Réseaux
La Découverte

Revue précédemment éditée par Lavoisier

I.S.B.N.sans
430 pages

p. 140 à 168
doi: en cours

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n° 112-113 2002/2-3

2002 Réseaux

La pratique du mini-message

Une double stratégie d’extériorisation et de retrait de l’intimité dans les interactions quotidiennes

Carole-Anne Riviere
L’espace d’écriture restreint du mini-message a créé les conditions d’une appropriation ludique de ce mode de communication à travers des formes d’écriture plurielles et créatives qui se combinent en répondant à un souci d’efficacité pratique mais aussi à un désir de partager un univers complice et original avec ses correspondants privilégiés. La discrétion et la distance réflexive empruntées au code écrit, associées à la rapidité, l’instantanéité et la joignabilité du support mobile expliquent une valeur d’usage des minimessages dans toutes les circonstances où l’on souhaite éviter une conversation téléphonique, ne pas déranger son environnement ou celui de l’autre, où il est impossible de parler. En autorisant une communication permanente et sans ostentation, le mini-message participe aussi à la construction de règles sociales adaptées aux exigences de civilité exigées dans les lieux publics d’interaction. The limited writing space of the SMS has created the conditions for a ludic appropriation of this mode of communication through plural and creative forms of writing. These hybrid forms meet the need for efficiency and fulfil the desire to share an original world of complicity with favourite correspondents. The discretion and reflexive distance of the written mode, combined with the speed, instantaneity and reachability of the mobile medium, explain a use value of SMS in all circumstances in which users want to avoid talking on the telephone or disturbing their environment or that of their correspondent, or in which it is impossible to talk. By allowing continuous communication without any display, the SMS participates in the construction of social rules suited to the courtesy required in public places.
Depuis l’engouement des premiers adeptes il y a deux ans, le mini-message s’est installé comme pratique de communication à part entière et redéfinit l’interaction interpersonnelle liée au mobile dans le sens d’une expression des émotions à la fois plus excessive mais moins ostentatoire. En effet, le mini-message qui donne la possibilité d’échanger des textes écrits limités à 160 caractères via les téléphones mobiles, emprunte sa valeur d’usage aux modes de communication traditionnels et innovants portés par la voix et l’écriture (téléphone mobile, e-mail, lettre manuscrite) sans se réduire à aucun d’eux. En créant les conditions d’une communication aussi rapide et instantanée que la transmission par e-mail, aussi immédiate et facile de réception et d’envoi que le téléphone mobile avec l’efficacité, la concision et la discrétion du mode écrit, le mini-message a trouvé une place originale dans toutes sortes de lieux et de circonstances d’interactions quotidiennes [1].
C’est en Scandinavie, dès 1995, qu’apparaît l’échange de mini-messages interpersonnel. Les travaux finlandais ont montré les premiers la place qu’occupaient les SMS dans les pratiques de communication des jeunes. En 1999, il s’échangeait déjà 650 millions de mini-messages pour 5 millions d’habitants [2]. Ce développement tient en partie au modèle scandinave d’adoption précoce des nouvelles technologies mobiles. Il tient aussi à large diffusion du téléphone mobile chez les adolescents mais aussi chez les enfants (77 % des finlandais âgés de 15 à 19 ans utilisent un téléphone mobile et près d’un tiers des enfants de 10 ans [3] ).
En France c’est à partir de l’an 2000 que le SMS commence à faire des émules et gagne un nombre important d’utilisateurs. Selon Orange, il s’en est échangé un milliard (sur le parc Orange) en 2001. Proche de la temporalité française, c’est également en 2000 qu’explose le marché des SMS en Italie [4]. Dans tous les pays européens, on fait le constat que l’échange de mini-message est né d’un usage spontané chez les jeunes avant même que n’ait été mise en place une politique volontariste ou commerciale de la part des opérateurs. Alors que cet usage continue à se développer en Finlande en intégrant des fonctionnalités multimédias de plus en plus sophistiquées (envoi d’images, de photos et de musique) il est encore limité en France à l’échange de messages textes.
Les travaux centrés sur l’articulation « des dispositifs interactionnels conçus pour assurer un échange privé » montrent comment le SMS s’inscrit dans la continuité d’usage du téléphone mobile pour assurer une permanence de la connexion, à la fois technologique et sociale, et donner ainsi un sentiment de durabilité des liens sociaux [5]. Plus que la mobilité géographique individuelle, c’est en effet la décontextualisation des relations des lieux de rencontre et de connexion (maison, bureau) qui constitue un des facteurs qui contribuent le plus fortement au développement du trafic mobile [6]. De fait, le mobile devient alors un outil d’usage opportuniste au sens où il multiplie les opportunités et les occasions de conversation ou d’accès à l’information (dans le cas du téléphone Wap par exemple). Comme l’écrit M. Relieu, « dans la mesure où son téléphone demeure constamment à la portée de main, l’usager est susceptible de le saisir dès qu’il en a l’opportunité dans le contexte où il se trouve [7] ».
La permanence de connexion technologique et sociale multiplie également les stratégies de « joignabilité » des acteurs en termes de choix d’accessibilité et d’anticipation de sa propre disponibilité et celle des autres. A la possibilité d’éteindre le portable, de le mettre en mode de messagerie vocale, ou de le laisser constamment allumé, le SMS ajoute une nouvelle possibilité dans les arbitrages qui sont faits entre un mode de réponse en absence et un mode de réponse engageant la parole dans l’immédiateté non contrôlée du temps et du lieu. Par son mode écrit, le SMS désengage la voix du rapport à l’autre tout en maintenant une communication qui crée une alternative de présence symbolique.
Nous nous proposons de présenter dans cet article les résultats empiriques de deux enquêtes qualitatives réalisées en 2000 et 2001 sur l’échange interpersonnel de mini-messages. Nous nous interrogerons sur la forme de communication du mini-message et ses effets sur la construction d’une pratique sociale à travers trois angles d’analyses. Entre écriture et oralité, nous verrons d’abord en quoi le mini-message constitue un nouveau format de communication et institue une forme singulière d’échange interpersonnel selon un mode d’appropriation ludique, pratique et social de la communication. Nous verrons ensuite comment ce format de communication structure les contextes et les situations d’usage dans les interactions quotidiennes. Enfin, nous proposerons l’hypothèse que le mini-message participe à la création de nouvelles règles de convenance sociale concernant la communication mobile, par un double effet de contrôle et d’extériorisation des émotions dans les espaces publics d’interactions.
Méthodologie
Les résultats présentés ici résultent de deux enquêtes qualitatives réalisées en juillet 2000 et juillet 2001. Des entretiens individuels d’une heure environ ont été menés pour chaque période auprès d’une quarantaine de personnes utilisant les mini-messages sur la région parisienne. La majorité d’entre eux sont de gros utilisateurs et envoient en moyenne 120 mini-messages par mois.
Bien qu’il apparaisse difficile d’établir des constats statistiques fiables sur d’aussi petits effectifs, la comparaison de la structure des deux échantillons montre une tendance actuelle à la diversification de l’âge des utilisateurs vers les plus jeunes (moins de 18 ans) et vers les adultes de plus de 35 ans.
Cette tendance suit de façon cohérente la multiplication du nombre d’utilisateurs dans le parc des possesseurs de mobile.
