Un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - Réseaux| abonnement annuel 2013 | 160 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Réseaux Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezTrois generations de presse illustree au xixe siecle
Une recherche en patternitéAuteurJean-Pierre Bacot du même auteur
Dans la tradition française d’histoire de la presse, la plupart des tentatives de comparaison portant sur les divers types nationaux tournent autour d’une opposition devenue traditionnelle entre un modèle français et un autre, anglo-saxon, soutenant deux postures réputées opposées du journaliste dans sa vision et sa gestion des rapports entre le fait et l’opinion. Les Français auraient ainsi tendance à mélanger les genres, les Britanniques et leurs imitateurs à bien les séparer. La mise en valeur d’une dialectique entre la recherche de la vérité et l’engagement accompagne souvent le rappel de cette opposition de style[1] [1] Sur les causes culturelles, politiques, économiques et...
suite.
2 Outre qu’elle ne dit souvent presque rien de la réalité de ce que fut la presse dans d’autres pays, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, pour ne citer que les plus peuplés de nos voisins, puisque le référent, le contre-modèle des historiens français est ancré en Angleterre et aux Etats-Unis[2] [2] Voir CUCHEVAL-CARIGNY, 1857. Cet ancien rédacteur en chef...
suite, cette histoire trop française de la presse fait la part belle aux journalistes et aux patrons de presse en tant qu’acteurs sociaux, situés à cheval entre le monde politique et le monde économique, leur influence sur l’opinion se trouvant souvent discutée autour de la notion politique de « quatrième pouvoir ». Le rôle culturel, éducatif, de la presse dans la transmission de connaissances partagées à caractère encyclopédique, le plus souvent hors actualité, est rarement pris en compte, autant que les proximités qui ont pu exister entre diverses pratiques médiatiques étrangères.
3 L’étude de la presse magazine illustrée et de ses différentes générations construites au XIXe siècle nous a conduit à mettre en évidence plusieurs dimensions spécifiques à ce type de média qui nous semblent impliquer un nécessaire déplacement par rapport à ce point de vue historique classique d’un double style de presse écrite. Il nous semble légitime de mettre en avant ces spécificités, dans la mesure où cette réalité concerne des tirages et donc l’influence que l’on peut en inférer, qui sont largement égaux, voire supérieurs à ceux des journaux non illustrés, au moins jusqu’au milieu des années 1860. Nous aborderons rapidement dans le cadre de cet article trois de ces dimensions[3] [3] Je remercie Erik Neveu pour sa relecture de ce texte et...
suite.
Les origines anglaises
4 Première caractéristique de ce décalage, l’identification d’une origine contrôlée, le fait que ce soit d’Angleterre, de Londres, que soient parties les trois générations successives de presse illustrée que nous avons pu repérer, d’où cette notion de pattern qui nous a semblé s’imposer et qui cadre toute tentative d’histoire de la presse illustrée française. Ces trois générations d’hebdomadaires recouvriront dans ce secteur particulier de l’édition de presse la grande majorité de l’offre, se situant parfois aux frontières du livre illustré, notamment à l’occasion de la parution des numéros spéciaux[4] [4] On peut mentionner principalement les numéros de guerre...
suite, avant que d’être dépassées en France à la fin du siècle, sans pour autant toutes disparaître[5] [5] L’Illustration reprendra même la première place avec...
suite, par les suppléments illustrés des deux quotidiens nationaux les plus populaires, Le Petit Parisien et le Petit Journal[6] [6] Les deux autres quotidiens populaires français, Le Matin...
suite, en une quatrième génération que nous n’étudierons pas ici.
5 A chaque génération correspond un modèle, l’émergence de leur première expression étant respectivement datée de 1832,1842 et 1861, années qui sont marquées respectivement par l’apparition à Londres du Penny Magazine, de l’Illustrated London News et du Penny Illustrated Paper. Ces trois nouveautés eurent rapidement, et ceci constitue le deuxième élément de décalage de cet univers spécifique de la presse illustrée, une diffusion internationale, un rayonnement européen pour la première génération, mondial pour la deuxième[7] [7] Diffusion mondiale, mais non universelle, dans la mesure...
suite et sans doute à nouveau européen pour la troisième, bien que la recherche soit ici à poursuivre, non sans difficulté, dans la mesure où cette troisième génération, pourtant la plus récente, est la moins conservée, aussi bien par les collectionneurs que par les bibliothèques.
6 Avec l’origine anglaise et la diffusion internationale immédiate, un troisième élément reste à envisager pour pointer la singularité de la presse illustrée, le fait que les principaux acteurs de la diffusion de ces magazines n’aient été que fort peu journalistes, même s’il commençaient à le devenir. Ces rédacteurs, dessinateurs, graveurs, relevaient en effet avant tout d’une logique de publicité, au sens alors en vigueur d’une action de publicistes, de metteurs en espace public, dirait-on aujourd’hui, autant que de « popularisateurs » et se posaient donc tout autant la question de la diffusion de la connaissance, dite utile, et en second lieu de la distraction, que celle de l’information, de ce que l’on appellera plus tard l’actualité[8] [8] Voir AURENCHE, 2001. ...
suite. Le basculement vers une option où dominera le reportage ne s’effectuera jamais complètement, mais s’amorcera nettement en 1848.
