Réseaux
La Découverte

Revue précédemment éditée par Lavoisier

I.S.B.N.sans
430 pages

p. 20 à 47
doi: en cours

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n° 112-113 2002/2-3

2002 Réseaux

OUVRIR LA BOITE NOIRE

Identification et localisation dans les conversations mobiles

Marc Relieu
Au cours de conversations, il arrive que des locuteurs se localisent, spontanément ou à la suite de demandes de leurs interlocuteurs. Cet article est consacré à l’étude de localisations produites au cours de conversations téléphoniques passées depuis des téléphones mobiles. Nous distinguons d’abord plusieurs types de localisation en fonction de leur placement dans les échanges. Puis nous présentons une analyse des localisations présentes dans les ouvertures et les clôtures de conversation, en montrant comment elles traitent deux types de problèmes: l’appel d’un proche depuis un numéro inconnu; l’incertitude quant à la disponibilité d’un locuteur. Ensuite, nous montrons que la compréhension des localisations multiples produites dans des contextes de coordination ou de guidage à distance de déplacements requiert de localiser les conversations elles-mêmes dans des séries d’échanges. During their mobile telephone conversations users sometimes locate themselves, either of their own accord or at their interlocutor’s request. Based on audio records of natural conversations, this article studies location practices in mobile phone calls. The author first distinguishes several types of location, depending on the positioning in the exchange. He then presents an analysis of location practices in the opening and closing of conversations, by showing how they deal with two different problems: managing the caller’s recognizability and dealing with the interlocutor’s availability. Finally, he shows that in order to understand multiple locations produced in contexts of coordination or remote guiding, it is necessary to locate conversations themselves in series of interactions.
L’essor du téléphone mobile éveille de plus en plus l’attention des sociologues, qui le voient comme élément de la parure vestimentaire [1], outil de construction de réseaux relationnels, ou comme dispositif de surveillance. Le but de telles études est d’identifier quelles sont les conséquences sociales, traduites dans le vocabulaire notionnel de la sociologie, de la généralisation de l’emploi d’un outil personnel et portable de téléphonie, à la fois sur les groupes d’usagers (les jeunes, les travailleurs nomades, les personnes âgées, etc.) et sur les institutions sociales (le travail, le partage vie publique/vie privée, etc.) Tout l’arsenal méthodologique traditionnel des sciences sociales a été convoqué (enquêtes statistiques, analyses de trafic, entretiens, etc.) pour faire apparaître, sous la forme de représentations diverses, les caractéristiques significatives des pratiques des utilisateurs des mobiles. En revanche, l’activité médiatisée supportée en premier chef par le mobile, la conversation, est demeurée une ressource d’arrière-plan et qui n’a jamais été thématisée sinon à travers des compte rendus secondaires ou des traces laissées derrière elle dans les relevés téléphoniques.
En nous basant sur les premiers résultats de l’analyse d’un corpus de conversations mobiles enregistrées [2], nous proposons d’ouvrir la « boîte noire » du téléphone mobile afin d’élucider quelques caractéristiques des activités concrètes des locuteurs, telles qu’elles apparaissent depuis la dynamique des échanges de paroles. A l’heure où le téléphone devient de plus en plus un objet plurifonctionnel enrichi d’applications diverses (SMS, Wap, jeux, etc.), il n’en reste pas moins constitutivement lié à certaines formes interactionnelles. Par exemple, il est facile, sans voir l’objet lui-même, ni assister à sa manipulation, de reconnaître, en lisant les premières lignes d’une transcription conversationnelle ou en entendant deux ou trois tours de parole à la radio qu’il s’agit d’extraits de conversations téléphoniques. Certaines manières de parler, comme, par exemple les façons de commencer une conversation, rendent donc elles-mêmes audible et observable la nature téléphonique des échanges [3].
Peut-on dire la même chose de la conversation sur mobile ? Celle-ci est-elle devenue une forme culturelle reconnaissable, distincte de la conversation sur téléphone fixe ? Et repose-t-elle sur des dynamiques interactionnelles spécifiques ? Les recueils d’anecdotes, qui rassemblent des extraits, rapportés pour la plupart, d’échanges téléphoniques sur mobile, apportent quelques premiers éléments de réponse. En effet, ces ouvrages exploitent des caractéristiques publiquement reconnaissables des conversations mobiles, tout en leur donnant valeur de stéréotype. Or ils privilégient des extraits de conversation centrés autour de localisations, qui portent tout autant sur les locuteurs que sur des événements issus de leurs environnements proches. A partir de là, nous avons choisi de repérer, en écoutant des conversations enregistrées, des passages au cours desquels les locuteurs identifient et localisent (par ex.« je suis actuellement à X » ; « tu téléphones d’où ? »). A travers l’examen détaillé de ces fragments, nous tenterons d’expliciter le « travail » effectué dans les conversations par ces localisations et ces identifications [4].
Je commencerai par rappeler brièvement comment le choix méthodologique d’examiner des enregistrements audio des conversations téléphoniques est justifié par « l’épaisseur organisationnelle » de la conversation, qui institue un entre-deux au sein duquel se localisent les contributions des locuteurs. Cependant cette orientation naturaliste ne doit pas nous conduire à ignorer la médiation qui est opérée par le dispositif d’enregistrement. Nous montrerons donc que, loin de constituer un obstacle au recueil des données, la technologie d’enregistrement révèle des aspects importants et singuliers des conversations téléphoniques sur mobile. Ensuite nous examinerons deux catégories de localisation : celles qui sont produites au début des échanges, et celles qui sont introduites à la fin des conversations sur téléphone mobile. Nous établirons ainsi la nécessité de localiser ces localisations au sein des conversations pour comprendre le « travail » qu’elles y effectuent. Enfin nous aborderons brièvement l’analyse de conversations de mobile à mobile entièrement consacrées à l’identification du lieu dans lequel se trouvent les locuteurs. Ces échanges sont en effet entièrement organisés autour de localisations multiples.
 
ETUDIER DES CONVERSATIONS MOBILES ENREGISTREES : DELOCALISATION ET RE-LOCALISATION DES ECHANGES
 
 
Rappelons brièvement les raisons pour lesquelles certains « ethnométhodologues [5] », qui s’intéressaient à l’action sociale et à sa base procédurale, afin de « soumettre à une description formelle la manière détaillée dont ont lieu des activités sociales réelles, naturellement produites [6] », commencèrent dans les années 1960 à travailler sur des conversations téléphoniques. La permanence du support magnétique se combine avec les possibilités techniques des magnétophones pour permettre l’inspection minutieuse et surtout répétée des enregistrements. Les dispositifs classiques de la sociologie qualitative (prise de note, entretiens, etc.) présentent comparativement trois inconvénients majeurs : premièrement, ils opèrent une sélection quasi définitive des éléments qui sont susceptibles d’être analysés par la suite. La prise de notes fait reposer cette sélection sur la perspicacité du chercheur ; l’entretien la fonde sur une interaction langagière. Ensuite, ils laissent dans l’ombre toute une série de détails impossibles à saisir sur le vif, comme la durée des pauses, les intonations, etc. Enfin, les données d’observation sont définitivement soustraites à la sagacité d’autres chercheurs. L’enregistrement direct des traces perceptibles laissées par une activité lève les deux derniers obstacles : la possibilité d’accéder à de nombreuses reprises à l’enregistrement original permet à des détails inattendus de se révéler pertinents par la suite ; les données originales peuvent être consultées par d’autres chercheurs. Cependant c’est au niveau du problème de la sélection que l’avantage de l’enregistrement sur les autres procédures méthodologiques semble décisif. Bien que situés dans des lieux distincts, les locuteurs ne disposent d’aucun accès visuel à leurs espaces respectifs, ce qui les met en situation d’égalité, si l’on peut dire, avec l’analyste. En effet les enregistrements audio reproduisent alors, à destination de tiers, la matière même sur laquelle la conversation téléphonique se fonde : les contributions audibles des locuteurs. Pourtant, ce raisonnement peut sembler étrange : pendant la conversation téléphonique, les locuteurs ne restent-ils pas localisés dans des espaces disjoints, susceptibles d’accueillir des événements de toutes sortes (interventions de tiers, événements, interruptions, etc.) ? La façon dont des locuteurs qui sont engagés dans une conversation téléphonique sont confrontés à ces manifestations n’est-elle pas également une caractéristique de l’activité téléphonique ? Pourquoi « délocaliser » les locuteurs en les « localisant » uniquement, par le biais d’un enregistrement audio, dans l’espace-temps de la conversation ? Cette « délocalisation » des locuteurs, qui les extrait des contextes physiques des appels, n’est-elle pas particulièrement problématique dans le cas des appels sur mobile ?
 