En l’an 2000, les effectifs se concentraient surtout sur la tranche d’âge des 18-24 ans puis sur celle des 25-30 ans. Ils se répartissent de façon égale en 2001 entre les 16-18 ans, les 19-24 ans, les 25-30 ans et les 31-40 ans.
La comparaison des situations et des motivations d’usage montre une grande stabilité d’une année sur l’autre, ce qui engage à penser que la pratique du mini-message s’installe comme phénomène durable en se développant vers des profils d’utilisateurs de plus en plus variés mais en suivant des logiques d’usages identiques. Ajoutons par ailleurs qu’on observe aujourd’hui une diversification des usages du SMS : à la pratique limitée à l’échange interpersonnel de mini-messages en l’an 2000, se développe la pratique du chat SMS, en particulier chez les lycéens âgés de 15 à 19 ans.
 
LE MINI-MESSAGE : UNE FORME DE COMMUNICATION ENTRE ECRITURE ET ORALITE
 
 
La singularité du mini-message tient à sa forme hybride d’écriture parlée, une sorte d’écriture « désacralisée » en ce qu’elle minimise sa fonction sociale de mémoire et libère des servitudes du littéralisme et du respect de la forme. Lorsque l’on dit que les écrits restent alors que la parole s’envole, on reconnaît traditionnellement une valeur absolue d’archive et de mémoire à l’écriture, fixée définitivement et sans aucune modification possible, par opposition au langage oral.
Par certains côtés, l’analogie du mini-message avec cette puissance de conservation de l’écriture est l’une des spécificités de ce mode de communication qui le distingue de la conversation téléphonique. Ainsi n’est-il pas rare d’entendre, que :
Ça reste en plus, ça reste en mémoire (…) Je conserve uniquement ceux de ma copine nous dit Sébastien, parce que justement ils me touchent et comme ça ils restent, on les garde pour avoir, non pas un souvenir, mais un petit côté comme les papiers qu’on met de côté pour pouvoir le relire de temps en temps, ce n’est pas désagréable. Y en a un, ça fait quatre mois que je l’ai.
(Sébastien, 22 ans).
C’est également le cas de Stéphanie qui reconnaît que :
C’est ça qui est bien, ça reste et je les regarde tout le temps mes mini-messages. Je les garde, ceux qui m’ont plus, c’est comme une lettre, moi ça devient ça. (Stéphanie, 25 ans).
Pourtant l’écriture perd ici sa valeur absolue d’archive. Si le mobile se transforme en objet de conservation de la mémoire personnelle, au même titre qu’un journal intime, qu’un coffret renfermant ses secrets, il l’est en effet de façon relative parce que non définitive. Comme le formule Virginie,
Et puis bon, aussi les messages, on peut les garder en mémoire, donc ce n’est pas pareil qu’une communication orale, aussi. Comme une lettre, on aime bien garder notre courrier. Voilà, moi je garde mes messages, et quand je n’ai plus de place, je les efface. (Virginie, 19 ans)
ou encore Florence
J’en ai 4 ou 5 que je change régulièrement. (Florence, 37 ans)
Le fait que seuls dix mini-messages puissent être stockés dans le téléphone lui-même constitue évidemment une contrainte technique qui explique le renouvellement continu des messages conservés. Mais ce n’est pas le seul facteur. Dans nos sociétés contemporaines, le mobile porte les valeurs sociales d’un rapport au temps accéléré, d’un lien à l’autre en perpétuel mouvement. Support d’une mémoire vivante de court terme, le mini-message reflète aussi ces valeurs sociales qui s’éloignent d’une culture écrite ayant force de loi immuable et s’apparente à une culture orale dans une civilisation de l’image, caractérisée par une vitesse de remplacement toujours plus accélérée avec le développement des nouvelles technologies.
Pour Jack Goody, des changements dans les moyens de communication sont liés de façon aussi bien directe qu’indirecte à des changements dans les modes d’interaction humaine [8].
Si l’on cherche à caractériser la valeur relative du SMS en la comparant à quelque chose de semblable dans les systèmes d’écritures qui lui sont coexistants, c’est d’une part, l’immédiateté du SMS qui le distingue d’autres formes d’écritures ordinaires comme la lettre manuscrite ou le petit mot et d’autre part, le caractère impersonnel du signe d’écriture électronique médié par un écran neutre, que l’on porte toujours sur soi. Faut-il voir dans la modernité de ce support de communication écrit le signe d’une « déréalisation » de l’écriture au sens où l’entend P. Virilio, c’est-à-dire comme désubstantification de l’expérience d’écriture, rendant le corps inopérant ? Le SMS s’ajouterait-il aux autres simulateurs de proximité (TV, web, portables…) exploitant une imposture de l’immédiaté en venant combler le sentiment d’incomplétude de l’homme par l’illusion de sa toute puissance virtuelle, manifeste au delà du temps, existante contre le temps afin de nourrir cette imaginaire d’immortalité portée par la science et la technique [9] ? A chacun d’en juger.
De façon plus concrète et plus anecdotique, il semblerait que la relation de réciprocité entre les nouvelles technologies et les utilisateurs se traduise par des transformations morphologiques durables. Selon une étude rapportée dans The Observer [10], le pouce est devenu le doigt le plus habile des moins de 25 ans. Ce changement rapporte le Dr Sadie Plant, chercheur à l’université de Warwick et auteur de l’étude, affecte les jeunes qui ont grandi en utilisant des appareils de poche qui nécessitent l’utilisation du pouce pour envoyer des e-mails et des SMS. « Le fait que notre pouce fonctionne différemment de nos autres doigts est ce qui nous définit comme humains » souligne-t-il. C’est aussi selon J. Goody, cette faculté qu’a l’homme de manipuler des outils au moyen de sa main dont, fait unique, le pouce s’oppose aux autres doigts, qui définit la base physique de l’écriture et des arts graphiques en général [11]. Parlera-t-on un jour de la civilisation du pouce ? En tout cas, note Sadie Plant, les utilisateurs peu habitués au téléphone mobile utilisent un ou plusieurs doigts pour taper les numéros de téléphone et faire d’autres opérations sur le clavier, alors que les plus jeunes utilisent leurs pouces de manière ambidextre, en regardant à peine les touches. Au Japon où la tendance est très marquée, les jeunes de moins de 25 ans se décrivent eux-mêmes comme oya yubi sedai, c’est-à-dire génération du pouce ou tribu du pouce.
Si l’on s’intéresse à un autre terme de la comparaison, celle du mini-message avec l’oralité, c’est la forme qu’emprunte l’écriture du mini-message qui singularise ce moyen de communication. Le plus souvent phonétique, c’est à dire exprimant des sons faits pour être entendus, l’écriture devient un pur décalque du langage oral et rompt avec les servitudes de la forme et du respect de la tradition. Par exemple, Samuel (17 ans) écrit :
c moi ki tapel toujour et jveu ma k7 ya ma chanson, el me mank ! j esper kon va se voir pdt les vacance ! de toute manièr on se voi le 4 pour les résulta !
bisou…
On voit bien ici comment la segmentation phonétique des mots peut se libérer des conventions grammaticales et d’orthographe. Dans quelle mesure, cela entraîne-t-il des conséquences sur la pratique de l’écriture formelle ?
