause l’accord (trop ?) parfait entre modernité et rentabilité.
Cette résistance des paysans à de nombreuses applications de l’électricité
vantées par les experts est venue conforter les préjugés des populations
urbaines. Les paysans seraient arriérés et rejetteraient par principe les
nouveautés : « Malheureusement, l’homme des campagnes n’a pas grande
confiance dans les innovations et le jour n’est pas près de luire où l’on verra
le radiateur détrôner le poêle ou même l’âtre », s’exclame ainsi un expert en
1904
[38]. Ils seraient particulièrement réfractaires à l’électricité, fluide
mystérieux et dangereux. La presse (urbaine ou technique) et les rapports
internes de la REA abondent d’anecdotes visant à faire passer l’ensemble des
paysans pour arriérés. Par exemple, à la fin des années 1930, « On rapporte
qu’une femme écrivit à la REA, parce que la lumière électrique dans sa
chambre à coucher l’empêchait de dormir. Elle reçut une réponse expliquant
ce qu’était un interrupteur et où, vraisemblablement, se trouvait celui de sa
chambre
[39]. »
Cependant, comme le remarque Nye :
Quelques ruraux, sans doute, pensaient que l’électricité allait s’écouler des
prises comme de l’eau. Mais la plupart d’entre eux étaient déjà bien informés.
Le télégraphe était un instrument familier, après un siècle d’existence, et il
contenait les principes de base des futures installations électriques : un
courant qui se propageait instantanément sur de longues distances, transporté
par des lignes, créant une connexion immédiate entre des lieux distincts. De
plus, la plupart des ruraux avaient de la famille ou des amis en ville, où
l’électricité était devenue presque universelle [40].
Ce n’est donc pas par méconnaissance ou par crainte de l’électricité que les
populations rurales rejettent le tracteur et le moteur électriques et autres
applications de l’électroculture, mais par manque d’intérêt. D’ailleurs, les
campagnes ont accueilli certaines applications de l’électricité avec
enthousiasme, en France
[41] comme aux Etats-Unis, où les paysans
« attrapèrent le virus de la modernité électrique
[42] ». Tel ce fermier du
Tennessee dans les années 1930 qui déclarait à une réunion dominicale :
« Chers frères et chères sœurs, je veux vous dire ceci. La plus belle chose
dans la vie est de sentir l’amour de Dieu dans son cœur, et la deuxième plus
belle chose est d’avoir l’électricité à la maison
[43]. » Les populations rurales
ont notamment plébiscité l’éclairage et certains appareils domestiques
[44].
Ainsi, en 1938, parmi les fermes raccordées à un réseau électrique de la
REA, 24 % sont équipées d’un grille-pain, 26 % d’un réfrigérateur, 47 %
d’une machine à laver, 81 % d’un fer à repasser et 86 % d’une radio, tous
appareils électriques. Mais seulement 5 % possèdent une centrifugeuse et
2 % une trayeuse électrique
[45]. Il apparaît ainsi qu’aux Etats-Unis, les usages
professionnels (agricoles) de l’électricité sont longtemps restés très en retrait
par rapport aux usages domestiques. En particulier, la concurrence du
moteur à explosion est restée dirimante jusqu’à aujourd’hui pour la
production de force motrice.
Cela, comme on l’a vu, dérangeait les promoteurs de la modernité électrique,
parce que les usages domestiques n’engendraient qu’une consommation
d’énergie relativement faible et, surtout, parce que cela ne cadrait pas avec
l’imaginaire modernisateur
[46]. Obnubilés par leur utopie, ils refuseront de
reconnaître le succès du moteur à explosion et d’en comprendre les raisons
(notamment l’adaptation continue des outils aux besoins et aux contraintes
des agriculteurs, dans un véritable processus d’innovation, et l’existence
d’un réseau dense de revendeurs et réparateurs compétents
[47] ). Sans doute
l’action de l’Etat en matière de modernisation agricole aurait-elle eu un tour
différent si cet élément perturbateur, contraire au mythe, avait été pris en
compte, et si l’Etat, par exemple, avait réaffecté à la promotion du moteur à
explosion une partie des moyens alloués à l’électrification rurale. Kline
souligne également l’incompréhension des modernisateurs devant les choix
de consommation des paysans américains
[48]. Nadau
[49] dénonce le
prosélytisme idéologique des chantres de l’agriculture électrique et en
souligne le caractère contre-productif : lassés par les fadaises débitées sur les
merveilles à attendre de l’électricité agricole, les paysans se seraient
détournés y compris des applications véritablement prometteuses. Mais, là
où Nadau dénonce une idéologie méprisante des réalités rurales, ne doit-on
pas voir les effets de l’imaginaire auquel adhérait de manière spontanée
et
sincère tout un ensemble d’acteurs ?