LE TAMIS DE LA CONVERSATION
 
 
Bien avant l’apparition du téléphone portable, il était depuis longtemps possible de téléphoner depuis les lieux publics (les restaurants [7] ou la rue), les espaces professionnels (bureaux, salles de réunion), ou bien sûr les domiciles (chambre à coucher, salle de bain) en s’accommodant de la présence de tiers, qu’il s’agisse d’auditeurs non ratifiés de la conversation en cours, ou bien de coparticipants secondaires [8]. En revanche, le téléphone portable a entraîné un changement important de l’exacte localisation de l’appel et des modalités de sa préparation. Du point de vue de la passation d’appels d’abord. Parce qu’il est transporté avec soi, le mobile permet en effet de recevoir ou de lancer des appels à volonté en quelques manipulations, en évitant, grâce aux fonctionnalités du répertoire et du journal d’appels, de rechercher un combiné et le numéro du correspondant. Surtout, l’utilisateur peut choisir l’exacte localisation de l’appel, en restant assis sur la banquette du restaurant ou en se déplaçant de quelques mètres [9]. Ensuite, la réception des appels a subi d’importantes modifications. En se glissant dans le sac ou dans la poche, le mobile a rejoint la panoplie des objets personnels, qui accompagnent partout leurs propriétaires et dont l’accès est étroitement contrôlé [10]. Aussi les appels sont susceptibles d’être reçus à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Ces évolutions ont donc modifié les occasions de passer ou de recevoir des appels, les lieux dans lesquels cela est possible, et les procédures qui précèdent le départ de la conversation. Mais comment ont-elles affecté la conversation elle-même ? Comment ces modifications, qui correspondent à autant de nouvelles possibilités d’action, se traduisent-elles dans l’organisation des échanges conversationnels au téléphone ? Ce faisant, quelles sont les formes distinctives des conversations sur mobile qui sont apparues ? Par exemple, comment la joignabilité de l’appelé se traduit-elle dans les formats d’ouverture des échanges, à supposer qu’elle le soit ? Les nouvelles modalités de la localisation des appels se manifestent-elles par de nouvelles façons de gérer ses activités conversationnelles ? Bref, qu’est-ce que l’arrivée du mobile a véritablement changé dans [11] les conversations ?
Voici un court extrait rapporté d’une conversation sur mobile tenue par un conducteur :
A : « Je dois raccrocher maintenant, je suis en train d’avoir un accident [12]. »
Cet exemple met bien en valeur l’« épaisseur » de la conversation : l’irruption d’un événement qui affecte directement et gravement un conversant sans être immédiatement perçu par l’autre locuteur ne provoque pas aussitôt une terminaison de l’échange. Au lieu de raccrocher immédiatement, le locuteur formule cet événement de manière à le transformer en un événement-pour-la-conversation. Cette métamorphose s’effectue non pas selon le bon vouloir du locuteur, mais en usant de procédures usuelles qui donnent forme à la conversation comme activité intersubjective, et qui insèrent deux personnes dans un entre-deux communicatif. La procédure utilisée en l’espèce permet alors de faire « entrer » l’accident dans la conversation. Elle correspond à un format spécifique qui est généralement utilisé pour clore un échange de façon précipitée : l’annonce unilatérale de la fin imminente de l’échange et la présentation verbale de la justification de ce format [13] exceptionnel. Cependant cet exemple rapporté ne nous aide pas à aller beaucoup plus loin dans l’interprétation, dans la mesure où nous ignorons comment l’auditeur présent dans la conversation téléphonique a traité cette annonce : l’a-t-il simplement ratifiée ou bien a-t-il essayé de jauger la gravité de l’accident ? Pour le savoir, nous sommes réduits à des conjectures, faute de disposer du tour suivant. En revanche, un enregistrement aurait permis de statuer sur l’interprétation donnée par le coparticipant, grâce à une propriété essentielle et générique des échanges conversationnels, liée à l’adjacence des tours de paroles : le tour de parole suivant livre en effet publiquement la manière dont un locuteur a compris le tour précédent. En outre, parce qu’il est lui-même offert, une fois produit, à l’attention d’autrui, ce nouveau tour projette un ensemble d’opportunités pour la suite de l’échange [14].
Cet exemple nous rappelle également que la conversation n’est ni un simple conduit à travers lequel passent des idées depuis un locuteur vers un autre, ni un miroir dans lequel se reflètent, sans qu’elles en soient affectées, les circonstances dans lesquelles les locuteurs se trouvent impliqués, mais bien plutôt une activité pleine et entière, qui dispose de sa propre régulation et de son propre mode d’organisation. En outre, la structuration de la conversation est en première instance le fait même de l’activité des locuteurs. Par conséquent, l’analyste peut s’efforcer d’expliciter les opérations et les procédures qui sont mises en œuvre par les conversants dans leurs échanges.
Si la conversation est bien une activité en soi, qui n’est réductible ni aux caractérisations socioculturelles pouvant être réalisées a priori des acteurs, ni aux répercussions que cette activité peut avoir sur les groupes sociaux, elle n’isole pas pour autant les locuteurs de leurs ancrages sociaux, technologiques ou territoriaux. Cependant elle filtre systématiquement la façon dont ces caractéristiques sont susceptibles de devenir pertinentes pendant les échanges. En retour, le filtre lui-même s’en trouve modifié dans quelques éléments de sa structure. La conversation constitue ainsi un milieu structuré, ce qui justifie la sélection réalisée par la procédure d’enregistrement utilisée. En effet l’enregistrement audio ne « délocalise » les locuteurs de leurs emplacements respectifs que pour mieux les saisir dans l’entre-deux de l’espace conversationnel.
 
