2002
Réseaux
La pratique du mini-message
Une double stratégie d’extériorisation et de retrait de l’intimité dans les interactions quotidiennes
Carole-Anne Riviere
L’espace d’écriture restreint du mini-message a créé les conditions d’une
appropriation ludique de ce mode de communication à travers des formes
d’écriture plurielles et créatives qui se combinent en répondant à un souci
d’efficacité pratique mais aussi à un désir de partager un univers complice et
original avec ses correspondants privilégiés. La discrétion et la distance
réflexive empruntées au code écrit, associées à la rapidité, l’instantanéité et
la joignabilité du support mobile expliquent une valeur d’usage des minimessages dans toutes les circonstances où l’on souhaite éviter une
conversation téléphonique, ne pas déranger son environnement ou celui de
l’autre, où il est impossible de parler. En autorisant une communication
permanente et sans ostentation, le mini-message participe aussi à la
construction de règles sociales adaptées aux exigences de civilité exigées
dans les lieux publics d’interaction.
The limited writing space of the SMS has created the conditions for a ludic
appropriation of this mode of communication through plural and creative
forms of writing. These hybrid forms meet the need for efficiency and fulfil
the desire to share an original world of complicity with favourite
correspondents. The discretion and reflexive distance of the written mode,
combined with the speed, instantaneity and reachability of the mobile
medium, explain a use value of SMS in all circumstances in which users
want to avoid talking on the telephone or disturbing their environment or
that of their correspondent, or in which it is impossible to talk. By allowing
continuous communication without any display, the SMS participates in the
construction of social rules suited to the courtesy required in public places.
Depuis l’engouement des premiers adeptes il y a deux ans, le mini-message s’est installé comme pratique de communication à part
entière et redéfinit l’interaction interpersonnelle liée au mobile
dans le sens d’une expression des émotions à la fois plus excessive mais
moins ostentatoire. En effet, le mini-message qui donne la possibilité
d’échanger des textes écrits limités à 160 caractères
via les téléphones
mobiles, emprunte sa valeur d’usage aux modes de communication
traditionnels et innovants portés par la voix et l’écriture (téléphone mobile,
e-mail, lettre manuscrite) sans se réduire à aucun d’eux. En créant les
conditions d’une communication aussi rapide et instantanée que la
transmission par e-mail, aussi immédiate et facile de réception et d’envoi
que le téléphone mobile avec l’efficacité, la concision et la discrétion du
mode écrit, le mini-message a trouvé une place originale dans toutes sortes
de lieux et de circonstances d’interactions quotidiennes
[1].
C’est en Scandinavie, dès 1995, qu’apparaît l’échange de mini-messages
interpersonnel. Les travaux finlandais ont montré les premiers la place
qu’occupaient les SMS dans les pratiques de communication des jeunes. En
1999, il s’échangeait déjà 650 millions de mini-messages pour 5 millions
d’habitants
[2]. Ce développement tient en partie au modèle scandinave
d’adoption précoce des nouvelles technologies mobiles. Il tient aussi à large
diffusion du téléphone mobile chez les adolescents mais aussi chez les
enfants (77 % des finlandais âgés de 15 à 19 ans utilisent un téléphone
mobile et près d’un tiers des enfants de 10 ans
[3] ).
En France c’est à partir de l’an 2000 que le SMS commence à faire des
émules et gagne un nombre important d’utilisateurs. Selon Orange, il s’en est
échangé un milliard (sur le parc Orange) en 2001. Proche de la temporalité
française, c’est également en 2000 qu’explose le marché des SMS en Italie
[4].
Dans tous les pays européens, on fait le constat que l’échange de mini-message est né d’un usage spontané chez les jeunes avant même que n’ait été
mise en place une politique volontariste ou commerciale de la part des
opérateurs. Alors que cet usage continue à se développer en Finlande en
intégrant des fonctionnalités multimédias de plus en plus sophistiquées
(envoi d’images, de photos et de musique) il est encore limité en France à
l’échange de messages textes.
Les travaux centrés sur l’articulation « des dispositifs interactionnels conçus
pour assurer un échange privé » montrent comment le SMS s’inscrit dans la
continuité d’usage du téléphone mobile pour assurer une permanence de la
connexion, à la fois technologique et sociale, et donner ainsi un sentiment de
durabilité des liens sociaux
[5]. Plus que la mobilité géographique individuelle,
c’est en effet la décontextualisation des relations des lieux de rencontre et de
connexion (maison, bureau) qui constitue un des facteurs qui contribuent le
plus fortement au développement du trafic mobile
[6]. De fait, le mobile
devient alors un outil d’usage opportuniste au sens où il multiplie les
opportunités et les occasions de conversation ou d’accès à l’information
(dans le cas du téléphone Wap par exemple). Comme l’écrit M. Relieu,
« dans la mesure où son téléphone demeure constamment à la portée de
main, l’usager est susceptible de le saisir dès qu’il en a l’opportunité dans le
contexte où il se trouve
[7] ».
La permanence de connexion technologique et sociale multiplie également
les stratégies de « joignabilité » des acteurs en termes de choix
d’accessibilité et d’anticipation de sa propre disponibilité et celle des autres.
A la possibilité d’éteindre le portable, de le mettre en mode de messagerie
vocale, ou de le laisser constamment allumé, le SMS ajoute une nouvelle
possibilité dans les arbitrages qui sont faits entre un mode de réponse en
absence et un mode de réponse engageant la parole dans l’immédiateté non
contrôlée du temps et du lieu. Par son mode écrit, le SMS désengage la voix
du rapport à l’autre tout en maintenant une communication qui crée une
alternative de présence symbolique.
Nous nous proposons de présenter dans cet article les résultats empiriques de
deux enquêtes qualitatives réalisées en 2000 et 2001 sur l’échange
interpersonnel de mini-messages. Nous nous interrogerons sur la forme de
communication du mini-message et ses effets sur la construction d’une
pratique sociale à travers trois angles d’analyses. Entre écriture et oralité,
nous verrons d’abord en quoi le mini-message constitue un nouveau format
de communication et institue une forme singulière d’échange interpersonnel
selon un mode d’appropriation ludique, pratique et social de la
communication. Nous verrons ensuite comment ce format de communication
structure les contextes et les situations d’usage dans les interactions
quotidiennes. Enfin, nous proposerons l’hypothèse que le mini-message
participe à la création de nouvelles règles de convenance sociale concernant
la communication mobile, par un double effet de contrôle et d’extériorisation
des émotions dans les espaces publics d’interactions.
Méthodologie
Les résultats présentés ici résultent de deux enquêtes qualitatives réalisées
en juillet 2000 et juillet 2001. Des entretiens individuels d’une heure
environ ont été menés pour chaque période auprès d’une quarantaine de
personnes utilisant les mini-messages sur la région parisienne. La majorité
d’entre eux sont de gros utilisateurs et envoient en moyenne 120 mini-messages par mois.
Bien qu’il apparaisse difficile d’établir des constats statistiques fiables sur
d’aussi petits effectifs, la comparaison de la structure des deux échantillons
montre une tendance actuelle à la diversification de l’âge des utilisateurs
vers les plus jeunes (moins de 18 ans) et vers les adultes de plus de 35 ans.
Cette tendance suit de façon cohérente la multiplication du nombre
d’utilisateurs dans le parc des possesseurs de mobile.