Dans nos cultures où le lien entre écriture et élitisme a toujours été très fort, pensons ici à l’héritage d’une civilisation où les clerc médiévaux étaient sacralisés, des craintes sont exprimées quant à l’effet d’appauvrissement du mini-message sur le langage. Rappelons pourtant avec Ferdinand de Saussure que l’unique raison d’être de l’écriture et de représenter la langue même si en raison du prestige de la première, on en vient à donner plus d’importance à la représentation du signe vocal qu’au signe lui-même. « La langue littéraire, avec ses dictionnaires, ses grammaires et ses codes, soumis à un usage rigoureux, l’orthographe, accroît encore l’importance imméritée de l’écriture. On finit même par oublier le rapport naturel entre parler et écrire [12]. »
Pour étayer l’hypothèse de l’appauvrissement du langage, il faudrait considérer le mini message comme une forme dégradée dérivée de l’écriture conventionnelle, un échange textuel dont le référentiel serait le langage écrit littéraire ou épistolaire. Or, il nous semble que le mini-message constitue une forme autonome de communication non verbale qui doit s’interpréter au regard de son efficacité pratique et aussi de son efficacité sociale pour partager, voire construire, une identité avec le groupe ou la personne avec lesquels on communique.
Des formes plurielles et créatives de communication non verbale
L’espace d’écriture du SMS, limité à 160 caractères [13], a créé les conditions d’une appropriation ludique de ce mode de communication et fait émerger des jeux d’écriture plus ou moins inventifs. Mais c’est bien l’intention de jouer avec l’espace qui explique les formes d’écriture créées et non pas l’impossibilité d’exprimer entièrement le contenu d’un message qui contraint au détournement du langage. En effet, à la question de savoir si 160 caractères constituent une limite pesante, la plupart des enquêtés répondent comme Carole :
Je ne suis jamais arrivée aux 160 caractères Je ne sais pas ce que cela représente d’ailleurs, si cela représente 30 mots, 50 mots. Je n’en sais rien du tout. (Carole, 28 ans)
ou comme Sylvie,
Pour l’instant, cela ne m’a pas gênée parce que j’ai réussi à mettre ce que j’avais à dire. Çà m’a suffit. J’envoie quand même plus que trois mots mais çà peut-être variable. Çà peut-être des pages entières ou quelques mots.
(Sylvie, 35 ans).
Parfois, certains reconnaissent qu’il leur arrive marginalement d’en envoyer deux. C’est le cas de Ghilaine (20 ans) :
Non, ça ne me gêne pas. Au pire des cas j’en envoie deux.
ou de Stéphane (28 ans)
Parfois c’est trop court. Mais c’est rare. En général, ça suffit.
ou encore de Yann (22 ans) :
Bah on s’habitue à 160 caractères mais… oui des fois c’est frustrant mais pas souvent parce que quand on a beaucoup de choses à dire il faut en envoyer deux. Ça m’est déjà arrivé mais généralement on arrive à faire tenir ce qu’on a à dire en si peu de lignes quoi.
La perception d’un format de communication nouveau et original explique donc le recours à des astuces de langage, toujours revendiquées sur le mode ludique. Mais, loin de constituer des masses uniformes, les mini-messages offrent une palette riche d’expressions et de vocabulaire, ils se répartissent en une variété de styles, selon leur contenu, leur forme et le niveau de langage employé. Personnalisée, l’écriture exprime la singularité individuelle à travers un écrit préservant l’intégrité de la parole au même titre que celle qui s’attache à la voix. C’est un constat similaire que fait Patrick Williams lorsqu’il étudie les modes d’expression tsiganes. Dans les lettres et les écrits étudiés, il montre l’absence de frontière entre l’écrit et l’oral et l’importance de préserver l’identité singulière à travers une écriture traduisant la façon de parler et d’être de l’individu plus que l’identité collective à travers une orthographe correcte et des expressions impersonnelles [14].
Comme manifestation de la parole singulière de la personne, le respect de la forme peut dans certains cas refléter une conception personnelle du mini-message. C’est le cas de Claire qui joue moins avec l’écriture qu’avec les dessins qu’il est possible d’intégrer au texte :
Ça dépend des gens. Moi, j’avoue que j’ai du mal avec les abréviations. Ça doit être mon côté vieille France. J’écris toujours les mots en entier, je ne fais pas de fautes d’orthographe, je fais super gaffe. Je relis mes messages, je n’aime pas qu’il y ait des fautes de frappe. Rarement, je mets des abréviations. Mais des petits signes, des petits smiles. (Claire, 24 ans)
On voit d’ailleurs ici explicitement la relation entre la personnalité et la façon d’écrire : c’est le côté « vielle France » de Claire qui choisit de s’exprimer en respectant les conventions sociales et non pas l’obligation de respecter les normes d’écritures.
Pour certains, le plaisir tiendra au fait que le mini-message oblige à condenser la pensée, à rechercher le mot le plus juste afin de lever toute ambiguïté, à synthétiser les idées, « à être percutant », comme dirait Stéphane (28 ans) :
Moi je suis très, très à l’aise avec les messages-choc. Où il faut résumer en trois phrases… Je pense que je dois avoir l’esprit assez concis. Je vais assez droit au but et je pense que j’ai beaucoup plus d’humour… Enfin, c’est comme ça que je le vois.
D’autres, à l’inverse, y verront le plaisir de jouer avec les mots, de manier la langue, de créer de l’ambiguité, comme Christian :
C’est des messages, souvent c’est des messages à double sens, il y a on peut dire beaucoup de jeux de mots, beaucoup de trucs comme ça. Parce que je trouve que l’avantage de l’orthographe, ça permet d’utiliser pas mal d’ambiguïtés, alors c’est sympa. Ca permet de manier la langue, de faire passer des messages un peu ambigus, c’est bien, c’est sympa.
(Christian, 45 ans)
Pour Christophe, le format de communication libère sa créativité du côté de la poésie :
Quand j’écris c’est souvent de façon assez ludique, à savoir que je m’amuse à envoyer des alexandrins. Donc, en plus, c’est rigolo parce qu’il y a un côté réflexion, un côté rigolo. Donc, c’est souvent des poèmes que j’envoie. Je ne suis pas poète, c’est plutôt des trucs, genre un peu à la Boby Lapointe avec des jeux de mots, des trucs assez marrants. (Christophe, 25 ans)
La forme télégraphique est celle que préfère employer Corinne :
Je le fais style télégramme, je supprime tous les sujets, mais les mots sont entiers. J’écris : en panne, 4ème voie, périphérique, porte de St Ouen, ne sais pas quoi faire. (Corinne, 37 ans)
On voit à travers ces différents exemples que chacun s’approprie cet espace de communication sur un mode ludique et créatif qui lui est propre. A la limite, le plaisir narcissique d’inventer un langage original ou encore l’intention expressive du seul émetteur se substitue à la fonction traditionnelle de communication définie comme échange réciproque en vue de transmettre une information. C’est ce que résume Marion en disant :
C’est un truc marrant à écrire. Tout est dans la forme en fait. On se demande :
tiens, on envoie un message pour rien, c’est ludique, les jeux de ponctuation, les petits mots qu’on emploie, c’est sympa. (Marion, 20 ans)
D’une certaine façon, le mini-message n’est pas sans rappeler le haïku. Moins au sens strict puisque celui-ci caractérise un poème japonais de trois vers parfaitement codifié (premiers et troisièmes vers pentasyllabiques, 2e vers heptasyllabique), mais par sa brièveté qui peut en traduire l’esprit au sens où le dit Roland Barthes : « le haïku fait envie : combien de lecteurs occidentaux n’ont pas rêvé de se promener dans la vie, un carnet à la main, notant ici et là des ‘impressions’, dont la brièveté garantirait la perfection, dont la simplicité attesterait la profondeur (…) dans le haïku, dirait-on, le symbole, la métaphore, la leçon ne coûtent presque rien : à peine quelques mots, une image, un sentiment-là où notre littérature demande ordinairement un poème [15] ».