LOCALISER LE DISPOSITIF D’ENREGISTREMENT DANS LES CONVERSATIONS
 
 
Bien que cela ne soit plus tout à fait exact aujourd’hui [15], l’analyse conversationnelle a longtemps évité de thématiser les opérations d’enregistrement des conversations. Pourtant, même « naturelles », les conversations ne s’enregistrent pas toutes seules. Une médiation socio-technologique supplémentaire est en effet introduite par la présence d’un dispositif d’enregistrement, qui est susceptible d’être pris en compte à plusieurs niveaux dans l’interaction téléphonique. D’abord, l’enregistrement repose sur une collaboration entre le chercheur et au moins un des deux locuteurs. Celui-ci est donc susceptible de sélectionner les conversations qui seront analysées. Ensuite, le compère doit statuer, en accord avec le chercheur, sur l’information qu’il dispense auprès des interlocuteurs : faut-il les informer de l’enregistrement et de l’étude en cours ? Si oui, quand est-il le plus opportun de le faire ? Par ailleurs, la présence d’un enregistrement peut être traitée dans la dynamique des conversations. Par exemple, dans quelle mesure les locuteurs prennent-ils en compte la présence d’un tiers auditeur ? Enfin, le procédé d’enregistrement peut modifier un aspect socio-technique de l’interaction téléphonique, par exemple en bloquant l’identification des numéros des locuteurs.
Pour assurer l’enregistrement des conversations mobiles, nous avons utilisé deux procédures distinctes. La première, qui fut rapidement abandonnée car elle livrait des enregistrements difficilement audibles consistait à prêter à des utilisateurs de mobile un petit dictaphone capable d’enregistrer, par le biais d’un récepteur intégré, les conversations tenues sur un téléphone mobile où avait été logé un microphone sans fil. La seconde procédure, qui fut finalement retenue, est issue d’une collaboration avec une équipe d’ingénieurs [16]. Elle requiert de l’appelant une étroite participation, puisqu’il doit composer le numéro intermédiaire d’une plate-forme avant de faire le numéro de l’appelé. Quoique donnant de très bons résultats, cette procédure présente toutefois des inconvénients : l’appelant ne peut utiliser les fonctionnalités de son mobile pour faciliter la numérotation de son correspondant ; surtout, l’appelé voit apparaître sur son terminal le numéro de la plate-forme et non celui de l’appelant.
Plutôt que de thématiser l’intervention du dispositif d’enregistrement dans les données recueillies comme un problème méthodologique en soi, nous avons choisi d’examiner comment les activités conversationnelles témoignaient elles-mêmes de la présence de ce dispositif. Il s’agit donc de considérer le dispositif d’enregistrement comme un élément indexical [17], dont le sens relève d’opérations de contextualisation réalisées à toute fin pratique par les acteurs. Nous montrerons comment le dispositif d’enregistrement utilisé pour capturer les conversations sur mobile, en « délocalisant » l’appelé, révèle certaines procédures conversationnelles de localisation et d’identification propres aux appels sur mobile. En effet, l’étude des médiations interactionnelles qui permettent aux participants, comme dans l’extrait suivant, de repérer et de gérer une incongruité, donne accès à un élément de l’arrière-plan tacite qui anime les commencements des appels vers des mobiles [18].
Extrait 1 (SMVR01)
1 B : allo 2 A : salut toi c’est vincent 3 B : oui vincent, qu’est-ce qui t’arrive ?
4 A : ben euh j’appelais pour que tu termines : : l’histoire 5 [ 6 B : NON mais ton 7 numéro de téléphone c’est pas le même que : :
8 A : =ah ouais j’suis sur un autre poste là (.)
9 B : ouais c-c-c’est ça que j’dis euh >qu’est-ce qui t’arrive< parce 10 qu’en fait j’ai pas du tout le même numéro de téléphone 11 A : (ouais) non non non j’suis sur un autre poste 12 B : ah eh dis donc t’en as combien de-d’appareils comme ça ?
13 A : pfff trois cent mille (.) trois cent mille 14 [ [ 15 B : t’es rrriche toi t’es riche toi 16 A : = tu m’envies tu l’reprends hein 17 B : t’es riche toi 18 A : marcel marcel fais fais gaffe marcel c’est pas drôle 19 ((rires))
20 A : alors l’histoire avec thierry lebatoir là
On peut d’abord noter que l’appelé réitère à plusieurs reprises des demandes d’explication en direction de l’appelant. La lecture de la totalité de la transcription fait rapidement apparaître que l’objet de cette demande concerne l’absence de reconnaissance préalable du numéro de téléphone de l’appelant. Cependant, une telle lecture est en partie trompeuse, dans la mesure où elle remplace le point de vue des participants, qui découvrent le sens de ce qu’ils sont en train de faire tout en le faisant, par un point de vue d’observateur, qui dispose d’une perspective synoptique et rétrospective sur l’ensemble de l’échange. Afin d’éviter de produire une illusion rétrospective, nous devons donc « pister » la façon dont la compréhension de l’objet de cette demande émerge progressivement. Lorsqu’elle est introduite au tout début de l’échange (ligne 3), la requête est produite d’une façon telle que l’appelant l’interprète dans un premier temps comme une question relative à la raison de l’appel (poursuivre une narration commencée dans un échange). Comment cela est-il donc possible ?
Le placement de cette requête lui confère un statut spécifique. Celle-ci est en effet positionnée à la première place dont l’appelé dispose, après avoir reconnu l’appelant, pour introduire une requête prioritaire [19] dans la conversation, sans attendre la procédure normale, où c’est l’appelant qui introduit lui-même la raison de l’appel. Ce caractère précipité est confirmé par l’absence de retour à la salutation présente au tour précédent. Au lieu de produire une salutation en retour et éventuellement une demande de nouvelle, afin à la fois de répondre à la première salutation et de redonner la parole à l’appelant pour qu’il introduise le motif de l’appel, l’appelé se précipite sur une question spécifique, qui est dès lors mise en relief par ce placement même. En outre, la forme de cette question indique qu’elle vise à faire parler l’appelant au sujet d’un événement inhabituel dont il devrait immédiatement rendre compte. En dépit des hésitations qui préfacent sa prise de parole (ligne 4) l’appelé ne s’aligne pourtant pas sur la position qui est projetée par la demande de son interlocuteur. En effet, au lieu d’investir la position de celui qui doit rendre compte d’un événement inhabituel qui l’affecte, il présente simplement la raison de l’appel. Parce qu’il ne parvient pas à adopter la position de répondant qui lui est spécifiquement proposée au tour précédent, l’appelé investit en effet la position standard. Mais cette réponse [20] est immédiatement récusée par une interruption directe (l.6), qui précise la nature du trouble sous la forme d’une nouvelle question plus ciblée ; à la différence de la première tentative, celle-ci formule la raison du problème. De fait, la nouvelle réponse fournie par l’appelant (« je suis sur un autre poste ») n’apporte pas encore l’explication attendue. L’appelé renouvelle sa demande aux lignes 9-10, de manière à susciter des développements thématiques plus approfondis. Mais ces tentatives n’obtiennent pas plus de succès, car les réponses fournies par l’appelant ne varient pas. En définitive, l’appelant parvient à transformer, avec la participation active de l’appelé, qui accepte ce recadrage, le caractère sérieux de la question en une occasion de produire une séquence de blague, pour réintroduire ensuite la raison de l’appel, avec succès cette fois.
Cette séquence témoigne du caractère normatif des attentes que nourrissent certains appelés relativement à l’identification préalable de l’appelant par son numéro au moment de la sonnerie du mobile. Cette fonctionnalité a des répercussions sur le format interactionnel des appels téléphoniques. Rappelons que dans une conversation téléphonique fixe classique, l’appelant et l’appelé se trouvent dans une situation asymétrique [21] : l’appelant prend l’initiative de l’appel sans connaître la disponibilité de l’appelé ; la sonnerie constitue une sommation qui ne prend pas en compte l’implication éventuelle de l’appelé dans d’autres activités ; c’est seulement en parlant le premier que le répondant livre un échantillon de voix à l’appelé, car cela le rend reconnaissable. La possibilité d’identifier l’appelant par son numéro pendant la sonnerie inverse ce schéma, et redonne un certain contrôle à l’appelé, qui peut alors décider ou non de répondre en fonction de l’identité de l’appelant. Ici, l’appelé traite l’absence de reconnaissance du numéro comme un motif légitime pour demander à l’appelant une explication. Cependant la compréhension même de d’objet de cette demande, par l’analyste comme par l’appelant, fait l’objet d’un accomplissement progressif, qui médiatise l’accès au problème de l’identification du numéro. L’analyse se fonde sur la façon dont les tours de parole rendent observable le traitement qu’ils proposent des énoncés précédents. Car c’est en exploitant cette possibilité générique de la conversation que les locuteurs sont capables de repérer et de corriger une interprétation fautive. Tandis qu’un premier tour, la requête de la ligne 3 projette et requiert une réponse, celle qui est effectivement apportée par le destinataire au tour suivant (ligne 4, la raison de l’appel) peut encore être examinée par le premier locuteur [22], qui dispose alors d’une dernière opportunité de corriger au troisième tour la compréhension de l’auditeur. En effet celui-ci corrige l’interprétation de sa requête initiale en interrompant vivement l’appelé et en reformulant sa question, ce qui fait alors apparaître qu’elle vise le problème posé par l’identification du numéro de l’appelant. Dans le même temps, elle introduit dans la conversation un élément qui l’a immédiatement précédé : l’affichage du numéro de l’appelant sur le mobile de l’appelé. Cependant ces demandes réitérées ne parviennent pas véritablement à contraindre l’appelant à fournir une véritable explication. En effet, celui-ci se contente de décrire les faits (« j’appelle depuis un autre poste ») sans fournir d’explication. Pour résister à la pression de son interlocuteur, il utilise d’abord un procédé simple, mais très efficace : la répétition. En réitérant à plusieurs reprises la description précédente, l’appelant refuse en effet de la considérer comme un item qui justifierait des explications supplémentaires.
La technologie d’enregistrement mise en œuvre avec la participation active des utilisateurs se manifeste ainsi très indirectement, à travers les modifications qu’elle induit parfois sur l’un des éléments constitutifs des pratiques actuelles des utilisateurs de téléphones mobiles. Cependant cette modification, et les éventuelles demandes d’explication qu’elle peut générer, sont susceptibles d’être neutralisées par le positionnement des locuteurs. Elles ne s’imposent donc pas d’elles-mêmes dans la conversation.
En outre, le filtrage exercé par l’organisation interactionnelle de la conversation mobile nous a permis de pointer un phénomène intéressant : la présence, sous la forme d’un précommencement visuel de la conversation [23], d’un moment d’identification visuellle du numéro de l’appelant. Dans l’extrait précédent, la non-reconnaissance du numéro est notée et sanctionnée par l’appelé, qui lui attribue un statut normatif. Cependant l’ensemble de ce raisonnement repose en définitive sur une dimension complètement générique des échanges conversationnels : la séquentialité et les possibilités qu’elle offre et organise pour repérer la source d’un problème et corriger la compréhension manifestée par un locuteur dans un tour de parole.
L’épaisseur organisationnelle de la conversation agit comme un dispositif de filtrage des éléments qu’elle prend en compte. Ce filtrage consiste à la fois en un processus de visibilité, qui fait apparaître un événement comme un aspect pour la conversation et que les interlocuteurs doivent gérer ici et maintenant, en une opération de sélection des éléments contextuels pertinents pour sa progression et sa cohérence, et en un processus de relocalisation, qui introduit ces éléments à des places spécifiques dans la conversation. Nous développerons maintenant cette perspective en évoquant la façon dont les localisations des locuteurs sont elles-mêmes localisées dans les conversations.
 
