2002
Réseaux
Presentation
Dix ans après...
Erik Neveu
Rémy RIEFFEL
Denis RUELLAN
Sans qu’aucune intention commémorative n’ait présidé à sa naissance, ce
numéro de Réseaux intervient dix ans exactement après une première
livraison (n° 51) consacrée à la « Sociologie des journalistes ». Dans ce
désormais « vieux » numéro de 1992, Rémy Rieffel s’interrogeait sur la
« nouvelle configuration » des rapports entre journalistes et intellectuels,
Denis Ruellan et Belkacem Mostefaoui exploraient chacun les modalités du
professionnalisme des journalistes, Yves Lavoinne mettait en perspective les
rapports journalistes-historiens, Philip Schlesinger la relation sources-journalistes. On le voit, les questions posées étaient larges et
fondamentales : sur la nature singulière de l’activité journalistique, de son
professionnalisme, de ses relations au champ intellectuel et à ses
protagonistes, son rapport au monde des sources d’information.
Soixante numéros de
Réseaux plus tard, le choix d’un titre sur « Journalistes
spécialisés » signifie plus que le souci de varier les éclairages. Il reflète la
dynamique de la recherche sur le journalisme en France
[1]. Au risque de
sacrifier au mythe des commencements absolus, on peut sans doute
identifier la contribution de 1976 de Jean Padioleau sur « Systèmes
d’interaction et rhétoriques journalistiques
[2] » comme le premier texte
rigoureux de sociologie du journalisme produit en France. Son livre sur «
Le
Monde et le
Washington Post », ceux de Rémy Rieffel, Denis Ruellan,
Michel Mathien, Jean-Marie Charon, les contributions de Louis Pinto et
Patrick Champagne, celles des historiens des médias, allaient contribuer
dans les années 1980 à l’équivalent scientifique d’une accumulation
primitive de savoirs et de questionnements sur l’objet journalisme. C’est
dire qu’un numéro de revue publié au seuil des années 1990 se trouvait en
face de la tâche de poser les questions fondatrices d’une sociologie du
journalisme qui n’avait alors à son actif que peu de travaux et d’études
empiriques, au regard de l’immense et souvent fécond déploiement des
travaux anglophones symbolisés par les contributions de Blumler, Gans,
Gitlin, Hallin, Lester et Molotch, Schlesinger, Schudson, Tuchman,
Tunstall, pour ne citer que quelques-uns des auteurs les plus stimulants.
Le nombre et la variété des travaux récents sur les journalismes spécialisés –
dont Dominique Marchetti propose ici un recensement – suggèrent assez le
dynamisme acquis par la recherche française sur le sujet. Ce décollage récent
d’une sociologie française du journalisme se confirme encore à de multiples
indices. Mentionnons le rôle de quelques équipes (CRAP-Rennes, CSE-EHESS, IFP-Paris II) dans la production d’un flux désormais régulier de
thèses de qualité, la multiplication des livres et numéros de revues, la création
de cours et séminaires autour de la sociologie du journalisme, les débats
sociaux que peuvent susciter certaines contributions de chercheurs comme
Patrick Champagne naguère, Cyril Lemieux voici peu. Impressionnante si on
considère qu’elle se joue sur un peu plus d’une décennie, cette montée en
puissance d’une sociologie du journalisme
[3] explique fort logiquement que la
majorité des membres des bataillons grossissants de chercheurs sur le
journalisme ait adopté pour stratégie privilegiée de se fixer sur une
spécialisation. Qu’il s’agisse du journalisme médical pour D. Marchetti ou du
journalisme social pour Sandrine Levêque
[4], la démarche consiste à explorer
un microcosme pour en faire le point d’appui de questionnements plus
globaux sur la profession, l’espace public, le fonctionnement des médias, la
définition de la « bonne info » (
newsworthyness).
La dynamique de la recherche expliquerait donc la floraison particulière des
travaux sur les journalismes spécialisés. Cette floraison peut aussi engendrer
un désagréable doute. Et si la notion de journalisme spécialisé était un bête
pléonasme ? Et s’il n’était de journaliste que spécialisé ?