Dans tous les cas, le mini-message est perçu comme un nouveau mode de communication à part entière, hybride et difficile à qualifier. Les commentaires de Virginie le résument bien lorsqu’elle dit :
Je ne sais pas, je ne sais pas comment dire ça. Ça change, ça change des moyens de communication anciens comme le téléphone. Je ne sais pas, ça permet de changer. C’est un autre moyen de communication. Mais je ne saurais pas dire pourquoi j’aime bien ce moyen. Oui, je ne sais pas. Je ne sais pas, ce n’est pas pareil, l’écrit, ou l’oral. (Virginie, 19 ans)
Spontanément, les adjectifs comme super, marrant, rigolo, sympa s’enchaînent pour en parler :
Je trouve que c’est rigolo, comme moyen d’expression. J’aime bien. Ça correspond bien à ma façon… C’est percutant, c’est rigolo, c’est marrant…
(Stéphane, 28 ans)
L’efficacité pratique et sociale de l’écriture phonétique et abrégée
Les abréviations et la phonétique occupent une place importante dans les formes d’écriture du mini-message que les utilisateurs inventent et personnalisent. Leur usage répond en premier lieu à des préoccupations d’efficacité pratique pour écrire plus rapidement les textes et gagner du temps. C’est souvent moins l’inconvénient de la taille du clavier alphanumérique du mobile qui rend compte des intentions de compression du message que la volonté explicite de l’émetteur de gagner du temps dans certains contextes d’usage. Et si les inconvénients liés aux fonctions techniques et ergonomiques du mobile n’ont pas échappé aux adeptes du mini-message, ils ne constituent ni un frein, ni un motif de détournement de l’écriture traditionnelle.
C’est le cas d’Alexandra qui explique :
Parfois, au lieu d’écrire un, on va mettre le chiffre pour gagner déjà un caractère. Ou alors pour aller un peu plus vite. Ou alors, on va utiliser un peu la phonétique. Donc le son d’une lettre pour le son d’un mot, des choses comme ça. Je vais vous dire quelque chose par exemple de très personnel. Je t’aime, on peut l’écrire « t’m », tout simplement, ça va plus vite. C’est le côté parfois : je n’ai pas le temps, mais je pense à t’envoyer un message. Voilà, ça montre qu’on est pressé. Je le traduis comme ça. Mais je me dis : c’est bien, la personne est pressée, mais elle a quand même eu le temps d’envoyer un message. (Alexandra, 18 ans)
C’est exactement la même chose pour Brice qui conclue en disant :
Oui, c’est vraiment histoire de raccourcir les messages pour qu’ils soient écrits plus rapidement. (Brice, 17 ans)
Les manières d’abréger le texte écrit font appel à des signes plus ou moins standardisés et plus ou moins conventionnels. Parmi les plus couramment utilisés, il y a le recours aux sons phonétiques. Par exemple, Brice explique que :
Pour le mot « demain », on l’écrit 2, M et IN. C’est beaucoup plus rapide.
Sinon, le verbe peux, on utilise « pe ». Et des choses comme ça. C’est beaucoup plus rapide. Quand il y a des mots qui se finissent pas un e, en général, je ne le met pas. En général, ça reste compréhensible. Sinon, tout ce qui est son « il faut », au lieu de mettre AU, je mets O tout court.
Les abréviations conventionnelles sont également fréquemment utilisées,
Par exemple, nous dit Audrey, temps, je l’écris tps pour d’autres trucs ça va être phonétique, acheter, je l’écris HET ou problème nous dit Emmanuel, je l’écris pb. (Audrey, 21 ans)
Le plus souvent toutes les possibilités sont exploitées et combinées en même temps. L’exemple que donne Sabine est parlant à cet égard :
C’est par exemple, pour écrire… il y en a un qui m’a écrit comme ça, ça c’est celui que je viens de lire… Voilà : elle me dit « le principal c’est que tous tes bons amis » elle l’écrit CQTS. (Sabine, 22 ans)
D’autres encore vont intégrer des mots anglais lorsqu’ils sont plus courts. C’est le cas de Pascale (35 ans) :
Today, c’est plus court qu’aujourd’hui. Je n’ai pas d’idées, là, mais l’anglais me rend bien service parce que les mots sont plus courts. Je mets « y » pour mettre « toi » mais c’est avec certaines personnes.
Les fautes d’orthographe sont un autre moyen intentionnel d’aller plus vite :
Des fois on fait même exprès de faire des fautes d’orthographe, parce que quand il faut attendre, quand il y a par exemple deux t ou deux l et qu’il faut attendre, on en met qu’un, et puis la personne comprendra très bien quoi.
L’efficacité pratique n’est pas le seul élément d’explication des formes hybrides d’écriture des mini-messages. Il existe une véritable jubilation, en particulier chez les plus jeunes, à inventer un langage qui s’éloigne de l’écriture conventionnelle. Dans ce cas, il semble que l’on puisse parler d’efficacité sociale du mini-message au sens où il devient un espace de transgression symbolique, par lequel les adolescents se créent un univers commun inaccessible à ceux qui n’auraient pas le code, en autres les adultes, mais qui fonctionne comme un lieu de reconnaissance et de complicité réciproque entre ceux qui le partagent. Christian commente ainsi les messages de son fils :
Mon fils, il a un langage carrément, c’est phonétique. Des fois, il m’envoie des trucs, c’est tellement bourré de fautes d’orthographe qu’il faut le lire à voix haute pour comprendre ce qu’il veut mettre. Mais en même temps, ce n’est pas grave. Alors il shunte les mots, il coupe les mots en deux. Enfin, des fois, il met ça en verlan. (…) C’est pas que j’ai du mal à comprendre, c’est que, oui, c’est son langage à lui, alors, une petite gymnastique d’esprit et puis ça va. Mais, non, c’est bien. (Christian, 45 ans)
Là où l’écriture traditionnelle symbolise la loi et l’institution, les fautes d’orthographe participent chez les lycéens, qui sont les seuls à les revendiquer, de leur désir d’échapper au normatif. Par ailleurs, l’écriture phonétique associée à la liberté de segmentation des mots et d’orthographe met en place un langage qui prend presque valeur d’écriture secrète, magique où le plaisir d’invention côtoie le plaisir de déchiffrement, ce qui renforce la complicité et le sentiment d’exister sur un mode fusionnel avec la communauté qu’on participe à créer, grâce à des références communes. C’est ce qui dit Marion lorsqu’elle constate :
Oui, en plus, on abrège les mots. On n’écrit pas comme si on écrivait sur une feuille. C’est d’autant plus drôle de déchiffrer les trucs. Là, on peut tout attacher et il faut séparer les mots, et ça fait des phrases bizarres, c’est marrant. Le « je t’aime », on écrit « J tem » souvent, comme ça, pour déconner, c’est toujours pareil. Il y a des trucs qu’on écrit vraiment biscornus, et ça ne veut rien dire. Les gens qui lisent, on écrit pas mal avec des cap. On fait des fautes. Les gens extérieurs, quand ils nous répondent, si c’est la première fois qu’on leur écrit comme ça, ils répondent avec e et tout ça, et après ils se prennent au jeu et ils écrivent comme nous. Pour quelqu’un de complètement extérieur, ce serait difficile, je pense. Mais ça dépend de la personne, bien sûr. On parle aussi en anglais, on peut placer un mot d’espagnol ou d’allemand. C’est pas mal de trucs de langue, la ponctuation, etc. Les générations aussi, parce que si je veux en envoyer un à ma tante, ce sera nickel parce que ça dépend de la personne. On sait comment ça va être et si on peut se permettre de faire des fautes ou alors si on écrit bien.