On voit donc que la politique d’électrification rurale s’est longtemps référée
à certaines propriétés attribuées à l’électricité, alors même que ces vertus
supposées n’avaient reçu aucune validation empirique. Deux mythes
semblent avoir joué un rôle significatif dans le consensus sociopolitique dont
cette politique a bénéficié ; il s’agit, d’une part, des miracles attendus de
l’électricité agricole et, d’autre part, de l’espoir d’endiguement par
l’électricité de l’exode rural. Dans les deux cas, les faits (scientifiques et
sociaux) ont invalidé la vision portée par l’imaginaire modernisateur associé
à l’électricité. Comme l’indique Kline en conclusion de son étude sur
l’histoire des « consommateurs à la campagne », d’accord avec la plupart des
études historiques, « le téléphone, la voiture, la radio et l’électrification –
pris isolément ou dans leur ensemble – n’ont pas tari l’exode rural, ni réduit
les horaires de travail des travailleurs à domicile, ni supprimé les différences
entre la ville et la campagne
[50] ».
Cela ne signifie pas que l’électricité n’ait pas tenu certaines des promesses
dont on l’avait chargée, mais avec des conséquences parfois éloignées des
attentes des modernisateurs ou des prophéties agrariennes. Ainsi, par
exemple, si la vie des agriculteurs est restée, après l’électrification, différente
de la vie des populations urbaines salariées, la vie quotidienne à la campagne
s’est progressivement rapprochée de la vie urbaine grâce, notamment, à
l’électricité et à d’autres services « urbains » : « La journée de travail de la
femme au foyer en ville était aussi longue après l’électrification qu’avant, du
fait de l’élévation concomitante du niveau d’exigence relatif aux tâches
qu’elle accomplissait. Les femmes de la campagne, en revanche,
échappèrent de manière permanente à nombre de lourdes tâches lorsque
l’électrification apporta dans la maison l’éclairage, l’eau courante, les
toilettes d’intérieur, les machines à laver et d’autres équipements
électroménagers. Avec l’électricité, les conditions de la vie rurale devinrent,
pour la première fois dans l’histoire, à peu près comparables à celles de la
vie urbaine. Cette équivalence inédite favorisa la déconcentration urbaine et
les Américains s’éloignèrent de plus en plus des villes au fur et à mesure que
les campagnes étaient électrifiées, s’efforçant de fuir la ville tout en
renonçant aussi peu que possible aux facilités de la vie moderne. Le résultat
ne fut pas une utopie pastorale comme l’Altrurie d’Howell, mais l’étalement
urbain
[51]. »
REHABILITER L’IMAGINAIRE COMME FACTEUR
DE DEVELOPPEMENT A GRANDE ECHELLE DES RESEAUX
Aux Etats-Unis comme en France, le soutien de l’Etat à l’électrification
rurale a été important, durable et fructueux (alors qu’il aurait pu s’en
désintéresser comme il s’est longtemps désintéressé du développement du
téléphone, avant de devenir le chantre de la société de l’information et du
service téléphonique universel). Les motivations de l’Etat de part et d’autre
de l’Atlantique ont été multiples, à partir du mot d’ordre de modernisation
des campagnes : volon é de développement économique et d’amélioration
des conditions de vie des familles rurales pour lutter contre l’exode rural,
mais aussi volonté de diffuser les lumières de la modernité, acquittement
d’une dette à l’égard des populations rurales et, de manière plus globale,
reconnaissance du caractère indispensable de l’électricité.
Dans les deux pays, les motivations économiques se sont avérées moins
puissantes que les motivations politiques et sociales, alimentées par un
imaginaire liant de manièe indissociable et univoque électricité et
modernité, partagé par les responsables politiques, les réformateurs sociaux
et les médiateurs de toutes sortes. Cet imaginaire a sous-tendu une « douce
utopie » (Nadau) de modernité agricole qui a perduré pendant des décennies
sans être corroborée de manière significative par des faits tangibles et des
comportements observables. Le soutien de l’Etat et d’un ensemble de
médiateurs à la modernisation des campagnes par l’électricité est allé au-delà
de ce que réclamait la profitabilité économique et de ce que dictait l’intérêt
politique.