7 Dans un autre article, nous avons étudié la manière dont la presse illustrée, y compris et surtout celle des suppléments hebdomadaires de quotidiens français avait contribué dans son lectorat de plus en plus populaire à la construction des nationalismes et des alliances géopolitiques[9] [9] Voir BACOT, 2001b. ...
suite. Nous voudrions tenter de montrer ici comment les premiers hebdomadaires ont pu auparavant, avant que la montée des nationalismes ne dégrade ce processus, diffuser très largement[10] [10] A propos du Pfennig Magazine de Leipzig, Hartwig Gebhart...
suite leur contenu dans une couche de plus en plus importante de la petite bourgeoisie. Ils ont offert à leurs lecteurs un croisement de connaissance et d’information qui ajoute à la question récurrente de l’objectivité de cette information celle de l’utilité de la connaissance et qui construisait un imaginaire à la fois sereinement national et universaliste.
8 Nous reprendrons, pour les trois générations successives, les questions de l’origine anglaise des magazines, de leur développement européen et de la nature de la démarche éditoriale, journalistique et/ou éducationnelle de leurs promoteurs.
Useful knowledge, because knowledge is power
9 Dans le bouillonnement politique et intellectuel qui vit à la fin des années 1820 et au début des années 1830 l’Angleterre friser la guerre civile, puis commencer à se décrisper avec le Reform Act de juin 1832[11] [11] Voir HARRISON, 1974, notamment chapitre V. ...
suite, le pouvoir de la connaissance associé à la notion de liberté de la presse fut d’abord le signe de ralliement du courant de gauche radicale et une gravure reprenant les deux expressions, les deux slogans : « Knowledge is power » et « Liberty of the press » apparut en 1830 en têtière, à droite du titre de l’hebdomadaire qui porta le plus fortement ce courant de pensée : le Poor Man Guardian, a weekly Paper for the People. Si l’on ne peut attribuer directement à cette activité éditoriale le fait que l’intensité des mouvements sociaux en Angleterre échappa alors à la violence qui marqua d’autres pays d’Europe parce qu’elle pu être exprimée et imprimée, il n’en est pas moins tentant de rapprocher les deux phénomènes.
10 Cependant, c’est dans une famille de pensée plus libérale, partageant une même volonté de diffusion de la connaissance, conçue comme « utile », mais dans une logique descendante plutôt que montante, que naquit la presse illustrée. Les deux courants étaient en opposition féroce quant à la manière d’étendre la connaissance, soit à partir d’une alternative sociale radicale, soit par extension de celle qui existait[12] [12] Id. , p. 102. ...
suite. Débat classique entre révolutionnaires et réformistes que les seconds remportèrent, en Grande-Bretagne, à l’aube de l’ère victorienne, en lançant dans le cadre de la Society for the Diffusion of Useful Knowledge et, en son sein, la Library du même nom, un hebdomadaire, le Penny Magazine, alors que les courants traditionalistes de droite peinaient à allumer un contre-feu.
11 C’est donc par une option réformiste, mais aussi une solide volonté à la fois encyclopédiste et utilitariste que l’illustration de presse par la gravure fit son apparition à Londres, ce qui constitua une première dans l’édition de presse illustrée, si l’on met en toute rigueur à part les magazines de caricature, à dominante politique, dont la naissance est légèrement antérieure, une catégorie que nous n’étudions pas ici, qui fut beaucoup moins pérenne, essentiellement pour des raisons de rapports tendus avec la censure et connut souvent de faibles tirages[13] [13] Ces périodiques sont d’origine française, ce qui explique...
suite.
12 L’existence de cette vaste entreprise d’édition périodique illustrée a permis, d’entrée de jeu, de multiplier le nombre des destinataires des gravures précédemment vendues par correspondance ou colportage, mais aussi de les relier à des textes dans un ensemble qui fait sens – texte, titre et légende de la gravure, gravure elle-même –, sens global qui ne peut être dissocié, un ensemble dont l’efficacité fut immédiate et qui dura, en Angleterre, une quinzaine d’années et davantage en France[14] [14] La Society for the Diffusion of Useful Knowledge cessa en...
suite.
13 Il ne fallut guère attendre pour que le modèle fût imité dans de nombreuses capitales européennes, et ce avec un impact certain. Selon Gebhardt[15] [15] Op. cit. ...
suite qui donne des chiffres que nous avons pu vérifier, le Pfennig Magazine, à Leipzig, tirait en 1834 à quelque 60 000 exemplaires, le Magasin Pittoresque français, autour de 120 000 et le Penny Magazine lui-même à environ 200 000. Aucun quotidien ni périodique n’atteignait alors pareille diffusion, ni aucun livre[16] [16] André-Jean Tudesq cite Le Mémorial de Napoléon, édité...
suite.