(Marion, 20 ans)
On voit ici que l’espace de liberté que s’octroient les jeunes est conscient et borné au mini-message. Le choix de jouer avec le format de communication disponible ne s’étend pas au delà du groupe d’initiés. L’adaptation aux règles d’écritures reprend ses droits dès lors qu’il s’agit de communiquer avec les « vieilles générations », ou dans des situations où l’enjeu n’autorise pas les fantaisies d’écriture comme les examens par exemple. Parfois, c’est dans le jeu amoureux que la valeur secrète de l’écriture célèbre le désir d’un langage ésotérique unique, enveloppe protectrice contre l’extérieur.
C’est le cas d’Audrey qui nous dit qu’avec son copain :
C’est des messages gentils quoi, en fait on a un vocabulaire, on s’est établi un vocabulaire pour nous deux, donc on s’écrit des messages marrants quoi.
C’est pas vraiment des codes, mais bon on est un peu, on fait un peu jeté quoi… Non, on s’écrit des messages rigolos quoi. (Audrey, 21 ans)
C’est le cas d’Emmanuel qui, à la question de savoir s’il partage avec sa copine un langage propre à eux deux, répond :
Oui, je crois. Des fois je pense… au début c’est quand on était pressés. On n’avait pas le temps de tout s’écrire donc on s’écrivait en abrégé. Et après on a dû s’appeler : « t’as compris ce que j’ai dit ? » « ouais, ouais » ou alors ça c’est fait automatiquement ou alors je lui renvoyais la même onomatopée, le même truc et elle a compris donc au fur et à mesure c’était l’engrenage, plus on faisait des trucs qu’on comprenait, plus on faisait de trucs rapides et qu’on se comprenait, plus on en faisait. Bah là maintenant, on parle petit-nègre quoi. Par exemple c’est généralement quand on se met « PS » à la fin ça veut dire « tu me manques », parce qu’on avait dû se mettre un fois « PS : tu me manques » « PS : toi aussi » et puis maintenant on se met « PS » à la fin, ce sont des petits trucs comme ça. (Emmanuel, 22 ans)
 
LES PRATIQUES DU MINI-MESSAGE DANS LA VIE QUOTIDIENNE
 
 
Quelle place occupent les mini-messages dans les interactions quotidiennes ? Par leurs caractéristiques hybrides empruntant la discrétion et la distance réflexive du mode écrit sur un support aussi innovant que le mobile par la rapidité, l’instantanéité et l’immédiateté des communications échangées, les mini-messages renforcent les occasions d’entrer en relation avec ses correspondants tout en réduisant leur manifestation ostentatoire. S’est ainsi créée une valeur d’usage du mini-message dans toutes les circonstances où l’arbitrage instinctif entre l’écrit et la voix se fait au profit de l’échange écrit pour satisfaire son besoin de communiquer.
On peut définir le mode de communication par mini-message par plusieurs éléments. D’abord, la souplesse d’utilisation et de joignabilité du mobile :
On l’a tout le temps (le mobile), donc quand il y a quelqu’un qui veut nous joindre, ou je ne sais pas, prendre des nouvelles, on l’a toujours sur nous, qu’on soit n’importe où, en vacances, chez nous, dans les transports.
(Virginie, 19 ans)
Ensuite, par l’efficacité et la concision du mode écrit en comparaison des longues conversations téléphoniques car :
C’est très concis et souvent, c’est vachement plus efficace que si l’on passait un coup de fil. (Claire, 24 ans)
et par la discrétion du mode de réception et l’asynchronisme du message qui libèrent de la perception intrusive que peut revêtir l’acte de communication téléphonique traditionnel et laissent le temps de réflexion tant à l’émetteur qu’au récepteur.
C’est discret, comparé au téléphone où ça fait une grande sonnerie et ça réveille tout le monde.
constate ainsi Arame (15 ans), et puis, relève Cédric :
On a plus le temps de réfléchir, des fois, quand on s’appelle au téléphone, on ne sait pas trop quoi se dire. Tandis qu’avec les mini messages, en quelques mots, on fait passer bien ce qu’on pense, ce qu’on veut dire. (Cédric, 18 ans)
A travers l’expérience quotidienne des personnes qui utilisent les mini-messages, cinq grandes catégories de motivations sociales peuvent regrouper la multitude de situations liées à la vie personnelle de chacun.
Eviter une conversation téléphonique
Dans les pratiques observées, éviter une longue conversation téléphonique constitue le premier motif d’usage du mini-message. Le caractère asynchrone de l’échange, à savoir le temps différé de la réponse, la façon unilatérale de délivrer le message
Comme ça, au moins, on est pas coupé dans ce qu’on a à dire.
(Stéphane, 28 ans)
ainsi que le caractère concis, direct et synthétique du mini-message
Comme ça dure moins longtemps, le message est clair, on va directement au but. ( Marie-Hélène, 25 ans)
sont alors les principaux atouts mis en avant par les enquêtés.
Réduit à son contenu minimal, sans autres règles de convenances, le recours au mini-message dans les stratégies d’évitement d’une conversation téléphonique, répond à un triple besoin : gagner du temps :
Les mini-messages, quand on les envoie, on n’a pas besoin de parler pendant des heures. (Arame, 15 ans)
faire des économies
Aussi quand on a dépassé le forfait, par exemple ; ça coûte moins cher que de téléphoner. (Sébastien, 22 ans)
maintenir un lien en toute circonstance, même lorsqu’on n’a pas envie de parler ou que l’on a rien à dire
Il y a des moments où je n’ai pas envie d’être au téléphone, donc j’envoie un mini-message comme ça je me dis, il est au courant, et c’est fait, quoi, pas besoin d’appeler. Des fois, ça me saoule, ça dépend des moments quoi.
(Jaouen, 19 ans)
Ne pas déranger son environnement et celui de l’autre
L’idée de ne pas faire de bruit et de ne pas déranger son environnement constitue un deuxième motif d’usage du mini-message. Dans cette circonstance, les avantages sont la discrétion du signal sonore à la réception et surtout celle du mode écrit qui permet un échange silencieux favorisant la confidentialité. Afin de gérer sa propre disponibilité pour parler et anticiper celle de l’autre, afin de ne pas imposer à l’entourage le contenu d’une conversation personnelle, tout en la préservant de son caractère intime, le mini-message a trouvé sa place tant dans les lieux publics que dans les plages horaires inhabituelles ou encore, dans toutes les situations où en compagnie d’amis, les codes de bienséance veulent qu’une conversation téléphonique vous ferait passer pour un mal élevé.
Il est intéressant de noter dès à présent, qu’au moment où se multiplient les téléphones portables entraînant parfois un débordement du seuil de tolérance sociale face aux excès des manifestations du privé exposées publiquement dans des espaces neutres d’interactions sociales, le mini-message traduit une forme de retrait de la communication-spectacle, sans pour autant imposer le renoncement à l’acte de communication.