L’histoire de l’électrification rurale conduit donc à relativiser la vision trop
exclusivement utilitaire ou instrumentale des modèles évoqués au début de
cet article. Dans cette histoire, d’autres motivations ont joué, révélatrices
d’un imaginaire modernisateur ; l’électrification rurale ne s’explique pas par
la seule volonté de contrôle des populations ou de hiérarchisation de
l’organisation sociale. L’imaginaire de l’électricité modernisatrice est allé
bien au-delà de ce qu’exprimait ou attendait le corps social : il ne se réduit
donc pas à un mythe légitimant consciemment instrumentalisé par les
édiles
[52].
La prégnance de cet imaginaire a influé sur la diffusion des réseaux
électriques, son rythme, ses caractéristiques spatiales et sociales.
L’imaginaire électrique a certes conduit à des erreurs lourdes d’appréciation
de la valeur sociale de technologies électriques ou non électriques (comme le
moteur à explosion) ; il a aussi parfois pu être contre-productif. Il reste que,
sans ce mythe, sans cette utopie, l’importance de l’électrification rurale
aurait sans doute été moins unanimement reconnue, et le développement des
réseaux ruraux aurait été moins rapide, moins uniforme, moins systématique.
Que se serait-il passé, par exemple, si l’Etat, plus réaliste, avait choisi de
soutenir plutôt la production autonome d’électricité pour les usages non
substituables (éclairage) et le moteur à explosion pour la force motrice ?
Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?
Par contraste avec l’électricité, l’exemple du téléphone (en France tout au
moins) est là pour rappeler que l’universalisation d’un service de réseau peut
suivre et non précéder la « demande sociale » et que le caractère
« indispensable » du service peut n’être reconnu qu’
a posteriori. Alors que
le développement des réseaux électriques, son rythme, ses modalités, ont
résulté en premier lieu d’une action politique volontariste alimentée par un
imaginaire modernisateur, le développement des réseaux téléphoniques s’est
fait sous la pression de la demande, pression qui ne fut que tardivement
relayée par la puissance publique. En outre, les études historiques (aux Etats-Unis) attestent que la plupart des applications de l’électricité pouvaient
s’accommoder de sources d’énergie alternatives
[53] et que « de nomb eux
fermiers américains inventèrent toutes sortes de moyens de moderniser leur
logement sans électricité » – ou en produisant eux-mêmes leur électricité –
jusque dans les années 1930
[54].
Nye rapporte que Arthur E. Morgan, le premier directeur de la
Tennessee
Valley Authority était « si in éressé par les idées utopiques de Bellamy qu’il
écrivit plus tard sa biographie
[55] ». Edward Bell my est l’auteur
extraordinairement populaire en 1888 de
Looking Backward 2000-1887,
roman qui raconte l’histoire d’un homme qui se réveille en l’an 2000 après
une sieste de 113 ans pour découvrir une société américaine devenue idéale,
guérie de tous ses maux économiques et sociaux. Bellamy qui écrivait dans
une postface à la deuxième édition de son ouvrage : « bien qu’adoptant la
forme d’un roman d’imagination,
Looking Backward est conçu très
sérieusement comme l’anticipation, en conformité avec les principes de
l’évolution, de ce que sera le prochain stade de développement industriel et
social de l’humanité, en particulier dans ce pays. (…)
Looking Backwards a
été écrit avec la conviction que l’Age d’Or est devant nous et non derrière, et
que son avènement est proche
[56] ». L’admiration de Morgan pour Bell my
n’est-elle pas un indice éloquent de la discrète prégnance de l’imaginaire
modernisateur au cœur de la politique américaine d’électrification rurale ?
·
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·
SUMMERTON J. (1994), Changing Large Technical Systems, Boulder, Westview.
[1]
MARVIN, 1988.
[2]
Voir notamment HUGHES, 1983, et les travaux subséquents de la communauté de
chercheurs s’intéressant aux « large technical systems » : MAYNTZ et HUGHES, 1988 ;
LAPORTE, 1991 ; SUMMERTON, 1994 ; COUTARD, 1999. Voir aussi MAYNTZ, 1995 ;
OFFNER, 1993a, 1996 ; ROBERT, 1999.