Première génération. Przyjaciel Ludu (L’ami du peuple), paru à Lezno à l’ouest de la Pologne, limite occidentale de l’influence des premiers magazines illustrés La bataille de Waterloo. Format réel 18 x 25
Tableau 1. - Quelques-uns des premiers magazines illustrés de « connaissance utile » en Europe[17] [17] Nous avons dénombré plus de 35 occurrences. Nous nous...
suite (1832-1840)
14 Pour déterminer les influences qu’ont pu subir les philanthropes libéraux anglais comme Lord Brougham, Jeremy Brentham ou Charles Knight, promoteurs du Penny Magazine, deux directions de recherche sont à poursuivre, la première étant de loin la mieux étudiée[18] [18] Voir DARNTON, 1986. ...
suite : la démarche, comme le corpus de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. La seconde influence soulève moins d’intérêt en France : les Lumières écossaises et leur traduction en termes de presse à Edimbourg avec le Chambers Journal (1832), ancêtre des magazines de connaissances utiles, mais encore non illustré. C’est d’Angleterre, depuis Londres, en pleine période chartiste, que s’est cristallisée à partir de ces deux influences essentielles une démarche à la fois intellectuelle et commerciale au sein de la Society for the Diffusion of Useful Knowledge créée en 1826, dont l’action prioritaire était l’extension de l’éducation du peuple par l’entremise de livres et, nouveauté radicale, d’un magazine illustré[19] [19] La Society légua ses archives à l’ancêtre de l’UCL...
suite. Parmi d’autres éléments sociotechniques, trois facteurs principaux ont permis cette cristallisation : d’une part, l’intégration des deux problématiques de presse et d’éducation autour d’une société qui fut à la fois de pensée, d’action et de marché ; d’autre part, le développement du chemin de fer outre-Manche, qui assura une forte distribution dans l’ensemble du Royaume-Uni, enfin une stratégie de diffusion qui garantissait un large public et le financement des frais supplémentaires liés à la gravure.
Première génération. Un concurrent du Penny Magazine, lancé par les Anglicans sous la formule « That the soul be without knowledge it is not good » L’Hôtel de Ville de Paris. Format réel 17 x 27
15 En France, le terrain de réception de magazines équivalents avait été préparé à la fois par l’évolution sociale, marquée dans le domaine éducationnel par les lois Guizot[20] [20] Voir ROSANVALLON, 1985. ...
suite et, dans le domaine éditorial, par une première pratique du magazine bon marché, mais non illustré, avec les tentatives pionnières de Girardin (Le Voleur et le Magazine des Connaissances Utiles). Mais il n’y avait pas à un degré de structuration comparable, pas d’équivalent français de la Society londonienne et le chemin de fer était en retard. C’est sans aucun doute le saint-simonien Edouard Charton qui intégra le mieux la manière anglaise à partir de laquelle il allait activement participer au lancement en France, au cours des années, de plusieurs périodiques illustrés. Le Magasin Pittoresque, dont il fut le créateur et longtemps l’animateur, fut le premier d’entre eux et domina sa catégorie dès son apparition en 1833.
16 En moins de cinq ans, toute l’Europe occidentale, septentrion compris et l’Europe centrale, furent touchées par ce phénomène des connaissances utiles illustrées par voie de presse, à partir d’éditeurs installés sauf exception dans les capitales et qui pouvaient irriguer un bassin linguistique suffisant.
17 Les illustrations de ces Magazzino Pintoresco de Turin ou Przysaciel Ludu de Lezno, à l’ouest de la Pologne, témoignent directement de l’influence du travail réalisé par les dessinateurs et graveurs de la fin du XVIIIe siècle pour les planches de l’Encyclopédie. Pour la plupart de petit format, dans la mesure où l’image pleine page (environ 18 x 24 cm) est alors encore rare, ces gravures sur bois qui relancent une profession alors en recul, ne relèvent pas d’une volonté artistique, quelle que soit leur beauté, accentuée aujourd’hui par le charme de l’ancien. Elles complètent et rationalisent le propos écrit, lui donnent réalité, aident à la classification, c’est-à-dire à une pensée plus rationnelle qu’analogique. A ce titre, l’imaginaire du lecteur nous semble être sollicité davantage par le texte écrit, dans l’espace littéraire, qu’être construit par l’image. Nous ne partageons donc pas l’avis traditionnel selon lequel la vulgarisation qu’impliquerait la présence de ce type de gravure entraînerait un appel au rêve, alors que le texte assoirait la dénotation[21] [21] L’historien Gilles Feyel, par exemple, écrit qu’« il...
suite, en tout cas dans cette première génération de « connaissances utiles ».