En l’an 2000, les effectifs se concentraient surtout sur la tranche d’âge des
18-24 ans puis sur celle des 25-30 ans. Ils se répartissent de façon égale en
2001 entre les 16-18 ans, les 19-24 ans, les 25-30 ans et les 31-40 ans.
La comparaison des situations et des motivations d’usage montre une
grande stabilité d’une année sur l’autre, ce qui engage à penser que la
pratique du mini-message s’installe comme phénomène durable en se
développant vers des profils d’utilisateurs de plus en plus variés mais en
suivant des logiques d’usages identiques. Ajoutons par ailleurs qu’on
observe aujourd’hui une diversification des usages du SMS : à la pratique
limitée à l’échange interpersonnel de mini-messages en l’an 2000, se
développe la pratique du chat SMS, en particulier chez les lycéens âgés de
15 à 19 ans.
LE MINI-MESSAGE : UNE FORME DE COMMUNICATION
ENTRE ECRITURE ET ORALITE
La singularité du mini-message tient à sa forme hybride d’écriture parlée,
une sorte d’écriture « désacralisée » en ce qu’elle minimise sa fonction
sociale de mémoire et libère des servitudes du littéralisme et du respect de la
forme. Lorsque l’on dit que les écrits restent alors que la parole s’envole, on
reconnaît traditionnellement une valeur absolue d’archive et de mémoire à
l’écriture, fixée définitivement et sans aucune modification possible, par
opposition au langage oral.
Par certains côtés, l’analogie du mini-message avec cette puissance de
conservation de l’écriture est l’une des spécificités de ce mode de
communication qui le distingue de la conversation téléphonique. Ainsi n’est-il pas rare d’entendre, que :
Ça reste en plus, ça reste en mémoire (…) Je conserve uniquement ceux de
ma copine nous dit Sébastien, parce que justement ils me touchent et comme
ça ils restent, on les garde pour avoir, non pas un souvenir, mais un petit côté
comme les papiers qu’on met de côté pour pouvoir le relire de temps en
temps, ce n’est pas désagréable. Y en a un, ça fait quatre mois que je l’ai.
(Sébastien, 22 ans).
C’est également le cas de Stéphanie qui reconnaît que :
C’est ça qui est bien, ça reste et je les regarde tout le temps mes mini-messages. Je les garde, ceux qui m’ont plus, c’est comme une lettre, moi ça
devient ça. (Stéphanie, 25 ans).
Pourtant l’écriture perd ici sa valeur absolue d’archive. Si le mobile se
transforme en objet de conservation de la mémoire personnelle, au même
titre qu’un journal intime, qu’un coffret renfermant ses secrets, il l’est en
effet de façon relative parce que non définitive. Comme le formule Virginie,
Et puis bon, aussi les messages, on peut les garder en mémoire, donc ce n’est
pas pareil qu’une communication orale, aussi. Comme une lettre, on aime
bien garder notre courrier. Voilà, moi je garde mes messages, et quand je n’ai
plus de place, je les efface. (Virginie, 19 ans)
ou encore Florence
J’en ai 4 ou 5 que je change régulièrement. (Florence, 37 ans)
Le fait que seuls dix mini-messages puissent être stockés dans le téléphone
lui-même constitue évidemment une contrainte technique qui explique le
renouvellement continu des messages conservés. Mais ce n’est pas le seul
facteur. Dans nos sociétés contemporaines, le mobile porte les valeurs
sociales d’un rapport au temps accéléré, d’un lien à l’autre en perpétuel
mouvement. Support d’une mémoire vivante de court terme, le mini-message reflète aussi ces valeurs sociales qui s’éloignent d’une culture écrite
ayant force de loi immuable et s’apparente à une culture orale dans une
civilisation de l’image, caractérisée par une vitesse de remplacement
toujours plus accélérée avec le développement des nouvelles technologies.
Pour Jack Goody, des changements dans les moyens de communication sont
liés de façon aussi bien directe qu’indirecte à des changements dans les
modes d’interaction humaine
[8].
Si l’on cherche à caractériser la valeur relative du SMS en la comparant à
quelque chose de semblable dans les systèmes d’écritures qui lui sont
coexistants, c’est d’une part, l’immédiateté du SMS qui le distingue d’autres
formes d’écritures ordinaires comme la lettre manuscrite ou le petit mot et
d’autre part, le caractère impersonnel du signe d’écriture électronique médié
par un écran neutre, que l’on porte toujours sur soi. Faut-il voir dans la
modernité de ce support de communication écrit le signe d’une
« déréalisation » de l’écriture au sens où l’entend P. Virilio, c’est-à-dire
comme désubstantification de l’expérience d’écriture, rendant le corps
inopérant ? Le SMS s’ajouterait-il aux autres simulateurs de proximité (TV,
web, portables…) exploitant une imposture de l’immédiaté en venant
combler le sentiment d’incomplétude de l’homme par l’illusion de sa toute
puissance virtuelle, manifeste au delà du temps, existante contre le temps
afin de nourrir cette imaginaire d’immortalité portée par la science et la
technique
[9] ? A chacun d’en juger.
De façon plus concrète et plus anecdotique, il semblerait que la relation de
réciprocité entre les nouvelles technologies et les utilisateurs se traduise par
des transformations morphologiques durables. Selon une étude rapportée
dans
The Observer
[10], le pouce est devenu le doigt le plus habile des moins
de 25 ans. Ce changement rapporte le Dr Sadie Plant, chercheur à
l’université de Warwick et auteur de l’étude, affecte les jeunes qui ont grandi
en utilisant des appareils de poche qui nécessitent l’utilisation du pouce pour
envoyer des e-mails et des SMS. « Le fait que notre pouce fonctionne
différemment de nos autres doigts est ce qui nous définit comme humains »
souligne-t-il. C’est aussi selon J. Goody, cette faculté qu’a l’homme de
manipuler des outils au moyen de sa main dont, fait unique, le pouce
s’oppose aux autres doigts, qui définit la base physique de l’écriture et des
arts graphiques en général
[11]. Parlera-t-on un jour de la civilisation du
pouce ? En tout cas, note Sadie Plant, les utilisateurs peu habitués au
téléphone mobile utilisent un ou plusieurs doigts pour taper les numéros de
téléphone et faire d’autres opérations sur le clavier, alors que les plus jeunes
utilisent leurs pouces de manière ambidextre, en regardant à peine les
touches. Au Japon où la tendance est très marquée, les jeunes de moins de
25 ans se décrivent eux-mêmes comme
oya yubi sedai, c’est-à-dire
génération du pouce ou tribu du pouce.
Si l’on s’intéresse à un autre terme de la comparaison, celle du mini-message
avec l’oralité, c’est la forme qu’emprunte l’écriture du mini-message qui
singularise ce moyen de communication. Le plus souvent phonétique, c’est à
dire exprimant des sons faits pour être entendus, l’écriture devient un pur
décalque du langage oral et rompt avec les servitudes de la forme et du
respect de la tradition. Par exemple, Samuel (17 ans) écrit :
c moi ki tapel toujour et jveu ma k7 ya ma chanson, el me mank ! j esper kon
va se voir pdt les vacance ! de toute manièr on se voi le 4 pour les résulta !
bisou…
On voit bien ici comment la segmentation phonétique des mots peut se
libérer des conventions grammaticales et d’orthographe. Dans quelle mesure,
cela entraîne-t-il des conséquences sur la pratique de l’écriture formelle ?