[3]
HUGHES, 1983, p. 15.
[4]
NADAU, 1994, p. 1206 ; KLINE, 2000, p. 216
sq.
[5]
NYE, 1990, p. 141.
[6]
NADAU, 1994, p. 1210.
[7]
Le fait qu’une commune soit raccordée au réseau ne signifie en général pas que la totalité
de la population de cette commune est raccordée.
[8]
STAHL, 1994, p. 397.
[9]
STAHL, 1994, p. 396.
[10]
NYE, 1990, p. 296. Il faut noter ici que la littérature américaine consultée pour la
préparation de cet article ne distingue pas entre fermes (établissements agricoles) et habitat
rural en général. Le terme de
farm est employé systématiquement, en partie, peut-on
conjecturer, en raison de la différence entre les formes de peuplement des campagnes
françaises (villages) et américaines (fermes isolées).
[11]
NYE, 1990, p. 320 ; KLINE, 2000, p. 285,287.
[12]
NADAU, 1994, p. 1209.
[13]
KLINE, 2000, p. 3.
[14]
KLINE, 2000, p. 13.
[15]
BELTRAN et CARRE, 1991, p. 225.
[16]
NYE, 1990, p. 289,304.
[17]
Cité par NYE, 1990, p. 288.
[18]
Cité par NYE, 1990, p. 289.
[19]
Cité par KLINE, 2000, p. 140.
[20]
STAHL, 1994, p. 371 ; NADAU, 1994, p. 1208.
[21]
NADAU, 1994, p. 1200.
[22]
NADAU, 1994, p. 1208-1209.
[23]
NADAU, 1987, p. 70.
[24]
NADAU, 1994, p. 1209 ; STAHL, 1994, p. 371.
[25]
STAHL, 1994, p. 397.
[26]
Cité par NYE, 1990, p. 288.
[27]
NYE, 1990, p. 307
sq.
[28]
NADAU, 1994, p. 1218.
[29]
Cité par NADAU, 1994, p. 1209.
[30]
Cité par KLINE, 2000, p. 147.
[31]
NYE, 1990, p. 304.
[32]
NYE, 1990, p. 324.
[33]
KLINE, 2000, p. 8. Kline utilise le terme d’urbanisation pour désigner l’équipement des
zones rurales en services « urbains » (réseaux de communication et de transports ;
technologies domestiques). Il emploie le terme de modernisation pour décrire l’équipement
des fermes et de l’habitat rural en objets techniques modernes (eau courante, électroménager,
outillage et appareillage électrique pour les activités agricoles...).
[34]
NYE, 1990, p. 287-288 ; NADAU, 1987.
[35]
KLINE, 2000, chapitre 7 ; NADAU, 1994, p. 1219.
[36]
Elle supposait aussi de renforcer les réseaux ruraux qui avaient été dimensionnés pour le
seul usage de la lumière électrique, NADAU, 1994.
[37]
NADAU, 1994, notamment p. 1201 sq.
[38]
NADAU, 1994, p. 1204-1205.
[39]
NYE, 1990, p. 322.
[40]
NYE, 1997, p. 69-70.
[41]
NADAU, 1994, p. 1215-1216.
[42]
KLINE, 2000, p. 276.
[43]
Cité par NYE, 1990, p. 304.
[44]
NYE, 1990, p. 319.
[45]
KLINE, 2000, p. 294.
[46]
Même si certains modernisateurs, notamment parmi les
home economists (conseillères
ménagères) étaient réticents à admettre l’équation entre modernité et forte consommation
d’électricité (KLINE, 2000, p. 150,210).
[47]
NADAU, 1994, p. 1220.
[48]
KLINE, 2000, p. 209
sq.
[50]
KLINE, 2000, p. 278 ; voir aussi COWAN, 1983.
[51]
NYE, 1990, p. 327.
[52]
Une analyse en termes de mythe légitimant est développée, par exemple dans OFFNER,
1993b.
[53]
KLINE, 2000, p. 93-99.
[54]
KLINE, 2000, p. 299.
[55]
NYE, 1990, p. 309.
[56]
BELLAMY, 1890, p. 334 et 337.