Cette spécialisation peut être fonctionnelle, par exemple chez les secrétaires
de rédaction ou les sub-editors britanniques dont le gros du travail est de
reprendre, réécrire, normaliser les textes de leurs collègues. Elle peut aussi, et
plus visiblement, être thématique (religion, sports, bourse, etc.). Mais elle ne
peut pas ne pas être. Sur le mode d’une démonstration par l’absurde, on peut
le suggérer par deux figures. Si l’éditorialiste peut a priori parler de tout, et de
quelques autres choses encore, de la Palestine aux stock-options, via le dopage
dans le cyclisme, on ne saurait contester que cette capacité à surfer sur toutes
les vagues de l’actualité requiert une compétence rhétorique spécialisée, la
mobilisation de savoirs, parfois l’art de la fausse profondeur. A l’autre
extrémité des hiérarchies journalistiques, le localier d’une petite rédaction de
sous-préfecture, le journaliste d’un hebdomadaire local peuvent écrire dans la
même journée sur du sport, de la politique, de la vie économique, prendre les
photos illustrant leurs reportages et même travailler à la mise en page finale du
titre. Est-ce cultiver le paradoxe que de soutenir que cette apparente non-spécialisation requiert une palette singulière de savoir-faire, correspond à un
profil original de spécialisation liée au média ?
Une raison supplémentaire de penser la spécialisation comme participant à
la définition même du journaliste tient aussi, et avec une force particulière
dans le cas français, à la montée en puissance de la presse spécialisée
[5]. La
force des prénotions et des hiérarchies symboliques fait que le terme de
journaliste évoque d’abord – et le réflexe conditionné n’épargne pas les
sociologues – le présentateur du JT de vingt heures, l’éditorialiste ou la
grande plume dans un quotidien parisien, le chroniqueur sur une radio…
bref les postes les plus en vue. Or, la réalité de la démographie du groupe et
de ses évolutions est autre. Le premier employeur des journalistes français –
avec près de 33 % des titulaires de la carte
[6] et 42 % des entrants dans le
métier
[7] – est aujourd’hui le pôle de la presse spécialisée, avec ses titres
« grand public » (la palette étendue de magazines en kiosque sur la santé,
l’informatique, la mode, l’aménagement de la maison, la gestion de
patrimoine, le sport, etc.) et « technico-professionnels » (une variété plus
grande encore de titres très spécifiques, distribués par abonnement et
destinés à des public restreints).
Si la qualité de spécialiste peut être associée d’une manière ou d’une autre à
tout titulaire de la carte de journaliste, faut-il alors abandonner la notion
comme ni sélective, ni éclairante ? Faut-il la suspecter de faire partie – avec
« professionnel » – de cette panoplie d’adjectifs par laquelle les journalistes
œuvrent à leur propre grandissement symbolique ? Si l’enjeu d’une attention
aux « spécialistes » et spécialisations était de saisir une composante
singulière et cohérente de la profession, d’y trouver immédiatement un
principe d’opposition qui polarise le monde social du journalisme en isolant
soit l’équivalent d’un tiers état, soit, à l’instar du monde médical, une
noblesse, l’entreprise serait décevante. Bien plus qu’à dichotomiser
spécialistes et généralistes, elle révèle ce qu’on pourrait appeler en
pastichant Nathalie Heinich, des « manières d’être spécialistes »…
L’outil d’une pensée relationnelle
La notion de « journaliste spécialisé » retrouve toute sa fécondité au prix
d’une réflexion sur ses usages. S’il faut renoncer à y trouver la summa
divisio du métier, opposant la troupe des spécialistes à celle des généralistes,
elle peut constituer un instrument très précieux de cartographie des titres et
entreprises de presse, subsidiairement de la profession, aider à la penser
comme un système de relations. De multiples indices (prestige, salaires,
surface rédactionnelle, accès à la « une » ou aux fonctions dirigeantes,
écriture de livres) viennent suggérer que toutes les spécialités ne sont pas
égales mais composent une structure de concurrence et de hiérarchie. Une
place au service politique donne plus de chances d’accéder à une forte
légitimité, tant au regard des pairs que des publics « intellectuels »,
davantage assurément que d’être titulaire de la chronique jardinage, internet
ou automobile. Esquisser, comme y invite le texte de cadrage de Dominique
Marchetti, la cartographie de ces rapports de force entre spécialités est aussi
indispensable que difficile.