Dans nos cultures où le lien entre écriture et élitisme a toujours été très fort,
pensons ici à l’héritage d’une civilisation où les clerc médiévaux étaient
sacralisés, des craintes sont exprimées quant à l’effet d’appauvrissement du
mini-message sur le langage. Rappelons pourtant avec Ferdinand de
Saussure que l’unique raison d’être de l’écriture et de représenter la langue
même si en raison du prestige de la première, on en vient à donner plus
d’importance à la représentation du signe vocal qu’au signe lui-même. « La
langue littéraire, avec ses dictionnaires, ses grammaires et ses codes, soumis
à un usage rigoureux, l’orthographe, accroît encore l’importance imméritée
de l’écriture. On finit même par oublier le rapport naturel entre parler et
écrire
[12]. »
Pour étayer l’hypothèse de l’appauvrissement du langage, il faudrait
considérer le mini message comme une forme dégradée dérivée de l’écriture
conventionnelle, un échange textuel dont le référentiel serait le langage écrit
littéraire ou épistolaire. Or, il nous semble que le mini-message constitue une
forme autonome de communication non verbale qui doit s’interpréter au
regard de son efficacité pratique et aussi de son efficacité sociale pour
partager, voire construire, une identité avec le groupe ou la personne avec
lesquels on communique.
Des formes plurielles et créatives de communication non verbale
L’espace d’écriture du SMS, limité à 160 caractères
[13], a créé les conditions
d’une appropriation ludique de ce mode de communication et fait émerger
des jeux d’écriture plus ou moins inventifs. Mais c’est bien l’intention de
jouer avec l’espace qui explique les formes d’écriture créées et non pas
l’impossibilité d’exprimer entièrement le contenu d’un message qui contraint
au détournement du langage. En effet, à la question de savoir si 160
caractères constituent une limite pesante, la plupart des enquêtés répondent
comme Carole :
Je ne suis jamais arrivée aux 160 caractères Je ne sais pas ce que cela
représente d’ailleurs, si cela représente 30 mots, 50 mots. Je n’en sais rien du
tout. (Carole, 28 ans)
ou comme Sylvie,
Pour l’instant, cela ne m’a pas gênée parce que j’ai réussi à mettre ce que
j’avais à dire. Çà m’a suffit. J’envoie quand même plus que trois mots mais
çà peut-être variable. Çà peut-être des pages entières ou quelques mots.
(Sylvie, 35 ans).
Parfois, certains reconnaissent qu’il leur arrive marginalement d’en envoyer
deux. C’est le cas de Ghilaine (20 ans) :
Non, ça ne me gêne pas. Au pire des cas j’en envoie deux.
ou de Stéphane (28 ans)
Parfois c’est trop court. Mais c’est rare. En général, ça suffit.
ou encore de Yann (22 ans) :
Bah on s’habitue à 160 caractères mais… oui des fois c’est frustrant mais pas
souvent parce que quand on a beaucoup de choses à dire il faut en envoyer
deux. Ça m’est déjà arrivé mais généralement on arrive à faire tenir ce qu’on
a à dire en si peu de lignes quoi.
La perception d’un format de communication nouveau et original explique
donc le recours à des astuces de langage, toujours revendiquées sur le mode
ludique. Mais, loin de constituer des masses uniformes, les mini-messages
offrent une palette riche d’expressions et de vocabulaire, ils se répartissent
en une variété de styles, selon leur contenu, leur forme et le niveau de
langage employé. Personnalisée, l’écriture exprime la singularité
individuelle à travers un écrit préservant l’intégrité de la parole au même
titre que celle qui s’attache à la voix. C’est un constat similaire que fait
Patrick Williams lorsqu’il étudie les modes d’expression tsiganes. Dans les
lettres et les écrits étudiés, il montre l’absence de frontière entre l’écrit et
l’oral et l’importance de préserver l’identité singulière à travers une écriture
traduisant la façon de parler et d’être de l’individu plus que l’identité
collective à travers une orthographe correcte et des expressions
impersonnelles
[14].
Comme manifestation de la parole singulière de la personne, le respect de la
forme peut dans certains cas refléter une conception personnelle du mini-message. C’est le cas de Claire qui joue moins avec l’écriture qu’avec les
dessins qu’il est possible d’intégrer au texte :
Ça dépend des gens. Moi, j’avoue que j’ai du mal avec les abréviations. Ça
doit être mon côté vieille France. J’écris toujours les mots en entier, je ne fais
pas de fautes d’orthographe, je fais super gaffe. Je relis mes messages, je
n’aime pas qu’il y ait des fautes de frappe. Rarement, je mets des
abréviations. Mais des petits signes, des petits smiles. (Claire, 24 ans)
On voit d’ailleurs ici explicitement la relation entre la personnalité et la
façon d’écrire : c’est le côté « vielle France » de Claire qui choisit de
s’exprimer en respectant les conventions sociales et non pas l’obligation de
respecter les normes d’écritures.
Pour certains, le plaisir tiendra au fait que le mini-message oblige à
condenser la pensée, à rechercher le mot le plus juste afin de lever toute
ambiguïté, à synthétiser les idées, « à être percutant », comme dirait
Stéphane (28 ans) :
Moi je suis très, très à l’aise avec les messages-choc. Où il faut résumer en
trois phrases… Je pense que je dois avoir l’esprit assez concis. Je vais assez
droit au but et je pense que j’ai beaucoup plus d’humour… Enfin, c’est
comme ça que je le vois.
D’autres, à l’inverse, y verront le plaisir de jouer avec les mots, de manier la
langue, de créer de l’ambiguité, comme Christian :
C’est des messages, souvent c’est des messages à double sens, il y a on peut
dire beaucoup de jeux de mots, beaucoup de trucs comme ça. Parce que je
trouve que l’avantage de l’orthographe, ça permet d’utiliser pas mal
d’ambiguïtés, alors c’est sympa. Ca permet de manier la langue, de faire
passer des messages un peu ambigus, c’est bien, c’est sympa.
(Christian, 45 ans)
Pour Christophe, le format de communication libère sa créativité du côté de
la poésie :
Quand j’écris c’est souvent de façon assez ludique, à savoir que je m’amuse à
envoyer des alexandrins. Donc, en plus, c’est rigolo parce qu’il y a un côté
réflexion, un côté rigolo. Donc, c’est souvent des poèmes que j’envoie. Je ne
suis pas poète, c’est plutôt des trucs, genre un peu à la Boby Lapointe avec
des jeux de mots, des trucs assez marrants. (Christophe, 25 ans)
La forme télégraphique est celle que préfère employer Corinne :
Je le fais style télégramme, je supprime tous les sujets, mais les mots sont
entiers. J’écris : en panne, 4ème voie, périphérique, porte de St Ouen, ne sais
pas quoi faire. (Corinne, 37 ans)
On voit à travers ces différents exemples que chacun s’approprie cet espace
de communication sur un mode ludique et créatif qui lui est propre. A la
limite, le plaisir narcissique d’inventer un langage original ou encore
l’intention expressive du seul émetteur se substitue à la fonction
traditionnelle de communication définie comme échange réciproque en vue
de transmettre une information. C’est ce que résume Marion en disant :
C’est un truc marrant à écrire. Tout est dans la forme en fait. On se demande :
tiens, on envoie un message pour rien, c’est ludique, les jeux de ponctuation,
les petits mots qu’on emploie, c’est sympa. (Marion, 20 ans)
D’une certaine façon, le mini-message n’est pas sans rappeler le haïku.