LOCALISER LES LOCALISATIONS DANS LA CONVERSATION
 
 
Comme l’indique la présence régulière de localisations dans les données recueillies, l’apparition du mobile a considérablement augmenté la fréquence des occasions de faire d’une caractéristique issue de l’environnement de l’un des locuteurs une caractéristique de la conversation. Apparaissent ainsi toute une gamme d’articulations possibles entre les échanges conversationnels et les traits liés aux contextes dans lesquels évoluent les locuteurs parallèlement à leurs conversations. Mais pour apprécier ce phénomène à sa juste mesure, pour examiner comment les localisations sont elles-mêmes localisées dans les échanges, il semble nécessaire de le rapporter à l’organisation générale de l’interaction conversationnelle téléphonique [24]. Est visé par là le fait qu’une conversation téléphonique se présente comme un événement localisé dans le temps, qui dispose d’un début et d’une fin propre, et dont la progression thématique relève de techniques de liaison et de segmentation spécifiques.
Demandes de localisation dans les ouvertures
Les ouvertures conversationnelles constituent l’un des environnements où se réalisent des articulations entre le lieu dans lequel se situe l’appelé et la séquentialité de l’échange.
Extrait 2 (SM12805)
1. B : allo ?
2. A : >oui salut frédéric vincent< h 3. B : hein :: ! >comment ça va ?< 4. A : eh ::: pas mal/ pas mal=pas mal/ (.) hhh on est au bureau là ?
5. B : ouf : oui=oui=oui ici il fait une chaleur : caniculaire là 6. j’peux pas aller au soleil il fait trop chaud hein ?
7. A : ((rires))
8. B : j’sais pas quel temps il fait à Paris mai ::s 9. A : ouais=ouais=ouais c’est pareil hein c’est pareil 10. B : là j’dois aller à la plage là cet après midi j’ai sorti la 11. planche de surf j’y étais hier.
12. A : ah mais c’est encore les vacances alors.
13. B : oui là jusqu’à la fin du mois jusqu’à jeudi.
14. A : hhh d’accord :
15. B : jusqu’à jeudi bon ben là j’avais une : téléréunion : enfin une 16. réunion par téléphone et :: (.) hhh donc=euh :: ouais j’étais 17. au bureau j’en profitais quelques=euh :: h quelques minutes là 18. (0.5)
19. A : mhm ::
20. B : voilà 21. A : >excellent moi j’appelais à propos des places de rugby/<
Dans cet extrait, la localisation de l’appelé (ligne 4) intervient sous la forme d’une demande de confirmation, précisément à l’emplacement où est généralement introduit le premier thème de la conversation [25], qui ne sera effectivement initié que plus tard, à la ligne 21. Pour comprendre le statut exact de cette demande, il est nécessaire de la resituer dans l’organisation séquentielle de l’ouverture de cette conversation. Notons tout d’abord que le tour 2 (ligne 2) concentre, sous une forme compactée, la réalisation d’un ensemble de tâches (reconnaissance de l’appelé + salutation + auto-identification), qui seraient autrement dévolues à des séquences spécifiques [26]. Ensuite, la réponse minimale produite après la demande de nouvelles (ligne 4, « pas mal, pas mal pas mal ») est formatée de manière à préfacer aussitôt la proposition de localisation. La localisation suggérée par l’appelant est une catégorie de lieu (le bureau) qui peut être conventionnellement associée à la collection des lieux d’occupation et des activités (bureau, domicile, lieux publics [27], etc.). La place qu’elle occupe dans la conversation, soit le premier moment où l’appelant est susceptible d’introduire un thème, permet à cette catégorisation de nourrir éventuellement des développements sur le travail effectué par exemple, mais aussi sur la disponibilité de l’appelé.
Tout en confirmant sa présence au bureau, celui-ci l’explique par la nécessité de se préserver du soleil. Il met ainsi en place un nouveau procédé de catégorisation de nature ad hoc, qui situe la catégorie bureau dans la collection lieux ombrés/ensoleillés, ce qui fait rire les deux conversants. Cet effet comique est intéressant en lui-même, car il est bien issu de la transition qui est opérée entre une compréhension conventionnelle, présente implicitement, du bureau comme lieu de travail, et une compréhension ad hoc du bureau comme lieu de protection contre le soleil.
La suite de l’échange aboutit cependant, par transitions successives, à redessiner une nouvelle collection de catégories structurée par un ordre temporel : l’alternance entre les vacances et le temps de travail. Ce mouvement aboutit finalement à ce que l’appelé apporte une explication « sérieuse » de sa présence au bureau, en la rapportant cette fois à la collection des activités en cours. Il précise en effet être venu au bureau pour une réunion qui est terminée au moment de l’appel. Ce retour à une interprétation plus conventionnelle de la demande de localisation initiale est intéressant, car il indique que l’appelé est bien orienté sur l’axe de la disponibilité. L’épuisement du potentiel thématique initié par la demande de localisation, mais également la confirmation de la disponibilité de l’appelé, permettent alors à l’appelant d’introduire la raison de l’appel, d’ordre privé, tout en étant informé de la disponibilité de l’appelé.
Les demandes de localisation introduites à la place de la raison de l’appel sont ainsi volontiers traitées comme des requêtes d’information semi-ouvertes, que le destinataire est susceptible d’orienter dans l’un des sens possibles. Ces demandes de localisation permettent éventuellement de vérifier sa disponibilité relativement aux tâches en cours au moment de l’appel. Celui-ci dispose ainsi d’une opportunité de faire savoir à l’appelant qu’il est occupé. Ce n’est pas un hasard si cette vérification est réalisée en début d’échange ; l’ouverture d’une conversation dispose en effet de places au sein desquelles peuvent être projetés le type d’échange, son caractère plus ou moins urgent, et, plus généralement, toutes les caractéristiques susceptibles de concerner la conversation dans son ensemble [28]. Or en donnant la raison de l’appel, l’appelant non seulement apporte une justification au coup de fil, mais il projette un ensemble de caractéristiques pertinentes pour la conversation pendante, comme les identités sous lesquelles les participants vont entrer en relation. La présentation de la raison de l’appel propose donc à l’appelé une manière pertinente de répondre et de s’engager dans la suite [29]. Dans l’extrait précédent, la demande de localisation initiale aboutit plutôt à sonder l’état de disponibilité de l’appelé qu’à connaître le lieu où il se trouvait. En répondant sous un registre détendu, l’appelé adopte un mode informel d’échange, qui tend immédiatement à instaurer la possibilité d’une conversation d’ordre amicale, voire intime entre les locuteurs, contrairement aux inférences que pourrait susciter la localisation professionnelle.
Les demandes de localisation de l’appelé précédant l’introduction de la raison de l’appel sont fréquentes dans les appels vers des mobiles, en particulier lorsque l’appelant et l’appelé ne sont pas en relation continue et régulière, comme c’est le cas ici [30]. On peut sans doute l’expliquer par l’incertitude dans laquelle se trouvent les utilisateurs de mobile de connaître précisément la localisation de l’appelé, à l’inverse des appels téléphoniques vers des téléphones fixes, qui sont par définition localisés. Bien que cela demande à être confirmé par des analyses ultérieures, les demandes de localisation introduites en position ordinaire d’introduction de la raison de l’appel semblent avoir un statut de préface. Une fois connus le lieu et le statut d’occupation de l’appelé, l’appelant sait comment orienter des développements thématiques plus ou moins personnels, en fonction des inférences normatives sur la présence d’auditeurs non ratifiés, l’engagement de l’appelé dans des activités parallèles, ou les risques d’interruption de l’échange.
Localisations dans les clôtures : donner un motif pour la fin de l’appel
En sus d’être présentes au début des conversations, les localisations sont également localisées dans les activités qui permettent de terminer les échanges :