Comme le signalait voici trente ans Jeremy Tunstall, les principes de
légitimation des services et spécialités au sein d’un titre sont pluriels. La
ressource des uns est d’apporter beaucoup de lecteurs (sports, vie pratique,
faits divers), celle d’autres est d’attirer des annonceurs (comme les
suppléments de voyages, les rubriques livres), d’autres encore contribuent au
prestige du titre. Ces principes de légitimation fonctionnent, bien entendu, par
combinatoire et non par exclusion. Des rubriques austères et légitimes peuvent
attirer un lectorat numériquement marginal, mais assez typé socialement pour
convaincre les joailliers de la place Vendôme ou les industriels du luxe à
acheter des placards publicitaires. La nature des hiérarchies entre services
repose aussi sur des mécanismes d’homologie avec les univers sociaux
couverts. Les grandes spécialités sont en effet souvent celles qui parlent des
grands, les roturières celles qui traitent des gens ordinaires. Construire
l’espace des spécialisations, c’est encore s’interroger sur les fondements
(objectifs ou symboliques) de la compétence des journalistes concernés :
diplômes, passage antérieur dans le monde social couvert, place respective des
savoir-faire liés à des connaissances techniques ou théoriques, aux savoirs de
l’enquête, à l’art de l’écriture, au positionnement normatif.
Penser de façon relationnelle les spécialités journalistiques et, par là, la carte
du journalisme, c’est encore s’interroger sur la manière dont émergent et
s’institutionnalisent des spécialisations. Comment et pourquoi une rubrique
internet trouve-t-elle sa place dans les quotidiens ? Qui en sont les
producteurs ? Comment s’est consolidée depuis vingt ans une rubrique
« médias », ou depuis peu un mensuel spécialisé du même titre ? Quelles
trajectoires mènent à être journaliste traitant du journalisme et des groupes
de presse ? L’article fondateur de Padioleau sur les spécialistes d’éducation
et d’enseignement s’affrontait à une partie de ces questions. C’est à
certaines d’entre elles que se confronte dans ce numéro Olivier Baisnée en
évoquant les journalistes chargés de l’Union européenne. Et les chantiers à
développer sont ici nombreux tant sont abondantes les spécialités récentes
ou anciennes qui demeurent des jachères scientifiques (journalismes de
tourisme, de vie pratique, d’environnement, de radio, d’informatique).
On ajoutera enfin que penser cartographiquement les spécialisations, et à
travers elles le journalisme comme activité sociale, suppose aussi de réfléchir
aux changements et mouvements des hiérarchies et des articulations entre
services. Au rang des « perdants » depuis un quart de siècle, les journalistes
parlementaires ; du côté des gagnants, les journalistes économiques, sportifs,
les spécialistes de l’investigation, mais aussi des soft news. Etudier dans leur
diversité les sous-champs du journalisme spécialisé et les fluctuations de leur
importance revient donc à les utiliser comme autant de prismes pour
comprendre l’inégale force avec laquelle de grandes tendances de fond (course
aux audiences et formatage corrélatif des textes et sujets, recherche de la
rentabilité économique, injection d’une composante émotionnelle dans
l’information) pénètrent ou non la pratique journalistique.
La fécondité des études des journalismes spécialisés vient enfin de ce
qu’elles aident à percevoir, dans leurs contrastes et la variété de leurs
modalités, les tensions de l’activité journalistique aujourd’hui. Quatre
d’entre elles peuvent être mentionnées comme significatives.
La première s’exprime dans le binôme spécialisation/polyvalence. D’un
côté, le spectre même de l’offre de presse(s), la structuration des rédactions
en services et rubriques valorisent la spécialisation ; de l’autre l’exigence de
polyvalence et de mobilité devient de plus en plus explicitement un critère
d’embauche et de jugement des journalistes par les hiérarchies. Cette
tension n’est, à beaucoup d’égards, qu’apparente. En dehors des titres de
presse régionale aux rédactions les moins étoffées, la polyvalence
thématique est rare. L’attente des employeurs porte davantage sur une
polyvalence fonctionnelle : rédiger, prendre des clichés, savoir utiliser
l’infographie, pouvoir intervenir au niveau du secrétariat de rédaction, voire
dans la mise en page. Comme l’ont montré tant des études françaises
qu’américaines
[8], la montée des supports multimédias liés à l’internet
constitue un renforcement puissant de ces tendances.
L’offre de formation illustre aussi cette tension. Hormis quelques DESS
dédiés à une spécialisation étroite, le principe de base de l’offre de
formation par les écoles consiste à jouer la carte généraliste et polyvalente.