Moins au sens strict puisque celui-ci caractérise un poème japonais de trois
vers parfaitement codifié (premiers et troisièmes vers pentasyllabiques, 2
e
vers heptasyllabique), mais par sa brièveté qui peut en traduire l’esprit au
sens où le dit Roland Barthes : « le haïku fait envie : combien de lecteurs
occidentaux n’ont pas rêvé de se promener dans la vie, un carnet à la main,
notant ici et là des ‘impressions’, dont la brièveté garantirait la perfection,
dont la simplicité attesterait la profondeur (…) dans le haïku, dirait-on, le
symbole, la métaphore, la leçon ne coûtent presque rien : à peine quelques
mots, une image, un sentiment-là où notre littérature demande ordinairement
un poème
[15] ».
Dans tous les cas, le mini-message est perçu comme un nouveau mode de
communication à part entière, hybride et difficile à qualifier. Les
commentaires de Virginie le résument bien lorsqu’elle dit :
Je ne sais pas, je ne sais pas comment dire ça. Ça change, ça change des
moyens de communication anciens comme le téléphone. Je ne sais pas, ça
permet de changer. C’est un autre moyen de communication. Mais je ne
saurais pas dire pourquoi j’aime bien ce moyen. Oui, je ne sais pas. Je ne sais
pas, ce n’est pas pareil, l’écrit, ou l’oral. (Virginie, 19 ans)
Spontanément, les adjectifs comme super, marrant, rigolo, sympa
s’enchaînent pour en parler :
Je trouve que c’est rigolo, comme moyen d’expression. J’aime bien. Ça
correspond bien à ma façon… C’est percutant, c’est rigolo, c’est marrant…
(Stéphane, 28 ans)
L’efficacité pratique et sociale de l’écriture phonétique et abrégée
Les abréviations et la phonétique occupent une place importante dans les
formes d’écriture du mini-message que les utilisateurs inventent et
personnalisent. Leur usage répond en premier lieu à des préoccupations
d’efficacité pratique pour écrire plus rapidement les textes et gagner du
temps. C’est souvent moins l’inconvénient de la taille du clavier
alphanumérique du mobile qui rend compte des intentions de compression
du message que la volonté explicite de l’émetteur de gagner du temps dans
certains contextes d’usage. Et si les inconvénients liés aux fonctions
techniques et ergonomiques du mobile n’ont pas échappé aux adeptes du
mini-message, ils ne constituent ni un frein, ni un motif de détournement de
l’écriture traditionnelle.
C’est le cas d’Alexandra qui explique :
Parfois, au lieu d’écrire un, on va mettre le chiffre pour gagner déjà un
caractère. Ou alors pour aller un peu plus vite. Ou alors, on va utiliser un peu
la phonétique. Donc le son d’une lettre pour le son d’un mot, des choses
comme ça. Je vais vous dire quelque chose par exemple de très personnel. Je
t’aime, on peut l’écrire « t’m », tout simplement, ça va plus vite. C’est le côté
parfois : je n’ai pas le temps, mais je pense à t’envoyer un message. Voilà, ça
montre qu’on est pressé. Je le traduis comme ça. Mais je me dis : c’est bien,
la personne est pressée, mais elle a quand même eu le temps d’envoyer un
message. (Alexandra, 18 ans)
C’est exactement la même chose pour Brice qui conclue en disant :
Oui, c’est vraiment histoire de raccourcir les messages pour qu’ils soient
écrits plus rapidement. (Brice, 17 ans)
Les manières d’abréger le texte écrit font appel à des signes plus ou moins
standardisés et plus ou moins conventionnels. Parmi les plus couramment
utilisés, il y a le recours aux sons phonétiques. Par exemple, Brice explique
que :
Pour le mot « demain », on l’écrit 2, M et IN. C’est beaucoup plus rapide.
Sinon, le verbe peux, on utilise « pe ». Et des choses comme ça. C’est
beaucoup plus rapide. Quand il y a des mots qui se finissent pas un e, en
général, je ne le met pas. En général, ça reste compréhensible. Sinon, tout ce
qui est son « il faut », au lieu de mettre AU, je mets O tout court.
Les abréviations conventionnelles sont également fréquemment utilisées,
Par exemple, nous dit Audrey, temps, je l’écris tps pour d’autres trucs ça va
être phonétique, acheter, je l’écris HET ou problème nous dit Emmanuel, je
l’écris pb. (Audrey, 21 ans)
Le plus souvent toutes les possibilités sont exploitées et combinées en même
temps. L’exemple que donne Sabine est parlant à cet égard :
C’est par exemple, pour écrire… il y en a un qui m’a écrit comme ça, ça c’est
celui que je viens de lire… Voilà : elle me dit « le principal c’est que tous tes
bons amis » elle l’écrit CQTS. (Sabine, 22 ans)
D’autres encore vont intégrer des mots anglais lorsqu’ils sont plus courts.
C’est le cas de Pascale (35 ans) :
Today, c’est plus court qu’aujourd’hui. Je n’ai pas d’idées, là, mais l’anglais
me rend bien service parce que les mots sont plus courts. Je mets « y » pour
mettre « toi » mais c’est avec certaines personnes.
Les fautes d’orthographe sont un autre moyen intentionnel d’aller plus vite :
Des fois on fait même exprès de faire des fautes d’orthographe, parce que
quand il faut attendre, quand il y a par exemple deux t ou deux l et qu’il faut
attendre, on en met qu’un, et puis la personne comprendra très bien quoi.
L’efficacité pratique n’est pas le seul élément d’explication des formes
hybrides d’écriture des mini-messages. Il existe une véritable jubilation, en
particulier chez les plus jeunes, à inventer un langage qui s’éloigne de
l’écriture conventionnelle. Dans ce cas, il semble que l’on puisse parler
d’efficacité sociale du mini-message au sens où il devient un espace de
transgression symbolique, par lequel les adolescents se créent un univers
commun inaccessible à ceux qui n’auraient pas le code, en autres les adultes,
mais qui fonctionne comme un lieu de reconnaissance et de complicité
réciproque entre ceux qui le partagent. Christian commente ainsi les
messages de son fils :
Mon fils, il a un langage carrément, c’est phonétique. Des fois, il m’envoie
des trucs, c’est tellement bourré de fautes d’orthographe qu’il faut le lire à
voix haute pour comprendre ce qu’il veut mettre. Mais en même temps, ce
n’est pas grave. Alors il shunte les mots, il coupe les mots en deux. Enfin, des
fois, il met ça en verlan. (…) C’est pas que j’ai du mal à comprendre, c’est
que, oui, c’est son langage à lui, alors, une petite gymnastique d’esprit et puis
ça va. Mais, non, c’est bien. (Christian, 45 ans)
Là où l’écriture traditionnelle symbolise la loi et l’institution, les fautes
d’orthographe participent chez les lycéens, qui sont les seuls à les
revendiquer, de leur désir d’échapper au normatif. Par ailleurs, l’écriture
phonétique associée à la liberté de segmentation des mots et d’orthographe
met en place un langage qui prend presque valeur d’écriture secrète,
magique où le plaisir d’invention côtoie le plaisir de déchiffrement, ce qui
renforce la complicité et le sentiment d’exister sur un mode fusionnel avec la
communauté qu’on participe à créer, grâce à des références communes.