Extrait 3 (SMJ3101716)
1. B : et sinon j’ai appelé laetitia et je lui avais proposée de venir samedi 2. soir parce que moi j’croyais que tu venais samedi soir.
3. (1)
4. A : tu l’as eu quand ?
5. (1)
6. B : ben j’lui ai laissé un message j’l’ai pas eu quoi. J’lui ai laissé un 7. message (.). et j’lui ai dit euh :. J’lui ai dit comme tu venais que samedi 8. * 9. (( on entend des bribes d’une autre conversation))
10. B : soir je l’ui ai dit si tu peux venir avec corinne : : tu peux quoi 11. [ 12. A : j’crois voir ( ) 13. là c’est sa mère qui est là. 14. A : <he ben écoute> je te rappellerai tout à l’heure pour te dire ok ?
15. (0.8)
16. B : d’accord ::= 17. A :=<bon, j’te fais de gros bisous parce que là je suis dans la rue puis 18. j’aime pas parler dans la rue.> 19. B : ok ça marche 20. [ 21. A : j’tembrasse. bisous ma puce. à tout à l’heure salut.
22. [ 23. B : aller bisous tchao 24. B : tchao.
Pour comprendre comment la localisation introduite à la ligne (17) contribue à construire la fin de l’échange, il est nécessaire de rappeler brièvement quelques caractéristiques générales de la « boîte à outils » dont se servent les locuteurs pour terminer les conversations. A première vue, on pourrait croire qu’il suffit de produire un « échange terminal », comme les salutations reproduites ici aux ligne 23 et 24, pour clore un échange. Or ces échanges ne sont pas placés n’importe où ni n’importe comment dans des conversations : ils sont eux-mêmes inclus dans une « section » de clôture plus étendue [31]. L’utilité de la notion de « section » est notamment d’embrasser les cas où la conversation est relancée après un échange terminal. Ce dernier ne suffit donc pas à lui seul pour clore un échange. Auparavant, il aura fallu que les locuteurs vérifient l’épuisement des ressources thématiques qu’ils sont susceptibles d’introduire dans la conversation. Cela s’effectue normalement par une séquence de préclôture, du type d’un échange de « bon » et « okay », qui précède la séquence terminale (de type « salut/salut »). En effet, lorsqu’un locuteur introduit, après un épuisement d’un thème, un élément comme « bon » avec intonation descendante, cet item « occupe un tour de parole sans produire d’énoncé cohérent du point de vue du thème ou sans initier un nouveau thème. Sa fonction semble être d’indiquer que son locuteur n’a rien de plus à dire ou rien de nouveau à dire, donc de donner un tour « libre » au partenaire, pour introduire un nouveau thème sans violer la cohérence thématique (…) Si le partenaire répond de manière analogue, cela peut constituer le ‘premier élément’ d’une séquence de clôture [32] ».
La section de clôture présente dans l’échange précédent revêt un format distinct, dont la précipitation est observable. En effet, l’entrée dans le processus de clôture ne s’effectue pas par épuisement des thèmes, mais par irruption d’un événement dans l’environnement d’un des locuteurs, qui se trouve dans la rue au moment de l’appel. Aux lignes 6-10, l’appelant finit de répéter la teneur d’un message qu’il a laissé sur le répondeur de l’une de ses amies, qu’il escomptait inviter à l’occasion de l’arrivée de l’appelée. Son discours est légèrement perturbé par des bribes inaudibles d’une conversation tierce, perceptible depuis le combiné de l’appelée. A la ligne 14, l’appelée prend la parole sans attendre complètement la fin du tour précédent, et surtout séquentiel Elle ne réagit nullement à l’information qui lui a été donnée. Au contraire, elle introduit une annonce qui porte sur une rencontre inopinée (la mère d’une jeune fille [33] qui marche à côté de la locutrice). Il s’agit donc d’une formulation d’un événement visible qui se produit dans l’environnement proche de la locutrice. Ainsi un événement issu du contexte proche d’un des participants est-il introduit dans la conversation de façon relativement abrupte. Comment peut-il alors y trouver une place ? Une fois transformée en un événement-dans-la-conversation, la rencontre ouvre des opportunités propres à la progression de cet échange, que la locutrice elle-même découvre au moment où elles se révèlent. Les opportunités offertes par l’irruption d’un événement dans la conversation peuvent être de plusieurs sortes. Parfois, elles se limitent à une réparation, comme dans l’extrait suivant :
Extrait 4 SPM1VX
1 B : t’as pas eu trop chaud cette semaine ?
2 A : (2.3)euh ::: non ça a été. hier soir il faisait très bon, 3 [ 4 B : ouais.
5 A : (0.6) on a eu de la pluie et :: un p’tit orage mais euh :: bon on 6 s’est pas vraiment pris l’orage, (1.3) <excuse-moi> y’a du 7 bruit euh y a une locomotive just’à côté, 8 B : °mm : :°.
9 A : (0.8) et euh :::: là aujourd’hui il 10 faisait très bon aujourd’hui parce qu’il y a eu beaucoup de pluie.
Le passage de la locomotive ne donne lieu à aucune thématisation ultérieure de la part des locuteurs, qui le traitent comme l’origine d’une perturbation susceptible de donner lieu à une auto-réparation [34] par le locuteur gêné (ligne 6).
Au contraire, dans l’extrait 3, la locutrice s’empresse de proposer aussitôt après la localisation de l’événement une terminaison anticipée de l’échange, introduite par une sommation (« ah ben écoute ») mais sous une forme (« je te rappellerai tout-à-l’heure pour te dire ok ? ») qui reconnaît toutefois que le potentiel séquentiel de la conversation n’est pas clôt, et qu’une réponse de sa part demeure attendue. Cette initiative permet donc à l’appelée de s’engager fermement dans une terminaison, dont elle traite le caractère précipité. Après ratification par l’appelant, la locutrice pourrait introduire un échange terminal et initier immédiatement la fin de l’appel, ce qu’elle entreprend dans un premier temps (l.17 « bon j’te fais de gros bisous » ). Pourtant elle ajoute, en forme d’explication et de justification du format de clôture adopté, une localisation.
Se présentant sous la forme d’un toponyme générique (« la rue »), cette auto-localisation de l’appelée est utilisée de manière à expliquer et justifier la fin de la conversation. Le choix de la catégorie de lieu est significatif : alors qu’elle pourrait se référer à un événement localisé dans son environnement immédiat, l’appelée mentionne en effet un nom commun de lieu [35]. Mais comment cette catégorie participe-t-elle à l’explication de la fin anticipée de l’appel ? Bien que cette explication soit ensuite renforcée par l’introduction d’une préférence personnelle (« j’aime pas…), elle fait d’abord appel à un savoir commun relatif au caractère normatif de la localisation de l’activité téléphonique. En outre, c’est bien le travail de catégorisation [36], c’est-à-dire le placement séquentiel de cette catégorie et des inférences qu’elle peut alors rendre perceptibles, et non pas la catégorie elle-même qui doit être expliquée. Car si la locutrice se trouvait bien dans la rue pendant toute la durée de cet échange, elle n’introduit cet élément contextuel que dans la mesure où il devient pertinent pour la conversation. Ce n’est qu’après une nouvelle ratification par l’appelant de la justification proposée qu’un échange terminal est initié de façon précipitée par l’appelée (voir les chevauchements des l.21 ss.)
Cette fin de conversation illustre une nouvelle fois la nécessité de prendre en compte les dimensions normatives et séquentielles des localisations introduites dans les conversations mobiles. Le sens des localisations dans la conversation mobile ne s’épuise pas dans l’identification de la position, géographique ou relative, de l’appelant ou d’un événement situé à sa proximité. Au contraire, les localisations charrient avec elles des implications normatives sur la disponibilité du locuteur visé et la poursuite de la conversation. Aussi les localisations apparaissent-elles fréquemment au côté d’explications ou de justifications destinées à traiter, sous la forme d’un objet dans la conversation, la façon dont des éléments du contexte dans lequel se trouve un locuteur atteignent et affectent l’échange.
 