Cet usage nouveau et spontané du téléphone portable fonctionne sur le mode du respect réciproque de soi et de l’entourage comme dans les lieux publics. Ainsi pour Virginie :
Dans les transports en commun, y a du monde autour, c’est plus discret. Ca m’est déjà arrivé de recevoir des appels, mais je n’aime pas, dans le RER, dans les lieux publics, c’est mieux de recevoir un message. (Virginie, 19 ans)
ou sur le lieu de travail :
Quand je suis avec d’autres personnes et que j’ai besoin de dire quelque chose à quelqu’un en fait je trouve ça bien parce qu’on ne dérange pas les autres en téléphonant surtout (…) et puis je sais pas quand je suis au bureau par exemple. Il y a des choses que je n’ai pas envie de raconter.
(Marie-Hélène, 25 ans)
L’espace de préservation peut être plus symbolique lorsqu’il s’agit comme pour Arame d’échapper à l’intrusion parentale :
Quand je parle avec mon copain, je ne veux pas que mes parents entendent.
(Arame, 15 ans)
Les conventions sociales liés aux horaires d’appel peuvent être contournées également
Quand je rentre tard. Hier par exemple, je suis rentrée à 4H du matin chez moi, et je devais appeler une copine quand je rentrais. J’ai préféré lui envoyer un message pour ne pas faire sonner son téléphone pour ne pas la réveiller.
(Claire, 24 ans)
Enfin, pour l’anecdote, nous rapporterons ici le témoignage de Laurent qui s’inquiète de l’équilibre de l’écosystème et nous explique que :
Pendant que je pêche par exemple. Je mets mon portable sur vibreur, ça veut dire qu’il n’y a plus de son et donc on ne me dérange pas et j’envoie plein de mini-messages comme ça. Je peux communiquer tout en étant au calme, pour ne pas déranger le poisson… (Laurent, 23 ans)
Continuer à communiquer lorsqu’une conversation téléphonique est impossible ou difficile
La perception déclarée du motif d’usage exprime ici la possibilité de maintenir le lien en toute circonstance et répondre à un besoin de communiquer dans les situations pratiques où il est impossible de téléphoner. Comme pour le motif précédent, l’efficacité silencieuse du mode de communication est présentée ici comme la qualité principale du mini-message. Elle structure effectivement l’usage dans des situations où l’environnement bruyant empêche une autre forme de communication téléphonique :
Par exemple si je suis à un concert et que c’est super fort, et qu’on n’entend rien au téléphone, oui on s’envoie des mini-messages. (Claire, 24 ans)
ou
Si on est dans une soirée, où il y a beaucoup de bruit, on envoie un mini-message et c’est réglé.
nous dit également Marion (20 ans).
De façon sous-jacente, l’analyse des situations d’usage montre que le mini-message est un mode de communication impulsif qui permet de laisser libre cours à ses pulsions de communication en réveillant l’attrait à tout âge de la transgression des interdits. Il s’apparente alors à un acte de distraction dans une situation contrainte par des normes sociales rigides. C’est notamment le cas des lycéens et des étudiants pendant les cours mais aussi de certains adultes dans des situations de travail ennuyeuses :
On n’arrête pas de s’envoyer des messages pendant les cours parce que le téléphone, en cours…C’est là où j’en envoie le plus. Je suis tout le temps avec mon portable en cours, surtout quand ce sont des matières pas importantes, alors là on se lâche… (Ghislaine, 20 ans)
Ou alors comme Pascal
En réunion ou au bureau, quand je ne peux pas appeler, je fais un mini-message, ça prend 30 secondes. (Pascal, 40 ans)
ou Laurent :
Il y a deux ou trois mois de ça, je vendais des SICAV monétaires par téléphone. Donc nous étions assez surveillés. Je ne pouvais pas me permettre d’appeler avec mon portable. Donc là, j’envoyais des mini-messages. C’était très pratique. (Laurent, 23 ans)
Extérioriser et exprimer ses émotions
Par son caractère écrit et différé et en même temps quasi instantané, le mini message permet surtout l’extériorisation des sentiments et répond à un besoin impulsif de faire partager ses émotions au moment où elles sont ressenties, sans vouloir ou sans pouvoir les exprimer à l’autre oralement. Ainsi, pour la plupart des mini-messageurs, quel que soit leur âge, le mini-message c’est manifester sa présence à l’autre, dans les relations amoureuses et amicales.
Et puis, en général, je trouve ça plus facile de communiquer pour parler d’amour avec son copain ou avec de très bons amis (…). C’est quand même plus facile d’écrire à quelqu’un que de l’appeler, enfin que de lui dire en face.
Il y a des trucs que j’ose dire par mini-message, que je n’oserais pas dire en face. (Stéphanie, 17 ans)
C’est aussi le cas de Pascale, pourtant plus âgée :
J’ai rencontré quelqu’un qui me plaisait bien et à qui je ne déplaisais pas, donc il y avait un échange privilégié. Le plaisir que ça te donne, ça ne vaut pas le coup de s’en priver.(…) De savoir qu’on a fait passer une émotion instantanément. Quand on est amoureux, il y a des situations où tu as envie de savoir où l’autre en est, tu ne vas pas envoyer un courrier, tu n’as pas forcément envie de téléphoner, pour x raisons, donc ce peut être l’occasion d’avoir une réponse tout de suite, ou pas de répondre tout de suite… Et puis il y a des choses qui ne sont pas forcément faciles à dire et c’est aussi pour surprendre. (Pascale, 35 ans)
Chez les adultes, les mini-messages se cumulent aux autres échanges affectifs de la vie quotidienne. En revanche, ils constituent chez les adolescents qui se risquent souvent pour la première fois à dire à l’autre ce qu’ils ressentent, un mode de découverte des relations amoureuses parce que l’écrit a un effet désinhibiteur. C’est ce que raconte Sabrina, qui nous parle de sa timidité :
Je suis timide, donc il y a des trucs que je n’ose pas dire à mon copain, je t’aime, des trucs comme ça, donc je le dis plus facilement sur le mini-message. (Sabrina, 17 ans)
Si le mode écrit favorise la formulation d’émotions positives fortes, il tempère et adoucit aussi les excès des émotions agressives. Par l’évitement de la confrontation orale, le mini-message facilite le contrôle des émotions agressives comme le montre l’expérience de Stéphanie :
L’autre jour je me suis rentrée un peu énervée et j’ai envoyé un texto (…). Je pense que ça a un impact, j’ai préféré écrire que l’avoir franco au téléphone, parce que je crois que j’aurais été beaucoup plus méchante…
(Stéphanie, 25 ans)
Il permet de mieux gérer les conflits et les excès d’orgueil narcissique comme le raconte Pascale :
L’autre jour, je suis partie en claquant la porte, j’étais vexée et un quart d’heure après, j’ai envoyé un mini-message, mais je n’avais pas du tout envie d’appeler la personne en lui disant « je suis désolée, je te demande pardon », par contre, c’est ce que j’ai écrit. (Pascale, 35 ans)
Passer le temps, s’amuser, se distraire
Les conversations par mini-messages pendant une ou deux heures d’affilée constituent aussi un passe temps qui s’apparente à jeu de conversation interactif à distance. Lorsque les plus jeunes regardent la télévision ou parce qu’ils n’ont rien à faire, le soir, avant de s’endormir, ils racontent :
Ca dure trois heures… C’est marrant : au lieu d’avoir une conversation en face à face, on l’a par mini-message. Au lieu d’aller prendre un café et de parler, on fait ça de chez nous. On s’envoie des messages. C’est comme ça.