C’est ce qui dit Marion lorsqu’elle constate :
Oui, en plus, on abrège les mots. On n’écrit pas comme si on écrivait sur une
feuille. C’est d’autant plus drôle de déchiffrer les trucs. Là, on peut tout
attacher et il faut séparer les mots, et ça fait des phrases bizarres, c’est
marrant. Le « je t’aime », on écrit « J tem » souvent, comme ça, pour
déconner, c’est toujours pareil. Il y a des trucs qu’on écrit vraiment
biscornus, et ça ne veut rien dire. Les gens qui lisent, on écrit pas mal avec
des cap. On fait des fautes. Les gens extérieurs, quand ils nous répondent, si
c’est la première fois qu’on leur écrit comme ça, ils répondent avec e et tout
ça, et après ils se prennent au jeu et ils écrivent comme nous. Pour quelqu’un
de complètement extérieur, ce serait difficile, je pense. Mais ça dépend de la
personne, bien sûr. On parle aussi en anglais, on peut placer un mot
d’espagnol ou d’allemand. C’est pas mal de trucs de langue, la ponctuation,
etc. Les générations aussi, parce que si je veux en envoyer un à ma tante, ce
sera nickel parce que ça dépend de la personne. On sait comment ça va être et
si on peut se permettre de faire des fautes ou alors si on écrit bien.
(Marion, 20 ans)
On voit ici que l’espace de liberté que s’octroient les jeunes est conscient et
borné au mini-message. Le choix de jouer avec le format de communication
disponible ne s’étend pas au delà du groupe d’initiés. L’adaptation aux
règles d’écritures reprend ses droits dès lors qu’il s’agit de communiquer
avec les « vieilles générations », ou dans des situations où l’enjeu n’autorise
pas les fantaisies d’écriture comme les examens par exemple. Parfois, c’est
dans le jeu amoureux que la valeur secrète de l’écriture célèbre le désir d’un
langage ésotérique unique, enveloppe protectrice contre l’extérieur.
C’est le cas d’Audrey qui nous dit qu’avec son copain :
C’est des messages gentils quoi, en fait on a un vocabulaire, on s’est établi un
vocabulaire pour nous deux, donc on s’écrit des messages marrants quoi.
C’est pas vraiment des codes, mais bon on est un peu, on fait un peu jeté
quoi… Non, on s’écrit des messages rigolos quoi. (Audrey, 21 ans)
C’est le cas d’Emmanuel qui, à la question de savoir s’il partage avec sa
copine un langage propre à eux deux, répond :
Oui, je crois. Des fois je pense… au début c’est quand on était pressés. On
n’avait pas le temps de tout s’écrire donc on s’écrivait en abrégé. Et après on
a dû s’appeler : « t’as compris ce que j’ai dit ? » « ouais, ouais » ou alors ça
c’est fait automatiquement ou alors je lui renvoyais la même onomatopée, le
même truc et elle a compris donc au fur et à mesure c’était l’engrenage, plus
on faisait des trucs qu’on comprenait, plus on faisait de trucs rapides et qu’on
se comprenait, plus on en faisait. Bah là maintenant, on parle petit-nègre
quoi. Par exemple c’est généralement quand on se met « PS » à la fin ça veut
dire « tu me manques », parce qu’on avait dû se mettre un fois « PS : tu me
manques » « PS : toi aussi » et puis maintenant on se met « PS » à la fin, ce
sont des petits trucs comme ça. (Emmanuel, 22 ans)
LES PRATIQUES DU MINI-MESSAGE DANS LA VIE QUOTIDIENNE
Quelle place occupent les mini-messages dans les interactions quotidiennes ?
Par leurs caractéristiques hybrides empruntant la discrétion et la distance
réflexive du mode écrit sur un support aussi innovant que le mobile par la
rapidité, l’instantanéité et l’immédiateté des communications échangées, les
mini-messages renforcent les occasions d’entrer en relation avec ses
correspondants tout en réduisant leur manifestation ostentatoire. S’est ainsi
créée une valeur d’usage du mini-message dans toutes les circonstances où
l’arbitrage instinctif entre l’écrit et la voix se fait au profit de l’échange écrit
pour satisfaire son besoin de communiquer.
On peut définir le mode de communication par mini-message par plusieurs
éléments. D’abord, la souplesse d’utilisation et de joignabilité du mobile :
On l’a tout le temps (le mobile), donc quand il y a quelqu’un qui veut nous
joindre, ou je ne sais pas, prendre des nouvelles, on l’a toujours sur nous,
qu’on soit n’importe où, en vacances, chez nous, dans les transports.
(Virginie, 19 ans)
Ensuite, par l’efficacité et la concision du mode écrit en comparaison des
longues conversations téléphoniques car :
C’est très concis et souvent, c’est vachement plus efficace que si l’on passait
un coup de fil. (Claire, 24 ans)
et par la discrétion du mode de réception et l’asynchronisme du message qui
libèrent de la perception intrusive que peut revêtir l’acte de communication
téléphonique traditionnel et laissent le temps de réflexion tant à l’émetteur
qu’au récepteur.
C’est discret, comparé au téléphone où ça fait une grande sonnerie et ça
réveille tout le monde.
constate ainsi Arame (15 ans), et puis, relève Cédric :
On a plus le temps de réfléchir, des fois, quand on s’appelle au téléphone, on
ne sait pas trop quoi se dire. Tandis qu’avec les mini messages, en quelques
mots, on fait passer bien ce qu’on pense, ce qu’on veut dire. (Cédric, 18 ans)
A travers l’expérience quotidienne des personnes qui utilisent les mini-messages, cinq grandes catégories de motivations sociales peuvent regrouper
la multitude de situations liées à la vie personnelle de chacun.
Eviter une conversation téléphonique
Dans les pratiques observées, éviter une longue conversation téléphonique
constitue le premier motif d’usage du mini-message. Le caractère
asynchrone de l’échange, à savoir le temps différé de la réponse, la façon
unilatérale de délivrer le message
Comme ça, au moins, on est pas coupé dans ce qu’on a à dire.
(Stéphane, 28 ans)
ainsi que le caractère concis, direct et synthétique du mini-message
Comme ça dure moins longtemps, le message est clair, on va directement au
but. ( Marie-Hélène, 25 ans)
sont alors les principaux atouts mis en avant par les enquêtés.
Réduit à son contenu minimal, sans autres règles de convenances, le recours
au mini-message dans les stratégies d’évitement d’une conversation
téléphonique, répond à un triple besoin : gagner du temps :
Les mini-messages, quand on les envoie, on n’a pas besoin de parler pendant
des heures. (Arame, 15 ans)
faire des économies
Aussi quand on a dépassé le forfait, par exemple ; ça coûte moins cher que de
téléphoner. (Sébastien, 22 ans)
maintenir un lien en toute circonstance, même lorsqu’on n’a pas envie de
parler ou que l’on a rien à dire
Il y a des moments où je n’ai pas envie d’être au téléphone, donc j’envoie un
mini-message comme ça je me dis, il est au courant, et c’est fait, quoi, pas
besoin d’appeler. Des fois, ça me saoule, ça dépend des moments quoi.