LES CONVERSATIONS DEDIEES A LA LOCALISATION DES LOCUTEURS
 
 
Je voudrais maintenant questionner brièvement non plus le statut des localisations qui apparaissent à un moment donné dans une conversation, mais le travail qu’effectuent des conversations de mobile à mobile entièrement consacrées à la localisation d’un ou de plusieurs locuteurs. Les conversations mobiles sont souvent décrites comme des conversations « distantes ». Pourtant le téléphone mobile, parce qu’il peut être emporté avec soi, est utilisé par des locuteurs se trouvant à proximité l’un de l’autre afin d’assurer une coordination fine en vue d’une rencontre. Schegloff [37] a mis en évidence le statut de préliminaire qu’occupe en interaction face à face la réalisation visuelle de l’identification et de la reconnaissance mutuelle, qui projettent une interaction possible, constituée au minimum d’un échange de salutations. Cependant il n’a traité que des situations au cours desquelles les interactants se rencontrent de manière fortuite. Les rencontres planifiées posent un problème d’identification distinct, qui porte non pas sur les personnes elles-mêmes, que sur l’emplacement où elles se trouvent exactement. Or l’utilisation de toponymes génériques du type « sur la place » ou « dans le magasin » s’avère souvent insuffisante pour se retrouver.
Ainsi, dans l’extrait suivant, issu d’un appel de mobile à mobile , on remarque non pas une seule, mais une série de localisations successives :
Extrait 5 (SM206021758)
1. C : (1.7) ((ambiance sonore urbaine))allo ::.
2. V : >c’est vincent< j’suis dans carrefour je te :: >vois pas<!
3. C : (0.5) ben je suis à l’extérieur de carrefour.= 4. V :=d’accord tu t’trouve à quel endroit ?
5. (0.7)
6. C : à euh : (la) station de métro :!
7. V : da-= >devant<= 8. C :=sur l’esplanade.
9. V : devant la station de métro ?= 10. [ 11. C : =>si tu sors<!
12. V : ouais.
13. C : si tu sors tu dois m’voir.
14. V : ouais. donc je sors par le ::: >tourniquet central< 15. C : (0.5) ouais euh :: ouais=ouais. (0.4) et j’suis là devant/ 16. V : okay.
17. (0.8)
18. V : à tout de suite= !
19. C : =à tout de suite.
L’usage du mobile donne la possibilité à des personnes qui s’approchent d’un lieu de rendez-vous de se guider mutuellement par un échange téléphonique. Ces conversations, en général assez brèves (moins d’une minute), se caractérisent, comme dans l’extrait 4, par la réduction à l’extrême du format d’ouverture. L’appelant s’auto identifie puis enchaîne directement par l’introduction de la raison de l’appel, sans attendre de marque de reconnaissance par l’appelant. En outre cette raison apparaît comme une auto-localisation de l’appelant, qui est immédiatement suivie d’une demande de localisation de son interlocutrice. La façon dont cette requête est introduite par un verbe perceptuel indique, conjointement au format d’ouverture adopté, que les participants se trouvent sur le lieu même d’un rendez-vous préalable, mais que l’appelant n’est pas parvenu à localiser l’appelée. L’échange conversationnel est ainsi immédiatement caractérisé comme travail de correction d’une tâche fixée auparavant, mais qui n’a pas pu être menée à bien. Ce travail va consister en un ajustement des localisations des deux locuteurs en vue de permettre une rencontre. Cela explique qu’à la différence des cas précédents, nous assistons ici à des localisations mutuelles et multiples.
Plusieurs formats d’activité sont possibles. Tandis que dans d’autres échanges du même type, les locuteurs s’instruisent mutuellement de l’évolution de leurs positions respectives tout en poursuivant leur déplacement, ils s’engagent ici dans une détermination de leurs positions au sein d’un environnement spatial donné et familier. L’appel téléphonique sur mobile leur permet d’identifier ces emplacements en se basant sur un savoir géographique et topologique partagé [38], qui est localement distribué grâce à des séquences spécifiques. D’abord, le choix des toponymes indique que les membres bénéficient d’une connaissance préalable des lieux, qui leur permet également de situer ceux-ci relativement à des points d’accès familiers (« Carrefour » ligne 2, « l’esplanade », ligne 8 ; le « tourniquet », ligne 13) ; ensuite, ce choix s’effectue depuis une organisation séquentielle déterminée. Après que l’appelant se soit localisé en fonction du lieu dans lequel il se trouve, la localisation de l’appelée s’effectue d’abord en tentant d’associer l’emplacement où elle se trouve à des toponymes familiers (« la station de métro » et l’esplanade »). Cependant l’absence d’une reconnaissance immédiate de cet emplacement par l’appelant (ligne 9) amène l’appelée à adopter une autre procédure [39] : elle quitte le format « ou es-tu » et adopte le format « comment me voir ». En effet, elle abandonne aussitôt le mode précédent (localisation des deux locuteurs) et se fonde alors sur la localisation de l’appelant et sur sa connaissance du point d’accès à sa propre position pour lui indiquer le chemin (lignes 13 et 15) qui convient pour la retrouver.
Ces échanges modifient l’organisation des visites, des rencontres et des rendez-vous. En effet, l’appel devient un préliminaire à la rencontre, par lequel se réalise la coordination des personnes, mais également l’échange de renseignements (codes etc.) permettant d’accéder à un lieu donné. Ces conversations, qui sont étroitement finalisées et peu autonomes, s’insèrent ainsi dans la réalisation interactionnelle du rendez-vous, comme l’indique le choix de clôture réalisé dans l’extrait 5, qui anticipe la rencontre physique. Apparaissent ainsi des formes nouvelles de relation entre conversations et activités tierces.
 