Il s’agit de produire avant tout des professionnels vite opérationnels dans les
entreprises, bien davantage que des spécialistes pointus du journalisme
international, économique ou scientifique. Comme le montrent aussi bien
des rapports officiels (Rapport Sales) que des travaux académiques, le
paradoxe de cette option est de valoriser dans la formation des écoles (via le
choix des terrains de stage par exemple), l’orientation vers des médias
généralistes… alors même que le mouvement dominant des métiers du
journalisme réside dans les créations d’emplois en presse spécialisée.
Une troisième tension pourrait être associée au binôme spécialisation-tremplin/spécialisation-prison. De manière générale, un minimum de
spécialisation thématique est la condition de base d’une carrière. Il permet
d’échapper au statut de bouche-trou polyvalent de la rédaction. Lui seul
permet d’accumuler les ressources d’un carnet d’adresses, d’une technicité,
d’une maîtrise des dossiers qui peuvent à leur tour rendre possible le scoop,
voire le gros lot qu’est la découverte d’une affaire. Simultanément, les
dividendes de la spécialisation sont contradictoires. Certaines, parce que
tenues pour plus nobles ou moins techniciennes, peuvent fonctionner comme
des attestations de professionnalité, ouvrir la voie à des déplacements vers
d’autres rubriques ou spécialisations fonctionnelles, dans une logique qui est
celle de la progression hiérarchique. Essentiellement assurée au cœur de l’été
par des stagiaires ou débutants, la couverture du mouvement des « Sans
papiers », leur occupation de l’église Saint-Bernard en 1996 aura permis à
nombre de ces jeunes journalistes de transformer une démonstration de leur
compétence à traiter d’immigration en ticket pour l’accès à d’autres rubriques.
A l’inverse, d’autres spécialisations fonctionnent comme des assignations à
résidence, tant il est plus aléatoire de transformer un press-book fait de papiers
sur des sites web ou des chroniques gastronomiques en sésame pour le service
politique ou la rubrique société…
Les tensions constitutives de la spécialisation renvoient enfin à celle qui
oppose l’autonomie individuelle et la logique d’institution, la distanciation
critique et les fils de la dépendance. Tel est sans doute l’un des
dénominateurs communs les plus forts des contributions réunies ici, qu’il
s’agisse du rapport aux sources pour les journalistes religieux ou européens,
de l’identification d’espaces de créativité et d’autonomie face à la pesanteur
normalisatrice des syntaxes propres au journalisme agencier, ou de l’action
homogénéisante d’un secrétariat de rédaction.
Rendre intelligibles ces tensions, esquisser à partir des spécialités une
cartographie des mondes journalistiques, suggérer des acquis et des
jachères, tels sont les objectifs de ce numéro. Il s’ouvre sur la contribution
de Dominique Marchetti qui propose simultanément un bilan des travaux et
un mode d’emploi du « bon usage » possible de cette entrée par la
spécialisation. Son texte éclaire le principe d’opposition entre pôles
généraliste et spécialisé, les singularités des sous-univers spécialisés,
l’importance d’une prise en compte de la diversité des relations entre ces
sous-univers et les mondes sociaux dont ils assurent la « couverture ». Dans
un article consacré à la spécialisation journalistique sans doute la moins
explorée, celle des « agenciers », Eric Lagneau rend compte du jeu de
tensions dans lesquelles sont pris les journalistes de l’AFP. Peu de
journalismes sont plus prisonniers d’un réseau de contraintes que celui des
agences de presse : il faut à la fois fournir une information en primeur, la
vérifier avec une absolue rigueur, la condenser dans une syntaxe très rigide.
Les agences sont aussi très exposées à la pression vers une information
fortement institutionnelle. Et pourtant journalistes et services parviennent au
sein de ce réseau de contraintes à préserver quelque chose d’une logique de
l’écart, de tonalités propres dans la production de l’information.