Deuxième génération. Première gravure d’actualité : l’incendie de la ville de Hambourg, à la Une du premier numéro de l’Illustrated London News (14 mai 1842) Format réel 27 x 40
18 En appliquant ici le modèle de la séparation du fait et de l’opinion, on peut même assurément, à fréquenter les collections de ces magazines, placer la gravure davantage du côté du fait, dans la lignée des dessins de l’Encyclopédie, et le discours davantage du côté d’un commentaire d’où l’opinion est loin d’être absente. Certes, l’image fait appel pour partie à la pensée analogique, mais elle est ici très illustrative et donc aussi rationalisante, fixatrice de l’imaginaire. Plus tard, dans les années finales du siècle, on pourra considérer que les gravures de une du Supplément Illustré du Petit Journal, par exemple, constitueront de véritables fictions, mais l’on est loin d’en être là dans ces premières années des magazines illustrés. Il serait au reste passionnant pour creuser cette question de confronter les divers textes parus autour des quelques gravures qui, dans les années 1830, parurent simultanément dans plusieurs magazines européens.
19 A cette première génération de presse illustrée, qui ne va pas s’éteindre pour autant, va succéder une deuxième qui se caractérisera notamment par la prise en compte de l’actualité.
L’illustration et l’actualité : une deuxième génération
20 L’étude au demeurant précieuse dans son unicité et dans la rareté des travaux consacrés à la presse illustré réalisée par Marchandiau[22] [22] MARCHANDIAU, 1987. ...
suite sur l’histoire de L’Illustration, hebdomadaire de référence de sa génération, ne met que très faiblement en perspective européenne la naissance et le développement de ce titre né à Paris en 1843. Nous avons pourtant pu constater[23] [23] GEBHARDT, 1986 ; BACOT, 2001c. ...
suite qu’au-delà même de la question de la reproduction/déclinaison du modèle, du pattern de l’Illustrated London News, les échanges étaient fréquents entre hebdomadaires de Londres, Paris ou Leipzig, sans qu’il y ait eu pour autant naissance d’une agence européenne de gravures. Au surplus, l’hebdomadaire anglais était de loin le plus vendu de ses équivalents européens et tenta même d’asseoir son hégémonie par le lancement d’un éphémère Illustrated London News en français dont nul ne parle[24] [24] Je suis reconnaissant à Michèle Martin de m’avoir permis...
suite.
Troisième génération. Publicité extraite de l’Annuaire de la presse de 1892 Format réel du Journal illustré : 28 x 43
21 L’Illustrated London News fut non seulement le premier hebdomadaire illustré d’un nouveau type, doublant le format des magazines des années 1830, coûteux[25] [25] Soit six fois plus que le bas de gamme du Penny Magazine. ...
suite (6 pence), luxueux, à arriver sur le marché anglophone, mais il se montra également le moins timide dans la prise en compte de ce que l’on commençait à appeler l’actualité au sein de l’univers préexistant et dominant dans la presse illustrée de 1832 à 1843, celle de la « connaissance utile ». Bien évidemment, le contexte politique des libertés publiques, alors plus avancé en Angleterre qu’en France ou dans d’autres pays, explique largement cette attitude proto-journalistique que L’Illustration ou l’Illustrirte Zeitung de Leipzig conservèrent longtemps, avant que de devenir eux aussi à la fois des outils de reportage et d’histoire immédiate[26] [26] On trouvera le tableau des divers magazines apparus dans...
suite.
22 En effet, l’étude que nous avons pu mener sur les choix éditoriaux de L’Illustration lors des événements parisiens de février et juin 1848, double tentative de révolution au rayonnement européen, nous a permis de montrer que la préoccupation de celui qui en fut le principal acteur, le rédacteur en chef Paulin, n’était point tant journalistique qu’historienne du présent[27] [27] Voir BACOT, 2001c. ...
suite. Une telle position était originale et marquée par la force du moment, ce qui nous a amené à la qualifier de promotion de la « connaissance historique utile ». Cette posture était du reste l’une des plus tenables vis-à-vis des pouvoirs changeants et parfois peu favorables au titre. Elle se reproduira en 1870-1871 pour la mise en gravure de la guerre franco-prussienne et de la Commune.
23 Pendant près d’un siècle, cet hebdomadaire et certains concurrents moins solides comme Le Monde Illustré, La Presse Illustrée ou L’Univers Illustré en France ainsi que d’autres titres en d’Europe et, désormais, en Amérique du nord et du sud contribuèrent non seulement à construire des imaginaires nationaux, puis nationalistes, mais ils poursuivirent inlassablement leur tâche de connaissance utile, mêlés à une logique de distraction de bon ton héritée des magazines de la génération précédente. Les somptueux Christmas Numbers de l’Illustrated London News, prototypes des nombreux suppléments qui sortiront par exemple en France jusqu’aux années 1940 sous l’égide de L’Illustration et, en moindre nombre, du Monde Illustré, en témoignent à l’envi[28] [28] Voir note 4. ...
suite.