CONCLUSION
 
 
Une activité quelconque est toujours susceptible de descriptions multiples mais référentiellement correctes. Ainsi, un appel téléphonique est susceptible d’être rapporté à la technologie (fixe/mobile) qu’il mobilise, au contexte dans lequel il a lieu (une gare, un domicile), aux identités des conversants, etc. Comme l’a montré Sacks [40], la pluralité des descriptions de premier niveau [41] pose un problème fondamental à la sociologie, qui doit pouvoir justifier de la sélection du descripteur particulier qu’elle promeut. La solution qu’il propose pour résoudre ce « problème de la sélection » est de faire reposer le choix des descripteurs sur la façon dont les activités concernées les mobilisent pour assurer leur propre intelligibilité. Ainsi il ne suffit pas d’affirmer qu’une conversation a lieu sur des téléphone mobiles pour justifier ipso facto que cette caractéristique intervient comme un régulateur de la conversation [42], pas plus qu’il n’est suffisant de sélectionner une catégorie de lieu (une automobile, une gare, un salon) en supposant que cet emplacement a un écho quelconque sur l’échange de paroles. Car il faut surtout pouvoir montrer comment ces caractérisations sont pertinentes pour l’activité concernée. L’analyse d’enregistrements apporte une solution rigoureuse à ce problème, puisqu’elle permet de montrer comment un aspect quelconque est effectivement pris en compte de l’intérieur même de la progression d’une activité. Nous avons ainsi analysé quand et comment des activités conversationnelles mobilisaient, de l’intérieur même de leur progression, des caractéristiques contextuelles comme le lieu ou la technologie utilisée. Parfois, les locuteurs nomment explicitement des lieux ou des emplacements ; parfois, ils mentionnent des événements issus de l’environnement dans lequel ils se trouvent. Mais ces localisations doivent elles-mêmes être resituées dans l’activité en cours, car c’est à travers elle qu’elles acquièrent une pertinence. Il serait vain d’attribuer aux localisations une ou plusieurs fonctions univoques, comme par exemple l’évaluation de la disponibilité de l’appelé, le contrôle social sur les proches ou la coordination. Certes, les demandes de localisation adressées sur le mobile de l’appelé, comme les localisations introduites, en cours de conversation, par des appelants sur mobile constituent bien des traces d’une évolution technologique qui rend incertaine l’identification spatiale des locuteurs. Pourtant ces localisations n’acquièrent de valeur déterminée qu’une fois rapportées aux usage astucieux, localisés dans le moment de l’échange, que les conversants font des ressources génériques de la catégorisation et des procédures conversationnelles. Cet accomplissement du sens des localisations ne s’effectue donc pas plus par hasard, qu’il n’est créé ou négocié par les locuteurs à partir de leurs propres désirs ou qu’il n’est causé par des facteurs extérieurs ou imposé par une technologie. Il consiste au contraire en un travail visible et organisé de mise en forme et de mise en sens de la pertinence des localisations pour cette conversation, à cette place de la conversation, mais qui mobilise les ressources génériques de l’organisation du parler-en-interaction. Aussi il est important de renoncer à envisager la localisation comme une action isolée, dont le but serait clair et univoque, afin d’analyser comment elle est elle-même localisée dans l’échange de paroles. C’est pourquoi seule une analyse capable de rendre compte à la fois du détail, de la singularité des activités conversationnelles et du caractère générique et formel des ressources qu’elles mobilisent est susceptible d’éclairer la question de la spécificité des usages du mobile.
 
ANNEXE : CONVENTIONS DE TRANSCRIPTION [43]
 
 
euh, : une virgule marque un contour intonatif descendant puis remontant, qui souligne une continuation.
ah. : un point indique un contour intonatif descendant.
ah ? : un point d’interrogation indique un contour intonatif ascendant.
Ah ! : ton vif.
(hh) inspirations.
(h.h.h.) : expirations.
°euh° : deux degrés entourant un item indiquent que la parole est produite à un niveau sonore atténué relativement à ce qui suit et précède.
euh ::: : souligne l’allongement notable de la syllabe précédente. Le nombre des points indique la longueur relative de l’allongement.
(0.7) : un chiffre entre parenthèses indique, au dixième de seconde, un laps de temps.
(.) : un point entre parenthèses marque une micro-pause de moins d’un dixième de seconde.
(-) : un trait indique un silence plus long.
mot : Le soulignement indique l’accentuation sur un segment.
MOT : Les majuscules indique l’élévation de la voix.
Mot : Un segment dont la taille des caractères est nettement plus grande que celle des segments environnants indique une correspondance temporelle attestée avec le photogramme placé au dessus.
= : Le signe égal indique la continuité des propos ou des mots (sans intervalle d’aucune sorte ; pas de silence).
[ ] : Les crochets indiquent les chevauchements de parole entre deux ou plusieurs locuteurs. Le crochet gauche indique le début du chevauchement, le crochet droit la fin.
>un peu de temps< : ces signes encadrent un segment dont la locution est accélérée par rapport aux autres.
Particip/ : une barre verticale indique l’interruption du segment précédent.
 