(Jaouen, 19 ans)
Ne pas déranger son environnement et celui de l’autre
L’idée de ne pas faire de bruit et de ne pas déranger son environnement
constitue un deuxième motif d’usage du mini-message. Dans cette
circonstance, les avantages sont la discrétion du signal sonore à la réception
et surtout celle du mode écrit qui permet un échange silencieux favorisant la
confidentialité. Afin de gérer sa propre disponibilité pour parler et anticiper
celle de l’autre, afin de ne pas imposer à l’entourage le contenu d’une
conversation personnelle, tout en la préservant de son caractère intime, le
mini-message a trouvé sa place tant dans les lieux publics que dans les
plages horaires inhabituelles ou encore, dans toutes les situations où en
compagnie d’amis, les codes de bienséance veulent qu’une conversation
téléphonique vous ferait passer pour un mal élevé.
Il est intéressant de noter dès à présent, qu’au moment où se multiplient les
téléphones portables entraînant parfois un débordement du seuil de tolérance
sociale face aux excès des manifestations du privé exposées publiquement
dans des espaces neutres d’interactions sociales, le mini-message traduit une
forme de retrait de la communication-spectacle, sans pour autant imposer le
renoncement à l’acte de communication.
Cet usage nouveau et spontané du téléphone portable fonctionne sur le mode
du respect réciproque de soi et de l’entourage comme dans les lieux publics.
Ainsi pour Virginie :
Dans les transports en commun, y a du monde autour, c’est plus discret. Ca
m’est déjà arrivé de recevoir des appels, mais je n’aime pas, dans le RER,
dans les lieux publics, c’est mieux de recevoir un message. (Virginie, 19 ans)
ou sur le lieu de travail :
Quand je suis avec d’autres personnes et que j’ai besoin de dire quelque
chose à quelqu’un en fait je trouve ça bien parce qu’on ne dérange pas les
autres en téléphonant surtout (…) et puis je sais pas quand je suis au bureau
par exemple. Il y a des choses que je n’ai pas envie de raconter.
(Marie-Hélène, 25 ans)
L’espace de préservation peut être plus symbolique lorsqu’il s’agit comme
pour Arame d’échapper à l’intrusion parentale :
Quand je parle avec mon copain, je ne veux pas que mes parents entendent.
(Arame, 15 ans)
Les conventions sociales liés aux horaires d’appel peuvent être contournées
également
Quand je rentre tard. Hier par exemple, je suis rentrée à 4H du matin chez
moi, et je devais appeler une copine quand je rentrais. J’ai préféré lui envoyer
un message pour ne pas faire sonner son téléphone pour ne pas la réveiller.
(Claire, 24 ans)
Enfin, pour l’anecdote, nous rapporterons ici le témoignage de Laurent qui
s’inquiète de l’équilibre de l’écosystème et nous explique que :
Pendant que je pêche par exemple. Je mets mon portable sur vibreur, ça veut
dire qu’il n’y a plus de son et donc on ne me dérange pas et j’envoie plein de
mini-messages comme ça. Je peux communiquer tout en étant au calme, pour
ne pas déranger le poisson… (Laurent, 23 ans)
Continuer à communiquer lorsqu’une conversation téléphonique
est impossible ou difficile
La perception déclarée du motif d’usage exprime ici la possibilité de maintenir
le lien en toute circonstance et répondre à un besoin de communiquer dans les
situations pratiques où il est impossible de téléphoner. Comme pour le motif
précédent, l’efficacité silencieuse du mode de communication est présentée ici
comme la qualité principale du mini-message. Elle structure effectivement
l’usage dans des situations où l’environnement bruyant empêche une autre
forme de communication téléphonique :
Par exemple si je suis à un concert et que c’est super fort, et qu’on n’entend
rien au téléphone, oui on s’envoie des mini-messages. (Claire, 24 ans)
ou
Si on est dans une soirée, où il y a beaucoup de bruit, on envoie un mini-message et c’est réglé.
nous dit également Marion (20 ans).
De façon sous-jacente, l’analyse des situations d’usage montre que le mini-message est un mode de communication impulsif qui permet de laisser libre
cours à ses pulsions de communication en réveillant l’attrait à tout âge de la
transgression des interdits. Il s’apparente alors à un acte de distraction dans
une situation contrainte par des normes sociales rigides. C’est notamment le
cas des lycéens et des étudiants pendant les cours mais aussi de certains
adultes dans des situations de travail ennuyeuses :
On n’arrête pas de s’envoyer des messages pendant les cours parce que le
téléphone, en cours…C’est là où j’en envoie le plus. Je suis tout le temps
avec mon portable en cours, surtout quand ce sont des matières pas
importantes, alors là on se lâche… (Ghislaine, 20 ans)
Ou alors comme Pascal
En réunion ou au bureau, quand je ne peux pas appeler, je fais un mini-message, ça prend 30 secondes. (Pascal, 40 ans)
ou Laurent :
Il y a deux ou trois mois de ça, je vendais des SICAV monétaires par
téléphone. Donc nous étions assez surveillés. Je ne pouvais pas me permettre
d’appeler avec mon portable. Donc là, j’envoyais des mini-messages. C’était
très pratique. (Laurent, 23 ans)
Extérioriser et exprimer ses émotions
Par son caractère écrit et différé et en même temps quasi instantané, le mini
message permet surtout l’extériorisation des sentiments et répond à un
besoin impulsif de faire partager ses émotions au moment où elles sont
ressenties, sans vouloir ou sans pouvoir les exprimer à l’autre oralement.
Ainsi, pour la plupart des mini-messageurs, quel que soit leur âge, le mini-message c’est manifester sa présence à l’autre, dans les relations amoureuses
et amicales.
Et puis, en général, je trouve ça plus facile de communiquer pour parler
d’amour avec son copain ou avec de très bons amis (…). C’est quand même
plus facile d’écrire à quelqu’un que de l’appeler, enfin que de lui dire en face.
Il y a des trucs que j’ose dire par mini-message, que je n’oserais pas dire en
face. (Stéphanie, 17 ans)
C’est aussi le cas de Pascale, pourtant plus âgée :
J’ai rencontré quelqu’un qui me plaisait bien et à qui je ne déplaisais pas,
donc il y avait un échange privilégié. Le plaisir que ça te donne, ça ne vaut
pas le coup de s’en priver.(…) De savoir qu’on a fait passer une émotion
instantanément. Quand on est amoureux, il y a des situations où tu as envie
de savoir où l’autre en est, tu ne vas pas envoyer un courrier, tu n’as pas
forcément envie de téléphoner, pour x raisons, donc ce peut être l’occasion
d’avoir une réponse tout de suite, ou pas de répondre tout de suite… Et puis il
y a des choses qui ne sont pas forcément faciles à dire et c’est aussi pour
surprendre. (Pascale, 35 ans)
Chez les adultes, les mini-messages se cumulent aux autres échanges
affectifs de la vie quotidienne. En revanche, ils constituent chez les
adolescents qui se risquent souvent pour la première fois à dire à l’autre ce
qu’ils ressentent, un mode de découverte des relations amoureuses parce que
l’écrit a un effet désinhibiteur. C’est ce que raconte Sabrina, qui nous parle
de sa timidité :
Je suis timide, donc il y a des trucs que je n’ose pas dire à mon copain, je
t’aime, des trucs comme ça, donc je le dis plus facilement sur le mini-message. (Sabrina, 17 ans)
Si le mode écrit favorise la formulation d’émotions positives fortes, il
tempère et adoucit aussi les excès des émotions agressives. Par l’évitement
de la confrontation orale, le mini-message facilite le contrôle des émotions
agressives comme le montre l’expérience de Stéphanie :
L’autre jour je me suis rentrée un peu énervée et j’ai envoyé un texto (…). Je
pense que ça a un impact, j’ai préféré écrire que l’avoir franco au téléphone,
parce que je crois que j’aurais été beaucoup plus méchante…
(Stéphanie, 25 ans)
Il permet de mieux gérer les conflits et les excès d’orgueil narcissique
comme le raconte Pascale :
L’autre jour, je suis partie en claquant la porte, j’étais vexée et un quart
d’heure après, j’ai envoyé un mini-message, mais je n’avais pas du tout envie
d’appeler la personne en lui disant « je suis désolée, je te demande pardon »,
par contre, c’est ce que j’ai écrit. (Pascale, 35 ans)
Passer le temps, s’amuser, se distraire
Les conversations par mini-messages pendant une ou deux heures d’affilée
constituent aussi un passe temps qui s’apparente à jeu de conversation
interactif à distance. Lorsque les plus jeunes regardent la télévision ou parce
qu’ils n’ont rien à faire, le soir, avant de s’endormir, ils racontent :
Ca dure trois heures… C’est marrant : au lieu d’avoir une conversation en
face à face, on l’a par mini-message. Au lieu d’aller prendre un café et de
parler, on fait ça de chez nous. On s’envoie des messages. C’est comme ça.