24 Les divers produits de ce que nous avons posé comme formant une deuxième génération dans l’histoire des magazines illustrés sont restés, par leur prix, d’avantage encore que par leur contenu, inaccessibles aux couches peu fortunées de la population. La mise à deux sous d’une déclinaison populaire va changer la donne, en 1864, et apparaître à quelques mois près en même temps que le Petit Journal. Ce sera pour nous la troisième génération.
Des gravures et de l’actualité pour deux sous : une troisième génération
25 Si le rapport de la presse illustrée au pouvoir fut différent de celui qu’entretenaient gouvernement et presse écrite quotidienne, c’est aussi que les autorités se méfiaient de l’image. Mais les mentalités évoluant, le second Empire se libéralisant, l’éducation progressant, la presse illustrée deviendra accessible au peuple dans un moment de moindre pression, de plus grande liberté de la presse et de diversification thématique des magazines, même si les publications généralistes domineront encore le marché pour de longues années.
26 Parmi elles, il n’y a que très peu de trace dans les histoires de la presse du Journal Illustré qui, à peine né en 1864, fut intégré dans le groupe de presse du quotidien populaire qui venait de naître l’année précédente, le Petit Journal et il s’en trouve encore moins pour sortir de l’oubli le Penny Illustrated Paper qui apparut à Londres fin 1861, quelques mois avant lui et en constitua le modèle. Alors que le moins cher des hebdomadaires illustrés concurrents de L’Illustration existant alors, L’Univers Illustré, était vendu 20 centimes, Le Journal Illustré attaqua le marché français à 10 centimes, deux sous, deux fois le prix des moins chers des quotidiens, alors que L’Illustration dont il ne différait pourtant à l’époque, on le sait trop peu, que faiblement, était vendu 75 centimes au numéro[29] [29] Une tentative de lancer un magazine illustré à un penny...
suite.
27 Nous n’avons pas encore eu le loisir d’enquêter sur l’existence ou non dans la zone d’influence européenne des deux générations précédentes d’équivalents à ces deux journaux illustrés de format légèrement supérieur à celui de la deuxième génération (19 x 36 cm, contre 18 x 34), largement pourvus en gravures de qualité et pourtant vendus très bon marché, dont le modèle naquit une fois de plus à Londres et fut immédiatement repris à Paris. Qu’il nous soit permis de pointer ici une sérieuse carence dans la recherche, puisqu’il s’agit à notre sens d’un authentique vecteur de culture populaire, complètement laissé de côté par les historiens qui ont pourtant souvent insisté, et à juste titre, sur la rupture que constituait en 1863 la naissance du quotidien à un sou. Le titre disparut lorsque le supplément hebdomadaire illustré du Petit Journal, créé fin 1890, prit son envol à l’extrême fin du siècle.
28 Il existe en tout état de cause des merveilles iconographiques insoupçonnées dans ce Journal Illustré dont le tirage fut très important (plus de 100 000 exemplaires au lancement), la même diffusion que celle de la première génération, alors que la deuxième, la plus prestigieuse et la mieux conservée, mettra très longtemps à atteindre ce qui constitue alors des sommets, rendus possibles par les progrès de l’imprimerie, des transports et de l’éducation. Il est d’autant plus étonnant de voir ce patrimoine gravé de ces périodiques aujourd’hui largement négligé, alors qu’il s’agit parfois de gravures de doubles, voire de quadruples pages. Par son luxe qui contraste avec le faible prix de la publication (un penny outre Manche, deux sous, dix centimes en France[30] [30] Le prix du Journal Illustré augmentera à 10, puis 15 centimes,...
suite ), ce périodique met en valeur la poussée d’une volonté de distraction restée auparavant discrète qui s’ajoute au maintien d’une démarche d’éducation et d’information et qui place indéniablement cet hebdomadaire illustré dans une catégorie populaire. Le peuple n’aura donc accédé à la gravure que trente ans après que la petite bourgeoisie aura pu profiter des connaissances utilement dispensées par la première génération des Magazines/Magasins.
29 Ces trois générations de presse illustrée coexisteront longtemps, puisque le Magasin Pittoresque s’éteindra avec le siècle et que L’Illustration durera jusqu’en 1944. L’Angleterre restera en pointe. On relève des exemples de cette constante au gré des recherches en constatant par exemple qu’une revue mensuelle très illustrée qui parut entre décembre 1916 et décembre 1918 sous le titre La guerre illustrée, vendue 20 centimes pour 36 pages, comprenait des gravures en provenance… de l’Illustrated London News. Jusqu’en novembre 1917, les légendes furent rédigées en portugais, en italien, en espagnol et en français, puis uniquement en français. On y glorifiait les exploits de la Navy. L’heure n’était plus à la collaboration, malgré l’alliance qui avait suivi la nouvelle mouture de l’Entente Cordiale, l’espace européen des gravures était bien mort.