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NOTES
 
[1]FORTUNATI, 1998.
[2]Ces enregistrements ont été réalisés dans le cadre d’études menées à France Telecom Recherche et Développement.
[3]Pour autant, elles mobilisent des procédés qui entretiennent une ressemblance de famille avec des opérations mises en œuvre dans des situations de parole différentes. Par exemple, l’entrée au domicile (RELIEU, 1993) repose sur des ressources proches, bien que distinctes, de celles qui animent les ouvertures de conversation téléphonique. Dans les deux cas, une personne qui n’est pas visuellement accessible à l’autre est placée dans la situation paradoxale de commencer un échange (la sonnerie du téléphone, les coups frappés à la porte.)
[4]Comme le remarque E.A. Schegloff, le terme « conversation » présente le risque d’être assimilé au « bavardage ». En sociologie, il semble en effet que ce contresens alimente des mésinterprétations de l’approche conversationnelle (AC), par exemple en la rattachant à la sociologie de la vie quotidienne, ou encore en l’assimilant à une répétition de ce que les gens disent. Or l’ambition de l’AC est toute autre (SHEGLOFF, 1999) : étudier la conversation parce qu’elle peut être enregistrée, et proposer ainsi une sociologie naturaliste de l’action sociale ; mettre à jour un niveau fondamental et générique d’organisation sociale. Ces mésinterprétations, naïves ou moins naïves, ont pour conséquence de freiner le développement de cette approche interdisciplinaire en France, qui n’est que faiblement représentée dans quelques départements de linguistique ouverts sur l’étude de l’interaction, alors qu’elle se développe considérablement dans les pays du nord de l’Europe.
[5]Les guillemets s’imposent, puisque les chercheurs concernés participèrent à la naissance de ce courant de recherche, tout en lui donnant une inflexion naturaliste, en partie sous l’influence de Goffman.
[6]Voir SACKS, 1984. Ce travail s’appuie en outre sur une transcription fine de la conversation, qui inclut des éléments non verbaux, comme les pauses ou les accentuations, et des éléments relatifs à l’organisation des tours de parole, comme les chevauchements. Cette transcription n’a pas vocation à se substituer à l’écoute de l’enregistrement, mais à aider l’analyste à repérer des détails pertinents. Voir le guide des symboles de transcription présenté en Annexe.
[7]Pour une perspective goffmanienne sur l’usage des mobiles dans les restaurants, voir LING, 1998. Et surtout MURTAGH, 2001, qui étudie les usages du mobile dans le train en examinant comment les tiers interagissent avec l’utilisateur à travers des regards, des postures et des orientations corporelles.
[8]Comme le montre l’article de Julien Morel dans ce même numéro, les conversations sur mobile dans les lieux publics engagent toutefois de nouvelles formes de gloses corporelles. Là où le téléphoniste fixe, en étant rivé à un espace par un cordon (au mieux à un éprimètre restreint), les utilisateurs de mobile ont la possibilité de jouer sur la distance physique, le pas, et l’allure, pour gérer continûment l’écoute de tiers.
[9]Sauf bien entendu si l’utilisateur est attaché lui-même à un lieu dont il ne peut s’extraire, comme un conducteur de véhicule par exemple.
[10]GOFFMAN, 1973.
[11]J’insiste sur un point : autant il me semble indispensable de s’intéresser à la conversation et à sa dynamique pour mieux comprendre quelle est la spécificité du mobile, ou de tout autre mode de communication médiatisée, autant il me semblerait abusif de réduire l’ensemble de l’activité téléphonique à l’entre deux conversationnel. De ce point de vue, il est dommage que l’observation de ce qui se passe avant, pendant et après les appels au sein des environnements de chacun des conversants soit peu pratiquée (RELIEU, 2002).
[12]« I have to hang up now, I’m having an accident » . Exemple tiré de HAYSON , TRIVER et LYNCH, 1997.
[13]Les clôtures conversationnelles sont généralement précédées de séquences préparatoires pensant lesquelles les locuteurs se confirment mutuellement qu’ils n’ont plus rien à se dire (voir SCHEGLOFF et SACKS, 1973 et Infra).
[14]HERITAGE, 1984.
[15]Voir par exemple la discussion des dimensions légales, éthiques et technologiques des enregistrements dans TEN HAVE, 1999, HUTCHBY, 2001 et, pour la vidéo, dans RELIEU, 1999.
[16]Merci à Julien Morel, qui sut saisir l’opportunité d’une collaboration avec l’équipe d’Alain Curti et de Xavier Lamming (FTRD-DIH), pour l’enregistrement de ces données. Le corpus est constitué de 40 enregistrements de conversations mobiles. Nous poursuivons actuellement des enregistrements complémentaires afin de le développer.
[17]GARFINKEL, 1967.
[19]Sur les demandes de nouvelle, voir les analyses précoces de FORNEL,1998.
[20]Il s’agit de la position d’ancrage de la raison de l’appel. Voir SCHEGLOFF, 1986, p. 116.
[21]SCHEGLOFF, 2000.
[22]SCHEGLOFF, 1992.
[23]Plus généralement, cette séquence témoigne de l’intégration, sous la forme d’un pré-commencement visuel, des fonctions d’identification du numéro de l’appelant sur les téléphones mobiles dans les pratiques des agents. Et cependant les conversants n’ont pas renoncé à s’engager, au début des conversations sur mobile, dans des séquences d’identification/reconnaissance mutuelle. On aurait pu s’attendre, par exemple, à ce que les appelés complètent la réponse à la sommation (le allo du premier tour) par une marque explicite de reconnaissance de l’appelant, sans attendre de disposer d’un échantillon de voix de sa part pour le confirmer. Mais nos observations prouvent au contraire que tel n’est pas le cas. Au moins pour le moment…
[24]SACKS, 1992 SHEGLOFF et SACKS, 1972.
[25]Voir BUTTON et CASEY, 1984.
[26]SCHEGLOFF, 1986.
[27]Sur les catégories de lieu dans les conversations, voir SCHEGLOFF, 1972, MONDADA, 2000. Sur l’approche des catégorisations en analyse de conversation, je renvoie à BONU, MONDADA, RELIEU, 1994.
[28]SCHEGLOFF, 1986.
[29]SACKS, 1992, T.1., p. 773-76.
[30]Sur les relations continues établies par des appels brefs et répétés, voir l’article de Christian Licoppe dans ce même numéro.
[31]SCHEGLOFF et SACKS, 1973, p. 300.
[32]SCHEGLOFF et SACK, 1973, p. 304.
[33]L’annonce exploite néanmoins un lien avec le segment précédent : l’adjectif « sa », quoique difficilement audible, semble introduire un lien avec la personne mentionnée au tour précédent.
[34]SCHEGLOFF, JEFFERSON et SACKS, 1977.
[35]Ce choix semble économe : il permet sans doute d’éviter de proposer une description précise de ce qui se passe autour d’elle, et de mobiliser le savoir commun et partagé associé à la « géographie de sens commun » (McHOUL A.W. et WATSON, D.R., 1984 ; MONDADA, 1994).
[36]BONU, MONDADA et RELIEU, 1994.
[37]SCHEGLOFF, 1980.
[38]Voir SCHEGLOFF, 1973 ; McHOUL et WATSON, 1984.
[39]Sur les procédures de guidage au téléphone, voir aussi PSATHAS 1990.
[40]SACKS, 1992.
[41]J’insiste sur le fait que ce problème se pose bien avant le choix de la conceptualisation privilégiée par le sociologue en référence à ses attachements disciplinaires. Or on accorde généralement une importance primordiale à ce second niveau, tout en ignorant largement le problème que pose la sélection d’un descripteur primaire.
[42]SCHEGLOFF, 2000.
[43]Adapté de ATKINSON et HERITAGE, 1984, ix-xvi.
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FORTUNATI, 1998. Suite de la note...
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Ces enregistrements ont été réalisés dans le cadre d’études...
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Pour autant, elles mobilisent des procédés qui entretiennen...
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Comme le remarque E.A. Schegloff, le terme « conversation »...
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Les guillemets s’imposent, puisque les chercheurs concernés...
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Voir SACKS, 1984. Ce travail s’appuie en outre sur une tran...
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Pour une perspective goffmanienne sur l’usage des mobiles d...
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Comme le montre l’article de Julien Morel dans ce même numé...
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Sauf bien entendu si l’utilisateur est attaché lui-même à u...
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GOFFMAN, 1973. Suite de la note...
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J’insiste sur un point : autant il me semble indispensable ...
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Les clôtures conversationnelles sont généralement précédées...
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Voir par exemple la discussion des dimensions légales, éthi...
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Merci à Julien Morel, qui sut saisir l’opportunité d’une co...
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Voir BUTTON et CASEY, 1984. Suite de la note...
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Sur les catégories de lieu dans les conversations, voir SCH...
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Sur les relations continues établies par des appels brefs e...
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SCHEGLOFF et SACK, 1973, p. 304. Suite de la note...
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L’annonce exploite néanmoins un lien avec le segment précéd...
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Ce choix semble économe : il permet sans doute d’éviter de ...
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BONU, MONDADA et RELIEU, 1994. Suite de la note...
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SCHEGLOFF, 1980. Suite de la note...
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Voir SCHEGLOFF, 1973 ; McHOUL et WATSON, 1984. Suite de la note...
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Sur les procédures de guidage au téléphone, voir aussi PSAT...
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