On peut même avoir trois personnes en même temps. (Marion, 20 ans)
Et, précise Arame :
Mais des fois on communique par les mini-messages. On peut passer des
heures et des heures. Et qu’est ce qu’on dit ? On parle. Par exemple, on
regarde le match de foot et quand il y a un but, on s’écrit « t’as vu lui
comment il a joué ». Enfin, c’est pareil pour toutes sortes de choses.
(A., 15 ans)
Cette communication en aller et retour constitue un partage particulier du
temps.
Comme jeu de conversation interactif, l’échange de mini-messages
interpersonnels correspond à une situation d’usage mineure et a tendance
aujourd’hui à se poursuivre sous la forme du chat SMS qui offre la
possibilité de s’inscrire à des forums de discussion et d’entrer en contact
sous un nom d’emprunt ou pseudonyme avec d’autres personnes inscrites sur
le même forum.
LE MINI-MESSAGE : UNE DOUBLE STRATEGIE
D’EXTERIORISATION ET DE RETRAIT DE L’INTIMITE
Quelle signification donner au mode de communication par mini-message
dans le maintien des liens interpersonnels ? Nous partirons du constat des
psycho-sociologues comme K. Scherer qui considère que la majorité des
émotions sont provoquées par des interactions sociales et qu’à ce titre, les
nouvelles technologies de communication, par le biais des conversations
téléphoniques dans toutes sortes de lieux et de circonstances, augmentent les
occasions susceptibles de provoquer des émotions
[16]. En renforçant les
occasions de contacts dans des situations où la conversation téléphonique
demeurait jusqu’alors sous le contrôle des conventions sociales, l’échange
interpersonnel de mini-message multiplie, de fait, les incidences sur la vie
émotionnelle.
En effet, non seulement, le mini-message extrait de l’intimité l’expression
des émotions interpersonnelles dans des contextes et des situations variées
mais il traduit aussi dans son contenu des émotions intimes de la vie
affective amoureuse et amicale. A la différence des conversations
téléphoniques qui recouvrent un spectre de communications et
d’interlocuteurs assez large (du plus professionnel au plus personnel), les
mini-messages s’échangent principalement avec un noyau privilégié de deux
ou trois personnes pour manifester une pensée affective, une présence
symbolique à l’autre.
A qui j’en envoie ? A ma copine et mon meilleur ami (Jouaen, 19 ans),
A ma meilleure amie (Sandrine, 21 ans; Virginie, 19 ans),
A mon petit copain (Pascale, 35 ans, Florence, 37 ans),
A ma petite copine (Sébastien, 22 ans, Sébastien, 20 ans)…
Thème central et récurrent du discours des enquêtés, le mini-message est
ainsi un support idéal pour assurer la permanence du lien avec son amoureux
ou son meilleur ami. D’ailleurs, les contenus affectifs constituent environ
70 % des messages :
C’est pour dire tu me manques ou je pense à toi (Marie-Hélène, 25 ans) ;
C’est tu me manques ou je penses à toi… Des trucs comme ça (Ghislaine,
20 ans) ;
En général, j’envoie des messages pour dire à une amie par exemple, que je
l’aime très fort, ou à mon petit ami que je pense à lui. J’envoie des messages
d’amour, j’aime bien (Stéphanie, 17 ans) ;
J’envoie des petits messages gentils pour ma copine, histoire de lui montrer
que je pense à elle (Jouaen, 19 ans, Sébastien, 20 ans).
On pourrait étendre longtemps encore le corpus « des mots gentils » de la vie
quotidienne qui s’échangent par mini-message. La nouveauté ne réside pas
ici dans le contenu des propos, mais dans la possibilité offerte par le mini-message de les extérioriser à tout moment de la journée et dans les
changements que cela entraîne sur les processus sociaux des émotions. Par le
mode écrit et silencieux de la communication, le mini-message lève toutes
les contraintes liées aux contextes extérieurs, les appréhensions liées à
l’écoute intrusive de l’entourage et les pudeurs d’expression liées à la
confrontation à l’autre inscrite dans la parole orale. On est ici en présence
d’une situation tout à fait nouvelle où le désir impulsif d’émotions peut
s’exprimer sans aucune retenue. Et à la différence de l’échange épistolaire, il
conserve sa spontanéité en raison de l’instantanéité de la transmission.
Aux conventions et au contrôle social des émotions que contourne le mini-message répond donc aussi un moindre contrôle de/sur soi dans le rapport au
désir d’expression de l’émotion dans le temps. Plus d’impatience,
l’impulsion de dire est mise en acte, sans attendre, sous forme de parole
écrite.
Dès que j’ai envie, je le fais, quand ça me prend (Virginie, 19 ans) ;
Dès que ça me prend. Quand une idée me traverse la tête, dans ce cas ce n’est
pas évident de passer un coup de fil directement… (Pascal, 35 ans) ;
C’est vraiment avoir envie de dire quelque chose et de pouvoir le dire tout de
suite (Marie-Hélène, 25 ans).
La communication par mini-message constitue également un mouvement de
retrait de soi et de l’intimité. Retrait de soi dans la solitude du rapport à
l’écrit et retrait de l’intimité de la scène publique. Extériorisation et retrait
fonctionnent ici dans un rapport dialectique inséparable. Au terme d’une
période où le téléphone portable aura parfois entraîné une exhibition des
émotions et de l’intimité allant à contre courant de la civilisation des mœurs
au sens où l’a décrite Norbert Elias
[17], l’échange de mini-messages canalise
l’émotion spectacle, tout en offrant la possibilité d’exprimer des émotions
authentiques. Il semble bien qu’à mesure que s’élaborent des fonctionnalités
nouvelles liées à la technologie des mobiles, celles qui s’inscrivent dans la
continuité du mouvement de la maîtrise et du contrôle des comportements
émotionnels en public influencent fortement le développement des nouvelles
pratiques de communication.