Premiers éléments de conclusion
30 Les spécialistes des Victorian Studies anglaises (1837-1901) et ceux des études américaines pour la période qui suit 1853 et la naissance à New York du Frank Leslie’s Illustrated News et du Harper’s Weekly sont moins avares de recherches sur la pictorial ou illustrated press que les dix-neuviémistes d’autres pays européens[31] [31] L’Université de Rochester propose en ligne le contenu...
suite. Cela peut probablement s’expliquer pour la cause essentielle de la naissance à Londres, et donc sous le signe de l’anglophonie, trente années durant, de ces trois modèles successifs de presse illustrée, modèles que les autres pays, dont la France, ne firent qu’adapter, très légèrement.
31 L’exception du Tour du Monde, lancé par Charton en 1860 montre pourtant qu’une idée originale, assise sur le passé saint-simonien du créateur, de faire découvrir le monde à de nombreux lecteurs dans une logique bienveillante d’exploration a pu partir de Paris. Mais celui qui avait lancé le Magasin Pittoresque et cofondé L’Illustration s’entoura des meilleurs dessinateurs dont Gustave Doré et envoya en expédition ou recueillit les notes de personnages aussi prestigieux que Victor Duruy ou Elisée Reclus. Ce n’est pas forcer le trait, mais être fidèle à ce que fut l’action de ce grand médiateur que de souligner à quel point il fut le plus anglais des publicistes français du deuxième tiers du XIXe siècle. Le plus universaliste aussi.
32 La presse illustrée sera donc née en terre anglicane, au moment même où le catholicisme latin prônait la propagande par l’image. La seule tentative menée à notre connaissance contre la laïcisation de la connaissance utile illustrée diffusée par voie de presse aura été elle-même anglaise avec l’éphémère Saturday Magazine[32] [32] Organe de la Society for Promoting Christian Knowledge. ...
suite londonien qui suivit de peu le Penny Magazine. Les philanthropes issus du chartisme, de plus en plus journalistes au fil des années, mais sans jamais cesser d’être à la fois enseignants et commerçants, auront réussi ce qu’aucun courant de pensée français, allemand, italien, espagnol n’aura pu mettre en œuvre, sinon, parfois, en les imitant et, hommage devant être rendu en cette affaire au poids de la technique ferroviaire, en prenant en route les wagons du train utilitariste anglais.
33 En France, c’est la primauté du nationalisme véhiculé par une grande partie de la presse, presse illustrée comprise, ainsi que la prégnance des guerres civiles et extérieures qui a longtemps poussé l’histoire de France, tous courants confondus, jusqu’aux profondeurs des « lieux de mémoire », à négliger les dimensions européennes horizontales qui ont pu naître au XIXe siècle, dans la continuité de l’encyclopédisme du XVIIIe siècle. Peut-être les tentatives d’histoire européenne qui ne manqueront pas de se manifester dans les prochaines années reprendront-elles l’idée de rechercher des lieux de mémoire européens ou a minima multinationaux. On peut en tout cas le souhaiter.
34 Il y eut en effet à travers les magazines illustrés nombre d’éléments de constitution d’un imaginaire culturel européen, voire universel, certes pour partie inconscient, encore que les promoteurs des deux premiers types de presse illustrée aient pris grand soin de prévenir leurs lecteurs que l’équivalent de ce qu’il lisaient existait dans d’autres pays. Politique, mais surtout économique et culturel, ce style anglais dont la prégnance fit qu’il fut largement repris, devint un outil de gestion d’un imaginaire collectif ouest-européen, au moyen d’une connaissance utile et commune. Il aura imprimé sur cette partie de l’Europe, tranquillement, sa marque, sa pédagogie et ce, pour ce qui en fut vu et lu de France, dans un discours qui se situait aussi loin de l’anglomanie que de la détestation fréquente en ce XIXe siècle de la « perfide Albion ».
35 Le retard français à traiter de cette partie de l’histoire de la presse tient peut-être également à un autre aspect du gallo-centrisme, le fait que la modernité, marquée par des ruptures, soit vue essentiellement au prisme de la Révolution française et de la spécificité qu’elle a engendrée, laquelle, révérence gardée envers ses qualités et ses commentateurs, n’accoucha point que nous le sachions du moindre modèle de presse, a fortiori illustrée. Quelque française que fût l’Encyclopédie, quelque français que fût Girardin qui lança ses premiers magazines avant les Anglais, l’extension de cette Encyclopédie nous revint par voie de presse, par l’Angleterre. La « connaissance utile » était alors essentiellement culturelle, dans un cocktail qui s’avéra très efficace de volonté philanthropique, de prudence politique et d’intérêt commercial ; elle n’était pas liée à l’écume des jours. Cela se vérifie si l’on constate qu’au moment où la révolution de juillet, la conquête de l’Algérie, le choléra marquaient, entre autres événements, une bonne partie de l’agenda[33] [33] Voir BACOT, 2001a. ...
suite des journaux français, la presse illustrée faisait son apparition comme outil de formation permanente.
Bibliographie
RÉFÉRENCES
AURENCHE M.-L. (2001), « L’invention du nouvellisme illustré : du Magasin Pittoresque à L’Illustration »,
BACOT J.P. (2001a), « Les années 1830, le dernier âge avant les gravures », Actes du Colloque histoire, Paris III, Paris VII, 10 mars 2001.