On peut même avoir trois personnes en même temps. (Marion, 20 ans)
Et, précise Arame :
Mais des fois on communique par les mini-messages. On peut passer des heures et des heures. Et qu’est ce qu’on dit ? On parle. Par exemple, on regarde le match de foot et quand il y a un but, on s’écrit « t’as vu lui comment il a joué ». Enfin, c’est pareil pour toutes sortes de choses.
(A., 15 ans)
Cette communication en aller et retour constitue un partage particulier du temps.
Comme jeu de conversation interactif, l’échange de mini-messages interpersonnels correspond à une situation d’usage mineure et a tendance aujourd’hui à se poursuivre sous la forme du chat SMS qui offre la possibilité de s’inscrire à des forums de discussion et d’entrer en contact sous un nom d’emprunt ou pseudonyme avec d’autres personnes inscrites sur le même forum.
 
LE MINI-MESSAGE : UNE DOUBLE STRATEGIE D’EXTERIORISATION ET DE RETRAIT DE L’INTIMITE
 
 
Quelle signification donner au mode de communication par mini-message dans le maintien des liens interpersonnels ? Nous partirons du constat des psycho-sociologues comme K. Scherer qui considère que la majorité des émotions sont provoquées par des interactions sociales et qu’à ce titre, les nouvelles technologies de communication, par le biais des conversations téléphoniques dans toutes sortes de lieux et de circonstances, augmentent les occasions susceptibles de provoquer des émotions [16]. En renforçant les occasions de contacts dans des situations où la conversation téléphonique demeurait jusqu’alors sous le contrôle des conventions sociales, l’échange interpersonnel de mini-message multiplie, de fait, les incidences sur la vie émotionnelle.
En effet, non seulement, le mini-message extrait de l’intimité l’expression des émotions interpersonnelles dans des contextes et des situations variées mais il traduit aussi dans son contenu des émotions intimes de la vie affective amoureuse et amicale. A la différence des conversations téléphoniques qui recouvrent un spectre de communications et d’interlocuteurs assez large (du plus professionnel au plus personnel), les mini-messages s’échangent principalement avec un noyau privilégié de deux ou trois personnes pour manifester une pensée affective, une présence symbolique à l’autre.
A qui j’en envoie ? A ma copine et mon meilleur ami (Jouaen, 19 ans), A ma meilleure amie (Sandrine, 21 ans; Virginie, 19 ans), A mon petit copain (Pascale, 35 ans, Florence, 37 ans), A ma petite copine (Sébastien, 22 ans, Sébastien, 20 ans)…
Thème central et récurrent du discours des enquêtés, le mini-message est ainsi un support idéal pour assurer la permanence du lien avec son amoureux ou son meilleur ami. D’ailleurs, les contenus affectifs constituent environ 70 % des messages :
C’est pour dire tu me manques ou je pense à toi (Marie-Hélène, 25 ans) ;
C’est tu me manques ou je penses à toi… Des trucs comme ça (Ghislaine, 20 ans) ;
En général, j’envoie des messages pour dire à une amie par exemple, que je l’aime très fort, ou à mon petit ami que je pense à lui. J’envoie des messages d’amour, j’aime bien (Stéphanie, 17 ans) ;
J’envoie des petits messages gentils pour ma copine, histoire de lui montrer que je pense à elle (Jouaen, 19 ans, Sébastien, 20 ans).
On pourrait étendre longtemps encore le corpus « des mots gentils » de la vie quotidienne qui s’échangent par mini-message. La nouveauté ne réside pas ici dans le contenu des propos, mais dans la possibilité offerte par le mini-message de les extérioriser à tout moment de la journée et dans les changements que cela entraîne sur les processus sociaux des émotions. Par le mode écrit et silencieux de la communication, le mini-message lève toutes les contraintes liées aux contextes extérieurs, les appréhensions liées à l’écoute intrusive de l’entourage et les pudeurs d’expression liées à la confrontation à l’autre inscrite dans la parole orale. On est ici en présence d’une situation tout à fait nouvelle où le désir impulsif d’émotions peut s’exprimer sans aucune retenue. Et à la différence de l’échange épistolaire, il conserve sa spontanéité en raison de l’instantanéité de la transmission.
Aux conventions et au contrôle social des émotions que contourne le mini-message répond donc aussi un moindre contrôle de/sur soi dans le rapport au désir d’expression de l’émotion dans le temps. Plus d’impatience, l’impulsion de dire est mise en acte, sans attendre, sous forme de parole écrite.
Dès que j’ai envie, je le fais, quand ça me prend (Virginie, 19 ans) ;
Dès que ça me prend. Quand une idée me traverse la tête, dans ce cas ce n’est pas évident de passer un coup de fil directement… (Pascal, 35 ans) ;
C’est vraiment avoir envie de dire quelque chose et de pouvoir le dire tout de suite (Marie-Hélène, 25 ans).
La communication par mini-message constitue également un mouvement de retrait de soi et de l’intimité. Retrait de soi dans la solitude du rapport à l’écrit et retrait de l’intimité de la scène publique. Extériorisation et retrait fonctionnent ici dans un rapport dialectique inséparable. Au terme d’une période où le téléphone portable aura parfois entraîné une exhibition des émotions et de l’intimité allant à contre courant de la civilisation des mœurs au sens où l’a décrite Norbert Elias [17], l’échange de mini-messages canalise l’émotion spectacle, tout en offrant la possibilité d’exprimer des émotions authentiques. Il semble bien qu’à mesure que s’élaborent des fonctionnalités nouvelles liées à la technologie des mobiles, celles qui s’inscrivent dans la continuité du mouvement de la maîtrise et du contrôle des comportements émotionnels en public influencent fortement le développement des nouvelles pratiques de communication.
Par les comportements qu’il engendre, le mini-message participe à la création de règles sociales sous la forme d’un nouveau savoir-vivre venant réguler et canaliser les débordements émotionnels qui pourraient menacer les rapports interpersonnels. A ce titre, le mini-message est un modèle exemplaire de conduite sociale qui montre comment l’apparition de nouveaux comportements peut influencer le code social et participer à la construction de nouvelles normes collectives. Comme le rappelle D. Picard s’appuyant sur l’analyse des rituels d’interaction de E. Goffman : « Le savoir vivre ritualise et régule les relations ; il constitue un guide stratégique qui permet de gérer les situations et les moments délicats de la vie sociale, moments qui sont presque toujours en rapport avec la défense de la ‘face’ et du ‘territoire’ ou l’établissement et la rupture du lien [18]. » Les motivations d’usage du mini-message témoignent de cette double stratégie de préserver la face et le territoire et d’un besoin spontané d’inscrire dans la continuité des règles de savoir vivre les nouveaux usages du téléphone mobile.