Centrée sur la petite armée des correspondants qui couvrent à Bruxelles
l’actualité de l’Union européenne, l’étude d’Olivier Baisnée vient rendre
intelligibles toutes les difficultés d’institutionnalisation d’une spécialité
journalistique dont le bien-fondé semble pourtant aller de soi au vu de
l’importance des enjeux européens. Comment faire exister une spécialisation
dont l’autonomie en termes de rubricage menace de dépouiller nombre
d’autres services du compte rendu et du commentaire d’informations
stratégiques ? Comment incarner ou redéfinir un poste paradoxalement à la
fois prestigieux… et réputé renvoyer à une information technique et
soporifique, à une forme de connivence militante avec les acteurs de la
construction européenne ? Si elle concerne une spécialisation en apparence
incomparable, parce qu’ayant trait au religieux et concernant un groupe
beaucoup plus restreint, plus ancien, l’étude de Philippe Riutort pose des
questions très voisines. Comment gérer la nécessaire proximité et la distance
critique ? Comment parler de choses sacrées ? Mais aussi comment formater
et recadrer une information religieuse dont le principe même suscite un appétit
assez modéré de la part des lecteurs-auditeurs-téléspectateurs des médias
généralistes ? Ce dossier thématique se clôt par la contribution de Frédéric
Blin sur le secrétariat de rédaction de Libération. Il s’agit d’une des premières
études proposées en France sur une spécialisation fonctionnelle essentielle à la
vie d’un journal. Elle fait pénétrer dans un dispositif-clé de la machinerie
rédactionnelle. A travers une thématique de la « créativité négociée », elle
permet aussi de saisir la dynamique des tensions et interactions entre
journalistes « assis » qui régulent le flot éditorial et journalistes « debouts »
qui rédigent les papiers, de percevoir au plus concret la tension entre la
polyphonie des contributions et le travail de mise en forme nécessaire à la
cohérence éditoriale d’un titre.
Dans ce numéro où le journalisme de presse se taille la part du lion (soulignant
du même coup le déficit d’études sur les journalismes à la télévision et plus
encore à la radio), on trouvera dans les « varia » deux autres contributions liées à
l’imprimé. Gilles Kraemer propose un panorama des journaux francophones
dans le monde arabe. Contre les idées reçues, il montre en particulier que cette
presse n’est pas une butte-témoin ou une relique des temps coloniaux, mais
qu’elle connaît une réelle vitalité et un fort renouvellement. Poursuivant sa
contribution à une histoire de la presse illustrée, Jean-Pierre Bacot développe
une analyse des trois premières générations de cette presse illustrée qui ont vu le
jour au XIXe siècle. Il souligne en particulier à quel point les patrons de presse
britanniques ont joué un rôle-clé dans l’invention et la redéfinition de
« patterns », de modèles éditoriaux dont allaient s’inspirer les magazines
continentaux et en particulier français.
En traitant des « formes de coopération dans le théâtre public », Serge
Proust insiste dans l’article qui clôt ce numéro sur la grande dispersion d’un
milieu où la constitution de réseaux et, pour une minorité très intégrée, de
noyaux stables assurent une activité permanente et multiforme.
[1]
Les textes publiés ici sont issus de deux journées d’étude et de discussion organisées à Paris
(juin 2001) et Rennes (septembre 2001) à l’initiative du Centre de recherches administratives et
politiques de l’Université de Rennes I et de l’Institut français de presse de l’Université Paris II.
Ces deux équipes, qui jouent un rôle central dans le développement de recherches sociologiques
sur le journalisme, entendaient ainsi contribuer à instituer un lieu d’échange pour la communauté
en plein essor des chercheurs de sciences sociales centrés sur l’étude du journalisme.
[2]
Sociologie du travail, 1976 (3), p. 256-282.
[3]
Même si deux des maîtres d’œuvre de ce numéro appartiennent aux sciences de
l’information et de la communication, les contributions les plus nombreuses des sciences
sociales au chantier du journalisme proviennent de politistes et de sociologues.
[4]
Le détail de ces références bibliographiques est disponible dans le texte de Dominique
Marchetti.
[5]
Jean-Marie Charon,
La presse magazine, La Découverte, Paris, 1999.
[6]
Valérie Devillard, Marie-Françoise Lafosse, Christine Leteinturier, Rémy Rieffel,
Les
journalistes à l’aube de l’an 2000. Profils et parcours, Editions Panthéon Assas, Paris, 2001.
[7]
Dominique Marchetti, Denis Ruellan,
Devenir journalistes. Sociologie de l’entrée sur le
marché du travail, La Documentation française, Paris, 2001.
[8]
Béatrice Damian, Roselyne Ringoot, Denis Ruellan, Daniel Thierry (sous la direction de),
iinform@ tion. local,Mutations du paysage médiatique régional à l’ère d’internet,
L’Harmattan, Paris, 2002. Eric Klinenberg, « Information et production numérique »,
Actes
de la Recherche en Sciences Sociales, n° 134,2000, p. 66-75.