BACOT J.P. (2001b), « Le rôle des magazines illustrés dans la construction du nationalisme au XIXe siècle et au début du XXe siècle », Réseaux, n° 107.
BACOT J.P. (2001c), « L’illustration, 1848 et le printemps des peuples en gravures »,
CHALABY J. (1996), « A Comparison of the Development of French and Anglo-American Journalism, 1830s-1930s », The European Institute, London Scholl of Economics and Political Science.
CUCHEVAL-CLARIGNY (1857), Une histoire de la presse en Angleterre et aux Etats-Unis, Amyot, Paris.
DARNTON R. (1982), L’aventure de l’Encyclopédie.1775-1800, Préface d’E. Le Roy Ladurie, Le Seuil, Points Histoire, Paris.
FEYEL (2001), « Naissance, constitution progressive et épanouissement d’un genre de presse aux limites floues : le magazine », Réseaux, n° 105.
GEBHART H. (1986), « Die Pfennig Magazine und ihre Bilder. Zur Geschichte und Funktion eines illustrierten Massenmediums in der ersten Hälfte der 19. Jahrhundert », in Rolf Wilhelm Brednich et Andreas Hartmann (sous la direction de) Populäre Bildmedien, Vorträge des 2. Symposiums für Ethnologische Bildforschung, Reinhasen bei Gottingen, Beitrage zur Volkskunde und Niedersachsen.
HARRISON S. (1974), Poor Men’s Guardians. A Survey of the Struggles for a Democratic Newspaper Press, 1763-1973, Lawrence and Wishart, London.
MARCHANDIAU J.-N. (1987), L’illustration, 1843-1944, vie et mort d’un journal, Bibliothèque historique Privat, Toulouse.
ROSANVALLON P. (1983), Le Moment Guizot, Gallimard, Paris.
TUDESQ, A.-J. (1965), L’élection présidentielle de Louis-Napoléon Bonaparte, 10 décembre 1848, Armand Colin, Collection Kiosques, les faits, la presse, l’opinion, Paris.
Notes
[ 1] Sur les causes culturelles, politiques, économiques et linguistiques du décalage entre les deux conceptions et de l’hégémonie progressive du modèle anglo-américain, voir CHALABY, 1996.
[ 2] Voir CUCHEVAL-CARIGNY, 1857. Cet ancien rédacteur en chef du Constitutionnel, même s’il ne s’est guère intéressé aux magazines, est sans doute le premier qui ait établi en langue française un paysage des presses française, anglaise et américaine.
[ 3] Je remercie Erik Neveu pour sa relecture de ce texte et ses pertinentes suggestions. Je lui dois le sous-titre de cet article, librement inspiré de l’anglais pattern.
[ 4] On peut mentionner principalement les numéros de guerre (1848,1870), ceux qui furent dédiés aux expositions internationales de Paris ou de Londres et la longue série que proposa L’Illustration, particulièrement fournie dans les années 1920-1930, l’ensemble constituant un précieux patrimoine de « connaissances utiles » illustrées.
[ 5] L’Illustration reprendra même la première place avec la guerre de 1914-1919, l’étude de la presse européenne de cette époque, y compris L’Illustration, permettant en effet de se souvenir que la Grande Guerre n’a pas fini avec l’armistice du 11 novembre 1918, mais à l’extinction du front oriental.
[ 6] Les deux autres quotidiens populaires français, Le Matin et Le Journal eurent aussi des suppléments illustrés, mais qui furent à la fois moins spectaculaires et moins pérennes. Il y eut aussi de nombreuses expériences analogues dans des grandes villes, notamment à Lyon, avec le Progrès Illustré (1890-1905) qui fut le plus solide. On peut également citer au titre de la presse illustrée et sans prétendre à l’exhaustivité, les magazines de caricature (voir note n° 12) et, avec une diffusion beaucoup plus forte, les magazines de lecture qui proposaient des romans en feuilleton plus ou moins richement ornés de gravures, dont l’Ouvrier fut le prototype.
[ 7] Diffusion mondiale, mais non universelle, dans la mesure où seuls furent concernés les pays occidentaux développés et dotés d’un bassin suffisant de population pour constituer un lectorat.
[ 8] Voir AURENCHE, 2001.
[ 9] Voir BACOT, 2001b.
[ 10] A propos du Pfennig Magazine de Leipzig, Hartwig Gebhart parle même de « média de masse ». Voir GEBHARDT, 1986.
[ 11] Voir HARRISON, 1974, notamment chapitre V.
[ 12] Id., p. 102.
[ 13] Ces périodiques sont d’origine française, ce qui explique sans doute qu’ils aient bénéficié d’études en France. Citons, après l’invention de la lithographie par l’Allemand Senefelder en 1796, les pionniers que furent La Silhouette, Paris 1829, La Caricature, Paris 1830, Le Charivari, Paris 1832, Punch, Londres, 1841, Fliegende Blätter, Münich, 1844.
