Le bunker communicationnel
Vers un apartheid des cercles de sociabilité ?
Chantal de GOURNAY
L’individualisation des terminaux – pour la téléphonie mobile et, dans une
moindre mesure, fixe – autorise une configuration exclusive et personnelle
des liens avec la société environnante. Chacun peut entretenir un réseau de
relations indépendant, qu’on ne partage plus avec sa famille ni avec le milieu
qui fréquente le même espace que soi. L’article traite de la difficulté de
nouer des contacts nouveaux, dans un contexte où la cohabitation, dans
l’espace domestique comme dans les lieux publics ou professionnels, n’est
plus capable de fédérer les personnes autour d’activités communes et de
cercles de relations mixtes, en termes d’âge, de sexe ou d’appartenance
culturelle.
The individualization of terminals – for mobile telephony and, to a lesser
degree, fixed telephony – allows users an exclusive and personal
configuration of relations with society. Each user can maintain a network of
independent relations that is no longer shared with either family or friends
and acquaintances. The author considers the difficulty of making new
contacts in a context where cohabitation in the domestic sphere and in public
or professional contexts is no longer capable of uniting people around
common activities and circles of mixed relations, in terms of age, gender or
cultural group.
• DE LA MOBILITE CONTRAINTE A LA MOBILITE STRATEGIQUE
• L’INSULARITE DU RESEAU
• LA PERSONNALISATION DES INTERFACES :
UNE INJONCTION DE TRANSPARENCE
— Le déclin de l’impersonnalité et de l’anonymat
— De la dépolitisation à la moralisation des interactions sociales
— De l’individualité proclamée au management moral
• L’INDIVIDUALISATION COMME VECTEUR
D’UNE MORALISATION DE LA SPHERE PRIVEE
— Régulation des sociabilités et des liens affectifs : le risque de « l’apartheid »
— L’impossible transitivité des relations de sociabilité
— Conclusion : le rôle des mobiles dans la réhabilitation des lieux publics
• RÉFÉRENCES