Jusqu’à ce jour, et actuellement encore, le désordre qu’introduit la téléphonie mobile au sein des « rites d’interactions » dans les lieux publics se manifeste par la perte de repères concernant la codification intériorisée des règles du jeu. Comment considérer la personne assise devant soi dans le train, à qui l’on offre ostensiblement le contenu de sa conversation téléphonique ? Quel est celui qui empiète sur le territoire de l’autre ? Est-ce le « participant non ratifié » selon l’expression de E. Goffman [19], non admis à participer à la conversation mais qui fait montre d’intrusion par ses soupirs ou l’avidité de sa curiosité et de son regard à suivre la conversation ? Ou est-ce l’orateur dérogeant aux codes traditionnels de bienséance qui imposent dans les lieux publics un maintien de la distance et l’accentuation de la réserve ? Devant les personnes inconnues, croisées notamment dans les lieux publics, il est habituellement de règle de manifester de l’indifférence. Or on voit bien dans ces situations d’interactions relativement nouvelles, que le rapport d’ignorance réciproque ne peut plus être tenu. L’embarras et la gêne que de telles situations suscitent parfois sont là pour montrer qu’un malaise est créé lié à l’absence de codifications sociales.
Dans ce conflit entre désir irrépressible de contacts sociaux et d’émotions et maltraitance du respect réciproque des obligations sociales, le mini-message répond donc aux enjeux nécessaires à l’établissement d’un nouveau savoir-vivre : ceux de la préservation du territoire et de la conservation de la face. Ces deux notions introduites par E. Goffman désignent les deux versants qui articulent le maintien des relations sociales dans un équilibre et un respect réciproque. La face désigne l’image de soi valorisée que chacun cherche à faire connaître dans les rapports sociaux. Elle s’exprime par la tenue, la mise en scène de soi selon le modèle reconnu socialement. Elle se manifeste à travers le respect et la considération pour soi et pour autrui en vertu « de l’effet combiné des règles d’amour propre et de la considération qui fait que, dans les rencontres, chacun tend à se conduire de façon à garder aussi bien sa propre face que celle des autres participants [20] ».
Par le retrait de l’intimité qu’autorise le mini-message en réponse aux exigences de discrétion, la transposition de la scène du train précédemment évoquée ne crée plus l’embarras des deux protagonistes où chacun perd la face. Les apparences sont sauves tandis que le territoire, au sens matériel et symbolique, est préservé : le territoire de la possession dont jouit le propriétaire du mobile qui continue de manipuler son objet comme un prolongement de lui même et les territoires symboliques de l’un et de l’autre au sens d’intimité, c’est-à-dire leur droit à un espace préservé de tout empiètement ou toute intrusion. En effet, comme le souligne E. Goffman, « au centre de l’organisation sociale, se trouve le concept de droit et autour de ce centre, les vicissitudes de la défense de ces droits (…). Un certain type de droit apparaît alors comme décisif : les droits qui s’exercent sur un territoire [21] ».
Conclusion
La pratique du mini-message est de moins en moins confidentielle. En témoignent l’élargissement du mini-message à des catégories d’âge plus élevées qu’il y a un ou deux ans et le constat que chez certains, elle constitue le mode principal, voir exclusif de communication avec le mobile au détriment des conservations orales. Au regard du modèle scandinave de développement des communications par mini-message, cette évolution pourrait traduire dans les années à venir l’instauration d’une nouvelle forme de maintien du lien parents enfants dans la vie quotidienne. Une déclinaison des avantages perçus du mini-message dans le cercle des relations domestiques renforcera alors une fonction pratique, de surveillance et d’urgence dans certaines situations de la vie familiale sur un mode perçu comme moins autoritaire par les enfants comme par les parents. Au-delà de la pluralité des situations d’usage dans lesquelles le mini-message peut engager le maintien des liens interpersonnels, il ressort que c’est toujours dans le sens d’un renforcement des contacts dans un temps continu et sans interruption du lien, rendu possible grâce au versant de désengagement corporel absolu (puisque même la voix disparaît) dans le rapport à l’autre.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]L’échange de mini-messages constitue une pratique innovante difficile à mettre en relation avec d’autres formes de communication interpersonnelle. Nous avons donc fait le choix de présenter ici les résultats empiriques de nos entretiens, sans les articuler à des études de sociabilité existantes sur les rencontres en face à face et au téléphone. Nous présentons en fin de cet article une bibliographie succincte qui repose sur les travaux de sociologues et psychosociologues ayant travaillé sur les interactions quotidiennes et la manière dont les normes et les règles de l’ordre social se reproduisent et émergent de ces interactions quotidiennes, bien qu’il soit, à notre sens encore trop tôt pour dire si cette piste de réflexion sera féconde pour interpréter durablement la pratique des mini-messages.
[2]RAUTIAINEN et KASESNIEMI, 1999.
[3]RAUTIAINEN et PIRJO, 2001,2002.
[4]FORTUNATI, 2001.
[5]LICOPPE, 2002.
[6]LICOPPE, HEURTIN, 2001.
[7]RELIEU, 2002.
[8]GOODY, 1994.
[9]VIRILIO, 2002.
[10]HILL, 2002.
[11]GOODY, 1994.
[12]SAUSSURE, 1908-1909, ed 1995.
[13]Soulignons que depuis que cette enquête a été menée, de nouveaux terminaux sont apparus, qui donnent la possibilité d’envoyer des SMS de 400 caractères.
[14]FABRE, WILLIAMS, 1997.
[15]BARTHES.
[16]SHERER, 1982,2001.
[17]ELIAS, 1976. Selon le sociologue allemand qui a étudié l’évolution des mœurs occidentales de la fin du Moyen Age à l’époque contemporaine, le processus de civilisation traduit un mouvement de répression sociale des pulsions affectives, émotionnelles, corporelles et sexuelles de la scène publique dans le sens d’un rejet de leurs manifestations dans les sphères privées de l’intimité. Cette privatisation sans cesse plus prononcée des manifestations pulsionnelles prenant progressivement la forme d’autocontraintes intériorisées jusqu’à devenir inconscientes rend compte de l’évolution des normes morales, du savoir-vivre et de la structure psychique des individus.
[18]PICARD, 1995, p. 17.
[19]GOFFMAN, 1987.
[20]GOFFMAN, 1973,1974.
[21]GOFFMAN, 1973, p. 43.
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[1]
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[2]
RAUTIAINEN et KASESNIEMI, 1999. Suite de la note...
[3]
RAUTIAINEN et PIRJO, 2001,2002. Suite de la note...
[4]
FORTUNATI, 2001. Suite de la note...
[5]
LICOPPE, 2002. Suite de la note...
[6]
LICOPPE, HEURTIN, 2001. Suite de la note...
[7]
RELIEU, 2002. Suite de la note...
[8]
GOODY, 1994. Suite de la note...
[9]
VIRILIO, 2002. Suite de la note...
[10]
HILL, 2002. Suite de la note...
[11]
GOODY, 1994. Suite de la note...
[12]
SAUSSURE, 1908-1909, ed 1995. Suite de la note...
[13]
Soulignons que depuis que cette enquête a été menée, de nou...
[suite] Suite de la note...
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FABRE, WILLIAMS, 1997. Suite de la note...
[15]
BARTHES. Suite de la note...
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SHERER, 1982,2001. Suite de la note...
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ELIAS, 1976. Selon le sociologue allemand qui a étudié l’év...
[suite] Suite de la note...
[18]
PICARD, 1995, p. 17. Suite de la note...
[19]
GOFFMAN, 1987. Suite de la note...
[20]
GOFFMAN, 1973,1974. Suite de la note...
[21]
GOFFMAN, 1973, p. 43. Suite de la note...