[ 14] La Society for the Diffusion of Useful Knowledge cessa en effet son activité en 1846, tandis que le Magasin Pittoresque vécut jusqu’à la fin du XIXe siècle.
[ 15] Op. cit.
[ 16] André-Jean Tudesq cite Le Mémorial de Napoléon, édité par Bourdin entre 1840 et 1850 comme « l’un des plus gros succès de librairie du XIXe siècle », pour un total de 40 000 exemplaires. Voir TUDESQ, 1965.
[ 17] Nous avons dénombré plus de 35 occurrences. Nous nous limitons ici aux cinq premières années et à une citation par pays. On notera que le premier équivalent américain n’apparaîtra qu’en 1845 à Howland, Pennsylvannie, The american Penny Magazine.
[ 18] Voir DARNTON, 1986.
[ 19] La Society légua ses archives à l’ancêtre de l’UCL de Londres. Le catalogue en a été publié par PERCIVAL, 1978.
[ 20] Voir ROSANVALLON, 1985.
[ 21] L’historien Gilles Feyel, par exemple, écrit qu’« il faut attendre les années 1830 pour voir les magazines et les magasins se tourner vers un public beaucoup plus large et adopter l’illustration pour parler à l’imagination du lecteur autant qu’à sa raison. Voir FEYEL, 2001, p. 33.
[ 22] MARCHANDIAU, 1987.
[ 23] GEBHARDT, 1986 ; BACOT, 2001c.
[ 24] Je suis reconnaissant à Michèle Martin de m’avoir permis de découvrir à la Bibliothèque de Québec cet hebdomadaire qui n’était pas pour autant destiné au lectorat canadien-français.
[ 25] Soit six fois plus que le bas de gamme du Penny Magazine. En France, l’écart est double (de 5 centimes à 75 centimes, prix de vente de L’Illustration).
[ 26] On trouvera le tableau des divers magazines apparus dans le monde après 1842 sur ce modèle dans BACOT, 2001b.
[ 27] Voir BACOT, 2001c.
[ 28] Voir note 4.
[ 29] Une tentative de lancer un magazine illustré à un penny avait déjà été lancée, mais le Penny Illustrated News, édité à Londres, ne vécut que dix-huit mois, entre le 27 octobre 1849 et le 5 avril 1851.
[ 30] Le prix du Journal Illustré augmentera à 10, puis 15 centimes, demeurant cependant largement au plus bas de l’échelle de prix des magazine illustrés.
[ 31] L’Université de Rochester propose en ligne le contenu d’une douzaine de numéros du Penny Magazine, dont le premier, daté du 31 mars 1832. [ [http :www.history-rochester.edu/pennymag].On se reportera à notre article in Réseaux, n° 107 pour une bibliographie de ces recherches britanniques et américaines.
[ 32] Organe de la Society for Promoting Christian Knowledge. Voir illustration 2.
[ 33] Voir BACOT, 2001a.
Résumé
Les trois premières générations de magazines illustrés français furent successivement marquées par la naissance du Magasin Pittoresque (1833) de L’Illustration (1843) et du Journal Illustré (1864). Ces titres constituèrent, avec leurs concurrents, une déclinaison de modèles anglais. Cet article s’efforce de retracer les conditions d’apparition de ces patterns et celles de leur diffusion européenne. Il tente également de montrer ce que fut la lente extension du lectorat de la presse illustrée. Ce n’est en effet qu’avec la naissance de l’hebdomadaire Le Journal Illustré, lié au quotidien Le Petit Journal, que la gravure d’actualité fut offerte à un public populaire, en un moment oublié de l’histoire de la presse qui marqua parallèlement la fin d’un espace imaginaire européen construit par les générations précédente pour un lectorat bourgeois.
THREE GENERATIONS OF ILLUSTRATED PRESS IN THE 19TH CENTURY Research in pattern-ity The first three generations of French illustrated magazines were successively marked by the birth of Magasin Pittoresque (1833), Illustration (1843) and Journal Illustré (1864) – three titles which, along with their rivals, were a variation on the British model. This article investigates the conditions of the appearance of these "patterns" and of their diffusion in Europe. It also aims to show the gradual expansion of readership of the illustrated press. It was only with the birth of the weekly Le Journal Illustré, linked to the daily Le Petit Journal, that news plates were offered to a working-class public. This was a forgotten time in the history of the press which also marked the end of a set of shared European representations built up by previous generations for a bourgeois readership.
PLAN DE L'ARTICLE
- Les origines anglaises
- L’illustration et l’actualité : une deuxième génération
- Des gravures et de l’actualité pour deux sous : une troisième génération
- Premiers éléments de conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Jean-Pierre Bacot « Trois generations de presse illustree au xixe siecle », Réseaux 1/2002 (no 111), p. 216-234.
URL : www.cairn.info/revue-reseaux-2002-1-page-216.htm.
DOI : 10.3917/res.111.0216.