Par les comportements qu’il engendre, le mini-message participe à la
création de règles sociales sous la forme d’un nouveau savoir-vivre venant
réguler et canaliser les débordements émotionnels qui pourraient menacer
les rapports interpersonnels. A ce titre, le mini-message est un modèle
exemplaire de conduite sociale qui montre comment l’apparition de
nouveaux comportements peut influencer le code social et participer à la
construction de nouvelles normes collectives. Comme le rappelle D. Picard
s’appuyant sur l’analyse des rituels d’interaction de E. Goffman : « Le
savoir vivre ritualise et régule les relations ; il constitue un guide
stratégique qui permet de gérer les situations et les moments délicats de la
vie sociale, moments qui sont presque toujours en rapport avec la défense
de la ‘face’ et du ‘territoire’ ou l’établissement et la rupture du lien
[18]. » Les
motivations d’usage du mini-message témoignent de cette double stratégie
de préserver la face et le territoire et d’un besoin spontané d’inscrire dans
la continuité des règles de savoir vivre les nouveaux usages du téléphone
mobile.
Jusqu’à ce jour, et actuellement encore, le désordre qu’introduit la
téléphonie mobile au sein des « rites d’interactions » dans les lieux publics
se manifeste par la perte de repères concernant la codification intériorisée
des règles du jeu. Comment considérer la personne assise devant soi dans
le train, à qui l’on offre ostensiblement le contenu de sa conversation
téléphonique ? Quel est celui qui empiète sur le territoire de l’autre ? Est-ce le « participant non ratifié » selon l’expression de E. Goffman
[19], non
admis à participer à la conversation mais qui fait montre d’intrusion par ses
soupirs ou l’avidité de sa curiosité et de son regard à suivre la
conversation ? Ou est-ce l’orateur dérogeant aux codes traditionnels de
bienséance qui imposent dans les lieux publics un maintien de la distance
et l’accentuation de la réserve ? Devant les personnes inconnues, croisées
notamment dans les lieux publics, il est habituellement de règle de
manifester de l’indifférence. Or on voit bien dans ces situations
d’interactions relativement nouvelles, que le rapport d’ignorance
réciproque ne peut plus être tenu. L’embarras et la gêne que de telles
situations suscitent parfois sont là pour montrer qu’un malaise est créé lié à
l’absence de codifications sociales.
Dans ce conflit entre désir irrépressible de contacts sociaux et d’émotions
et maltraitance du respect réciproque des obligations sociales, le mini-message répond donc aux enjeux nécessaires à l’établissement d’un
nouveau savoir-vivre : ceux de la préservation du territoire et de la
conservation de la face. Ces deux notions introduites par E. Goffman
désignent les deux versants qui articulent le maintien des relations sociales
dans un équilibre et un respect réciproque. La face désigne l’image de soi
valorisée que chacun cherche à faire connaître dans les rapports sociaux.
Elle s’exprime par la tenue, la mise en scène de soi selon le modèle
reconnu socialement. Elle se manifeste à travers le respect et la
considération pour soi et pour autrui en vertu « de l’effet combiné des
règles d’amour propre et de la considération qui fait que, dans les
rencontres, chacun tend à se conduire de façon à garder aussi bien sa
propre face que celle des autres participants
[20] ».
Par le retrait de l’intimité qu’autorise le mini-message en réponse aux
exigences de discrétion, la transposition de la scène du train précédemment
évoquée ne crée plus l’embarras des deux protagonistes où chacun perd la
face. Les apparences sont sauves tandis que le territoire, au sens matériel et
symbolique, est préservé : le territoire de la possession dont jouit le
propriétaire du mobile qui continue de manipuler son objet comme un
prolongement de lui même et les territoires symboliques de l’un et de l’autre
au sens d’intimité, c’est-à-dire leur droit à un espace préservé de tout
empiètement ou toute intrusion. En effet, comme le souligne E. Goffman,
« au centre de l’organisation sociale, se trouve le concept de droit et autour
de ce centre, les vicissitudes de la défense de ces droits (…). Un certain type
de droit apparaît alors comme décisif : les droits qui s’exercent sur un
territoire
[21] ».
Conclusion
La pratique du mini-message est de moins en moins confidentielle. En
témoignent l’élargissement du mini-message à des catégories d’âge plus
élevées qu’il y a un ou deux ans et le constat que chez certains, elle constitue
le mode principal, voir exclusif de communication avec le mobile au
détriment des conservations orales. Au regard du modèle scandinave de
développement des communications par mini-message, cette évolution
pourrait traduire dans les années à venir l’instauration d’une nouvelle forme
de maintien du lien parents enfants dans la vie quotidienne. Une déclinaison
des avantages perçus du mini-message dans le cercle des relations
domestiques renforcera alors une fonction pratique, de surveillance et
d’urgence dans certaines situations de la vie familiale sur un mode perçu
comme moins autoritaire par les enfants comme par les parents. Au-delà de
la pluralité des situations d’usage dans lesquelles le mini-message peut
engager le maintien des liens interpersonnels, il ressort que c’est toujours
dans le sens d’un renforcement des contacts dans un temps continu et sans
interruption du lien, rendu possible grâce au versant de désengagement
corporel absolu (puisque même la voix disparaît) dans le rapport à l’autre.
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quotidiennes, Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’homme.
[1]
L’échange de mini-messages constitue une pratique innovante difficile à mettre en relation
avec d’autres formes de communication interpersonnelle. Nous avons donc fait le choix de
présenter ici les résultats empiriques de nos entretiens, sans les articuler à des études de
sociabilité existantes sur les rencontres en face à face et au téléphone. Nous présentons en fin
de cet article une bibliographie succincte qui repose sur les travaux de sociologues et
psychosociologues ayant travaillé sur les interactions quotidiennes et la manière dont les
normes et les règles de l’ordre social se reproduisent et émergent de ces interactions
quotidiennes, bien qu’il soit, à notre sens encore trop tôt pour dire si cette piste de réflexion
sera féconde pour interpréter durablement la pratique des mini-messages.
[2]
RAUTIAINEN et KASESNIEMI, 1999.
[3]
RAUTIAINEN et PIRJO, 2001,2002.
[4]
FORTUNATI, 2001.
[5]
LICOPPE, 2002.
[6]
LICOPPE, HEURTIN, 2001.
[7]
RELIEU, 2002.
[8]
GOODY, 1994.
[9]
VIRILIO, 2002.
[12]
SAUSSURE, 1908-1909, ed 1995.
[13]
Soulignons que depuis que cette enquête a été menée, de nouveaux terminaux sont
apparus, qui donnent la possibilité d’envoyer des SMS de 400 caractères.
[14]
FABRE, WILLIAMS, 1997.
[16]
SHERER, 1982,2001.
[17]
ELIAS, 1976. Selon le sociologue allemand qui a étudié l’évolution des mœurs
occidentales de la fin du Moyen Age à l’époque contemporaine, le processus de civilisation
traduit un mouvement de répression sociale des pulsions affectives, émotionnelles, corporelles
et sexuelles de la scène publique dans le sens d’un rejet de leurs manifestations dans les
sphères privées de l’intimité. Cette privatisation sans cesse plus prononcée des manifestations
pulsionnelles prenant progressivement la forme d’autocontraintes intériorisées jusqu’à devenir
inconscientes rend compte de l’évolution des normes morales, du savoir-vivre et de la
structure psychique des individus.
[18]
PICARD, 1995, p. 17.
[20]
GOFFMAN, 1973,1974.
[21]
GOFFMAN, 1973, p. 43.